DANS UNE CAGE OU AILLEURS

Chapitre 32

Never even thought

« Never even thought » est une sublime chanson de Murray Head

- T'as passé la nuit où ? me demande Esmée sèchement au téléphone, alors que je bois un troisième café en essayant de me concentrer sur les dépêches AFP, devant la baie vitrée de mon bureau.

- Avec Pascal. Je t'ai laissé des messages, non ?

- Oui, trois. Un peu contradictoires, en plus. D'abord tu dis que tu es en réunion de crise sur la Grèce, puis que tu vas rentrer en retard parce qu'il pleut et que tu attends la fin de la pluie, puis ce dernier message à 2 heures du mat où il est question de Pascal. C'est quoi la bonne version ?

- Hmmmm ? Les trois sont bonnes. D'abord j'étais en réunion puis j'ai attendu la fin du déluge dans mon bureau…

- Pourquoi t'as pas pris un taxi ?

- Je ne voulais pas laisser ma moto. Et pendant que j'attendais, Pascal a appelé. Enfin non, il m'a envoyé un mail où il disait qu'il n'allait pas bien et moi je l'ai appelé et j'ai été le voir.

- En pleine nuit ?

- C'est ça l'amitié, non ? dis-je d'un ton léger alors que la file de voitures s'allonge sur le périf.

- Mais il ne sait pas que tu es marié ? Il a osé te demander de venir comme ça, en pleine nuit ?

- Ecoute Esmée, il ne m'a rien demandé, c'est moi qui lui ai proposé… et puis je ne pouvais pas t'appeler, tu dormais. J'ai beaucoup hésité, tu sais… dis-je d'une voix un peu plaintive –et je ne mens pas.

- Hum. T'avais une drôle de voix, sur le dernier message.

- J'étais fatigué, et Pascal m'inquiétait.

- Tu rentres de plus en plus tard, en ce moment. Et moi je suis seule avec les gosses, j'en ai marre.

- T'as vu l'actualité en ce moment ? fais-je en jetant un coup d'œil à mon écran, derrière moi. D'ailleurs je dois être en réunion dans 5 minutes.

- Ben voyons ! Envoie-moi chier…

- Esmée… je te jure que…

Un message d'Edward s'affiche, je perds mes mots.

Teddy. Hollycom : Miss you, my love. Miss you much. Love you. (Je t'aime, mon amour. Tu me manques tant)

Carlisle . TVcom : Je t'aime à la folie.

- Tu me jures quoi ? Allo ?

- Que je t'aime. Que je ne te mens pas.

- Pourquoi tu t'es tu ?

- Une dépêche AFP.

- Tu passes la nuit à l'extérieur et je ne devrais pas m'inquiéter ? insiste-elle, butée.

Teddy. Hollycom : Night was so good. You killed me. Love you, need you(la nuit a été si bonne, tu m'as tué, je t'aime, j'ai besoin de toi)

- Ecoute, c'était une nuit horrible pour moi, je suis crevé. Et puis si j'avais une aventure je ne filerais pas comme ça, je me cacherais, j'inventerais des trucs, tu ne crois pas ? dis-je en mordant la lèvre, anxieux de dire une connerie.

Carlisle . TVcom : moi aussi j'ai besoin de toi. Je pense à toi tout le temps. T'es où ?

Teddy. Hollycom : JFK. Je viens juste d'atterrir. I'm so tired… feel sick. (je suis si fatigué, malade))

- Hum… je ne sais pas, je te trouve bizarre en ce moment, Carlisle. Et puis Lily est malade, je suis toute seule, comme d'hab.

- Malade ?

- Ben oui, je te l'ai dit hier. Mais t'as la tête où ?

Carlisle . TVcom : t'es malade ?

Teddy. Hollycom : yes. My body miss you too much.(tu manques à mon corps) C'était si bon. Si fort. Make me crazy.(ça me rend dingue)

- Ah oui, c'est vrai. Désolé. J'ai pas les idées très claires ce matin. Je dois te laisser chérie.

- Et Pascal, il a quoi ?

Carlisle . TVcom : oui, toi aussi tu me rends dingue. Tu me manques, j'ai envie de toi. Tout le temps. 15 jours c'est trop long.

