Bonjour bonjour,
Et voilà le chapitre 12. Comme quoi tout est possible, hein (bon, remercions quand même tous les orages qu'il y a eu par chez moi et qui ont fait péter la box et m'ont donc coupé des joies d'internet). Le chapitre 13 est d'ores et déjà terminé (et super Lili l'a même déjà corrigé). Le chapitre 14 est en bonne voie (il faut juste que j'arrive à me décoller des Sims). Pour qui me suivent sur facebook et ont vu le lien vers la playlist spotify, il y aura quelques modifications car de nombreux chapitres se sont ajoutés entre temps (certains passages sont beaucoup plus long que ce à quoi je m'attendais) OOPSIE :D
Il y a, du coup, un risque de spoilers ; notamment sur les films et les séries Marvel ! Pas actuellement, à part peut-être quelques menues références à la série Marvel - Agent Carter
S'il y a des gens à qui je n'ai pas répondu aux reviews, j'en suis désolée... je me suis laissée submergée par les mails et parfois je ne sais plus où j'en suis. Normalement maintenant ça devrait aller (normalement) mais sachez qu'elles m'ont fait très plaisir à chaque fois :D
Un grand merci à LiliEhlm qui corrige ce chapitre, telle la Lili-ninja qu'elle ne prétend pas être (mais elle est quand même); et à chocobi6 de moi laisser parler toute seule quand j'ai mes doutes à la schtroumpf et mes lubies à encore plus schtroumpfantes et schtroumpfées
Evidemment, tout ça n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas (et croyez-moi: j'en pleure tous les soirs)
Chapitre 12 - Crazy Little Ting Called Love
Novembre 1984
Assise près de la cheminée éteinte, dans le grand fauteuil que tous les occupants du manoir ont coutume de se disputer, un livre entre les mains, Ana n'avance pas dans sa lecture. Une heure qu'elle est installée et elle n'a pas lu un chapitre, son esprit à des lieues de Hurlevent. Elle n'est pas sereine. Elle est même inquiète. Très inquiète et pleine de doutes. Malgré les semaines qui se sont écoulées depuis son arrivée, voire les mois maintenant, Clint ne semble pas mieux. Si. Qu'est-ce qu'elle raconte. Il semble mieux mais ils partent de tellement loin, il faut dire. Ils sont encore si loin de ce que ça devrait être.
Un enfant de son âge ne devrait pas être si renfermé sur lui-même ; même un enfant timide et anxieux. Personne ne devrait avoir à ce point l'impression que sa présence et sa seule existence sont un calvaire pour ceux qui l'entourent. Madame Jarvis quand elle entend un petit rire depuis la salle à manger, où Clint et Tony se sont installés pour bricoler (elle soupçonne Clint de surtout passer son temps à regarder Tony essayer de fabriquer une machine qui peut rouler toute seule) – se dit que tout espoir n'est peut-être pas perdu. Peut-être. De là où Ana est installée, elle voit les cheveux noirs d'Anthony dépasser du dossier de la chaise. Aucun cheveux blonds à l'horizon, cependant.
Elle referme son livre et tend l'oreille, curieuse de savoir de quoi peuvent parler les deux jeunes. Ana soupire lorsqu'elle reconnaît seulement le débit ultra rapide et les mots parfaitement articulés du fils de Maria et Howard. Clint parle encore si peu. Trop peu. Il ose à peine prendre la parole devant eux, pas encore certain d'être autorisé à rappeler sa présence irritante.
« Nous pouvons passer à table, si vous voulez. » Invite Edwin, quittant la cuisine pour cette annonce.
« Si on veut pas ? » Demande le jeune Stark, un tournevis entre les dents.
« Pas d'outil dans la bouche, Tony. » Soupire Jarvis. « Et même si vous ne voulez pas vous venez manger. »
« Alors faut pas dire « si vous voulez » si si on veut ou pas ça change rien. »
Son interlocuteur roule des yeux. « A table, Anthony. »
« Houuu, il utilise mon prénom en entier. » Tony sourit à Clint qui le fixe, la tête penchée sur le côté. « Ça veut dire que ça rigole plus. »
Le repas se passe bien. Il traîne en longueur et s'éternise malgré tout. Tony semble s'être fait une mission de poser le plus de questions impossibles à Edwin, parfaitement conscient que l'autre homme se lassera le premier et finira par l'envoyer paître d'une manière qui amusera (bien que ça ne soit pas le but premier) le jeune Stark. Ana, cependant, se concentre davantage sur le couvert le plus récent. Clint commence juste à ne plus regarder partout autour de lui pendant les repas. Il arrive seulement à se dire que rien de mauvais ne va lui arriver. C'est tellement injuste. Un gamin de son âge ne devrait pas être aussi inquiet et conscient de son environnement. Le petit blond, assis à table, à côté de Tony et tout près de Edwin, détonne encore dans le décor de la cuisine. Moins, ceci dit, et c'est déjà une petite victoire. Victoire qu'elle ne sait apprécier à sa juste valeur. Ça ne devrait pas en être une. De sa fourchette, Clinton balade ses pommes de terre et sa viande dans son assiette. La nourriture voyage toujours trop dès lors où elle est dans celle de Clint.
