DANS UNE CAGE OU AILLEURS

Chapitre 33

We'll come again

« We'll come again » est une chanson de Corson

J'entre dans le restaurant d'un pas pressé, j'ai presque un quart d'heure de retard. Pascal me fait un signe de main, je le rejoins en quelques pas, les yeux au sol, pour ne pas croiser de regard ou risquer d'être reconnu. Il est déjà bien installé, sur la nappe crème est posé un verre de brandy, son alcool préféré, et il a bonne mine dans son costume clair.

- Toujours en retard, hein ?

- Désolé, la circulation…

- T'es plus en moto ?

- Si, si… mais il y a des feux rouges. Même pour les motos.

- Ben voyons. Surtout quand on part à la bourre. Une urgence ?

- Oui, on peut appeler ça comme ça, dis-je en repensant à ma dernière conversation avec Edward que je n'arrivais pas à écourter.

- Tu bois quelque chose ?

- Je ne devrais pas, mais… oui, je vais prendre un truc.

- Un brandy ?

- Oh non. J'ai envie d'un truc plus fort. Un mojito.

- A midi ? Ça promet.

Je hausse les épaules en me concentrant sur le menu, il me fixe du coin de l'œil. Pascal, un de mes plus vieux amis depuis la fac, directeur financier et joueur de golf invétéré, marié et sans histoires, un compagnon fidèle et discret. Son visage lisse et encore juvénile me rassure, même si la calvitie le guette, nous ne sommes pas si vieux que ça.

- Je vais prendre le plat du jour, et toi ?

- Moi aussi. Alors ? fait-il au bout de quelques secondes.

- Alors quoi ? Tu vas bien ?

- Oui, oui. Très bien. Tu le saurais si tu venais jouer au golf avec moi, comme avant, lance-t-il négligemment.

Avant. Oui, il y avait un avant, une vie tranquille dans laquelle j'avais des repères. Avant. Je trempe mes lèvres dans le cocktail épicé, la menthe et le rhum me font frissonner. J'ai besoin de sensations fortes, depuis.

- Oui, j'ai plus trop eu le temps, ces derniers jours. Il fait beau, hein ? dis-je en jetant un coup d'œil discret à mon portable.

- D'accord. Tu veux parler de la pluie et du beau temps ? OK. Mais j'aimerais bien savoir pourquoi je te sers d'alibi, mon cher ami, et faudra que tu finisses par me le dire avant de te tirer d'ici, fait-il en finissant son verre.

- Hé bien, tu n'y vas pas par quatre chemins, dis-moi.

- Non, parce que je sais que tu vas essayer de noyer le poisson, et moi je déteste mentir. Il me faut de bonnes raisons pour ça. J'espère que tu en as, dit-il du même ton qu'il s'assurerait que j'aie de l'argent pour régler la note.

- Attends, je vais voir, fais-je en fouillant mes poches. Merde, je crois que j'ai tout laissé à la maison, y compris mes bonnes raisons.

- A la maison ? Avec ta chère épouse ?

Je grimace, c'est un coup bas. Je cherche une riposte dans le décor, une vieille pub pour une bière, un tableau dadaïste, une photo d'artiste dédicacée, en vain. On se connait depuis si longtemps, j'ai fait d'autres conneries, il le sait. Mais celle-ci est particulièrement difficile à avouer, je termine mon mojito sur un claquement de langue.

- Je peux te faire confiance, Pascal ?

- Tu rigoles ? Je suis le parrain de ta fille cadette, je te rappelle, et c'est moi qui t'ai filé les bonnes réponses à ton exam de géographie à Sciences Po, alors tu ne vas me faire le coup de la star paranoïaque !

- Oui mais là… dis-je avec une nouvelle grimace.

- C'est pire que tricher à Sciences Po ou voler de la bière dans les supermarchés belges ?

- Ah merde, tu te souviens de ça aussi ?

- Je me souviens de tout, et toi tu en sais aussi long sur moi, alors crache ta pastille… regarde-moi, Carlisle. Tu fais vraiment une drôle de tête. C'est si grave que ça ?

