Sauter le repas pour éviter Pansy semblait être une bonne idée, même si cela n'avait servi à rien. Pansy l'avait carrément harcelé, insistant pour savoir ce que Drago foutait dans la classe de Potions vu que Slughorn mangeait à la table des professeurs.
Drago fut tenté de lui demander si Potter avait été là pendant le repas, ou s'il était arrivé en regard, juste pour être sûr qu'il n'avait pas imaginé Potter et ses baisers, mais que tout cela avait été réel. Il s'était retenu, cependant, et s'était juste faufilé au dîner pour choper un sandwich et s'était carapaté avant que Pansy ne puisse le repérer.
Il se cacha dans son dortoir, mangea son sandwich, et vida la Potion Calmante qu'il avait volé dans la réserve de Slughorn en même temps que l'antidote sentimental. Prendre la Potion avait été une bonne idée ; il se sentit instantanément mieux. Il arriva même à s'asseoir sur son lit avec une plume et un parchemin et à réfléchir calmement à la situation. Il s'était résolu à accepter, à contrecœur, que ça n'était probablement pas une ruse machiavélique de Potter. Si Potter voulait l'humilier en montrant à tout le monde que Drago avait du désir et des sentiments pour lui, il s'en sortait très mal. Non seulement, Potter faisait attention à garder leurs rendez-vous secrets, mais en plus, Drago était convaincu que Potter n'irait jamais aussi loin que rouler des patins à Drago pour se moquer de lui. Le coupable était forcément quelqu'un d'autre.
— C'est la liste des gens que tu prévois de tuer ?
Bien sûr, Drago aurait dû savoir que c'était trop demander que de vouloir un peu de paix et de silence. Il leva la tête vers Blaise avec un regard mauvais.
— Oui. Et tu es dessus.
En fait, c'était une liste de suspects, et Blaise était effectivement dessus. Pour tout dire, il y avait énormément de gens dessus. Drago avait commencé par rayer quelques noms parce que c'était des gens qui ne feraient jamais du mal à Potter en le faisant artificiellement craquer pour Drago, mais ensuite il s'était rendu compte que cela n'avait peut-être pas été le but désiré, mais seulement un effet secondaire indésirable. Peut-être que la personne qui avait fait ça voulait que Potter tombe amoureux d'elle, et Drago s'était retrouvé pris entre les deux. Il avait dû mettre Pansy sur la liste, vu qu'elle avait avoué avoir fait une dépression nerveuse, ce qui voulait dire qu'elle n'était pas très équilibrée et qu'on ne pouvait pas lui faire confiance. Ça semblait ridicule d'y mettre Goyle, vu qu'il n'avait ni les moyens, ni l'intelligence, ni un mobile pour faire une chose pareille, mais c'était toujours la personne qu'on soupçonnait le moins qui était le coupable, alors Drago s'était senti obligé de rajouter son nom, mais il avait tempéré ça avec un certain nombre des points d'exclamation et d'interrogation.
— Tu as plein de rage en toi. On te l'a déjà dit ?
Blaise ne semblait pas en être particulièrement affecté. Il sourit largement et fit un clin d'œil quand Drago grimaça.
— Je t'aime bien quand même.
— Non, n'importe quoi.
Drago commençait à en avoir marre des gens qui lui faisaient des clins d'œil. Blaise lui lança un drôle de regard.
— Je sens des difficultés amoureuses.
Drago se raidit.
— Qu'est-ce que tu y connais ?
— Je m'y connais très bien.
Le sourire satisfait de Blaise sembla réduire à néant les effets positifs de la Potion Calmante. Il sauta du lit et fonça sur Blaise. Il aurait dû le savoir.
— C'était toi ! C'est toi qui as fait ça à Potter, n'est-ce pas ?
Le sourire de Blaise disparut. Il cligna des yeux.
— Potter ? Harry Potter ? Est-ce que tu es en train de dire…
Ses yeux étaient immenses. Il eut un petit hoquet.
— Toi et Potter… ?
Drago n'avait jamais eu autant envie de donner des baffes à quelqu'un qu'à lui-même à cet instant. Comment avait-il pu faire ça ? Blaise avait toujours un petit air supérieur de type qui en sait long. Ça ne voulait rien dire. Mais Drago venait d'en dire beaucoup trop. Maintenant, Blaise allait raconter à tous ceux qui voudraient bien l'écouter que Drago craquait pour Potter, et il n'y aurait plus moyen de réfuter quand on l'accuserait de lui avoir jeté un sortilège sentimental.
