RRA Guest : J'espère que la suite te plaira, merci.


Chapitre 4


Vouloir toujours cacher aux autres ses failles.

Avoir l'envie que quelqu'un d'autre s'en aille.

Avoir peur de revenir,

Avoir droit de devenir.

Calogero – Prendre racine


Drago était dans la chambre, la porte entrouverte, occupé à faire son lit. Potter, quant à lui, travaillait sur un de ses dossiers, assis dans son canapé. La semaine s'était écoulée tranquillement, sans grosse dispute.

En fait, Harry et Drago étaient capables de cohabiter. Bien sûr, le blond tâchait de se montrer un peu moins invivable que pendant leurs études, étant donné qu'il était hébergé. Mais finalement, ça ne lui demandait pas beaucoup d'effort, ses années à Azkaban et celle passée dans la rue l'avaient irrémédiablement changé. Il se doutait que, de son côté, Harry faisait son possible pour éviter certains sujets, ou pour ne pas insister, alors qu'il lui semblait clair que le brun avait bien envie de le faire.

Enfin, l'important était que tout fonctionnait et que le blond ne s'était plus senti aussi bien depuis la fin de sa quatrième année et le retour de Voldemort.

Son travail consistait à rédiger des rapports à partir des notes que Potter prenait lors de ses rendez-vous ou audiences. Et ce n'était pas une mince affaire de déchiffrer son écriture en pattes de mouches. Drago passait sa journée à ronchonner contre ce satané Survivant qui était capable de réduire un Mage Noir à néant, mais pas foutu d'écrire de manière lisible. Cependant, il devait avouer qu'il appréciait occuper ses journées en sachant qu'à la fin du mois, cela lui rapporterait quelque chose.

Évidemment, ce n'était pas vraiment le genre de travail auquel il aspirait. Lorsqu'il était encore à Poudlard, il se voyait plutôt dans les affaires ou dans les potions. Mais, pour l'instant, il ne se sentait pas capable d'affronter le monde sorcier, encore moins sans sa magie.

Encore une fois, les paroles de Potter résonnaient en lui et lui donnaient de l'espoir. Il se disait que, peut-être, il ne s'agissait que d'un blocage temporaire. Alors, de temps en temps, quand il était seul, il sortait la baguette que le Survivant lui avait rendu et il tentait des sorts mineurs. Aucun progrès notable n'avait été fait. Il s'était même senti humilié lorsqu'un jour, il avait tenté un sortilège d'attraction sur un parchemin qui s'était envolé. Un sentiment de bonheur face à ce progrès l'avait envahi avant qu'il ne se rende compte que la fenêtre était ouverte et qu'en fait, c'était un simple courant d'air qui avait fait bouger ce maudit parchemin…

Cela c'était passé trois jours auparavant, et il n'avait plus mis un doigt sur son maudit bout de bois depuis lors. Il n'en avait pas parlé à Harry non plus. Il le laissait tenter de le convaincre à s'entraîner sans lui dire qu'il le faisait déjà. Il préférait que le Survivant pense qu'il faisait preuve de mauvaise volonté plutôt que de constater que malgré ses efforts, cela ne fonctionnait pas.

Son lit terminé, Drago s'apprêta à rejoindre le salon, lorsqu'il entendit le bruit d'un arrivage par le réseau de Cheminette. Il resta donc dans la chambre, figé, la peur au ventre. Peur qui augmenta lorsqu'il reconnut la voix de son meilleur ami, Blaise. Il ferma les yeux de douleur, le savoir si près était une torture. Mais imaginer la tête qu'il ferait quand il apprendrait ce qu'il était devenu depuis sa sortie de prison était encore pire pour lui.

Dans le salon, Harry était un peu stressé par l'arrivée à l'improviste du métis, et songea qu'il devrait penser à fermer la cheminée. Bien sûr, il ne comptait pas empêcher ses amis de lui rendre visite, mais mieux valait qu'ils passent par la porte, histoire que Drago puisse se cacher…

- Salut Potter, je dérange ?

- Pas le moins du monde, répondit Harry en tâchant d'avoir l'air naturel.

- Parfait, il fallait vraiment que je parte…, se lamenta Blaise

- Dispute avec Hermione ? demanda le brun.

- Pire ! Dispute entre ma mère et la sienne, répondit-il.

- Oh ?

- Oui, elles sont venues à la maison pour discuter du mariage, et elles ne sont pas d'accord sur la couleur de la salle. Du coup, Hermione et moi on s'est retrouvés pris à parti… Sérieusement Harry, tu crois vraiment que, ce jour-là, j'en aurais quelque chose à faire que les nappes soient vertes ou rouges ?!

- Et du coup, tu as laissé Hermione gérer, s'amusa le Survivant.

- Ouais… tu sais, je reste un Serpentard ! Ce genre de chose, c'est pas pour moi, répondit le métis en haussant les épaules.

De la chambre, Drago réprima un rire, se contentant de sourire en imaginant l'air penaud qu'avait dû prendre Blaise. Un autre bruit signala une nouvelle arrivée, très vite suivi par la voix mélodieuse d'une Granger en colère.

