DANS UNE CAGE, OU AILLEURS

Chapitre 17

Shock the Monkey

Retour sur le plateau infernal, merci de suivre toujours mon histoire, toujours plus nombreux !

« Shock the Monkey » est une chanson de Peter Gabriel, génial comme toujours.

oOo oOo oOo

Et je regarde ceux
Qui se penchent aux fenêtres
J'me dis qu'il y en a parmi eux
Qui me parlent peut-être
Oh j'cours tout seul
Je cours et j'me sens toujours tout seul (W Sheller)

Je regarde ce fichu patelin par la fenêtre de ma chambre d'hôtel, Steph et Georges boivent des bières au pub du coin, il pleut. Comme hier et avant-hier, comme la semaine dernière. Les locaux prétendent qu'il fait soleil un peu tous les jours, ça doit être la nuit, ou pendant qu'on est enfermés dans ce fichu blockhaus de fer où se joue « guerre et paix », ou une saga approchante. Je joue avec un briquet trouvé par terre, je n'ai même pas envie de me connecter ou regarder la télé, je compte les jours. Ce week-end pour la première fois je rentrerai chez moi, Paris ne m'a jamais autant manqué je crois. Je vieillis, prétend Esmée.

Sophia vient frapper à ma porte, elle me propose d'aller boire un verre avec elle, ce qui sort largement de ses prérogatives, à mon avis. Elle me colle gentiment depuis qu'elle sait que je passe à la télé, elle aussi s'ennuie, son fiancé vit à Londres –les studios sont à une heure de là- et elle ne serait pas contre une petite aventure. Moi, si. Je prétexte la fatigue –est-ce bien un prétexte ?- pour décliner son invitation, je lis de la déception dans ses yeux verts, tant pis. Pas le temps, pas envie, pas le courage. On va dire que c'est par fidélité, plutôt…

Comme il fallait s'y attendre le tournage est une drôle de guerre, une pétaudière dans laquelle tout le monde se déteste, sous couvert de sourires de circonstances et esprit d'équipe factice. Amusant de voir combien les protagonistes paraissent détendus dès que notre caméra apparaît alors que les petites phrases amères fusent en coulisses. Bella est la seule à se plaindre ouvertement, en rajoutant dans les grimaces et soupirs dès qu'elle est dans le champ. Pas la moindre spontanéité là non plus, même si c'est ce que je suis censé filmer. Mettez une caméra face à un acteur et il redeviendra acteur, mettant en scène ses sentiments ou émotions –du moins ceux qu'il estime utiles.

Finalement ce making-off ne filme pas plus la réalité que la caméra de Mortimer, sauf à de rares exceptions où une réaction sincère apparaît, sous la pression ou dans le stress. Les larmes de Bella quand Mortimer lui demande si elle sait ce qu'est l'amour, la gêne d'Edward quand elle s'accroche à son cou, la colère de Mortimer quand elle geint qu'elle a mal au ventre, par la millième fois.

Le médiateur semble dépérir de jour en jour, pris entre les uns et les autres, sorte de bouc émissaire qui porte tous les péchés du film sur ses frêles épaules. Il aime s'en référer à moi en cas de difficultés, comme si j'étais sa caution, mais je prends bien garde de rester neutre, même si j'apprécie de boire des whiskies avec lui le soir, quand on se lamente sur nos rôles trop lourds à porter. Je le vois passer devant la fenêtre avec un des producteurs, il secoue la tête avec impuissance, je me demande jusqu'où on peut aller pour de l'argent.

Mon portable vibre, c'est l'heure de coup de fil d'Esmée. Je l'imagine tournant en rond dans le salon, le portable coincé entre l'épaule et le cou, en train de ranger les jouets des filles disséminés ça et là.

- Comment ça va aujourd'hui ? demande-t-elle d'un ton las qui ne présage rien de bon.

- Ca va, ça va. La routine.

- L'ambiance est toujours aussi bonne sur le tournage ?

- Merveilleux. J'attrape des rides à force de rire. Et toi ?

- Oh, mon chef m'a encore traitée comme de la merde, il adore les petites réflexions désagréables, tu le connais. Comme s'il ne pouvait pas me dire les choses en face ! Tu sais quoi ? Je me suis renseignée auprès du conseiller carrière, la boîte offre jusqu'à 15000 € à ceux qui créent leur entreprise. Ca pourrait être génial, non ?