— Quoi ? Non. Tu n'as pas compris.
Drago n'arrivait pas à se convaincre lui-même, ce qui était ridicule vu qu'il n'était même pas coupable.
Blaise ne l'écoutait pas ; il était trop occupé à regarder Drago, bouche-bée, comme s'il était un fantôme qui venait de revenir à la vie.
— Merlin. Potter. C'est pas possible.
— Parce que ça ne l'est pas !
— Ah, tu es là, dit Pansy qui venait d'apparaître sur le seuil.
Avec un peu de chance, elle pourrait sauver Drago de sa propre stupidité. Elle fit la moue en voyant Blaise.
— Fiche le camp. Il faut que je parle à Drago.
— Fiche le camp toi-même. C'est moi qui parle à Drago, là.
Ce dernier commençait à se sentir très demandé. Ce n'était pas agréable.
— Fichez le camp tous les deux. Je n'ai envie de parler à personne.
Sans compter qu'il devait partir. Pour retrouver Potter. Et coucher avec lui, apparemment. Quand est-ce que sa vie avait pris cette tournure ?
Blaise lui jeta un regard mécontent et fourra un livre dans son sac. Il avait dû descendre au dortoir pour venir le chercher.
C'est seulement quand il arriva à la porte que Drago réalisa que se mettre Blaise à dos n'était pas le truc le plus intelligent à faire.
— Blaise, attends, s'il te plaît ! Tu ne dois en parler à personne. Je veux dire… Il n'y a rien à dire. Tu as juste mal interprété. Mais tu ne dois pas dire ça aux gens non plus.
Blaise posa un regard noir sur la main de Drago qui s'agrippait à son avant-bras, et Drago se hâta de le lâcher.
— Tu es un connard, dit-il.
Et il sortit.
— Tu en as parlé à Blaise ?
La voix de Pansy tira Drago de sa stupeur.
— Qu'est-ce que tu lui as dit ? Tu ne lui as pas parlé de Potter, j'espère ? Oh, Drago.
— Laisse-moi tranquille.
Drago se sentait trop mal pour discuter. Il ne comprenait pas pourquoi Blaise était en colère. Ce n'était pas la première fois qu'il lui disait de le laisser tranquille. Ça n'avait jamais semblé lui poser de problème jusque-là. C'était comme si tout le monde avait cessé de se comporter de façon normale.
Pansy poussa un gros soupir.
— Tiens.
Elle lui colla un petit flacon dans les mains. L'espace d'une seconde incroyablement longue et horrible, Drago fut certain que Pansy venait de lui donner un autre flacon de lubrifiant et que tout cela n'était qu'une immense conspiration pour rendre Drago fou en le submergeant de propositions indécentes. Mais en y regardant de plus près, ce flacon ne semblait pas être du lubrifiant.
— C'est ce que tu prends pour ta dépression, devina-t-il.
— Oui. Et je ne vois pas pourquoi tu n'en prendrais pas toi-même.
— Parce que je viens juste de boire une bouteille entière de Potion Calmante.
Pansy agita la main, l'air de dire que ce n'était rien.
— Nan. J'ai déjà mélangé les deux et ça ne m'a rien fait.
Drago était bien trop fatigué pour protester. Il déboucha le flacon et en vida le contenu en deux grandes goulées.
Pansy fronça les sourcils.
— Heu, c'est peut-être un peu beaucoup.
— Il me faut bien ça, dit Drago en vérifiant l'heure.
Il attrapa sa cape et vérifia que l'antidote était toujours dans sa poche. Le lubrifiant y était aussi, même s'il n'aurait pas l'occasion de s'en servir.
— Où est-ce que tu vas ? demanda Pansy. Je pense que tu devrais t'allonger.
Il valait mieux ne pas répondre directement.
— Je suis touché par ta sollicitude, dit-il en lui serrant brièvement l'épaule.
Et puis il s'enfuit aussi vite qu'il était humainement possible de le faire.
Il espérait que Pansy ne le suivrait pas. Il courut jusque au quatrième étage, en faisant des zigzags inattendus et quelques sprints.
Le couloir qu'il avait sélectionné au hasard semblait désert. Potter avait dit qu'il le trouverait où qu'il soit, ce qui était assez bizarre en soi, mais bon, Potter avait toujours été assez doué pour le suivre à la trace.
