Est-ce que Potter était toujours dehors avec Granger ? Est-ce qu'il était au match ? Ou autre part ? Dans le château ? Drago n'en savait rien.
Il s'arrêta pour reprendre son souffle. D'un regard rapide, il se rendit compte qu'il était près du Grand Hall. Il avait couru sans but précis. Il fallait qu'il choisisse une direction.
Mais en fait, il n'avait pas besoin de se dépêcher autant, si ? Si Blaise avait raison, la décision drastique que Potter comptait prendre n'était pas de dénoncer Drago pour avoir jeté un sortilège sentimental. Alors qu'est-ce que c'était ?
Peut-être que Potter voulait rompre et ne plus jamais le voir. Drago se mit à rire. Qu'est-ce que c'était drastique. Il perdrait un petit ami qu'il n'avait jamais eu.
Il se tut et regarda autour de lui. Rire à gorge déployée tout seul dans un couloir désert n'était pas le truc qui vous faisait paraître le plus sain d'esprit. Même à ses propres oreilles le rire avait semblé celui d'un fou. Mais peut-être qu'il était fou, après tout. Franchement, la dépression nerveuse semblait l'option la moins coûteuse émotionnellement. Il savait comment gérer ça. Pansy l'avait bien fait. Il y avait une potion pour ça. Mais comment était-il censé gérer le fait que son père lui ait balancé un Oubliettes ? Avec des souvenirs d'avoir été en couple avec Potter prisonniers de son esprit ? Pourrait-il jamais les récupérer ? Les sortilèges de mémoire étaient retors et il y en avait de toute sorte. Et s'il avait perdu ces souvenirs pour toujours ? Comment c'était arrivé, ce qu'il en pensait, leur premier baiser, le bonheur supposé dont parlait Blaise.
Et même si Potter le croyait et acceptait de tout lui raconter, ça ne serait pas réel. Mais ça aurait pu être réel.
Et si toutes ses théories étaient réelles. S'il avait vraiment perdu l'esprit ? Et que ensuite il avait jeté un sortilège sentimental à Potter ? Et que ensuite son père lui avait lancé un Oubliettes ?
Les portes monumentales de Poudlard s'ouvrirent, et un groupe conséquent de Gryffondor et de Poufsouffle pénétra dans le château. Le brouhaha habituel qu'ils produisaient était presque inexistant. Ils devaient avoir perdu le match. Merveilleux. Maintenant Potter serait encore plus de mauvaise humeur.
Drago pensa à fuir. Parler à Potter d'abord était risqué. Il ferait mieux d'essayer Madame Pomfresh. Une douzaine d'élèves prit le chemin de la Grande Salle pour le repas du soir, mais un certain nombre des Gryffondor les plus âgés s'attarda, apparemment sans autre motif que de jeter des regards bizarres à Drago. Potter était avec eux ; Drago ne l'aperçut que quand il se porta en avant, l'air très surpris.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il.
Tout le monde fit silence et regarda fixement Drago.
L'espace d'un instant atroce, il crut qu'il y avait encore une fois un truc que tout le monde savait sauf lui. Et puis il comprit : il devait offrir un drôle de spectacle. Il se sentait brûlant et poisseux de sueur d'avoir couru dans la lourde cape de voyage ; ses cheveux devaient être complètement emmêlés. Et puis, il avait sûrement l'air perdu et terrifié, vu qu'il l'était.
— J'étais juste…
Il se tut, perturbé par tous ces Gryffondor qui le regardaient comme s'il s'apprêtait à leur faire une révélation. A leur place, il aurait pensé qu'il était là pour se moquer d'eux pour avoir perdu le match. Il devait avoir l'air encore pire que ce qu'il pensait. Potter n'avait même plus l'air en colère, juste inquiet.
Il sentit sa poitrine se serrer. Potter s'inquiétait pour lui, il avait fait apparaître des draps en soie pour lui, alors même qu'il était blessé et en colère. Est-ce qu'être avec Potter était toujours comme ça ? Est-ce que c'était une des choses qu'il avait été forcé d'oublier ?
