11 - Mal partis, mal barrés
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— Mais où on va là ?! s'écria Tulio, à bout de nerfs. Il ne comprenait pas ce que tentait de réaliser Youssef en évitant scrupuleusement l'autoroute. L'anxieux avait escompté une bonne marge d'avance avant d'embarquer dans l'avion, histoire de se préparer psychologiquement - ou d'empirer sa gestion du stress. Plus le taxi de Youssef se faufilait dans les rues et avenues de Séville Est, plus cette marge s'amenuisait en une boule de papier que Tulio écrabouillait furieusement dans ses mains.
— Ah ! Grande question existentielle. Si vous m'demandez mon avis, moi j'pense que la société humaine tend à évoluer beaucoup trop rapidement et va finir par se casser la gueule à cause du capitalisme et de cette soif de progrès intrinsèque à l'homme, ensuite y aura des mouvements communautaires utopiques et extrêmes qui vont partir en sucette, comme le film avec Di Caprio là, sur leur plage à la con…
— On s'en tape de ton avis, Djimmi ! le foudroya Tulio sur place, Djimmi sursauta en tenant son sac de manière maniaque, contre son torse. On s'en tape, on s'en tape !
— C'est vous qui me tapez sur le système ! Je vous abandonne au bord de la route si ça continue ! menaça Youssef.
Seul Miguel, avachi contre la vitre, conservait un self-control parfait. À sa droite Djimmi qui palabrait pour faire inutilement la discussion. De l'autre côté, Tulio n'appréciait pas ce changement de trajet, il ne saisissait pas. Miguel pouvait lire en lui. Qui a filé les armes aux gitans ? Les flics vont-ils venir nous prendre dans leurs filets ? Le blond n'avait cure des réponses, il existait tant de choses dont il ignorait les origines, ça ne l'empêchait nullement de vivre contrairement à son confrère. C'était un mélange de colère et paranoïa qui mettait le feu à ses poudres.
Si Tulio n'entrevoyait pas les réponses, il demeurait incapable de concevoir un plan, il risquait de se faire baiser sans qu'il puisse trouver un revers à la situation. Chose qu'il ne digérerait pas. L'A4 restait périlleuse, gardée de tous les côtés, chaque vigile protégeait les péages et les sorties de leurs barrages dissuasifs. Les chances de déjouer cette autoroute semblaient aussi minces que celles de gagner à la loterie. Ce radeau de la Méduse déguenillé, avec à son bord un vieil arabe emmerdant son monde pour capitaine, et en passagers, un gitan noir diplômé d'un master d'histoire moderne ( fournisseur de cannabis à temps complet ) et ce duo de chevelus désaccordés à qui la malchance imminente se fondait tel un faucon vers sa proie ; comment voulez-vous qu'ils passent outre le délit de faciès ?
Une dame équipée de son cadis en tartan duquel débordait une miche de pain s'engagea sur le passage piéton. Lentement. Youssef utilisa cet arrêt pour clarifier un message auprès des deux zozos qui lui torturaient les tympans.
— Ce taxi… est bourré de choses compromettantes. Le genre de choses, que si les flics débusquent, nous enverraient en taule pour une quarantaine d'années, p'tête même plus. Oh, moi je casserais ma pipe avant de finir mes années. Vous, vous les sentirez passer.
Grand silence monastique.
— Qui est le chauffeur ici ?!
Visages de cire complètement stupéfaits.
— QUI EST LE SATANÉ CHAUFFEUR ICI ?! vociféra-t-il en se désignant de l'index. Miguel souriait, y avait du drôle là-dedans.
— Okay ! Okay ! capitula Tulio.
— C'est toi le patron Youssef, hein, assurément, on va pas t'fâcher ! soutint Djimmi qui ne cherchait, ô grand jamais la merde ! - ce n'était pas comme si la merde dressait en permanence son chemin dans sa direction.
Le conducteur derrière eux poussa un coup de klaxon envers le taxi statique, bien après que l'ensemble des piétons de ce trottoir eut le temps de passer. Youssef râla après le type, en balançant sa main, redémarra et s'engagea dans une autre rue labyrinthique.
Tulio se pencha afin d'évaluer s'ils étaient dans les temps. Il ne restait que trois quarts d'heure. Elle devait avancer ou reculer de plusieurs minutes. Impossible qu'il s'agisse de l'heure pile. La main devant la bouche, il masqua ses ruminations. Les rues avaient beau décuver en populace, les feux rouges et les nombreuses priorités ne rendirent pas le trajet moins chronophage.
Ils passèrent par un rond point plus important, puis par un autre, le plus imposant de tout le quartier est de Séville, situé à l'extrême sud-est, et suivirent la rue Camino Cortijo Luis qui s'étendait, se concluait par un des nombreux ponts qui ornait le Guadalquivir. De son imitation fer forgé vert et sa sobre nudité, il supporta deux voitures et un taxi jaune. De la banlieue, on se retrouvait dans un espace séparant les zones rurales des zones industrielles. La mauvaise herbe pâlotte s'étalait au bord des fossés profonds, creusés à la force des pelles mécaniques ; les champs verts de betteraves à perte de vue, le ciel bleuté, et le goudron gris donnèrent de la monotonie au paysage. Miguel n'en fut plus que détendu. Le silence s'était enfin imposé.
L'esprit posé, Tulio discerna enfin le trajet. Youssef avait quitté le quartier est sans continuer par Torreblanca, coin abrupt privé de grâce bucolique. Tandis qu'ils longèrent la route très allongée et étroite encadrant le canal, une impressionnante sarabande de goélands tournoyaient à travers le vent froid et salé. Miguel ouvrit la vitre, y passa la tête, ses cheveux fouettant par moment son visage.
Sensible aux sons qu'ils l'entouraient, il écouta la mélodie de la route. Le vent, les cris stridents des goélands, la radio de Youssef retransmettant la voix énergique de Carlos Tinoche aux infos de fin de matinée, le bourdonnement du moteur élimé, le grondement d'un avion déchirant le bleu du ciel pour se poser sur la prochaine piste d'atterrissage.
« … à Santa Clara. Le suspect âgé de quarante-sept ans a été reconnu par une employée au guichet. « Malgré la cagoule, j'ai pu reconnaître la voix de Fernandò. Jamais je n'aurais pu croire qu'il ferait une chose pareille. C'est un homme fort serviable et droit. » Grâce à l'identification des plaques d'immatriculation, la police a pu localiser l'homme le matin même. Au moment où je vous parle, la police est en train de le poursuivre dans une course effrénée ! Rejoignons de suite notre envoyé spécial à bord de l'hélicoptère de police ! »
Tulio eut un gémissement libérateur.
— Han... C'était pour ça, les flics ! Ah… Ah, ce coup de flippe.
Cool, pensait Djimmi aigri. Les miens que je renie ne seront pas vengés.
— Parmi toutes les banques de ce pays, il a braqué celle où tout le monde le reconnaîtrait. Tu en veux de l'imbécile pur tartare ? rigolait Youssef. Un néophyte pareil, la police va vite mettre la main dessus.
