Bonjour tout le monde et bonne lecture !
Chapitre 15
Y a de la place dans l'appart', assez pour pas qu'on se cogne…
Mais rien n'y fait.
Je peux pas vivre sans toi mais tu m'agaces, tu m'fous en rogne,
Non rien n'y fait.
Solennellement on a juré qu'on s'ferait plus de mal désormais,
Mais rien n'y fait.
Résolution de premier de l'an qu'on oublie dans l'instant,
Non rien n'y fait.
Faut qu'on s'batte – Gérald Depalmas
La conférence de presse, visant à rassurer le monde sorcier sur l'état de santé d'Harry Potter et à annoncer que Drago n'avait fait que lui venir en aide, avait eu lieu deux semaines auparavant. Depuis, beaucoup de choses s'étaient passées.
Drago était sorti sur le Chemin de Traverse au lendemain du démenti, comme il l'avait promis à Pansy. Les choses s'étaient mieux déroulées que ce qu'il avait pensé. Le fait qu'Harry ait dit qu'il lui était venu en aide contrebalançait, un peu, son passé. Aussi, personne ne l'avait attaqué. La plupart s'était contentée de l'ignorer ou, au pire, de chuchoter sur son passage. Il avait déjà vécu bien pire, de ce fait, il n'eut aucun mal à faire abstraction des regards insistants.
Harry, de son côté, avait déposé une plainte à l'encontre de Skeeter, auprès de la Gazette et de Sorcière hebdo, pour l'article qui avait propagé de fausses rumeurs, et avait finalement accepté un arrangement à l'amiable. Celui-ci comportait une jolie somme de Gallions, qu'il avait reversée à l'hôpital Sainte-Mangouste, et des excuses écrites par Rita, qui devraient paraître ce jour-là dans le journal quotidien et le lendemain dans le magazine hebdomadaire.
Le brun avait repris son travail et embauché un nouvel assistant puisque Drago lui avait confié ne pas être fait pour un emploi de bureau ou, du moins, pas en tant qu'assistant. A présent, les journées d'Harry étaient beaucoup plus sereines. Il avait enfin trouvé une organisation parfaite qui lui permettait de ne plus passer dix-huit heures par jour au Ministère. De cette manière, il avait beaucoup plus de temps libre et, surtout, il pouvait dormir plus de quatre heures d'affiliées. Il ne tenait pas vraiment à refaire l'expérience qui l'avait justement mené à Saint Mangouste.
Le blond ayant bien supporté sa première vraie réapparition dans le monde de la magie, il avait renouvelé l'expérience à plusieurs reprises, si bien qu'à présent, cela n'avait plus rien d'exceptionnel. Il allait et venait comme il l'entendait, voyait ses amis, et sortait souvent.
En somme, tout allait à merveille pour les deux jeunes hommes, si ce n'est que leurs relations étaient plus froides que jamais.
Drago ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait et il avait arrêté de tenter d'interroger Harry sur ce sujet. La plupart du temps, le brun l'ignorait et, quand ce n'était pas le cas, il lui aboyait simplement dessus. Et, bien qu'il ne se risquerait pas à l'avouer, leur complicité lui manquait. Il commençait à se dire qu'il était peut-être temps pour lui de déménager, mais, pour l'instant, il ne pouvait pas se le permettre.
Il avait fait les démarches pour entamer un apprentissage dans les potions, qui lui permettrait de devenir potionniste une fois son diplôme obtenu. Il pouvait remercier Théo qui avait plaidé sa cause auprès de son patron afin que celui-ci accepte de le prendre comme stagiaire.
Si cette formation lui promettait de belles perspectives d'avenir, elle n'allait certainement pas remplir ses poches ou, du moins, pas autant qu'il le faudrait pour se payer un appartement.
- Salut, dit-il à Harry en arrivant dans la cuisine.
- Salut, répondit sèchement celui-ci.
Le blond soupira mais ne fit aucune réflexion. Il ouvrit le placard et la boîte qui refermait ses sachets de thé. Il fut surpris de la découvrir vide.
- Tu n'es pas allé aux courses hier ? demanda-t-il.
- Si.