Si oui, il voulait la récupérer.
Il prit une inspiration et regarda Potter dans les yeux.
— Il faut que je te parle. En privé.
— Qu'est-ce qui s'est passé ? explosa Ginny Weasley. Est-ce que quelqu'un t'a agressé ?
Elle regardait derrière Drago, comme si elle s'attendait à y voir un monstre qui le pourchasserait. Plusieurs personnes sortirent leurs baguettes.
Les gens paniquaient vite, ces temps-ci, se dit Drago.
Potter, quant à lui, semblait avoir compris qu'il n'y avait pas de monstre dans les parages.
— Heu, bien sûr. On n'a qu'à sortir, dit-il, avant de jeter un coup d'œil à Granger et Weasley.
— Allez venez, les gars, j'ai faim, dit Ron Weasley qui avait apparemment compris la demande muette de Potter.
— Oui ! Ça creuse, appuya Granger en attrapant le bras de Ginny et en la tirant vers la Grande Salle.
Quelques Gryffondor les suivirent, mais les autres ne furent pas aussi simples à convaincre. Potter s'éloigna, l'air de vouloir attraper Drago par le bras, mais de se raviser à la dernière seconde.
— Viens, dit-il en avançant vers la sortie.
Ils n'allèrent pas loin. Potter s'arrêta sur les marches et se tourna vers Drago. Plusieurs élèves s'attardaient dans le Hall d'entrée en se tordant le cou pour les voir, mais Drago les ignora et fit face à Potter.
— C'était pas très discret, dit Potter.
Drago ne put s'empêcher de se sentir insulté. Est-ce que leur relation était un secret parce que Potter avait honte de lui ?
— Ça te dérange ?
Ce n'était pas la bonne chose à dire.
— Est-ce que ça me dérange ?
Potter avait de nouveau l'air en colère.
Drago aurait voulu comprendre ce qui se passait. Comme ça il aurait su quoi dire. Autant être vague, décida-t-il.
— Mon père est venu dimanche, dit-il.
Potter cligna des yeux, surpris, mais il comprit rapidement. Et eut l'air encore plus en colère.
— Je vois. Bon ben c'est génial. Je suppose que ça explique tout. Je veux dire, à part pourquoi tu le laisses contrôler ta vie. Drago, on a parlé de…
Entendre Potter dire son prénom lui donna du courage.
— Je ne m'en rappelle pas.
Potter fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Je ne me rappelle pas de la visite de mon père. On m'a dit qu'il était venu. Et qu'il m'avait parlé, apparemment. Quelqu'un nous a vus.
Drago examina le visage de Potter, cherchant des indices de ce qu'il devait faire ensuite : continuer à s'expliquer, ou se mettre à courir ?
— Je ne…
Potter secoua la tête.
— Je ne comprends pas ce que tu essaies de me dire.
— Je suis en train de te dire qu'il y a beaucoup de choses dont je ne me rappelle pas. Les derniers mois sont complètement flous. Je me rappelle avoir révisé et… c'est à peu près tout.
— Je… Je te crois pas. Tu inventes n'importe quoi.
— Pourquoi ? Pourquoi je ferais une chose pareille ?
— J'en sais rien. Parce que… Ecoute, Malefoy, si tu veux qu'on arrête, très bien. Pour tout dire, moi aussi je veux rompre. Alors c'est pas la peine de… Pourquoi tu souris ?
Potter avait l'air décontenancé mais Drago se sentait si léger qu'il lui semblait que le prochain coup de vent pourrait le faire décoller.
— Rompre ? Tu veux rompre ?
— C'est pas la peine d'avoir l'air si satisfait, Malefoy !
— Alors c'est vrai ? Il y quelque chose à rompre ?
— Arrête !
Potter se dégagea d'un mouvement brusque et Drago se rendit compte qu'il s'était agrippé à ses épaules.
— Tu mens. Tu te rappelais parfaitement de tout hier.
Mais Potter n'en avait plus l'air si sûr, alors Drago en profita.