- Malade d'amour. Une sale histoire d'adultère.

- Sans blague ? Il trompe sa femme ? Pauvre Carine. J'aurais jamais cru ça de lui…

- Moi non plus. Je te raconterai, promis. Bye !

Teddy. Hollycom : yes, it's too long. miss you enverywhere. Thinking of you all time. Love you. (oui, c'est trop long, tu me manques, je pense à toi tout le temps. Je t'aime)

Carlisle . TVcom : moi aussi. Tu reviens quand ?

Teddy. Hollycom : fin du mois. J'ai trop besoin de toi. Ta bouche. Tes mains. Tes bras. Ton corps. Ton ventre. Ton sexe… shit ! Journalists are here. Love you. I'll call you this evening. (merde les journalistes sont là, je te rappellerai ce soir)

Carlisle . TVcom : après 22h, avant je suis à l'antenne. Je t'aime.

Teddy. Hollycom : lov yu.

Je me laisse tomber sur mon fauteuil, épuisé. Va falloir la jouer fine, avec Esmée. Avant de partir en réunion, j'appelle Pascal :

- Salut vieux, ça va ?

- Oui. Pourquoi tu m'appelles un dimanche matin ?

- Oh merde, j'avais oublié qu'on étant dimanche. Ecoute, j'ai un énorme service à te demander.

- Vas-y, je t'écoute.

- T'es seul ?

- Oui, Carine est chez sa mère pour le week-end. Elle est très malade, tu sais. Alzheimer. Carine y va très souvent, c'est la seule personne qu'elle reconnaît parfois…

- Ouf… Ecoute, j'ai dû dire à Esmée que j'avais passé la nuit chez toi parce que tu allais mal, ne me trahis pas, hein ?

- Quoi ?

- Mais pourquoi ?

- Je te raconterai, promis. Je t'appelle dès que je peux.

- Ah ben ça alors, reprend mon ami perplexe. J'aurais pas cru ça de toi…

- Je sais.

- Ça me fait plaisir d'avoir de tes nouvelles, quand même… même si c'est seulement pour te servir d'alibi. On déjeune ensemble un de ces jours ?

- Non, c'est pas possible, j'aurai pas le temps, dis-je avant de me raviser –Edward n'est pas là, de toute façon, j'ai du temps-. OK. Mardi, au Pré Carré ?

- D'accord. 12h30.

- Merci. Ciao, dis-je en raccrochant un peu désespéré, et en me souvenant d'hier soir.

J'aurais pensé que ça pouvait m'arriver. Jamais.

Il était minuit au Plaza Athénée. Quand le désir est satisfait arrivent les questions et les remords. On était montés séparément mais je ne pouvais m'empêcher de repenser au regard du portier, en bas. Et au responsable de l'accueil. Et au groom, dans l'ascenseur. Edward est connu et moi aussi, cherchez l'erreur.

Il ronflotait doucement à côté de moi, la bouche entrouverte, les cheveux collés au front, l'air apaisé –un vrai gamin. J'avais remonté le drap sur son corps nu aux membres graciles sa maigreur m'effrayait un peu, je me suis demandé à quoi il carburait. Enfin non, je le savais. En ce moment il carbure à l'adrénaline, comme moi. Le stress et le manque nous bouffent et nous galvanisent, on doit avoir l'air de deux junkies à la recherche d'une dose - d'une dose de plaisir.

Je sais que c'est de la folie mais quand je le serre contre moi, quand on ne fait plus qu'un je ressens des sensations tellement fortes que plus rien n'existe, ni raison ni morale. Je pourrais mourir ou tuer ou lui en ces brefs instants, même si c'est ridicule. Tous ces sentiments et émotions que je trouve communément stupides ou mièvres, que j'avais oubliés. Des fulgurances au cœur de la passion, avant la dégringolade.

A ce moment-là j'avais une forte envie de rentrer –à cette heure-là je pouvais encore justifier d'une réunion tardive de politique extérieure, le lendemain matin ce serait impossible. Si je ne rentrais pas mon mariage était fichu et si je partais Edward serait capable de tout, il m'en avait déjà donné la preuve. Je me suis levé pour aller à la fenêtre, la nuit était claire, calme. J'imaginais Esmée en train de dormir seule dans notre grand lit, Tara le pouce dans la bouche et Lily entortillée dans ses draps, j'avais un grand vide à la place du cœur.

