Bonjour à tous,

Aujourd'hui, il s'agit d'un chapitre difficile. Blaise et Draco ont testé les limites de leur relation et leur confrontation ne sera pas des plus joyeuses. Au milieu de tout cela, le pauvre Seamus ne sait plus ou se mettre et tout le monde est un peu impuissant. Mais rassurez vous, il reste encore des chapitres!

Bonne lecture,

Letki


Je n'eus pas à attendre bien longtemps malheureusement. J'étais entrain de nouer l'argenterie à mes poignets et à mon cou avec les lacets de mes chaussures et mon catogan quand un coup sur la porte me fit sursauter. J'entendis le bois craquer et l'armoire émit une protestation bruyante. Je me relevais, pris de panique et je cherchais de quoi renforcer le barrage devant la porte. J'avais utilisé presque tout le mobilier de ma chambre. J'ouvris les placards intégrés dans les murs et les vidais entièrement avant de fourrer tout sur le lit pour rajouter du poids. Je bondis en arrière quand un nouveau choc suivit d'un grondement féroce se firent entendre.

Est-ce que Seamus aura l'idée de prévenir le médecin ? Il pourrait alors faire venir une équipe spécialisée qui neutraliserait le loup et je serais sauvé ? Mais après notre dispute ça m'étonnerait que Seamus y ait pensé. Il avait eut l'air trop blessé par mes paroles mais je ne me sentais pas coupable. C'est ce qu'ils étaient, un sang-mêlé et un hybride. Je n'avais fait que dire la vérité alors je ne comprenais pas pourquoi Blaise était si en colère.

Je me retrouvais finalement au milieu de la pièce, les bras ballant. Il n'y avait plus rien que je pouvais déplacer pour l'empêcher de rentrer et je ne voulais pas prendre le risque de libérer l'accès à la fenêtre. Je ne pouvais qu'espérer que la porte tiendrait, les chances qu'on me vienne en aide étaient trop faible. L'armoire bascula vers moi pendant une fraction de seconde avant d'être retenue par le lit et de revenir à sa place initiale. Inquiet, je me jetais sur le lit pour pousser sur l'armoire. Mes bras tremblèrent quand Blaise se jeta de nouveau sur la porte. Je poussais de toutes mes forces, la sueur collant mes cheveux blonds sur mon visage alors que la peur me donnait la force suffisante pour tenir. Cependant, mon visage se peignit d'horreur quand le choc que je sentais jusqu'alors venir de la porte se répercuta contre l'armoire directement. Il avait traversé la porte et il traverserait l'armoire, il n'y avait aucun doute à se faire.

Je sautais hors du lit et je regardais autour de moi avec impuissante. J'allais alors me cacher dans un des placards que j'avais vidé, m'accroupissant sous les étagères avant de fermer la porte. Je plaquais une de mes mains sur ma bouche pour couvrir le son de ma respiration erratique alors que je tenais mon couteau devant moi. Un très faible faisceau de lumière passait dans ma cachette, faisant un reflet sur les fourchettes qui entouraient mon poignet. Dire que j'étais terrifié était un euphémisme. Ça me rappelait cette fameuse nuit en prison où j'avais été enfermé un soir de pleine lune. Là, Blaise allait bien, maintenant il était en colère et Jean avait été très clair à l'époque. Sous la colère, le loup faisait n'importe quoi et cette fois-ci, même avec un lien qui datait, je n'étais pas sûr qu'il m'épargnerait.

Je regardais mes membres se mettre à trembler violemment en entendant le bruit du bois qu'on détruit et les grognements bestiaux du loup. Le bruit de mon cœur dans mes tempes recouvrait celui de ma respiration que je tentais de dissimuler. Je me voyais déjà mordus ou dévoré ici même. Tout un tas de scénario plus sanglant les uns que les autres me passaient par la tête et je serrais un peu plus mes jambes contre moi.

Alors que mon estomac se tordait et se retournait dans mon ventre, tout bruit cessa dans la chambre. La bête était entrée. Je fermais alors les yeux, songeant à ma mère qui aura vu son mari, son fils et sa famille périr avant elle et je m'adossais contre le fond du placard. Je me préparais à souffrir.

