Paring : T
Paring : DragoxHarry, SiriusxSeverus
Disclaimer : Tous les personnages sont à J. K. Rowling
Attention : Cette fanfiction parle - entre autres - de relations entre hommes. Homophobes, vous êtes prévenus.
NDA : Ce chapitre a été updaté le 09/08/2018, je tiens ma parole! Je réécris tout en ce moment et je compte terminer cette fic. Bonne lecture!
Nouvelles et découvertes
Harry Potter papillonna des yeux. Quelque chose, il ne savait quoi, l'avait réveillé. Se redressant tout en se frottant les yeux, il se laissa le temps de s'habituer à la pénombre qui régnait dans la pièce. Les volets de sa chambre étaient tirés, laissant simplement passer un mince filet de lumière. Il devait être aux alentours de neuf heures du matin.
Ce n'est qu'à ce moment qu'il remarqua le bruit, ce même bruit qui l'avait très certainement tiré du sommeil. Cette rumeur qui monte d'une foule, lorsque tout le monde s'échine à vouloir s'exprimer au même moment, en venant inévitablement aux cris pour se faire entendre.
Intrigué, le jeune homme repoussa ses draps et se dirigea d'un pas ensommeillé vers la fenêtre. Il poussa les volets qui pivotèrent sur leurs gonds dans un grincement. La lumière du jour l'éblouit un instant, mais une seconde après il découvrit l'origine de la rumeur. Une foule de personnes étaient amassées sur la grande place, s'agitant autour du panneau d'affichage qui y était planté en position centrale. Le brun fronça les sourcils, aussitôt parfaitement réveillé : qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir de si important pour mener la population à un tel état d'excitation ?
Penchant la tête en avant, il observa attentivement la foule : ils étaient tous massés autour d'une affiche en particulier. Bien trop loin et souffrant de problèmes de vue malgré ses lunettes, Harry ne parvint pas à déchiffrer l'objet de l'affichage. Il se maudit de sans cesse repousser le moment où il irait faire corriger ses verres de lunettes mais cela coûtait si cher…
Bien qu'il ne puisse déchiffrer l'affiche précisément, il nota cependant deux éléments : l'affiche était immense, d'un blanc nacré, et ses contours arboraient la couleur de l'or royal. Il haussa les sourcils, impressionné : l'annonce avait été donnée par la Reine en personne, ou bien par quelqu'un d'autre de la famille royale. De plus en plus étrange…
Un éclair roux passa soudain dans son champ de vision.
- Ron ! s'écria-t-il au quart de tour.
Le dénommé Ron releva la tête à l'entente de son prénom et aperçut son ami à la fenêtre.
- Bonjour, Harry ! répondit-il en souriant.
- Qu'est-ce qu'il se passe aujourd'hui ? Tu as vu ce monde ?
Le rouquin parut hésiter.
- Euh… Je peux entrer ? On sera plus au calme pour discuter…
- Frappe à la porte, j'enfile un vêtement et je descends.
Sans attendre plus longtemps, Harry s'empressa d'attraper la première tunique qui lui tombait sous la main et descendit les escaliers menant à la salle de séjour tout en l'enfilant. Quoiqu'il se passât, il avait toutes les raisons du monde de s'en préoccuper : Ron n'aurait jamais souhaité aborder un sujet en privé s'il n'était pas grave.
Le brun pénétra dans la cuisine, tombant nez-à-nez avec son parrain qui semblait à moitié endormi. Cette vision lui arracha un sourire narquois. Il s'approcha furtivement, veillant à ne pas faire de bruit… pour mieux hurler une fois qu'il était à seulement quelques centimètres de l'oreille de son parrain :
- DEBOUT SIRIUS !
S'ensuivit un grand fracas et Harry grimaça : il ne pensait pas que cela irait jusqu'à faire tomber son parrain de sa chaise. L'homme se releva en gémissant :
- Putain de bordel, Harry James Potter ! Je t'élève comme mon propre fils, je te nourris, te loge, et c'est comme ça que tu me remercies ?