— Mais non. Je voulais juste pas te le montrer. Je pensais que c'était une blague à la con. Que tu faisais semblant qu'on était ensemble pour te foutre de moi. Ou que tu étais sous l'influence d'un sortilège sentimental.
Potter recula d'un pas.
— C'est ridicule. Tu es ridicule. Si tu veux faire comme si les deux mois qui viennent de s'écouler n'avaient pas existé, je t'en prie, vas-y. Je peux faire ça aussi.
— Deux mois ?
Ce fut tout ce que retint Drago.
— On a été ensemble pendant deux mois ? Et on n'a pas encore couché ensemble ? On a quoi ? Douze ans ?
Potter cligna des yeux.
— On a couché ensemble.
— Alors c'était quoi, hier soir ?
Vu la façon dont Potter s'était comporté, Drago avait cru que c'était censé être leur première fois.
Potter se rapprocha et scruta ses yeux, comme s'il espérait y trouver une réponse. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait rapidement.
— Tu ne te rappelles vraiment pas ? demanda-t-il avec une dose prudente de retenue, mais Drago était sûr qu'il y avait de l'espoir dans sa voix.
Potter voulait le croire.
— Tu te rappelles de la bataille de neige ?
Drago se rappelait de nombreuses batailles de neige, mais il avait le sentiment qu'aucune d'elles n'était celle dont Potter parlait.
— On a fait une bataille de neige. Mon Dieu, on a vraiment douze ans.
— Mais ce n'est pas possible. Si tu ne te rappelais de rien de tout ça, tu ne serais pas ici. Tu me détestais avant ça. Tu n'en aurais rien à foutre. Tu serais heureux d'avoir perdu ces souvenirs.
Cela tira un rire amer à Drago.
— Il aurait fallu que mon père efface au moins deux ans de ma vie pour que je m'en foute. Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant cette bataille de neige, mais pour moi, c'est arrivé bien avant ça.
Les yeux de Potter s'agrandirent.
— Tu ne m'avais jamais dit ça.
— Oh.
Drago eut un sourire gêné.
— Je devais avoir une raison. Que j'ai oubliée.
C'était Potter qui s'agrippait à son bras maintenant. Il avait l'air plein d'espoir, d'excitation et d'inquiétude.
— On devrait aller voir Pomfresh.
— Oui. On devrait vraiment faire ça.
Potter sembla surpris que Drago acquiesce si facilement, mais il le prit par la main et le tira vers le château.
Drago se laissa entraîner en imaginant toutes sortes de scénarios horribles. Comme Pomfresh qui disait qu'il n'y avait aucun problème avec sa mémoire. Ou qui disait qu'il y avait un problème mais ne pouvait pas le réparer. Ou Drago qui se rappelait de tout et qui comprenait qu'il avait donné un philtre d'amour à Potter pendant une bataille de neige. Il aurait dû demander à Potter s'il avait bu du whisky la veille. Juste une gorgée.
— Si Pomfresh ne peut rien faire, peut-être que Hermione aura une solution.
Il avait l'air nerveux.
— Elle a restauré la mémoire de ses parents sans un accroc. Elle a fait plein de recherches là-dessus. Elle connaît tous les experts qui travaillent sur les sortilèges de mémoire.
Ils pénétrèrent dans l'infirmerie qui était déserte.
— Peut-être qu'elle est en train de manger. Je vais voir dans son bureau.
Potter serra brièvement la main de Drago et s'en fut.
Drago s'assit sur un des lits de l'infirmerie, ne faisant pas confiance à ses jambes pour le porter beaucoup plus longtemps. Heureusement, il n'eut pas le temps de se repasser les pires scénarios possibles, parce que Mme Pomfresh arriva rapidement, en agitant sa baguette et en marmonnant :
— Un autre accident de Quidditch, je suppose ? Je vous jure, on devrait faire interdire ce sport.
Potter se dépêcha de revenir à côté de Drago.
— Non. On pense qu'il a subi un Oubliettes.
Drago fut vexé par le peu de certitude dans la voix de Potter, mais en même temps, il ne se faisait pas confiance à lui-même.
— Oh là là !
