Note de l'auteur :

Bonsoir !

Bon, je crois que malheureusement, ca risque de devenir une habitude mais…. désolée pour ce délai de publication, encore une fois, prolongé.

Je pensais avoir un emploi du temps allégé après mes études mais c'était sans compter le nouveau boulot, l'appart loin des parents et une vie sociale qui a reprit.

Tout ça pour dire que je ne lâche rien mais que je vais arrêter de m'engager sur un délai de publication, bien que je vais tenter qu'il soit un peu plus raisonnable que ce que je fourni actuellement.

Bref, depuis le temps, vous le méritez, je vous laisse à votre lecture.

Je vous dis à la prochaine !

(Espérons pas dans 6 mois, sinon cette histoire ne sera pas terminer avant plusieurs années !)

Chapitre 5

Il devait le reconnaître, Lucius ne croyait pas en sa chance. Voldemort venait-il vraiment de décider qu'il le laissait en vie ? Lui avait-il bien dit qu'il pouvait partir ? Le sorcier savait qu'il devait en être heureux mais la seule chose à laquelle il pouvait penser, c'était pourquoi ? Le Seigneur des Ténèbres n'agissait jamais sans avoir anticipée la suite. Alors qu'avait-il trouvé dans son esprit pour qu'il prenne une telle décision ? Il releva avec difficulté un visage surpris vers son Maître. Non, ce n'était pas possible, il ne pouvait pas juste lui dire de partir comme ça, n'est-ce pas ? Allait-il lui jeter un sort dès qu'il ferait mine de se lever ? Ou avait-il ordonné télépathiquement à son serpent de malheur de l'attendre derrière la porte pour le croquer ? Plus rien ne le surprendrait. Par Salazar, que pouvait-il avoir en tête ? Ne pas savoir angoissait Lucius mais il n'allait certainement pas rester un instant de plus à tergiverser. Si Voldemort voulait le laisser en vie, il n'allait certainement pas lui donner l'opportunité de changer d'avis. Partir le plus vite possible était la seule chose qu'il pouvait faire pour l'instant. S'éloigner de ce fou et quitter son manoir. Fuir loin et se cacher. Peut-être prier Merlin un peu. Quoique pour l'instant, ce dernier ne semblait pas vouloir être clément avec lui.

Il se releva avec précipitation et tangua un instant. Ses jambes tremblaient tellement qu'il crut un instant qu'elles ne supporteraient pas son poids. Mais elles tinrent bon à sa grande surprise. Sous le regard incendiaire de Voldemort, il s'inclina respectueusement. Ou tout du moins, il tenta. Son corps endolori avait trop subi pour lui obéir correctement. Il recula lentement, pour ne pas trahir son envie de fuite – bien que le Seigneur des Ténèbres ne devait pas être dupe – et quitta la pièce. Il referma la porte derrière lui et s'y adossa. Bon sang ! Il ignorait qu'on pouvait utiliser la légimancie comme moyen de torture, la séance étant presque aussi douloureuse que les Doloris du Maître – qui avait toujours eu un don pour ce sortilège. Il avait pensé devenir fou au point de vouloir se fracasser le crâne sur le sol. A croire que cela aurait soulagé quoique ce soit.

Lucius pouvait au moins se féliciter d'avoir tenu bon, même s'il avait dû sacrifier sa langue pour ça. Néanmoins, il s'inquiétait pour la suite. Voldemort ne pouvait pas abandonner comme ça sans une raison logique ! Ordinairement, le Seigneur des Ténèbres ne l'aurait jamais laissé tranquille tant qu'il s'obstinerait à dresser une barrière mentale. Il aurait voulu le briser entièrement, pour découvrir tous ses secrets et ses pensées les plus enfouies. Mais il avait lâché le morceau avant d'y parvenir. Lucius avait donc forcément laissé filtrer quelque chose que le Maître allait vouloir utiliser contre lui à un moment opportun. Restait juste à déterminer le « quoi » et le « comment ».

Il passa une main sur son visage et grimaça lorsqu'il effleura son nez cassé. Son ongle gratta la croute de sang qui s'était formée au niveau des narines, les obstruant en partie. Il ne voulait même pas penser à quoi il devait ressembler actuellement. Si ses parents le voyaient, dans un état aussi pitoyable et aussi soumis à un tel sorcier maléfique, il pouvait très bien imaginer ce qu'ils lui diraient. Et ils auraient raison. On n'avait pas idée d'apporter une honte pareille sur sa lignée. Draco avait tout intérêt à ne pas suivre son exemple ! Bien que pour l'heure, c'était mal parti. Si son fils ne semblait pas ravi de la situation actuelle, il n'avait clairement pas le courage de s'opposer au Seigneur des Ténèbres.

Lucius sursauta lorsqu'il entendit des pas résonner dans le couloir. Il se décolla de la porte et s'en éloigna rapidement. Voldemort avait convoqué quelqu'un d'autre et il n'était pas question qu'on le voit dans cet état. Il ignora les signes de protestation que lui lançait son corps et accéléra le pas. Par Merlin, il avait mal partout. Mais il continua son chemin au même rythme pour tourner au coin du couloir sans que la malheureuse nouvelle victime du Maître n'ait le temps de le voir. Sa fierté était déjà au plus bas sans qu'on ajoute un spectateur à sa déchéance. Mais surtout, il voulait s'éloigner de son bureau et de son occupant. Il se dépêcha pour rejoindre l'escalier dont il grimpa les marches quatre par quatre. Un sifflement de douleur lui échappa et il dû se retenir au mur quelque instant avant de définitivement s'affaler au sol. Il massa doucement ses cuisses tendues et grimaça. Ses jambes tremblaient tellement qu'il se demanda comment il pouvait encore tenir debout. Cela tenait du miracle. Néanmoins, il savait qu'il ne devait pas rester trop longtemps immobile, au risque de réellement s'écrouler et dévaler l'escalier. Alors, prenant sur lui, il reprit la monté en s'appuyant sur la rambarde. Face au regard critique des tableaux de ses anciens sur sa manière disgracieuse de monter, il réalisa pour la première fois que sa famille était beaucoup trop attachée à l'étiquette. Comment pouvait-on attendre de lui de conserver la noble gestuelle des Malefoy lorsqu'il risquait à chaque instant de se faire tuer – ou démembrer, au choix ? Que son corps menaçait à chaque instant de l'abandonner ? On voyait bien que ses ancêtres ne comprenaient absolument pas sa situation actuelle. Il se figea un instant lorsqu'il entendit un « Paltoquet » sur son passage. Prenant une inspiration pour tenter de refouler le dégoût que sa famille faisait naître en lui en cet instant, il retint une réplique cinglante. Il se contenta d'un regard noir au portrait de son arrière-arrière-grand-père à l'origine de l'insulte désuète. Ce dernier leva le menton en un air de défi. Ils se jaugèrent un moment.