« Clint ? » Elle l'appelle. « Tout va bien ? »
Il hoche la tête. Tony regarde son voisin et sourit.
« Tu peux laisser si t'as plus faim. »
Le jeune archer la regarde, gêné et coupable en même temps. La nourriture ne se gaspille pas. Il faut finir son assiette. Monsieur Jarvis a déjà fait attention à ne pas trop le servir au départ donc il n'a pas d'excuse. Clint sait que ce n'est pas vrai et a tort de penser comme ça. Il sait, au fond, vraiment au fond, qu'ici est un endroit sûr et sécurisé. Les repas ne manquent jamais. Ils n'ont pas encore manqué. Ça ne veut rien dire pour l'avenir. Carson aussi c'était bien au début. Au début. C'est faux. Carson ça n'a jamais été bien. Carson ça a toujours été horrible. Ça a juste empiré avec le temps. Les coups, au début, il n'y en avait pas. C'est après que c'est venu. Ça peut être pareil ici.
Le problème c'est que les Jarvis ont l'air si gentils. Et les Stark aussi, même si ils font un petit peu plus peur.
« Ne te force pas. » Lui dit Edwin à son tour. « Le but n'est pas que tu sois malade pendant la nuit. »
Clint le regarde avec attention, cherchant un soupçon de mensonge ou de fourberie. Il n'en trouve rien. C'est drôle de voir comme Clint est toujours plus disposé à le regarder lui plutôt qu'Ana ou Maria. Seuls Howard et Tony ont su sortir du lot. C'est étrange de constater que, après tout ce qu'il a vécu, les premiers adultes auxquels Clint ose faire confiance sont Howard et Edwin au lieu de Ana ou Maria. Hawkeye essaie de sourire. Il est si maladroit que c'est attachant (Tony marmonne d'ailleurs généralement que c'est de la triche parce que lui peut pas rivaliser avec ça).
« Oh... »
Tony se tortille sur sa chaise. Les deux adolescents, aussi bonne soit leur entente, ne se connaissent pas encore sur le bout des doigts. Il y a beaucoup de choses, chez l'un comme chez l'autre, qui sont encore inconnues aux yeux de leur vis-à-vis. Il échappe donc à Clint que Tony a quelque chose d'apparemment important à dire aux Jarvis.
Apparemment. Parce qu'on ne sait jamais. Avec Tony un « j'ai plus de boulons et mon fer à souder est cassé » est au même niveau d'importance que « Edwin, y a le feu à mon lit ».
Quand ils voient le pouce de Clint commencer à gratter l'intérieur du coude de son bras opposé, Ana et Edwin se regardent et se mettent silencieusement d'accord.
« Tu viens, mon cœur ? » Lui murmure Ana, à l'oreille. Le plus petit sursaute sur sa chaise et tique d'inconfort. Clint se tourne vers elle et serre sa fourchette plus fort. C'est un piège ou... ? Oui. C'est forcément un piège. Où pourraient-ils aller ? « On va tirer un peu ? Tu veux ? »
Il la regarde, les yeux pétillant d'envie. Ses yeux pétillent toujours lorsqu'il est question de tir à l'arc. Il ne peut plus en faire aussi souvent qu'avant. Les Jarvis préfèrent qu'un adulte soit présent quand il l'utilise, pour « superviser » soi-disant, bien qu'ils n'y connaissent rien. Daniel, lorsque Edwin leur a parlé, à Peggy et lui, de Clint et son arc s'est inquiété des souvenirs qui pourraient remonter. Le tir n'ayant, de ce qu'il entend, jamais été associé à des moments joyeux. Tout va bien pour l'instant. Edwin comme Ana touchent du bois et croisent les doigts pour que ça continue comme ça. Le petit Barton, ses problèmes vis-à-vis de son assiette encore bien remplie aux oubliettes, descend de sa chaise et accepte de la suivre. Il est plus à l'aise avec Edwin mais ne contredira personne.
Surtout si c'est pour aller tirer dans le parc !
« Tony ? » L'invite presque tout de suite après celui qui reste.
