Bonjour bonjour,
Oui ! Le chapitre 11 ! Déjà ! Comme quoi, tout arrive, même les miracles. Les prochains sont bien avancés aussi, il faut juste que je tienne le cap.
Il y a, du coup, un risque de spoilers ; notamment sur les films et les séries Marvel ! Pas actuellement, à part peut-être quelques menues références à la série Marvel - Agent Carter
Un grand merci à LiliEhlm qui corrige ce chapitre, telle la Lili-ninja qu'elle ne prétend pas être (mais elle est quand même); et à chocobi6 de moi laisser parler toute seule quand j'ai mes doutes à la schtroumpf et mes lubies à encore plus schtroumpfantes et schtroumpfées
Evidemment, tout ça n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas (et croyez-moi: j'en pleure tous les soirs)
Chapitre 11 - Panic Station
Novembre 1984
Obadiah n'a pas besoin qu'Edwin (ou qui que ce soit d'autre, d'ailleurs) lui ouvre la route pour le conduire jusqu'au bureau de Howard. Il doit malheureusement suffisamment venir au manoir récupérer les dernières inventions de son associé ou le récupérer lui pour être sûr qu'il se présente à la réunion d'affaires avec la Navy ou Air Force. L'accompagner jusqu'à la lourde porte massive est superflu. Les Jarvis savent qu'ils n'ont pas à le faire et Edwin préfère comme ça. Au moins, il n'a pas à laisser Tony trop longtemps sans surveillance, considérant que cinq minutes lui suffisent pour déclencher un incendie.
Aujourd'hui, pourtant, le majordome demande à monsieur Stane s'il veut bien prendre le temps de patienter dans le salon afin de prévenir monsieur Stark de son arrivée. Obadiah hausse les sourcils. Un sourire amusé et intrigué aux lèvres, il remercie l'autre homme pour sa proposition mais dit qu'il peut rester avec Tony. Stane tapote l'épaule de Jarvis, le contourne et se rend quand même directement au bureau de son associé. Une fois arrivé, il frappe deux coups et entre sans attendre.
« Howard. Pourrais-tu, s'il-te-plaît, m'expliquer pourquoi ça fait un mois que tu reportes systématiquement toutes nos réunions, ne daignes pas te présenter face aux membres du conseil d'administration, me présentes des projets boiteux d'implants auditifs et me raccroches au nez quand je souhaite t'en parler. »
La question n'en est assurément pas une. Howard ne commet pas l'erreur de le penser. Il connaît suffisamment son vieil ami pour savoir que ce dernier exige une explication et une bonne, tant qu'à faire. Howard soupire.
« Tu peux faire moins fort, Obie, s'il-te-plaît ? »
« Migraine ? » Se hasarde Stane, d'un seul coup plus sympathique. Il sait combien les migraines de son ami et associé peuvent être douloureuses... tout comme il sait que ce n'est normalement pas ça qui va l'empêcher de trop pousser et travailler jusqu'à ne plus pouvoir.
Il ne compte plus le nombre de fois où il a pu trouver Howard dans cette même pièce, allongé sur son bureau, sa veste par-dessus son visage pour un peu d'obscurité. Elles sont aussi nombreuses que les fois où Obadiah a dû le forcer à aller se coucher une bonne fois pour toute.
Howard, pourtant, ne confirme ou n'infirme pas cette proposition. À la place, avec un léger sourire sur le visage, il se redresse, contourne le mobilier, en profite pour remettre parfaitement droit un cadre un peu trop penché à gauche, et va vers le canapé. Occupé, le canapé. Il est si souvent vide que Obadiah n'a pas jugé utile d'y regarder par deux fois. Maintenant qu'il le fait, il ne peut que constater la présence d'un troisième individu. D'un enfant, même. D'un enfant qui n'est pas Tony.
