Bonjour tout le monde, bonne lecture :)
Chapitre 7
Quand les yeux ont tout vu et tout subi.
Que même les dieux ont perdus de leur magie.
Quand les mots ne vous répondent plus,
On courbe le dos.
Calogero – Tien an men
- Malefoy, debout !
Ledit Malefoy répondit par un grognement, avant d'abattre son propre oreiller sur ses yeux, afin de se protéger de la lumière vive du soleil. Potter avait décidé d'ouvrir les rideaux de sa chambre. Merlin, ce satané Gryffondor avait une idée de l'intimité toute relative…
- Malefoy, dépêche, on a beaucoup à faire !
- M'en fous, c'est les vacances, il n'est que neuf heures du matin et j'ai trop bu hier soir, ronchonna Drago.
- Il est treize heures et non neuf. De plus, si tu te décidais à ouvrir les yeux, tu verrais une potion anti-gueule de bois sur ta table de chevet, expliqua le brun.
Harry ne put s'empêcher de sourire en voyant le blond émerger de sous son oreiller. Les mots « potions anti-gueule de bois » semblaient être une raison suffisante pour le sortir de sa léthargie.
- Depuis quand tu sais faire des potions toi ? se moqua le blond, ce qui fit disparaître le sourire victorieux d'Harry.
Le brun répondit en marmonnant de manière incompréhensible.
- Je n'ai rien compris, dit Drago en s'emparant de la fiole.
- C'est Hermione qui me les a préparés, avoua-t-il en regardant ses pieds.
- Hum, ça m'étonnait aussi !
- Bon, dépêche-toi de te préparer, je t'attends en bas !
Harry sortit de la pièce et Drago soupira avant de se lever. C'était la dernière fois qu'il buvait autant… mais cette pensée fut chassée en même temps que sa gueule de bois. Cette potion était miraculeuse. Si elle avait été mal préparée, la migraine et la nausée auraient augmenté, mais ce n'était pas le cas. Il se sentait parfaitement bien, merci Granger.
Boire cette potion lui rappela son propre plaisir à en concocter. Depuis ses retrouvailles avec Potter, il s'était concentré sur ce qu'il ne savait plus faire, comme la magie, mais il n'avait pas songé à ce qu'il pouvait encore effectuer. Il pourrait se mettre à fabriquer des potions, juste pour le plaisir. De cette manière, il pourrait s'occuper lui-même du stock de potions de Potter. Il n'avait rien contre l'idée de pouvoir prouver que, même sans sa magie, il restait utile. Ce fut sur cette décision réjouissante qu'il se leva enfin et fila sous la douche. Trente minutes plus tard, il rejoignit Harry dans le salon.
Le Survivant se tenait devant un grand sapin dépourvu de décoration, l'air très fier de lui.
- On va décorer le sapin ! annonça-t-il, un immense sourire barrant son visage.
- Quel âge as-tu Potter ? se moqua Drago.
- Il n'y a pas d'âge pour apprécier Noël !
- Oh si et je l'ai passé ! répondit Drago.
- Ne fait pas ton troll et aide-moi à décorer ce sapin !
Harry avait tellement l'air joyeux et déterminé que Drago finit par céder. Après tout, il n'avait rien contre Noël et la présence d'un beau sapin égayerait la soirée du réveillon qui s'annonçait.
- Bien ! déclara-t-il en s'approchant de l'arbre.
Il regarda les décorations au pied de Potter et secoua la tête.
- Hors de question que je passe mon temps à contempler un sapin avec ces deux couleurs ! dit Drago, en désignant les boules et guirlande.
- Je savais que tu allais faire ta diva !
- Diva est un terme féminin Potter, et je peux t'assurer que, malgré mon homosexualité, je reste un homme. Et là n'est pas le problème, je ne décorerais pas un sapin aux fichues couleurs de Gryffondor ! J'ai un minimum de goût, railla le blond.
- On a que ça, contra Harry.
Drago le contempla une seconde : était-il sérieux ?
- Par Salazar, tu es un sorcier Potter ! Enchante le tout pour que ce soit d'une autre couleur.
Harry haussa les épaules. Il était tellement habitué à faire les choses de ses mains qu'il lui arrivait parfois d'oublier qu'il avait une baguette.
- Et je suppose que les couleurs parfaites seraient le vert et l'argent ?
- Que dirais-tu d'un compromis ? Du vert et du rouge ? proposa sagement Drago.