Tony grimace à son tour et gesticule, mal à l'aise.
« Tony ? Qu'est-ce que tu sais et hésite à me dire ? »
Jarvis sourit, encourageant, au fils unique des Stark. Anthony ne doit pas hésiter à lui parler. Il ne comprend d'ailleurs pas que Tony puisse hésiter à lui parler. Toutes craintes qu'il peut avoir sont infondées (du moins... Edwin l'espère). Depuis le temps qu'il s'occupe de lui, Edwin ne pensait pas que l'enfant puisse un jour hésiter à dire quelque chose. Il se souvient encore un peu trop bien du jour où Tony a expliqué par A+B à Hope Pym qu'elle ne lui arrivait pas à la cheville et devrait se sentir honorée qu'il daigne perdre de son temps pour lui dire tout ça (Jarvis se souvient aussi de la tête de Hank et Howard tout le reste de la soirée et du froid glacial qui s'en était suivi).
La moitié des occupants initiaux de la table sont maintenant absents. Clint est loin et il n'y a aucune chance qu'il puisse savoir ce qui sera dit dans la cuisine. Tony, pourtant, s'obstine à garder le silence malgré son envie de parler. C'est comme s'il avait peur que tout ce qu'il puisse dire soit retenu contre Clint plus tard. Tony est plus discret et moins capricieux depuis l'arrivée de son nouveau compère au manoir. Il n'est plus tout seul et s'est trouvé une nouvelle mission : protéger Clint envers et contre tout, y compris de dangers imaginaires. Maria aime ce changement. Elle culpabilise moins de laisser si souvent son fils derrière, pas vraiment seul mais toujours un peu. Elle aime d'autant plus ça que son mari se montre aussi plus présent pour Tony, qu'il se rapproche peu à peu de leur enfant, grâce au petit blondinet.
Une seule présence peut changer tellement de choses !
« Clint va... y va pas avoir d'ennuis, hein ? Peu importe ce que je dis, on le garde et tout ? »
« Oui, Tony. » Sourit Jarvis. « Clint reste à la maison. Que veux-tu me dire ? »
« Clint se prend pour un écureuil. »
Le majordome fronce les sourcils. Il a l'impression que ce qu'il entend devrait être facile, qu'une fois qu'il connaîtra le sens derrière ces mots il se traitera d'idiot pour ne pas y être arrivé seul, mais pourtant non... ce n'est pas clair.
« Il... il fait des réserves. » S'explique Tony. « Mais il est plus efficace que les vrais écureuils parce qu'il oublie pas où sont ses cachettes, tu vois ? Et que si il oubliait on se retrouverait pas avec pleins de petits chênes et tout partout parce qu'il plante pas des glands. Il plante rien, il planque juste. Je pense pas qu'il plante. Clint a pas l'air du genre jardinier et... »
« Tony... »
Tony lève les yeux vers lui, fronce les sourcils et finit par sourire. « Focus ? »
« Focus, oui. »
À son tour, à croire qu'il était écrit que ce repas serait un fiasco d'un bout à l'autre, Edwin pose couteau et fourchette dans son assiette puis la repousse dans un soupir las. Il était le dernier à encore avoir une chance de pouvoir la finir. C'est fini, maintenant. Son appétit est parti aussi vite que Tony a dévié de son sujet initial. Une question le taraude. Plusieurs questions le taraudent, pour être honnête. Comment Tony a su pour les cachettes de nourriture de Clint ? Comment Ana et lui ont-ils pu ne rien soupçonner ? Quels idiots ils ont été ! Avec un gamin tel que Clint, c'était presque obligé qu'il penserait à sauver de la nourriture pour les mauvais jours.
« Tu pourrais me les montrer ? »
« Je les connais pas toutes. » Admet Tony d'un haussement d'épaules. « J'pense pas que je les connais toutes. »
« Je verrais directement avec lui, alors. » Edwin lui sourit. « Merci de m'en avoir parlé, Tony. C'était important que je le sache. C'est important pour Clint. »
« Il est vraiment foutu, hein ? » Le nez froncé, l'enfant pose la question alors qu'il en connaît la réponse.
« Oui. » Souffle l'adulte. « Mais tu te souviens quand tu m'as dit que Clint était un grille-pain et que tout se répare ? Avec du temps... on peut l'aider. »
Tony déglutit et hoche la tête. Il n'aime pas ça. Ne pas comprendre tout ce qui se passe dans la tête de Hawkeye. Ne pas savoir comment aider à le réparer. Non, il n'aime pas ça. Il se sent inutilement inutile (ce qui pourrait bien être le but de se sentir inutile).
