Réponse à Jessie (review anonyme) : Merci, j'espère que la suite te plaira ;)
Chapitre 3
On a toujours le droit,
De tomber,
De s'asseoir,
Sans se relever.
De se dire pourquoi,
Encore un combat.
Emmanuel Moire – Le sourire
Drago avait passé le week-end chez Potter, en sa compagnie, car il n'avait pas quitté l'appartement un seul instant. Le blond aurait pu penser que le Survivant avait eu peur de le laisser seul et de retrouver son appartement dépouillé de tous les biens de valeurs qui y étaient, mais il savait que la vérité était tout autre. Le brun était resté chez lui afin de s'assurer que son invité ne prenne pas la poudre d'escampette à son insu.
Pourtant, aujourd'hui, Harry avait dû se rendre à son bureau, situé non loin du Ministère, car il avait des affaires en cours. Drago avait pensé à partir, mais ne l'avait pas fait, pour la simple et bonne raison que Potter lui avait fait promettre d'être présent à son retour.
Drago lui avait dit qu'il ne pouvait pas continuer à vivre ainsi, qu'il fallait trouver une solution et Harry lui avait demandé de lui laisser trois jours afin de réfléchir à une alternative satisfaisante pour les deux. Drago ne voulait pas dépendre du Sauveur, et le Sauveur ne voulait pas que Drago retourne errer dans les rues de Londres.
Le blond ne savait pas ce que pourrait bien trouver Potter pour éviter ça, mais il était décidé à respecter sa promesse. Quelque part au milieu de son scepticisme, Drago devait avouer espérer un peu et il détestait ça. Il n'avait plus rien eu à attendre depuis sa libération et ça ne l'avait pas gêné. Quand il n'y avait rien à espérer, il n'y avait aucune chance d'être déçu.
Drago avait donc passé la journée devant la télé, Potter lui en avait appris le fonctionnement durant le week-end et il zappait entre les chaînes sorcières et moldues. Oui, la communauté magique avait pas mal évolué en six ans, et les chaînes moldues qui avaient le mérite de faire des émissions aussi débiles que distrayantes.
Dire qu'il y a encore trois jours, sa préoccupation principale était de savoir s'il survivrait à l'hiver, alors qu'en cet instant, c'était de savoir si oui ou non Jeff avait vraiment trompé Georgia dans l'île de la tentation. Décidément, un estomac bien rempli et un lit douillet changeaient rapidement les priorités. Au final, il se dit que l'issue de l'émission ne l'intéressait pas vraiment, il zappa donc de nouveau sur les chaînes sorcières et resta sur la chaîne info.
Il vit alors Rita Skeeter. Les années ne l'avaient pas changé, mis à part qu'elle avait les traits plus tirés qu'à l'époque du Tournoi. Elle avait dû découvrir la chirurgie esthétique entre temps.
- Nous sommes en direct du Ministère de la Magie avec un scoop, que dis-je ! Deux scoops ! annonça la journaliste avec entrain.
- Probablement inventés de toutes pièces, railla Drago.
- Nous savons depuis quelques temps que le directeur du département de la justice magique prévoyait de prendre sa retraite en décembre de l'année prochaine. Malheureusement, le pauvre homme a eu une attaque cardiaque dans la nuit de samedi à dimanche. Rassurez-vous, ses jours ne sont pas en danger mais nous lui souhaitons un prompt rétablissement.
- Pfff, je suis sûr que tu étais déçue qu'il n'ait pas passé l'arme à gauche, ça t'aurait fait du sensationnel…, commenta Drago.
- Toutefois, il devient évident que cet accident va accélérer son départ à la retraite. Cela va mettre un coup de stress à tous ceux qui pensaient avoir encore une année pour prouver qu'ils étaient le successeur idéal !
- Tous des charognes, persiffla Drago.
- La question que nous nous posons, certainement comme vous c'est : Qui le Ministre, Kingsley Shacklebolt, va-t-il choisir de soutenir ?
- Non, moi je m'en fous, assura Drago.