Miguel rentra la tête et referma la vitre à l'aide de la manivelle. Ce fond de tranquillité s'entachait d'une odeur âcre provenant à la fois des eaux du canal et de la pollution causées par les avions. Il ricana : « Si c'est le poste 2 ou 4, le gars il peut partir aux Caraïbes les doigts dans le nez. »
— À Curaçao, blanchir son argent, poursuivit Tulio, la voix basse. [...] Ce n'était pas une mauvaise idée de passer par là.
— On est tous pétris de défauts. Le tien est de ne pas faire confiance au chauffeur, répondit Miguel à la place de Youssef.
— En plus, on évite l'A4. C'est vraiment parfait.
— Curacao, c'est l'alcool bleu aussi, nan ?
Les deux hommes fixèrent Djimmi avant de se moquer de lui.
— Ça se laisse boire si tu as l'habitude de te mettre minable à shots de Cointreau et de détergent WC.
— Après, tu pisses bleu pendant trois jours.
— Roohh, me prenez pas pour un con les mecs, vous m'faites marchez !
— Tu demanderas à Rick, l'expert en la matière.
« Guys, I know it's weird but I pissed Yves Klein's blue. I bet you don't fuckin' care BUT MY PISS WAS BLUE ! » qu'il disait à moitié-bourré, à moitié affolé. Miguel s'était pris d'un fou-rire incontrôlable, lui aussi un peu mité par la boisson. Tulio le harcelait en tirant les manches de son T-shirt pour que son compagnon de perdition lui fasse une traduction complète. Plus il lui criait ce qu'il avait l'aut' con d'Amerloque, plus il repartait dans son rire enfantin, pour finalement gueuler à qui veut l'entendre dans le bar : « SA PISSE EST BLEUE ! » causant un silence extrêmement gênant dans tout le bar.
Djimmi resta stoïque face à cette anecdote. Connaissant le Ricain et la vie burlesque de Miguel & cie, ça aurait pu être vrai. Il doutait en fait de la perception de deux personnes très bourrées et de la véracité de leurs propos lorsqu'elles avançaient que la pisse de l'un était bleue et que l'autre trouvait que c'était l'évènement de la soirée à fêter en priorité. Ne préférant pas s'éterniser sur cette histoire, il rebondit sur le sujet.
— Curaçao, c'est là où a été inventée la boisson ?
— Oui, c'est une petite île au nord du Venezuela. Un petit paradis fiscal au milieu de tant d'autres dans le golfe du Mexique. Architecturalement, c'est plutôt joli.
— Tu penses qu'elle nous emmènera là ? s'interrogea Miguel en parlant de l'ex petite-amie de Tulio.
— J'ai pas la moindre idée de ce qu'elle trame et ce qu'on y fabriquera. C'est ça qui me fait le plus frémir dans cette affaire. Je n'ai pas plus envie de me faire tuer par Cortès que de faire confiance à la femme qui m'a laissé tomber. Elle m'a juste donné l'adresse de sa villa pas loin de Caracas rien de plus. En échange, elle voudrait que je lui rende un service. Je prie pour qu'elle ne me demande pas quelque chose de tordu, je le sens venir.
— Paraît que le Venezuela c'est pas hyper stable, disserta Djimmi. Ils se traînent une crise économique et des coups d'État tous les quinze du mois depuis la fin de leur dictature. Entre ça, les catastrophes naturelles, les inégalités, c'est un peuple constamment sur le qui-vive.
— Mexique aussi, ça doit être chaud.
— Laisse tomber mon gars. Le nord du Mexique, tu n'y mets pas les pieds. De plus, expliqua Djimmi en s'étirant en long et en large, Bill Clinton va terminer son mur à la frontière. Entre l'infiltration sauvage des migrants et de la drogue, c'est toute une guerre au programme, les civils n'ont pas fini d'en pâtir. Les flics, l'armée, tout y passe, ils cherchent même à dégager les politiciens véreux coincés dans des affaires de fraudes fiscales ou de blanchiments d'argent. Ils ont vu ce que ça a donné avec Escobar, y tiennent pas à remettre le couvert juste à côté de chez eux. [...] Ce sont des interventionnistes à deux balles à la Nixon, à se mêler de ce qui ne les regarde pas.
— Inutile de nous divertir davantage avec tes avis socio-politiques Djimmi, on part pour se planquer, pas recréer des vagues.
— Le Venezuela, c'est pas loin des pays là où ils chassent le communiste en guérilla ?
— Miguel, tu me fatigues.
La radio fut éteinte, Youssef rebrancha ses écouteurs. De plus en plus d'infrastructures de logistiques s'implantèrent dans le paysage. L'aéroport n'était qu'une petite maquette à l'horizon se rapprochant dangereusement de Tulio. Son estomac se noua. Il préféra se concentrer sur autre chose et sollicita l'avis de Djimmi sur les faits récents.
— Tu penses réellement Djimmi que Cortès ait fait le ménage pour s'attirer les voix du peuple en organisant ce traquenard ?
— Bah, concrètement, tu vois les boulets ataviques que je me suis tapé pendant des années, je les crois incapables de s'organiser de la sorte. Y a quelqu'un qui tire les ficelles. Pas forcément Cortès. Si ça se trouve, c'est L'ETA.
— L'ETA ? Tu plaisantes ? C'est pratiquement fini tout ça, il y a deux, trois clampins isolés qui s'arrangent leur petite terreur. Ce n'est pas avec Cortès qu'ils vont bombarder Séville. Ils sont foutus au nord ou à Madrid, ils ne viendront pas en bas.
— Bien sûr ! Y en avait certainement pas en Uruguay l'année dernière, nan.
— En tout cas, ce n'est certainement pas Cortès qui filerait des armes à l'ETA. Cette probabilité, elle dégage. Je me demande bien l'intérêt de raser un camp de gitans même si, Dieu seul le sait, il se présentait ou non aux législatives.
— L'immunité politique mon gars, l'immunité politique, répéta Djimmi.
— Cette histoire est loin d'être claire.
— Et si c'était des ennemis à lui venus foutre la merde ?
Tulio se pencha pour observer la constatation flegmatique de Miguel. Le blond lui adressa un regard coulissant.
— Tu ne trouves pas ça bizarre, le procureur qui se fait descendre ? La visite de Al Puerto au Mishap ?
— De là à dire qu'un complot s'orchestre contre Cortès c'est…
— J'y étais. Cortès était là, à menacer Lazar, qui lui tenait tête. Il a retiré une valise en prétextant qu'il pouvait enfin se rendre chez le juge.
— Si ce que tu dis est vrai, quelles corrélations peux-tu mettre en évidence ? Aucunes ! Cortès a des tonnes de choses à régler de son côté ! Des procès à magouiller, des juges à corrompre !
— Il avait parlé du Mexique.
Dès lors que Miguel jeta ses mots, le regard de Tulio devint translucide. Il voulait contester, ces propos tenaient de la machination, trop tard, il lui a supplanté les graines du doute dans son esprit. Il semblait perdu, ne sachant quoi répliquer. Miguel le soutint de son regard, dur. Si tu continues à te prendre la tête pour prédire les prochains coups de Cortès, tu vas te rapprocher de plus en plus de lui pour le surveiller. Vous serez toujours enchaîné l'un à l'autre. Cesse d'essayer de tout contrôler, bordel ! Tu n'es pas en train de jouer aux cartes !