J'entendis les griffes du loups grincer contre le parquet et trop vite à mon goût il se retrouva devant ma cachette. Mon cœur s'emballa. Pourquoi n'arrivais-je pas à perdre connaissance dans un moment pareil ? Se serait tellement plus simple.

La porte vola en éclat et je me retrouvai face aux pattes inférieures du loup-garou. Il s'accroupie devant moi et avança sa gueule dégoulinante de bave et pleine de croc devant mon visage. Je ne réfléchis pas plus pour le poignarder. J'aimais bien Blaise, mais pas plus que ma propre vie. Le couteau manqua sa cible et s'enfonça dans ce que je qualifierais être son épaule. Il s'ébroua en poussant un feulement et je lâchais le manche du couteau dans son geste brusque. J'étais désarmé. Je roulais entre ses pattes pour m'échapper mais il abattit sa patte dans mon dos, me coupant le souffle et écrasant mes os sous son poids. J'essayais de me tourner mais comment faire bouger un loup adulte ?

-Tue moi vite, demandais-je alors que je me tordais de douleur sous son poids.

Il fit un pas vers l'avant et dans un craquement sec, les os de ma cage thoracique lâchèrent. Etant dans l'intimité de ma chambre, je m'autorisais à hurler ma douleur alors que je serrais et desserrais mes poings pour me raccrocher à quelque chose. Chaque respiration me faisait l'effet d'une lame chauffée à blanc dans la trachée, j'avais l'impression d'étouffer avec de l'air. Il me retourna d'un coup de pate qui me déchira l'épaule. La griffure du loup transformait-elle ? Pitié non. Je préférais mourir que de devenir un hybride moitié homme moitié chien. Je roulais lamentablement pour finir sur le dos. Ma respiration était hachée et je tentais d'espacer le plus possible chaque inspiration, j'avais si mal.

Le loup s'approcha de moi et s'assit à côté de moi. Il tourna sa tête sur le côté et coinça le manche du couteau entre ses dents avant d'arracher la lame d'un coup sec. Je vis avec fascination le sang couler avant que le saignement ne s'arrête, puis, la plaie commença à se refermer lentement. Pourquoi mes couteaux de cuisine n'étaient-ils pas en argent? Il grogna, se pencha au dessus de moi et sa bave me coula sur la joue si bien que je fus obligé de fermer un œil. Il me reniflait, claquant sa mâchoire au dessus de moi. Puis il sembla se décider et ouvrit sa gueule pour me mordre la jambe. Mon cœur se mit à battre la chamade et je me contorsionnais pour enfouir ma main dans sa gueule. Il mordit mais ses dents rencontrèrent les couverts en argent et m'éraflèrent simplement la peau sans la pénétrer. Il recula brusquement en geignant. L'argent avait l'effet de acide sur sa bouche et je vis son visage se déformer. Il se frotta la gueule avec ses pattes avant et je me désintéressais de lui pour tenter de ramper jusqu'au couteau. Je ne devais pas manquer mon coup cette fois-ci, je devais réussir à lui trancher la tête ou l'avoir en plein cœur.

-Je suis désolé, murmurais-je tout de même, mais c'est toi ou moi.

Le loup bondit, furieux. Je me jetais sur le couteau mais il me glissa des mains à cause de la bave et du sang qui le recouvrait. Il me tomba dessus de tout son poids et pris mon visage dans sa gueule. Son haleine faillit me faire vomir mais la partit était finit alors je laissais tomber mes bras le long de mon corps alors que l'impression d'étouffement se faisait plus forte. Soit je me noyais avec mon propre sang, soit il me broyait la tête d'un coup de mâchoire. Je préférais qu'il me croque, ça serait plus rapide et surement moins douloureux. Je levais alors mon bras valide et je caressais brièvement son museau pour l'encourager. Je sentais ses crocs s'enfoncer lentement dans ma peau, sa langue et sa gencive était noircit à l'endroit où l'argent l'avait touché. Puis lentement, comme pour me faire souffrir, il commença à serrer. Il perdit 3 dents, celles endommagées par l'argent et je sentis la pression augmenter, me faisant mal au crâne.