« Fin, parfois, le grille-pain est vraiment trop cassé pour être réparé. »
« Ne pensons pas à ça. »
ooo ooo ooo
Après avoir tiré une petite vingtaine de minutes, Clint revient plus détendu. Il redonne son vieil arc du cirque et ses nouvelles flèches à Ana sans qu'elle ait à lui demander, contrairement aux premières fois. La paire d'yeux bleus la suit néanmoins jusqu'à ce que son outil soit rangé et hors de vue. L'enfant a l'air nettement plus détendu qu'à table, devant cette assiette pleine dont il n'arrive pas à venir à bout. Clint a remarqué qu'elles sont moins remplies que les premiers jours mais il n'y arrive quand même toujours pas. Plus détendu aussi que quand il était dans la salle à manger, à « bricoler » avec Tony. Heureusement qu'il a encore son arc. Il en a besoin pour évacuer son surplus d'émotion et recouvrer un soupçon de calme.
Le petit Hawkeye est envoyé dans sa chambre, à l'étage, pour faire les exercices que lui a donnés son professeur. Tony est encore en bas, toujours en train d'envahir la pièce à vivre principale de ses outils, écrous et vis. Ils devront vite aller chercher Clint pour qu'il ne se sente pas mis à l'écart.
Edwin a tôt fait d'expliquer à son épouse ce que Tony lui a appris. Elle ferme les yeux et pousse un long soupir navré. Elle se pince l'arête du nez et secoue la tête.
« On doit lui dire quelque chose. » Ana souffle du bout des lèvres.
« Je sais. » On soupire, défaitiste. « Faut savoir comment. On va le braquer et lui faire peur si on ne s'y prend pas comme il faut. Et on sait comment il réagit lorsqu'il a peur. »
« Je sais... »
Ana voit son mari dans un piteux état. La tête basse et les poings serrés, il culpabilise d'avoir eu besoin de Tony pour se rendre compte de ce qui se passe avec leur petit Clint. Il a peur aussi de ne pas lui dire ce qu'il faut et lui provoquer une crise d'angoisse supplémentaire, dans le meilleur des cas. Ils sont trois à être trop conscient que rien ne peut leur garantir que Clint n'essaiera pas de s'enfuir d'ici si il sent le vent tourner. Howard et Tony semblent magnifiquement aveugle de ce fait. Ana s'approche de Edwin et le prend dans ses bras. Contrit, il sourit.
« Je vais le chercher... » Décide-t-il finalement, quittant à contrecœur l'étreinte. « Tu peux lui préparer un chocolat chaud, s'il-te-plaît ? »
« A moi aussi ! » Crie Tony depuis son atelier.
« Et qu'est-ce qu'on dit ? » Réprimande Edwin. Qu'il est difficile de s'occuper à la fois de Clint et Tony, dont les besoins et les attentes sont pratiquement opposés.
« Avec de la chantilly. » S'amuse l'enfant. Les yeux rivés sur le majordome, il l'observe. Il regarde ses mimiques, ses yeux qui roulent dans leurs orbites, sa bouche qui forme plus qu'une fine ligne et qui essaie de masquer un sourire amusé. L'impatience aussi, on dirait, pressé de monter chercher Clint malgré ses doutes.
« Le mot magique... » Soupire Jarvis, que trop conscient que Tony s'amuse de lui.
« Abracadabra. »
« Tony... »
« S'il-te-plaît Ana, la meilleure du monde. »
« Pas besoin d'en faire trop, non plus. »
Sur ces derniers mots ajoutés d'un ton défaitiste, Edwin monte. Il s'arrête devant la porte entrouverte de la chambre du jeune archer. Après avoir frappé trois coups, pour annoncer son arrivée, il entre. Jarvis trouve l'enfant assis devant son bureau, les jambes se balançant dans le vide. Parfois, Clint pose ses pieds sur un tiroir ouvert, ou s'installe en tailleur sur son siège, ou se trouve sur son bureau, les pieds sur le fauteuil et ses affaires sur ses genoux, ou encore, en des occasions de plus en plus ponctuelles, sous le meuble. Pas aujourd'hui, on dirait. Aujourd'hui, Clint est affalé sur le bureau. Un bras tendu sur son livre de cours, la tête posée à-même les pages, le blondinet fait taper le bout de son stylo sur le cahier grand ouvert en face de lui. Edwin arrive derrière lui. Il n'essaie pas d'être discret, au contraire. Il toussote même une fois avant de l'appeler.
« Clinton ? »
Clint sursaute quand même puis le regarde penaud. « J'ai essayé. Promis. Mais je... je comprends pas. »
« Tu peux venir nous demander de l'aide dès que tu as du mal. » Lui rappelle Edwin.