Pomfresh attrapa le menton de Drago et lui fit tourner la tête d'un côté et de l'autre, en observant ses yeux.
— C'était qui ? Quand ? D'autres symptômes ? Des maux de tête ?
Drago choisit de répondre à la question la moins dangereuse :
— Oui, des maux de tête.
— Des angoisses ?
Pomfresh pointa sa baguette vers son front.
— De la paranoïa ?
— Heu, oui.
Il n'avait pas réalisé que les angoisses et la paranoïa pouvait être des symptômes. Cela lui donna de l'espoir, mais c'était quand même dur de ne pas avoir d'appréhension quand Pomfresh dit :
— Voyons voir, alors…
Elle marmonna un sortilège et Drago ferma les yeux.
— Hmm, dit-elle. Rien par là… Oh, attends, c'est là.
Drago se remit à respirer et ouvrit les yeux.
— C'est un peu embrouillé, on dirait. Une zone assez restreinte. C'est une chance. Le tissu n'est pas endommagé. La personne qui a fait ça a fait de son mieux pour ne pas mettre en danger tes fonctions cérébrales.
— Je lui enverrai une note de remerciement, dit Drago.
C'était vraiment arrivé, alors. Son père avait vraiment fait ça. Drago ne savait pas ce qu'il était censé ressentir à ce propos. De la colère, probablement, mais il était surtout déçu. Et dire qu'il avait cru que son père ne pourrait jamais le décevoir plus qu'il ne l'avait déjà fait.
— C'est un sort de haute volée pour un… élève de Poudlard ?
Pomfresh avait levé un sourcil. Drago répondit d'un « mmh » qui n'engageait à rien.
Pomfresh avait l'air de vouloir en savoir davantage mais elle se ravisa. On pouvait lui faire confiance pour ne pas poser trop de questions.
— Est-ce que vous pouvez restaurer ses souvenirs ? demanda Potter.
Il avait repris la main de Drago sans que celui-ci s'en rende compte. C'était un contact chaud et réconfortant. Drago le serra plus fort, comme s'il avait peur que Potter s'en aille.
— Probablement, oui.
Pomfresh fronçait les sourcils.
— Il va falloir que tu prennes une potion de protection. Les effets secondaires du sort que je vais utiliser peuvent être difficiles à gérer. La potion risque de te faire sentir un peu ailleurs, cela dit.
Drago savait reconnaître un euphémisme quand il en entendait un.
— Je vous en prie, pas de potion. Je suis sûr que je peux supporter le sort.
La dernière chose qu'il voulait c'était une potion de plus qui aurait des effets bizarres et lui donnerait l'impression qu'il n'était pas lui-même.
Potter sembla comprendra :
— Je pense qu'il a raison, Mme Pomfresh, dit-il d'une façon charmante.
Drago était sûr qu'il pouvait obtenir tout ce qu'il voulait de cette façon-là. Mais Mme Pomfresh semblait être immunisée contre son charme.
— Si je dis qu'il faut qu'il prenne une potion, c'est qu'il faut qu'il la prenne, dit-elle d'un ton sec.
Elle se dirigea vers les armoires qui se trouvaient de l'autre côté de la pièce.
Drago profita de l'occasion pour chuchoter d'une voix pressante :
— Est-ce que tu as bu un peu de Whisky Pur Feu, hier ?
Potter eut l'air très surpris.
— Quoi ? Pourquoi ? Non.
Drago sentit son cœur sombrer. Il était toujours possible que Potter soit sous l'emprise d'un sortilège sentimental.
— Pas même une gorgée ?
Potter secoua la tête.
— Qu'est-ce que tu… ?
Pomfresh était de retour.
— Bois ça, ordonna-t-elle en lui tendant une fiole.
Drago obéit, comprenant qu'il ne servirait à rien de protester. Alors, elle le saisit à nouveau par le menton et dit :
— Ne bouge surtout pas.
Drago serra la main de Potter tandis que Pomfresh lançait son sort en direction de son front.
L'effet fut immédiat, et tellement intense que Drago en eut le souffle coupé. Il avait l'impression que quelqu'un venait de le balancer tête la première dans un lac glacé.
