Bonjour bonjour,

Voici finalement le chapitre 14. Bien que terminé et corrigé depuis quelques semaines, j'avais tenté de prendre de l'avance dans l'écriture histoire d'instaurer un véritable rythme dans la publication (puis j'ai commencé My Hero Academia et cette décision a été envoyé vers d'autres cieux telle la Team Rocket)

Il y a, du coup, un risque de spoilers; notamment sur les films et les séries Marvel ! Pas actuellement, à part peut-être quelques menues références à la série Marvel - Agent Carter mais bon...

Un grand merci à LiliEhlm qui corrige ce chapitre, telle la Lili-ninja qu'elle ne prétend pas être (mais elle est quand même); et à chocobi6 de moi laisser parler toute seule quand j'ai mes doutes à la schtroumpf et mes lubies à encore plus schtroumpfantes et schtroumpfées


Evidemment, tout ça n'est pas à moi. L'univers et les personnages ne m'appartiennent pas (et croyez-moi: j'en pleure tous les soirs)


Chapitre 14 - One More Light

Décembre 1984

« Les garçons ! On ne court pas dans la maison ! » Crie Edwin aux deux fusées qui cavalcadent joyeusement dans les escaliers. Il les connaît. Il ne peut pas ne pas s'en faire justement pour cette raison. Clint, malgré les numéros d'équilibriste auxquels il participait lors de son temps à Carson, est un véritable désastre ambulant. Il commence toujours bien et finit par se prendre les pieds dans une chaise ou une racine lorsque ce n'est pas dans son propre pantalon ou rien du tout. Tony ? OK. Tony est supposé être moins catastrophique. Supposé. Jarvis ne sait pas trop pour lui mais s'en fait quand même. Clint est l'une des premières personnes avec qui Anthony daigne jouer et à qui il s'intéresse. Qui sait quelles autres surprises cela pourrait révéler ?

« On court pas dans la maison. » Répond Tony, qui passe sa tête dans le salon et lui sourit. « On marche vite. »

« Tony... vous ne courez pas à l'intérieur. Si vous voulez courir, c'est dans le parc. »

On grimace. « On peut pas. »

Jarvis hausse un sourcil. « Ah tiens... c'est nouveau, ça ? »

« Non. » Tony a encore le culot de lui répondre. « Clint aura froid, et moi aussi, si on va dehors. » Il lève son index comme pour interrompre son interlocuteur. « Même si on court, on aura froid, hein. »

« Alors je pense que vous devrez vous contenter de marcher à l'intérieur. » Déplore faussement le majordome.

Anthony grimace encore une fois. « Mais on peut paaaaaaaas. »

La petite tête blonde, celle qui manquait encore à l'appel jusqu'à maintenant, apparaît sous le bras de Tony. Le jeune Stark baisse les yeux un instant, curieux, avant de hausser les épaules et d'accepter que Clint apparaisse comme ça. S'il y a un avantage certain à s'occuper d'un Stark, c'est que ces derniers acceptent facilement à peu près n'importe quoi. Il n'y a pas grand chose en ce monde en mesure de les chambouler. Clint regarde nerveusement vers monsieur Jarvis. Il espère qu'ils ne vont pas avoir de problèmes. Il déglutit. Son inquiétude prend de l'ampleur. Papa n'aimait pas que Barney et lui courent dans la maison. Il n'y a pas de raison que ce soit différent ici.

Edwin commence à venir vers eux, dans l'espoir d'endiguer cette angoisse croissante qui n'a pas de raison d'être. Il est à peine à mi-chemin que Tony le devance. Il souffle dans les cheveux blonds qui lui chatouillent le menton. Surpris, Clint fronce les sourcils puis fusille du regard le coupable de ce désordre. Il n'a plus l'air d'avoir aussi peur. Il n'est pas tout seul.

« Tu n'as pas à t'en faire. » Sourit quand même encore Jarvis. « Je demandais juste à Tony de ne pas courir à l'intérieur. »

« Mais je te dis qu'on peut pas juste marcheeeeeeer. » Gémit Tony, tournant la tête et levant les yeux au plafond.