« Vous n'en valez pas la peine. » marmonna finalement Lucius en reprenant sa montée.

Un ricanement le suivit jusqu'à son arrivé en haut des marches. Lucius ravala sa fierté et tourna dans le couloir, s'éloignant des tableaux de ses ancêtres. Lorsqu'il arriva enfin dans sa chambre, il ne s'étonna pas de voir sa femme et son fils l'attendre, assis côte à côte sur le lit. Narcissa se leva d'un bond à peine eut-il refermé la porte derrière lui.

« Par Salazar ! Lucius. »

Elle se précipita vers lui et tâtonna doucement son visage. Il retint une grimace de douleur lorsqu'elle effleura son nez. Doucement, il prit sa main pour l'écarter de sa blessure. Comme pour se faire pardonner, il embrassa longuement sa paume avant de la relâcher. Il jeta un coup d'œil à Draco. Ce dernier se mit lentement debout, n'arrivant pas à détacher son regard de la tenue débraillée et du visage ensanglanté de son père. Il l'avait déjà vu revenir d'une séance de Doloris le corps courbatu mais jamais avec des blessures physiques. Il ne comprenait pas pourquoi, soudain, le Maître avait décidé de la jouer différemment. L'opération s'était-elle donc aussi mal passée ? Narcissa se recula d'un pas et voulu interroger son mari. Mais ce dernier secoua la tête, avant de se dire que c'était une très mauvaise idée. Un instant, la pièce sembla tourner, alors que son crâne donnait l'impression qu'il allait imploser. Il ferma les yeux, attendant que l'impression de nausée qui était venu avec son tournis s'en aille. Narcissa échangea un regard inquiet avec son fils. Lucius semblait vraiment mal en point.

« Lucius…

-Il vaut mieux que vous ne sachiez rien ma chérie. » interrompit-il.

Narcissa se mordit l'intérieur de la joue mais ne dit rien. Remarquant que son mari avait du mal à se tenir debout, elle l'entraîna doucement vers le lit et le fit s'assoir dessus. Lucius lâcha un soupir de soulagement mais contint son envie de se laisser tomber en arrière. Au risque de ne plus jamais se relever.

« Je vais te soigner » déclara Narcissa tout en cherchant sa baguette.

Lucius lui attrapa le poignet pour l'arrêter.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée Cissy. Le Maître risque de s'énerver encore plus. »

Narcissa pinça les lèvres en même temps que son fils, tous deux conscients que Lucius avait raison. Si le Seigneur des Ténèbres avait fait en sorte de le blesser physiquement, c'était sûrement pour que la punition ne passe pas inaperçu.

« En a-t-il puni d'autre comme toi ? » demanda Draco.

Durant un court instant, Lucius eut un sourire amusé face à la tentative de son fils d'en savoir davantage. Il avait parfaitement saisi son système de pensée. Si son père était le seul à avoir subi une torture physique, c'était qu'il devait être directement concerné par la faute que Voldemort punissait. Il regarda Draco un moment, lui faisant comprendre qu'il avait parfaitement saisi sa tentative. Ce dernier haussa les épaules avec un air innocent.

« J'étais le premier à être appelé, finit par répondre Lucius, j'ignore ce qu'il se passe pour les autres. Tu n'auras qu'à aller faire un tour parmi eux pour le savoir. »

Draco grimaça. Son père savait parfaitement que jamais il n'irait se mélanger aux autres Mangemorts. Non pas qu'il les détestait tous – il appréciait beaucoup les parents de ses amis – mais il préférait rester loin de ceux qu'il considérait comme passablement dérangé. Et complètement dangereux. Il savait que son père ne les laisserait pas s'en prendre à lui si l'envie leur en prenait. Il le défendrait sans aucune hésitation mais ce serait prendre le risque de fragiliser sa position en cas de perte d'un duel. Lucius était un très bon sorcier à n'en pas douter mais face à un groupe important, il ne ferait pas le poids. Et Draco ne pouvait pas laisser cela arriver. Déjà que sa vie était compliqué avec les crises du Seigneur des Ténèbres. Mais si en plus, il perdait son statut intouchable, ça deviendrait vite ingérable.

« Lucius, intervint Narcissa, cesse de taquiner Draco. Nous faisons confiance à ton jugement sur ce qui doit être dit ou non. N'est-ce pas ? »

Elle regarda avec insistance son fils. Une fois que ce dernier eut acquiescé à ses propos, elle se tourna vers son mari :

« Néanmoins, faisant moi-même partie des Mangemorts, j'ai été mise au courant de la mission qui a échouée. Et d'après le sang sur le tapis de mon salon et le corps qui est enterré dans notre propriété… »

A ces mots, Draco pâlit affreusement. Sa mère venait-elle réellement de dire ce qu'il venait d'entendre ? Si c'était le cas, plus question de remettre un pied dans le jardin.

