En se réveillant ce matin, Lestrade avait aussitôt eut l'impression persistante que ce serait une mauvaise journée. Son instinct ne le trompait jamais, c'est pour ça qu'il était flic.

Et comme pour confirmer cette intuition, en ouvrant les rideaux, il constata qu'une véritable tempête s'était abattue sur Londres. Un brouillard l'empêchait de voir à plus de 3 mètres. Les bourrasques violentes de vent faisaient voler les feuilles en ce début d'automne peu glorieux. Seul chose qui ne le surprit pas, la pluie, qui tombait sans discontinuer depuis, s'il se fier aux bouches d'égout qui débordaient, très longtemps.

En se levant, l'inspecteur manqua de trébucher sur ses chaussures, abandonnées la vieille en plein milieu de l'entrée de sa chambre. Greg marcha jusqu'à la salle de bain en s'étirant. Il se passa de l'eau froide sur le visage pour se réveiller parfaitement, et étudia son reflet dans le miroir. Son visage était le témoin incontestable de la mauvaise nuit qu'il avait passé. Et probablement aussi de toutes les autres.

Depuis son divorce, il n'avait plus passé une seule nuit correcte bouffé par la stupide angoisse de finir sa vie seule. C'était plutôt pathétique, ce qui n'était franchement pas son genre, mais il ne parvenait pas à se retirer cette idée de la tête. Il se brossa rapidement les dents et retourna dans sa chambre pour s'habiller.

Poursuivant ce cercle vicieux de la malchance, Grégory ne retrouva dans son armoire aucune chemise repassée. Pestant il enfila la moins froissée de toute et mit par-dessous un pull, de toute avec le temps ce ne serait pas de trop.

Passant une main dans ses cheveux argentés pour les réarranger, il attrapa au passage ses chaussures et rejoignit directement l'entrée.

Son arme, son étui, et son insigne l'y attendait sagement. L'inspecteur enfila l'insigne autour de son cou, puis attrapa l'étui qu'il plaça à sa ceinture tout en enfilant ses chaussures. Il vérifia le chargeur de son arme avant de placer cette dernière dans le holster.

Greg attrapa ses clefs et sorti rapidement. Il ne trainait jamais longtemps chez lui le matin, il préférait profiter de la capitale encore endormie. L'inspecteur adorait marcher dans les rues presque désertés de Londres, c'était comme s'il était privilégié.

Il s'arrêta pour prendre le journal et un café au même bar depuis plus de 20 ans. C'était la seule habitude qu'il avait gardé depuis son divorce. Le temps rendit toute cette manœuvre d'ordinaire agréable, plutôt cauchemardesque. En sortant du café une voiture l'avait éclaboussée et pour couronner le tout en descendant du trottoir son pied avait disparu sous une épaisse flaque d'eau.

Définitivement de mauvaise humeur, l'inspecteur arriva au poste, trempé de la tête jusqu'aux pieds, avec de la boue sur son manteau et un café froid.

Donovan l'accueillit avec un café et chose plutôt rare un sourire.

- Je me doutais que votre café serait froid à votre arrivée.

Il la regarda suspicieux.

- Il vient de la machine à café ?

- Non du bar à l'angle de la rue, il n'est pas aussi bon que le votre mais il est buvable.

- Merci Sally.

Elle hocha la tête avec un sourire, il fronça les sourcils.

- ça va vous ?

- Très bien ! J'adore quand il y a des tempêtes !

Il la dévisagea longtemps avant de reprendre le chemin vers son bureau. Elle l'y suivit.

- Vous vous le compte rendu de l'équipe de nuit tout de suite ou…

- Allez-y !

- C'était plutôt calme avec la tempête, on a juste eu un cas d'ivresse sur la voie publique, il à cuvé ici et je les fais sortir avec un avertissement, en arrivant. Il n'avait rien dégradé alors…

- Vous avez bien fait, autre chose ? Demanda Greg en retirant son manteau et en s'asseyant à son bureau.

- La demande de perquisition pour l'affaire Tanner est arrivé hier soir, les gars se préparent pour y aller.

- On a des renforts au cas où ? William Tanner à des antécédents psychiatriques, il vaudrait mieux ne pas prendre cette intervention à la légère…

- Je vais dépêcher une équipe d'intervention pour nous couvrir !

Lestrade hocha la tête en la regardant partir. Il se concentra sur les dossiers qui l'attendaient sur son bureau. De la paperasse et encore de la paperasse, il allait finir enterrer sous un tas de dossier !