« Vous avez dit d'aller en haut pour travailler. Je savais pas si j'avais le droit de... de descendre. »
« Tu avais le droit, Clint. Tu as toujours le droit de sortir de ta chambre, sauf si nous te disons clairement que tu ne peux pas. D'accord ? »
Clint dodeline la tête. D'accord, oui. Il va essayer de ne pas oublier et d'y croire.
« Tu descends avec moi ? Il y a quelque chose dont Ana et moi voudrions te parler. » L'air détendu du petit se fait la belle. Son regard se fait aussitôt paniqué. Mauvais signe. C'est mauvais signe. C'est très mauvais signe. Très très mauvais. « Rien de grave, mon grand, je te promets. » Clint ouvre la bouche, prêt à dire quelque chose, mais s'abstient (s'il est déjà en fâcheuse posture, autant ne pas l'envenimer plus encore). Edwin ferme le livre d'exercices et le cahier et les garde en main. « Après on regardera tes exercices tous les deux, si tu veux. »
« Je vais pas devoir retourner au foyer ? »
« Non. Sauf si tu ne veux pas rester ici. »
« Si ! Je... j'aime bien être ici. J'aim-j'aime bien. » L'aveu est qu'un murmure.
Edwin initie le mouvement et Clint le suit, l'angoisse lui tordant le ventre et ses ongles s'enfonçant dans sa peau. Malgré l'assurance de monsieur Jarvis qu'il ne va pas devoir partir... il n'oublie pas que les promesses n'ont pas toujours beaucoup de valeur. Juste celle qu'on leur accorde, et il ne leur en donne pas beaucoup. Elles ont trop souvent été brisées. Il s'en souvient. Papa et Jacques les premiers, Buck et Barney... on a toujours dit qu'il était stupide mais il se souvient de ça !
« Est-ce que tu voudrais bien nous montrer toutes tes cachettes, mon grand ? »
« Le mot magique... » Grommelle Tony, dans son coin. Personne l'écoute.
Le visage de Clint se décompose. Ce n'est pas la panique qui prend le dessus, cette fois, mais la résignation. Les yeux tournés vers les adultes, l'enfant éteint ses aides et, prudemment, les retire pour aller les poser sur le bord du bahut. Ana le regarde tristement s'exécuter. Edwin se détourne de la scène, les larmes aux yeux. Ils veulent aller prendre ce petit cœur dans les bras, le serrer pour ne plus jamais le laisser partir. Le protéger de ce monde sans pitié qui l'a déjà que trop fait souffrir. Ils ne peuvent pas. Clint refuse les étreintes lorsqu'il n'est pas dans un état de détresse avancé. Aussi mal soit-il, ce n'est pas encore à ce point pour l'instant.
Tony, son mug de chocolat (et de chantilly) dans les mains, approche.
« Clint ? » Chuchote Jarvis, qui se baisse à son niveau. « On ne va rien te faire. Pas aujourd'hui, pas un autre jour, jamais. On ne te frappera jamais. Je te le promets. »
Le forain pince les lèvres. Son regard se fait d'un coup beaucoup plus dur. Le gamin du cirque est là. L'enfant, un peu trop petit pour son âge, qui ose défier les grands. La meilleure défense c'est l'attaque, mais ce n'est pas sans faille.
« Vous avez toujours menti. »
« Quand ? »
« P-pas vous mais... les gens. Les autres gens ils ont toujours menti. »
Ana se détourne et expire lentement. C'est trop. Si Edwin angoissait d'anticipation, il semble mieux le gérer maintenant qu'il est lancé... elle c'est l'inverse. Elle regarde Tony qui la fixe, elle, plutôt que Edwin ou Clint, la tête penchée sur le côté et des moustaches de chocolat autour de la bouche. Elle doit faire quelque chose pour se sentir moins inutile. Madame Jarvis s'approche de la table, saisit le mug posé sur les dessous de verre installés par Tony quand il a décidé qu'aujourd'hui c'était au rez-de-chaussée qu'il voulait rester, et va l'amener au petit archer. Hawkeye la regarde, sourit d'un côté pour la remercier, n'y touche pas. C'est encore trop chaud. Il n'est pas fan des boissons trop chaudes, sauf en pleine nuit lorsqu'il est encore à trois quart endormi et ne se souvient pas que « fumée au-dessus de la tasse = chaud, chaud, chaud ».