Les affaires du Ministère avaient cessé de l'intéresser à l'instant même où ces vautours s'étaient allègrement servis dans son coffre-fort. Ses années d'emprisonnement ajoutés à la perte de son père et de sa mère n'étaient pas un prix suffisamment élevé, à leur goût. Il avait fallu qu'ils lui enlèvent toute sa fortune et tout le reste.
- Bien que le Ministre n'ait aucun pouvoir décisionnel en la matière, il apparaît que 80% des candidats soutenus par le chef de l'Etat magique ont été élus depuis que les choses fonctionnent ainsi. Inutile de dire que pour un Ministre avec une cote de popularité aussi haute, les chances de son candidat n'en seront qu'augmentées ! expliqua la journaliste avec entrain.
- Les politiciens sont tous des escrocs, il choisira un gentil pantin obéissant s'il est malin, se moqua Drago avec un sourire en coin.
- Eh bien, après avoir mené ma petite enquête, je peux vous dire, de manière presque certaine…
- Ce qui équivaut à 20% de fiabilité, s'amusa Drago.
- Que le Ministre Kingsley soutiendra Harry Potter si celui-ci accepte de se porter candidat ! annonça Rita.
- Haha, si c'est vrai, je connais une belette femelle qui va s'en mordre les doigts ! s'exclama Drago en riant franchement.
- Oui, chers sorcières et sorciers, vous avez bien entendu ! Harry Potter, celui qui a survécu, le Sauveur du monde sorcier. Inutile de dire qu'avec lui, la justice magique sera révolutionnée ! Cependant, nous sommes en droit de nous demander si le jeune homme de seulement vingt-quatre ans acceptera cette offre, lui qui s'est toujours tenu à distance du Ministère de la Magie. Rappelons-nous des sombres années où le pauvre Harry Potter était pointé du doigt, traité de fou, raillé par tous à cause des membres du Ministère…
- Bien sûr, toi, tu n'y es pour rien ! s'exclama Drago, outré.
Il pouvait encore visualiser les yeux avides de la journaliste lors de leurs entretiens pour discréditer Potter durant le Tournoi des trois sorciers.
Bref, excédé par la façon dont la journaliste triait les faits, le blond zappa sur la chaîne sport et regarda la rediffusion d'un match de Quidditch de la coupe d'Europe, Portugal contre Allemagne. Cependant, il n'était pas vraiment concentré dans le jeu, il réfléchissait à ce qu'il venait d'entendre.
Potter n'était peut-être pas son ami, mais, sans mauvaise foi, Drago devait avouer qu'il ferait un bon directeur de département. Il était juste et généreux, ce qui manquait cruellement au Ministère qui se préoccupait plus de son image que de la justice en elle-même.
Pour Drago, la preuve que ce qu'il pensait était vrai tenait au fait que sa mère était décédée en prison. Alors que le Survivant avait attesté que, sans elle, la victoire aurait été impossible. Maintenant que Drago y pensait, Kingsley avait été l'un des rares à voter pour une libération immédiate, pour lui, ainsi que pour sa mère. Seulement, la majorité des membres du Magenmagot avaient jugé que, aide ou non, libérer un membre de la famille Malefoy sans une peine de prison serait de la folie pour l'image du Ministère.
Narcissa Malefoy avait donc été condamnée à un an de prison, et elle en était morte deux mois avant sa sortie. Pour Drago, Potter avait dû faire cinq appels avant qu'il n'obtienne sa libération. Non, la justice magique n'avait rien d'humain, et nul autre que Potter ne parviendrait à changer cela.
Peut-être que, en fait, Kingsley était l'un des seuls politiciens à ne pas être un escroc, car, en nominant Potter, il pouvait être sûr qu'il ne contrôlerait rien par son biais. Potter ferait toujours ce qu'il pensait être juste, même si ça n'allait pas dans le sens du Ministère.
Ce fut sur ces pensées que Harry fit son apparition dans le salon et qu'il se laissa tomber dans un des fauteuils avec un soupir de lassitude.
- Je maudis tous ces journalistes ! ragea-t-il ?
- Des problèmes ? s'enquit Drago.
Le blond se disait que la moindre des choses, pour remercier le Survivant de son hospitalité, était de faire semblant de s'intéresser à sa vie. Il avait toujours été maître dans l'art du paraître.
