DANS UNE CAGE, OU AILLEURS
Chapitre 26
Cruel summer
Retour sous le soleil, merci à vous qui m'avez suivie et soutenue ces derniers mois, dans cette histoire ou pour « Mon ciel dans ton enfer », mille fois merci !
« Cruel summer » est une vieille chanson chanson des Bananarama, parfaite pour danser en ce soir de Nouvel An…
La chambre bruisse déjà du son des cigales, une douce torpeur m'empêche d'ouvrir les yeux, même si j'entends un plouf à l'extérieur. Je veux encore rester dans mon rêve, entre ces draps soyeux comme des bras tièdes. La réalité viendra bien assez vite, avec le plein soleil. Pour l'instant je ne laisse entrer qu'un rai dans lequel volent des poussières, je me retourne sur le ventre pour sentir mon ventre sur le matelas, cette douce pression matinale querien ne soulagera.
J'entends une petite cavalcade dans le couloir, Lily entre dans la chambre comme un tourbillon, se précipitant vers moi :
- T'es réveillé, hein, papa ?
- Si tu le dis… tu peux pas me laisser encore cinq minutes ?
- Mais je veux aller à la mer, maman a dit que si tu dépêches on pourra aller à la mer…
- A la mer ? Pourquoi la mer ? On a une super piscine…
- Oui mais je veux m'amuser dans les vagues, ma copine Léa me dit toujours qu'elle s'amuse super bien dans les vagues, avec son bateau gonfleur…
- Gonflable. C'est toi qui me gonfles, Lily. On ira demain, d'accord…
- Nan, tu dis toujours ça et pis on y va jamais. T'es trop méchant !
Ca y est, je suis trop méchant. Charmant. Je me retourne de l'autre côté, en soupirant. J'ai juste envie de rester allongé dans ces draps défaits, rêver à un passé déjà lointain.
- Allez papa, lève-toi… gémit-elle en me tirant par le bras.
- Non, pas maintenant. Va voir ta mère…
- Mais c'est elle qui m'a dit de venir te voir. Elle est partie au marché pour acheter des bergines.
- Aubergines. Déjà ? dis-je, accablé. Elle revient quand ?
Je ne sais pas d'où elle tire cette énergie dès le matin, moi je n'en ai aucune, niente, nada. « D'habitude tu allais courir le matin. Tu n'es pas bien ? » m'a-t-elle dit hier d'un ton soupçonneux. « Oh si, je vais bien, très bien, tout roule. Juste une petite fatigue. L'âge, peut être… ». La vie a juste perdu son intérêt mais ce n'est qu'une phase, un petit passage à vide. Depuis plusieurs mois tout va bien mais je me traîne, étrange…
Lily retourne devant la télé en grommelant et je finis par m'extirper du lit pour m'écrouler sur la terrasse devant un bon café. Heureusement Esmée a emmené Tara avec elle, tout est calme à part les échos de la télé les grillons chantent déjà et il fait déjà chaud. Je jette un coup d'œil distrait au journal matinal et aux magazines abandonnés là par Esmée –elle en raffole, elle multiplie les abonnements, je ne sais pas si elle en lit la moitié. Dans la rubrique people –que j'évite d'ordinaire- un titre me saute aux yeux, provoquant comme un léger tournis : « Bella et Edward : le bébé de la réconciliation ? ». Je parcours l'article rapidement, bien entendu ce ne sont que suppositions et rumeurs mais ça me fait bizarre de le voir sur cette photo avec elle, enlacés. Comme une photo souvenir d'un vieil album oublié, un temps heureux mais révolu.
Je reconnais un des clichés des paparazzis présents sur le tournage à la demande de Bella, tout cela me parait si lointain que je me demande si leur liaison est toujours d'actualité ou s'il s'agit d'un simple remplissage de rubrique, dans une période creuse. D'après l'auteur ils vivent à présent à Los Angeles, lui est déjà sur un autre film et elle « se prépare sereinement pour un heureux évènement », tu parles. Je ne l'ai jamais vue sereine, ça m'étonnerait qu'elle commence aujourd'hui.