Tulio rabaissa les sourcils, bouche scellée. Tu ne peux pas me demander de penser à autre chose, Miggy. Je suis désolé, je peux pas.
L'air exaspéré, il planta son regard plus profondément à l'intérieur des iris de son ami. Ils avaient la couleur de la brume d'automne, dotés de maigres touches de pervenche autour de la pupille.
Je ne peux pas m'arrêter Miggy. La machine ne fait que tourner au fond de mon crâne. Les yeux brillants, scintillants. Miguel sentit une aiguille plantée dans son sternum. Aussitôt, ses mâchoires se desserrèrent et son regard gagna en clémence.
Je sais. Je l'entends d'ici. Elle fait un vacarme d'enfer.
Il y en avait un au milieu assez gêné de se retrouver en plein milieu d'une conversation mentale, sans paroles, sans mouvements. Oh putain, ils recommencent leur truc chelou ! Les bétazoïdes sont de retour !
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Djimmi fixa l'horizon à travers le pare-brise pour ne pas subir le malaise. Il leva un peu ses fesses, se pencha en avant, la tête au niveau des oreilles de Youssef arrachant les écouteurs de ses oreilles, les flanquant sous le siège conducteur.
— (Kh)ra ! pestifera-t-il, en roulant bien son R.
— Kessifout' ?! s'épouvanta le dealer.
Cette préoccupation aussi brusque que inattendue fit sortir le duo de leur bulle. Tulio reprit son air contrarié.
— Quoi ?! C'est quoi le problème ?
— C'té une erreur d'avoir embarqué avec vous les mecs.
Youssef ralentit. Miguel passa la tête à côté du siège avant vide. Une Volvo blanche repartit tandis que la minuscule Renault grise à l'arrêt alluma ses warnings. Le premier policier remit la barrière de fortune rouge et blanche alors que le second intima le conducteur de baisser sa vitre.
— Chaque fois que vous traînez avec moi, chaque fois, pesta Djimmi en pointant du doigt l'homme à sa gauche, LUI, y se démmerde pour me refiler sa poisse comme une pute ferait don de sa syphilis !
Tulio blessé par cette comparaison grossière ne put que sortir une onomatopée, offusqué. Miguel reprit sa place, lui fit un rapport concis de la situation. Quelque chose l'aspira de l'intérieur, de l'intérieur de son corps, de l'intérieur de son esprit. Qu'importe où il était, qu'importe ce qu'il faisait, l'Univers gardait un oeil sur lui, l'Univers ne le quittait pas. Miguel observa Tulio, il lit en lui le début de son mélodrame classique " Pourquoi c'est, à chaque putain de fois, pour ma pomme ?! ". Il le rassura tant bien que mal. Ce n'était pas le moment que Tulio craque. Ils leurs restaient encore du chemin. Après tout, ils avaient ce putain fabuleux avion à prendre.
Le grand stressé lorgna à la fenêtre, déglutit péniblement si bien que sa gorge avait l'air un tuyau d'aspirateur s'étouffant avec une paire de chaussettes sales. L'Univers avait parlé pour lui ; les flics constitueraient une étape obligatoire dans leur trajet. Il l'avait su depuis le début : à ce stade ce n'était plus de l'intuition, c'était de la prémonition.
— Ça va aller, répéta Miguel. On va avoir affaire aux boulets. C'est logique. On va avoir affaire aux boulets.
Tulio eut bien envie de lui répliquer qu'aucun supérieur hiérarchique censé irait mettre ses plus mauvais larrons aux portes d'un aéroport si quelque chose de grave risquait de s'y produire. La logique restait profondément enraciné dans son monde, les choses devaient se dérouler de manière rationnelle ou sinon elles ne suivraient pas leurs cours. Ces temps-ci, la logique l'avait si souvent cocufié avec l'absurde qu'il ignorait à quoi s'en tenir. Et s'ils avaient un chien pour la drogue ? Et s'ils mettaient la main sur les diamants ? Il posa la main sur son flanc, agrippant la poche intérieure de son par-dessus.
Les trois passagers sursautèrent quand un policier tapa au carreau de la vitre arrière. Miguel ouvrit la vitre manuellement. Un autre policier se mit à interroger Youssef à la vitre avant, il lui remit son permis de conduire.
Le blond eut le souffle court. Comme s'il avait vu le plus beau des arc-en-ciel. Il eut un sourire sincère qu'il n'efforçait pas de masquer. Apparement, ce flic suscitait bonne augure. Tulio pencha la tête et examina la moustache de ce policier. Oui. Oui, il s'agissait du même !
— Oh ! Nice to meet you again ! s'exclama Miguel.
Le flic abasourdi bégaya, l'expression faciale à l'arrêt. Miguel hésitait à interpréter ça de deux manière. Ce brave policier, quelque peu simple d'esprit du poste 4, ne s'attendait pas à retrouver les anglais qu'il avait rencontrés lors de la nuit du cambriolage. Drôle de chose qu'il les aient fait partir par l'intermédiaire d'un taxi et de les croiser à bord de ce même taxi conduit par le même chauffeur ! Ses pensées étaient si limpides qu'il aurait pu s'écrier « Oh non, pas les anglais ! » à voix haute. Résonnait dans ses balbutiements un brin de honte qu'il ne parvenait pas à dissimuler. Il ne pompait rien à l'english, il allait encore se ridiculiser. Les anglais demeuraient des gens à la courtoisie inflexible, aimable au possible, ils ne se moqueraient pas de lui. C'était juste qu'il aurait l'air d'un con à tenter de parler avec eux. Il ne parvenait pas à se défaire de ce sentiment d'humiliation quant à son incapacité à communiquer dans leur langue.
Miguel jubilait sur place tandis que Tulio se concentra sur les futures actions du maître de la situation. Il devait s'assurer que la supercherie restait la plus crédible de toutes.
— Vous allez à l'A-É-RO-PORT ? se risqua le policier d'une voix forte et articulé, le rouge aux joues. Ce gars faisait pitié à Miguel, dans le bon sens du terme.
— Yeah, the airport exactly ! But, may I ask you mister, please, what's going on here ? Nothing alarmous, isn't it ? It's the second time we try to take the flight, our first was cancelled since the thunderstorm last week. We must be disappointed a lot if we miss that one too !
Tête du flic. Il faut que j'aille m'allonger deux minutes.
— A-É-RO-PORT ? répéta t-il.
— Siiii… Aéropwerto.
— Goode ! Vous avez vos passeports ?
— Si, si ! Passport !
L'évidence retomba quand les yeux de Tulio l'exécutèrent sans aucune forme de procès. Tellement estomaqué de la bourde de l'homme sur qui il avait tout misé, il ne lui vint pas - encore - à l'esprit de le gifler jusqu'à ce que mort s'ensuive. Il eut l'impression de revivre la scène avec Altivo détalant à toute vitesse du champ de course. Surréaliste. Miguel se tourna vers lui avec ses yeux verts aux pupilles immenses, il sortait son stupide regard de labrador attendrissant. Il avait merdé, il le savait, il avait essayé, il était désolé.