« Euh... tu m'expliques ? »
« Je te présente Clint. » Sourit doucement Stark, une main sur le côté de la tête blonde qui se tourne vers lui, interloqué. « Et si tu rejoignais Tony, mon grand ? »
Après avoir brièvement froncé les sourcils, comme s'il fallait le temps que la demande atteigne le cerveau après un petit détour au niveau des pieds, le gamin refuse d'un signe de tête qui ne laisse place à aucune mauvaise interprétation. C'est un refus, point barre, il ne faut pas chercher plus loin. Clint pointe ensuite Howard du bout de l'index et, ses pieds sur les coussins, ramène ses jambes contre lui.
« Je sais. Je vais venir te chercher dès qu'on aura terminé. Promis. » Clint fait la moue Il jette un regard en coin vers l'inconnu puis se re-concentre sur Howard et se recroqueville encore un peu plus. « Obie a une grosse voix qui fait peur mais je te promets qu'il n'est pas méchant. » Le gamin se ratatine encore. Obadiah n'aurait pas cru ça possible. « Hep ? Clint ? Clint, regarde-moi s'il-te-plaît. » Il le regarde. « Je vais venir te chercher, je te le promets. »
Un Edwin désemparé l'a mis en garde à ce sujet. Lui a dit que Clint, du haut de ses onze ans, ne croyait pas aux promesses et était d'une amertume qui en ferait grincer des dents plus d'un. Il lui a même répété ce que l'enfant avait dit le premier jour, à son arrivé... et c'est vrai. C'est toujours vrai, aujourd'hui encore. C'est vrai avec Maria et Ana et Edwin aussi mais, fait surprenant, Clint semble toujours croire sur parole Howard et Tony. Les deux sur lesquels le commun des mortels ne parieraient pas un kopeck.
Le gosse (Clint, il s'appelle, apparemment) se remet enfin debout. Une fois sur ses pieds, Obadiah peut voir à quel point le petit est petit. Trop petit. Trop maigre aussi, malgré sa petitesse. Chétif et maladif, que les Jarvis aient craqué pour cette crevette est un monstre de prévisibilité, pour ce qui est des deux Stark, en revanche... ils ne sont supposés aimer personne (ou, tout du moins, presque personne et certainement pas des gamins aussi jeunes). Clint se dirige vers la sortie, après un dernier sourire timide à l'adresse de Howard. Il ferme la porte derrière lui, après avoir trébuché sur le tapis.
« Tu peux m'expliquer, maintenant ? »
« Clint est plus rassuré quand il reste ici, lorsqu'il porte ses aides. Tout est encore... trop. Je crois. »
« Tout est encore... non mais tu t'entends ? Tu entends ce que tu dis ? C'est ton bureau, Howie. Pas une aire jeux. »
« Et c'est un gamin, pas un mini-adulte. »
« Tout comme l'est Tony. Et tu ne laisses pas Tony jouer ici ou dans ton atelier. Il ne peut même pas venir bricoler dans ton atelier lorsque tu bricoles. »
Howard pose une fesse sur l'accoudoir du canapé et souffle. « C'est compliqué. »
« Ça a intérêt à être au moins ça, compliqué. » Commente simplement Obadiah quand Howard aurait juste voulu que son ami se taise. « Parce que je préfère ne pas imaginer ce que pourrait penser Tony de tout ça si ce n'était pas au moins un peu compliqué. »
« Tony aime Clint. »
« Peut-être, oui. Mais est-ce qu'il l'aime suffisamment pour comprendre et accepter pourquoi son père le fait passer en premier ? Sans en venir à le détester, s'entend... » Il serre les lèvres et hausse les sourcils, curieux de la défense qu'aura son vis-à-vis.
Howard et Obadiah se regardent dans le blanc des yeux et restent un instant sans rien se dire. Le premier finit par céder. Il pousse un long soupir et détourne le regard pour passer au crible la décoration alentour qu'il connaît par cœur. Il connaît les gros rideaux derrière lesquels Tony a plus d'une fois tenté de se cacher pour lui faire une surprise. Il connaît la grande plante en pot là-bas, dans le coin opposé au canapé, qui est parfois pleine de jouets ou de petits boulons et engrenages précautionneusement oubliés ici pour que Tony ait une excuse pour venir le déranger. Il connaît les cachettes de son fils... et connaît la façon dont il est reçu.