« Le Maître vous a déjà puni pour cela, continua Narcissa. Les convocations auxquels il procède actuellement n'ont donc rien à voir avec cette mission, n'est-ce pas ? »

Lucius ne pût retenir un sourire fier.

« Tu es trop observatrice pour ton bien Cissy.»

Narcissa lui retourna son sourire et se contenta de cette réponse. Lucius eut toutes les peines du monde à se remettre debout. Il attrapa la main de sa femme et la serra un instant, s'attirant un regard surpris.

« Nous devons partir. » déclara-t-il.

Son épouse devint blême alors que Draco s'étouffait avec sa salive. Ils l'observèrent, les yeux écarquillés et la bouche ouverte sur un air de pure terreur.

« Partir ? répéta Narcissa. Lucius, tu n'y penses pas !

- Je suis plus que sérieux. Je ne peux rien vous expliquer, pour l'instant du moins, ajouta-t-il précipitamment en voyant sa femme tiquer. Mais une fois que vous serez en sécurité, je vous promets de tout vous dire. Mais, pour l'heure, cela serait trop risqué. »

Il pressa ses lèvres contre la main de Narcissa.

« Cissy, je t'en prie, fais-moi confiance encore une fois. Nous devons vraiment partir. Et vite. Pas aujourd'hui, cela ferait trop suspect. Mais le plus tôt sera le mieux. »

Draco les observa, ne réalisant pas ce qu'il se passait. Son père ne pouvait décemment pas avoir pris la décision de fuir au risque de tous les condamner ? Était-il devenu fou à force de recevoir trop de Doloris ? Ou alors, c'était que la situation était très grave. Voir catastrophique.

« Ce serait trop risqué de rester ici et je ne veux pas qu'il vous fasse du mal, continua Lucius. Je ne le supporterais pas.»

Narcissa se retint de dire quoi que ce soit, quand bien même elle avait tellement de questions. Son mari semblait très inquiet. Elle le regarda changer de vêtement d'un sortilège pour se débarrassé de sa robe tachée et elle remarqua enfin le tremblement de ses mains. Elle se trompait. Lucius n'était pas inquiet, il était apeuré.

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Remus avait passé tout son temps au chevet de Severus – ne le quittant que pour aller manger – à lui lancer des sorts de soin et appliquer des baumes cicatrisants sur ses blessures. Il avait réussi à en faire disparaître la majorité mais certaines allaient laisser des marques à vie. Remus ignorait les sortilèges qu'il avait reçus mais ils avaient dus être violents pour marquer à ce point la chair. Mais ce qui l'avait particulièrement inquiété était l'état de la main droite de Severus. Sa paume était brûlée et, malgré toutes ses tentatives, il n'arrivait pas à la soigner. Comme si sa magie curative n'était pas assez puissante pour faire disparaître les cloques et la peau noircie. Remus se doutait bien que cette blessure était issue de la magie noire pour qu'il n'arrive à rien avec ses sortilèges. Peut-être que Dumbledore pourrait faire quelque chose lorsqu'il reviendra. Il avait été tenté de lui faire boire des potions en attendant. C'était dans cette optique qu'il avait fouillé le Square Grimmauld à la recherche de la réserve de potions que Severus avait emmené. Et une fois qu'il l'eut trouvé, il avait dû renoncer à son projet. Le professeur de potion n'avait pas jugé nécessaire d'étiqueter les potions à son grand désarroi. Remus pouvait se vanter d'avoir toujours été bon élève à Poudlard et, s'il était loin du niveau de Severus pour les potions, il s'en était toujours sorti sans trop de difficulté dans cette matière. Mais il n'avait pas assez confiance en son jugement pour faire avaler à quelqu'un des potions sans étiquettes – quand bien même son odorat lui permettait de déceler quelques ingrédients que Severus avait utilisé pour les confectionner. Il avait cru reconnaître une potion nutritive en en reniflant quelques-unes mais il n'avait pas osé la donner au sorcier inconscient. Remus s'était donc contenter de ramener les potions dans la chambre.

Soupirant encore une fois, il se redressa sur sa chaise et regarda le visage endormi de Severus. Deux jours qu'il était plongé dans un sommeil profond duquel il ne semblait pas vouloir sortir. Remus se doutait bien qu'il avait besoin de récupérer, après tout, lorsqu'il était allé le chercher avec Arthur, sa réserve magique était épuisée. Ce qui n'était jamais bon pour un sorcier. Il se doutait qu'il avait dû en perdre une grande partie en transplanant de l'endroit où se trouvait le Seigneur des Ténèbres. Après tout, celui-ci avait du placer une barrière anti-transplanage et la franchir avait dû lui coûter beaucoup. Et il avait dû par la suite s'occuper de certaines de ses blessures graves. Pour ainsi dire, Remus savait que Severus était passé à côté de la catastrophe. Il aurait pût mourir dans la ruelle s'ils n'étaient pas arrivés à temps. Mais il se garderait bien de le lui souligner.

Cela faisait des années que Remus considérait que Severus en faisait trop, et surtout pour le peu de considération qu'il en retirait. Après tout, même si Dumbledore continuait d'affirmer à qui veux l'entendre que l'homme était de leur côté, il ne cessait de faire face à la suspicion et la mise à l'écart des membres de l'Ordre. Lorsque Remus le voyait s'y confronter, il pouvait comprendre pourquoi Severus se comportait aussi froidement. Quoique, aussi loin que ses souvenirs remontaient, il avait toujours connu un Severus Rogue antipathique et désagréable avec les autres. Mais cela s'expliquait sans doute par le harcèlement sans fin de James et Sirius à son égard. Auquel il n'avait jamais participé mais qu'il avait toléré par son silence à sa grande honte. Parfois, il ne pouvait s'empêcher de se demander si son implication à soutenir l'espion n'était pas une tentative de se racheter. Et il avait la désagréable impression que c'était ce que pensait également Severus lorsque ce dernier le toisait quand il lui proposait son aide.