Drago se cacha dans une alcôve, surexcité malgré lui, comme un gosse qui joue à cache-cache avec un ami.
En toute logique, il faudrait que Potter fouille l'intégralité du château pour le trouver. A moins qu'il n'ait collé une Trace sur Drago.
Peut-être que c'était ce qu'il avait fait. Peut-être que Potter voulait juste coucher avec lui. Peut-être que c'était juste un drôle de fantasme qu'il avait. Et puis quoi. Drago n'avait rien contre un fantasme qui incluait pour lui de coucher avec Potter.
— Trouvé, dit le vide avec la voix de Potter.
La seconde suivante, il avait retiré sa cape d'invisibilité et s'était jeté en avant pour embrasser passionnément Drago.
Celui-ci se dit que c'était un truc auquel il pourrait s'habituer. Il ne put s'empêcher de sourire quand Potter se retira avec un soupir satisfait, comme si embrasser Drago était un truc particulièrement plaisant pour lui.
— Je pourrais faire ça pendant des heures, murmura Potter, ses lèvres s'attardant contre celles de Drago.
— Je pourrais faire ça pour toujours.
Au moment où il disait ces mots, Drago remarqua que les contours de son champ de vision étaient flous. Il secoua la tête. Merlin. Ça n'avait pas été une bonne idée de combiner le truc de Pansy avec la Potion Calmante.
Potter se mit à rire.
— Je deviens plutôt bon à ça, non ?
Il l'avait dit avec une certaine arrogance mais ses joues avaient rougi. La théorie de Drago selon laquelle Potter avait planifié tout cela juste pour le séduire ne tenait pas la route.
— Ça doit être tout l'entraînement que je reçois ces derniers temps, ajouta Potter.
— C'est ça. Je parie que les gens font la queue pour pouvoir t'embrasser.
Drago fit de son mieux pour ne pas avoir l'air amer. Potter jeta un coup d'œil dans le couloir désert.
— C'est une queue très discrète.
— Oh, allez, Potter. Tu sais que c'est vrai.
L'humeur de Potter sembla s'assombrir instantanément.
— Tu es jaloux, maintenant ?
Il recula.
— Tu sais, tu commences sérieusement à m'énerver.
Merde. Drago avait oublié. Mettre en colère quelqu'un sous l'emprise d'un sortilège sentimental n'était jamais une bonne idée. Et mettre en colère Harry Potter quand il était sous l'emprise d'un sortilège sentimental pouvait être carrément dangereux. Et il était clairement incapable d'entendre raison s'il ne se rendait pas compte que la moitié des sorciers de Grande-Bretagne aurait voulu le mettre dans son lit.
Drago l'attira dans une étreinte. Et qu'est-ce que c'était bizarre. Potter se laissa faire, et son regard s'adoucit tandis que son corps épousait la forme de celui de Drago. Comment était-ce possible qu'il soit désormais plus facile de mettre Potter de bonne humeur qu'il n'avait jamais été de le faire chier.
— Désolé ? dit Drago, même s'il soupçonnait fort être déjà pardonné. Je suis juste… heu…
— Nerveux ?
— Oui ! C'est ça. En fait, j'ai même bu de la Potion Calmante.
Une semi-vérité c'était encore mieux qu'un mensonge.
Le sourire de Potter était si chaleureux et réconfortant que le ventre de Drago se noua.
— Tu n'as pas de raison d'être nerveux, dit Potter fermement.
Ce qui était assez ironique considérant que Potter avait l'air franchement nerveux.
— Viens.
Il prit la main de Drago et tira légèrement.
— Je veux te montrer quelque chose.
Drago le suivit sans protester et avec plus de curiosité qu'il n'était recommandé pour quelqu'un qui attendait juste le bon moment pour donner l'antidote à Potter.
Potter le conduisit devant la porte de la salle de métamorphose.
— Hardy est malade de nouveau, dit-il en jetant un sort sur la porte. Alors à moins qu'il n'ait eu envie de venir corriger nos essais en ayant de la fièvre, on devrait être tranquille.
La porte s'ouvrit.
— Tu es doué comme cambrioleur, dit Drago, impressionné.
— Encore une fois… j'ai eu de l'entraînement.