Le silence lui répondit. Sirius leva les yeux vers son filleul. Mal lui en prit. Il le regardait de ses deux grands yeux verts – qui se voulaient dangereusement attendrissants, silencieux. Un ange passa. Puis Harry murmura :
- Pardon.
Sirius grogna.
- Non, pas de pardon qui tienne. Je vais souffrir pendant des jours ! Tu n'as pas idée de ce que c'est que vieillir.
- Pardon.
Un second ange passa. Après une ultime seconde de lutte face aux yeux verts de son filleul, Sirius grinça :
- D'accord.
Il s'installa correctement sur sa chaise inopinément délaissée et darda un regard intéressé sur son filleul :
- Tu m'as l'air bien alerte, toi qui n'est pas du matin d'habitude. Quelque chose est arrivé ?
- Tu n'entends pas le bruit dehors ? s'enquit Harry, surpris, tout en attrapant un bout de pain sur la table en bois.
Son parrain haussa les épaules.
- Des manifestations, y en a tous les jours si tu veux mon avis. Les gens ne sont jamais contents, donc ils vont dehors pour brailler, et quand ils se sentent un peu mieux après tant d'expectoration, ils rentrent chez eux. C'est un cycle que je n'éprouve plus de plaisir à regarder. (Une lueur de malice éclaira son regard : ) Par contre, si tu veux t'amuser à leur jeter des chaussures ou des œufs à la gueule, voilà qui saurait me plaire.
- Sirius, tu n'as pas le droit de jeter des œufs à la gu… à la tête des gens.
- Qui l'a dit ?
- Moi. C'est mal. Bref. Cette fois, ça m'a l'air sérieux ! J'ai pu voir que c'était une annonce royale !
L'homme, qui s'était renfrogné dans son siège puisqu'on lui interdisait de se distraire, se redressa en haussant les sourcils avec intérêt :
- Vraiment ? Tu as pu lire l'annonce ?
- Euh, pas vraiment, hésita Harry.
- Tu es myope comme une taupe, soupira Sirius en se renfrognant à nouveau contre le dossier de sa chaise.
- L'argent que l'on gagne est bien trop utile pour subvenir à des besoins plus utiles – comme manger –, pas besoin de le gâcher en verres de lunettes. (Il haussa les épaules.) Je préfère encore que cet argent aille aux plus nécessiteux qui vivent dehors. Bref. J'ai aperçu Ron à l'instant, je l'ai invité à venir pour qu'il puisse m'expliquer ce qui se passe je file lui ouvrir !
Il se précipita vers la porte d'entrée de la maison. Cette dernière était, certes, sans prétention vue de l'extérieur, mais il suffisait d'y pénétrer pour être stupéfait par les merveilles qu'elle recelait. Possédant trois étages, Sirius occupait le troisième et avait laissé à Harry le soin de prendre possession des salles du deuxième étage. Le rez-de-chaussée avait été défini comme concentrant toutes les salles communes de la demeure.
Harry avait perdu ses deux parents : Lily Evans, sa mère, était morte au moment de l'accouchement de son fils. Son père, James Potter, était mort peu de temps après, consumé par le chagrin. C'est ainsi qu'Harry avait atterri dans la maison de Sirius Black, meilleur ami de ses parents et également son parrain. A vingt-cinq ans à peine, il se retrouvait avec un enfant dans les bras. Mais il s'était étonnamment très bien débrouillé : il en avait aujourd'hui quarante-trois, et son filleul, du haut de ses dix-huit ans, faisait preuve d'une maturité certaine pour son âge.
Le brun dérapa devant la porte, dans son empressement pour l'ouvrir. Se rattrapant à la poignée, il la tira tout en essayant d'adopter une position plus stable.
- Bonjour, Harry ! s'écrièrent en chœur deux voix bien connues du brun.