Il était tellement concentré sur le sorcier alité à guetter le moindre signe de son réveil que Remus n'entendit pas qu'on frappait à la porte. Celle-ci s'ouvrit doucement pour laisser passer Dumbledore. Ce fut son odorat qui informa au loup-garou de la présence du directeur de Poudlard. Il se retourna pour le saluer.

« Bonjour à vous aussi, sourit Dumbledore. Des améliorations sur l'état de notre patient ? »

Le vieux sorcier s'approcha du lit et observa son espion endormi, l'air soucieux. Remus secoua la tête, passant une main dans ses cheveux et s'affaissant sur sa chaise.

« Aucune. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Nous allons devoir attendre qu'il se réveille de lui-même. »

Dumbledore soupira et fit apparaître une chaise au côté du loup-garou. Il avisa le teint beaucoup plus pâle que d'ordinaire de son professeur de potion.

« Que s'est-il passé à votre avis ? demanda Remus. Il a reçu de nombreux sorts, principalement de magie noire. Serait-il possible qu'il ait été…

- Torturé ? interrompit Dumbledore. Je le crois bien en effet. Mais la question à laquelle il faudra répondre est pourquoi l'a-t-il été. Et, surtout, si cela va avoir une incidence sur son rôle d'espion. Espérons que ce ne soit pas le cas. Sans Severus pour nous tenir informé des plans de Voldemort, je n'ose imaginer ce qui pourrait arriver à Harry à l'avenir.

- Peut-être avons-nous un autre allié auprès de Vous-Savez-Qui. Après tout, l'information de l'attaque contre Harry de l'autre jour nous venait de quelqu'un. Severus sera sûrement en mesure de nous dire qui agit pour nous en secret.

- Peut-être Remus mais qui sait si ce soi-disant allié le restera. Nous ne pouvons miser sur un inconnu pour assurer la sécurité d'Harry. »

Un mouvement dans le lit les interrompit. Les deux sorciers se tournèrent vers l'alité et le virent bouger. Remus se leva immédiatement et se pencha au-dessus de Severus. Ses yeux semblaient s'agiter sous les paupières.

« Je pense qu'il se réveille. »

Dumbledore acquiesça.

« Remus, allez chercher les membres de l'Ordre présent ici. Vous trouverez ceux qui m'ont accompagné dans la cuisine je pense. »

Le loup-garou hésita un instant. Il devinait parfaitement les intentions du directeur. Mais il devait bien avouer qu'il n'en était pas enchanté. Il aurait préféré laissé un peu de temps à Severus pour qu'il se remette totalement avant qu'on ne l'assaille de questions qui allaient certainement l'agacer au possible. Mais face au regard implacable de Dumbledore, il se résigna. Il se dépêcha de sortir de la chambre et entreprit de faire le tour de l'habitation. Quand enfin, il arriva à la cuisine, il y trouva Nymphadora, Maugrey et Kingsley discutant avec Harry et les jumeaux Weasley

« Bonjour Remus, salua Tonks en le voyant descendre l'escalier, tu viens te joindre à nous pour boire du thé ? Ou peut-être préfères-tu un chocolat chaud ? »

Elle lui offrit un grand sourire en levant une tasse en sa direction. Remus lui rendit son sourire et salua les membres présents.

« Malheureusement, je vais devoir décliner la proposition. Dumbledore souhaite nous voir. Il se trouve dans la chambre où nous avons mis Severus. »

Remus ne loupa pas l'intérêt qu'Harry porta à sa déclaration. Il lui lança un regard curieux avant que Tonks n'attire son attention en soupirant dramatiquement.

« Et moi qui espérait un peu de calme pour la fin de journée. »

Kingsley eut un sourire amusé, tout en se levant. Maugrey suivit le mouvement et ils quittèrent la cuisine sans un mot. Tonks hésita un peu, son regard passant de l'escalier à Remus.

« Vas-y, lui dit le loup-garou avec un doux sourire, je vous rejoins tout de suite. »

Elle acquiesça et sortit de la pièce. Une fois seul avec les trois adolescents, Remus se tourna vers eux. A peine eut-il ouvert la bouche que Harry le devança :

« Doit-on en déduire que Rogue s'est réveillé ?

- Si ce n'est pas encore le cas, répondit Remus, cela ne va pas tarder. J'ai cru comprendre que tu t'étais beaucoup inquiété pour lui et que tu avais souvent demandé des nouvelles de son état. »

A ces mots, Harry ne put s'empêcher de grimacer. Beaucoup ? Qu'est-ce qu'il ne devait pas entendre. Certes, il s'était légèrement inquiété mais pourquoi tout le monde devait en faire toute une histoire ? Était-ce si étrange ?

« Ce qui est étonnant de ta part je dois bien l'avouer. »

Bon, si même Remus s'y mettait, c'est qu'effectivement, sa réaction était interprétée comme une anomalie. Mais pour qui le prenait-on ? A croire qu'il n'était pas capable de ressentir autre chose que de la haine envers Rogue. Certes, Harry l'avait détesté dès sa première année à Poudlard – durant laquelle il avait été persuadé qu'il tentait de le tuer – mais cela ne voulait pas dire qu'il voulait sa mort. Il approchait de sa majorité et cela, c'était en grande partie grâce à Rogue qui avait toujours œuvré à le maintenir en vie. Alors, effectivement, il n'avait aucunement l'intention de faire « ami-ami » avec son professeur tyrannique, mais cela n'empêchait pas d'avoir un comportement humain. Et puis son intérêt n'était pas uniquement dû à son infime inquiétude – il n'insisterait jamais assez sur ce point. Cela faisait deux jours qu'il avait caché le médaillon – qui continuait tranquillement à faire trembloter son armoire – et qu'il rongeait son frein. Mais la patience n'avait jamais été son fort et il voulait avoir enfin des réponses. Alors oui, il s'était régulièrement enquis de l'état de Rogue. Un peu trop souvent d'ailleurs pour que cela surprenne tout le monde.