Potter sourit et le tira à l'intérieur. De la lumière dans un coin attira l'attention de Drago. Il y avait un lit. Petit et mal fichu, à l'évidence on l'avait fait apparaître par magie, et pas très bien, mais c'était un lit, avec un matelas, des oreillers et des draps. Au-dessus, une douzaine de bougies flottaient dans l'air. Si Drago avait eu besoin d'une confirmation, il l'avait : ça ne pouvait pas être un plan pervers de Potter. C'était définitivement un sortilège sentimental. Qui transformait ses victimes en romantiques dégoulinants de guimauve.
— Je sais, je sais, s'écria Potter en fourrant ses mains dans ses poches. Je sais de quoi ça a l'air. Mais… il nous faut de la lumière. Ce n'est pas de ma faute s'il n'y a pas d'électricité à Poudlard. J'ai dû prendre des bougies. Et un lit, ça peut servir. Où est le mal à ça ? Ce n'est pas ma faute si j'arrive mieux à faire apparaître de la soie que du coton.
Drago plissa les yeux pour mieux voir les draps. Il ne s'était même pas rendu compte qu'ils étaient en soie.
— Et, heu, le petit tabouret ?
Il y avait un trépied à l'extrémité du lit, ainsi et une table de nuit à l'autre bout.
— C'est pour nos vêtements, répondit Potter d'une voix boudeuse.
— Tu te rends compte qu'il y a genre une trentaine de chaises dans cette salle ?
— J'avais envie de faire apparaître des trucs.
— Mais pas des trucs à quatre pieds ?
— Oh, ta gueule. Et fous-toi à poil.
Potter enleva sa cape en se dirigeant vers le lit. Il s'assit pour enlever ses chaussures et ses chaussettes. Il ne plaisantait visiblement pas sur le fait de se mettre à poil. Ou de coucher avec Drago. Là maintenant, dans un lit magique avec des draps en soie et des bougies qui flottaient au-dessus.
Potter avait enlevé ses lunettes et les avait posées sur la table de nuit. Il releva la tête alors qu'il défaisait sa chemise et s'interrompit.
— Quoi ?
Drago était resté figé sur place et le regardait. Il aurait dû bouger, à l'évidence. Il corrigea cela immédiatement parce que seul un idiot serait resté à l'écart d'un truc aussi tentant. Il s'arrêta devant Potter, fasciné.
— Quoi ? répéta Potter.
Drago savait qu'il agissait bizarrement mais il ne pouvait pas s'en empêcher, et il s'en fichait. Il se sentait calme et heureux, même si pas très stable sur ses pieds. Il prit la mâchoire de Potter en coupe dans sa paume et caressa de son pouce sa peau, son menton, ses lèvres. Les yeux de Potter n'étaient plus obscurcis par ses lunettes ; le contraste entre les cils sombres et les iris d'un vert éclatant était saisissant. Tout était saisissant. Les cheveux noirs de Potter, la chaleur de sa peau, la rondeur de ses lèvres. Comment Drago avait fait pour ne pas se rendre compte d'à quel point Potter était beau. Si beau que ça lui faisait tourner la tête.
Ou pas. Nan, en fait, Drago avait la tête qui tournait, c'est tout. Ce n'était pas Potter. C'était la potion qu'il avait prise.
— Ça va ?
Potter se releva en hâte au moment où Drago s'effondra quasiment. Potter les fit tourner, ce qui fit rire Drago ; il avait l'impression qu'ils dansaient. Mais ensuite, on le força à s'asseoir, et Potter s'échinait sur sa cape, tirant en tous sens. Elle avait dû s'enrouler n'importe comment autour de Drago ; il se sentait un peu pris au piège.
— Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Potter avait l'air davantage troublé qu'inquiet, maintenant.
Drago plissa les yeux. Potter tenait une petite flasque argentée dans sa main, juste sous le nez de Drago.
— Un héritage familial, déclara Drago.
Potter ouvrit la flasque et renifla avec une grimace. Drago fit une nouvelle tentative :
— C'est de la Potion Calmante ?
Il ne se rappelait plus vraiment ce que c'était. Ces derniers temps, il y avait des fioles, et des flasques et des flacons partout.
— Ou du lubrifiant ?
— Tu t'es bourré la gueule ?
Drago n'y comprenait rien.
— J'ai bu du lubrifiant ?
— C'est du whisky Pur-Feu.
Le visage de Potter était soudain très proche du sien. Il attrapa le menton de Drago bien trop fermement et le regarda droit dans les yeux.
— Merlin. Qu'est-ce que tu fous, Drago ?
— Non, non. J'ai pris de la Potion Calmante.
