Ce n'est que deux jours après son étrange rendez-vous avec Adrien que Ladybug retrouve de nouveau Chat Noir.

Les jeunes gens délaissent pour un temps leur chère Tour Eiffel, préférant se retrouver cette fois sur un toit d'ardoise suffisamment à l'abri des regards pour leur garantir un semblant de tranquillité. Perdus dans les ombres des bâtiments alentours, ils savourent avec un plaisir non dissimulé cet instant qui n'appartient qu'à eux.

Bras langoureusement passés autour du cou de son partenaire, Ladybug oublie un temps le monde extérieur.

Plus rien n'existe à part Chat Noir et ses baisers. Chat Noir et ses doigts qu'elle sent courir le long de son dos. Chat Noir et l'odeur familière de sa peau. Chat Noir et la douceur de ses lèvres.

Plus rien n'existe à part Chat Noir, tout court.

Cela fait à peine plus de 48 heures qu'elle ne l'a pas vu, mais il lui a manqué.

Il lui manque dès l'instant où ils se séparent, et ce d'autant plus qu'il n'appartient pas à son autre vie.

Dès que le masque de Ladybug disparaît dans une nuée d'étincelles roses, tout ce que la jeune femme partage avec Chat Noir s'efface à son tour. Lorsqu'elle le croise par hasard sous l'apparence de Marinette, elle doit prétendre quelle n'est pas celle qu'il serre dans ses bras et embrasse avec ferveur. Lorsqu'elle parle avec ses amis, elle doit garder le silence sur l'existence de cette relation qui la comble tellement qu'elle a la certitude que personne au monde ne peut être bénie comme elle l'est.

Marinette doit toujours mentir, se taire, ravaler ses paroles et brider ses sentiments.

Peu importe combien cette situation lui est de plus en plus insupportable, peu importe combien apercevoir parfois son coéquipier sans qu'il sache qui elle est lui est difficile. Pour Chat Noir, Marinette n'est qu'une parisienne parmi tant d'autres. Seule Ladybug partage sa vie et elle doit lui dire adieu dès que s'évanouit son masque.

Et alors, il lui manque.

Il lui manque, à chaque minute, à chaque seconde.

Il lui manque, et les incessants commentaires de son entourage de sur sa vie sentimentale ne font que rendre son absence plus cruelle encore.


Doigts toujours enroulés autour de la nuque de Chat Noir, Ladybug tente lentement de s'arracher à cet océan de félicité dans lequel le plonge la présence de son partenaire.

Pendant quelques moments, elle s'autorise encore à savourer cette étreinte avec celui qu'elle aime plus que tout. Elle s'émerveille de la manière dont ses bras lui donnent l'impression d'être le seul endroit de l'univers où est sa place, se délecte de la façon dont ses lèvres épousent le mouvement des siennes dans un geste qui leur est mille fois familier.

Puis, au prix d'un immense effort – et de vigoureux coups de pieds mentaux à son esprit récalcitrant, elle force son cerveau à se remettre en marche.

Elle ne peut rien faire pour leurs identités tant que Tikki ne la libère pas de sa promesse.

En revanche, elle a peut-être les moyens de rendre l'absence de celui qu'elle aime un peu plus supportable.

Décidant d'agir avant que sa résolution ne faiblisse, Ladybug dépose un dernier baiser sur les lèvres de Chat Noir et s'écarte doucement de lui.

« Est-ce qu'on peut discuter un instant ? », lui demande-t-elle sans autre forme de préambule. « Il y a quelque chose dont je voudrais te parler. »

« Tout ce que tu veux, ma Lady », réplique-t-il d'une voix légèrement plus rauque que d'ordinaire.

Les yeux de Chat Noir étincellent autant qu'une nuée d'étoiles, son souffle chaud caresse la peau de Ladybug, et la jeune femme doit faire appel à toute sa volonté pour ne pas se jeter de nouveau dans ses bras.

Ignorant vaillamment le frisson qui lui traverse la colonne vertébrale, Ladybug s'assied en tailleur et tapote le toit d'ardoise du bout des doigts pour inciter Chat Noir à l'imiter. Le héros s'exécute, non sans passer familièrement son bras autour de la taille de sa compagne une fois installé.

« Alors », lui demande-t-il en la dévisageant avec curiosité, « qu'est-ce que tu voulais me dire ? »

Un bref instant, Ladybug hésite.