- Blaise Zabini, la prochaine fois que tu me fais un coup pareil, je t'arrache les yeux, siffla-t-elle.

- Ma douce…, commença Blaise pour l'amadouer.

- Non, mais tu te rends compte Harry, il m'a planté là, toute seule, alors que nos mères étaient à deux doigts de s'entretuer ! s'écria-t-elle totalement insensible au charme de son futur époux.

Harry se retint bien de faire tout commentaire. De toute façon, Hermione n'attendait aucune réponse quand elle était dans cet état.

- Mais tu es tellement plus douée que moi pour gérer ce genre de choses…, tenta Blaise.

- N'essaie même pas la flatterie, tu vas m'énerver encore plus !

Personne ne dit un mot pendant quelques instants, avant que Blaise ne reprenne la parole, doucement.

- Alors, comment ça s'est fini ? osa-t-il demander.

- Parce que ça t'intéresse ?!

- Ma douce…

La jeune femme poussa un soupir et s'installa. Harry, pour détendre l'atmosphère, ramena trois Bièraubeurres et en tendit une à chacun. Le couple remercia le brun et après un soupir, Hermione se tourna vers son fiancé.

- J'ai décrété que les nappes seraient beiges, finit-elle par répondre.

- Bonne idée, j'aime bien le beige. Et nos mères ?

- Eh bien elles ont fait la paix lorsque j'ai annoncé la couleur, pour se liguer contre moi. L'une comme l'autre trouve que le beige n'est pas la bonne couleur !

- Peu importe ce qu'elles en pensent, c'est à toi de décider. Je veux que tu aies le mariage dont tu rêves.

- J'aurais bien aimé que tu sois là pour le leur dire, se plaignit Hermione.

Le métis s'approcha et serra sa fiancée contre lui avant de déposer un baiser sur son front.

- Je suis désolé, je te promets que la prochaine fois, je te soutiendrai. C'est juste qu'elles gueulaient depuis une bonne demi-heure et je ne les supportais plus... Mais tu as raison, ajouta-t-il. J'aurais dû rester pour toi.

Le fait que son fiancé admette avoir eu tort calma la lionne, qui l'embrassa.

- Désolée pour cette scène, dit-elle à son meilleur ami.

- Oh ! Aucun problème, dans mon boulot d'avocat, je fais aussi de la conciliation, s'amusa-t-il Harry.

- Tu parles ! Tu n'as rien fait du tout ! railla le métis.

- Je ne dis pas que je mérite toujours ce que l'on me paye. Dans les conciliations, je n'interviens que lorsque mes clients sortent leurs baguettes, se défendit le brun.

Ils rigolèrent.

- Oh fait, tu as dû donner ta réponse pour le poste de directeur, non ? demanda Hermione.

- Non, je la donne lundi, répondit Harry sur un ton neutre.

- Et ? s'enquit Hermione, curieuse.

- Et je vais dire oui.

- Je ne pensais pas que tu accepterais, s'étonna-t-elle.

- Tu penses que c'est une mauvaise idée ?

- Que du contraire, je suis juste surprise que tu acceptes. Je me suis même dis qu'il ne servait à rien que je tente de te convaincre. C'est une bonne chose, assura Hermione avec un sourire.

Harry lui sourit en réponse.

- Qu'est-ce qui t'a décidé ?

- Des conseils avisés, éluda Harry en haussant les épaules.

- Hum ! Des conseils avisés, je t'en donne sans arrêt, mais tu m'écoutes rarement, se vexa la jeune femme.

- Ne sois pas jalouse Mione, ça ne te va pas au teint, s'amusa le brun. =

- Je ne suis pas jalouse… ! Bon, d'accord, peut-être un peu…, avoua-t-elle, en souriant malgré elle.

Ils continuèrent à discuter, et Harry orienta habilement la discussion ailleurs. Il ne voulait pas qu'Hermione commence à s'interroger sur la personne qui avait réussi à le convaincre. Ils partirent une heure plus tard et Harry se dépêcha de fermer la cheminée, alors que Drago pouvait enfin sortir de sa chambre.

- Une chance que tu ne te sois pas trouvé dans le salon à ce moment-là, dit Harry avec soulagement.

- Ouais…, répondit Drago de manière évasive, évitant le regard du brun.

- Ça va ? s'inquiéta le Survivant en voyant l'air fuyant de son vis-à-vis.

- Oui, oui.

Harry ne fit aucun commentaire, même s'il était clair que ça n'allait pas. Drago regardait dans le vide, l'air nostalgique et, au bout d'un moment, il prit la parole.

- Il a l'air heureux, constata Drago au bout d'un moment.

- Il l'est, assura Harry sachant de qui voulait parler Drago.

- Granger lui tient tête, c'est une bonne chose. Il a besoin d'être recadré parfois, c'est probablement pour ça que ça fonctionne d'ailleurs, continua d'analyser le blond l'air triste.