« Mais si tu souhaites le voir, reprit le loup-garou, il faudra attendre demain. »

Harry pinça les lèvres d'agacement en entendant Fred rire à côté de lui. Que Merlin le préserve d'une autre vague de sous-entendu de la part des jumeaux comme quoi son inquiétude cachait forcément quelque chose de plus sentimental. Il avait eu son compte pour aujourd'hui avant l'arrivée des membres de l'Ordre. Et s'il devait entendre encore une fois qu'il nourrissait une passion secrète pour le maître des potions, il ne répondait plus de rien. Pour avorter toutes tentatives, le jeune sorcier entreprit de leur lancer son regard le plus noir et de marmonner une promesse de mort s'ils ouvraient la bouche.

« Nous allons avoir une discussion importante avec lui, continua Remus s'attirant de nouveau l'attention d'Harry. C'est pourquoi, je vous demande, à tous les trois… »

Il observa avec insistance les jumeaux Weasley qui eurent leur sourire le plus innocent.

« De nous épargner des tentatives d'espionnages pour savoir ce que nous allons nous dire. »

Face au visage sérieux de Remus, Harry acquiesça. Mais il n'avait aucunement l'intention de se plier à l'interdiction implicite du loup-garou. Non seulement parce qu'il en avait assez qu'on le tienne à l'écart de discussions importantes mais aussi parce qu'il avait vraiment envie de savoir ce qu'il s'était passé. Et Harry n'était pas certain que ce serait un sujet dont il pourrait discuter avec Rogue. Alors, oui, il allait espionner ce qui se dira dans la chambre. Et, au vu des airs malicieux de Fred et Georges, ils avaient la même intention. Remus dut le comprendre puisqu'il ajouta :

« Pour information, je vais lancer des sorts d'insonorisation dans la chambre et si je vois la moindre Oreille à rallonge, vous pouvez être sûr que Molly sera mise au courant dans la seconde. »

Il eut un regard entendu envers les jumeaux. Puis, il ressortit de la cuisine d'un pas pressé pour rejoindre les autres membres de l'Ordre, laissant derrière lui un Harry à l'air contrarié.

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Severus aurait voulu ne jamais se réveiller pour pouvoir rester au calme. Cela faisait une heure qu'il répétait inlassablement pourquoi il ne pouvait plus être un espion. Et au vu du regard franchement sombre de Dumbledore, sa réponse ne lui convenait pas, mais alors pas du tout. Mais, dommage pour lui, il n'en avait pas d'autre à lui fournir. Et, avec tous ces membres de l'Ordre autour de son lit – parce qu'ils n'avaient pas voulu attendre qu'il se remette totalement – il avait l'horrible impression d'être dans un tribunal. Merlin qu'il détestait cette situation. Il détestait la sensation d'être jugé – surtout par des gens qu'il n'estimait pas – et le fait qu'ils considéraient que ce n'était pas si grave s'il avait failli mourir l'enrageait particulièrement. D'accord, il pouvait éventuellement comprendre que le fait qu'il ne puisse plus espionner pour eux soit perçu comme un évènement fortement dramatique. Mais bon sang, ne pouvaient-ils pas faire preuve d'un peu d'humanité à son encontre ? Était-ce trop demandé ?

Au fond de lui, Severus ne pouvait nier qu'il était satisfait de ne plus servir d'espion. Non seulement parce que cela rallongeait légèrement son espérance de vie – qui deviendrait inexistante s'il recroisait le chemin du Seigneur des Ténèbres – mais aussi parce que cela enrageait Dumbledore. Et ça, s'en était presque jouissif. D'autant plus qu'il avait eu la bonne surprise de constater que Potter n'avait effectivement rien dit, ou tout du moins, au directeur. Merlin en soit témoin, il aurait presque embrassé le garçon pour ça. Heureusement pour lui, Merlin était mort depuis longtemps. Cela mis à part, il avait eu raison de se fier à Potter. Pourtant, c'était loin d'être gagné. Il savait, non seulement que le jeune sorcier ne le portait pas dans son cœur, mais qu'il ne lui avait jamais donné la moindre preuve qu'il pouvait lui faire confiance. Néanmoins, Severus ne pouvait s'empêcher de se demander si Potter n'allait pas profiter de la situation par la suite. Après tout, il restait le fils de James Potter. Qui sait s'il ne serait pas capable de lui faire du chantage.

« Severus, dit une énième fois Dumbledore, je ne comprends vraiment pas. Comment a-t-il su que vous étiez un espion ? Qu'est-ce qui vous a trahi ? »

Severus ne put retenir un soupir las passé ses lèvres. Bon sang, c'est qu'il ne lâchait pas l'affaire celui-là. Combien de fois allait-il devoir répéter son piètre mensonge avant qu'il ne décide de le laisser tranquille ? Ne voyait-il pas qu'il avait besoin de repos ? Pourquoi s'acharnait-il alors qu'il savait parfaitement que la patience n'était clairement pas une de ses qualités ?