En deux jours, elle a eu le temps de tourner et retourner son idée mille fois dans sa tête. Mais à présent qu'elle se trouve au pied du mur, elle doute de sa capacité à s'expliquer convenablement.

Réfléchir à son plan est simple.

Le présenter sans passer pour une folle en est une autre.

Sur le principe, Ladybug pourrait parfaitement se dispenser de cette conversation. Elle n'a guère besoin de Chat Noir pour mettre son projet à exécution et rien ne l'oblige à lui confier ce qu'elle a en tête.

Mais hors de question pour elle de lancer son plan sans l'accord de son partenaire.

Si Chat Noir manifeste le moindre signe de malaise, elle laissera tomber.

Tout simplement.

« Ok », commence-t-elle enfin, plongeant son regard dans celui de son coéquipier. « Tu te souviens quand je te disais que j'avais un entourage très envahissant en ce qui concerne ma vie amoureuse ? »

« Il me semble t'avoir entendu mentionner ça une fois ou deux », approuve malicieusement Chat Noir. « Toutes les semaines, par exemple. »

Etouffant un grognement contrarié, Ladybug hausse les épaules avec dépit.

« Oui, voilà », confirme-t-elle. « Ma famille et mes amis passent leur temps à me dire qu'il faudrait que je sorte avec quelqu'un. Dès qu'il y a un repas avec des gens que j'ai vu depuis moins de trois jours, dès que quelqu'un mentionne le moindre truc ayant un quelconque rapport avec le fait d'être en couple, tu peux être sûr qu'on va m'interroger sur le sujet », poursuit-elle sèchement, ne cherchant même plus à dissimuler son exaspération. « Je n'aime pas ça et je leur dis régulièrement. Mais ils refusent de m'écouter. Je ne sais même plus dans quelle langue leur dire pour qu'ils arrêtent de me mettre la pression avec ça ! », s'exclame-t-elle en levant dramatiquement les bras au ciel.

Mâchoires serrées de rage, Ladybug se passe lentement la main sur le visage pour tenter de conserver son calme.

Cette situation la frustre autant qu'elle l'horripile, mais elle ne doit pas laisser sa colère prendre le dessus.

« Je pense que tout ça serait déjà assez dur à vivre si j'étais vraiment célibataire », poursuit-elle enfin. « Mais je t'ai, toi », continue-t-elle en posant tendrement sa main sur l'avant-bras de Chat Noir. « Je t'ai, je ne peux le dire à personne et tu… »

Ladybug s'interrompt brusquement.

Sa gorge se serre, sa poitrine se comprime, et la soudaine impression d'étranglement qui noue ses cordes vocales l'empêche de poursuivre.

La jeune femme prend une profonde inspiration, autant pour tenter de chasser ces sensations qui l'oppressent que pour essayer de ne pas craquer un peu plus encore.

« Et tu me manques, Chat », confie-t-elle d'une voix tremblante. « Tu n'as pas idée à quel point tu me manques », appuie-t-elle, alors que le sourire mélancolique qui se dessine sur les lèvres de son partenaire lui confirme qu'au contraire, il ne le sait que trop bien. « Le fait que tout le monde n'arrête pas de me parler de ma vie amoureuse rend les choses mille fois pire. Dès qu'on me dit qu'il faut absolument que je sois en couple ou dès qu'on me parle d'un potentiel petit copain, ça me fait penser à toi et c'est… c'est difficile, Chat. »

« Je te comprend », lui murmure Chat Noir dans un souffle.

Se sentant de plus en plus nerveuse, Ladybug prend une nouvelle inspiration.

Le moment est venu pour elle de se jeter à l'eau.

« On ne peut pas se dire qui on est », commence-t-elle en se tordant fébrilement les doigts. « Alors je… Je me disais que si mon entourage me fichait la paix avec ma vie sentimentale, je vivrai peut-être un peu mieux le fait de ne pas pouvoir te voir sans nos masques ou de ne pas pouvoir parler de toi. Mais ils ne m'écoutent pas quand je leur dis que je veux qu'on me laisse tranquille », poursuit-elle à un rythme de plus en plus rapide, les mots se bousculant pour s'échapper de ses lèvres. « Du coup j'ai pensé à un plan, parce que je pense toujours à des plans. Sauf que je ne sais pas si tu seras d'accord mais je tenais absolument à t'en parler avant de faire quoi que ce soit et je comprendrais tout à fait que tu sois contre parce que c'est vraiment une idée bizarre – genre, très, très bizarre-, mais je n'ai pas trouvé mieux et je ne sais pas quoi faire d'autre tant qu'on ne connaîtra pas nos vraies identités et je… »

« Ma Lady », la coupe gentiment Chat Noir, saisissant délicatement l'une de ses mains pour la serrer dans la sienne. « Du calme. Tu t'emballes. »

Aussitôt, Ladybug se fige comme un animal pris dans la lumière des phares.