Des souvenirs le submergèrent sans chronologie ni classement. Mais ce qui était le plus intense, c'était l'assaut d'émotions qui remplaçaient le néant que seuls les révisions et la routine avaient rempli jusqu'alors. Il se rappelait la joie des vols du matin, la colère sourde de s'être fait virer de l'équipe, la tristesse qui le frappait chaque fois qu'il voyait le lit vide de Crabbe. Il se rappelait s'être inquiété pour Pansy qui luttait contre la dépression et allait de mal en pis. Il avait remplacé son Philtre Calmant avec du jus de pomme parce qu'elle le mélangeait avec d'autres potions et que ça ne lui réussissait pas.
Il se rappelait avoir surpris Blaise et Barnaby au lit, un jour. Ils étaient inquiets, certains que Drago allait raconter ça à tout le monde. Ils s'étaient rassurés quand Drago leur avait avoué qu'il était pas mal gay lui aussi et promit qu'il ne dirait rien à personne. Barnaby lui avait serré la main et dit :
— C'est cool.
Et Blaise l'aidait avec ses devoirs de métamorphose depuis ce jour.
Plus de trois mois avaient disparu, et même des choses avant ça, par fragments. Les morceaux de sa mémoire se rassemblaient, et maintenant Drago se rappelait de Potter aussi. Ces souvenirs-là brûlaient comme un feu couvert, brillant plus fort que tous les autres, comme si son esprit mettait un soin particulier à les présenter. Peut-être que c'était un des effets du sort de Pomfresh : faire en sorte que les souvenirs les plus intenses se développent doucement.
Il se rappelait de la bataille de neige. C'était arrivé juste après les vacances de Noël. Il s'était gelé en attendant Potter pour lui tendre un guet-apens et lui balancer le plus de neige possible dans la gueule. C'était censé être un mauvais tour destiné à mettre Potter en colère pour le forcer à remarquer Drago et à lui jeter son regard mauvais. Mais ça s'était transformé en une bataille rangée avec pour seules armes des boules de neige inoffensives. Ils y avaient passé des heures, s'amusant bien trop pour être en colère. Les joues de Potter étaient roses et il riait chaque fois qu'il visait juste. Son rire était contagieux, tout comme sa bonne humeur. Ils étaient revenus au château en vacillant sur leurs jambes, comme deux idiots complètement gelés. Potter avait dit :
— On devrait remettre ça, un de ces quatre.
Et c'est ce qu'ils avaient fait. Plusieurs fois de suite. Et maintenant, Drago se rappelait de la bataille de neige dont Potter avait parlé. Pas la première, mais celle qui était arrivée des semaines plus tard. La fois où Potter avait renversé Drago sur le dos, s'était installé à califourchon sur lui, et puis, au lieu de lui faire bouffer de la neige, il l'avait embrassé. Il se rappelait des sensations d'alors. Comment le baiser avait réchauffé ses membres transis. Comment Potter avait été choqué même si c'était lui qui avait agi. Potter s'était enfui ; c'était la première fois que Drago voyait Potter fuir. Ça lui avait donné le courage de lui courir après pour lui rendre son baiser.
Après ça, il y avait eu beaucoup d'autres baisers, dans des placards et des cabanes à balai, des passages sombres et grosso modo dans tous les coins sombres que recelait le château.
Et c'était pas juste des baisers. Drago se rappelait clairement du sexe, aussi, maintenant. Leur première fois, brouillonne, à fleur de nerfs, qui avait causé plus de gêne que d'orgasmes ; leurs essais ultérieurs, nettement plus plaisants.
Son esprit s'attarda sur leur dernière rencontre. Ça avait été vendredi soir, la veille du match de Quidditch. Ils étaient allongés par terre dans un passage secret. Ils avaient étendu leurs capes et leurs robes au sol. Drago avait laissé traîner le bout de ses doigts contre la peau douce de l'intérieur des cuisses de Harry, rassemblant son courage.