Alors finalement ils sont toujours ensemble, me dis-je en grignotant une galette de riz bio avec une confiture acide. Ou pas. Une guêpe me tourne autour, je la chasse d'un revers de main. C'est vrai qu'ils ont l'air très amoureux sur le cliché mais quand on sait dans quelles circonstances il a été pris on ne peut que s'interroger. La petite photo d'elle seule qui semble montrer un début de ventre n'est guère plus convaincante, le vent qui souffle fait gonfler sa blouse, on n'aperçoit qu'à peine son visage caché derrière ses longs cheveux emmêlés.
« Ca permet à Bella de sortir avec Tom et à moi de coucher avec toi » avait dit Edward à l'époque, où en sont-ils maintenant ? Tout ceci est liquidé, oublié, je ne suis sans doute qu'un vague souvenir, pour le mieux, et ils sont passés à autre chose.
En touillant mon café je repense à mes derniers échanges avec lui, après mon second départ précipité de Londres, il y a longtemps.
Teddy. Hollycom : where are you ? Your room is empty (où es tu ? ta chambre est vide ?)
Carlisle. TVcom : je suis dans l'avion pour Paris.
Teddy. Hollycom : are you joking ? (tu plaisantes?)
Carlisle. TVcom : non.
Je me revois dans l'avion, ne sachant pas comment répondre. J'avais en tête la phrase de Napoléon : « En amour la seule victoire c'est la fuite », mais comment faire comprendre à Edward que nous avions pris trop de risques déjà ? Plus je m'éloignais de l'Angleterre plus je réalisais que j'avais perdu la tête, malgré tous les avertissements et tous les doutes. Coucher avec lui tous les soirs était une pure folie, inexplicable. J'ai hésité longtemps avant de répondre et entre-temps j'avais reçu son dernier message :
Teddy. Hollycom : OK, I understand. Liv you. It's better this way. Sorry. (d'accord, j'ai compris. C'est fini. C'est mieux ainsi. Désolé.)
Sur le moment j'avais ressenti un bref soulagement –malgré la honte-, il avait compris, il n'insisterait pas. C'est plus tard que j'ai morflé, le samedi soir quand j'ai réalisé que jamais plus je ne coucherais avec lui, quand la faim s'est réveillée dans mon ventre, vorace. Je l'ai fait taire en me noyant dans le boulot, le sport, les somnifères mais elle est toujours là, larvée, prête à renaître à la moindre occasion. Une faim inexplicable. Pourtant je suis parfaitement heureux, me dis-je en regardant la piscine aux flots d'azur, les palmiers et un bout de couette qui dépasse du canapé, signe que Lily est vautrée devant la télé.
Je referme le magazine, énervé. Peu importe qu'elle soit enceinte de lui ou non, tout cela ne me concerne plus. J'appréhende déjà la sortie du film l'année prochaine et la diffusion de mon reportage, dont je n'ai toujours pas validé le montage. Je ferai ça plus tard, après l'été, après mes vacances, après le dégoût…
oOo oOo oOo
Les cris des enfants au mini-club de la plage m'empêchent de dormir, je me demande pour la millième fois pourquoi Esmée insiste tant pour venir ici, alors que notre mas est un havre de paix sans pareille. Bien sûr les filles s'amusent comme des folles, même Tara qui tape comme un sourd sur son château de sable en riant aux éclats.
Il est 17h, Esmée se remet de la crème avec application, confortablement installée sur son transat. Bon, à 30 € la demi-journée ils peuvent être confortables, c'est clair. J'imagine qu'elle veut faire admirer son maillot de créateur et ses ongles de pieds délicatement vernis, moi je me planque sur un chapeau pour éviter les regards curieux. Heureusement il y a principalement des touristes étrangers dans ce lieu, je suis un parfait inconnu pour eux, ouf. Quand je pense qu'Esmée ne jurait que par l'île de Ré et sa nature préservée, l'an dernier… Est-ce qu'elle vieillit ou prend goût au luxe, elle qui a toujours été une bobo dans l'âme ?
- On va dîner où, ce soir ? me demande-t-elle en se réinstallant confortablement.
- Tu n'as pas été au marché, ce matin ?