La serveuse nous apporte nos filets de sole au beurre blanc, je ne trouve pas de réponse. Un homme s'approche de la table et interpelle Pascal, un collègue visiblement, je fais mine de jouer avec mes couverts. Ils discutent d'un problème de comptabilité, je pense à Edward. C'est le matin à Miami, j'espère qu'il a fini par s'endormir. Je n'aimais pas sa voix pâteuse, reste de sortie arrosée en boîte de nuit. Il m'a raconté le petit jour sur Miami Drive alors que je suivais la chute de la Bourse, je l'imaginais nu sur ses draps, en travers de son lit, sa position préférée. Etait-il seul ? Il me semblait entendre des murmures, derrière lui. Le bruit de l'océan, m'a-t-il répondu en riant, mais son rire m'a serré l'estomac, comme une crampe.

- Excuse-moi, reprend Pascal. Tu ne manges pas ?

- Non, je t'attendais.

- Mais non, vas-y, ça va refroidir. Un casse-pieds, qui ne répond pas à mes mails et voilà qu'il me relance jusqu'ici. Désolé. Tu disais quoi ?

- Moi ? Je disais rien du tout. C'est toi qui me tortures pour que je parle, ce qui n'est pas très amical. Ce poisson est excellent, pas vrai ?

- Oui. Et il est plus bavard que toi, en plus. Ecoute, je pense que je peux te comprendre et je te jure de garder le silence, alors je ne comprends pas ton attitude, Carlisle. T'es pas le premier mec à tromper sa femme, tu sais ?

- Oui mais là…

Une étrange excitation s'empare de moi, à l'idée d'évoquer Edward. Ce sera la première fois que je le ferai, et je ne trouve pas les mots. Raconter quoi ? La première nuit en Ecosse ? Les fantômes ? Le tournage ? Les menaces de Mortimer ? Nos rencontres passionnées, nos engueulades ? Sa peau, son sourire, sa manière de m'appeler « Carl », qui a fait de moi un autre homme ?

J'émiette un morceau de pain sans le regarder, gêné. Comment on peut raconter un truc pareil, même à son meilleur ami ?

- C'est quelqu'un de connu ? souffle Pascal en se penchant vers moi. Une actrice ?

- Qu'est ce qui te fait croire que c'est une actrice ? dis-je en me redressant.

- Parce que tu es fasciné par le cinéma et que dans ton métier tu en rencontres beaucoup. Plus que moi, en tout cas. C'est ça ? C'est pour ça que tu en fais toute une histoire ? Allez, m'oblige pas à t'arracher les mots.

- C'est que… j'en ai jamais parlé. A personne. C'est comme si… comme si ça devenait vrai, en le racontant. Comme si ça pouvait m'échapper.

Il me fixe avec attention, fourchette en l'air, et je le sais, avec bienveillance mais je ne trouve toujours pas le début de l'histoire. Mon poisson refroidit, j'écrase les pommes de terre, je n'ai pas faim.

- Ce n'est pas une actrice.

- Ah non ? Une chanteuse, alors ?

- Non. Tu t'éloignes…

- Attends, on va pas jouer à chat, non plus ! Je la connais ?

- Oui, c'est quelqu'un que tu connais, enfin pas personnellement, c'est quelqu'un de très connu, qui joue dans le dernier film de Mortimer, dis-je avec difficulté, cœur battant.

- Ah ah ! On approche de la vérité, là. Remarque, ça ne m'étonne pas, tu as changé depuis que tu es revenu de ce tournage, fait-il d'un ton définitif en recrachant une arrête.

- Ah bon ?

- Oui. Depuis je ne t'ai plus revu au golf, ou rarement, et tu avais l'air nerveux, pressé. Comme maintenant.

Je hausse les épaules, embarrassé. J'aimerais qu'il trouve seul, je ne me vois pas prononcer son nom dans ce restaurant, j'ai déjà les oreilles qui brûlent.

- Bon alors, il va falloir que je devine, c'est ça ? reprend-il en soupirant. Comment elle s'appelle déjà, la petite ? Bella ? C'est elle ?

- Non. Mais t'es pas loin. C'est l'autre vedette.

- Je ne connais pas le nom des autres actrices et encore moins leur visage, Carlisle, souffle-t-il avec irritation. Tu vas jouer à ce petit jeu longtemps ? T'as une photo, au moins ?

- Une photo ? Non, pas vraiment… attends, si, j'ai quelque chose, là, dis-je en lui sortant mon portable de ma poche. Je crois que j'ai sa photo… oui, là, j'ai l'affiche du film. C'est la personne à droite…

- A droite ? Mais c'est un homme ! C'est l'autre, là… Cullen. Me dis pas que… Carlisle, c'est une plaisanterie, n'est-ce pas ? reprend-il, atterré.