« Pourquoi tu es là, Obadiah ? »
« L'armée voudrait avancer le rendez-vous et que ce soit nous qui nous rendions à la base. »
« Quand ? »
« Demain. On part dans trois bonnes heures, peut-être quatre. Le temps de faire préparer le jet et que tu prépares une vali- »
« Non. »
« Pardon ? »
« J'ai promis aux enfants de... »
« Aux enfants ou à Clint ? »
« Aux enfants. » Siffle Stark, touché par les insinuations de son ami.
« Je demandais juste. » Sourit Obadiah, l'air de rien et pourtant si peu innocent. « Mais n'oublies pas que Tony aussi a des sentiments que tu peux blesser. »
« Je sais. »
« Très bien si tu sais. » Celui dont la visite n'était pas attendue hausse les épaules et fait demi-tour. Howard déteste quand il fait ça, quand il agit de façon aussi désinvolte après lui avoir donné deux grosses claques métaphoriques. « Je vais voir Tony, le temps que tu prépares tes affaires. »
« J'ai dit que... » Howard ferme les yeux et secoue la tête, un doigt levé. « J'ai dit non, non ? »
« Tu as dit non. Mais j'ai déjà accepté. »
Le père de Tony se pince l'arête du nez. « Je te déteste. »
« Veille à ce que Tones ne finisse pas par te dire la même chose. »
o o o
Obadiah entre dans la chambre de Tony sans attendre d'y être invité. Comme avec le père de ce dernier, il se contente de frapper deux petits coups puis fait son entrée. La porte était déjà entrouverte, en plus, lorsqu'il est arrivé et il pouvait entendre que la pièce était occupée avant même d'être arrivé à destination. Les deux jeunes adolescents (ou pas, il n'est pas possible que Clint et Tony aient le même âge) sont allongés sur le lit, aux draps rouges anciennement parfaitement tirés et désormais chiffonnés, un livre ouvert entre eux. L'adulte fronce les sourcils. Ce n'est plus de leur âge de faire ça. En y regardant de plus près, pourtant, Stane comprend qu'il s'est fourvoyé. Ils ne sont pas en train de lire le même livre. Enfin si. Clairement si. Mais Clint est celui qui lit à voix haute, trébuchant sur certains sons et en prononçant mal d'innombrables autres, tandis que Tony les désigne du doigt.
Howard a tellement tort. Ce gamin est une malédiction pour Tony, certainement pas autre chose. Tony accepte de se montrer courtois et civilisé avec un autre enfant de son âge au lieu d'infect et condescendant, un net progrès il va sans dire, mais Tony devrait aussi être en train de jouer, de faire exploser des trucs, d'essayer d'en améliorer d'autres, ou peu importe quoi... il ne devrait pas être en train d'apprendre à lire à un vaurien. Le vaurien le plus chanceux du pays, d'ailleurs.
« Véritable. » Corrige Tony. La patience n'est pas un trait très présent chez Tony. Obadiah soupçonne que ce soit la raison des si nombreux incendies et explosions à son compteur. « Vé-RI-table. »
« Vérrritable. » Répète Clint, en insistant bien sur le R.
« Yay. » Sourit le premier. « Tu gères. »
« Tiens, tiens, tiens, qui avons-nous là. » S'annonce Stane, sans penser à mal.
Les deux compères sursautent tous les deux. Quand le premier tourne la tête vers la voix familière pour s'assurer qu'il a raison, le second se précipite hors du lit pour, à la place, se réfugier dans un coin de la chambre. Tony, plutôt que l'accueillir en grandes pompes comme il le fait usuellement, le foudroie du regard avant d'aller chercher Clint, son nouvel animal de compagnie. Clinton tient davantage du nouveau jouet, d'une nouvelle lubie qu'autre chose. Quand Tony se lassera de lui (et il se lassera) et que Clint retournera au foyer, le pauvre gosse sera détruit... un peu plus encore.
Howard et Edwin ne rendent service à personne en lui gardant ici.