- Si, mais je sens qu'après cette journée je serai épuisée… il y a beaucoup de cris quand même, tu ne trouves pas ?
- Si. C'est le privilège d'avoir des enfants…ceux qui s'installent sur les plages sans mini club sont quand même plus calmes, fis-je en soupirant.
- Oui, mais personne ne me séparera de mes filles. On ne fait pas des enfants pour les abandonner, ce ne sont pas mes idées…
- L'abandon est très relatif, il ne s'agit que de quelques heures…
- On ne les voit déjà pas toute l'année, c'est pas pour s'en séparer l'été ! Je ne supporte pas ces parents égoïstes qui ne pensent qu'à leur petit confort. T'étais pas comme ça, avant… ajoute-t-elle en me lançant un petit coup d'œil soupçonneux.
- Avant quoi ?
- Ca, il n'y a que toi qui le sais, chéri… Je te trouve soucieux, fatigué. Pas comme d'habitude. D'habitude tu cours le matin et tu fais du tennis, là tu n'as fait qu'une partie avec Jérôme… qu'est-ce qui se passe ?
Pile le type de question qui vous donne envie de vous réfugier dans votre tanière, loin. Je me renfonce dans mon matelas, le chapeau sur les yeux.
- Rien… c'est l'âge, faut croire.
- Tu n'as pas 40 ans !
- Bientôt.
- C'est ce qu'a dit ton chef qui te torture ?
- Thierry ? Il a dit quoi ?
- Non, pas Thierry, Rémi. C'est ça qui t'inquiète ?
- Hum… je ne sais pas. Tu veux dîner où ?
- On pourrait aller dans ce restau, sur la Côte, très réputé. Je ne sais plus comment il s'appelle, mais j'ai noté le nom. C'est la coiffeuse qui m'en a parlé.
- Ah oui ? Pourquoi pas…dis-je en craignant le pire. J'aimerais juste qu'on sorte tous les deux, rien que toi et moi…
- Sans les filles ? fait-elle, horrifiée.
- Oui. Pour une fois, j'aimerais qu'on soit tranquilles, qu'on puisse dîner sans les cris de Tara ou les gémissements de Lily. En amoureux… comme avant. Et on pourrait aller boire un verre, après.
- Oh mon chéri… je comprends. Oui, c'est vrai que ça pourrait être sympa, de sortir rien que tous les deux, pour une fois. Je crois que la fille de la femme de ménage fait du baby-sitting… de toute façon on n'ira pas loin, n'est-ce pas ?
- Non non, bien sûr. On restera facilement joignable, rassure-toi…
- Alors oui, d'accord. C'est adorable d'avoir pensé à ça… il paraît que les parenthèses intimes sont très importantes pour la stabilité d'un couple. J'ai lu ça dans un magazine, il n'y a pas longtemps.
- Absolument, dis-je avec satisfaction alors qu'elle commence à chercher les coordonnées de la femme de ménage sur son portable.
- En plus je pourrai mettre ma nouvelle robe, elle est magnifique tu verras…
Je jette un petit coup d'œil au mini club à côté, Lily armée de son gilet de sauvetage et sa bouée gonflable s'apprête à monter sur un petit bateau avec ses congénères, ils sont tous craquants dans leur costume de marins d'eau douce, je souris avant de fermer les yeux, béat.
En rentrant, chargés comme des mulets, nous longeons la plage avant de retourner à la voiture quand j'aperçois un gros titre sur un kiosque « Edward Bella : la rupture brutale». La photo les présente chacun l'air sévère, séparés par un éclair noir, l'imagerie de circonstance. Bien sûr je ne peux m'arrêter, je trébuche juste en descendant le trottoir, faisant tomber le sac rempli de serviettes mouillées, sous l'œil sévère d'Esmée.