« Albus, je le répète pour la trentième fois, répondit Severus dans un sifflement, je n'en ai aucune idée ! Je sentais bien que depuis l'attaque ratée contre Potter à sa sortie de Poudlard quelque chose n'allait pas. Le Seigneur des Ténèbres semblait soudainement méfiant à mon égard mais je n'aurai jamais imaginé qu'il avait compris que je jouais un double jeu. Je ne l'explique pas. »

Alors qu'il voyait Dumbledore ouvrir la bouche pour parler, Severus s'énerva réellement. Il avait espéré qu'au vu de ses blessures, on s'inquiéterait un peu plus de son état. Surtout qu'il n'avait pas hésité à détailler des heures de tortures qui n'avaient jamais eu lieu – mais ça, ils n'étaient pas sensé le savoir. Et il avait vu assez de séance de torture pour pouvoir s'en inspirer et avoir un récit parfaitement crédible. Alors, il s'était attendu à un peu plus de considération. Mais tout ce qui leur importait, c'était le pourquoi il ne pouvait plus être un espion pour le compte de l'Ordre. Non seulement, il trouvait ça extrêmement vexant – pour ne pas dire blessant – mais en plus assez embêtant. Après tout, il n'avait pas vraiment eu le temps de réfléchir à une explication plausible. A peine s'était-il réveillé qu'on avait commencé à le harceler, ne lui laissant aucune chance de préparer un mensonge qui tienne la route. Alors, pour éviter de se compromettre, il avait été obligé de miser sur le « Je n'en sais fichtre rien, je ne suis qu'une pauvre victime du système d'espionnage raté ». Qui ne fonctionnait pas très bien d'ailleurs puisqu'on persistait à l'interroger sur le même sujet. Mais, il fallait croire qu'ils ne savaient pas vraiment à qui ils avaient à faire. Il n'allait certainement pas changer de discours, peu importe le nombre d'heure qu'ils passeraient à le questionner.

« Pour la dernière fois, dit-il d'un ton glacial, je n'ai aucune idée de ce qui m'a trahit. Mais si vous tenez tellement à résoudre ce point, j'imagine que ne verrez aucun inconvénient à poser vous-même la question au Seigneur des Ténèbres lorsque vous le croiserez. »

Dumbledore pinça les lèvres et le fixa un long moment. Si Severus n'était pas habitué, il aurait pu se sentir mal à l'aise face au regard bleu scrutateur du directeur de Poudlard. Ce dernier savait parfaitement le rendre intimidant. D'ailleurs, il serait peut-être temps qu'il se rappelle que ce n'était pas vraiment son rôle d'être intimidant. Après tout, cela faisait des années qu'il jouait la carte du « Papy gâteaux », alors un tel regard n'entrait clairement pas dans son personnage. Severus se doutait bien qu'il devait être le seul membre de l'Ordre à en bénéficier. Et puis, il n'imaginait pas Dumbledore regarder ainsi Potter. Quoique, il donnerait cher pour voir la tête du jeune sorcier si cela arrivait.

« N'est-ce pas étrange, intervint Arthur, que Vous-Savez-Qui n'ait pas… »

Un regard noir de Severus le fit taire instantanément. Dumbledore soupira et passa une main dans sa barbe alors qu'il voyait son professeur de potion se redresser sur son lit.

« Qu'il n'ait pas quoi ? demanda Severus, acide. Qu'il ne m'ait pas tué, c'est cela que tu allais dire ? »

Honnêtement, il n'en revenait pas ! Comment ces gens pouvaient-il supporter leur reflet dans un miroir ? Il revenait blessé et à la limite de la mort, et tous ce à quoi ils pouvaient penser était qu'il était étrange qu'il soit encore en vie ? Et après, on disait de lui qu'il était une personne abjecte.

« Severus, souffla Remus intervenant pour la première fois, Arthur ne voulait pas te heurter. »

Il eut un reniflement de dédain et rétorqua sèchement :

« Pour cela, il faudrait encore que j'apporte une importance à son opinion, ce qui n'est clairement pas le cas.

- Pas besoin d'être blessant, s'agaça Arthur. Je voulais juste souligner que d'ordinaire Vous-Savez-Qui tue immédiatement les traitres.

- Oui, j'avais bien compris, merci, répliqua Severus, cassant. Et tu as bien fait de nous souligner cette remarque hautement indispensable. Dois-je m'excuser du fait que je suis bel et bien en vie ou allez-vous vous décider à me laisser tranquille ? J'ai été torturé pendant plusieurs jours, n'est-ce pas assez comme punition ? »

Il toisa chaque membre présent dans la chambre, les mettant au défi d'ajouter quoique ce soit. Dumbledore lâcha un nouveau soupir, conscient qu'il ne tirerait rien de son ancien espion, et se leva de la chaise sur laquelle il s'était installé. D'un mouvement de baguette, il la fit disparaître.

« C'en est assez pour aujourd'hui, dit-il, nous allons vous laisser vous reposer Severus et nous reprendrons cette discussion lorsque les esprits se seront calmés. Espérons que vous cesserez d'être réfractaire à l'idée de nous parler. D'autant que nous avons d'autres questions à vous poser. Notamment sur votre « ami » qui nous a informé de l'attaque de Voldemort. »

Severus tiqua mais garda le silence. Il se laissa glisser dans le lit, jetant un regard meurtrier à Arthur qui l'ignora. Dumbledore fut le premier à quitter la chambre, rapidement suivit par les autres. Severus poussa un soupir de soulagement, la paix enfin. Il regarda Remus s'assoir au bord de son lit avec un froncement de sourcil. Il le vit se pencher et il posa près de lui une boite noire qu'il reconnut immédiatement.

