Bonjour à tous et bonne lecture !
Chapitre 2
J'ai horreur de votre pitié,
Je prends très mal votre générosité.
Ça fait déjà un bout que je me suffis,
C'est pas vrai mais pour être fort c'est ça que je me dis.
Corneille – Seul au monde
Drago se réveilla au matin et s'étira dans son lit, parfaitement reposé, sentant le propre, au chaud et avec un sentiment de sécurité qu'il n'avait plus ressenti depuis… Depuis que le Lord Noir avait fait de son manoir le repère des Mangemorts. Il soupira de bien-être avant de se lever d'un bond. Que faisait-il dans un lit ?
Il regarda autour de lui avant de se détendre légèrement. Oui, il avait croisé Potter et celui-ci lui avait offert le gîte et le couvert comme s'ils étaient de vieux amis. Drago avait fini par accepter sans trop savoir pour quelle raison. Sa fierté avait dû foutre le camp à son insu.
Avec un soupir, le blond sortit de la chambre et fut tenté de partir, sachant que le brun essayerait probablement de le retenir. Il ne fallait pas qu'il s'habitue à ce confort car, tôt ou tard, il retournerait dans la rue…
Cependant, il ne put mettre son plan à exécution car Harry était déjà levé et sortait de la salle de bain, déjà prêt pour la journée.
- Salut, dit-il au blond.
- Salut, répondit Harry.
Ils restèrent face à face quelques secondes, ne sachant que dire, assez gênés sans vraiment savoir pour quelle raison, jusqu'à ce qu'Harry se dirige vers la cuisine.
- J'ai préparé le petit déjeuner, annonça-t-il en montrant évasivement la table.
Drago s'installa et regarda la table en se disant que, vraiment, Potter en faisait des tonnes. Ils n'étaient que deux et il y avait à manger pour dix… Comme s'il voulait le gaver pour compenser sa perte de poids.
- Je lance un sort de conservation. Si nous ne mangeons pas tout, ce sera aussi bon demain ou les jours d'après, expliqua le brun comme s'il avait lu dans les pensées de Drago.
Le blond acquiesça sans commenter. Il se rendit compte, des paroles du brun. Il venait de parler des prochains jours, comme s'il envisageait déjà qu'il reste. Cependant, il préféra ne pas relever.
Lorsqu'il analysa la quantité de nourriture, il s'étonna de déplorer le gaspillage que pouvait faire certaines personnes alors que d'autres mourraient de faim chaque jour. Dans sa jeunesse, jamais ce genre de considération ne l'aurait perturbé, il en aurait même ricané s'il y avait songé ne serait-ce qu'une seconde.
- Thé, chocolat ou café ? demanda Harry.
- Thé, décida Drago sans hésitation.
Quelques secondes plus tard, il s'empara de la tasse que Potter lui tendait et la porta à ses lèvres. Il ferma les yeux, béat. De quand datait le dernier thé qu'il avait bu ? Drago n'aurait su le dire, mais cela lui fit un bien fou, tellement qu'il soupira de plaisir en reposant sa tasse.
Harry s'installa devant un bol fumant que Drago identifia comme un chocolat au lait. Ils mangèrent en silence et, quand Drago eut terminé, il se leva.
- Je… Je vais y aller. Tu dois certainement aller travailler ou je ne sais quoi… Et j'ai assez usé de ton hospitalité, bafouilla Drago en regardant tout autour d'Harry sans le regarder lui.
- On est samedi, donc je ne travaille pas et je n'ai rien de prévu. Puis tu n'as certainement pas usé de mon hospitalité, puisque tu es mon invité, contra Harry.
- On n'est pas ami, se rebiffa Drago.
- En effet, approuva Harry avec un sourire en coin.
Drago ne faisait pas un geste, ne sachant pas s'il devait partir ou rester. Sa fierté, qui était à présent revenue, lui soufflait de partir pour ne pas devoir davantage au Survivant, mais une autre partie de lui voulait rester encore au chaud.
- S'il te plait, Malefoy, lâcha Harry avec une certaine lassitude.
Avec un soupir, Drago accepta de rester. Harry débarrassa la table d'un coup de baguette et se rendit au salon où il s'installa, suivi du blond qui, après une hésitation, prit place dans l'un des fauteuils.
- Tu veux bien me raconter ce qu'il t'est arrivé depuis un an ? demanda doucement Harry.