Tulio était convaincu d'une chose en ce moment précis. Miguel n'avait pas sur lui les papelards qu'avait confectionné le Ricain. S'il ne les avait pas pris, lui non plus. Bon sang de merde, il fallait toujours qu'ils oublient un truc ! Impossible de se faire passer pour des rosbeefs avec leurs véritables identités. Balagero et Coroda. Aucune ambiguïté ne serait admissible. Ils allaient se faire embarquer pour faux papiers et une fois au poste de police, ils seraient à la merci de Cortès. L'odeur des eaux croupies du Guadalquivir remontèrent jusqu'à ses narines. Il imaginait la texture, le goût de la vase et de la boue s'insinuer dans sa bouche, barbouiller son cadavre noyé et corrompre ses viscères.
À deux doigts. À deux doigts.
Cependant, il en oublia presque qu'il lui restait un joker encore en jeu.
— Vlà le mien, msieu, dit Djimmi en tendant son passeport. Y s'périme que dans deux ans.
— Oui, il est en règle. Attendez, vous n'êtes pas anglais vous ?
S'il y avait bien un personnage capable de retourner la situation comme une crêpe, c'était bien LEUR gitan à eux. Djimmi sentit une incroyable aura stimulante, cette aura qu'il connaissait au moment où son père indigne le suppliait de rattraper un coup qu'il avait lamentablement foiré parce que c'était son daron, rien de moins qu'un demi-globule, qu'il se demandait qu'elle était sa mission sur Terre à part se faire TOUT LE TEMPS sauver les miches par son fils unique.
— Bah, j'dois bien avoir un gêne anglais qui se balade quelque part dans mon caryotype mais si telle est la question, non, je ne suis pas un buveur de thé, brada Djimmi avec sa tchatche habituelle.
— Et ils sont avec vous ceux-là ?
— Ouais, pour le mois. Ils ont acceptés de me rendre visite dans le cadre d'un programme d'études pour mon mémoire de fin d'année. Je l'ai dans mon sac, si vous voulez j'vais vous l'montrer, attesta-t-il en fouillant exagérément. C'est sûr le communisme d'après-guerre et de quelle manière ça a fait évolué les gouvernements monarchiques…
— Non, non, ça ira, le coupa net le flic. Tout ce que je veux c'est leurs papiers. Nous devons nous assurer de contrôler tout véhicule suspect.
— Quoi ?! Quoi ?! Comment ça, il est suspect mon véhicule ?!
Le deuxième atout dans la manche entre en lice.
— Monsieur, baissez d'un ton !
— Je suis un honnête chauffeur de taxi ! J'ai fait la guerre d'Algérie !
Débuta alors un scandale à la Youssef dont il était expert. Sa mauvaise foi s'opposait à toutes formes d'injustice ( un arbitre vendu par exemple ) ou toutes figures d'autorités ( les services après-vente, les fonctionnaires, ses meilleurs amis la flicaille... ). Il demeurait le type qui irait jusqu'à mourir pour arracher le dernier mot - ce qui ne semblait pas tout à fait approprié puisque qu'il ne préférait pas en arriver là, disparaissant tel un magicien derrière un rideau de fumée, laissant son monde dans la crise embarrassante qu'il venait de pondre. Djimmi fut encore plus blasé que d'habitude. La Conjuration des Imbéciles existe réellement.
— Okay guys, give them your ID cards or whatever.
Tulio asséna une pluie d'aiguilles à travers son crâne par la seule force de son ressentiment. Miguel et Djimmi se tournèrent vers lui en y sollicitant la manifestation d'un éclair de génie. Allez-vous faire foutre, lui répondirent ses yeux. Sortez-vous de cette merde seuls ! Miguel l'engueula en anglais, Tulio lui balança sa véritable carte d'identité entre les jambes, glacial. Le flic se mit à les inspecter et évidemment il y trouva quelque chose à redire. Les gens étaient sans doute stupides, les prendre pour plus stupides qu'ils ne l'étaient, c'était se faire griller d'une manière encore plus idiote que cette engeance naïve au possible.
Tulio fut tellement saoulé qu'il pourrait réaliser le miracle de scinder un parpaing en deux par la force de son esprit. Ou par la terrible migraine que lui flanquait cette situation ridicule.
Djimmi s'éclatait à jouer au traducteur, à se mêler à l'embrouille.
— Y vous disent qu'ils sont espagnols. Vous avez du bol qu'ils ne captent pas trop ce que vous dites, sinon ils se seraient véxés - surtout le grand au fond ! Leurs parents ont dû quitter l'Espagne dans les années cinquante parce qu'y avait plus de travail pour eux et y crevaient la dalle. Et c'est pas faute aussi qu'ils ont failli se faire fusiller, ça change radicalement les idées pour s'expatrier.
— Sur la carte d'identité, il stipule que vous habitiez bien en Espag…
— Oui, ils viennent ici pour recouvrir la nationalité. Maintenant que Franco n'est plus là et que le pays se porte un peu mieux, ils espèrent revenir ici car la situation inverse se présente. L'immobilier flambe au sud de l'Angleterre, impossible de trouver un logement décent si on gagne uniquement le salaire minimum, j'vous dis pas quand vous voyez pas l'bout d'la moitié du salaire minimum. Je n'exagère absolument pas ! C'est la ghettoïsation là-bas ! Y avait un article sur ça dans El Païs, le mois dernier.
— Oh… Et bien. J'étais loin de me douter, termina le flic un peu honteux. C'était juste par mesures de sécurité messieurs, je ne fais que suivre les directives. Rien de personnel.
Un souvenir de Tulio lui venait en tête. La fois où il avait remplacé les cachets pour l'arthrose d'un professeur de français abominable par des somnifères afin d'éviter la dictée surprise afin de partir plus tôt jouer au foot avec l'autre classe de l'école primaire. « Votre professeur ne peut pas assurer son cours », ça c'était une bonne phrase à entendre. Et là, c'était pareil. Son anxiété et sa colère s'évanouissèrent graduellement.
— Puis bon, vous avez l'air étranges mais pas méchants.
Tulio lutta de toutes ses forces afin de rester impassible. Il aurait entamé une danse de la joie ridicule, un doigt d'honneur levé au ciel. Prends ça dans les dents, l'Univers !
— Est-ce qu'on peut y aller, OUI ou NON ? s'impatienta le chauffeur.
— Un problème, Toncès ? demanda un policier qui se rapprochait.
Le dénommé flic porte-bonheur Toncès se retourna vers son prétendu collègue arborant l'écusson du poste 2. Il pesait moitié moins que le moustachu. La chemise de son uniforme était tellement large qu'il semblait porter un poncho, un mexicain de western spaghetti ne se serait pas mieux fagoté. Il scruta Tulio à travers la vitre avec son nez en forme de bec d'oiseau. Le menton de Tulio reposait dans sa main, coude sur sa cuisse. Djimmi se curait les ongles en baillant et le blond qui lui souriait innocemment.
Une petite minute. Le blond qui lui souriait innocemment ?!