« Clint ? Cli-i-int. » Appelle Tony, une main sur son épaule mais pas plus. « C'est rien. C'est Obie. C'est que Obie. Y va rien te faire. Je te jure qu'il va pas te faire du mal. Il est cool. Pas aussi cool que Jarvis mais personne est aussi cool que lui. » Tony continue de parler. Il essaie d'attirer peu à peu l'attention de la tête blonde. « Mais il est cool comme mon père. Peut-être même encore plus. Encore plus c'est sûr, en fait. »
Les larmes au coin des yeux, ses deux mains fermement plaquées sur ses oreilles, Clint fait disparaître son visage entre ses jambes, son front posé sur ses genoux. Rien de ce qui est dit n'est entendu, ou indistinctement. Coupable, loin d'avoir voulu déclencher cette réaction, Obadiah approche à petits pas. Il décale légèrement Tony, qui gonfle ses joues de mécontentement, et se positionne bien en face du deuxième gamin.
Tony ne s'est pas beaucoup éloigné des deux. Les bras croisés, il regarde Obie essayer de réparer ce qu'il vient de faire. Il ne faut pas prendre Clint par surprise comme ça ! Mais c'est pas comme si Obadiah peut le savoir donc... donc il ne faut pas lui en vouloir. Il lui en veut un peu quand même. Juste un peu. Obadiah n'a vraiment pas voulu lui faire peur, il est trop gentil pour ça. Et puis il essaie de rassurer Clint, maintenant. Une main posée sur la petite épaule trop osseuse et trop tremblante, Obie frotte doucement son pouce sur le pull de Clint. Elle finit par glisser et s'approcher du visage du petit blond qui n'ouvre plus les yeux.
« Je reviens ! » Crie Tony en sortant en vitesse chercher Jarvis (toujours dans la cuisine, il espère). « Bougez pas ! J'reviens ! »
« Clint, s'il-te-plaît, calme-toi. » Prie Obadiah, de plus en plus mal à l'aise et coupable. Il ne répond pas à Tony. A-t-il même prêté attention à ce qui vient d'être dit ? « J'ai besoin que tu te calmes. Calme-toi. Respire. Fais comme moi. » Il inspire un grand coup, de façon exagérée, et croise les doigts pour que ça fonctionne sinon il ne sait vraiment pas quoi faire.
« Lâ-chchez m-moi. Vou-vous avez pas le dr-dr- »
Quelqu'un arrive en courant et jure quand il les voit. Dieu soit loué ! Ils sont sauvés ! Tony, cependant, n'est pas derrière le nouvel arrivé. Il continue de chercher Edwin. C'est Jarvis qui sera vraiment bien pour calmer Clint. C'est de Jarvis dont Clint a besoin. C'est de Jarvis dont Clint doit avoir besoin. D'une main douce mais ferme, Howard fait reculer son vieil ami pour prendre sa place. Sans dire un mot, il attrape le petit blond dans ses bras et le soulève sans trop de mal. Il va s'asseoir sur le lit de son fils, Clint sur les genoux. La tête du gamin va immédiatement se cacher dans le cou de l'ingénieur qui le berce doucement. Ça prend du temps mais les sanglots de l'enfant finissent par diminuer, à défaut de cesser, et il enroule ses bras autour de Howard, se fondant contre lui.
Tony revient alors. Edwin est derrière lui. Ils sont tous les deux essoufflés et inquiets. Ça n'aurait pas dû être aussi long de trouver J', et pourtant. Ils regrettent d'avoir dû laisser Clint seul, en pleine crise, avec Obadiah qui en est justement à l'origine. Edwin espère que ça ne va pas les faire régresser, les faire revenir quelques semaines en arrière. Quand Tony voit la façon dont Howard a réagi, la façon dont son père s'est précipité dans sa chambre sitôt a-t-il entendu sa cavalcade dans les couloirs et les escaliers, la façon dont il rassure doucement Clint, Tony fait immédiatement demi-tour. Il ne veut pas rester là.
« Tony... » Souffle Jarvis, en partant à sa suite. Clint est entre de bonnes mains.