- Tu m'as pris du thé ?
- Non.
Drago haussa les sourcils. Apparemment, ce matin, il n'aurait droit qu'aux monosyllabes. En plus des habituelles réponses sèches, sans même qu'Harry ne lève les yeux de son magazine, cela eut le don de l'énerver.
- C'est quoi ton foutu problème, Potter ?! s'emporta-t-il.
- Je n'ai aucun foutu problème autre que le fait que tu ne sois même pas capable d'aller t'acheter du thé, répondit calmement et froidement Harry, toujours sans lever les yeux de sa lecture.
- Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas le prendre en allant faire les courses…
- Ou tu pourrais aller faire les courses toi-même, de temps en temps, maintenant que tu aimes tellement vivre ta vie à l'extérieur.
Drago ouvrit la bouche pour répliquer, mais il nota dans un coin de sa tête que le brun n'avait pas tort sur ce point. Maintenant qu'il pouvait sortir dans le monde magique autant que dans le monde moldu, il pouvait très bien faire les courses lui-même. Mais ça, il n'allait certainement pas le dire à Harry dans l'immédiat.
- Si tu as besoin d'un pigeon, tu n'as qu'à chercher parmi ceux avec qui tu passes tes soirées, renchérit le brun alors que Drago était toujours dans ses pensées.
- Ceux avec qui… Mais…
Drago fronça les sourcils avant de comprendre et afficha alors un rictus mauvais.
- Serais-tu jaloux, Potter ?
- Dans tes rêves, Malefoy ! Puis j'en ai marre, va te faire foutre, je me tire, décréta le brun en se levant vivement.
- A qui crois-tu parler ?!
Il n'eut pas le temps de le rattraper que la porte claquait déjà, laissant un Drago écumant de rage.
Harry se rendit au Ministère et envoya valser violemment la porte de son bureau pour qu'on le laisse tranquille. Dans ce genre de situation, les employés du département de la Justice Magique avaient pris l'habitude de ne déranger leur directeur qu'en cas d'urgence extrême, en sachant les foudres qu'ils récolteraient en le faisant dans un cas contraire. Harry Potter leur avait toujours paru plutôt humain et patient, sympathique même. Mais, depuis quelques semaines, il était devenu un homme lunatique et ses colères étaient redoutées par tous.
La matinée se passa donc sans que personne ne vienne déranger le Survivant. Il était occupé à préparer des beuglantes à toutes les personnes qui avaient l'audace de contester une décision de Justice qui ne leur était pas favorable. La pile de beuglantes grossissait et la colère d'Harry ne semblait pas s'apaiser pour autant. La raison était simple : il ne laissait pas sa fureur s'exprimer contre la bonne personne. Il aurait mieux fait d'envoyer une seule beuglante à l'attention d'un certain blond plutôt que de se laisser bouffer par sa rage.
Ses relations difficiles avec Drago avaient des répercussions jusque dans son travail et cela n'était pas tolérable. Depuis qu'il avait fait la connaissance du blond, rien n'était simple. A Poudlard, ils étaient sans cesse en train de se chercher des Noises. Certains diraient que, quand on n'aimait pas quelqu'un, le mieux était de l'ignorer, mais cela n'avait jamais été ainsi entre eux.
Ils avaient toujours eu besoin de faire savoir à l'autre qu'ils existaient. Bien sûr, Harry n'avait pas vu les choses ainsi à l'époque. Mais, avec le recul et la maturité qu'il avait gagné aujourd'hui, il en était arrivé à cette conclusion.
Leurs relations avaient changé, du tout au tout, depuis qu'il avait trouvé Drago dans cette ruelle londonienne, mais certaines choses demeuraient. Le blond avait mal vécu la période où Harry s'était enfermé dans son boulot, parce qu'il avait eu cette impression de devenir invisible à ses yeux. Il ne lui avait jamais dit, mais Harry l'avait compris récemment, lorsque la situation s'était inversée. Malgré la maturité et leur âge, l'un ne pouvait pas supporter l'indifférence de l'autre.