Il le dénonça de son index en s'écriant : « C'est lui Toncès, c'est lui ! »
Miguel perdit son sourire candide tandis que Tulio sursauta, manqua de se cogner la tête contre le toit de l'habitacle. De sa longue expérience, Djimmi sentit la merde poindre vers le ventilateur, un peu comme quand un de ses contacts pressé par les poulets essayait de l'embrouiller, qu'il tente de le faire monter dans le panier à salade garé de l'autre côté de la rue. Youssef poussa le soupir le plus expansif de la journée. Toutes ces conneries les retardaient. Dans l'incapacité d'allumer la radio pour assister à la course hippique, il coupa le moteur. Ce qui rendit Djimmi nerveux.
Toncès, qui ne captait absolument rien à cet hasardeux retournement de situation, demeura apathique. Son collègue râla et leva les yeux au ciel.
— Je t'en ai parlé ce matin ! Le mec qui nous as filé entre les doigts avec le cheval !
— Ah, c'est lui ? s'étonna Toncès. On aurait cru qu'il n'aurait pas reconnu du premier coup un acteur de renom, aussitôt, une épiphanie vint l'éclairer, lui apportant le nom et le faciès ainsi que la joie d'être tombé sur une célébrité.
— Ouais, nous as bien mouché.
Dix secondes d'attente avant que le regard de merlan frit de Miguel ne rencontre nerveusement la révélation de Toncès.
— Il parlait bien espagnol, ton gars ?
— Comme tout le monde ici, j'ai envie de te dire.
— Donc… Ce n'est pas un anglais.
— Je lui ai pas couru après pour lui demander, il était à cheval !
Le radeau de la méduse déguenillé diagnostica la légendaire perspicacité du poste 2 et 4.
— I don't understand… What did they said ? demanda Miguel à Djimmi.
— I quit ! I fuckin' quit. What I'm supposed to do ? You really stole a horse ?!
— Yes, HE DID, souffla Tulio en résistant à la tentation de taper sur quelqu'un.
— He gaves me his consent ! rétorqua Miguel.
— You can't fuckin' tell man, an animal can't giva consent ! They were witness among da cops, you… You pillock !
Tulio ne savait pas traduire ce mot. Cela devait rimer avec Sherlock et signifier son antonyme.
— Hey you ! l'interpella Djimmi. Say something !
Le " Say something " n'était pas tombé dans les oreilles d'un sourd. Instinctivement, les deux flics fixèrent Tulio, s'attendant à ce qu'il sorte un anglais davantage distingué vu son apparence plus raffiné que les trois autres passagers qui l'accompagnaient. Tulio sentit un coup de pression si violent qu'il était à deux doigt de s'effondrer sur le plan physique et psychologique. La machine qui hurlait dans sa tête rejeta une quantité affolante de vapeur, se préparant à sauter à tout instant. Il ne parvint à penser à quoi que ce soit, à planifier, à argumenter et le plus inexplicable dans cette affaire, c'était qu'il y avait ce refrain à la con qui lui revenait en tête.
" All by myself " pour bien l'achever. Le titre adéquat à la situation. Son cerveau devait être parti prendre leur avion histoire de se dorer la pillule à Curaçao en laissant le quarante-cinq tour sur la platine. Il était loin à présent. Tulio se sentit misérable, rien ne sortait. La machine était vide, en panne. Miguel le vit plongé dans cet état dissociatif et s'en inquiéta. Il ne pouvait expliquer quoi que ce soit et Djimmi ne serait pas d'une grande aide.
— Et qu'est-ce qu'on fait ? On l'embarque ou pas ?
— Déjà, il faut contrôler les deux voitures derrière sinon ils vont klaxonner et moi ça me saoule. Vas-y.
Toncès râla de se faire commander par un officier d'un grade équivalent au sien. Il poursuivit ce que incombait son devoir, demandant aux gens de baisser leur vitre. Le maigrichon au teint blanchâtre s'appuya contre la portière. Son haleine empestait la clope bon marché. Un appel talkie-walkie le coupa alors qu'il souhaita intimider la vermine de Lazar. Il l'éteignit d'un geste, éxarcerbé.
— Je sais ce que vous pensez les gars. Que les mecs des postes 2 et 4, ce sont des guignols. Laissez-moi vous dire qu'il faut pas faire de généralité. J'ai eu un sacré merdier avec la hiérarchie du poste 5. Pas que j'ai des problèmes dans ma vie qui impactent le boulot, mais ça a été ça et me vl'à au bas de la chaîne alimentaire. Ce que vous savez pas c'est que le lieutenant du poste 5, il connaît bien le vieux Lazar et sa marmaille. Toi, tu devrais être mort brûlé vif sur un bûcher tellement tu as arnaqué ton prochain, et si t'es en vie c'est qu'ils ne t'ont pas encore retrouvé. Le gitan-negro là, tu t'es fait une bonne réputation auprès de tes clients, si bien qu'on entend parler de toi de temps en temps. Et enfin…
Il posa ses yeux sur Miguel. Ces sourcils blonds froncés, sérieux au possible.
— Toi là… Je te vois souvent traîner chez Lazar. T'es quoi au juste ? Un voleur ? Ce qui expliquerait la pagaille lors du cambriolage de Vélazquez.
— Minute, d'où tu connais Vélazquez toi ? interrogea Youssef. Ça veut dire que tu es dans les petits papiers de Cortès, c'est ça ?
— Ah et j'oubliais Youssef Munasif. Pas très difficile de t'arrêter pour excès de vitesse quand on sait que tu termines tes courses au Liham ou à l'hippodrome.
Youssef marmonna le nez dans son volant en médisant sur le compte du flic.
— Et qu'est-ce tu veux faire ? Faire pression sur nous ? Du chantage ? Car ça ressemble pas à une arrestation habituelle, ça !
— Mon chef est un trou du cul. Si je vous emmène au poste sans preuve concrète, il vont bâcler l'interrogatoire et vous laisser partir. On va procéder autrement afin d'éviter à tout le monde de perdre du temps inutilement.
— Qu'est-ce t'es en train de nous proposer, mec ?
Le flic se gratta l'arrière de la tête. Le teint pâle, cerné, les pupilles rétrécies sur le fond blanc empourpré de ses yeux. Il tapotait des doigts contre la porte. Au fur et à mesure que Tulio et Djimmi l'analysèrent, ils se demandèrent si ce flic ne se renflourait pas dans les caisses des pièces à conviction.
— À votre convenance. Je peux prendre l'arnaqueur au poste et vous laissez filer. Aussi je peux emmener avec moi votre ami pour retrouver le cheval que je ramènerais à Cortès, coupable en main. Ou le dealer pourrait me donner un ou deux noms juteux qui pourrait causer scandale et me donner de l'avancement.
— En fait, t'es un véreux, exécra Miguel.
— Tiens, tiens, on parle espagnol ?
Miguel se retint de le prendre par les cheveux, de lui enfoncer la tête dans la carrosserie jusqu'à ce qu'il se taise. Sa gueule et son attitude de fouille merde le foutait en rogne. Tulio fut tellement habitué à traiter avec des flics témoignant d'une loyauté stupide et sans bornes envers leur préfet de police qu'il n'envisageait pas une seule seconde la possibilité de tomber sur un pourri à son propre compte. Ça le sciait sur place. Il lança un regard à son voisin, au flic, à son voisin. Il marmonna à son voisin : « Je suis prêt à te payer pour que tu nous sortes de là. »
Le gitan se retourna vers lui, offensé. Il aurait insulté son idole, Lenny Kravitz, il aurait aussi prit cet air révolté. ( Ou son grand-père, seul être vénérable à s'être cassé à temps, évitant ainsi la déchéance de son propre camp. )
— Tu sais qu'ce sont les gros bonnets qui m'aident à gagner un salaire décent ! J'me fais de deux cent quatre-vingt mille pesetas par mois. Même si tu m'offrais la belle valise que tu dois à Cortès, ça me s'rait pas viable à long terme, oh ! le sermonna-t-il à l'oreille.