Je retiens un soupir de justesse, Esmée est encore partie dans un de ses délires de changement de vie, ça revient souvent, surtout quand je ne suis pas là. A mon avis quitter un poste de chargée de gestion dans une multinationale est une folie –surtout avec son salaire- mais elle s'estime flouée, pas reconnue à sa vraie valeur par la hiérarchie et caresse l'idée de créer sa boîte avec sa sœur – que des catastrophes en perspective.

- Ah oui ? Et tu ferais quoi ?

- Je ne sais pas encore mais j'en ai marre de cette vie, marre de ne jamais voir les filles, marre d'être seule à la maison.

Aïe ! C'était pour moi, là, je sens que je vais bientôt me retrouver sur la sellette. Elle poursuit alors que j'allume la télé en sourdine, pour suivre les derniers développements du scandale financier du moment.

- J'ai besoin de changer de vie tu comprends ? Me lever le matin avec un but, prendre plaisir à travailler, je peux faire des trucs bien si on me laisse de l'autonomie tu sais… tu m'écoutes Carlisle ?

- Hein ? Mais bien sûr ma chérie, bien sûr.

- Mais pourquoi tu dis rien ?

- Parce que je suis d'accord avec toi, et je suis fatigué…

- Tu rentres ce week-end, hein ?

- Mais bien sûr… je prends le vol de 19h à Heathrow, j'en ai assez de ce pays, de ce film, de ces gens… J'ai hâte de te retrouver mon ange, et mes chéries bien sûr. Elles sont au lit ?

- Non, pas encore. Quand tu n'es pas là elles ne veulent jamais se coucher, elles me font une vie pas possible, c'est dur tu sais…

- Oui, je m'en doute. C'est un pensum pour moi aussi tu sais… J'espérais que ce serait drôle, ou au moins intéressant, mais je ne les supporte plus. Pas plus le réalisateur que les acteurs, ce sont tous de grands enfants gâtés, pas un pour rattraper l'autre. Je me demande ce qui va rester sur la pellicule, au final. Pas un chef d'œuvre, à mon avis.

- Tu crois ?

- Oui, je le crains.

- Mais c'est bon pour ta carrière, non ?

Je souris amèrement puis je souffle :

- Oui, espérons. Tu peux me passer les filles ?

Le babillage de Tara me fait chaud au cœur, je souris tout seul dans ma chambre d'hôtel, elles me manquent tellement. Lily en revanche a de multiples sujets de récriminations, entre les copines débiles et les doudous déchirés, je l'écoute patiemment en tentant de la calmer, lui promettant tout et n'importe quoi, au grand désespoir d'Esmée, qui reprend le portable :

- Bon, je crois qu'elles sont bien énervées, là, je vais essayer de les coucher. Tiens au fait, on est invités par ma sœur samedi soir, c'est sympa, non ?

- Quoi ? Mais j'aurais voulu qu'on reste en famille, avec les enfants, pour se retrouver un peu. On aurait pu se faire livrer du chinois et…

- Mais ma sœur c'est la famille, non ? Depuis que tu n'es plus là je ne sors plus, j'en ai assez de rester enfermée… A propos, elle a invité des amis qui ont une fille qui adore Cullen, tu pourrais lui ramener un autographe ?

- Tu plaisantes ou quoi ? Tu me vois demander un autographe à Edward pour une midinette ? Et puis quoi encore ? dis-je, exaspéré.

- Ecoute chéri, je sais que tu n'aimes pas trop ça mais pour une fois…

- Ah non, ça c'est hors de question, et tu le sais. C'est pas du tout dans mon rôle de jouer les groupies, surtout face aux acteurs. Tu veux ruiner toute ma crédibilité ?

- Tout de suite les grands mots ! Allez, s'il te plait… Il paraît qu'elle est mignonne cette petite, ça lui ferait tellement plaisir…

- Bon, je vais voir. Je te laisse, j'ai un double appel… Bonne nuit chérie.

- Bonne nuit mon amour…

En soupirant je raccroche, encore plus morose qu'avant. Un autographe d'Edward, manquait plus que ça. Pas gagné, à mon avis.

Je me laisse tomber sur le bord de mon lit en repensant à nos « retrouvailles », un peu sèches.

C'était le premier soir, au dîner organisé par Mortimer pour « fêter » notre arrivée, Edward était presque en face de moi à table, l'air sombre, Bella à ses côtés.

- Ca va mon ami ? lui ai-je demandé d'un ton léger après un double whisky.

- Yeah. Great.