« Clint ? Si tu as faim, tu n'as qu'à venir nous chercher pour nous le dire. Ou le dire à Tony si tu n'oses pas venir vers nous. »
S'appuyer autant sur Tony n'est pas un bon plan sur le long terme. Ni sur le moyen terme, s'il voulait être tout à fait honnête. À court terme, c'est pourtant le seul qui s'offre à eux et fait l'affaire. Anthony est le seul à avoir la totale (ou presque totale... toujours plus qu'eux, en tout cas) confiance de Clint. Monsieur Stark se positionne étonnamment bien, lui aussi, c'est vrai, mais comme l'a fait remarquer Peggy, Howard est à peine un adulte. Et a perdu quelques précieux points de sympathie suite à la rencontre avec Obadiah Stane.
Heureusement pour eux, Tony adore Clint.
« Même en dehors des repas ? »
« Tu n'as pas besoin de nous dire que tu as faim lorsque nous sommes tous à table. »
Clint secoue la tête. Pas faux.
« Mais les courses... »
« Ne pense pas à ça. Ce n'est pas ton problème, ni celui de Tony. » Edwin s'empresse d'ajouter, préférant prendre les devants et ne pas entendre la réflexion du plus jeune Stark. « La faim c'est fini. Je t'assure que tu ne seras jamais frappé et jamais non plus privé de nourriture. De dessert, peut-être. De sortie, peut-être, quand tu seras plus grand et si tu veux encore être avec nous mais jamais, jamais, peu importe les bêtises que tu pourras faire tout seul ou avec l'aide de Tony... jamais on te privera de nourriture. Tu auras toujours quelque chose dans ton assiette et le ventre rempli. »
Clint serre les lèvres. Les sourcils froncés, Edwin voit presque ses neurones surchauffer à la recherche de l'embrouille. « Et envoyé au lit sans manger à cause d'une bêtise. »
« Non. Jamais. » Intervient à son tour Ana. À son niveau, une main posée sur son épaule, elle sourit lorsque Clint prend une gorgée de sa boisson, à présent plus tiède qu'autre chose, et en garde lui aussi de petites moustaches. « Est-ce que tu serais rassuré si on laissait une boîte de biscuits dans le tiroir de ton bureau ? Comme ça, quand tu as faim, tu es sûr d'avoir quelque chose. Et si jamais elle est vide, ou si la date est passée... »
« C'est pas grave, ça. » S'empresse de rassurer Clint, en la regardant les yeux ronds. « C'est... »
« Si jamais elle est vide ou la date passée... » Reprend-elle avec un doux sourire. « On la remplace et c'est tout. Aussi simple que ça. Tu te sentirais mieux si on faisait comme ça. »
« Clint ? » Jarvis l'appelle. Il attend de voir le regard perçant planté sur ses lèvres pour continuer. « On veut vraiment que tu restes avec nous. Ici. Et pour longtemps, si tu veux bien. »
Ils comptaient lui en parler un peu plus tard. Beaucoup plus tard ? Dans ces eaux-là, en tous cas. Ana et lui pensaient attendre encore avant de parler de ça avec Clint, et ne s'imaginaient pas que Tony serait derrière eux, en train de les écouter avec plus d'attention qu'il en a lorsqu'il regarde un film.
« Tu n'as pas besoin de dire quoi que ce soit maintenant. On... On veut juste que tu sois au courant qu'on aimerait que tu vives longtemps avec nous. »
« Longtemps ? »
« Longtemps pour toujours ? »
Le plus jeune perd ses couleurs quand, derrière, ils entendent presque Tony applaudir.
« Clint ? »
Il secoue la tête. « Non. N-non. » Il recule d'un pas. De deux pas. D'un troisième pour être sûr. « F-v-vous pouvez... pour... quoi ? »
La petite tête blonde file reposer son mug encore pratiquement plein. Il s'essuie ensuite les yeux d'un revers de manche aussi agacé qu'à l'accoutumée et fait demi-tour en courant. Les Jarvis, qui s'étaient tous les deux baissés pour être au même niveau que le troisième, se remettent debout, défaits. Ils... ne s'attendaient pas à cette réaction. Ils ne savent pas à quoi ils s'attendaient mais ce n'était pas ça. Ils se tournent vers Tony, que Clint vient de dépasser. Le jeune Stark, sa tasse vide (elle !) pendouille au bout de l'index de sa main gauche, les regarde.
« Ça... aurait pu être pire. »
Edwin souffle et ses épaules s'affaissent.
« Merci, Tony. »
« Vous m'auriez demandé j'aurais pu dire qu'il allait flipper sa race à l'idée que vous vouliez l'adopter. »
« Langage, Tony. » Reprend, par pur réflexe, Jarvis.