-SOMNO ALTA !

Le sort nous frappa de plein fouet et le loup s'écroula sur moi de tout son poids au moment ou je m'endormais profondément.

Je n'étais que douleur au milieu de ce sommeil artificiel. Je connaissais ce sort, tout bon mangemort le connaissait. Ce sort endormait la victime pendant 24h, c'était pratique lorsqu'on ne voulait pas tuer. Je savais que je dormais mais je ne le voulais pas et je ne pouvais pas me réveiller. J'avais toutes les sensations de mon corps, la douleur horrible, cette sensation d'étouffement qui ne me quittait pas, cet élancement anormal dans le bras, la pression sur mon crâne qui me donnait la migraine et le corps mou du loup sur moi qui m'écrabouillait. Son poids disparu bien vite et mon esprit s'alourdit lentement. Le sommeil commençait à avoir une prise sur mon esprit. Je me sentais partir alors que mon corps se faisait soulever.

Quand j'ouvris les yeux, il me parut évident que j'étais à l'hôpital, à Ste-Mangouste plus exactement vu le chariot de potion qu'il y avait devant moi. Je voulus tourner la tête mais je ne pus pas. Mon cou était bloqué par une minerve. Je restais donc allongé sur le dos à fixer le plafond. Mon corps était terriblement lourd et ma respiration toujours laborieuse mais la douleur semblait m'avoir quittée. Je ne tournai pas la tête en entendant la porte s'ouvrir, m'attendant à tomber sur une infirmière ou un médecin mais ce ne fut pas le cas. Devant moi se postèrent Seamus et Potter.

-Je suis arrivé à temps, commença d'emblé le brun avec un air sombre, d'après les médicomages, tes côtes avaient transpercé tes poumons, quelques minutes de plus et tu te noyais dans ton sang.

Je voulus me redresser pour lui faire face mais la douleur me cloua sur place. Je pus seulement bouger mes doigts pour leur indiquer de redresser le lit. Je voulus ouvrir la bouche pour leur poser des questions mais aucun son n'en sortir sauf un couinement pathétique. Si je portais une minerve c'est surement car ma gorge était en mauvais état.

-Non, ne bouge pas, m'ordonna Seamus, tu es en mauvais état, les potions n'ont pas fini de faire effet. Tu … tu as failli mourir Draco.

Sans dec.

-D'après le diagnostique des médecins, m'expliqua-t-il, il t'avait brisé presque toute les cotes, tu souffrais de multiples lacérations. Ils ont du rattacher ton bras à ton corps, continua-t-il alors que son visage blêmissait progressivement, et il avait essayé de t'exploser la tête …

Blaise … c'est vrai. Je me demande où il est ?

-Blaise a été enfermé pendant 2 jours, m'expliqua-t-il. Il a été relâché hier, sa condition de loup-garou a fait qu'on ne pouvait pas retenir de charges contre lui sans que tu portes plainte en personne. Le psycomage est passé le voir à la maison, il ne sort plus depuis.

Attend, 2 jours ? Comment ça 2 jours ? Depuis combien de temps est-ce que je dormais ? Le Somno Alta n'avait que 24h d'effet, pas autant de temps. Etais-je passé si près de la mort que cela m'avait pris autant de temps à récupérer ?

Les interrogations durent se lire sur mon visage car Seamus vint s'asseoir sur le bord de mon lit et me pris la main qu'il caressa longuement alors que son visage était crispé avec un air sombre. Que ce passait-il ? Pourquoi Potter et lui était-il là ?

-Draco, commença-t-il avant de soupirer, les médicomages ont été très clairs et je préfère te l'annoncer moi-même.

Mon estomac se noua.

-Les lacérations t'ont contaminé.

Mon monde s'effondra.

- Vu que tu n'as pas été mordu nous sommes incapables de prédire si tu seras un loup-garou à part entière ou un croisement diminué, mais le gène est en toi, sa salive a pénétré tes blessures ... ton état c'est stabilisé ce matin, ton corps l'a accepté.