Il a immédiatement détourné la tête vers Bella et j'ai replongé le nez dans mon ragoût de mouton, un peu déstabilisé. Mortimer affichait une gaité et une bonhommie inhabituelles, je me suis demandé s'il pouvait vraiment changer, sans réelle illusion. Steph et Georges buvaient plus que de raison en bout de table, je me suis senti vraiment seul, d'un coup.

Quelques minutes plus tard Bella et Edward se sont mis à chuchoter en me regardant, moment gênant s'il en est. Finalement Edward s'est adressé à moi, un brin moqueur :

- Bella est surprise que vous ayez accepté de venir sur le tournage.

Tiens, on se vouvoie à nouveau ?

- Ah bon, pourquoi ?

- Après ce qui s'est passé…

- Je ne comprends pas, ai-je dit, légèrement sur la défensive. Il s'est passé quoi ?

- Dans le château, chez Mortimer. Vous étiez là et vous avez dit de ne vous souvenir de rien, aux policiers…

- Comment ? Mais je n'ai pas menti…

Le regard qu'il m'a lancé était plein de mépris, il a murmuré quelques mots à Bella qui a craché une insulte à mi-voix avant de se lever, bientôt suivie par son fiancé. Je me suis demandé si j'avais loupé un épisode, et à quel jeu il jouait. Dans mes souvenirs nous ne nous étions pas quittés fâchés, mais la vie réinvente le passé, et nous n'étions plus sur la même longueur d'onde. J'ai ressenti une brève déception, vite oubliée.

Depuis nous nous croisons sur le plateau, vaguement indifférents, il n'a jamais accepté de répondre à mes questions –contrairement à Bella qui nous abreuve chaque soir de ses confidences, comme une star de téléréalité- je ne le sens pas à l'aise mais sa fierté l'emporte sur tout, et visiblement il m'en veut.

Et dire que je suis censé lui demander un autographe…

oOo oOo oOo

Il fait presque nuit lorsque je sors pour dîner au pub du coin – et y rejoindre mes acolytes qui ont déjà éclusé quelques bières- les rues du village sont désertes, comme de juste. Dès l'entrée je reconnais Steph et Georges à la table du fond, échangeant des points de vue avec des techniciens de l'équipe dans un mélange de français et d'anglais. En tout cas ils s'amusent bien, l'alcool aidant, et leurs rires emplissent la pièce. Il y a les habitués également, jouant aux cartes ou buvant d'un air morose, que des hommes.

Je résiste aux paquets de chips et je commande le plat du jour –fish and chips pour changer- en m'installant à une petite table isolée, dont la nappe à carreaux colle.

- Hé bien Carl tu fais la gueule ? lance Steph depuis sa table. Tu ne dînes pas avec nous ?

- Non non, je suis là, pas de souci. Je ne veux pas vous déranger au milieu de vos nouveaux amis.

Ils me lancent un regard éloquent –quel snob celui-là – alors que j'attaque mes frites avec les doigts, heureusement qu'Esmée ne me voit pas. L'ambiance est chaleureuse et la serveuse avenante, toujours souriante. J'espère éviter Sophia –qui sort plus tard en général- je ne me sens pas d'humeur à supporter ses sous entendus. Quoiqu'en y réfléchissant bien elle pourrait m'être utile pour cette histoire d'autographe… Evidemment elle n'apparaît pas de la soirée et je regarde avec nostalgie le présentateur télé qui parle en sourdine au-dessus du bar. Journaliste d'info, c'est ça mon vrai métier, pas casque bleu d'opérette sur un tournage pluvieux. Bon Dieu, mais quand est-ce que tout a commencé à aller de travers ? Pourquoi ?

J'avale un mauvais café au milieu des chants avinés des deux équipes de tournage, cherchant un angle pour mon reportage, pas question que ce soit un simple reportage people, il me faut une problématique à développer, des investigations à mener. Il est bientôt 21 heures quand j'arrive à nouveau à l'hôtel, j'aperçois une silhouette devant l'entrée, sans doute un fumeur.

En me rapprochant je constate qu'il s'agit de Edward, c'est peut être le bon moment pour lui soutirer ce fichu bout de papier –et une interview, ce qui serait très utile à mon émission.

- Salut Edward, tu vas bien ? dis-je en souriant largement. Pas chaud, hein ?

Il ne répond pas, haussant les épaules avec indifférence. Il a l'air congelé dans sa veste fine, je me demande où est Bella.