« Là. Tout va bien, Clint. » Répète en boucle Howard. « Tout va bien. Tu n'as rien à craindre. Tout va bien, mon grand. Tu n'as pas à avoir peur d'Obadiah. Il ne va pas te faire de mal. »
Recroquevillé sur et contre celui qui le rassure, Clint ne paraît pas entendre ce qu'on lui dit. Ou, s'il l'entend, ça ne semble pas avoir l'effet apaisant escompté. L'enfant continue de trembler, sangloter à l'occasion, dans les bras de Howard. Il essuie ses yeux rouges d'un revers de manche. Ses lèvres tremblotent. Il essaie de prendre sur lui et de se retenir. Howard, lui, continue avec Clint, patient et ne semblant pas pressé de retourner vaquer à ses premières occupations. Et à faire sa valise encore moins.
« Tout est fini. Tu n'as rien à craindre. Personne ne va laisser quelqu'un te refaire du mal. Jamais. C'est fini. C'est fini, tout ça. »
« Ja-Jacques. Jacques y va... »
« Non. Plus Jacques. Plus jamais Jacques. Plus jamais Buck et plus jamais Carson. »
« Bar-Barney. J-je veux Barney. » Pleure l'enfant, à bout de forces, épuisé. Et sa fatigue n'aide pas à le calmer.
« Je suis désolé. » Souffle alors Howard. Il n'y a rien qu'il puisse faire pour lui amener son frère. Ils ne sont même pas certains que Barney soit encore en vie. Peggy et Daniel font des recherches là-dessus, la police également (maintenant que Clint est réapparu) mais aucune trace de Charles Barton, y compris auprès du cirque Carson.
« Pardon. Pardon. Pardon. »
« Chhhh. Tu n'as rien à te faire pardonner. Tu n'as pas à nous demander pardon. Tu n'as rien fait de mal. Rien du tout. Clint ? Tu peux me regarder, s'il-te-plaît ? »
Pas bien sûr de ce qu'il fait, de s'il faut le faire ou pas, l'air plus désireux de continuer à se cacher dans la veste de Howard que faire réapparaître son visage rougie par les larmes, Clint réapparaît quand même. Il se mordille la lèvre inférieure, arrachant petit bout de peau par petit bout de peau.
« Aw... Clint... » Souffle l'homme.
o o o
Lorsque Ana, rentrée du travail, trouve Clint blotti sur le canapé, la tête sur l'épaule de son mari, enroulé dans une couverture, elle comprend qu'elle doit s'inquiéter. Elle s'inquiète, du coup. Elle s'inquiète sur ce qui a pu se produire pour que le petit archer passe outre ses doutes sur les adultes et se sente soudainement plus en sécurité contre son Edwin que seul. Elle s'inquiète d'une possible régression dans les relations entre Clint et les autres occupants du manoir. Elle s'inquiète que, peut-être, Edwin et elle ne soient pas les bons pour lui.
« Bonsoir. » Elle essaie de sourire, l'air de rien, alors qu'elle accroche son manteau et son écharpe au porte-manteau. Elle ne trompe personne, pas même elle.
« Clint a rencontré monsieur Stane. » Répond Edwin. Il connaît assez son épouse pour savoir que c'est la question qu'elle ne sait pas pouvoir poser de peur d'envenimer les choses. Un bras autour des épaules de cet enfant qu'il a appris à adorer, il caresse doucement les cheveux, un peu trop longs désormais, pour attirer son attention. Ça fonctionne. Clint lève ses deux grands yeux bleus vers lui.
« Tu te sens mieux ou tu voudrais qu'Ana te fasse son chocolat chaud magique ? »
« Moi aussi je veux ! » S'écrie Tony, sa tête apparaissant de sous la table de la salle à manger. Une cachette tout à fait normale, oui oui.
La normalité a un tout autre sens, dans l'étrange microcosme du manoir Stark.
Le petit archer n'est pas aussi prompt à se décider que son rassurant compère. Accepter revient à obliger madame Ana à aller faire un chocolat chaud pour lui alors qu'elle pourrait plutôt se reposer après sa journée de travail ! Refuser pourrait la laisser penser qu'il n'aime pas son chocolat chaud ou que ça ne va toujours pas mieux malgré le temps écoulé. Et si on pense qu'il n'aime pas le chocolat chaud d'Ana c'est triste, et si on pense qu'il ne va pas mieux on voudra d'autant plus l'aider et le dorloter. Il ne peut pas prendre plus de dorlotage.