— Tout d'abord, je ne te donnerais pas la valise de Cortès, murmura Tulio à son tour.
— Sale pingre ! Va manger tes morts !
Djimmi pensait que la seule manière de s'en sortir restait de plonger sa main dans son sac, en sortir le déodorant et asperger le visage du flic pour l'aveugler. Youssef enfoncerait la barrière, ils se précipiteraient à l'intérieur de l'aéroport pour les semer. Il ne bénéficierait pas de l'effet de surprise, le pourri le surveillait de très près et il avait un beau calibre sur lui. Légitime défense, tout le monde approuverait au commissariat et ils l'auraient dans l'os.
— On va pas y passer la nuit. Votre caisse part dans dix secondes ou vous me rejoignez tous au poste. Dix…
Youssef qui simulerait un arrêt cardiaque, ça ne fonctionnerait pas non plus. L'option se prendre mutuellement en otage permettrait de s'en tirer sur la route jusqu'à ce que les flics lancent une alerte. Mauvais plan. Tulio sentit son coeur tel un bélier enfonçant son thorax. C'était dans ces moments qu'il aurait aimé se défoncer avec son pot de médocs.
Plus de solutions faciles n'étaient inscrites au registre. Il fallait s'en débarrasser d'un sinon ils finiraient tous dans une hystérie collective avant d'en venir aux mains.
— Sept…
D'un air résolu, Tulio ouvrit la portière. Tout le monde cessa de pinailler, toute leur attention se porta sur lui. Miguel le suivit du regard en silence.
— Qu'est s'y branle ?! Bordel, mec ! s'exclama Djimmi.
— IL A PAS LE DROIT DE PARLER SANS SON AVOCAT ! beugla Youssef en pointant le pourri du doigt.
Il se leva, ferma la portière fit face au flic, debout, la démarche assurée. Miguel n'hésita pas à le rejoindre. Djimmi et Youssef retinrent un juron.
— Vous avez quelque chose à me dire ?
— Moi non. Vous, peut-être, oui, insinua Tulio, posé.
Son stress se transforma en de la niaque, en de la domination. Miguel sut qu'il avait un plan. Il allait se mettre à sa mesure afin qu'ils soient synchrones.
— C'est ça, ouais, lâcha le flic sarcastique.
— Techniquement, vos accusations ne bénéficient d'aucune preuve tangible. Vos affirmations ne reposent que sur des informations non-officielles et sur un délit de faciès. Vous abusez de votre autorité pour exercer un chantage sur des civils.
Djimmi écouta avec précaution ce que Tulio récita par la suite. Une suite d'articles du règlement du Cuerpo Nacional de Policia - spécifiant les sections et les chapitres d'appartenance - qui dénonçait l'attitude scandaleuse de cet homme revêtant son uniforme de police quotidiennement. Pour sûr, le dealer allait les ressortir quand la flicaille l'emmerderait de nouveau. Seulement, le pourri n'en avait rien à cirer. Il demanda à Tulio de fermer sa gueule, que le réglement il moisissait chez lui quelque part au fond de sa commode. Seul le résultat comptait, il n'allait pas s'encombrer de règles.
— Vous savez que vous risquez une suspension si vous allez à l'encontre de ces règles ?
— Votre parole contre la mienne. Vous ne me faites absolument pas peur.
— Je pense que vous ne savez pas à qui vous avez affaire…
Le flic sursauta et s'empara de son arme lorsqu'il aperçut Tulio sortir un objet de la poche de son manteau. Il lui ordonna de poser ce qu'il détenait au sol, en douceur. Le blond eut un sursaut de surprise. Tulio enleva sa main de sa poche, la brandit à proximité de sa tête. Elle renfermait l'enregistreur audio de Miguel qui l'accompagnait partout lorsqu'il composait ses chansons à la guitare acoustique. Le flic parut épouvanté, on aurait cru qu'il allait vomir. Tulio rembobina la bande et appuya sur ►. « Mon chef est un trou du cul... » Il remit sur pause lorsque le policier reconnut sa voix. Son visage se déforma, mélange de colère et de dégoût de s'être fait piéger à son propre jeu.
— Je vous suggère de me donner ceci.
— Vous souhaitiez peut-être nous arrêter ? Malheureusement, vous n'êtes pas tombés sur les bonnes personnes.
— Donnez-moi cette foutue bande.
Youssef klaxonna. Le flic se déchaîna verbalement contre lui, se calma vite.
— Je déteste ces putains de klaxons de merde. Huit ans, huit ans à me retaper la circulation en centre-ville. Plus jamais ça !
— Si vous voulez éviter que ça ne se reproduise, vous n'avez qu'à lâcher l'affaire et nous en resterons là.
— J'ai une arme braqué sur vous !
— On s'en tape, putain ! s'exclama Miguel. Si vous lui tirez dessus, les gens que vous contrôlez juste derrière seront témoins d'un tir non-justifié ! ( Il s'approcha, l'air vraiment con, vraiment méchant. ) On est quatre dans ce tacos, alors si vous en butez un, il y en aura un autre pour reprendre la bande. Croyez-moi, si vous faites cette connerie, l'un de nous fera de votre vie un enfer.
Tous se fixèrent dans le blanc des yeux. Miguel n'était pas du genre à menacer les gens de la sorte pour obtenir quelque chose. Seulement, il y avait des jours, il y avait des gens, il ne fallait le chercher sous aucun prétexte.
Toncès arriva à petits pas, les yeux perdus dans le vide. Il se rendit compte par la suite que ces anglais devaient êtres bilingues, ils ressemblaient à de véritables españo-hablantes plus vrai que nature. Toncès exigeait, avec tact, des explications. « Il y a un soucis, Fuercànte ? ». Miguel se questionnait pourquoi les flics ne s'appelaient pas par leur prénom, il trouvait ça débile, ils n'étaient pas dans une série.
Fuercànte était grillé. Si ce creux de Toncès le prenait à conclure un marché avec ces vauriens, son grade actuel pouvait aller se jeter sous un train.
— Oui, il y a un soucis, répondit Tulio.
— Vous… parlez espagnol ?
— Et anglais, oui.
Toncès eut métaphoriquement un arrêt cérébral. Il prit son temps pour s'apprêter à poser la question, Tulio l'anticipa.
— Nous sommes actuellement des agents sous couverture. Envoyé de la DEA. Les cartes d'identités que nous vous avons donnés nous étés remises par le gouvernement américain. Nous sommes sur le point d'en coincer un avec l'aide de notre contact, Jamie Viñapintesso, qui a pu entrer dans le réseau, expliqua-t-il en désignant Djimmi.
— Un réseau de quoi ?
La perle du poste quatre en direct, pensait les deux complices.