« Mais vous voulez vraiment l'adopter ? Genre... ça serait Clinton Jarvis et tout le bazar ou c'est une façon de parler, un truc « d'adulte et tu comprendras quand tu seras grand, Tony » ? » L'enthousiasme de Tony est rafraîchissant après la réaction catastrophique de Clint. Le majordome confirme d'un signe de tête. « Cooooool. Je peux finir son choco ? Y va plus le finir, maintenant. Si ? »
ooo ooo ooo
Debout entre Ana et son père, Tony écoute attentivement les explications de leur guide, ce qui n'était pas le cas il y a encore dix minutes de ça. Il y a dix minutes, Tony avait le nez en l'air et calculait le nombre de dalles présentes au plafond puis essayait de déterminer leur nombre total dans le musée, considérant qu'il n'avait aucune idée du nombre de salles et de si elles ont la même superficie (mais il est parti du principe que oui). Un petit coup de coude de la part de son père l'a rappelé à l'ordre et il a recommencé à faire semblant que la période je m'en fous du peintre j'en ai rien à carrer est ce qui l'intéresse le plus au monde (spoiler alert : nope).
Moins intéressé, et moins bon comédien que son comparse, Clint s'éloigne de quelques pas pour regarder les autres tableaux devant lesquels leur guide est passé sans regarder. Ses ongles qui grattent énergiquement sa peau n'indiquent pas nécessairement qu'il a un soucis et se sent mal à l'aise. Ça occupe surtout ses mains, ses doigts et son esprit. De temps en temps, il frotte son oreille contre son épaule. Les aides font un petit peu mal et le dérangent. Mais ce sont celles que monsieur Stark a essayé de faire juste pour lui et il doit en être reconnaissant... donc il se tait et est reconnaissant.
Clint fait un bond, apeuré, lorsqu'une main se pose sur son épaule de manière inattendue. Il écarquille les yeux à la vue du gardien qui l'a stoppé net dans son observation. Il n'a rien fait de mal ! Si ? Non... ou en fait si ? Certainement que si, sauf qu'il ne sait pas quoi parce qu'il est trop bête pour le savoir. L'enfant ouvre la bouche et ne dit rien. Trop bête. Beaucoup trop bête. Il ne doit pas parler ou ça sera encore pire. Ou on va se moquer.
« Alors, petit ? » L'adulte attend un peu. « T'as entendu ce que j'ai demandé ? »
On lui a posé une question ? Le gardien lui a posé une question ? Tout à sa panique, Clint n'a pas fait attention qu'on lui parlait. Il respire de plus en plus vite. Il panique de plus en plus fort. Monsieur Jarvis et madame Ana ne vont pas vouloir le garder, quand ils vont s'apercevoir qu'il s'attire des ennuis partout où il va. Il va être renvoyé au foyer. Tout seul. Sans Barney et sans Tony et sans personne.
Sans Barney.
Il l'a abandonné, Barney. Il mérite d'être tout seul. Quel genre de petit frère abandonne son frère comme ça ? Un monstre. Et un monstre très très stupide.
« Clint ! » Appelle-t-on de derrière. Jarvis et Stark arrivent en vitesse, Edwin en tête du cortège. Le plus âgé, et le plus concerné, se précipite vers celui qu'il vient d'appeler et étreint le petit blond sans y penser. Un oubli, le temps d'un fugace instant, que l'enfant craint les contacts inopportuns.
« Par-r-don. »
« Ce n'est rien, mon grand. Ce n'est rien. » Il souffle tout près de son oreille, une main dans ses cheveux. « C'est rien. »
Le jeune archer sait que ce n'est pas vrai. Il sait que ce n'est pas rien, ce qui vient de se passer. Et puis, il sait qu'il n'est pas grand, bien au contraire. Tony est plus grand que lui et Tony est petit pour son âge. Lui est plus vieux que Tony. Il est plus vieux et ça devrait être lui qui le protège et le rassure. Il est tellement nul. Pas étonnant que monsieur et madame Jarvis ne voudront plus de lui.
« Ne t'éloigne pas comme ça, Clint, s'il-te-plaît. On ne veut pas te perdre. » Hawkeye le regarde avec deux grands yeux perdus, sa tête s'enfonce dans ses épaules. Edwin déglutit. « Je... je ne vais pas te frapper. »
L'agent, toujours à proximité tant qu'il n'a pas le fin mot de l'histoire, et méfiant à cause de la réaction du gamin, s'approche de nouveau et rappelle sa présence au groupe d'un toussotement absolument pas gêné. Il s'adresse à Clint, après un regard méprisant et rempli de jugement adressé à Jarvis.