- Non.

- Attends, j'ai dû louper un truc là…, commence-t-il quand la serveuse vient reprendre nos assiettes.

Nous nous taisons quelques secondes, il m'observe avec incrédulité, presque réprobation, sans répondre à la serveuse qui nous demande si nous souhaitons un dessert. Elle repart, mécontente, il me transperce toujours de son regard.

- Si, tu as très bien compris, dis-je alors qu'elle s'éloigne.

- Je… Alors là, je suis sidéré. C'est une blague, n'est-ce pas ?

- Non. Ce serait de très mauvais goût. Tu n'y comprends rien, et moi non plus. Je te jure, je ne me reconnais plus. Je ne me croyais pas capable de ça, mais c'est comme ça, je ne sais même pas pourquoi moi-même. Ca m'est tombé dessus un jour, depuis… je ne suis plus le même.

- Attends que je comprenne bien… fait-il à mi voix, tu couches avec lui ? Ou tu es juste amoureux ?

- Non, je… couche avec lui.

- Alors là, je suis sidéré, répète-il. C'est absolument énorme. Incroyable. On me l'aurait dit, je ne l'aurais pas cru. Mais ça fait longtemps que tu as ces tendances là ?

- Oh arrête, pas toi. Tu vas pas commencer à psychoter au sujet du passé, non ? Je ne sais pas, ça ne m'avait jamais effleuré avant. Arrête de te poser des questions.

- Quand même, ça m'interpelle quelque part au niveau du vécu, comme dit l'autre –et l'autre, c'est moi. Remarque, t'as pas choisi le plus moche, mais question discrétion, c'est mal barré. Depuis quand vous êtes… intimes?

- Depuis… depuis le tournage, donc presque deux ans.

- Tu plaisantes ? Tout ce temps-là ?

- Pas en continu. On a eu une… aventure pendant les prises de vue, puis on s'est séparés. Il m'a quitté. Enfin non, c'est moi qui suis parti… enfin c'est compliqué. J'ai tout fait pour l'oublier, vraiment. Et puis à la sortie du film il est venu en France pour la promo et… on a replongé.

- Et c'est… sérieux ?

- Oui, fais-je, le cœur battant. Très sérieux. Je suis fou de lui, il n'y a pas d'autre mot. J'y pense jour et nuit, il me manque tout le temps et quand on est ensemble, c'est… je peux pas t'expliquer. Pas là.

- Oh… à ce point ?

- Oui. Pire, dis-je en sentant le sang affluer sur mes joues.

Pascal me fixe comme s'il ne m'avait jamais vu, ou comme s'il me découvrait vraiment. C'est dur d'accepter ce regard de la part d'un ami, pourtant j'ai envie de lui parler encore, de tout raconter, pour me prouver que c'est vrai, que je suis vivant, que ça vaut le coup, malgré les risques. Tout à coup je réalise combien c'est insensé et singulier comme amour, j'en suis presque fier.

Il lance un long sifflement sourd entre ses dents, je reprends :

- Tu comprends pourquoi c'est difficile à vivre pour moi, et pourquoi j'ai besoin d'alibis ?

- Hé ben mon vieux, chapeau. Tu vas en avoir besoin en effet, et c'est rien à côté de ce qui va se passer si ça se sait. Mais qu'est ce qui t'a pris, Bon Dieu ? Quand je pense que tu m'avais juré que tu ne tromperais jamais ta femme, quand ta fille est née ! Tu disais que tu étais parfaitement épanoui, tu te rappelles ?

- Arrête, s'il te plait. J'ai pas choisi.

- Quoi ? Il t'a violé ?

- Chut ! T'es malade ou quoi ? Et si on nous entendait ?

- Mais il n'y a personne derrière nous, les gens sont trop loin !

- Mais beaucoup nous regardent, non ? dis-je en essayant de prendre un air dégagé.

- Ah ça ! Quand on passe à la télé les gens vous regardent, oui. Et… vous vous voyez quand ?