- C'est simple, je suis sorti d'Azkaban, mon père a reçu le baiser du Détraqueur à l'issue de son procès, et ma mère est morte un an plus tard. Je n'avais plus rien ni personne et, dans ces cas-là, soit on se bat pour s'en sortir, soit on lâche prise, énonça Drago avec lassitude.
- Et toi, Drago Malefoy plein de fierté et d'arrogance, tu t'es laissé aller ? s'étonna Harry, perplexe.
- En cinq ans à Azkaban, l'arrogance a très peu de chance de survivre. Quant à la fierté, cela prend un autre sens, répondit Drago en haussant les épaules.
Le blond n'aimait pas du tout parler de ce qu'il était aujourd'hui, pourtant, avec Harry, bien que ce fut gênant, c'était supportable. Certains diraient que c'était parce qu'il se fichait de l'opinion du brun, mais Drago savait que ce n'était pas ça, il sentait simplement qu'Harry ne se servirait pas de ce qu'il lui disait à son encontre.
- Je ne comprends toujours pas. Tu es un sorcier. Dans le monde moldu, tu aurais pu t'en sortir aisément grâce à ta magie, en respectant un minimum de règles. Et même sans ça. Tu as des amis ! énonça le brun.
En disant cela, il songeait surtout à Parkinson, Zabini et Nott. Il les voyait assez souvent et, pour cause, Zabini avait fait ses études de médicomage avec Hermione et tous deux s'étaient mis en couple. Ils étaient à présent fiancés et prévoyaient un mariage pour juillet.
Il savait donc qu'il n'avait pas été le seul à s'inquiéter de ce que devenait le blond, et il savait aussi qu'il n'était pas le seul qui l'aurait aidé.
Pour autant, Drago ne semblait pas disposé à accepter son offre.
- Comme je te l'ai dit, ma fierté n'est peut-être plus la même, mais elle est encore bien présente ! Je n'allais certainement pas frapper à la porte de mes amis pour quémander de l'aide… Un Malefoy ne quémande pas !
- Par Merlin, ta fierté Malefoyenne, affreusement mal placée, te tuera un jour ! Sais-tu à quel point Blaise, Pansy ou Théo se sont inquiétés pour toi ?! s'exclama Harry.
- Tu en parles comme si tu les voyais souvent, railla le blond.
- C'est le cas, en effet. Blaise est fiancé à Hermione, expliqua-t-il.
Les yeux de son vis-à-vis s'agrandirent et, sachant que le blond aurait du mal à y croire, Harry lança un sortilège d'attraction sur un cadre qui se trouvait au-dessus de la cheminée. Drago n'avait pas dû y faire attention. Sur le cliché, on pouvait voir Blaise et Hermione se regarder amoureusement, avant de saluer l'objectif, affichant un sourire radieux.
- C'était le jour du repas d'annonce de leurs fiançailles, l'été dernier, expliqua le Survivant.
Drago avait du mal à croire ce que lui disait Potter. Blaise, son meilleur ami, celui qui s'était amusé à collectionner les conquêtes du temps de Poudlard et qui ambitionnait de faire encore mieux lors de ses études supérieures était fiancé… A Miss-je-sais-tout.
- Je pensais qu'elle finirait avec la belette et ferait plein de rouquins, se moqua le blond.
- Ron et Hermione sont sortis ensemble, mais ça n'a pas duré longtemps. Blaise et elle ont commencé à se voir en secret, ça n'avait rien de sérieux puis, un jour, ils l'ont annoncé, il y a trois ans. Ils sont heureux ensemble et se complètent, en quelque sorte.
Drago se demanda pourquoi Harry ne lui en avait jamais parlé lors de ses visites à Azkaban quand il s'occupait de sa défense, puis il réalisa que lui-même n'avait jamais demandé de nouvelles de quiconque.
- Les repas entre amis doivent être amusants, se gaussa Drago.
Il préférait se concentrer sur ça plutôt que de se faire la réflexion que la vie continuait sans lui. Bien sûr, il avait toujours su que ses amis avanceraient sans lui, mais le constater faisait mal.
- Au début, je t'avoue que c'était assez tendu, mais, au final, on a fait des efforts pour Hermione et les autres Serpentard en ont fait de même pour Blaise. Aujourd'hui, on s'entend très bien, commença-t-il puis, comme s'il avait lu dans les pensées du blond, il poursuivit. Aucun d'eux ne t'a oublié, encore aujourd'hui, ils parlent souvent de toi, se demandant si tu es en vie et, si tu l'es, s'ils te reverront un jour…
Drago ignora le serrement de cœur qu'il ressentait, préférant se concentrer sur la peur.