Harry ouvrit de grands yeux, surpris, avant d'acquiescer. Content de trouver un terrain d'entente aussi évident, ils commencèrent à disposer les boules et les guirlandes. Harry appréciait faire ça depuis qu'il avait quitté Poudlard. Avant cette période, chez les Dursley, Harry était enfermé dans son placard pendant que les autres décoraient le sapin en famille. A Poudlard, les elfes ou les professeurs s'en occupaient. Cela ne faisait que six ans qu'il connaissait les joies de la décoration de Noël, rien d'étonnant à ce qu'il soit aussi impatient qu'un enfant.
Pour Drago, cela lui rappelait sa plus tendre enfance, lorsque son père était absent et que sa mère en profitait pour décorer le sapin seule avec son fils. Des moments simples que Lucius ne tolérait pas. S'extasier devant un sapin n'était pas digne de la prestance d'un Malefoy, ni pour sa femme, ni pour son fils. Aujourd'hui, il partageait ce moment avec Harry, personne ne risquait d'arriver et de gâcher l'instant. C'était donc avec l'esprit tranquille qu'il disposait les décorations sur l'arbre.
Une fois le sapin terminé, il aida Harry à préparer le repas, plusieurs variétés de petits fours ou de toasts. Ils n'étaient que deux et Drago n'avait aucune envie de passer des heures en cuisine. Le Survivant semblait pourtant décidé à ne pas utiliser la magie. Drago se demandait si c'était pour une satisfaction personnelle ou pour ne pas le heurter. Il décida de ne pas approfondir sa curiosité, peu enclin à gâcher le moment avec sa mauvaise humeur et sa fierté.
Plus tard, installé à table, ils dégustaient tranquillement leur repas autour d'une bouteille de vin.
- Quel est ton plus beau souvenir de Noël ? demanda Harry.
Drago réfléchit une seconde à la question. Les moments qu'il avait passé au manoir pouvait rarement être qualifiés de joyeux. Mais il en gardait tout de même de bons souvenirs, ceux partagés avec sa mère, par exemple.
- Une année, mon père n'a pas pu être présent le soir du 24 et toute la journée du 25. J'étais seul avec ma mère et ça a été le plus beau Noël de ma vie. Avec mon père, nous passions à table en silence, nous mangions dans le calme, nous échangions un baiser et nous allions nous coucher à minuit et cinq. Le lendemain, nous descendions dans le calme afin d'ouvrir les cadeaux. Même pour Noël, il ne supportait aucune démonstration d'affection ou d'excitation…
Du peu qu'il connaissait Lucius, Harry imaginait facilement ce que voulait dire le blond.
- Cette année-là, ma mère et moi avons fêté Noël comme nous l'entendions. Nous n'étions pas des Malefoy, mais simplement une mère et son fils. Nous avons mangé en riant et nous avons passé minuit en faisant griller des chamallows devant la cheminée. Bref, plein de clichés, mais c'est la seule année où j'ai pu faire ça, je devais avoir sept ou huit ans, expliqua Drago. Et toi ? finit-il par demander en resservant deux verres de vin.
- Moi, ça a été mon premier Noël à Poudlard…
- Sérieusement ?! s'étonna le blond.
- Oui, sérieusement.
- Mais… Ok, Noël à Poudlard, c'est plutôt cool, mais loin de ce que peut être une ambiance familiale chaleureuse, dit Drago.
- Justement, je n'ai jamais connu une ambiance familiale chaleureuse, répondit Harry en tâchant de garder le sourire.
- Comment ça ?
Harry soupira.
- Ce n'est pas le genre d'histoire qui met de la bonne humeur dans les soirées, surtout un soir comme celui-ci…
- Tu sais beaucoup de choses sur moi… Des choses que j'aurais préféré que personne ne sache. Je me suis beaucoup confié à toi, beaucoup plus que je ne l'aurais fait avec qui que ce soit. Je ne t'oblige pas à en faire autant si tu n'as pas confiance, mais sache que si tu veux, tu peux, dit simplement Drago.
En réalité, le blond aurait aimé en savoir autant sur Harry que l'inverse, il se serait probablement senti moins faible devant lui, cependant, il ne pouvait pas le forcer à la confidence…
- Tu l'auras voulu, répondit Harry sur un ton qui se voulait léger mais d'où sortait une pointe de tristesse.
Drago s'empara de la bouteille et resservit les deux verres alors que le Survivant prenait une grande inspiration.
- Si j'aime à ce point décorer le sapin alors que j'ai vingt-quatre ans, c'est parce que je n'ai jamais pu le faire étant enfant. Mon oncle et ma tante le faisaient avec mon cousin et, moi, j'étais dans mon placard. Les soirs de fêtes, Noël ou autre, je mangeais un repas tout prêt avant l'heure et je m'enfermais dans mon placard pour qu'ils puissent faire la fête ensemble…
- Quand tu dis placard, c'est une façon de parler parce que ta chambre était minuscule ? demanda Drago.