Il haussa les sourcils face à son ami Ron, mais également son amie Hermione. Mais il les baissa bien vite, sa face s'éclairant d'un grand sourire :
- Ron, Hermione ! Je mentirais si je disais que j'étais étonné de vous voir tous les deux.
D'aussi loin qu'il s'en souvienne, Harry avait toujours vécu dans cette maison londonienne avec Sirius. Il avait appris à aimer chacune des ruelles de Londres, se faufilant tantôt sous des étalages du Covent Garden Market, tantôt chassant les volatiles qui traînaient près des quais de la Tamise. Un jour qu'il courait sans trop regarder devant lui, il avait heurté à pleine vitesse un petit garçon à la chevelure flamboyante et au regard clair comme le ciel. Au lieu de le rabrouer pour sa maladresse, le garçon avait ri et lui avait tendu la main pour l'aider à se relever. Cela avait suffi à seller une amitié inaltérée par le temps.
Mais ce n'était que quelques années plus tard, vers leurs 10 ans, que la route des deux garçons avait croisé celle d'Hermione Granger. Alors qu'ils étaient en train de nourrir un chaton abandonné dans la rue, cette petite fille, haute comme trois pommes, le visage encadré par une crinière bouclée, s'était plantée devant eux. Les poings sur les hanches, elle leur avait alors expliqué en long, en large et en travers, combien il était dangereux de nourrir des animaux dans la rue, non seulement pour des raisons d'hygiène, mais car ensuite le petit allait s'habituer à ce qu'un humain subvienne à ses besoins, ainsi lorsque ces deux imbéciles qu'ils étaient allaient se lasser du chaton et jouer plus loin, le pauvre animal ne saurait où aller, et aucun chat ne l'approcherait car il porterait des odeurs étrangères sur lui, en plus de cela si jamais ces deux pauvres imbéciles au cerveau aussi inexistant qu'une poule tombaient malades à cause de l'animal, ils risquaient certes de mourir, mais aussi de contaminer leur famille et leurs amis bref ils étaient complétement inconscients, ou simplement stupides, ou des stupides inconscients – peut-être l'avait-elle dit dans l'ordre inverse, Harry ne se rappelait plus trop. En revanche, ce dont il se rappelait, c'était de la peau de Ron qui avait viré au rouge tomate tant cela l'avait énervé de se faire réprimander par une gamine de leur âge. Il était parvenu à se calmer in extremis, et s'était éloigné d'un pas rapide.
Puis, les semaines suivantes, les deux amis s'étaient vite rendus compte que cette même petite fille ne cessait de les coller. Peut-être n'avait-elle pas d'amis, peut-être avaient-ils piqué son intérêt… Toujours est-il qu'ils en étaient venus à traîner ensemble dans les rues de Londres, le duo se transformant en trio. Et puis les mois passèrent, et la Miss-je-sais-tout-et-je-vais-vous-le-faire-comprendre-au-point-que-vous-aurez-envie-de-me-frapper se transforma en Miss-je-sais-tout-mais-je-suis-sympa. Au fil des années, Harry avait compris qu'il n'aurait pas pu mieux tomber qu'avec ces deux-là.
Il sourit.
- Rentrez donc !
S'effaçant pour laisser le passage à ses deux amis, il les dirigea vers la cuisine où Sirius s'activait, disposant sur la table une miche de pain et du lait frais. Son visage s'éclaira sous sa barbe lorsqu'il reconnut les deux invités.
- Hermione ! Tu es ravissante ! Assieds-toi donc. (Puis, se tournant vers Ron : ) Toi, le rouquin, tu te mets en bout de table. Mais je suis heureux de te voir aussi.
Ron sourit, toujours mal à l'aise avec l'humour de Sirius. Il ne savait jamais quand il était sérieux ou non.
- Vraiment, tout au bout de la table ?
Sirius découvrit un sourire éclatant de blancheur.