« Et peux-tu m'expliquer pourquoi ? »

« Oui. Je peux. »

« Alors fais-le... » Soupire Jarvis. La demande d'explication était implicite ! « S'il-te-plaît. »

Tony hausse les épaules, un léger sourire au visage, l'air de dire que c'est lui qui l'aura voulu et qu'il ne faudra pas venir se plaindre par la suite. « Cap peut pas marcher quand il va tuer des méchants. Les méchants peuvent être bêtes à manger du foin mais ils vont pas être siii bêtes non plus et ils vont quand même penser à courir. »

« Donc... Clint a besoin de courir pour que tu puises lui courir après ? »

« Mais naaan. » Tony roule des yeux et secoue théâtralement la tête pour extérioriser toute l'exaspération qui est la sienne. Jarvis le fait exprès, ce n'est pas possible de ne pas comprendre comme ça ! « Avec Clint on doit courir car ils courent. »

« Mais qui ça, ils ? »

« Les méchants ! » Le plus jeune hausse les sourcils. Au moins, maintenant il est sûr que Edwin se moque d'eux et fait semblant. « Hydra. »

« Les... » Les épaules du majordome s'affaissent. Hein ?

« Je suis Captain America, parce que je suis le meilleur... » Commence à lentement s'expliquer Tony, tapant sa main droite sur son torse. « Et Clint est son meilleur ami, parce que c'est le mien donc c'est logique, le sergent Bucky. » Il insiste anormalement sur le Y mais le franc sourire qui suit de la part de Clint stoppe Edwin et ses questions. « Donc... donc on court pour éradiquer Hydra qui court pour pas se faire éradiquer. »

« Steve Rogers était blond et le sergent Barnes brun. » Signale, l'air de rien, Jarvis. « Et devrais-je aussi ajouter que le Capitaine était plus petit, au départ, et que... »

« Détaaaaail ! » S'écrit Tony en se bouchant les oreilles et faisant le plus de bruit possible. « C'est un détail. T'as jamais été jeune, Jarvis, ou quoi ? Sois comme... comme... comme Peter Pan ! »

Jarvis sourit. Si on lui avait dit, quelques six mois plus tôt, qu'il verrait un jour (et pas si lointain, en plus de ça) Anthony dans cet état et l'entendrait lui sortir de telles choses, il aurait peiné à y croire et se serait interrogé sur ce qui pouvait provoquer un tel changement. Il aime ce retournement de situation ! « Retournez jouer, soldats. » Les deux font demi-tour en vitesse. « Mais courir c'est dehors ! »

Quelques instants plus tard, et encore c'est en étant large et optimiste, même pas suffisamment pour qu'il puisse retourner vaquer à son occupation première, Edwin entend distinctement (trop distinctement) le jeune monsieur Stark qui peste et ronchonne. Las, il va voir ce qu'ils font, cette fois, puisqu'ils ne courent pas. Il soupçonne une presque casse d'objet plus ou moins précieux et cher aux yeux de Maria et Howard. Mais il y va juste pour être sûr, pour sûr. Pour s'assurer que rien de grave n'est arrivé et que personne n'est blessé. On n'est jamais trop prudent. C'est vraiment par simple acquis de conscience qu'il y va et rien d'autre. S'il y a effectivement eu casse, Tony s'en moquerait comme de l'an quarante, Clint, lui, pourrait s'en faire et culpabiliser. Oui, Jarvis se cherche des excuses, c'est absolument vrai. Peut-il en être blâmé pourtant ?

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Sans surprise, malheureusement et à son grand dam d'ailleurs, un vase est en morceau par terre. Tony, qui est en train de contempler le désastre et rien d'autre, tourne la tête vers Edwin. Il grimace un sourire et lâche un « oopsie » qui fait rouler des yeux le majordome. Clinton, quant à lui, continue de regarder l'épais tapis dans l'entrée et les cinq gros morceaux de terre cuite qui y siègent, pâle comme un linge. Terrorisé par la raclée qui va suivre et qu'ils vont prendre.

« C'est pas lui c'est moi ! » S'exclame tout de go Tony.