Elle baigne et fait dîner les enfants alors que je surfe sur le net, à la recherche d'informations complémentaires. C'est idiot et je le sais, mais je ne peux pas m'en empêcher. Les articles sont laconiques ou pleins de fausse pitié, j'en relis un plusieurs fois, un peu sous le choc :
« C'est ce matin qu'on a appris la séparation de Edward Cullen et sa fiancée Bella, le couple légendaire de la saga hollywwodienne, séparation annoncée par l'attachée de presse de l'actrice, qui a par la même occasion démenti les rumeurs de grossesse persistantes concernant sa cliente. Edward Cullen, en tournage à Los Angeles a refusé de faire la moindre déclaration mais, en off, on murmure qu'il se serait dit surpris par l'annonce de la jeune femme. Le couple semblait avoir des hauts et des bas, certains assurant depuis plusieurs mois que leur liaison n'était qu'une couverture médiatique destinée à cacher leurs vraies orientations sexuelles, d'autres évoquant une liaison passionnelle et orageuse.
On les avait vus ensemble pour la dernière fois lors de l'anniversaire de leur ami Tom, en mai dernier. Tom qui est leur partenaire sur le tournage controversé de Mortimer, dont le film est annoncé pour mai prochain et qui serait très proche de l'actrice – les médias people parlent de lui comme du père de l'enfant de Bella, nouvelle qu'il ne dément pas. Si cette séparation est avérée nulle doute qu'elle portera un nouveau coup au moral de Cullen qui vient de perde sa mère des suites d'une longue maladie, et qui est souvent absent des plateaux de son film actuel. »
- Bon, on y va ? me demande Esmée dans un tourbillon de parfum.
- Déjà ?
- Il est bientôt 20 heures, la jeune fille est là, j'aimerais qu'on ne rentre pas trop tard quand même… Ca va ? Tu fais une drôle de tête.
- OK, on y va, dis-je en éteignant le micro et en lui souriant brièvement.
Sur les lacets de la route qui mène au restaurant les quelques mots prononcés par Edward au sujet de ses parents –de sa mère en particulier- me reviennent par bribes, je crois qu'ils ne se voyaient pas souvent mais qu'il était très attaché à elle, enfant. J'imagine sa tristesse et ça me serre le cœur, je sais qu'il est très sensible, il doit être anéanti. J'envisage de lui envoyer un mot ou un message mais je crains sa réaction – ou son absence de réaction. En plus cette histoire de séparation médiatisée par Bella doit lui déplaire fortement, je me demande ce qu'elle cherche en agissant ainsi. Un peu de publicité sans doute, puisqu'elle ne tourne pas en ce moment. Exister à tout pris, voilà le maître mot.
Esmée bavarde à côté de moi, je lui réponds par monosyllabes, incapable de me concentrer sur ce qu'elle dit, attentif uniquement à la circulation. Pauvre Edward qui a toujours eu un moral défaillant, j'espère qu'il va tenir le coup et ne pas faire une autre connerie…
- On pourrait faire ça demain ? Allo, Carlisle ? fait Esmée en se tournant vers moi, dans la BMW.
- Pardon ?
- Tu ne m'écoutes pas ?
- Hum… non, pardon, je pensais à une info que j'ai eue tout à l'heure… une mauvaise nouvelle.
- Ah bon ? A propos de qui ?
- Quelqu'un que tu ne connais pas, que j'avais rencontré en Angleterre. Sa mère est morte, ça doit lui faire un coup.
- La fameuse Stella ?
- Stella ? Non, pas du tout, pourquoi ? dis-je en évitant de justesse une moto trop à gauche en face de moi, dans un virage.
- Je ne sais pas. Je sens qu'il y avait anguille sous roche, avec elle.
- Mais non. Absolument pas. Elle ne m'intéressait pas.
- Oui, mais toi tu l'intéressais, pas vrai ?
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Intuition féminine, c'est comme ça. Je suis sûre de ne pas me tromper… avec tout ce que tu m'as dit sur elle.
- Tu es sûre ?
- C'est quand même bien elle qui t'a dit de revenir une troisième semaine, non ?
- Oui, mais c'était pour le boulot.
- Tatata. Je connais les femmes, celle-ci était amoureuse de toi. Je la comprends, remarque, fait-elle en se penchant vers moi pour poser sa main sur ma cuisse. Tu ne t'en étais pas aperçu ?
- Si, peut-être mais… elle ne me plaisait pas. Je n'aime que toi, ma chérie, dis-je dans un souffle.