- Where are you ? (où es tu ?) a murmuré Edward les yeux fermés en tendant son bras dans le lit à ma recherche.

- Je suis là…

- What are you doing here? (qu'est ce que tu fais là?) T'es déjà habillé ? T'attends quoi ? Un taxi ? a-t-il fait en relevant un peu la tête.

- Non, non. Je pouvais pas dormir. Ecoute, va falloir que j'y aille…

- What ? Are you kidding ? (tu plaisantes ?) Je viens de Bruxelles pour toi, je te rappelle… quand le producteur verra que je ne suis pas là, ça va chauffer. J'ai un film de plusieurs millions à défendre, moi…

- Oui et quand ma femme verra que je ne suis pas là ça va chauffer encore plus. Je suis marié, j'ai des enfants, et tu le sais. Et c'est le plus important pour moi…

Toujours le même scénario, à l'infini, comme un cercle vicieux. Pénible. Lui avait un film mais moi j'avais des filles, la chair de ma chair, que j'avais vu naître, que j'avais changées, lavées, promenées, veillées des nuits entières dont je connaissais tout –goûts, peurs, doudou préféré, chaussettes favorites et histoire du soir. J'ai levé un peu le menton, je n'échangerais pas mes filles contre une nuit avec lui, ou dix, ou mille. C'était impossible.

Il se taisait et me dévisageait, la rancœur planait sur notre suite, le luxe n'achète pas tout. Tout à l'heure nous nous jurions tout entre ces draps et là je me sentais étrangement loin de lui, de ses préoccupations. Loin de moi, même. Mes membres étaient engourdis par le plaisir mais mon cerveau n'avait pas débranché, il m'envoyait des ondes négatives, des avertissements inquiétants. Et tout ce que je voyais c'était un étranger nu dans une chambre d'hôtel luxueuse, un inconnu menaçant.

- Edward, tu as 25 ans et tu es libre, ce qui n'est pas mon cas. J'espère que tu le comprends…

- Je suis quoi alors, pour toi ?

- La personne que j'aime et si je ne t'aimais pas je ne serais pas là, crois-moi. Mais je ne peux pas t'en donner plus, je ne peux pas tout te donner. Pas ça.

Il m'affrontait du regard et la frontière était fine entre l'amour et l'amertume, sur ses lèvres amères. Tout se jouait en cet instant, celui qui baisserait les yeux aurait perdu, j'ai décidé que ce serait moi.

- Si tu m'aimes, tu dois comprendre, ai-je dit en m'asseyant à côté de lui sur le lit. Je t'aime, plus que je ne voudrais, plus que tu ne le penses, mais si je perds mes filles ma vie est fichue. Je ne suis pas prêt.

- Pourquoi c'est maintenant que tu me dis ça ?

- Quoi ?

- Que tu m'aimes…

- Mais… je ne sais pas. Je te l'ai déjà dit, non ?

- Non, pas comme ça. Pas aussi directement. C'est un dernier cadeau empoisonné, hein ?

J'ai levé les yeux au ciel, je sentais qu'on allait droit dans le mur et ça me faisait chier.

- Oh putain, comment on en est arrivés là ? Ecoute, j'ai pas envie qu'on s'engueule, j'ai pas envie d'une scène, c'est déjà assez difficile entre ma femme et mon boulot…

- Sans blague ? m'a-t-il coupé d'un ton moqueur. Je croyais que c'était le paradis, que tout allait bien entre vous, qu'elle était la plus importante…

- C'est pas le paradis, c'est le paradis dans aucun couple mais c'est ma femme et elle est importante, point. Et j'ai pas à me justifier. Je t'avais demandé de ne pas venir, pas aujourd'hui. J'aimerais qu'on s'évite ça, ces histoires foireuses, toi et moi. J'aimerais te voir tout le temps, passer ma vie avec toi dans des hôtels de luxe, mais c'est pas possible. C'est pas possible pour toi et c'est pas possible pour moi, et tu le sais. Après, soit on se lamente et on s'en veut, soit on essaie de trouver des solutions ensemble pour se voir quand même, sans prendre trop de risques. Il n'y a pas d'alternative, et tu le sais.