— Peut-être qu'on pourrait faire ça un peu différemment la prochaine fois, avait-il dit tandis que ses doigts glissaient effrontément entre les jambes de Potter.
Celui-ci s'était mis à gigoter, avait attrapé le poignet de Drago et dit :
— Heu, ok. Un de ces quatre.
Drago ne savait pas si c'était une promesse ou un refus. Mais Potter avait rougi et ajouté :
— Il y a match demain, tu te rappelles. Je vais devoir rester assis sur mon balai pendant des heures. Donc, bon… Mais dimanche. On fera des trucs sympas dimanche.
— C'est nul le Quidditch, avait grogné Drago.
Potter l'avait embrassé pour faire disparaître sa mauvaise humeur.
Ils parlaient de Quidditch tout le temps. C'était un sujet sans danger. On pouvait même s'engueuler à propos de Quidditch sans danger. Mais il se rappelait d'autres conversations aussi. Plus sérieuses, sur la guerre. Ce n'était pas sans danger de s'engueuler à propos de ça, mais ils l'avaient fait quand même. S'engueuler à cause de qui ils étaient et de qui ils devraient être, se reprocher de vouloir foncer en avant ou s'accrocher à des ombres. Drago ne voulait certainement pas foncer. Il voulait garder leur relation secrète. Il ne pensait pas que ça allait durer. Ce n'était pas la peine de risquer son futur et son héritage pour ça.
Mais il commençait à changer d'avis.
Il se rappelait avoir écrit une lettre à sa mère, lui parlant des cours et de ses amis, et laissant entendre qu'il se passait quelque chose avec Potter. Son père s'était pointé à Poudlard deux jours après qu'il ait envoyé cette lettre. Drago se rappelait de son horreur se transformant en engourdissement quand son père avait pointé sa baguette vers lui en disant :
— Tu as mangé, dormi, et révisé. Il n'y a pas eu de distractions. Rien de spécial ne s'est passé ; rien n'a eu d'importance. Certainement pas avec Potter.
— Alors ?
La voix impatiente de Pomfresh le ramena au présent.
— Ne fais pas durer le suspense. Tu as retrouvé tes souvenirs ou pas ?
Drago sentit son visage s'étirer en un sourire incontrôlable.
— Je me rappelle.
Potter tira sur sa main.
— De tout ?
Ses yeux étaient grands ouverts, l'air inquiet. Ils semblaient si différents maintenant que Drago se souvenaient d'eux en train de le fixer tandis que Potter le pénétrait d'un coup de reins.
Sa poitrine bouillonnait de surexcitation. Il ressentait trop de trucs à la fois. Il était content d'avoir pris la potion de Pomfresh, maintenant.
— J'espère que c'est tout, dit-il. S'il y en a plus…
Il sourit encore plus largement :
— On va dire que c'est parce que je suis complètement épuisé.
Potter tenta en vain de cacher son rire gêné en feignant une toux, et Drago se rappela que Pomfresh se tenait toujours à côté d'eux.
— C'était une potion sacrément forte que vous m'avez donnée, Madame, dit-il.
Pomfresh fixait leurs mains jointes.
— Je vois ça. Très bien.
Elle jeta un autre sort sur Drago, et eut l'air satisfaite du résultat.
— Allez zou. Je ne vais pas te faire de mot d'excuse. Tu es en pleine forme. Reviens si tu commences à avoir la migraine. Je le saurais si tu mens, alors ce n'est pas la peine d'essayer.
— Merci, dit Potter.
Il tira à nouveau sur la main de Drago et celui-ci sauta du lit, reconnaissant envers Potter de le faire sortir de là avant qu'il ne dise à nouveau quelque chose de gênant devant Pomfresh.
— Mr Malefoy ! l'arrêta-t-elle.
Elle hésita un instant et dit :
— Si vous pensez avoir besoin de parler à la Directrice, elle passe toute la soirée dans son bureau.
Son visage exprimait l'inquiétude et la bienveillance.
Drago hocha la tête. Il savait qu'il n'en ferait rien – c'était son père et son problème – mais il appréciait l'offre.