Ana le voit faire la moue contre l'épaule d'Edwin, le cerveau manifestement en train de fonctionner à cent à l'heure. En train de se prendre la tête pour des queues de cerise. Elle se demande ce qui s'est vraiment passé pour que Clint soit aussi mal. Elle sait qu'Obadiah est plus impressionnant à rencontrer que son gringalet d'Edwin (désolé chéri) ou monsieur Stark mais... tout de même !
Avant qu'elle ait pu faire quoi que ce soit, y compris rejoindre la cuisine pour préparer plusieurs chocolats, Howard (quand on parle du loup) descend. Un sac passé sur l'épaule, il passe la tête dans le salon et repère tout ceux qu'il doit repérer. Clint avec Edwin sur le canapé, Tony sous la table.
« Je vais devoir m'absenter quelques jours. Maria devrait arriver demain matin mais on sait jamais... je peux vous confier Tony ? » Il demande au couple.
« Comme si j'étais pas toujours confié à eux. » Marmonne Tony, renfrogné, dans son coin. « Le vrai travail de J' c'est d'être mon père ! »
L'homme d'affaires se tourne vers son fils, les yeux ronds et le visage défait. La surprise est lisible sur son visage. Ces remarques d'apparence anodine sont de plus en plus fréquentes. Le problème c'est qu'il les trouve aussi de moins en moins injustifiées. Howard déglutit. Va-t-il finir par trouver moins injuste les vieux reproches d'Obie, d'ici quelques semaines ou quelques mois ? La réponse lui fait peur. Les réponses ne lui font pas peur. Les réponses ne lui font jamais peur. Il a besoin de réponses. Il aime les réponses. Les réponses c'est le savoir. Savoir c'est pouvoir. Pouvoir c'est réagir et pouvoir réussir. Howard laisse son sac dans l'entrée et pénètre vraiment dans la pièce à vivre principale. Le pas certain, sûr des mots qu'il va dire à son fils, l'homme d'affaire et ingénieur de génie s'approche de la cachette de sa progéniture.
« Tony ? »
« Tu devrais y aller. Tu vas être en retard. »
« C'est marrant, il me semblait que comme c'est mon avion, il pouvait bien attendre mon arrivée. » Rétorque Howard. Il sourit à son fils alors qu'il relève la nappe blanche aux discrètes broderies. Bien qu'il en veuille à son paternel, Tony sourit lui aussi... et reste sous sa table. Il est un peu trop vieux pour ça mais a repris cette habitude depuis l'arrivée de Clint à la maison. « Tu veux bien sortir, mon grand, s'il-te-plaît ? »
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'il ne me plaît pas. »
« Tony... » Tony souffle bruyamment et le foudroie du regard. Il se détourne ensuite de son père et recommence tout de suite à faire tourner son tournevis entre ses doigts en essayant de ne pas le faire tomber. Ce n'est pas si facile. « À mon retour on fera quelque chose rien que tous les deux, si tu veux. »
« Nan, on le f'ra pas. »
« Je m'y engage. »
Accroupi en face de la table, une main posée par terre pour s'équilibrer, Howard se sent idiot.
« On le fera quand même pas. Tu promets pas pour la première fois et on l'a jamais fait. » Il hausse les épaules. « Et j'veux pas... je veux pas que tu veuilles de moi, que tu veuilles être avec moi pour que tu te sentes pas coupable de préférer Clint. »
Ses sourcils se froncent. « Je ne préfère pas Clint. »
« Tout le monde préfère Clint. »
Howard passe une main sur son visage et souffle. Il ne pensait pas que sa phrase à propos de son avion qui peut bien l'attendre soit aussi à-propos. Résigné, il s'assoit par terre. Ça lui fera moins mal au dos.
« C'est... c'est plus facile avec Clint. »
« Ouais... parce que tu le préfères. » Tony tourne les yeux vers lui et hausse les épaules.