Je trouvais la force pour me tourner sur le côté et je vomis de l'eau. Ma gorge me brulait, mes yeux me brulaient. La douleur était insoutenable. Le rouquin souleva mes cheveux et demanda à Potter d'aller chercher une infirmière alors que mon estomac continuait à convulser. J'entendis clairement les bruits de pas précipités et on m'administra une potion calmante. Seamus continuait à me tenir la main alors qu'on me forçait à boire. Je me commençais alors à trembler violemment alors que mes yeux se remplissaient de larmes.

-Il ne doit pas bouger, ses os ne se sont pas tous ressoudés, entendis-je. Le venin du loup ralentit la guérison pour l'instant.

-Donnez lui une potion de sommeil sans rêve, il fait une crise.

On me drogua littéralement et je finis par regarder de nouveau le plafond en entendant Seamus me parler. Je sentais les larmes couler d'elles mêmes sur mes joues alors que la douleur dans mon torse refluait. Mon cœur cessa de me faire souffrir quand je compris : je n'étais plus rien.

Je sortis de l'hôpital après une longue semaine. On me conseilla de rester alité pendant encore une semaine et de revenir au moindre problème. Potter m'accompagna également au ministère pour me faire recenser. Je ne fis même pas attention aux journalistes. J'étais rentré dans une phase d'apathie depuis mon second réveil à l'hôpital. J'avais passé 48h à regarder le plafond jusqu'à ce que Potter vienne me chercher. Il me fis ensuite transplaner dans mon champ et se tourna vers moi.

-Ce n'est pas la fin du monde Malfoy. C'est peut-être même … même le début pour toi, essaya-t-il de me réconforter.

-Tu es gentil Harry, répondis-je machinalement avant de lui tourner le dos.

Je l'entendis tressaillir et il resta là longtemps. Je marchai d'un pas lent, n'ayant pas envi de rentrer tout de suite. Mais le seuil de la maison se présenta bien vite devant moi. Je grimpais sur la petite véranda et je fronçais le nez. Je connaissais l'odeur qui saturait l'air, c'était celle de Blaise. Etait-il toujours en colère ? Sûrement.

Je poussais alors la porte et je n'eus pas à faire deux pas avant qu'il n'apparaisse devant moi. Il me dévisagea longuement avec ses yeux jaunes, m'inspectant de la tête au pied avant d'humer l'air. Il devait savoir à l'odeur ce qu'il m'était arrivé.

-Draco…

Je le contournais alors et je montais les marches de l'escalier pour gagner ma chambre sans lui laisser le temps de finir sa phrase. Je ne voulais pas l'entendre, je ne voulais pas le voir. Je le haïssais avec tellement de force que ma poitrine se comprimait à chaque fois que je pensais à lui et à ce que j'étais devenus. La chambre avait été refaite par magie, cela se voyait tout de suite. Je fermais la chambre à clef même si c'était bien inutile et je me laissais tomber sur le lit. Je contemplais le plafond.

Je ne sais pas combien de temps je le fis mais je vis le jour décliner puis revenir plusieurs fois. On frappa également de nombreuse fois à ma porte. Blaise me suppliait de lui ouvrir, il me disait que je devais manger et boire. Mais je n'avais envi de rien, juste de rester couché et d'attendre. Je sentais mes forces me quitter lentement mais avec le déclin de la santé vint l'allègement du poids qui me compressait la poitrine. Je dormais peu, je ne mangeais plus mais je me sentais bien. Si bien que je me voyais continuer.

Mais cela ne dura pas car ma porte fut ouverte et c'est Blaise suivit notre psycomage et de ma mère qui pénétrèrent dans la pièce. A quel moment était-elle rentrée à la maison ? J'avais perdu la notion du temps. Je ne cherchai pas à me redresser, me contentant de tourner la tête vers eux, je ne me voyais pas faire plus.

-Draco, s'exclama ma mère avant d'accourir vers moi.

Je la repoussais quand elle me toucha. Je ne voulais pas qu'elle me touche, pas elle. Pas quand j'étais devenus un hybride. Je me roulais en boule sur le côté et je lui hurlais de partir de ma voix enrouée.

-Faite quelque chose, supplia-t-elle au psycomage.