Son cœur bondit dans sa poitrine quand ils se retrouvèrent dans le couloir. Il plaqua Potter contre un mur et l'embrassa avec un naturel et une familiarité qui étaient toujours un peu neufs et jubilatoires. Comment avait-il pu oublier ça ? Comment avait-il pu croire à des philtres d'amour et des dépressions nerveuses alors que c'était le truc le plus réel qu'il ait jamais ressenti.
— Je suis tellement désolé, balbutiait Potter entre deux baisers. J'aurais dû m'en rendre compte. J'aurais dû comprendre.
Drago secoua la tête.
— Maintenant, je sais qui est responsable de tout ça, Potter, et c'est pas toi.
— C'est pas toi non plus.
— Peut-être. Mais je sais ce que j'aurais dû faire pour l'empêcher.
— Comment a-t-il su ?
— Je le soupçonne d'avoir intercepté une lettre que j'avais envoyée à ma mère. Je ne lui disais pas tout ; j'avais laissé les choses dans le vague. Il a dû penser que s'il me faisait oublier, il n'y aurait personne pour m'aider à m'en rappeler.
Le visage de Potter était dur, sa mâchoire crispée.
— Qu'est-ce que tu veux faire ? Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
Il avait l'air prêt à lancer l'assaut sur le Manoir Malefoy et amener le père de Drago pieds et poings liés devant la justice.
Ça fit sourire Drago.
— Ne t'embête pas avec ça. On devrait laisser ma mère s'en charger. Je ne peux pas imaginer pire punition.
— Moi si, répondit Potter d'une voix sombre.
Drago affermit sa voix pour dire :
— C'est son problème, pas le mien. Il est le seul qui aura à en souffrir les conséquences.
Potter avait l'air malheureux.
— Je suis désolé, répéta-t-il. J'aurais dû remarquer.
— Je suis sûr que ça aurait été le cas si j'avais réagi comme quelqu'un de normal.
Potter secoua la tête.
— J'arrive même pas à imaginer à quel point tu as dû te sentir perdu. On a un certain passé, toi et moi. Je suis surpris d'avoir survécu après t'avoir sauté dessus dans tout le château. Si me balancer un maléfice était la réaction normale que tu étais censé avoir, je suis content que tu y aies résisté.
— Pour être franc, je ne voulais juste pas que ça s'arrête. Je voulais que ce soit réel.
Drago ne pouvait s'empêcher de fixer son visage. La façon dont Potter le regardait, avec cette douceur, cette émotion… Drago soupçonnait qu'il ne s'en lasserait jamais.
— C'était réel. Et ça l'est toujours.
Potter l'embrassa à nouveau, en prenant tout son temps cette fois.
— Hmm, murmura Drago. Je me demandais où j'avais appris à embrasser comme ça.
Potter sourit largement.
— En roulant des patins à la moitié des Serpentard. Du moins c'est ce que tu as prétendu.
Oh. Apparemment, il y avait quelques détails qui restaient flous. Il haussa les épaules.
— Je suis sûr que tu n'y as jamais cru de toute façon. Tu étais mon premier vrai baiser. On avait essayé une fois pour s'entraîner avec Pansy, mais c'était très bizarre… Quoi ?
Potter l'observait en se mordant la lèvre inférieure.
— Dis donc, tu m'en fais des confessions aujourd'hui.
— Oh. Ben, qui sait ce que ces potions m'ont fait ? Et puis… garder des secrets, ça ne m'a pas trop réussi jusque-là, si ? D'ailleurs…
Drago recula, et entraîna Potter avec lui.
— Il y a un truc qu'on devrait faire. Tout de suite.
— Baiser pour fêter ça ? demanda Potter avec un grand sourire.
— Non. Enfin si, mais pas tout de suite. D'abord, on va aller dans la Grande Salle.
— Oh. Çe me va aussi. Je crève de faim.
— Mmh, dit Drago d'un ton vague.