- Oui, vraiment. C'est pour l'odeur.
Puis il éclata de rire alors que Ron se décomposait.
Harry roula des yeux, prit la place en bout de table et invita son ami à s'asseoir. Tout en leur servant à chacun un verre, il s'enquit sans préavis :
- Assez perdu de temps en blagues de mauvais goût.
Sirius renifla avec dédain.
- Ron, enchaîna Harry, tu peux nous dire ce qui se passe ? Je crois bien que c'était la première fois que je voyais autant de monde sur la grande place !
Un petit silence s'installa, Ron et Hermione se regardant avec un mélange de stupeur et de tristesse. Puis le garçon se racla la gorge :
- Eh bien, ce n'est pas une très bonne nouvelle… Comme tu l'as vu, cette annonce vient de la famille royale en personne.
Harry acquiesça, impatient.
- Et alors ?
- Et alors, la reine Narcissa est décédée.
La bouche de Harry s'ouvrit en un « O » parfait. Celle de Sirius ressemblait plutôt à un carré, sa mâchoire s'étant décrochée.
- Mais… Cette nuit ? Co… Comment cela est-il arrivé ? balbutia le brun.
Leur réaction était compréhensible. Non seulement la reine était adorée de tout le monde, mais en plus de cela elle semblait si jeune ! Certes, il était courant de mourir vieux à leur époque, mais tout de même !
- Une maladie la rongeait depuis longtemps, c'est ce que disait l'annonce royale, murmura doucement Hermione.
Son regard se fit plus soucieux, et en même temps plus étincelant. Quelque chose avait piqué son intérêt.
- Ce n'est pas tout, continua la jeune fille. Le fils de la reine, Drago Malefoy, a disparu. Nul ne l'avait jamais vu, la reine ayant tenu à conserver son intimité avant son intronisation qui était censée avoir lieu aujourd'hui. Une récompense colossale est promise à quiconque mettra la main sur lui, sain et sauf. Aucun portrait n'accompagnait l'annonce, mais il est dit que toute la garde royale a été déployée et viendra donner des descriptions aux personnes qui seront interrogées.
Un long silence suivit ses paroles, chacun s'imprégnant de leur sens et de ce qu'elles impliquaient. Finalement, Harry se tourna vers ses amis :
- Mais si la reine est décédée et le prince héritier introuvable, qui s'occupe de gérer le pays ?
- Lucius Malefoy, le mari de la reine.
Un reniflement dédaigneux se fit entendre. Surpris, Harry se tourna vers son oncle :
- Un problème, Sirius ?
Ce dernier ricana.
- Un problème ? Narcissa est mort, Drago disparu, et c'est Lucius qui commande le pays maintenant ? Je ne suis pas de la dernière pluie, mes petits, et si vous voulez mon avis on est dans la merde jusqu'au cou.
Choqué par son oncle, Harry ouvrit la bouche, s'apprêtant à poser une question qui resta informulée, Hermione l'interrompant en acquiesçant :
- Sirius a raison. Notre reine était sage et juste, sa mort est une grande perte. A contrario, le peu de fois où Lucius Malefoy a fait des apparitions publiques, il ne m'inspirait guère confiance...
Harry resta muet. Il se sentait un peu sot, mais il n'avait jamais vraiment pris le temps de s'intéresser à ses monarques. Tout ce qui l'intéressait, c'était les faits : ce qu'il constatait dans la rue lorsqu'il sortait, le discours des habitants de Londres et des paysans en banlieue, et le nombre de mendiants dans les rues. Pour lui, les nobles ne pourraient jamais produire du bon dans la société, alors peu lui important qui était sur le trône.
Sur ce point, Hermione et lui différaient, il ne fit donc aucun commentaire.
Cependant, une question lui trottait dans la tête.
- Ron... commença-t-il doucement. Je ne comprends juste pas pourquoi il était nécessaire que tu me dises tout ça en privé.