Elle acquiesce, rassurée, et regarde le paysage, je décide d'oublier Edward, sa peine et sa fragilité. Arrivés au restaurant nous nous installons dans un petit coin tranquille, sous un pin ancestral. Les tables sont bien mises en valeur par des lumières tamisées cachées dans des massifs ou au pied des palmiers et on aperçoit la mer au loin, qui scintille au soleil couchant.
- Une vraie carte postale, hein ? me souffle Esmée, ravie.
- Oui, mais ça fait du bien d'être dans une carte postale, même fugitivement.
- C'est vrai. Je respire, ça fait du bien. Avec les petites je ne suis jamais rassurée, je m'inquiète toujours alors que là, je sens que je vais passer une bonne soirée.
- Tant mieux. C'est exactement ce qu'il nous faut, non ?
- Tu crois ? fait-elle en me jetant un regard en coin alors que le serveur nous amène deux verres de cocktail agrémentés de fruits frais.
Je décide de ne pas répondre et de laisser le goût sucré couler de ma bouche à ma gorge, avec un bonheur non feint. La terrasse est remplie mais les tables sont éloignées les unes des autres, ce qui permet un minimum d'intimité. Le menu annonce des langoustines et un risotto de Saint Jacques, bisque de homard tranchée à l'huile de noisettes, je laisserai le sommelier choisir les vins –au verre- ce soir je veux me détendre. En dégustant son amuse-bouche à base de saumon fumé Esmée reprend :
- Tu crois que c'est ce dont nous avions besoin ?
- Absolument, dis-je d'un ton sans réplique.
- Pourquoi, à ton avis ? lance-t-elle d'un ton dégagé –trop.
- Pourquoi ? La vie, le boulot, le stress… tu sais ce que c'est, non ?
Un rire aigu s'élève dans les airs, suivi d'applaudissements, a priori ce sont des américains qui célèbrent un heureux évènement, des flashs crépitent, je crois reconnaître un homme politique de la Côte est. Non loin ce sont des russes qui dînent, eux aussi rient à gorge déployée, je me demande s'il n'y a pas une part de cinéma dans cette démonstration. Un couple s'approche et nous salue, nous les avons croisés à la fête de Rémi, le Directeur de ma chaîne, je ne me souviens pas d'eux mais eux se rappellent très bien de moi –forcément. Nous échangeons des banalités d'usage sur le cadre, le temps et la fréquentation du lieu puis ils repartent –enfin.
- J'espère que ça ne va pas se succéder toute la soirée…
- Arrête de te plaindre, c'est bien d'être reconnu, non ? Et puis ils étaient gentils… J'ai cru qu'ils allaient nous inviter sur leur yacht, j'ai eu peur.
- Oui, moi aussi !
Un bouchon saute et les américains tapent dans leurs mains, de vrais enfants.
- Hé bien, ils s'amusent, dis-moi. Heureusement qu'il y a des couples comme nous, sinon on ne s'entendrait plus, fait-elle en levant les sourcils. Comment tu trouves ma robe ?
- Merveilleuse…
- Mais tu dis ça à chaque fois, et sans même regarder !
- C'est parce que la femme qui est dedans est merveilleuse, et je la connais par cœur…
Elle fait une petite moue et termine son verre, de jolies couleurs apparaissent sur sa peau bronzée et veloutée, c'est vrai qu'elle est belle, c'est vrai que je l'aime.
- Tu ne serais pas qu'un vil flatteur, Carlisle ?
- Moi ? Tu me connais, non ?
- Hé bien justement… fait-elle en éparpillant son petit pain, je ne te reconnais plus trop, ces derniers temps.
- Ah bon ? dis-je, alarmé. Dans quel sens ?
- Hé bien…
Le serveur nous dépose nos entrées en nous les présentant avec beaucoup d'emphase, je me retiens de sourire tant il est ridicule. Esmée me regarde avec connivence puis prend délicatement ses couverts, j'espère qu'elle va changer de sujet.
- Pour en revenir à ce que nous disions, chéri, je te trouve très soucieux depuis quelques temps, tu as changé je trouve.
- Ah ?
- Oui, tu sembles souvent préoccupé et tu dors mal, je le sens. Tu as des ennuis dont tu ne m'as pas parlé ? me dit-elle avec une douceur telle qu'elle me fait un peu mal au cœur.