- Non, jusqu'à mes onze ans, je dormais dans un placard, sous l'escalier de chez mon oncle et ma tante, répondit Harry avec amertume.
Pour le coup, Drago était choqué. Il s'était toujours imaginé un Harry Potter choyé par ses moldus. Il tombait de haut à présent.
- Pourquoi te traitaient-ils comme ça ?
Harry soupira, il n'avait pas prévu de se confier sur le sujet. Il n'en parlait jamais, Ron et Hermione étaient au courant, bien sûr, mais il n'entrait jamais dans les détails.
- Ils me considéraient comme un monstre, ma magie les dégoûtait. Ils pensaient qu'en me maltraitant, ils parviendraient à chasser cette part de moi. De plus, ils ne m'ont jamais vu autrement que comme une charge. Dans une situation normale, ils m'auraient probablement laissé à un orphelinat. Je ne sais pas quelle solution était la plus enviable, dit-il en se souvenant de l'enfance de Voldemort, qu'il avait vue dans la pensine. Mais comme ils avaient peur que Dumbledore s'en prenne à eux, ils m'ont gardé, expliqua le Survivant.
- Par Salazar, toutes ces fois où je me suis moqué de toi… Si j'avais su…
- J'aurais encore moins supporté ton empathie que ta méchanceté. De toute façon, tu n'aurais eu aucune pitié, au contraire, si tu avais su, ça t'aurait fait plus de points d'attaque.
Le cœur de Drago se serra, il aurait aimé contredire Harry, mais il avait raison.
- Si ça peut t'apporter un bien-être quelconque, je me sens très con aujourd'hui de t'avoir attaqué sur ton statut d'orphelin. De t'avoir attaqué tout court, en fait.
- Bah des excuses sont des excuses, même des années plus tard, s'amusa Harry.
- Ce ne sont pas des excuses, un Malefoy ne s'excuse pas, râla Drago avec un sourire en coin.
- Ça y ressemblait en tout cas.
- Voilà, je me montre sympathique deux minutes et, de suite, il faut que tu en rajoutes !
Harry s'esclaffa, reconnaissant que Malefoy le taquine pour lui changer les idées.
- Comment tu as fait pour tenir toutes ses années dans de telles conditions et, surtout, pour rester celui que tu es aujourd'hui ? Je veux dire… Tu aurais pu devenir un gamin odieux. Maltraité toute ton enfance avant de découvrir une célébrité pareille…
- Je ne sais pas, dit Harry, sincèrement.
Il réfléchit quelques secondes avant de hausser les épaules.
- Je pense que ce n'est simplement pas dans mon caractère.
- Quand je pense à tout ce que tu as vécu et à tout ce que les gens t'ont imposé par la suite… s'insurgea Drago.
Harry haussa les épaules une fois de plus et Drago comprit que le sujet était clos. Il comprenait que le Survivant rechigne à parler de cette période sombre, il comprenait également pourquoi il avait tendance à s'émerveiller d'un rien.
Sans qu'il ne s'en rende compte les qualités d'Harry prenaient beaucoup plus de place que ses défauts. Le brun était un homme enjoué, un véritable gamin, qui s'émerveillait pour un rien. Mais avec un cœur en or et une générosité à toute épreuve. Il devait être honnête, plus il apprenait à le connaître et plus il le trouvait admirable.
Ils parlèrent de sujets plus légers et, lorsqu'enfin minuit sonna, ils se souhaitèrent un joyeux Noël, avant que Drago ne disparaisse dans les escaliers. Il revint quelques instants plus tard avec le paquet qu'il avait acheté la veille dans le Paris sorcier et le tendit à Harry. Il tenait également un autre paquet, que le Survivant n'avait jamais vu.
Le blond était plus que gêné. Il avait acheté le premier cadeau d'Harry en se promenant dans le Londres moldu, le jour où il s'était fait couper les cheveux. Cela lui avait semblé logique d'offrir quelque chose au brun à l'occasion de Noël. Après tout, ils le passaient tous les deux et il devait beaucoup à Harry.
Cependant, c'était le premier cadeau qu'il offrait et bien que l'idée lui ait semblé bonne sur le moment, il doutait fortement à présent. Et si Harry n'aimait pas les présents qu'il avait choisi ? Par Salazar, pourquoi avait-il eu cette idée maudite d'offrir quelque chose au Survivant ?
Maintenant, il n'avait pas d'autre choix que d'attendre le verdict, car Harry était déjà en train d'ouvrir l'emballage du présent que Drago avait acheté la veille.
Le brun était agréablement surpris, il ne s'était pas attendu à ce que le blond pense à lui offrir quelque chose. Il ouvrit la boîte et y trouva une plume à papote, il regarda Drago avec un sourire en coin.