- T'aurais pas une cigarette pour moi ? J'en aurais bien besoin…

- Je croyais que tu ne fumais pas, répond-il en me tendant son paquet du bout des doigts.

- Je ne fumais pas, non, et je ne mangeais jamais de fish and chips non plus mais à la guerre comme à la guerre, pas vrai ? Fichu temps…

Un mince sourire étire ses lèvres, nous tirons sur nos cigarettes côte à côte, comme des salariés en pause expresse.

- Bella va bien ? je demande en regardant le bout de mes chaussures crottées. Elle n'avait pas l'air dans son assiette à la fin de la scène, tout à l'heure…

- Dans son assiette ? What does it mean ?

- Ca veut dire : pas très bien, pas en forme.

- Oh yes, I see. Non, elle ne va pas très bien, c'est le moins qu'on puisse dire. Avec tout ce qu'il lui fait voir, l'autre… Elle est dans sa chambre, elle ne mange jamais le soir. Pas à table, en tout cas, ajoute-il avec une petite grimace.

- Ah d'accord. Oui, c'est dur, c'est vrai. Vous avez du courage. Mais elle tient le coup quand même ?

- J'en sais rien. J'en sais pas plus que toi, en fait, ajoute-il en soufflant sa fumée au loin et en remontant son col.

- Ah bon ? Mais… vous n'êtes plus ensemble ?

Un rire amer s'échappe de ses lèvres, il répond :

- Selon « Closer » on est ensembles, selon « Hola » on est séparés, alors…

- Mais c'est quoi, la vérité ?

- Vous travaillez pour quel journal déjà ? me demande-t-il avec agressivité avant d'écraser sa cigarette sous son pied et de s'engouffrer à l'intérieur de l'hôtel.

- Mais…

Flûte, il est parti. Bravo Carlisle, bien joué. Crétin.

J'écrase ma cigarette d'un coup de talon avant d'entrer à mon tour, énervé. Mais pour qui il se prend, ce petit con ?

Avant de remonter ruminer dans ma chambre je vais au bar et je commande un double whisky bien tassé. Jack, le Médiateur, m'aperçoit et me rejoint au comptoir, le verre à la main. Comme presque tous les soirs nous analysons les évènements de la journée, cherchant les tenants et les aboutissants de chaque réaction, nous renforçant mutuellement dans nos convictions que nous sommes devant un drame antique, à la fois témoins privilégiés et victimes collatérales.

Comme tous les soirs son épouse l'appelle pour une longue conversation téléphonique, je suis sur le point de remonter quand Edward s'installe à côté de moi, sur un tabouret haut.

- Tu viens d'où ? je demande en regardant autour de moi.

- J'étais juste dans votre dos, sur ce fauteuil. Je m'y installe parfois pour vous écouter, Jack et toi, répond-il avec un petit sourire. C'est très… comment vous dites déjà ? Instructif.

- Vraiment ? Mais je…

Sur le coup je ne trouve plus mes mots, cherchant vainement parmi tout ce qu'on a pu dire les paroles blessantes ou moqueuses qu'il va me reprocher. Il se tait et m'observe avec un demi-sourire, ravi de son petit effet. Il a enlevé sa veste et passé un pull blanc, je jurerais que c'est celui qu'il portait au château, l'an dernier.

- Alors c'est comme ça que vous nous voyez, hein ? reprend-il avec une petite grimace. Des victimes consentantes en mal de notoriété, des tarés qui ont trouvé le bourreau idéal, ravies de pouvoir crier au loup et en tirer du bénéfice ?

- Comment ? Non, pas vraiment… Enfin, tout cela est sorti du contexte, ce n'est pas exactement ce que nous voulons dire, il faut nuancer. Je… oh merde, je suis désolé Edward. Tu sais ce que c'est ? On essaie de faire son malin, d'expliquer, d'analyser mais ça n'est pas la vraie vie.

Edward opine un peu tristement, il boit une gorgée de son coca –whisky coca ?- et passe sa main dans ses cheveux un peu nerveusement :

- Je... je pensais que tu me voyais autrement, après tout ce qu'on s'est dit. Ce que je t'ai dit sur moi, plus exactement… C'est dur pour moi d'entendre ce que tu racontes à Jack à mon sujet.

- Je suis désolé, pardon.

- Je te faisais confiance, tu comprends ?