« Je sais. »

« Comment tu peux savoir ? » Demande le premier, soupçonneux.

« Je sais tout. »

« Tu savais pas pour les cachettes de Clint. Tu savais pas non plus que papa programmait de le faire venir à la maison quand je lui en ai parlé. Tu savais pas que c'était maman et pas Peggy qui avait tiré dans ta voiture. Tu savais pas que... »

« D'accord, d'accord... » L'arrête Jarvis. « J'ai compris. J'ai compris. Je ne sais pas tout. »

« Donc comment tu sais ? »

o o o

Décembre 1984

Surpris de ne pas avoir été réveillé par Clint et ses cauchemars pendant la nuit, Edwin va pousser, avec d'infinies mais inutiles précautions, la porte de la chambre du petit archer trop silencieux. Ils se sont habitués, Ana et lui, à l'entendre arriver, aux alentours de deux heures du matin, devant leur chambre et hésiter à frapper. Ils se sont habitués à se lever pour le retrouver la lèvre tremblotante et les yeux humides de larmes suite à un cauchemar qui s'apparente davantage à des souvenirs empirés. Les premiers mois, ça n'arrivait jamais. Pas de larme sur le palier et pas de cauchemars qui réveillent le gamin en pleine nuit. Depuis quelques semaines, cependant, c'est comme si Clint commençait à se faire à l'idée que tout ira bien pour lui et à comprendre que tout ce qui n'allait pas avant, tout ce qu'il n'aimait justement pas, n'était pas normal. Cette nuit a été la plus calme depuis longtemps.

Edwin se tend ostensiblement quand il découvre le lit défait (normal) mais vide (pas normal). Il appuie immédiatement sur l'interrupteur pour pouvoir voir dans toute la pièce et l'inspecter si besoin. Clint s'est peut-être caché dans un coin. Ça ne serait pas la première fois. Par acquis de conscience, Jarvis inspecte sous le lit (et n'y trouve rien d'autre qu'une boîte de gâteaux pleine... et pas celle que Ana et lui ont mise dans son bureau) mais aussi le placard. Il regarde autant à l'intérieur, au milieu des vêtements, qu'au-dessus de celui-ci. Clint est un petit singe qui escalade avec brio tout et n'importe quoi. Et pourtant... rien. Pas de trace du gamin. Pile au moment où Edwin commençait à relâcher la pression, à ne plus craindre que le gamin fugue et disparaisse irrémédiablement de la circulation... le gamin fugue et disparaît pour de vrai.

C'est un cauchemar.

Le cœur lourd, Edwin se laisse tomber sur la chaise sur laquelle il était monté pour pouvoir regarder au-dessus de la grande et grosse armoire. Déjà éreinté alors que la journée commence à peine, il pose ses coudes sur ses cuisses et se prend la tête entre les mains. Clint... pourquoi Clint est-il parti, cette fois ? Jarvis pensait que le gamin était bien, ici, avec eux. Il pensait qu'il commençait à s'y faire, à cette nouvelle vie qui s'offre à lui. À cette vie correcte qui se propose à lui au lieu de la survie à laquelle il a seulement eu droit ces onze dernières années.

Pourtant, Clint est parti. Pour la troisième fois de sa courte existence, il s'est dit qu'ailleurs ça serait mieux.

Il s'horrifie un peu plus. Comment est-ce qu'il pourra annoncer ça à Ana ? Et le dire à Tony, qui ne jure plus que par lui ? Monsieur Stark va faire des pieds et des mains pour retrouver Clint. Il va tout mettre en œuvre pour y arriver. Il l'a fait la première fois, quand il ne l'avait même pas encore rencontré, c'est sûr qu'il le fera maintenant qu'il s'y est attaché. Sauf que Clint est parti. Sauf que Clint a jugé qu'il ne voulait plus être ici. Sauf que Clint ne s'est pas senti suffisamment à l'aise et en confiance pour oser leur dire.