La serveuse nous dépose deux cafés, je ne me souviens pas de les avoir commandés. Il est presque deux heures, j'ai une réunion pour ma prochaine émission et pourtant j'aimerais rester là, parler encore d'Edward, expliquer ses mains, sa bouche, sa fragilité, tout ce qui me trouble et m'attache à lui. Rapidement j'explique à Pascal nos brèves rencontres dans les hôtels, les mails, les coups de fil. La passion. Ca me trouble et m'enivre de parler de lui, de raconter les détails même scabreux, pour le voir changer de couleur. Il m'écoute bouche bée, posant une question de loin en loin, abasourdi.

- T'as l'air drôlement accro, mon pauvre. Fais quand même attention à toi, hein ? me lance-t-il alors que j'attrape mon casque pour repartir, mû par une urgence inexplicable.

- Promis ! Je compte sur ton silence, hein ? A propos, je me demandais… c'est un peu difficile mais… Tu as bien un appartement dans le 12ème que tu n'utilises plus, non ? dis-je en faisant demi-tour et en me penchant vers lui.

- Enfin, on cherche à le vendre mais le marché n'est pas favorable en ce moment. Pourquoi ?

- On prend énormément de risques en allant à l'hôtel, parce qu'on est un peu connus, tous les deux. Alors je me demandais si… si tu accepterais de me le prêter. Ou de me le louer.

- Quoi ? Tu es sérieux ?

- Oui, ça te pose un problème ? dis-je en regardant ma montre –je suis à la bourre, comme d'hab.

- C'est qu'il nous appartient à tous les deux, ma femme et moi, et ça me gêne de…

- Ok. Je comprends. Tu préfères qu'on se fasse choper, hein ? Comme ça la morale sera sauve ?

- Oh Carlisle, arrête ton cinéma. Pas du tout. Mais…

- Mais ?

- Oh et puis merde. OK. Mais si Carine l'apprend, on est morts…

- Je suis déjà mort, mais tu sauves la vie, là. T'es un vrai ami, Pascal, je ne l'oublierai jamais, je lui lance en m'éloignant.

Je vois dans ses yeux qu'il regrette d'avoir accepté mais je suis déjà dehors, happé par la vie.

oOo oOo oOo

15 jours plus tard

Je marche sur l'épais tapis du Royal Monceau, le cœur au maximum à l'idée de le revoir. Je ne l'ai pas prévenu de mon arrivée si tôt, nous avons RDV à 18h au bar. J'ai pu voler une après-midi sous couvert d'entretien pour mon émission, je me sens fautif mais je sais que j'oublierai ça dès que je serai dans la chambre, tout s'envolera, les problèmes disparaîtront comme par magie. Le portier ma laisse passer sans problème, sans même m'interroger –parce que je suis connu ou que j'ai l'air sérieux ?

Je frappe à la porte mais en lieu et place d'Edward je vois apparaître une tête brune, un jeune homme aux cheveux noirs gominés et à la moue boudeuse, mâchouillant un chewing-gum avec vigueur :

- Yes ?

- Je… je désirais voir M. Cullen, il est là ?

- Vous avez rendez-vous ? fait-il en me regardant avec un mépris certain.

- Non, pas précisément, mais vous pouvez lui dire que je suis là ?

- Je ne pense pas qu'il soit disponible, je suis désolé.

- Dites lui quand même que je suis là… Carl.

- Carl ? Carl comment ?

- Carl. Ca lui parlera, ne vous inquiétez pas, dis-je sans me démonter.

Il part en me claquant la porte au nez, je me renfrogne. C'est qui, celui-là ? Des milliers d'idées me passent par la tête le temps qu'il rouvre, mécontent, m'invitant à entrer par un simple geste de la main. Je traverse l'entrée pour rejoindre Edward qui discute au téléphone dans le petit salon, debout devant la fenêtre. Avec une petite grimace il m'indique qu'il est coincé au téléphone, il parle si vite en anglais que j'ai du mal à le comprendre. Visiblement on lui demande des comptes et il s'embrouille, je soupire. Charmante réception. L'autre olibrius me toise de bas en haut, on ne lui a jamais appris la politesse ?

Le temps s'étire, j'ai l'air d'un imbécile debout au milieu de la pièce alors je m'assois sur un fauteuil et je prends une revue, passablement énervé. Finalement Edward raccroche et lance à son acolyte :

- Tu vas me chercher des cigarettes ?

- Je vais appeler la réception, ils vont en monter.

- Non. J'aimerais que tu y ailles, toi. Et que tu me rapportes du cherry coke en canettes, et des chips au vinaigre. Right ?