— Ce fameux cheval que j'ai enlevé à l'hippodrome concourrait avec deux kilos et demi d'héroïne brune iranienne, renchérit Miguel.
— Ce sont des conneries, c'est le cheval de Cortès ! réfuta Fuercànte.
— Nous savons à qui est ce cheval, merci ! Ce cheval est destiné à perdre les courses pour être revendu par la suite à ce fameux contact. Nous avons récupéré l'héroïne et nous pouvons vous donner l'adresse de la vétérinaire qui a effectué la chirurgie. Cela fait neuf mois que nous sommes sur le coup, et enfin, nous arrivons à suivre une piste.
Tulio s'approcha abruptement de Fuercànte, ignorant la présence du pistolet et sa distance mortelle. Tulio dut se pencher légèrement vers son visage, il le dépassait d'une bonne dizaine de centimètres. Il le menaça dans le blanc des yeux.
— Vous vous plaignez de votre hiérarchie ? Vous allez avoir des problèmes avec la nôtre si vous entravez notre enquête. Votre préfet aura des nouvelles surprenantes.
Fuercànte ne flanchait pas, soutenait du regard en tremblant. Il lorgna sur Toncès qui resta dans son coin, ne souhaitant pas prendre part à une scène qui le dépassait complètement.
— Et tu vas rester là, sans rien dire ?! l'engueula son homologue.
— Si c'est vrai…
— NON ! NON ! Ce sont des menteurs, ils ne sont pas de DEA !
— S'ils sont sous couverture, ils ne vont pas s'amuser à prendre leurs véritables cartes. Ils ne les gardent qu'en cas de perquisition. De plus, ils sont bilingues, et la DEA reste américaine. Ça tombe sous le sens qu'ils parlent à la fois anglais et espagnol.
La main de Fuercànte lui démangeait. Tulio dodelinait l'enregistreur afin de lui rappeler qu'il disposait d'un moyen de pression contre lui.
Le véreux rangea son arme en crachant un « Fais chier ! » et s'éloigna de Tulio. Il passa son collègue et alla s'enfermer dans leur voiture de service. Ils se mirent à observer Toncès, planté là.
— Désolé, j'sais pas ce qui lui a pris. On a pas le droit de menacer les gens de cette façon. Vous n'étiez même pas armés.
— Vous devriez vous méfier de votre collègue, il a l'air trop instable pour rester sur le terrain.
— Euh… oui. J'en parlerais à mon chef.
— Et je compte sur votre entière discrétion.
— Grouillez-vous ! Si on tarde, ils vont se douter de queq'chose ! piaffa Djimmi, la tête et la moitié du corps hors de la vitre arrière.
— T'as qu'à vérifier ton gilet pare-balles au lieu de nous emmerder ! Bon, le temps presse. Nous devons vous laisser.
Toncès contempla ce tableau hollywoodien. Les deux agents de la DEA claquèrent leurs portes. Une fois à l'intérieur, le taxi hurla en première vitesse avant de faire crisser les pneus sur la route. Il partit en trombe tandis que Toncès les regarda s'enfuir en direction de l'aéroport. « Waaa… Ça, ce sont de vrais flics. » laissa-t-il s'échapper en un murmure admiratif.
-7-
Une avalanche de rire dissolva le silence. Miguel avait tiré un sourire en se retenant. Tulio l'imita, suivit de Djimmi qui éclata le premier. Youssef enchaîna lui aussi. La bonhomie et crédulité de Toncès à l'extrême, l'espèce de verreux qui sortait davantage d'une garde à vue en état de manque, le pétage de câble de Youssef, sortir l'histoire en anglais et…
— C'est n'importe quoi Youssef, t'as pas fait la guerre et en plus t'es Marocain.
— Comment ça ?! Comment ça j'ai pas fait la guerre, bien sûr que si j'ai fait la guerre ! J'étais en voyage en Algérie, et ils ont pris une femme en otage devant des gens, qui comme moi, allaient acheter le Matlouh ! Les soldats ont débarqués, ils ont tirés dans le tas ! Tu n'appelles pas ça la guerre, toi ?!
— C'est grave de la merde ton histoire, Taleb m'a raconté que c'était juste deux débiles profonds qui se battaient pour voler une chèvre, et un soldat français a tiré un coup en l'air pour qu'ils arrêtent de fout' le bordel, raconta Djimmi.
— Que Dieu lui file l'hépatite ! Il ne peut pas fermer ses doigts ?! Et pour ta gouverne, j'ai été très choqué de cet épisode de ma vie et je le mentionne douloureusement.
Tulio laissa ce vieux con de Youssef débattre avec Djimmi. Il expira longuement en s'enfonçant dans son fauteuil. Ses jambes trop grandes pour s'étirer, il les replia vers lui. Il ria tout seul en se couvrant les yeux de sa main. Ça y est. Ils étaient passés. Il fallait absolument qu'il décompresse, une tout autre épreuve l'attendait et celle-ci s'annonçait interminable. Il se ressaisit, jeta un oeil sur Miguel qui lui donna un sourire d'enfant.
— Tu l'avais depuis le début, mon enregistreur. Je n'ai même pas vu que tu me l'avais piqué.
— J'aurais parié un de mes reins que ça nous tomberait dessus. J'ai préféré être prudent.
— Tequila ?
— Tequila, lui dit-il en référence à la chanson des The Champs. Un mot en désignant d'autres. Tequila signifiait à la fois qu'il ne fallait pas s'inquiéter, que tout allait sur des roulettes, qu'ils avaient réussis bam, comò este ! Tequila formait une promesse, la promesse de ne pas laisser derrière-soi un compagnon de route et d'infortune, un serment aussi solennel et stupide que deux garçons de dix ans mélangeant leur sang en signe d'unification.
Plus que tout, Tequila demeurait un mot qu'ils s'amusaient à crier de manière totalement aléatoire et stupide.
— L'univers est sacrément tordu, ricana Tulio.
— Mon père dit que l'Univers est une pute omnipotente. Exactement TOUT passe dans ses trous, et il n'en ressort rien. L'Univers, il ne redonne plus rien à la fin, pas même l'espoir d'une nouvelle nuit.
— C'est ton père qui est tordu Miguel mais, il a raison.
Youssef s'inséra dans une file de voiture se dirigeant lentement vers l'aéroport de Séville. Il fit fonctionner son klaxon en qualité de maître. Il dut se détacher pour attraper son ticket à l'entrée. Djimmi fit mine de se boucher les oreilles quand le chauffeur lui sermonna qu'il devait lui rembourser les frais de parking.
Tout le monde mit du zèle à repérer une place. Tulio répétait sans cesse qu'ils n'allaient pas être à l'heure tandis que Youssef répétait que si. Youssef, qui insulta un couple de vacanciers allemands ayant prit sa place.
— Est-ce qu'on pourrait pas descendre, histoire que tu trouves ta place tout seul ?
— AH, je vois ! s'écria-t-il, offusqué. Les rats quittent le navire !
Ces passagers trempaient dans une fébrilité électrisante. Sans compter la cocotte-minute qu'il se trimballait à l'arrière, une chance inouïe qu'elle n'ait pas explosé dans son véhicule.