Jarvis reste un moment dans la chambre. Il continue de regarder partout. Il cherche un signe, une trace, quelque chose, n'importe quoi qui pourrait expliquer que Clint soit parti. Qui pourrait dire où il est parti, aussi, peut-être, pourquoi pas, avec un peu de chance. Il n'y a rien. Il n'y a aucune trace de Clinton. Résigné, Edwin finit par descendre préparer cafés et petits-déjeuners. C'est sans envie et sans entrain qu'il s'y met... mais il s'y met. Que peut-il faire d'autre ?

Sept heures sonnent enfin mais c'est une éternité qui vient de s'écouler. Howard et Maria entrent ensemble dans la cuisine, tout sourire et de joyeuse humeur. Quand il les voit, Edwin sent qu'il pourrait peut-être recommencer à respirer. Peut-être. Un jour. Pas tout de suite. Il sait qu'il doit leur dire pour Clint, qu'ils sauront mieux gérer que lui la réaction de Tony. Lui est perdu, lui ne sait plus quoi faire, lui ne sait pas quoi faire.

« Que se passe-t-il, Edwin ? » S'inquiète d'emblée Maria, en guise de bonjour.

« Clint est parti. »

Tourner autour du pot trop longtemps serait pure perte de temps. Howard, qui a déjà sa tasse de café en main et en a déjà bu une longue gorgée, avale de travers et évite de justesse d'en recracher une partie sur la table. Il ne faut pas attendre de monsieur Stark qu'il parle et respecte les bases de la vie en société lorsqu'il n'a pas encore eu son café. L'homme d'affaires regarde le majordome, les yeux ronds et incapable d'en croire ses oreilles.

« Il n'aurait pas fait ça. » Il refuse.

« Sa chambre est vide. Et il n'y a plus le sweater de Barney sur son porte-manteau. »

« Non. Vous avez mal cherché. » Refuse de le croire Howard. Sa tasse bien-aimée toujours en main, une goutte glissant lentement mais sûrement tout le long, l'ingénieur quitte en vitesse la cuisine et monte deux à deux les escaliers pour filer examiner la chambre de l'archer lui aussi.

Sur un malentendu...

« J'aurais aimé qu'il soit aussi démonstratif avec Tony... » Soupire, désolée, Maria.

« Ça commence. » Sourit Edwin. Si son sourire n'atteint pas ses oreilles et sa voix manque d'entrain, elle ne lui en tient pas rigueur. Jarvis est navré qu'il ait fallut attendre l'arrivée de Clint pour que la relation entre Anthony et Howard prenne enfin le bon chemin et effondré de la fuite du blondinet. « Ça commence... ça commence tout doucement. » Jarvis repense aux sourires de Tony et ses yeux qui pétillent quand son père tente ses approches. « Tony commence à y croire. »

Installée à sa place habituelle autour de la table de la cuisine, dos au réfrigérateur et face à la fenêtre, elle soupire tristement et ne quitte pas des yeux celui dont l'une des plus grande crainte actuelle vient de se concrétiser. Edwin, appuyé contre le plan de travail, semble hagard. Il regarde partout donc nulle part. Il n'arrive pas à digérer ce qui arrive. À comprendre où ils ont raté.

« EDWIN ! Montez ! Vite ! »

Howard crie depuis le premier étage, juste en haut des escaliers. Plus par habitude qu'autre chose, Jarvis s'exécute. Les fausses urgences des Stark, il les connaît. Il en a douze par jour. On ne sait jamais. Il suffit qu'il n'y aille pas une fois pour que ce soit justement la fois où sa présence aurait été nécessaire. Son patron l'attend au niveau des marches, tout sourire, limite goguenard. Son regard passe des escaliers où se trouve encore Edwin à une porte bien connue au milieu du couloir.

« Je réveille généralement Anthony vers sept heures et demie. » Signale Jarvis.

On roule des yeux. « Je sais. » Howard indique de nouveau la porte d'un coup de tête. « Allez voir. »

« Monsieur, sauf votre respect, je ne pense pas que... »

« Allez voir. » Insiste-t-il, sa voix ne laisse place à aucun refus.

Maria arrive aussi. Moins pressée mais non pas moins curieuse, elle s'interroge aussi sur l'étrange comportement de son époux. Howard a l'habitude d'en faire des tonnes mais pas à ce point, non. Il sait quand il vaut mieux qu'il se tienne à carreau et ce matin fait définitivement partie de ces moments.