Le brun tique et part en me lançant un regard mauvais, Edward traverse rapidement la pièce pour fermer le verrou derrière lui.

- C'est qui celui-là ?

- Un abruti que la production m'a collé au cul pour éviter que je file comme je l'ai fait à Bruxelles. Un soi disant assistant qui me surveille en fait, ça me gonfle, fait-il avec une moue. Oh Carl, I missed you so ! (tu m'as tant manqué)

En deux pas il est contre moi et me prend dans ses bras, je me débats pour la forme :

- Hum… et il fait quoi d'autre pour toi ?

- Oh, come on, Carl. Pourquoi tu fais cette tête ? T'es pas content de me revoir ?

- Si. La preuve c'est que je suis venu en avance pour te faire la surprise, et voilà que je tombe sur ce mec qui me regarde comme si j'avais chié sur le paillasson. Alors je te demande : qu'est ce que ce mec fait dans ta chambre ?

- Oh, t'es trop con, fait-il en s'éloignant. Toujours tes soupçons ! Tu me prends pour qui, à la fin ? Bon, tu vas être content : il fait tout pour moi, jour et nuit, ça te va ? Tu veux savoir si on baise ensemble ? Bien sûr que oui, je suis une pute, pas vrai ?

Il s'assoit sur son lit, la mine renfrognée, je me mordille la lèvre, agacé. Est-ce qu'il se rend compte de tous les risques que je prends pour lui ? Pour un peu je repartirais mais je le regretterais dès la porte passée, je le sais très bien. Que tout ne se passe pas comme je le voudrais me stresse, j'ai l'impression d'être sur la corde raide et de pouvoir tomber au moindre coup de vent.

Edward met la télé et ne me regarde plus, boudeur. Sur la petite table de nuit se trouve un magazine de cinéma avec sa tête en première page et le titre « Edward Cullen, la fureur d'être vrai », je présume qu'il ne l'a même pas lu. Il est souriant sur la photo et là il me fait la gueule, je le vois en stéréo déformée, je préfère le journal à la vraie vie. Mon cœur bat à tout rompre et un flux rageur coule dans mes veines, putain comment on en est arrivés là si vite ? C'est moi qui déconne ou quoi ?

Edward zappe de chaîne en chaîne alors que je commence à tourner en rond dans la chambre, prêt à repartir. Merde, tout ça pour ça ? Dans cinq minutes son esclave va remonter et on n'aura profité de rien. Mais quand je pense à mon équipe que j'ai laissée en plan et à Esmée qui devra rentrer plus tôt pour amener Lily à la danse j'ai mal à l'estomac, comme tous les matins en ce moment. Cette histoire me bouffe et me fait vivre à la fois, je ne sais plus où j'en suis. Je soupire longuement puis je m'approche du lit.

- J'ai pas dit ça, mais j'attendais mieux comme accueil… dis-je à voix basse. J'ai été surpris et déçu de le voir, j'avoue.

Mon changement de ton lui fait lever les yeux, il m'observe avec méfiance et fait la moue, irrésistible. Je ne peux m'empêcher de lui sourire alors qu'il se redresse lentement. Dans deux secondes je sentirai son odeur et je pourrai frôler sa peau, mon cœur accélère.

- Ok, I see. Tu vas l'avoir l'accueil que tu attendais, reprend-il en se levant et se collant contre moi. Ne pense plus à ce mec, il n'est rien pour moi. Mais je ne peux rien faire, tu comprends, rien ? J'ai déjà trop tiré sur la corde, je ne peux plus m'enfuir ou j'aurai de sérieux problèmes. Reste s'il te plait…

- Il sera toujours là, avec toi ?

- Hélas, oui. Sauf que je l'envoie faire des petites courses.

- Mais comment on va faire alors ? dis-je en murmurant alors qu'il colle son bas-ventre contre le mien.

- On va aller dans la chambre à côté, il n'y a pas accès. Lui reste dans le salon, j'ai été bien clair. Je fermerai le verrou. On n'aura rien à craindre.

- Tu veux dire qu'il va revenir et qu'on va coucher ensemble dans la chambre alors qu'il sera dans le salon ?