Harry n'arrivait pas à supporter cette impression de simplement faire partie du décor dans la vie du blond. Surtout après toutes ces semaines où ils n'avaient été que tous les deux. Résultat, malgré les années passées, il faisait ce qu'il savait faire de mieux avec Drago : chercher la confrontation.
Avec leur passé commun, ils savaient très bien comment s'y prendre pour faire réagir l'autre. Personne ne savait énerver Harry aussi rapidement que Drago ou inversement. Ils avaient toujours eu ce « pouvoir » l'un sur l'autre.
Seulement, ils n'étaient plus à Poudlard et ce genre de relation toxique n'avait plus les mêmes retombées. D'un geste las, Harry lança un incendio sur la pile de beuglante et se laissa aller dans son fauteuil avec un profond soupir. Il devait tout recommencer et donner des réponses plus cordiales.
Des coups à sa porte le sortirent de ses pensées.
- Entrez.
La porte s'ouvrit et Harry découvrit sa secrétaire qui préféra rester à l'entrée.
- Je suis vraiment désolée de vous déranger Monsieur Potter, mais Monsieur Nott souhaiterait vous voir, annonça-t-elle d'une toute petite voix.
Harry avait l'impression que la secrétaire ressentait l'envie de se trouver n'importe où, et surtout ailleurs qu'ici, devant lui. Elle se comportait comme si Harry risquait de la foudroyer d'une seconde à l'autre. Le brun s'en voulut encore plus et il était décidé à faire des efforts pour contrôler ses humeurs. Il ne devait plus laisser ses problèmes avec Drago régir son travail.
- Merci Miss Kyle, laissez-le entrer, répondit-il le plus aimablement possible.
La secrétaire laissa passer, un immense soulagement pouvant se lire sur son visage à l'idée d'avoir réussi à faire passer le message sans recevoir la moindre brimade. Elle referma la porte derrière l'ancien Serpentard.
- Salut, Harry. Je suis venu au Ministère pour déposer le brevet d'une potion pour mon patron et j'ai voulu passer prendre un café. Je dérange ?
Harry se leva et s'empara de sa veste.
- Pas le moins du monde, j'ai bien besoin d'une pause ! On va dans le Londres moldu ?
- Ça marche.
Les deux hommes partirent et allèrent jusqu'à un café, non loin du Ministère. Ils s'installèrent et, au vu de l'heure qu'il était, ils décidèrent finalement de déjeuner ensemble.
- Alors, comment ça va ? demanda Théo en buvant une gorgée de bière.
- Ça va.
- Drago ne te tape pas trop sur les nerfs en ce moment ?
Harry haussa les sourcils, ne sachant pas très bien s'il s'agissait d'une question piège ou si le brun l'interrogeait pour une raison qui lui échappait.
- Pourquoi tu demandes ça ? le questionna prudemment Harry.
- Je connais Drago depuis longtemps et je sais qu'il peut démarrer au quart de tour lorsqu'il est anxieux...
- Anxieux ? répéta Harry de plus en plus perplexe.
- Oui, à cause du test d'aptitude que l'école de potions va lui faire passer.
- Il ne m'a pas parlé de ça ! Il m'a juste dit que l'entreprise pour laquelle tu travailles était d'accord pour lui faire un contrat et qu'il devait aussi passer un entretien pour l'école, mais il n'a pas parlé d'un test !
- Cette école fait ses entretiens sous forme de test et ils ne sont pas faciles du tout. Les avantages avec la formation professionnelle que veut faire Drago c'est qu'il sera payé et alternera travail et école. Les inconvénients sont que les places sont très peu nombreuses et qu'il ne prenne que les meilleurs.
- Tu penses qu'il n'est pas à la hauteur ? s'inquiéta Harry.
- Je suis certain qu'il a plus que le niveau requis, mais, le problème, c'est la pression qu'il se met. Je ne sais pas ce qu'il a vécu et je ne lui pose aucune question, bien qu'il ait changé. Si, auparavant, il était beaucoup trop sûr de lui, aujourd'hui, son manque de confiance est affolant. Il ne le dit pas, bien sûr, il a trop de fierté, mais il n'y a qu'à voir le temps qu'il passe dans mon labo ! Une fois, je l'ai mis dehors à plus de quatre heures du matin.