« Oh, pardon », s'excuse-t-elle en s'empourprant délicatement sous son masque.

Doigts agrippés à ceux de son partenaire, la jeune femme ferme les yeux quelques instants. Elle inspire, expire, se focalisant sur la douce caresse du pouce de Chat Noir sur le dos de sa main pour se forcer à retrouver son calme.

Au bout de quelques secondes, elle laisse échapper un dernier soupir et rouvre enfin les paupières.

« Est-ce que ça va ? », s'inquiète aussitôt son coéquipier.

« Oui », le rassure Ladybug. « Merci, Chat », ajoute-t-elle le cœur gonflé de reconnaissance.

Alors que Chat Noir incline la tête d'un air signifiant sans le moindre doute 'de rien, ma Lady', la jeune femme reprend le fil de son discours.

« Donc », résume-t-elle. « Je pense que je vivrais mieux notre situation si mon entourage me laissait tranquille avec ma vie sentimentale. Et comme personne ne m'écoute, je me disais que la meilleure solution serait de… »

Trop gênée pour poursuivre, la jeune femme s'interrompt brusquement.

« Non, oublie », lâche-t-elle en enfouissant son visage entre ses mains. « C'est ridicule. »

Mais loin de la laisser se consumer d'embarras en paix, Chat Noir incline au contraire le buste vers elle.

« Je t'en prie, continue », insiste-t-il, un sourcil haussé en signe d'intérêt. « Tu piques ma curiosité. »

Redressant légèrement la tête, Ladybug lui jette un regard entre ses doigts. La peau de ses joues la brûle et elle est à présent certaine que le rouge de son visage concurrence sans peine celui de son masque.

« Je pensais à un faux petit ami », avoue-t-elle en laissant retomber ses mains, mortifiée.

Clairement, Chat Noir ne s'attendait pas à une pareille révélation. Il fixe sa partenaire avec stupéfaction, yeux écarquillés de surprise et bouche comiquement ouverte.

« Un faux petit ami provisoire ! », ajoute précipitamment la jeune femme, agitant les mains devant elle dans un geste défensif. « Très très faux et très très provisoire ! Juste… Imagine : je fais semblant de sortir avec quelqu'un et on rompt dans les semaines qui suivent. Comme j'aurai officiellement le cœur brisé, tout le monde me laissera certainement tranquille pendant quelques mois ! »

Chat Noir cligne des paupières une fois, deux fois, sortant lentement de son état de sidération.

« Un faux petit ami ? », répète-t-il machinalement.

« Je savais que c'était une idée ridicule », gémit Ladybug en se recroquevillant sur elle-même, le visage plus rouge que jamais.

« Et tu… tu comptes faire ça comment ? », poursuit son coéquipier en se raclant nerveusement la gorge. « Tu vas juste dire à tes amis que tu as un copain ? »

« Je… Non… », répond Ladybug en s'empourprant de plus belle. « C'est… Ma famille et mes amis sont très envahissants. Je ne peux pas me contenter de seulement leur parler de quelqu'un. Il faudra que je le leur présente. »

« Oh », lâche faiblement Chat Noir.

« C'est pour ça que je voulais en discuter avec toi avant de faire quoi que ce soit », poursuit Ladybug d'un ton grave. « On sort ensemble. Je ne vais pas fréquenter quelqu'un si ça te met mal à l'aise, même si c'est pour faire semblant. »

« Je… Je ne sais pas », réplique Chat Noir en se passant la main sur l'arrière du crâne. « J'essaye encore de me faire à l'idée. Tu… tu sais déjà à qui tu comptes demander de jouer le rôle de ton faux petit copain ? »

« Oui », approuve nerveusement Ladybug. « Je songeais à un de mes amis. »

Voyant le visage de Chat Noir se décomposer légèrement, la jeune femme se hâte de préciser ses propos.

« Je pensais à lui parce que je sais qu'il n'y a aucune chance pour qu'il s'intéresse à moi », ajoute-t-elle précipitamment. « Mais personne d'autre n'est au courant, parce que c'est un secret. Il n'y a qu'à moi qu'il en a parlé. »

Chat Noir la jauge un instant du regard, avant qu'une lueur de compréhension ne s'allume soudain dans ses yeux verts.