Chaque fois qu'une nouvelle affaire se présentait il était honteusement soulagé de se soustraire à cette corvée…Malheureusement une fois l'affaire bouclée c'était encore et toujours un peu plus de dossier et de formulaire à remplir… le compte rendu du légiste, la mise sous scellée des preuves, les interrogatoires… Une routine épuisante bien que Gregory n'aurait jamais de boulot pour rien au monde, il avait ça dans le sang.

Et puis il se disait que si Sherlock n'acceptait de travailler qu'avec lui, c'était peut-être parce qu'il n'était pas si mauvais que ça….Ou peut-être l'inverse et dans ce cas Holmes avait pitié…

Il but une gorgé de son café, qui était plutôt bon à vrai dire, et releva la tête pour tomber face à face avec Mycroft Holmes.

Lestrade manqua d'avaler de travers avant d'assener.

- Vous ne frapper jamais ?

Mycroft lui lança un air suffisant comme réponse et releva légèrement le menton.

- J'ai appris pour votre divorce…

Greg haussa les sourcils.

- Vous êtes vraiment venu pour me parler de ça ?

- Dieu du ciel non certainement pas !

Sa réponse était presque vexante, mais ce n'était franchement pas comme si Gregory n'était pas habitué… Les Holmes avaient la désagréable manie de vous rabaisser sans même s'en rendre compte. Bien qu'en faite il soupçonnait Mycroft de le faire exprès. Ou peut-être étais-ce Sherlock qui faisait ça ?

- Vous avez l'air songeur inspecteur...

Gregory revint à la réalité.

- Par pitié dîtes moi juste pourquoi vous êtes là Monsieur Holmes ?

- Une affaire m'occupera un temps indéterminé en Allemagne, et je tenais à m'assurer que durant mon absence mon frère se tienne tranquille…

- Vous voulez dire l'occuper avec une enquête ? Vous avez conscience que les cadavres ne tombent pas du ciel, et ce même pour le grand Mycroft Holmes ?

L'espace d'une seconde il crut voir un sourire se dessiner sur les lèvres du gouvernement britannique.

- Ne vous inquiétez pas pour ça. Je peux compter sur vous ?

L'inspecteur se leva en répondant.

- Vous savez déjà que oui, il était inutile de faire le déplacement…

Greg repensa involontairement à l'affaire Euros où il avait dût sortir un Mycroft désorienté et paniqué d'une cellule. Il était plutôt étrange de voir un homme d'ordinaire si sûr de lui, trembler et ne plus être capable de parler. Quand l'inspecteur avait défoncé la porte pour le libérer, le gouvernement britannique n'avait même pas réagit. Il se souvenait parfaitement de son visage ce jour là. Lestrade avait chassé les agents qui l'accompagnaient, sachant que pour Mycroft ce serait déjà bien assez humiliant quand il reprendrait ses esprits.

Mais par-dessus tout ce jour là Lestrade s'était retrouvé face à une profonde incertitude. Comment est-ce qu'il était supposé réconforter un homme tel que lui…Souhaitait-il seulement être réconforté ? L'inspecteur aurait parié que non, et il opta pour la première option : Partir lui aussi sans rien dire, pour le laisser se reprendre. Sauf que Mycroft avait finalement levé les yeux vers lui. Et Lestrade, pour une raison qu'il n'avait aujourd'hui même pas encore trouvée, était resté là. Il n'avait pas dit un mot, pas fait un geste, il était juste resté là, en cas de besoin.

L'homme frissonna à l'idée que la source de cet état était sa propre sœur.

Bizarrement depuis cette situation, Grégory se sentait un peu plus proche de l'aîné des Holmes…Ou en tout cas aussi proche qu'on pouvait l'être avec quelqu'un comme lui. Parfois il se prenait même a croire à l'idée un peu folle que d'une certaine façon, ils étaient amis.

- Je tenais malgré tout à venir m'en assurer en personne.

L'expression de Mycroft lui sembla étrange, mais il ne releva pas. Greg espérait soudain qu'il n'est pas suivit le cheminement de ses pensées. Auquel cas il se sentait déjà ridicule.

- Bonne journée inspecteur

- Elle a mal commencé il n'y a pas de raison qu'elle s'améliore… Mais merci quand même ! A vous aussi.