La paix, je voulais juste la paix. Je l'entrevoyais depuis quelque temps, pourquoi ne peuvent-ils pas me laisser l'atteindre. Je ne voulais pas de leur aide, je ne voulais pas les voir.

-Draco, il fa-

-DEGAGE ! Hurlais-je en entendant Blaise parler.

La colère me donna la force nécessaire de me redresser. La douleur se peignit sur le visage du métis et il eut un mouvement de recul. Je me mis alors à lui hurler dessus pour lui faire mal, aussi mal que j'avais mal. Je m'en fichais de faire un scandale ou de choquer ma mère avec mes propos mais je voulais qu'il souffre pour ce qu'il m'avait fait.

-JE TE HAIS ! Hurlais-je. TU M'AS PRIS LA DERNIERE CHOSE QUI ME RESTAIT LA DERNIERE ! SALE HYBRIDE DEGENERE !

-Tu l'es aussi, répondit-il d'un ton imperturbable alors qu'un masque de froideur tombait sur son visage.

La douleur fut si vive que je me pliais en deux. Personne n'avait osé le dire depuis que je l'avais appris. Personne n'avait dit ce mot à voix haute en l'associant à ma personne. J'étais un monstre, ça y est, je n'étais plus un Malfoy que de nom, ma ligné avait péri avec moi, avec un sang-pur déchu qui cumulait toutes les tares de ce monde.

-Va-t-en, le suppliais-je alors d'une voix misérable, laissez moi.

Il tourna les talons sans un mot et quitta la chambre. Ma mère essaya de me toucher encore mais je la repoussais violemment. Seul resta le psycomage, qui me parla longuement. Je n'écoutais pas, je ne l'entendais pas. J'étais perdu dans ma douleur, je me noyais dedans et je n'en voyais pas la fin. J'avais tout gâché, mon existence n'avait connu que des ratés, j'étais une erreur et j'avais précipité ma lignée dans un gouffre sans fond.

Le docteur partit après un temps qui me parut court. La discussion n'avait pas été concluante. Je n'avais pas répondu à ses questions et je ne le regardais pas. Il me fit boire une potion de force et me mis sous intraveineuse. Je m'endormis alors pour me réveiller quelques heures plus tard en fin d'après midi. Même les potions n'arrivaient plus à me plonger dans le sommeil, j'avais touché le fond. Cela avait au moins le mérite de m'avoir un peu ouvert les yeux. Je sentais terriblement mauvais. Je n'avais pas bougé de mon lit depuis un temps indéterminé. Je me levais sur mes jambes chancelantes. J'avais des vertiges et j'avais un mal fou à faire un pas après l'autre. J'arrachais l'aiguille de mon coude et je me trainais jusqu'à la salle de bain où je n'oubliais pas de fermer la porte à clé. Je me déshabillais au prix d'un effort qui me parut gigantesque avant de me planter devant le miroir. J'étais maigre, rachitique même, avec le visage cireux et des cernes grises sous les yeux. J'avais un début de barbe blonde et mes cheveux blonds étaient sales, gras et emmêlé. Mon regard habituellement d'un gris orageux me semblait aujourd'hui délavé mais à la fois si brillant. Mon iris semblait être fait de métal liquide et scintillant. J'étais fatiguée de tout cela. J'observais mon crâne et mon cou et je ne vis aucune nouvelle cicatrice, ni sur mon torse, mais sur mon épaule, là où une cicatrice rose montrait où les médecins avaient rattachés le membre arraché, les traces de griffures étaient bien présentes. Cicatrisées mais toujours là. Encore des marques indélébiles sur mon corps, preuve de mon incompétence.

Je me tournais brusquement pour vomir. Mais je n'avais strictement rien à vomir et seule la douleur et le dégout me répondit. J'essuyais la salive sur ma bouche d'un revers de main et je me laissais tomber dans la baignoire. J'ouvris l'eau et l'eau tiède s'écoula sur mon corps avant de commencer à chauffer. Je laissais tomber de la mousse dans l'eau puis je me mis à regarder longuement les carreaux jusqu'à ce que le bain soit rempli avant de me frictionner lentement. A quoi cela servait-il de se doucher maintenant ? A quoi cela servait-il de me laver les cheveux maintenant ?