Il enverra la facture à domicile. Tulio se souvenait toujours quand il devait de l'argent et c'était pourquoi il ne payait que lorsque l'on braquait un flingue sur sa personne ou qu'on le menaçait de lui couper ses doigts. À contrario, le plus réglo de tous finissait par sortir l'argent du portefeuille de son collègue en douce pour honorer les créances. Que ce soit Djimmi ou Miguel, il avait une totale confiance en eux. L'un pour son professionnalisme en acier trempé, l'autre pour son honnêteté reluisante.
Soudainement, un doute le prit. Non, Barco Borracho avait toutes ses chances aujourd'hui de terminer en tête de classement, les flics ne remarquaient absolument pas l'herbe caché sous les sièges et le revêtement de sa voiture, les diamants ont été remis… Il vit Djimmi gravir les marches à fond de cale, allant à la rencontre d'un distributeur placé quelque part dans cet aéroport. Vint ensuite Miguel, son étui dans le dos et son sac à la main. Tulio empoigna sa valise quand Youssef se mit à remuer dans tous les sens les papiers dans sa boîte à gants. D'une grosse voix, il demanda à Tulio d'attendre.
Tulio se rapprocha de lui, éberlué. Youssef extirpa de son bordel deux étuis en cuir. Tulio examina de près l'aigle doré tapissé sur l'avant, symbole de la haute autorité américaine. La grosse plaque dans sa main reluit sous le soleil, manquant de l'éblouir par un reflet malencontreux.
— Tu te fiches de nous, Youssef ?
— Les diamants et les passeports, c'était ce que m'avait refilé Otto hier soir. J'ai flippé avec toutes ces conneries sur la route, j'ai oublié, je me suis souvenu, c'est ce qui compte.
— Bordel Youssef ! Si tu nous avais donné plus tôt ces putains de passeports, on serait passé outre les flics en un claquement de doigt AU LIEU DE TOUT CE CIRQUE !
Miguel s'arrêta net, observait Tulio engueuler Youssef. Un juron murmuré et le voilà partit pour traîner Tulio par la manche, quitte à l'assommer, avant que l'avion ne décolle réellement sans eux.
— TULIO, ÇA SUFFIT ! ON Y VA !
— Non, je n'en ai pas terminé !
Si Tulio ne le vit pas venir, Youssef assista au ralenti de la scène. Miguel posa son sac, son étui à terre, inspira, expira, descendit les escaliers, et dans la suite, le harpa au col et le colla contre le taxi. Tulio ouvrit la bouche en grand, le souffle coupé, presque noyé. La réflexion de Youssef - il a pas l'air content du tout ! - n'était qu'un euphémisme gentillet pour retranscrire son expression.
Miguel reflétait l'image du bon gamin calme capable de tout prendre sur lui. Il se doutait que Tulio avait dû lui rendre la vie infecte ces derniers temps. Il n'avait plus l'air d'un labrador réconfortant, il tenait davantage du chien qui retroussait ses babines en dévoilant ses crocs intimidants. La domination physique qu'il exerçait sur Tulio, malgré onze centimètres en moins restait fascinante, et quoi qu'un peu, impressionnante. Leurs visages étaient extrêmement proches. Tulio resta tout ouïe, écrasé, électrocuté sur place. Bien qu'il ne fut clairement pas menacé, Youssef le ressentit aussi.
— Je ne vais pas supporter de prendre l'avion deux fois si on devait le rater, APRÈS TOUT CE CIRQUE. Je ne suis pas sûr de pouvoir remettre ça DE NOUVEAU.
— Mig…
— Si jamais on rate cet avion, je te plie le cul en deux, je te fourre dans une valise et tu partiras tout seul en soute ! l'engueula-t-il en pointant son index sur sa gorge. Tu vas cesser ton attitude de gosse pourri gâté à te défouler sur les autres parce que la coupe est pleine !
— Mais…
— Qui est-ce qui a voulu prendre l'avion pour aller foutre je ne sais quoi au Venezuela, hein ?! C'est toi qui as eu l'idée du siècle ?! BRAVO ! Encore faudrait-il que tu survives à un vol Madrid-Paris sans te droguer avec tes merdes de pilules ! Qui c'est qui ramasses, qui c'est ?!
Tulio resta plaqué contre le taxi en s'éloignant au maximum de Miguel. On aurait cru qu'il allait lui trancher le cou avec un cutter.
— Tu m'as saoulé. Prends ta valise et attends-moi dans le hall, lui ordonna-t-il en relâchant son emprise.
Il resta stoïque pareil à un naufragé se retrouvant en lieu inconnu. Il débarrassa le plancher avec ses bagages en mains. Youssef tira une drôle de tronche. Peut-être similaire à celle du fils unique de Lazar ayant assisté au divorce orageux de ses parents. Circonspect, il plaça les dernières directives d'un ton calme qui ne lui ressemblait pas.
— Il faudra que vous me donniez vos vrais passeports. Lazar les gardera en lieu sûr. Tulio… il a une arme sur lui ?
— Non. Moi oui. Je ne sais pas comment on va la faire passer.
— Passe-les moi. Je saurais vous les remettre, au bout du monde y compris ! affirma-t-il avec fierté. Ça vous coutera juste un supplément.
— Tu sauras t'en occuper ?
— Bien sûr ! Je ne distribuais pas que de la drogue avant de m'installer en Espagne. Donne-moi ça discrètement.
Miguel se pressa de défaire la fermeture de son sac et de remettre une boîte en carton, un signe d'interdiction était signé au feutre noir dessus. Youssef soupesa par curiosité, déposa le paquet aux pieds du siège côté passager.
— Envoyez une carte postale au vieux. Il ne le montre pas mais, il a le mouron facile.
— C'est noté, Youssef. Au fait pour les diamants… ça ne craint pas avec le détecteur ?
Youssef s'esclaffa de rire. « Les diamants, c'est fait en quoi ? »
— Ben… en diamants ?
— Le détecteur de métaux, il détecte les…
Cela monta petit à petit au cerveau de Miguel jusqu'à ce : « Ah, ouais...»
— Pas d'inquiétudes à avoir. S'ils posent des questions, dites-leur que c'est un bijou pour sa fiancée. Ne leur dites pas, par conséquent, qu'il s'agit d'une pièce à conviction, car elle n'est pas confinée et enregistrée comme telle !
— C'est retenu.
— Tant que vous êtes ensemble, tout se passera bien. Je ne me fais pas de soucis pour vous. Maintenant, foncez bande de timbrés ! Moi non plus je ne tiens pas à tout recommencer depuis le début !
Et le pire, c'est qu'ils ne sont pas encore montés dans ce foutu avion... Croyez-moi, ça va être pire !
Putain entre Youssef et Djimmi, en voilà des persos que j'adore écrire. Et en intéraction avec Tulio et Miguel j'adore ça x) J'estime que pour mettre en avant les persos principaux, ils faut de bons persos secondaires. Pas des faires valoirs, mais des persos bel et bien en vie !
Allez, je m'empresse d'aller écrire la suite !
Merci de votre lecture et n'hésitez pas à laisser un commentaire, une review et n'oubliez pas de donner votre passage préféré, votre moment d'antologie, votre fou-rire, votre moment de suspens :D
Prochain Chapitre : 12 - Négociations à bord. See ya !