« Ah oui, je vois ce que tu veux dire », approuve-t-il en hochant vigoureusement la tête. « Je comprends mieux. »

« Donc… je te laisse y réfléchir ? », reprend Ladybug d'une voix hésitante.

Manifestement perdu dans ses pensées, Chat Noir laisse distraitement échapper un murmure d'approbation. Ladybug n'en ajoute pas plus, préférant laisser son partenaire à ses réflexions. Quand il sera prêt, il parlera.

Le silence songeur de Chat Noir s'éternise durant de longues minutes. De longues, longues, très longues minutes, qui ne font qu'accroître un peu plus la nervosité de Ladybug.

Puis, au bout d'un moment, un sourire malicieux se dessine lentement sur le visage de Chat Noir.

« Je suis d'accord avec toi, ton idée est vraiment bizarre », lance-t-il à sa coéquipière d'une voix amusée. « Mais en y repensant », ajoute-t-il en levant la main pour couper court aux paroles d'excuse que Ladybug s'apprête à laisser échapper, « C'est une bonne idée. Une vraie bonne idée. Ça peut marcher. »

« Donc tu es d'accord pour que j'essaye ? », s'exclame la jeune femme.

« Mieux encore », réplique Chat Noir avec un clin d'œil espiègle. « Si tu es d'accord, j'aimerai tenter le coup moi aussi. »

Passé l'instant de surprise, Ladybug laisse échapper un petit rire.

« Je serai mal placée pour te dire que je suis contre le fait que tu t'engages dans fausse relation », lui fait-elle doucement remarquer.

« Je ne ferai rien qui te mette mal à l'aise », rétorque Chat Noir en s'emparant de sa main pour y déposer un léger baisemain.

« Je sais », approuve Ladybug avec tendresse. « Mais je… j'ai confiance en toi. C'est juste une mise en scène pour qu'on nous laisse tranquille, et je pense que tu en as besoin autant que moi », ajoute-t-elle en serrant légèrement ses doigts entre les siens. « Donc si tu veux m'emprunter mon idée, tu peux. »

« Merci, ma Lady », répond Chat Noir. « Et figure-toi que j'ai une amie qui serait parfaite pour le rôle », poursuit-il joyeusement.

« Pas ton amie qui veut à tout prix sortir avec toi ? », s'inquiète Ladybug en fronçant légèrement les sourcils. « Encore une fois, j'ai confiance en toi », ajoute-t-elle en toute hâte. « Mais vu ce que tu me dis d'elle, j'aurai plutôt peur pour toi. Et pour ton intégrité physique. »

Chat Noir reste un instant figé de surprise, avant d'éclater d'un rire franc et clair.

« Je te rassure, je ne serai vraiment pas à l'aise avec cette idée moi non plus », s'esclaffe-t-il, le corps secoué par un fou-rire difficilement contenu. « Au contraire, j'espère que ça me permettra de gagner un peu de répit en ce qui la concerne », ajoute-t-il en écrasant une larme qui perle au coin de son œil. « Je pensais à une autre de mes amies. »

« Ah oui ? », laisse échapper Ladybug d'un ton interrogateur.

Chat Noir laisse échapper une profonde expiration, le temps de retrouver son calme, puis tourne de nouveau la tête vers sa coéquipière.

« Ce n'est pas exactement le même cas de figure que toi, je pense, mais je peux te garantir que c'est une fille qui n'a absolument aucune chance de s'intéresser à moi non plus », lui explique-t-il d'un ton résolument convaincu. « Je le sais parce qu'elle s'est confiée à moi, mais nos autres amis ne sont pas au courant. »

« Oh, je vois », murmure doucement Ladybug.

Effectivement, sa situation diffère légèrement de celle de son coéquipier.

Elle a la chance de connaître un garçon trop amoureux de sa compagne pour qu'elle-même ne présente pas le moindre attrait à ses yeux, mais si Chat Noir a quant à lui une amie qui n'est secrètement guère attirée par la gent masculine, cela fait également très bien l'affaire.

Les deux héros restent un instant silencieux, réfléchissant tous deux à cette aventure improbable dans laquelle ils songent à s'engager.