J'avais laissé pousser mes cheveux pour faire honneur à mon père quand j'y songe. Connerie. J'étais heureux qu'il soit mort pour qu'il n'ait pas à subir la sensation cuisante de la honte que je représentais. Je n'avais pas le droit de porter mes cheveux longs. Je me penchais par dessus le bord de la baignoire pour ouvrir le tiroir. Une vive douleur me vrilla le doigt quand je posais mes mains sur les ciseaux. Ainsi donc, elles étaient en argent. Je m'en saisi tout de même, regardant la peau brulée avec fascination, ressentant la douleur physique avec joie. Ça faisait très mal, comme une brulure à blanc, mais cela détournait mon attention de la douleur qui empoignait mon cœur. Je préférais la douleur physique à la torture qu'étaient mes pensées.

Je saisis une poignée de cheveux dans ma main et je les coupais, regardant les longues mèches tomber dans l'eau. J'en saisis une autre puis une autre jusqu'à ce que je mes doigts refusent de tenir le rythme encore. Je fus contraint de lâcher l'ustensile dans l'eau. Je regardais le reflet de la lumière de la salle de bain sur les ciseaux, les mèches blondes qui flottaient et je finis par rester ainsi, pencher à moitié hors de l'eau.

Je sortis de l'eau quand celle-ci devint glacer. J'enfilais des vêtements propres et c'est sans surprise que je vis que le pantalon flottait sur moi. Que devais-je faire maintenant ?

C'était simple finalement, pourquoi hésiter ?

Je me penchais et je repris les ciseaux en mains, grimaçant à peine sous la douleur cuisante. Je m'assis contre la baignoire et je retraçais à la pointe du ciseau le mot « lâche » inscrit dans ma chaire. Le sang coulait lentement et avec, s'enfuyait ma douleur. Soulagé, je me tournais dos au miroir et je tirais mon tee-shirt avec mes dents pour dévoiler mon dos. Là, j'enfonçais la pointe des ciseaux dans mon épiderme et je rouvris ma cicatrice, centimètre après centimètre je rouvris la plaie, laissant le sang s'écouler du mot « Rat » inscrit dans le bas de mon dos. La douleur physique me permettait d'arrêter de penser. Je ne voulais plus penser, je ne voulais plus souffrir. Je saisis ensuite le ciseau de mon autre main et je rouvris les griffures que m'avaient faites Blaise, puis je changeais de main et je retraçais les contours de la marque des ténèbres et avant que je n'ai pus dire Quidditch, j'avais rouvert toutes les cicatrices de mon torse. En même temps que mon sang qui coulait sur ma peau et tachait mon pantalon, s'écoulait ma honte et ma douleur. Le sommeil m'accueilli volontiers et pour la première fois depuis des jours, je me laissais sombrer volontiers.

J'étais toujours allongé sur le carrelage de la salle de bain quand je me réveillais, je baignais dans mon sang et au dessus de moi s'afféraient Blaise et ma mère. L'un léchait mes plaies, l'autre appliquait des potions sur mon corps. Je les regardais faire un moment, sachant qu'ils ne savaient pas que j'étais réveillé puis j'étouffais soudainement un sanglot qui les fit se tourner vers moi. Ma mère s'empressa de sécher mes larmes alors qu'elle me chuchotait des mots rassurants mais je n'en voulais pas. Il venait de me prendre mon souhait le plus cher à l'instant actuel.

-Pourquoi ?

-Quoi mon chéri, me demanda doucement ma mère.

-Pourquoi voulez-vous à tout prix me retenir. Laissez-moi partir, laissez moi mourir.

Elle fondit en larme et mon cœur se serra un peu plus. Je n'aimais pas la voir ainsi, pas ma mère. Blaise lui serra brièvement l'épaule pour la réconforter avant de me soulever et de m'amener dans ma chambre. Là, il remit l'intraveineuse dans mon bras et alla chercher quelque chose dans sa chambre. Je n'avais pas la force de me lever sinon je l'aurais fais. Alors quand il revint dans ma chambre je me tournais vers lui.

-Tue moi.