- Tu ne vas pas leur dire que tu m'as vu ? s'inquiéta-t-il soudain.
- Pourquoi ne voudrais-tu pas leur annoncer ton retour ?
Drago baissa piteusement la tête.
- Je ne veux pas qu'ils me voient comme ça… qu'ils sachent comment j'ai vécu depuis ma sortie d'Azkaban…
- C'est cruel de ta part de ne pas vouloir les rassurer. Mais bon, c'est ton choix et je m'y opposerai pas, lui assura Harry. Cependant, je dois te dire que ce n'est pas un bon choix. Ils ne te jugeront pas, ils tiennent vraiment à toi…
- Stop Potter, bon ou mauvais il s'agit de mon choix, l'interrompit Drago. Choisir, c'est tout ce qu'il me reste, ajouta-t-il plus bas.
- Je t'ai promis de ne rien dire, mais tu ne peux pas me demander de ne pas te dire que tu fais des conneries. Toi, tu fais des choix et moi, je suis honnête, chacun son truc, répondit le Survivant sur le même ton.
Drago préféra ne pas commenter. Il savait qu'ils étaient aussi bornés l'un que l'autre et, si lui avait ses raisons de ne pas vouloir prévenir ses amis, il savait que Potter avait raison en lui disant qu'il faisait une erreur. Harry décida de ne pas insister sur ce point, il comptait bien sur le fait que Drago reste quelques temps. Il ne devait surtout pas le braquer. Toutefois, il se posait toujours des questions.
- Par contre, tout ça ne répond pas à ma question sur ta magie. Avec ta baguette, dans le monde moldu, tu aurais pu jeter des sortilèges de confusion pour obtenir de la nourriture ou un toit. Ce n'est pas très glorieux, je te l'accorde, mais c'est mieux que ce que tu as vécu, fit remarquer Harry.
Voilà, ils y étaient, l'un des sujets qui gênait le plus Drago venait d'être abordé.
- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis arrivé les mains et les poches vides. Je te promets que je ne cache pas ma baguette dans mon cul, tu peux donc en conclure que je n'en ai pas, ironisa-t-il, préférant tourner la conversation en ridicule.
Harry ignora le sarcasme et se leva. Il fouilla quelques instants dans un placard avant de revenir sur le canapé. Il y déposa une longue boîte sur la table basse, entre lui et le blond. Il fit signe à Drago de la prendre et le blond s'exécuta, l'ouvrant. Il y trouva sa baguette, celle en bois d'Aubépine. Sa première baguette, celle qui l'avait choisi. Cependant, malgré l'émotion et la joie de la retrouver, il ne posa pas un doigt dessus, se contentant de refermer la boîte.
- Je sais très bien que lorsqu'un prisonnier est libéré, s'il ne possède plus de baguette, le Ministère lui en fournit une. Tu avais donc une baguette à ta sortie, affirma-t-il, sur un ton qui requérait une explication.
Drago poussa un long soupir avant de répondre.
- C'est vrai, mais je n'ai jamais su m'en servir. Je l'ai revendue à Ollivander pour cinq gallions, admit-il à voix basse.
- Quoi ?! Comment ça, tu n'as pas su t'en servir ?!
- Même pour les sorts les plus simples, j'étais incapable d'en faire quoi que ce soit. Cette baguette était aussi utile entre mes mains que dans celles d'un moldu ! déclara-t-il, énervé.
- Oh…
Avouer à son ancien ennemi sa plus grande honte était beaucoup plus difficile que ce qu'il pensait. A présent, il se sentait plus faible qu'il ne l'avait jamais été. Faible et minuscule, exposé et ridicule. Il détestait ça.
- Oui, oh ! Moque-toi, maintenant ! Drago Malefoy, celui qui a passé son enfance à mépriser les Nés-Moldus, les Moldus, et tout ce qu'il pensait inférieur à lui est devenu un Cracmol ! s'écria-t-il hors de lui.
Pour Drago, il était tellement plus facile de s'emporter que de laisser Harry le lorgner de la sorte. Le Survivant le regardait avec un regard empreint de compassion. Ce n'était pas de la pitié, mais ça s'en rapprochait atrocement et Drago ne pouvait pas supporter ça. Harry ne releva pas le ton du blond, il n'y répondit pas en s'énervant à son tour. Non, il garda son calme, car il comprenait que Drago puisse mal vivre le fait de se sentir vulnérable devant lui.