Harry ne savait pas quoi dire, alors il se contenta de débarrasser les bouteilles vides laissées par ses amis, et de ramener du whisky pur-feu. Il servit deux verres et ils s'installèrent dans le salon. Le silence s'allongea, mais il n'était pas gênant. Le blond était plongé dans ses pensées, se demandant si, un jour, il aurait le courage de refaire. Si ce n'était pas le cas, que se passerait-il ?

Harry n'allait pas l'employer secrètement jusqu'à sa retraite. D'ailleurs, qu'allait-il se passer une fois que celui-ci deviendrait le directeur du département de la Justice Magique ? C'était la première fois qu'il y songeait et il posa la question à Potter.

- J'y ai déjà réfléchi. Tu deviendras mon assistant personnel, c'est autorisé et, ainsi, je n'ai pas à te déclarer en tant qu'employé du Ministère.

- Drago Malefoy, assistant personnel de Harry Potter. L'adolescent que j'étais à Poudlard ne s'en remettrait pas, s'amusa le blond.

Seulement, aujourd'hui, il en était reconnaissant. Il ne le dirait jamais à Harry, le simple mot « merci » refusait de sortir de sa bouche, mais il n'en pensait pas moins.

- Au fait, j'ai pris les devants pour Noël, dit le Survivant.

Le réveillon se déroulerait dix jours plus tard, mais Drago dû avouer qu'il n'y avait pas songé et quand bien même, ça ne l'aurait pas beaucoup tracassé.

- Comment ça, tu as pris les devants ?

- Normalement, je passe le vingt-quatre chez Blaise et Hermione, puis le vingt-cinq chez les Weasley, mais je n'allais certainement pas te laisser seul pour les fêtes !

Drago soupira, mi amusé, mi exaspéré.

- Je ne suis pas ta gonzesse Potter, fais donc ce que tu veux pour Noël. Moi, je resterai ici.

- Te laisser seul pour Noël… ça ne serait pas chrétien…

- Et je ne crois pas que tu sois chrétien, s'amusa Drago.

- Non, mais je ne te laisserai pas seul pour autant. Du coup, j'ai tout prévu, en disant à tout le monde que cette année, je le passais seul à l'étranger.

- Et si quelqu'un se pointe ici et découvre que tu as menti ?

- Mais je ne mens pas ! On va passer les fêtes dans le sud de la France, j'y ai une maison, expliqua Harry.

Drago secoua la tête.

- Hors de question que j'aille prendre un Portoloin en plein milieu du Ministère. Il y aura forcément quelqu'un pour me reconnaître.

Quand bien même il n'avait plus la même allure qu'à l'époque, songea-t-il.

- C'est pour ça que je me suis arrangé avec le Ministère pour obtenir un Portoloin partant directement d'ici…

- En gros, tu as déjà tout prévu et je n'ai qu'à m'incliner, s'amusa Drago.

Il était plus touché que contrarié par les initiatives d'Harry, chose qu'il ne reconnaîtrait jamais, même sous la torture.

- C'est ça !

- Personne n'a trouvé bizarre que tu décides de partir seul pour les fêtes ?

- Si, ils sont tous persuadés que je leur cache une nouvelle petite amie. Je n'ai pas cherché à nier, au moins, ils me poseront moins de question, répondit Harry avec un sourire en coin.

Drago acquiesça.

- Ah oui, comme on est en décembre tu recevras ta paye en avance, c'est ce que je fais toutes les années. Sauf si tu ne veux pas ?

- Non, aucun problème, au contraire.

Drago se voyait déjà aller chez le coiffeur. Seulement, sa paie serait en Gallions, il ne pourrait rien en faire, mais comme toujours, Harry sembla lire en lui.

- Si tu le veux, je pourrais passer à Gringotts pour convertir le tout en livres sterling, proposa-t-il.

Une fois de plus, Drago acquiesça, en se demandant de nouveau pourquoi Potter faisait tout ça pour lui. Lorsqu'il lui arrivait de poser la question, celui-ci répondait toujours qu'il ne savait pas, mais qu'il ressentait le besoin de le faire. Drago aurait pu prendre cela pour de la pitié, mais Potter ne semblait pas prendre les choses ainsi.

Le reste de la soirée se passa tranquillement, Drago était plus jovial que d'habitude. Pour la première fois depuis six ans, il allait de nouveau fêter Noël. Il ne serait ni en prison, ni seul. Il serait avec Potter, son ancien ennemi, son nouvel ami. Bien sûr, il n'avouerait jamais à quel point cela l'enchantait, tout comme il n'avouerait pas qu'il considérait Harry comme un ami.

Peut-être que celui-ci s'en rendrait compte tout seul, peut-être que lui-même considérait le blond comme tel. En tout cas, pour Drago, il ne pouvait en être autrement. Comment ne pas s'attacher à un type qui vous ouvrait sa porte alors que vos antécédents étaient mauvais ? Comment ne pas considérer Harry en ami après tout ce qu'il avait fait pour lui ?


Merci à tous et à la semaine prochaine.