Lent et dépourvu de son énergie habituelle, Edwin va pousser la porte qu'on lui désigne avec tant d'impatience. Déjà entrouverte (à cause de Howard, il ne faut pas en douter, c'est généralement de sa faute) Jarvis grimace lorsqu'elle grince un peu sur ses gonds. La lumière du couloir s'infiltre un peu. Elle éclaire symboliquement la pièce, c'est encore trop tôt pour réveiller Tony. Entrer ne va pas changer grand-chose.

Il fait encore sombre quand Jarvis y met finalement un pied. Le majordome ferme les yeux, et morigène une puissance supérieure quelconque (et Tony) lorsqu'il manque trébucher sur le train électrique supposé être rangé il y a trois jours. Jarvis entre un peu plus et finit par froncer les sourcils. Il connaît assez Tony pour savoir que ce n'est pas lui sous les couvertures. Ça prend trop de place sans être assez étalé à la fois. C'est un peu paradoxal mais pas impossible quand Tony est concerné. Curieux, l'espoir commençant à poindre, le majordome approche, un peu plus hardi.

Sa gorge se noue. Ses yeux s'humidifient avant qu'il s'en rende compte. La main droite plaquée devant sa bouche, dans l'espoir d'amoindrir tout bruit qu'il pourrait faire. Il s'en félicite quand il étouffe un sanglot qu'il ne sentait pas venir. Quelque chose se pose sur son épaule et le fait sursauter. C'est une main. Il tourne les yeux et sourit avec maladresse à monsieur Stark qui rayonne.

« Tout va bien, Edwin. Tout va bien, vous avez vu. »

Cachés sous une montagne de couvertures (pas qu'autant soient nécessaires mais Tony est dans sa phase « non j'ai besoin de toutes ces couvertures je suis habitué à avoir tout ça pendant la nuit et sans je peux pas dormir ») deux silhouettes qui préfèrent d'habitude rester seules. L'une, aux cheveux blonds, est recroquevillée dans les bras du deuxième. Le second, justement, a le menton posé sur le haut du crâne de son ami endormi. La bouche entrouverte, Tony ne semble pas dérangé par l'intrusion. Il ouvre néanmoins un œil et zyeute les deux intrus.

« Pa ? Jarv ? » Il marmonne, encore endormi. « S'pass quoi ? »

« Rien de grave, mon grand. » Le rassure son père, la main toujours sur l'épaule qui tressaute encore de Jarvis. Trop d'émotions en trop peu de temps. « Tu peux encore dormir un petit peu. »

« Pourquoi vous êtes là ? »

« Clint n'était pas dans sa chambre ce matin. »

« Bah nan. Y est là. »

« Ce que nous ne savions pas. » Sourit Howard, patient.

« Ah. » Comprend Tony, la tête ailleurs et l'esprit loin. « Maintenant vous savez. »

Le quatrième dort toujours. Inconscient de ce qui se passe à moins d'un mètre. Clint commence à bouger, à s'agiter, mais ne quitte pas les bras de Morphée. À la place, il se rapproche de Tony, attrape un bout de couverture pour la ramener jusqu'à lui et disparaît en-dessous. Le fils Stark se recale correctement, cherche et trouve la meilleure position possible, et recommence à ignorer les adultes qui sont là.

« B'nuit papa. Bonne nuit Jarv. »

o o o

Aux alentours de huit heures quinze, finalement, au lieu des sept et demies habituelles, Tony et Clint font enfin leur apparition dans la cuisine. Les pieds nus sur le carrelage et les cheveux dans tous les sens, le jeune archer a encore de petits yeux fatigués et mal habitués à la lumière qu'il frotte vigoureusement. Tony, enroulé dans un pull, a au moins pris le temps de mettre des pantoufles avant de descendre manger.

« Pourquoi tu nous as pas réveillés comme d'hab ? » Marmonne Tony.