- Je ne sais pas comment Skeeter a fait pour apprendre que Kingsley comptait me soutenir si je souhaitais me présenter au poste de directeur, mais, du coup, j'ai reçu tout un tas de demande d'interviews, et certains ont même tenté d'entrer dans mon bureau. Heureusement, il est très bien protégé…
- Alors c'est vrai ? le coupa Drago. J'ai vu le reportage de Skeeter cette après-midi.
Harry soupira. Skeeter ne s'était donc pas contentée de la presse écrite. S'il avait encore des doutes ils étaient maintenant levés, la population sorcière dans son entièreté étaient donc au courant.
- Oui, c'est vrai. J'avais onze mois pour y réfléchir, mais, avec l'attaque cardiaque que le directeur actuel, je n'ai que jusqu'à la fin de la semaine, se lamenta Harry.
- Je ne vois pas en quoi cela mérite réflexion. L'air choqué d'Harry le poussa à se justifier. C'est une belle opportunité.
- Oui, mais, ma vie me convient telle qu'elle est. Je ne cherche pas à gagner plus d'argent ou à avoir plus de pouvoir. J'aime aider les clients dont personne ne veut…
- Tu vois les choses sous le mauvais angle, contra Drago.
- Comment ça ? demanda Harry, perplexe.
Drago soupira de lassitude avant de se lancer.
- Le pouvoir n'est pas mauvais si tu l'utilises à bon escient. Par exemple, ce que tu fais seul dans ton coin, c'est-à-dire aider la veuve et l'orphelin. Avec du temps et de la patience, tu pourrais faire en sorte que le Ministère s'en occupe. Tu pourrais changer le fonctionnement de la Justice à sa base, la rendre plus humaine, expliqua sagement Drago.
Harry fut surpris par les mots du blond. Il ne savait qu'il y avait autant de bon sens dans la tête de la fouine bondissante, du moins quand ça le concernait. Enfin, il savait qu'il n'en avait pas toujours été ainsi. Il découvrait un Drago plus appréciable, en fait. Mais il avait encore des objections concernant le poste.
- Ou peut-être que le pouvoir me rendra différent et que je me foutrais bien d'une justice plus humaine tant que je peux m'enrichir. Je pourrais me laisser corrompre par ce pouvoir.
Drago rigola franchement avant de reprendre son sérieux.
- Par Salazar, Potter, s'il y en a bien un qui ne se laissera jamais corrompre par quoi que ce soit, c'est toi ! s'exclama Drago.
- Dumbledore a bien failli se laisser corrompre lui…, contra Harry.
S'il y avait bien une chose que Drago avait suivie lors de son incarcération, c'était le récit du trio d'or et, ainsi, il avait appris toute la vérité sur ce qui avait conduit Potter à combattre et à vaincre Voldemort. Autant dire qu'il avait été outré par les manipulations qui avait poussé Harry à agir.
- Mais, toi, tu n'es pas Dumbledore, insista le blond.
- Comment peux-tu le savoir ?
- Pour la simple et bonne raison que si le sort du monde pesait sur les épaules d'un gosse, tu ne pourrais faire le quart de ce qu'a fait Dumbledore soi-disant pour le plus grand bien. Même si des milliers de vie en dépendaient, tu n'envisagerais jamais de sacrifier un enfant. Certains te traiteraient d'idiot et, à une époque, j'aurais été d'accord avec eux. Mais aujourd'hui, dans le monde où l'on vit, c'est de personnes aussi désintéressées que toi dont le système a besoin, expliqua Drago.
Harry ne savait plus quoi ajouter. Alors que certains se seraient contentés de lui répéter qu'il s'agissait d'une opportunité en or, le blond, lui, semblait le comprendre et lui démontrer que ses attentes pouvaient être compatibles avec cette proposition. Mieux, Drago Malefoy, son ancien ennemi venait de le complimenter et de mettre en avant les raisons qui feraient de lui un bon directeur.
- Cesse donc de me regarder avec cet air débile, ça ne te va pas au teint, railla le blond.
La boutade permit à Harry de se reprendre.