Il n'attendit aucune réponse qui d'ailleurs ne vint pas. Mycroft avait disparu aussi soudainement qu'il était apparu au milieu de son bureau. Et comme s'il avait était une sorte de prophète, Sally arriva avec la phrase magique :

- On a une affaire !

En sortant de la voiture, Lestrade ressenti aussitôt les courbatures de la mauvaise nuit passée.

- Bien dormi inspecteur ?

Il pesta en reconnaissant la voix de Sherlock.

- Qu'est-ce que vous fichez là vous ! Je ne vous ai même pas appelé !

- Mon frère m'a dit que vous auriez peut-être besoin de moi !

Greg fronça les sourcils, hésitant.

- Posez votre question ! Devança Sherlock.

John au loin passait sous la banderole jaune pour rejoindre le détective consultant.

- Vous avez vu votre frère ce matin alors ?

- Non il m'a envoyé un texto répondit Sherlock en montrant son téléphone.

- Bonjours Greg

- John…

Les deux hommes se serrèrent la main

- Pourquoi cette question ? demanda John. Si Sherlock ne le percevait pas, ou sûrement s'en désintéressait, Le vétéran avait repéré que la question de Lestrade n'était pas anodine.

- Il est passé me voir au poste, ce qu'il ne fait jamais…Et je ne sais pas, il avait l'air…préoccupé.

John haussa les sourcils, dire d'un homme comme Mycroft Holmes, qui avait l'habitude d'empêcher des guerres aux quatre coins du monde, qu'il était préoccupé c'était plutôt surprenant.

Gregory secoua la tête.

- Oubliez ça, ça devait être mon imagination, et puis on ne peut pas dire que vous les Holmes vous soyez facile à déchiffrer…

La scène du crime se trouvait au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur. Gregory pesta.

Sally l'attendait à l'entrée du petit studio, même la présence de Sherlock n'effaça pas son sourire. La tempête s'était pourtant pas mal calmée.

-Qu'est-ce qu'on a ?

- Les voisins du dessus on appelé plusieurs fois pour se plaindre du tapage. Ce matin une équipe de police est intervenu mais la porte était fermée à double tour. Ils ont défoncés la porte en sentant l'odeur.

Les trois hommes entrèrent pour découvrir un petit studio entièrement vide, une odeur épouvantable, et un cadavre qui commençait à se décomposer sur la moquette.

John fronça aussitôt les sourcils, perplexe.

- Qu'est-ce qu'il faisait là enfermé dans un studio vide pendant 3 jours…

Sherlock regarda le corps, et Sally reprit :

- Le légiste va arriver mais à priori c'est un suicide, la victime John Norman, est morte d'une balle dans la tempe, l'arme est encore dans sa main.

John se pencha pour étudier la blessure.

- C'est difficile à dire vu l'état de décomposition mais on dirait bien que c'est le même calibre.

- La balle n'est pas ressortie, le légiste pourra la récupérer et confirmer le calibre lança Lestrade.

- Je ne vois pas comment ça pourrait être autre chose qu'un suicide ! Les fenêtres sont fermées, et on est au quatrième étage de toute façon ! La porte était verrouillée de l'intérieure, la clé est encore dans la serrure.

Sherlock étudia rapidement le corps, il n'avait aucune caractéristique spécifique si ce n'est que son bras droit était légèrement plus musclé que le gauche, ce qui indiqué qu'il était droitier. L'arme se trouvait bel et bien dans la main droite.

Il n'y avait aucune trace d'une autre personne ici.

- Les voisins se plaignaient de tapage ? Demanda Lestrade en regardant autour de lui.

- Oui de la musique mise à fond.

- Comment c'est possible ? Il n'y a absolument rien ici capable d'émettre de la musique ! Les voisins sont certains que ça viennent d'ici ?

- L'appartement au dessus n'est pas occupé, même chose pour celui d'à côté, il n'y a que cet appartement là qui l'est et il se trouve juste en dessous. La musique ne pouvait provenir que d'ici.

Sherlock regarda par la fenêtre.

- John vous en pensez quoi ? demanda Lestrade.

- Tout porte à croire que c'est un suicide, oui. Mais cette histoire de tapage est effectivement étrange…

- Sherlock ? Lança l'inspecteur.

Celui-ci ne répondit pas tout de suite et se plaça juste au niveau de la tête du cadavre.

- C'est un meurtre lâcha t-il très simplement comme s'il s'agissait d'une évidence.