- Yes. Exciting, no ? souffle-t-il en me léchant subrepticement l'oreille, ce qui me fait frissonner. De toute façon il ne te connaît pas, ce crétin d'américain, et il sait qu'il ne doit pas rentrer dans ma chambre. En plus il a signé une clause de confidentialité…

Edward se frotte contre moi, son odeur et sa peau commencent à m'enivrer, je refreine difficilement mon désir pourtant la peur est toujours là, présente. Il me force à reculer jusqu'à la chambre et ferme le verrou derrière nous, je frissonne.

- Tu parles. T'inquiètes pas que si un journal lui file beaucoup d'oseille il va déchirer son contrat, ton mignon. Il s'appelle comment ?

- Ted. Bon, tu veux quoi, alors ? demande-t-il, les mains sur les hanches.

- Je veux te voir seul à seul, Edward. Sans témoin, dis-je d'une voix fiévreuse alors qu'il se colle contre moi à nouveau et glisse ses mains contre ma peau.

- Ah oui ? Pourquoi donc ? Auriez-vous une idée derrière la tête, mister journalist ?

- Oui. Et pas que derrière la tête. Débarrasse toi de ce mec, j'ai trop envie…

- Moi aussi, j'ai envie. A crever, dit-il en se déshabillant. On a cinq minutes encore avant qu'il remonte, profitons-en… Regarde comme j'ai envie de toi, my love…Touche, là.

- Où ça ? Ici ? Ah oui, tiens. Et là ? Et ici, aussi… Hmmmmm… Cinq minutes ne me suffiront jamais, je murmure en caressant sa peau d'une main moite.

- Mais c'est toi qui es pressé ! Moi j'ai tout mon temps. T'inquiète, on va laisser cet imbécile poireauter dans le salon. Les portes sont capitonnées, il n'entendra rien. Je l'enverrai faire une autre course plus tard et tu repartiras discrètement quand tu devras rentrer. Dis-moi que tu restes cette nuit, my love…

- Pas toute la nuit, non. Mais une bonne partie de la soirée, oui. Je me suis arrangé. Mais ça devient trop dangereux les hôtels, surtout avec ton toutou, alors à l'avenir il faudra qu'on fasse autrement ?

- Autrement ? Comment autrement ? Tu veux baiser dans les endroits publics ou les chiottes ? Dans la forêt ? fait-il en glissant sa main sur mes fesses.

- Mais non, idiot. On pourra se rencontrer dans un appartement qu'un ami va me prêter bientôt, je me suis arrangé. On sera plus tranquilles quand tu viendras à Paris. J'aurai les clés la semaine prochaine, ce sera beaucoup plus pratique…

- Oh mais je vois que tu as plein de plans pour nous… parfait ! Et tu sais quoi ? surprise ! Je vais signer pour un film ici, à Paris. Quatre mois de tournage, c'est pas merveilleux ? ajoute-il en déboutonnant ma chemise.

- Quatre mois à Paris ? dis-je en sentant le sang circuler plus rapidement dans mes veines. Quatre mois ? Mais c'est… fantastique !

- Yes, it is. Et on pourra se voir tout le temps, tous les jours, fait-il en me déshabillant avec fièvre. Je veux que tu me fasses l'amour tous les jours, Carlisle. Tous les jours. Oh my… Ca va être si… si…

Il happe mon sexe dans sa bouche et je m'accroche à ses cheveux, dérouté. Bien sûr que j'ai envie de ça tous les jours mais comment gérer ça avec mon emploi du temps et ma vie de famille ? Sa langue me frôle avec précision alors que je cherche déjà des créneaux dans mon emploi du temps. Quand il m'absorbe complètement je décide de tirer un trait sur tous mes loisirs et hobby. Je n'aurai plus qu'un passe-temps, lui.

- Oh, love you so, Carl, halète-il en relevant les yeux vers moi. Un nid d'amour pour nous deux ?

- Oui… Oui, oui, oui… Attends, Edward. Attends, je ne veux pas jouir trop vite. Viens, viens par ici mon amour. Tourne-toi. Penche toi un peu, oui, comme ça… Oh mon dieu tu es si doux, ici. Regarde-moi. Je ne veux jamais y voir ton toutou, hein ? Tu viendras seul ?

- Don't worry. I'll be all yours, my love, always… And you ? (Ne t'inquiète pas. Je serai toujours à toi. Et toi ?)

Ma réponse reste coincée dans ma gorge, elle n'a déjà plus d'importance. Plus aucune.

A suivre…