Il reprenait peu à peu ses esprits.
— Et un truc que Pansy m'a filé. Pas ça ! dit-il en montrant la fiole. Ça c'est juste… du whisky Pur-Feu.
Il fronça les sourcils.
— Ah, oui.
Du whisky Pur-Feu avec de l'antidote à sortilège sentimental dedans.
— Tu devrais en boire, déclara-t-il à Potter avec un sourire innocent.
Enfin, il espérait que c'était un sourire innocent.
— J'arrive pas à y croire. Pourquoi t'as fait ça ?
— Heu. J'étais nerveux ?
Ça ne sembla pas apaiser Potter aussi bien que la première fois. Il n'y avait plus trace de douceur sur son visage ; il avait juste l'air en rogne.
— Et en quoi ça aide de te bourrer la gueule ? Tu ne peux même pas te tenir debout.
— Je peux, rétorqua Drago. C'est juste que j'ai pas envie.
Potter jeta la flasque sur le lit. Drago la regarda fixement.
— Tu devrais vraiment en prendre. Ça te ferait du bien.
Potter n'écoutait pas.
— Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? Je croyais que tu voulais ça. Pourquoi est-ce que tu fous tout en l'air ?
— Je veux pas ça.
Sauf que c'était faux.
— Je veux dire, si je le veux. Je veux baiser. Bien sûr que je veux baiser. Je veux baiser tout le temps. Mais je veux pas que ce soit comme ça.
Il fit un geste de la main.
— Pas ça. C'est pas comme ça que ça doit être. C'est pas bien.
Drago se mordit la lèvre pour se faire taire. Il avait le tournis. Son cerveau ne marchait pas correctement. Mais il se rappela qu'il ne fallait pas mettre Potter en colère.
— Tu devrais boire du whisky, dit-il parce qu'il ne se rappelait plus s'il le lui avait déjà dit.
Mais Potter avait l'air de moins en moins en colère et de plus en plus blessé. Ce qui était une bonne chose. Parce qu'un Potter qui avait de la peine offrait plus de chance de noyer ses chagrins dans le whisky que de jeter des maléfices mortels à Drago.
Si seulement Drago pouvait se rappeler comme il avait fait de la peine à Potter. Il y avait des mots qu'il avait dits, mais il ne se rappelait plus la signification des paroles.
Potter l'aida sans le savoir :
— Si tu penses que c'est pas bien, tu aurais dû me le dire plus tôt.
— Pas bien ! C'est ça !
Drago était heureux de se rappeler quoi dire.
— C'est pas bien. Pas bien du tout. Et gay. Très, très gay. Tu sais ? Ce qui est… pas mon truc ? C'est juste beurk, tu vois ? Beurk.
Drago fit semblant de frissonner :
— Beuuurk…
— J'ai compris.
Il remettait ses vêtements avec des mouvements brusques. Il avait l'air très mal.
— Je suis désolé, dit Drago parce qu'il était vraiment désolé.
Il avait espéré qu'il y aurait encore des baisers. Ils étaient passés aux choses sérieuses beaucoup trop vite. Potter n'avait même pas bu l'antidote mais il semblait détester Drago suffisamment pour avoir rompu le sortilège tout seul, autrement, il n'aurait pas juste laissé tomber comme ça.
— Allez viens, dit Potter. Il faut qu'on y aille. Je dois faire disparaître ça et refermer la pièce.
Drago sentit qu'il devait dire un truc gentil.
— Ce sont des très jolis draps.
Il tapota la soie.
— Ils me plaisent.
— S'il te plaît. Tu te lèves et tu t'en vas.
Potter avait l'air fatigué.
— On pourrait faire une sieste d'abord ?
— Drago…
— Je peux garder les draps ? Je sais pas faire apparaître de la soie, et je n'ai pas de draps en soie ici. Tout ce qu'ils sont c'est du coton.
Potter attrapa Drago par le haut des bras et le hissa vers lui. Le monde sembla tourner sur lui-même. Potter le regardait droit dans les yeux à nouveau.
Drago sourit.
— Toi aussi tu es joli. Je peux te garder ?
La prise de Potter se desserra ; ça ressemblait plus à une étreinte désormais.
— Tu peux même pas marcher, en fait ?
— Bien sûr que si. C'est juste que… j'y vois pas très bien.
Le visage de Potter s'assombrit et Drago se sentit tomber en avant. Il espérait que Potter était là pour le rattraper.