- Mais je n'ai rien dit d'intime, jamais. Ce sont juste des considérations sur les rôles que vous jouez, que nous jouons tous, dans cette histoire. C'est plus une analyse sociologique des liens qui se sont créés, tu comprends ? Rien de personnel, je te jure…

Le serveur nous apporte un bol de chips, il commence à grignoter de ses doigts maigres, je me sens mal en sa présence, vraiment minable.

- Je ne sais pas pourquoi je me faisais des illusions, reprend-il, amer. I'm stupid, you know …

- Des illusions ? Des illusions sur quoi ?

- Sur toi et moi. Notre… amitié, you know ?

- Je… je ne comprends pas.

Je cherche une réponse dans ses yeux, je ne la trouve pas. De quoi parle-t-il ? Il hausse les épaules et baisse la tête :

- On ne peut pas être amis, pas comme je le pensais. Je resterai toujours un acteur paumé pour toi, et tu ne sortiras jamais du rôle du journaliste qui sait tout sur tout…

- Moi ?

- Oui, toi.

- Mais je ne suis pas comme ça !

- Si. Si, tu es comme ça, martèle-t-il doucement, mais tu ne t'en rends pas compte. Tu fais semblant de comprendre, semblant de compatir mais tu juges tout et tout le monde, ton cœur est froid et sec, Carl.

Je suis tellement surpris que je reste bouche bée, le verre à la main. Ce n'est pas possible, j'ai dû mal comprendre. Ou il plaisante. Mais non, il n'en a pas l'air. Pour qui il se prend, ce petit con, avec sa psychologie de bazar ?

Les pensées affluent mais je ne trouve rien à dire, que des excuses bidon. Une phrase me vient de je sais où – Peter Gabriel ?- « I don't like it but I guess I'm learning something », il me regarde sans méchanceté, presque avec pitié. Une voix me souffle de lui claquer le beignet et de partir mais si je fais ça je resterai seul, définitivement.

- Hé bien je suis habillé pour l'hiver, comme on dit chez moi. Je ne sais pas trop quoi dire, Edward… Je ne pense pas être comme ça mais si je le suis, j'en suis désolé, vraiment. Je t'assure que je ne te méprise pas, pas du tout… C'est juste que… le contexte, tu vois. Toute cette pression, ces faux semblants…

Bizarrement les mots sonnent faux dans ma bouche, bon Dieu je ne suis pas cynique à ce point-là, non ? Si.

- C'est pas grave, t'es pas le seul comme ça, dit-il gentiment. Tous les journalistes sont comme toi, tu sais.

- Ah bon ? Je … vraiment ?

- Si, si.

- Et c'est pour ça que tu m'ignores ?

- Tu sais, je suis idiot mais pas à ce point-là… A ton avis ? Tu crois que ton attitude supérieure me fait plaisir ?

- …

- Depuis que je suis connu je n'ai plus d'amis, les anciens trouvent que je me la pète, que j'ai trop changé, et les nouveaux revendent ma vie aux tabloïds… alors j'ai l'habitude d'être seul. J'ai pris l'habitude de ne plus faire confiance à personne, maintenant. Mais c'est un peu dur, parfois…

Je finis mon verre un peu abasourdi, les yeux à terre, vaguement troublé. Il y a sans doute des tonnes de choses à dire, des excuses à trouver mais je n'en trouve plus aucune, il est trop tard. Sa main maigre s'agrippe au verre mais mon regard flanche, dans le miroir entre les bouteilles. Comment enchaîner et sur quoi, où est mon prompteur ? Je rêve d'aller me coucher mais je ne bouge pas, la terre tangue un peu et je n'ai pas le pied marin, ce soir.

Au bout d'un long moment de silence Edward se tourne vers moi et lève son verre un peu gauchement :

- Cheers, my friend ?

Nos verres tintent dans un son cristallin, je souris je crois.

A suivre…

Merci à ceux qui lisent et reviewent, merci d'aimer mon histoire… Merci à Katy et Nico de leur belle amitié, et merci à tous les fidèles de me laisser des messages chaque semaine, ils me font vraiment du bien.

Je réponds ici aux non inscrits :

Katymina : Hé oui, une extinction de voix n'empêche pas d'écrire, ouf…Oui, ça y est, ils sont dans la place, les choses vont pouvoir se corser, enfin. Ou pas… merci de ta review et de ton soutien indéfectible, ma belle ^^

Shima chan : Oui, ça y est, on est au cœur de ce tournage tellement fantasmé, et ce n'est que le début, hé hé…Merci pour tes compliments et à très bientôt pour la suite !

BISOUS A TOUS !