« Parce que je sais ce dont il a besoin et ce qu'il aimerait mais n'ose pas demander. Parce que c'est plus facile de comprendre Clint que de te comprendre toi. »
Tony grogne entre ses dents. La réponse ne le réconforte pas des masses. « Tu veux jamais être avec moi. C'est normal que tu sais pas. »
« Je suppose que je te délaisse un petit peu trop. » Murmure Howard. « Je suis désolé. »
« Nan tu l'es pas. »
« Veux-tu bien cesser de savoir mieux que moi ce que je pense, Anthony ? Tu es un génie, pas un télépathe. »
« Je peux être les deux si je veux. »
OK. Ça commence, de l'avis de Howard, à frôler l'absurde. Ça ne fait pas longtemps mais il perd déjà patience à force de se heurter au mur que son fils érige entre eux deux. Il ordonne sèchement à Tony de cesser de faire l'enfant (« Je suis un enfant ») et de sortir de sous cette maudite table afin qu'ils puissent parler comme il faut. Le ton monte. L'un insiste et l'autre persiste. L'autre se braque quand l'un s'énerve. Edwin et Clint les regardent de leur place. Le premier passe doucement mais distraitement une main dans les cheveux du second, qui paraît inquiet de la tournure que prend la conversation entre les deux Stark. Ses aides absentes, posées sur la table du salon, ne l'empêchent pas de comprendre ce qui se passe.
« Tony... »
« Non. »
« Sors d'ici tout de suite. Je ne le répéterai pas. »
« Si. »
« Non. Donc sors de sous cette... »
« Ah ! Tu vois que tu le répètes ! »
Du salon, Edwin rit doucement, pas étonné par la répartie du jeune monsieur Stark, puis répète ce qui s'est passé pour que Clint soit aussi dans l'affaire. Howard, lui, recule un peu. Il ne s'y attendait pas, lui, à cette réponse. Il ne reste pas longtemps à distance, recommence à avancer et insiste malgré tout. Tony, pourtant, persiste et signe : il ne va pas bouger, même pas en rêve.
« Je ne te décevrai pas. »
« Ouais. » Tony n'en croit rien. « Si. »
« Est-ce que tu peux, s'il-te-plaît, sortir de sous la table pour que je puisse te dire au revoir ? »
Le regard désabusé de Tony appuie complètement les dires de Obadiah, tout à l'heure, dans le bureau. Ça lui fend le cœur. Parce que les mises en garde de Edwin, il ne les a jamais écoutées. Parce que les réflexions anodines de son vieil ami, il a toujours cru qu'elles n'étaient que ça, des réflexions anodines. Parce qu'il ne compte plus le nombre de regards déçus lancés par sa femme quand elle les voyait si distants l'un de l'autre. Parce que Tony, aussi génial et intelligent, ne le croit pas.
Tony ne croit pas que son propre père puisse l'aimer ou être capable de lui consacrer du temps.
« Bordel, je t'aime, Tony. »
« Langage. »
Panic Station - - - Muse
Fin du onzième chapitre.
Dans le prochain chapitre, de nouveaux personnages arrivent (et reviendront plus d'une fois, évidemment). Des pronostics? Des envies / attentes particulières?
Si vous avez la moindre question, la moindre remarque, le moindre truc, quoi, n'hésitez surtout, surtout pas ! Toutes les remarques sont bonnes à prendre, après tout :)! Surtout que je me sens (et suis) encore nouvelle sur le fandom Marvel !
J'ai une page facebook ... que je reprend petit à petit. J'ai aussi fait une playlist sur spotify (du nom de la fic) avec les titres des chapitres... et celui des deux-trois suivants.
Skayt
PS. Je pense de plus en plus à privilégier mon compte sur AO3 donc, à terme, il n'est pas impossible que les chapitres arrivent plus rapidement là-bas qu'ici ;)
PPS. (parce que j'aime les post-scriptum alors que, techniquement, sur un ordinateur et un traitement de texte ils n'ont plus de raison d'être) Si ce chapitre contient des trucs à la schtroumpf (des "voiture" au lieu de "car" et autres pas-joyeusetés) n'hésitez surtout pas à me le dire et je repartirais en combat contre FF (et si c'est vraiment trop récurrent, voir le premier PS)