L'intéressé releva la tête et échangea un regard soucieux avec Hermione. Il se racla la gorge :
- Eh bien... Ecoutez Harry, Sirius, j'ai appris le nom de l'homme qui est accusé d'avoir enlevé l'héritier Malefoy. Un proche de la famille royale, qui a disparu en même temps que lui et est considéré comme le suspect numéro 1 dans cette histoire.
Sirius fronça les sourcils. Ron murmura :
- Son nom, c'est Severus Rogue.
Aussitôt, la sonnette d'alarme fut tirée dans le cerveau d'Harry. Severus Rogue... un nom que répétait souvent son parrain, car c'était une ancienne connaissance d'école...
Harry comprit aussitôt pourquoi Ron avait tenu sa langue. Il ne fallait surtout pas que cette ancienne liaison soit connue du public, autrement cela ferait porter les soupçons sur son parrain et lui...
Le brun se tourna vers son parrain, cherchant son regard. Il rencontra les deux billes noires qu'il cherchait, mais fut bouleversé par cette vision.
Pour la première fois, il vit une expression de terreur sur le visage de Sirius Black.
Ce que ne savait pas Harry, c'est que si Sirius tremblait, ce n'était ni pour lui-même, ni même pour son filleul.
C'était pour Severus.
oOo
Drago Malefoy n'avait pas pleuré. Un Malefoy ne pleure jamais.
… Ou du moins, c'était ce que c'était toujours imaginé Drago si un jour, par malheur, il venait à perdre l'un de ses proches. Il s'était toujours figuré qu'il serait quelqu'un de courageux, qui encaisserait le coup et en ressortirait plus fort. Ce ne fut pas le cas. Pendant toute leur nuit à cheval, ses larmes n'avaient cessé de ruisseler sur ses joues.
Parfois, il se calmait. Puis, une simple pensée envers sa mère, un simple souvenir de ses rires, suffisait à le faire repartir dans un cycle de sanglots qui duraient chaque fois une heure. Comment était-il possible de sourire à nouveau ? Sa mère, c'était sa vie.
Traîné par Severus, ils avaient chevauché toute la nuit pour s'éloigner le plus loin possible du château et de Lucius. Ils avaient fini par échouer dans une auberge miteuse aux abords de Londres.
C'est dans cette chambre dont le silence était régulièrement perturbé par des couinements de souris, que Drago s'était promis de se venger. Une volonté de fer s'était incrustée dans son cœur, comme un poison : dès qu'il le pourrait, il retournerait au château et viendrait tuer son père.
C'est avec cette volonté que le blond avait trouvé en lui la force de sécher ses larmes d'un revers de manche rageur, et de se diriger d'un pas furibond dans la chambre de Severus. Il devait être aux alentours de sept heures du matin.
Drago haussa les épaules en calculant le peu d'heures de sommeil dont son parrain avait bénéficié. Car, à ce goût amer de trahison que Drago avait dans la bouche, s'ajoutaient également les regrets. Il n'avait pas pu dire au revoir à Blaise et à Théo, Severus l'en avait empêché. Bien qu'il comprenne les raisons de son maître d'armes – sa vie était en danger et donc la nécessité de disparaître dans les plus brefs délais, il en tenait encore rancune à son professeur. Après tout, il était toujours un prince gâté, et ça, ça n'allait pas changer en quelques heures.
Il rentra sans ménagement dans la chambre de Severus, ouvrant la porte à la volée et faisant sursauter violemment son parrain par la même occasion. Hagard, ce dernier bredouilla :
- D… Drago ? Que… Que faites-vous ?
Le blond l'ignora royalement et vint s'asseoir avec élégance sur une chaise se tenant non loin de là. Il la fit pivoter, s'assit à califourchon dessus et planta ses yeux aciers dans ceux noirs de Severus.