Sally fronça les sourcils :

- Quoi ? Mais comment vous pouvez déduire ça ?

Alors que Sherlock s'apprêtait à répondre un bruit sourd provenant du plafond se fit entendre.

Ils levèrent tous la tête et virent le plafonnier chanceler dangereusement. Les coups se répétèrent

Gregory se tourna vers Sally.

- Allez voir ce qui se passe là haut !

Alors qu'elle quittait l'appartement, un nouveau bruit plus fort se fit entendre et avant qu'aucun ne puissent réagir le plafonnier tomba et heurta violemment la tête de Sherlock.

John se précipita vers le détective consultant qui avait perdu connaissance. L'ampoule avait explosé sous l'impact causant de nombreuses petites entailles pleines de verre, autour d'un énorme hématome déjà en formation.

Le légiste choisit ce moment pour entrer dans le petit studio et haussa les sourcils.

- On ne m'avait pas dit qu'il y avait deux corps.

- Il est encore en vie celui-là crétin pesta Lestrade faites le sortir et qu'on l'emmène à l'hôpital immédiatement !

John accompagna Sherlock emmené sur la civière normalement là pour retirer le corps. Une équipe de policier essayant de maîtriser deux individus, un homme et une femme qui hurlaient suivirent L'équipe du légiste, John et Sherlock.

Sally revient avec une légère rougeur sur la pommette.

- C'était le couple du dessus. Ils sont tous les deux complètement ivres et ont l'alcool mauvais. Ils étaient en train de se battre… A en juger par l'état de leur appartement, ils consomment régulièrement de l'alcool ainsi que de la drogue. Leurs témoignages n'est peut-être pas très fiables !

Lestrade plissa les lèvres.

- Où est passé le zarbi ?

- Ne l'appelez pas comme ça… réprimanda l'inspecteur.

Il désigna le plafonnier en morceau sur le sol.

- Il l'a reçu sur le crâne

Sally grimaça.

- Et vous ça va ? Reprit l'inspecteur.

Elle se massa la pommette.

- Oui juste un coup de poing perdu… Je m'en remettrais, vous y croyez à cette histoire de meurtre ?

Greg haussa les épaules.

- L'expérience m'a appris que même quand toutes les preuves sont contre lui, Sherlock Holmes à toujours raison… Le problème maintenant c'est qu'il va falloir attendre qu'il se réveille pour avoir ses brillantes explications et coincer notre tueur.

- L'enquête de voisinage n'ayant rien donné, il faudra de toute façon que nous attendions le compte rendu du légiste pour avoir plus d'information.

- Creusez un peu sur ce John Norman pour voir si vous trouvez quelque chose, j'aimerais quand même bien savoir ce qu'il fichait dans ce studio complètement vide…

John avait insisté pour aller au St Bartolomew afin de demander à Molly de s'occuper de Sherlock. Il savait que le détective consultant préférait que ce soit elle plutôt qu'un inconnu qui l'examine.

La pathologiste fut complètement choquée en entrant dans la morgue et en voyant Sherlock allongé sur une table d'autopsie, avec à côté John, bras croisés, qui attendait.

- Oh mon dieu il est…

- Non, non, il a reçu un…plafonnier sur la tête en faite murmura John réalisant seulement maintenant le ridicule de la situation.

Molly soulagée posa une main sur sa poitrine.

- J'me suis dit que si tu n'étais pas occupée tu pourrais…

- Oui bien sûr je m'en occupe.

Elle prépara sur un plateau des compresses, une petite pince et du désinfectant.

- Il a perdu connaissance depuis longtemps ?

- Le temps de faire le trajet… il a une sacrée bosse !

Molly entreprit d'enlever avec la pince tous les débris des entailles. L'entreprise était fastidieuse, il y en avait beaucoup et le verre était très fin.

- Ce ne sont que des plaies superficielles, en revanche cette bosse n'est pas belle à voir.

John sous les instructions de Molly, prépara une poche de glace.

Une fois les plaies nettoyées, elle posa la poche sur la bosse pour ralentir le gonflement. Presque aussitôt Sherlock ouvrit les yeux faisant sursauter la jeune femme.

- Ah Sherlock, te revoilà parmi les vivants, tu m'as fais peur mon vieux !

Le détective consultant les dévisagea longtemps avant de brusquement se mettre à pleurer bruyamment.

Molly et John échangèrent un regard paniqué.

- J'ai mal ! Je veux barbe rousse !