- On ne devient pas Cracmol, on nait ainsi et toi, tu n'es pas né Cracmol, loin de là, assura Harry.
- Le fait est que je ne suis même plus capable de faire jaillir des étincelles d'une baguette, persista Drago avec mauvaise humeur.
- C'est probablement un blocage. Après tout, tu as passé cinq ans à Azkaban. Ta magie devait certainement être bloqué après autant d'années.
Drago rouvrit la boîte pour faire taire Potter. Il prit la baguette entre ses doigts et ressentit tout juste un petit picotement. Il tâcha de jeter un sortilège d'attraction sur un des coussins, mais rien ne se passa, ce qu'Harry remarqua aisément.
- Ça ne veut rien dire. Ça fait six ans que tu vis sans pratiquer la magie, sans parler que le blocage peut aussi venir de toi… Il te faut du temps et de la pratique.
Drago n'ajouta rien, peu envieux de continuer à débattre de son handicap avec Harry. Il reposa la baguette et referma la boîte, non sans un pincement au cœur. Pratiquer la magie lui manquait atrocement.
- En tout cas, cette baguette est à toi. Je la gardais au cas où je te reverrais un jour.
Drago acquiesça et embraya sur un autre sujet.
- Bon, vu que tu n'as pas manqué de te montrer indiscret avec moi, je pense que c'est un juste retour que je le sois aussi ! Pour quelle raison Weaslette et toi ne nagez plus dans le bonheur ? demanda le blond.
- On n'a jamais nagé dans le bonheur. Elle s'intéressait trop au Survivant et pas assez à moi. Elle voulait parader, se montrer, être importante, et un avocat s'occupant de ceux qui n'avaient plus d'autre solution ne lui convenait pas, répondit honnêtement Harry, sans même s'offusquer du retournement de situation.
- Elle trouve que la fonction d'avocat n'est pas assez bien ? se moqua Drago.
Stupide femme qu'elle était, pensa-t-il. S'il s'en était pris aux Weasley par pure mauvaise foi et pour de mauvaises raisons, il considérait à présent que la femelle ne l'avait pas volé. Il n'était pas un fan de Potter, mais il le savait bon et probablement attentionné avec ses compagnes. La fonction d'avocat n'avait rien de déshonorant et, vu sa façon de vivre depuis un an, il en savait beaucoup en matière de déshonneur.
- Pas assez bien pour moi, pas assez prestigieuse pour elle. Si, au début, j'ai été mal à cause de son départ, je me suis rapidement rendu compte que c'était une bonne chose. Je ne veux pas de quelqu'un qui ne voit en moi que celui qui a vaincu, mais une personne qui me voit moi, avec mes défauts et qui les accepte.
Drago était surpris par tant d'honnêteté, mais il ne put s'empêcher de penser que le désir de Potter était une utopie. Stupide Gryffondor naïf.
- Ce que tu recherches est impossible. Tout le monde verra le Survivant en toi, sauf si tu choisis une moldue.
- J'ai mal choisi mes mots. Disons plutôt que ça ne me dérange pas que la personne voie ce que j'ai fait, tant que ça ne l'empêche pas de me voir moi, tel que je suis tous les jours. C'est assez compliqué à expliquer…
- Ça n'a rien de compliqué. Tu veux quelqu'un qui s'intéresse à toi pour ce que tu es et non pas pour parader, reformula Drago.
- Voilà !
- Et bien ! Bonne chance, Potter ! Les femmes sont vénales, lâcha-t-il.
Contre toute attente, Harry éclata de rire face au sérieux du blond.
- Par Merlin, pas toutes heureusement, sinon j'aurais déjà songé à virer de bord !
Il continua à rire et, comme si c'était contagieux, Drago finit par le suivre. En cet instant, il se sentait bien. Au chaud, dans un fauteuil confortable en présence de Potter. Certes, ils n'étaient pas amis, mais, après un an de solitude, où les seuls gens qui vous regardent ou vous parlent le font pour vous mépriser, une présence sympathique, même celle de Potter était appréciable.
Et voilà pour le second chapitre.
Je tiens à tous vous remercier pour l'accueil que vous avez fait au premier chapitre, j'ai été très touché par vos messages.