- Bien, lâcha-t-il d'une voix glaciale. Nous avons chevauché toute la nuit pour nous éloigner du palais et mes terres, nous avons atterri dans cette auberge minable dans une banlieue londonienne et je vous ai suivi jusqu'ici sans broncher. A présent, j'aimerais que vous me parliez de ce qui s'est passé. En détail.
Cela suffit à réveiller Severus aussi sûrement qu'une douche glacée. Tendu, il répondit prudemment :
- Il me semble vous avoir dit l'essentiel lorsque je vous ai réveillé cette nuit, Drago…
Le regard du blond se durcit.
- Et il me semble vous avoir demandé des détails. Je ne peux pas avancer ni planifier d'avenir si je ne connais pas tous les tenants et aboutissants de cette histoire.
Severus hésita. Malgré son devoir d'obéir à son prince, il ne voulait pas le brusquer, si tôt après l'annonce effroyable de la mort de la reine. Mais au vu du regard que dardait Drago sur lui, il prit sa décision.
- Très bien. Cela ne sera pas agréable.
Un ricanement lui répondit. Il commença donc.
- J'effectuais une ronde dans le château avant de me rendre dans mes appartements : il fallait que tout soit en ordre et que nos épées soient bien en place pour le duel de votre… qui était censé avoir lieu au cours de votre intronisation, se reprit-il. Cependant, alors que je passais à proximité de la chambre de la reine, j'ai entendu des éclats de voix. Inquiet, je me suis approché. Et c'est là que j'ai entendu votre père…
- Lucius.
- Pardon?
Draco expliqua d'une voix anormalement calme :
-Il s'appelle Lucius. Ce n'est pas mon père. Ce n'est pas le roi. C'est Lucius Malfoy.
Severus sentit son coeur se serrer en entendant un tel rejet sortir de la bouche de son protégé. Il aquiesça néanmoins. Puis il reprit :
- C'est alors que j'ai entendu Lucius Malefoy prononcer ces mots : "Tu vas mourir, Narcissa. Lorsque ce sera fait, il ne restera plus que notre fils sur ma route. Et le trône sera à moi. " Voilà ce que j'avais entendu, de la propre bouche de votre p... De la propre bouche de Lucius. Je me suis alors approché discrètement, pour intervenir sans blesser votre mère. Narcissa était assise dans un large fauteuil en velours, et faisait face à son mari qui se tenait devant la cheminée. Sa Majesté ne paraissait pas du tout inquiète, elle était splendide, comme d'habitude. (Il eut un sourire triste.) "Tue-moi si tu veux, lui avait-elle rétorqué, quand bien même tu aurais un trône et une couronne, tu n'auras jamais l'âme d'un roi."
Severus se tut un instant. Les émotions qui l'avaient assailli ce soir-là refaisaient surface. D'une voix presque éteinte, il continua :
- Le coup de feu est parti si vite que je n'ai rien pu faire. En une seconde, Lucius avait sorti un pistolet déjà armé, il a tiré et la vie a quitté Sa Majesté. Malgré mon choc, j'ai vite compris le prochain mouvement de Lucius. Le seul moyen pour lui d'accéder au trône, c'était de vous tuer vous aussi. J'ai fait alors la seule chose que je pouvais faire : m'enfuir avec vous pendant qu'il en était encore temps.
L'homme referma la bouche et s'allongea de nouveau dans son lit. Au bout d'un moment, il regarda Draco du coin de l'œil. Le jeune homme s'était affalé littéralement sur sa chaise et bien que son visage soit impassible, ses yeux ne pouvaient pas cacher la tristesse et la haine éprouvées. Severus ne dit rien. Il laissa ses paroles faire leur chemin jusqu'au cœur de Drago, et lui laissa le temps de réfléchir à tout ce qui s'était produit.
C'est dans le silence de cette chambre humide, qu'un changement s'opéra dans le cœur de Drago Malefoy. Son chagrin et sa haine mêlés devinrent deux lances, figées dans sa poitrine, conduisant son cœur à ne battre que pour une seule raison : la vengeance.
oOo
Severus était extrêmement contrarié.