« Je... je me suis dit que vous pourriez apprécier de dormir un petit peu plus longtemps que d'habitude. »

« C'est parce que t'as cru que Clint était parti ? »

Dos aux deux, Edwin préfère ne pas les regarder. L'air sûr de ce qu'il avance de Tony et celui plus affligé de Clint, ce n'est pas quelque chose qu'il peut gérer pour l'instant. Il ne se fait pas confiance. Il est sûr qu'il va se précipiter vers Clint et le serrer. Le serrer si fort que ça en deviendrait trop. Le gosse risquerait de ne pas bien réagir. De ne pas savoir réagir non plus. Alors Edwin préfère serrer le plan de travail si fort que ses jointures en deviennent blanches.

« Qu'est-ce que vous voulez prendre pour petit-déjeuner, ce matin ? »

« Comme d'habitude. » Répond de suite Tony. Il attend un peu. « Et un haussement d'épaules. Ça veut dire quoi un haussement d'épaules ? Et il se mord les lèvres. » Illumination. « Heeeeein ! Il veut pas manger ! Jarv ! Clint veut pas manger ! »

Edwin se retourne en vitesse. Il regarde le petit archer, vraiment pas réveillé, et fronce les sourcils. Il ne fait que ça, ce matin, les froncer et s'inquiéter. Ce que le majordome voit ne doit pas lui plaire ni le rassurer car il court vers les enfants, se prenant un coin de table dans la hanche au passage. Jarvis se baisse en face de Clint et, tout de suite, sans le prévenir, pose une main sur son front. Il n'est pas chaud, c'est au moins ça. En revanche, l'archer fait un pas en arrière pour s'éloigner de la peau froide de monsieur Jarvis.

« Ça va, mon grand ? Tu ne te sens pas bien ? »

Clint secoue mollement la tête de bas en haut. Il ne comprend pas l'intérêt de la question, ni d'où elle sort, mais ça ne coûte rien d'y répondre. Si. Si, il se sent bien. Il ne se sent pas mal, en tout cas. Pendant qu'Edwin acquiesce, sur les rotules à même pas neuf heures, Clint s'approche de nouveau du majordome, comblant la distance qu'il venait pourtant de remettre entre eux. Jarvis est surpris par la démarche. Il le devient d'autant plus quand la tête blonde se pose sur son épaule et que le visage de Clint se niche dans son cou. Machinalement, les bras de Edwin se referment autour de la petite silhouette.

« Qu'est-ce qui t'arrive, hawk ? »

« Je veux pas partir. » Murmure Clint. « J'ai-j'aime bien être ici. »

Aussitôt, plus vif à comprendre qu'Edwin, Tony commence à sourire comme un dingue. Son sourire essaie d'atteindre ses oreilles et ses dents sont bien visibles. Son attention passe de Clint à Jarvis puis de Jarvis à Clint. Il exulte. Jarvis n'est pas en reste non plus, une fois que l'information fait tilt. C'est plus qu'il osait l'espérer. Pas aussi vite, pas aussi sincèrement et surtout pas après sa frayeur passée. Il pensait Clint encore à des lieues de se sentir suffisamment à son aise pour oser s'essayer à un tel aveu. Bon sang ! Il pensait Clint plus prompt à disparaître de la circulation qu'à lui dire ça.

« Je... je suis con-content de le savoir, Clint. »

« Et... et si... je... c'est... c'est sûr ? »

Edwin ne comprend pas. Son regard croise celui de Tony qui hausse les épaules. Il ne sait pas non plus.

« De quoi ? Qu'est-ce qui est sûr ? »

« Vous... vous voulez vraiment que... de moi ? Pour... pour de vrai et pou-pour toujours ? »

La joue écrasée du plus jeune contre son épaule rend la compréhension de la question plus laborieuse qu'elle devrait l'être en réalité mais sens finit par se faire. Jarvis serre un peu plus fort le mini-archer dans ses bras et sourit.