- Mon écriture te déplait à ce point ? demanda Harry moqueur.
- Je mets une demi-journée pour retranscrire tes rapports. Trente petites minutes pour tout réécrire, le reste du temps me sert à décoder tes horribles pattes de mouches ! répondit Drago avec le même sourire qu'Harry.
- C'est donc autant un cadeau pour moi que pour toi, dit Harry en rigolant. Elle est très belle Malefoy, merci, ajouta-t-il.
Drago haussa les épaules, signifiant que ce n'était rien, alors que le Survivant ouvrait le second présent. Il trouva une chemise vert émeraude, assortie à ses yeux. Drago était passé devant un magasin où cette chemise était en vitrine et la couleur l'avait tout de suite interpellé, d'abord parce qu'il adorait le vert, mais surtout parce que ce vert en particulier lui avait rappelé les yeux d'Harry.
- Wow ! s'exclama Harry en dépliant la chemise.
A une époque, il n'aurait pas su apprécier la qualité de l'étoffe ni la beauté de la couleur, mais, en quelques années, Harry avait développé un minimum de goût et il pouvait dire que Drago avait bien choisi.
- Elle est vraiment magnifique… Je… Merci Drago, dit le Survivant, surpris que le blond ait si bien pensé à lui.
- Bah… c'est pas grand-chose, minimisa Drago avec un geste désinvolte de la main.
- C'est quelque chose que tu as pris le temps de choisir, que tu m'offres, ça signifie beaucoup pour moi. Même si je trouve que tu n'aurais pas dû dépenser autant pour moi…
- Pour qui d'autre voudrais-tu que je dépense ? ironisa le blond.
Ne sachant quoi ajouter, Harry se leva à son tour et revint avec un paquet qu'il posa sur la table, devant son vis-à-vis. Contrairement à Harry, Drago ne fut pas surpris que l'autre pense à lui. Il avait deviné que Potter mettrait un point d'honneur à marquer le coup de Noël. Le blond commença à ouvrir le paquet et trouva un nécessaire à balai.
Le sourire de Drago se fana. Le nécessaire à balai était très beau, Potter avait tapé dans le haut de gamme, mais voir ça lui rappela qu'il ne possédait plus de balai et il se demanda si le brun n'avait pas cherché à lui faire du mal ou à se moquer de lui. Mais avant que Drago n'ait pu dire quoi que ce soit, Harry se dirigea vers le placard de l'entrée et en sortit un Nimbus 2001.
- Seulement quelques jours après que tu ne sois arrivé chez moi, je t'ai entendu parler balai dans ton sommeil et… J'ai su que voler te manquait cruellement. Je savais aussi que tu n'apprécierais pas que je t'offre un balai neuf… Je ne savais pas quoi faire pour t'aider, puis j'ai fini par penser qu'avec la bataille qui avait éclaté à la fin de ta dernière année, peut-être que ton balai était toujours à Poudlard…
Drago avait une main sur son balai, des yeux brillants fixés sur le brun, sans voix.
- Par chance, mon idée s'est avérée exacte. Ton balai faisait partie des balais de prêt de l'école... McGonagall n'a pas fait de difficulté lorsque je le lui ai demandé et elle m'a promis de ne rien te dire … Parce que bien sûr, j'ai dû lui expliquer que tu étais chez moi pour qu'elle accepte de me céder ton Nimbus… Mais… Drago ?
Harry écarquilla les yeux en voyant le blond s'approcher vivement de lui et sa stupeur atteignit des sommets lorsqu'il sentit les deux lèvres du blond se presser sur les siennes. Ce ne fut pas un baiser passionné, Harry avait même du mal à qualifier cela de baiser, Drago avait juste écrasé ses lèvres sur les siennes avant de se reculer.
- Merci Potter, merci mille fois, dit Drago, sincèrement ému.
- Oh… Euh… De rien, répondit Harry le rouge aux joues.
Drago se sentit tout à coup très gêné de son impulsivité, mais, pour sa défense, il s'était senti profondément touché par ce qu'avait fait Harry. Depuis leurs retrouvailles, il n'avait cessé de l'aider mais là, ce n'était pas de l'aide, c'était simplement une attention et Drago avait été touché par cela.
- Joyeux Noël, finit par dire Harry.
- Joyeux Noël, répondit Drago.
Le Survivant entreprit de servir une part de bûche à chacun et Drago comprit qu'il était dispensé de justification concernant le baiser, ce qui lui convenait fort bien.
Plus tard, ils allèrent se coucher, heureux de leur soirée malgré le baiser étrange que Drago avait donné à Harry.
Voilà pour le chapitre 7.
Merci à tous-tes et bonne semaine.