- Non, pas spécialement… rien de grave. La fatigue, c'est tout. Comme tout le monde…
- Mais d'habitude tu gères bien le stress, je ne comprends pas.
- Je ne sais pas…
Esmée me fixe avec gentillesse, j'ai presque envie de tout lui raconter, soulager mon âme. Mais je la connais, elle est exclusive, elle ne me le pardonnerait pas. D'ailleurs je suis impardonnable. Pourquoi aller courir derrière des chimères quand on a une femme superbe à la maison ? Je n'ai pas la réponse, juste le cœur qui bat et l'envie de m'alléger de ce fardeau.
- C'est depuis ce reportage en Angleterre… tu sais, j'ai vraiment cru que tu voyais quelqu'un là-bas. Tu étais tendu, irritable, toujours collé à ton portable. Et puis le fait d'être reparti aussi vite…
- Ce n'était pas volontaire, je te jure. Je ne voulais pas repartir…
- Carlisle, regarde-moi. S'il s'est passé quelque chose, je préfère l'apprendre par toi, ajoute-elle en posant sa main sur la mienne.
Je ferme brièvement les yeux, tenté de tout dire. Mais ce sera la fin de la confiance, la fin de la complicité qui nous lie, et je ne veux pas qu'elle porte le poids de mes égarements. Je ne veux pas porter l'habit du pécheur chaque jour face à elle. Alors, par amour pour elle, je murmure :
- Je n'ai pas eu d'aventure avec une autre femme, Esmée. Je te le jure. J'étais stressé car j'avais –j'ai- le sentiment qu'on a voulu m'éloigner pour me prendre mon poste de présentateur, même si je ne t'en ai jamais parlé.
- Vraiment ? Tu crois qu'ils oseraient faire ça ?
- Oh oui ! Et plutôt deux fois qu'une, crois-moi. Mais j'ai décidé de ne plus m'inquiéter et de profiter de nos vacances en famille, on verra bien à la rentrée. Tu ne trouves pas que ces langoustines sont délicieuses ?
- Si. Je t'aime Carlisle, je te soutiendrai toujours.
- Merci, dis-je d'un ton plus grave que je ne le voudrais. Moi aussi.
Nous dégustons notre café gourmand en parlant des filles, les étoiles commencent à apparaître, me laissant songeur. Je ne sais pas pourquoi, les étoiles me font penser à … non. Elle se lève pour aller aux toilettes, je sors rapidement ma tablette, sans vraiment réfléchir :
Carlisle. TVcom : Sorry for your mother (désolé pour ta mère). Je suis de tout cœur avec toi.
C'est nul. Pas mieux.
J'attends un peu, pas de réponse. Les premiers clients commencent à partir, il fait nuit noire. Esmée revient, resplendissante, je jette un dernier coup d'œil à mon téléphone, toujours pas de réponse. It's better this way, aurait-il dit, à coup sûr. (c'est mieux comme ça)
A suivre… merci aux lecteurs et reviewers, surtout à Nico et Katy, qui m'ont toujours soutenue ^^
Oui, je sais, c'est frustrant, horriblement frustrant. Comme la vie, parfois, pas vrai ? Mais comme je vous aime bien (et depuis 5 ans), je vous offre le chapitre suivant dans la foulée, promis !
Je réponds aux non inscrits :
Mayoulou : Hé oui, c'est une obsession, tu as raison. Et c'est pas fini… Bonnes fêtes à toi aussi !
Katymina : Pil, toujours sur le pont, même à Noël, même à Nouvel An ! Trop forte, non ? Merci d'être toujours là, toi aussi, c'est ça qui compte ! Bonne année ma toute belle ^^
Wendy : Merci pour tes compliments, ils me font vraiment plaisir ! A priori je n'ai pas prévu de POV Edward, du moins pas dans l'immédiat, j'aime bien l'idée qu'il reste insaisissable… Mais plus tard, oui, pourquoi pas, c'est une bonne idée. Merci de ta gentillesse et bonne année !
BONNES FETES DE FIN D'ANNEE À TOUS, PROFITEZ-EN !