« Oui. Oui, c'est sûr qu'on veut que tu fasses partie de la famille pour de vrai et pour toujours. »

« Et vous... vous allez pas taper ? »

« Jamais, chaton. »

« Pour de vrai ? »

« Pour de vrai aussi, oui. »

Tony s'assied par terre, en tailleur, snobant la chaise à même pas deux pas. Il écoute et regarde la scène comme s'il s'agissait d'un de ses films qu'il aime tant et qu'il regarde en boucle. Les genoux en compote, Edwin finit par soulever Clint du sol pour le porter, ce qui ne devrait pas être aussi facile vu son âge. Jarvis va s'asseoir sur la chaise la plus proche et garde Clinton sur ses genoux.

« Je mérite pas. » Souffle l'enfant, tout bas.

« Comment ? »

« Je mérite pas. »

« Tu ne mérites pas quoi ? »

« Ça. Vous. Tony. Monsieur Howard... je... je mérite pas. »

En dépit de l'aveu inespéré de Clint, qui veut rester, il reste douloureux de savoir qu'il est encore « monsieur Jarvis » alors que monsieur Stark a déjà basculé sur à moitié mieux.

« Et pourquoi tu ne nous mériterais pas ? »

« Parce que je prends de la place. »

« Tu es tout petit. »

« Je fais du bruit. »

« Tony fait exploser des trucs dans sa chambre trois fois par semaine. »

« Hey ! » S'offusque le premier concerné. Il est toujours installé par terre mais s'est tourné pour toujours bien les voir. « Bon, c'est vrai, mais heyyyy quand même ! »

« Et c'est normal. » Continue Jarvis, pas dérangé par l'interruption. « C'est normal. Sauf peut-être les explosions. »

« Parce que je suis bête. »

« Bien sûr que non. Je sais que tu es un petit garçon très intelligent. Tu n'as simplement pas eu la chance de... d'avoir une scolarité normale mais un jour tu verras que tu es intelligent et loin d'être bête. »

Clint fronce les sourcils. « Non. »

Edwin ferme les yeux. C'est dans des moments comme ceux-là qu'il en vient à regretter de ne pas avoir cogné Jacques ou Buck quand il en a eu l'occasion. Qu'il regrette aussi de ne pas pouvoir dire deux mots à l'incapable qui servait de père à Clinton et Charles. Il ne se dit pas que si sa première rencontre avec le gamin s'était faite dans la violence, le petit ne serait peut-être jamais venu vers eux sur le parking.

« Et donc... petit déjeuner ? » L'adulte demande, pour changer le sujet (qui commence à prendre une pente glissante). Clint hausse encore les épaules en guise de réponse. « Clint ? »

« J'ai pas très très faim. »

« Mange un petit peu quand même, s'il-te-plaît. Je n'aimerais pas savoir que l'un d'entre vous n'a rien dans le ventre. »

« Papa mange pas le matin. Il prend que du café. » Signale Tony. En bon Stark qu'il est, il sait quand prendre la parole, y a pas à dire.

Jarvis regarde le second gamin. « Ton père n'est pas un exemple pour tout et certainement pas sur sa façon de s'alimenter. Il n'est pas parfait. »

« Pas comme toi ! »

« Bien essayé. » Sourit Edwin. « Mais je ne ferai pas de pain perdu ce matin. »

« Maiiiis... et si c'est Clint qui en veut ? »

« Tony... laisse Clint en dehors de ça. »

Un petit sourire étire les lèvres du fils Barton qui referme les yeux et s'autorise à se détendre.

Tout ira peut-être réellement bien, tout compte fait.


One More Light - - - Linkin Park


Fin du quatorzième chapitre.

Si vous avez la moindre question, la moindre remarque, le moindre truc, quoi, surtout, surtout pas! Toutes les remarques sont bonnes à prendre, après tout :)! Surtout que je suis sens (et suis et serai) encore nouvelle sur le fandom Marvel!

J'ai une page facebook ... que je recommence à alimenter petit à petit. J'ai aussi fait une playlist sur spotify (à retrouver au nom de la fic) avec les titres des chapitres ... et celui des deux-trois suivants.

Skayt

PS. (parce que j'aime les post-scriptum alors que, techniquement, sur un ordinateur et un traitement de texte ils ont plus de raison d'être) Si ce chapitre contient des trucs à la voiture de "voiture" et d'autres pas-joyeusetés). FF me fait un peu la tronche je pense