- Tu m'as donné de quoi réfléchir.
- Je ne pensais pas cela possible ! s'exclama Malefoy, faussement choqué.
- Quoi donc, que je puisse écouter tes arguments ?
- Non, que tu les comprennes et, pire, que tu saches réfléchir ! répliqua Drago avec un sourire en coin.
Harry secoua la tête de dépit, mais un sourire se voyait sur son visage, signe qu'il avait pris cela pour ce que c'était, une petite taquinerie sans importance.
- Bon, à part ça, j'ai peut-être trouvé une idée pour toi, dit Harry après avoir sorti deux bièraubeurres.
Drago s'empara de la bouteille offerte par Potter et attendit qu'il reprenne. Son visage ne montrait rien mais il était tendu et impatient de l'entendre.
- Ton problème réside dans le fait que tu refuses de rester ici, car tu ne veux pas, je cite : « Vivre à mes crochets », résuma Harry.
- C'est exact, répondit Drago agacé.
- Si tu travaillais, tu aurais une paye et tu pourrais me verser un loyer dans un premier temps, avant de pouvoir te loger par tes propres moyens, expliqua Harry.
- Travailler ! Tiens, je suis tellement idiot que je n'y avais pas pensé ! ironisa le blond. Dois-je te rappeler que je ne suis pas capable de faire un brin de magie…
- Le domaine des potions ne nécessite pas forcément des compétences magiques, contra Harry.
- Personne n'embauchera un Mangemort, dit Drago en serrant les dents
- Un ancien Mangemort, rectifia Harry.
- Ça ne change pas grand-chose. De plus, je ne me sens pas prêt à retourner dans le monde magique, répondit Drago qui commençait à perdre patience.
- Je vois. Bon, de toute manière, ce n'est pas ce que j'allais te proposer. Que dirais-tu de devenir mon assistant et de travailler d'ici ? proposa le brun.
Drago grimaça. Il le prenait pour un idiot à présent.
- Potter, me donner tes Gallions pour que je te les rende en retour n'est pas l'idée que je me fais de ne pas vivre à tes crochets, railla Drago les dents serrées.
- Tu vois tout de manière tellement négative !
- Je ne vois pas comment voir ça autrement ! s'emporta-t-il.
Harry prit une grande inspiration et se répéta les mots : patience, compréhension et calme en boucle avant de reprendre.
- Ce n'est pas de la charité que je fais, je cherche vraiment un assistant. Si ce n'est pas toi, ce sera un autre. Le seul traitement de faveur que je te fais c'est de t'offrir l'opportunité de travailler à domicile. Je t'avoue que mon ancienne assistante se déplaçait au bureau, mais je suis certain qu'une telle organisation ne changera pas grand-chose. Je peux t'assurer que tu mériteras chaque Gallion gagné, assura Harry.
Drago savait flairer le mensonge à des kilomètres, surtout chez Harry qui manquait cruellement de talent dans ce domaine. Or, là, il disait la vérité. Est-ce que cela rendait l'idée meilleure ? Pas vraiment. Pourtant, Drago savait qu'il n'allait pas refuser. L'idée de pouvoir se payer un appartement d'ici quelques temps était trop belle pour ne pas accepter.
- D'accord, mais, que ce soit clair, je ne veux pas que quelqu'un apprenne que je suis ici et tu ne me surpayes pas !
- Entendu, répondit Harry trop heureux de la facilité avec laquelle il avait convaincu son vis-à-vis.
Il avait pensé devoir défendre son idée durant des heures avant d'obtenir gain de cause.
- Bien, je commande chinois pour fêter ça ! s'exclama Harry en se levant.
Drago marmonna dans sa barbe en regardant le brun s'activer, mais, au fond de lui, le maigre espoir qu'il avait ressenti toute la journée avait grandi et le réchauffait de l'intérieur. Il savait depuis longtemps qu'il n'aurait pas pu tomber plus bas, mais jamais il n'avait envisagé qu'il pourrait remonter la pente.
Certes, il devait ça à Harry, mais ça ne le gênait pas autant qu'il l'aurait cru au premier abord.
Merci à tous et à la semaine prochaine !