Ladybug est surprise que son coéquipier ait été d'accord pour qu'elle prenne part à un plan aussi absurde, et plus étonnée encore qu'il ait lui-même décidé d'adopter son idée. Mais si elle mentirait en affirmant ne pas se sentir fébrile à l'idée de monter de toutes pièces une fausse relation, elle se sent aussi curieusement soulagée.

Elle a confiance en Chat Noir. Elle a confiance en Adrien. Elle a confiance en son couple.

A présent, si Adrien accepte de jouer la comédie pour elle, elle tient peut-être une occasion inespérée d'avoir enfin la paix sur sa vie sentimentale.

Elle n'en demande pas plus.

« Si jamais nos amis acceptent de nous aider, je propose qu'on se mette d'accord sur les limites à ne pas franchir », reprend-elle d'une voix pensive, tentant de visualiser toutes les ramifications qu'entraînerait son étrange plan. « Enfin, sur nos ultimes limites, qu'on pourra toujours revoir encore à la baisse selon ce qui convient à nos complices potentiels. »

« Oui », approuve Chat Noir en hochant la tête. « En ce qui me concerne, je n'ai rien contre le fait de faire la bise à mon amie ou de lui tenir la main, mais je ne suis pas à l'aise avec l'idée de l'embrasser. Et je… je ne suis pas à l'aise à l'idée que tu embrasses quelqu'un d'autre, pour être honnête », ajoute-t-il en se passant nerveusement les doigts sur l'arrière du crâne.

« Pareil pour moi », approuve Ladybug avec une grimace.

L'adolescente qu'elle était autrefois n'aurait jamais cru qu'elle puisse un jour penser ça, mais elle refuse catégoriquement l'idée d'échanger le moindre baiser avec Adrien.

Et ce, même sous couvert d'une fausse relation.

« Pas de baisers », insiste-t-elle d'un ton catégorique, ses yeux bleus luisant d'une détermination sans faille.

La réponse de Chat Noir à déclaration est le plus lumineux des sourires. Le jeune homme laisse échapper un petit rire satisfait, se penche vers elle et dépose une rapide bise sur sa tempe.

« Je suis content de voir que tout ceci n'est pas qu'un sombre plan pour embrasser d'autres garçons que moi », la taquine-t-il gaiement.

« Comme s'il pouvait y avoir la moindre chance pour que je puisse avoir envie d'être avec quelqu'un d'autre que toi », réplique Ladybug avec un reniflement indigné.

« Le contraire me chagrinerait », rétorque aussitôt son coéquipier. « Et un chat chagrin, c'est vraiment tout sauf charmant », ajoute-t-il sentencieusement.

Ladybug le fusille du regard, relevant le menton dans une parfaite illustration de la dignité outragée. Puis, incapable de garder son sérieux plus longtemps, elle éclate de rire et donne une bourrade amicale sur l'épaule de son coéquipier.

« Idiot de Chat », lâche-t-elle à un Chat Noir rayonnant de fierté.

Alors que Chat Noir se met à rire à son tour, la jeune femme bouge légèrement sur elle-même, se rapprochant de son compagnon jusqu'à ce que leurs hanches se touchent.

Elle se penche pour laisser sa tête reposer contre son épaule, puis pousse un léger soupir.

« C'est vraiment bizarre », confie-t-elle dans un souffle, le regard perdu sur la ville. « J'ai l'impression qu'on est en train de planifier notre future infidélité. »

« C'est pour la bonne cause », réplique Chat Noir en la serrant doucement contre lui. « Une fausse relation, une vraie rupture, et hop, on gagne chacun quelques mois de tranquillité. »

« Oui », approuve Ladybug. « Donc, je récapitule », poursuit-elle d'une voix plus ferme, plaçant une main devant son visage pour lever un doigt à chaque nouvel élément. « Se faire la bise : ok. Des petits contacts comme se tenir la main ou le bras : ok », continue-t-elle en cherchant Chat Noir du regard pour guetter son approbation.

Voyant le jeune homme effectuer un bref geste du menton en signe de consentement, elle poursuit son énumération.

« Un bras autour de la taille ou des épaules ? », ajoute-t-elle d'une voix interrogative.

« S'il le faut, mais si je peux je préférerai me limiter à se tenir la main », concède Chat Noir avec un léger haussement d'épaule.

« Pareil pour moi », confirme Ladybug. « Et tout le reste est proscrit, pour toi comme pour moi. On est d'accord ? »

Un dernier hochement de tête de Chat Noir achève de sceller leur étrange marché.

« On est d'accord. »