« Je me suis dit que tu en aurais besoin, dit Remus avec un sourire, alors je me suis permis d'aller les chercher. Bon, il m'a fallu un peu de temps avant de savoir où tu les avais rangé ici, et j'ai mis pas mal de bazar dans le placard où tu les avais placé. »

Severus ne dit rien. Grâce aux différents sorts qu'il avait reçus, sûrement de Lupin d'ailleurs, il pouvait sentir que la majorité de ses blessures avaient disparus. Certaines le tiraillaient encore légèrement, preuves qu'elles laisseraient une marque, non pas qu'il s'en préoccupait vraiment. Ce qui le gênait était l'état de sa main qui avait tenu le médaillon. Pas le fait qu'elle soit brûlée et noircie. Mais il avait l'horrible sensation qu'elle continuait d'être bruler. Durant l'entretien avec Dumbledore et les membres de l'Ordre, cela ne l'avait pas dérangé puisque son esprit était centré sur autre chose. Mais maintenant qu'il en prenait conscience, la sensation était dérangeante et, pour ne pas se mentir, douloureuse. Et pour combler le tout, il n'arrivait pas à bouger les doigts. Encore un effet des sortilèges de Voldemort qu'il n'avait pas anticipé. Pourtant, connaissant le mage noir, il aurait dû se douter que son inspiration n'avait pas de limite pour punir les imprudents qui toucheraient à ses possessions. Il allait devoir faire des recherches sur les différents sortilèges que Voldemort avait pu utiliser pour espérer éventuellement se soigner.

Il sentit le regard de Remus se porter sur sa main lorsqu'il se redressa. Il eut la brusque envie de la cacher sous les draps mais se retint. Après tout, jusqu'à présent, personne n'avait posé la moindre question sur son état physique. Et quand bien même Severus connaissait assez Lupin pour savoir qu'il avait dû s'interroger, il savait également qu'il ne demanderait aucunes explications. Parce qu'il savait que Severus n'avait aucune envie de lui fournir une réponse. Le potionniste ne l'avouerait jamais mais c'était quelque chose qu'il appréciait chez le loup-garou. Il prenait toujours en compte son interlocuteur et il s'adaptait à leur trait de caractère. Il était déjà ainsi durant leur adolescence. Alors, il prit simplement la boite. Il l'ouvrit et en sortit plusieurs potions. Du fait de ses nombreuses blessures, il avait perdu beaucoup de sang et il allait devoir combler ce manque. Il déboucha une première fiole de potion et l'avala sans une grimace. Quand il voulut en prendre une deuxième, il vit Remus attraper une tasse qu'il n'avait pas remarquée sur la table de nuit. Il la lui tendit :

« Du thé pour faire passer le goût ? »

Severus leva les yeux au ciel face à l'essai du loup-garou qui ne perdait jamais espoir. Il refusa d'un ton sec et but sa potion. Remus soupira et fit disparaître la tasse en sortant sa baguette.

« Il fallait bien tenter. »

Il offrit un sourire sympathique à Severus qui l'ignora royalement en ingurgitant sa troisième potion. Le sorcier en but encore deux avant de refermer la boîte, en se disant qu'il allait devoir refaire son stock de potion nutritive. Il la posa sur le sol avec une grimace de douleur. Quand il se redressa, il vit Lupin prêt à lui remettre correctement son oreiller dans son dos. Il l'en dissuada d'un regard sombre.

« Pardon, dit Remus avec un sourire contrit, c'était un réflexe. »

Il observa Severus se rallonger dans le lit, gigotant un peu pour trouver une posture confortable.

« Merci pour les potions Lupin. »

Le loup-garou lui sourit.

« Je t'en prie. Je vais te laisser te reposer. Il faut que tu sois en forme pour demain. Je pense que la seconde discussion avec Dumbledore sera beaucoup plus longue que celle que nous venons d'avoir. Si tu as besoin de quoique ce soit, n'hésite pas. »

Sur ces paroles, Remus quitta la pièce. Severus ferma les yeux en soupirant. Au final, il s'en sortait plutôt bien. Grâce à sa mauvaise humeur et son entêtement, il avait gagné du temps. Néanmoins, il n'était pas question de changer de discours, cela serait trop suspect. Bien qu'il savait que Dumbledore n'était pas dupe. Il devait forcément savoir qu'il mentait. S'il pouvait tromper Arthur et quelques autres membres, Albus Dumbledore n'était pas homme à se faire avoir aussi simplement. Heureusement pour lui, il était un très bon Légilimens. Il n'avait donc pas à craindre une tentative d'espionnage de ses souvenirs. Mais Severus allait devoir la jouer finement s'il voulait éviter que le vieux sorcier ne le harcèle continuellement. Pas qu'il allait craquer – seul les Maraudeurs arrivaient à le faire réagir au harcèlement – mais il savait que Dumbledore, à force de persévérance et de moyen, arrivait souvent à découvrir tout ce qu'il voulait savoir.

Severus sentait qu'il se rendormait lorsqu'il entendit quelqu'un entrer dans la pièce. Il rouvrit les yeux pour voir l'intrus refermer la porte derrière lui. Évidemment. Ca ne pouvait être que lui. Il se doutait bien qu'il ne prendrait pas longtemps avant de venir le voir pour exiger des explications. Mais peut-être pas aussi vite. Durant un instant, il eut envie de l'envoyer paître pour se reposer avant de se raviser. Non seulement, le jeune sorcier avait droit à des réponses - puisque il était concerné - mais aussi pour éviter de le pousser à voir Dumbledore. Qui sait comment le jeune homme pourrait réagir à son rejet ? Surtout après avoir gardé le secret. Alors, il le salua le plus poliment possible pour lui.

« Potter. »

Severus se redressa lentement, ne lâchant pas le jeune sorcier du regard. Ce dernier lui retourna sa salutation d'un simple « Monsieur » et s'approcha du lit. Pendant un instant, Severus crût voir un air inquiet sur le visage de son élève alors qu'il semblait le sonder pour voir comment il se portait.

Harry le fixa avec attention, s'attendant à une remarque acide. Mais rien ne vint. Juste le silence. L'homme avait pourtant l'air d'aller mieux. Était-il encore un peu dans les vapes pour le laisser entrer dans la pièce sans même lui sortir une réplique dont lui seul avait le secret ? Si c'était le cas, pour une discussion, il allait devoir repasser.