Sa bouche restait amère et il me tançait d'un air de défi – je pressentais qu'il aurait préféré une bonne engueulade, il aime les sentiments et les rapports violents, je l'ai découvert. Mais moi j'avais passé l'âge, et l'envie.

- Oh toi tu sais tout mieux que tout le monde, hein ? Toujours sage et réfléchi, monsieur le Journaliste Intelligent. Toi tu connais la vie et je ne suis qu'un gamin, hein ?

- J'ai jamais dit ça. Tu connais la vie, mais on ne vit pas de la même manière. Ici à Paris je ne suis pas seul comme je l'étais à Londres, c'est comme ça. Et j'ai peur. Oui, j'ai peur. C'est con mais j'ai peur que ma vie à peu près équilibrée explose, j'ai peur de tout perdre, ma famille, mon boulot, si tout est découvert. Mais ce n'est pas nouveau, tu sais… Chaque jour j'ai peur pour elles, d'un accident, d'un enlèvement, de la maladie. Si tu savais combien je tremble parfois quand j'entends parler de certaines choses. Il y a des choses qu'il vaudrait mieux de ne pas savoir mais dans mon métier on voit tout, surtout le pire. Alors je tremble. Tout le temps.

- I see… a-t-il murmuré pensif.

- Et en plus… tu ne me croiras pas mais j'ai peur pour toi. Peur de te faire du mal.

- Moi ?

- Quand je te vois maigre comme ça les yeux creusés, je me demande si tu dors, si tu manges. Si tu ne prends pas de saloperies, si tu ne vas pas te foutre en l'air pour une connerie. Mais je ne te dis rien, parce que je ne suis pas ta mère et parce que je ne peux pas te sauver. Mais elles, je peux les sauver. Enfin, je vais essayer.

Il a soupiré, s'est retourné sur le dos et a fixé le plafond l'air rêveur :

- Moi j'ai peur de perdre mon passeport, mon portable, ma brosse à dents, le scénario que je dois apprendre, mes billets d'avion, mes clés. Alors je prends des calmants pour pas stresser et j'oublie tout, forcément. Mon agent me déteste et les banques refusent de m'assurer. J'ai peur d'être viré des plateaux, oublié des réalisateurs, moqué par les critiques. Et c'est pas tout, j'ai surtout peur de n'être personne, de n'exister pour personne. De n'être qu'un poster sur un mur, un idéal, rien d'autre. Bella m'a quitté sans trop réfléchir et toi aussi t'as envie de te débarrasser de moi, je le vois bien.

- J'ai jamais dit ça…

- Dis pas le contraire, je le vois sur ton visage. Mais y a des gens qui m'aiment, c'est sûr. Des tonnes. Sauf que là j'ai peur qu'ils m'aiment que pour mon cul, que l'un d'eux me coince dans une salle de bain et me tue –et que tout le monde rigole. Ca pourrait m'arriver tu sais, ça a failli m'arriver. Elle avait un couteau la fille qui s'est cachée dans ma chambre d'hôtel, elle voulait un morceau de ma peau –pour le garder toujours. J'ai peur de passer à la postérité pour ça : le mec assassiné par une folle – remarque au moins je serais sûr de passer à la postérité. Quand je reçois toutes ces lettres de tarés, ces menaces…

Il tremblait un peu, je me suis rapproché de lui de quelques pas.

- Tu en reçois encore, des lettres comme ça ?

- Oui. Tout le temps.

- Mais il n'y a pas eu d'enquête, de procès ?

- Contre cette fille ? Si.

- Et elle continue ?

- Non. Elle est morte. Elle a laissé une belle lettre pour dire qu'elle mourait pour moi, t'imagines le truc ? Une parfaite inconnue se tue pour toi –enfin, l'idée qu'elle se fait de toi. Une fille qui dit t'aimer plus que tout et qui te poursuit avec un couteau. Si tu savais les lettres qu'elle m'avait envoyées, les messages, les trucs intimes dégoutants, et elle me suivait partout, d'hôtel en hôtel, c'était affreux. Elle criait dès qu'elle me voyait, elle voulait m'embrasser, me couper une mèche de cheveux, une vraie malade. C'est une maladie, je ne connais pas le mot en français…

- Erotomanie ?