Harry commençait à entrevoir l'erreur qu'il avait faite. Il s'en était pris à Drago parce qu'il avait cru que celui-ci l'oubliait en faveur de types quelconques alors qu'en fait, le blond s'enfermait pour faire des potions.
Harry orienta la conversation dans une autre direction et, une fois de retour dans son bureau, il passa son après-midi à réfléchir à comment s'excuser envers Drago. Inutile de se leurrer, vu son éclat du matin, le blond n'allait pas passer l'éponge facilement.
Son courage de Gryffondor sembla lui faire défaut une fois de plus, puisqu'il s'invita même à dîner chez Hermione, simplement pour retarder le moment où il devrait faire face à son colocataire. Il appréhendait tellement le moment où il rentrerait.
Après le repas, il n'eut d'autre choix que de regagner son appartement, même s'il décida d'emprunter les transports en communs moldus pour y retourner, repoussant un peu plus le moment fatidique.
Peut-être aurait-il mieux fait de rentrer au plus vite car Drago semblait encore plus contrarié, si c'était possible, à cause de l'attente.
A peine le seuil franchi, il se retrouva plaqué au mur, les deux mains du blond serré sur son col.
- Si tu me parles encore une seule fois sur ce ton, je te le ferais regretter, lui dit-il, les dents serrées.
Harry ne pensa même pas à s'offusquer de la violence avec laquelle Drago l'avait plaqué au mur. Il ne pensa pas non plus à le repousser. Dans son un sens il était fier de Drago pour son coup d'éclat. L'homme qu'il avait ramassé dans une ruelle de Londres ne se serait jamais permis de s'emporter de la sorte. Cette colère était peut-être un signe de guérison.
Son visage à quelques centimètres du sien, sa colère se reflétant dans le gris de ses yeux, il le trouva magnifique dans sa fureur. Il n'y avait que ses lèvres pincées qui gâchait cette perfection.
- Tu m'as bien compris ? demanda Drago face au manque de réaction d'Harry.
Pour toute réponse, sans que le blond ne s'y attende, le brun écrasa ses lèvres sur les siennes. La stupeur fit ouvrir la bouche à Drago et Harry en profita pour y glisser sa langue. L'ancien Serpentard desserra ses mains du col de son vis-à-vis et caressa légèrement sa nuque avant que son esprit ne se reconnecte à la réalité.
- Non, mais t'es pas bien, Potter ?! s'écria-t-il après s'être écarté. Le matin tu me dis d'aller me faire foutre et le soir tu m'embrasses ?! Va consulter un psychomage, la bipolarité n'existe pas que chez les moldus !
Harry contourna Drago et voulut gagner sa chambre, mais la main du blond s'empara de son poignet pour le retenir.
- Oh non, ne crois pas pouvoir disparaître une fois de plus sans me fournir d'explications
Le brun fit face au blond et celui-ci put voir à quel point il avait l'air perdu, plus que lui, si cela était possible.
- Je suis désolé… Je ne… Désolé, bafouilla l'ancien Gryffondor.
- Désolé pour ce matin ou pour ce soir ? demanda le blond en haussant un sourcil.
- Pour ce matin… Et pour ce soir aussi. Désolé pour t'avoir parlé ainsi, je n'avais aucune raison et aucun droit de le faire. Pour ce soir, je ne sais pas… Je crois que je vais aller me coucher.
Ayant obtenu des excuses pour le matin et sachant qu'il n'obtiendrait pas d'explications plus claires pour le baiser, il relâcha le poignet d'Harry et le regarda s'enfermer dans sa chambre.
Drago posa ses doigts sur ses lèvres, incertain quant à la manière de gérer ce qu'il venait de se passer. Il ne savait pas quoi en penser, l'ébauche de baiser avait été agréable, mais il n'avait pas apprécié la lueur de détresse qu'il avait aperçue juste après dans les yeux du brun. Devait-il remettre ça sur le tapis demain ou plutôt oublier ? Il soupira et alla s'allonger. La nuit portait conseil, disait-on.
Merci de m'avoir lu.
Bizzz et à la semaine prochaine.