« Comment vous sentez-vous ? demanda-t-il en s'arrêtant au pied du lit.

- Vivant. »

La réponse l'étonna du fait qu'elle était totalement dénuée d'ironie. Rogue avait répondu d'un ton parfaitement calme et neutre. Et il ne semblait pas vouloir ajouter quoique ce soit de sarcastique. Le jeune homme grimaça à ce constat, jamais Rogue ne lui avait parlé d'une manière aussi… plate.

« Et c'est tout ? Pas de reproche du style "Vivant mais pas grâce à vous ! " ou encore "Ma vie serait tellement plus simple si je n'avais pas besoin de toujours couvrir vos arrières Potter. " ?

- Que voulez-vous que j'ajoute de plus Potter ? rétorqua Severus toujours aussi calmement, tout en se retenant péniblement de lever les yeux au ciel. Vous n'êtes pas toujours responsable de tout. »

Harry était estomaqué, il fallait le dire. Avait-il bien entendu ? Si oui, alors c'était que le monde tournait à l'envers sans qu'il le sache ou qu'il avait débarqué dans un univers parallèle dans lequel Severus Rogue ne considérait pas qu'il fût à l'origine de tous ses maux. Ou bien, dans une explication plus rationnelle, c'est qu'il n'allait vraiment pas bien pour avoir ce comportement. Et il y avait peut-être un moyen de s'en assurer. Le jeune sorcier hésita quelques instants – semblant analyser les risques – avant de s'assoir au bord du lit, en faisant attention de ne pas toucher les jambes de son professeur. Ce dernier eut un tic nerveux en le voyant faire mais ne dit rien, se contentant de le fixer sans ciller. D'accord, Rogue avait forcément un problème pour qu'il le laisse agir de la sorte. Habituellement, il lui aurait lancé un sort pour son audace. Et sûrement un impardonnable. Harry envisageait de laisser tomber pour la soirée lors qu'il avisa le regard alerte et attentif de son professeur.

Est-ce qu'il rêvait ou Rogue était juste en train d'attendre qu'il parle ? Lorsqu'il patientait dans les escaliers pour pouvoir enfin accéder à la chambre, Harry avait préparé plusieurs discours pour convaincre son professeur d'avoir une discussion. Il avait même envisagé de le menacer un peu pour être sûr de ne pas se faire éjecter de la chambre d'un sortilège bien senti. Il avait crû qu'il allait devoir se battre pour obtenir de l'espion des réponses. Mais ce dernier, en plus de ne pas agir comme le dernier des connards, donnait l'impression d'être parfaitement enclin à la discussion. Cela désempara totalement le jeune sorcier qui ne savait plus par quoi commencer, peu habitué à un tel traitement de sa part. Il resta là à le fixer, l'air un peu perdu. Était-ce vraiment Rogue ? Déjà la supplique et maintenant ça ? Il avait dû recevoir de sacrés sortilèges sur la tête.

Voyant que le jeune sorcier ne semblait pas décider à parler, Severus soupira d'agacement. Sa patience avait été grandement entamée – voir entièrement élimée – lors de sa discussion avec Dumbledore. Alors, il ne se voyait pas continuer longtemps à regarder dans le blanc des yeux de Potter. Et ce dernier ne semblait pas décider à se ressaisir. S'il avait su qu'en étant simplement poli (ce qui revenait à ne pas lui avoir lancé de sort pour le faire partir ou tout du moins lever de son lit) et attentif, il arriverait à le perturber au point de le rendre inapte à parler ; et bien il l'aurait fait lors de ses cours. Mais en l'occurrence, en cet instant, cette paralysie cérébrale ne l'arrangeait pas du tout. Fallait-il vraiment qu'il soit désagréable avec lui pour que le jeune homme arrive à communiquer ? Et bien, si c'était le cas, il allait se faire un plaisir de lui rendre l'usage de la parole.

« Potter, je doute que nous ayons beaucoup de temps avant qu'un de vos stupides subalternes ne débarque en criant, de crainte que vous ayez disparu. Aussi étrange que cela puisse paraître, je suis prêt à répondre à vos questions. Mais pour cela, faudrait-il encore que vous les posiez. Je sais que cela va demander beaucoup d'effort à votre cerveau atrophié de Gryffondor, mais pourriez-vous éviter de prendre la nuit avant de formuler une pensée cohérente ? »

Harry ne put cacher le tressaillement de ses lèvres – signe d'un sourire avorté – rassuré d'avoir de nouveau à faire à un Rogue qu'il connaissait. Et, au fond de lui, il ne pouvait nier qu'il préférait cette version. L'autre, celle qui lui faisait désespérément confiance, le suppliait et était poli avec lui, ne lui plaisait pas. Non pas qu'il n'était pas appréciable d'avoir droit à un peu de civilité de sa part mais simplement parce qu'il ne savait pas comment agir face à ça. Alors que les remarques sarcastiques, les répliques acides, les insultes, la mauvaise humeur, c'était la routine. Et, paradoxalement, ça le mettait beaucoup plus en confiance. Durant un instant, il se demanda si son professeur l'avait fait exprès. Et si c'était le cas, il se demanda jusqu'à quel point le connaissait-il pour répondre à un besoin inconscient ?

« Je suis surpris de constater que vous êtes pressé de discuter avec moi, finit-il par dire. Mais soit, discutons. »

Il gigota un peu pour mieux s'installer sur le lit, ne pouvant s'empêcher de s'amuser de l'air exaspéré de son professeur.

« Vous pouvez donc commencer par m'expliquer ce qu'est le médaillon qui a mis votre main dans cet état et pourquoi il était si important que personne ne connaisse son existence. Ensuite, j'imagine qu'il serait bien que vous me racontiez la manière dont vous vous l'êtes procuré et, surtout, pourquoi me l'avoir confié, à moi expressément. »