- Oui, je crois. Alors j'ai porté plainte et elle s'est suicidée… depuis rien n'a plus été pareil, depuis j'ai peur. Sa mère m'a écrit après l'enterrement, qu'elle ne m'en voulait pas mais que ce serait bien que j'apporte un bouquet de fleurs quand même…T'imagines, aller sur la tombe de cette fille, rencontrer sa mère ? Impossible. Je me sentais… mal, c'était affreux. J'ai fait porter des fleurs mais j'ai pas laissé mon nom. C'est là que je me suis dit pour la première fois qu'il y avait un énorme malentendu à mon sujet. Je ne suis pas l'idole des teenagers, je ne suis qu'un mec paumé qui a peur dans les chambres d'hôtel. Un crétin.

- Mais non, dis pas ça. C'est pas vrai, ai-je murmuré en me rasseyant sur le bord du lit. T'es pas un crétin, t'es quelqu'un de bien. De fragile. Et c'est ça qui est bien, tu ne te prends pas au sérieux, comme tous ces cons qui se la pètent à leur première télé. C'est pour ça aussi que je t'aime. Tu trembles ? Tu as froid ? Mets-toi sous le drap… Tiens, bouge ta jambe, je vais te recouvrir.

- Non, j'ai pas froid, il fait pas froid. C'est le fait de parler du passé. L'idée que tu vas partir, que je vais rester seul…

- Tu vas dormir et demain il fera jour. Tout va bien, Edward. Tout va bien, j'ai murmuré en caressant ses cheveux.

- Je supporte pas l'idée de rester seul… ça me fout les jetons. Tu sais, je te l'ai jamais dit mais c'est aussi pour ça que je suis venu dans ta chambre en Ecosse. Bella était partie, j'avais peur.

- Quoi ? Et moi qui pensais que c'était mon incroyable sex-appeal… C'est ce que tu m'as dit, non ?

- Il n'y avait pas que ça. Tu sais, je te regardais dormir de loin, dans un rai de lumière et je me disais que tu avais l'air si calme, si tranquille… ça me faisait du bien. Mais j'ai été super surpris quand tu t'es réveillé et que tu m'as demandé de venir dans le lit, avec toi.

- Ah oui ? ai-je dit en souriant doucement. Pourtant je n'avais pas d'idée derrière la tête, j'en avais juste marre des craquements de ton fauteuil. C'était tout.

- J'ai bien compris, rassure-toi. Je savais que tu n'étais pas gay, même pas attiré par moi. Mais quand je me suis couché j'ai senti le poids de ton corps sur le matelas, ça m'a rassuré. Tu me tournais le dos et j'étais bien, je voyais ton épaule se soulever doucement, j'écoutais tes ronflements. Je crois même que… tu m'en voudras pas, hein ? Je me suis un peu glissé contre toi, pour me réchauffer les pieds.

- Quoi ? T'as pas fait ça ? Quoique… je crois que je m'en suis rendu compte, à un moment, entre deux rêves. Il y avait quelque chose de chaud et doux contre moi. Mais je pensais que tu dormais.

- J'ai pratiquement pas dormi cette nuit-là, j'étais trop angoissé par Mortimer mais j'étais bien contre toi, à respirer ton odeur, blotti contre ton pyjama.

- Encore heureux que j'avais un pyjama…

- Oui, parce que sinon je crois bien que…

Il m'a fixé avec une petite étincelle dans l'œil et j'ai senti le désir revenir, monter rapidement dans mon ventre, malgré moi :

- Sinon quoi ?

- Sinon j'aurais abusé de toi, toute la nuit…

- Des promesses…

- Attends, tu vas voir, a-t-il dit en posant sa tête sur mes genoux, s'approchant dangereusement de mon bas-ventre.

- Non… non, il faut que je rentre, ai-je soufflé dans un gémissement.

- Je crois que la politique internationale est explosive et mérite qu'on se penche sur le sujet… Fais voir…

Ma dénégation s'est terminée en soupir quand ses lèvres ont effleuré ma chair et j'ai tout oublié, pours quelques instants encore. Des instants fragiles. Magiques. Je n'aurais jamais pensé…

A suivre…