Ce n'était pas vraiment ça qu'il avait en tête mais il garda le silence tandis qu'ils descendaient vers le hall d'entrée. Ce fut l'une des marches les plus agréables de toute sa vie. Une moitié de lui se sentait idiot à marcher comme ça main dans la main avec Potter, mais l'autre moitié ne pouvait s'empêcher d'être euphorique. Ils n'avaient jamais fait cela auparavant, mais Potter n'avait pas l'air de trouver ça bizarre. Par contre, une fois qu'ils eurent atteint l'entrée de la Grande Salle, il jeta un regard incertain à leurs mains jointes, et Drago s'arrêta sur le seuil. Les élèves et les professeurs étaient occupés à manger et à discuter, et ne leur prêtaient aucune attention. Pansy, par contre, regardait vers eux, les sourcils froncés, sa fourchette arrêtée en suspension devant sa bouche.
— Euh, alors, dit Potter. Il faut que tu m'aides, là.
Il tira doucement sur la main de Drago.
— J'ai l'impression que si je ne te lâche pas, tu seras énervé, et si je te lâche, tu seras énervé. Il faut que tu m'expliques ton plan.
Drago attira Potter à lui et passa ses bras autour de sa taille.
— C'est ça mon plan.
Potter le regarda en clignant des yeux.
— Je vois. C'est un plan très public.
Il jeta un coup d'œil vers la Salle.
— C'est pas exactement ce que j'avais en tête quand j'ai dit qu'on devrait arrêter de se cacher.
— Oh, désolé.
Drago essaya de se détacher de lui mais Potter ne le laissa pas faire.
— Non, je comprends. Ton père ne pourra pas jeter un Oubliettes à la moitié de Poudlard.
— Oui, c'est une des raisons.
Drago se mordit la lèvre.
— Mais aussi, j'ai juste envie que tout le monde soit au courant.
Potter se mit à rire.
— Je ne sais pas si je peux gérer ce niveau de franchise.
— J'ai bien peu que tu ne doives t'y habituer. Je viens de prendre une résolution. Et je compte la mettre en pratique sur mon père en lui écrivant pour lui dire – en toute franchise – que c'est un gros connard.
— Et qu'est-ce que tu fais du risque de… répercussions financières ?
Ça avait toujours été l'un des arguments de Drago pour garder leur relation secrète. Mais il en était revenu. Il haussa les épaules.
— Je n'ai pas l'intention de retourner chez mes parents, de toute façon. Je compte avoir des O clairs et nets à tous mes ASPICs. Et puis j'ai un petit copain riche et célèbre. Je m'en sortirai.
Le plus beau, c'était que Drago y croyait pour de bon.
Potter eut un sourire éclatant.
— Pas si riche que ça, hein, mais disons que je devrais pouvoir te nourrir.
— C'est trop aimable.
— Eh bien alors…
Potter se rapprocha.
— Je crois que ton célèbre petit copain est sur le point de devenir encore plus célèbre pour coucher avec Drago Malefoy. Mais tu sais, on m'a si souvent accusé à tort de vouloir me rendre intéressant, que pour une fois, ça rétablira la balance que je le fasse exprès. Et puis…
Il jeta un œil vers la Salle qui semblait beaucoup plus silencieuse désormais.
— C'est trop tard pour reculer, maintenant.
Une vague de chaleur monta au visage de Drago. Il y avait pas mal de monde à les regarder, à les montrer du doigt et à chuchoter, certains avec des sourires et des ricanements, d'autres avec de l'incrédulité et des sourcils froncés. Même quelques-uns des profs les fixaient ; Slughorn se tordait le cou pour mieux voir. Les Gryffondor se tournèrent tous vers Granger et Weasley qui avaient l'air assez embêtés, à secouer la tête comme s'ils n'étaient au courant de rien, d'une façon pas du tout convaincante. A la table des Serpentard, le regard de Pansy passait de Drago à son verre, comme si elle pensait avoir abusé du jus de citrouille.
Drago sourit et lui fit un clin d'œil. Et puis il reporta son attention sur Potter.
— Trop tard pour reculer, en effet, dit-il.
Et il l'embrassa.
Alors figurez-vous que je pensais que c'était juste 5 chapitres, cette fic, mais en fait il y a un épilogue. À bientôt ?