« Tu veux venir avec moi, Clint ? On va prévenir quelqu'un de ce qui se passe. »
Edwin, pas resté aveugle au regard lancé sur lui, se soulage. Il se désole aussi que Clint ne soit jamais tombé sur quelqu'un comme ça, de bien intentionné, avant d'arriver avec eux. Clint s'enfonce dans l'étreinte de monsieur Jarvis.
« VeuX pas parti'. S'il-s'il-vous-plaît. » Il souffle, tout bas. « Je... veux pas parti'. »
Le deuxième jeune du groupe a un sourire qui monte, qui monte, qui va jusqu'à ses oreilles. Ana et Howard se lancent un regard en coin et, si leur plaisir est moins flagrant et explosif, n'en est pas moins réel et présent. L'agent se méprend cependant encore et contacte un collègue en renfort. À l'entente du grésillement et des voix indistinctes qui sortent du talkie-walkie, Clint panique encore plus.
« Reter 'vec vous. 'sieu' J' ? »
Jarvis a mal d'entendre Clinton avoir encore tellement de mal à parler et communiquer avec les autres lorsqu'il est inquiet et que ses émotions prennent le dessus. Il le serre dans ses bras un peu plus fort et lui baise la tempe. Il attend le moment où Tony ou Howard essaieront de s'en mêler eux aussi.
« Tu vas rester avec nous, mon grand. Personne ne te fera partir de force. On t'aime tous. On t'aime tous beaucoup trop. »
« Vous m'aim-ez ? »
« Bien sûr. Et beaucoup. » Jarvis le serre fort, fort, si fort, et sent le corps qui tremble dans ses bras et qui essaie de se rapprocher encore. « Tu es mon fils, Clint... si tu veux bien. »
« Pa' disait que j'étais pas son fils. »
« Il ne méritait pas un petit garçon aussi formidable. »
Clint sourit. « T'aime aussi. »
Tony recule. D'un pas d'abord, de plusieurs ensuite. Il s'approche d'abord spontanément d'Ana, toute proche, pour ne pas rester seul puis essaie plutôt avec son père. Abasourdi par la démarche, Howard passe un bras autour des épaules de son fils qui le regarde avec surprise. Il sourit au plus jeune qui lui répond de la même manière, ravi mais le regard quand même toujours attiré par Edwin et Clint. Jarvis a la gorge nouée, les mots qui manquent et les yeux qui brillent. Il retient des larmes de joie, Clint dans les bras, une main toujours derrière la petite tête blonde posée contre lui. Le majordome continue à le serrer, et plus fort encore quand les bras du plus jeune se ferment autour de lui dans une maigre tentative de réconfort.
« 'solé. » S'excuse Clint, d'un sourire tordu par la maladresse. « Je voulais pas dire mal. »
« Non. Tu... tu n'as rien dit de mal. » Souffle quant à lui Edwin. « Rien du tout. »
Discrètement, Howard invite, d'un signe de tête Tony, à s'éloigner des trois autres. Ils peuvent poursuivre la visite par leurs propres moyens (ou avec le guide s'ils le chapardent aux Jarvis) et les laisser savourer ce moment.
« Mon dieu... si tu savais comme je t'aime, mon grand. »
Hawkeye, le nez niché dans le cou d'Edwin, ferme les yeux et sourit d'aise. Il respire mieux. Il n'a pas dit quelque chose de totalement bête, on dirait.
Crazy Little Ting Called Love - - - Queen
Fin du douzième chapitre.
Dans le prochain chapitre, de nouveaux personnages arrivent (et reviendront plus d'une fois, évidemment). Des pronostics? Des envies / attentes particulières?
Si vous avez la moindre question, la moindre remarque, le moindre truc, quoi, n'hésitez surtout, surtout pas ! Toutes les remarques sont bonnes à prendre, après tout :)! Surtout que je me sens (et suis) encore nouvelle sur le fandom Marvel !
J'ai une page facebook ... que je reprend petit à petit. J'ai aussi fait une playlist sur spotify (du nom de la fic) avec les titres des chapitres... et celui des deux-trois suivants.
Skayt
PS. Je pense de plus en plus à privilégier mon compte sur AO3 donc, à terme, il n'est pas impossible que les chapitres arrivent plus rapidement là-bas qu'ici ;)
PPS. (parce que j'aime les post-scriptum alors que, techniquement, sur un ordinateur et un traitement de texte ils n'ont plus de raison d'être) Si ce chapitre contient des trucs à la schtroumpf (des "voiture" au lieu de "car" et autres pas-joyeusetés) n'hésitez surtout pas à me le dire et je repartirais en combat contre FF (et si c'est vraiment trop récurrent, voir le premier PS)