D'une part, ils se trouvaient dans l'obligation de faire quelques achats en ville, ce qui signifiait être exposés à toutes les menaces. Qui sait si Lucius n'avait pas fait placarder des avis de recherche partout dans la ville ? Vraiment, ils allaient devoir être rapides, efficaces et discrets.
Ce qui l'amenait à la raison numéro 2 de sa contrariété. Il se coltinait un prince à la chevelure aussi voyante que le nez au milieu de la figure, dont la propreté crevait les yeux, et dont l'humeur créait une aura maussade à repousser des rats.
Ce dernier point était le plus fâcheux. Drago n'avait jamais été quelqu'un d'adorable, il était même très souvent prétentieux et mesquin. Cependant, son aimabilité – due à son éducation – et sa gentillesse qu'il tenait de sa mère lui donnaient un côté attachant. Or, ces deux points semblaient avoir disparus.
Drago s'était renfermé sur lui-même, ne gardant que ses défauts et y rajoutant d'autres encore. D'une humeur constamment sombre, il était clair qu'il ne faisait plus confiance à personne, excepté à Severus. Il était devenu extrêmement compliqué de lui faire décrocher quelques mots, et les seuls qui sortaient étaient souvent détestables. Ce qui amenait Severus à faire quelque chose qu'il n'avait encore jamais été contraint de faire : la conversation.
- Il fait beau, aujourd'hui, tenta-t-il avec une voix qui se voulait joyeuse – qui resta, malgré tous ses efforts, traînante et grognasse.
Beurk. Etre jovial n'était vraiment pas dans sa nature.
- On est à Londres, évidemment qu'il fait moche, fut la seule réponse qu'il tira de son élève.
L'ex-professeur regretta de ne pas avoir une épée à son côté pour inculquer les bonnes manières à ce garçon. Il répliqua d'une voix acide :
- Je n'ai pas pour habitude de proférer des banalités, et vous le savez très bien. Seulement, pour une fois j'aimerais éviter de traîner cette atmosphère maussade autour moi. D'ordinaire j'ai des gens gais qui font le travail à ma place, mais il se trouve que maintenant j'ai pour seul compagnon quelqu'un d'encore plus déprimé que moi par la vie. Alors, si vous pouviez faire des efforts, je n'aurais pas à proférer de telles absurdités comme "Il fait beau"!
Il avait prononcé la dernière phrase d'un air exaspéré. D'ordinaire, Draco aurait ri aux éclats. Aujourd'hui il resta de marbre, et ses yeux s'étaient légèrement embués. Cela n'échappa pas à Severus qui sentit encore une fois son cœur se serrer. Bien qu'il ne montre jamais ses sentiments, il s'était pris d'affection pour ce petit, et il n'aimait pas le voir souffrir.
- Très bien, fit-il posément afin de changer de sujet. Venez, Drago, cette boutique devrait faire l'affaire. N'oubliez pas : nous sommes de bonne humeur.
La boutique en question était une vieille échoppe qui comportait des fruits et légumes corrects. Drago jeta un coup d'œil méprisant à une pomme qui semblait vraiment mal en point selon son point de vue. Le propriétaire de la boutique, un vieil homme à l'œil vif, remarqua le regard dédaigneux du petit. D'une voix très calme, il lui demanda ce que désirait ce monsieur.
- Rien qui ne viendra de cette boutique, lâcha l'héritier Malefoy. (Il lança un regard à Severus.) Partons.
Une serre attrapa la main du blond.
- Attendez, dit l'ex-professeur d'une voix cassante. Il faut bien que nous prenions quelque chose, nous n'avons rien à manger. Alors vous serez prié de ne pas faire le difficile.
Drago lui jeta un regard incendiaire et se dégagea, mais ne fit plus mine de sortir. Le propriétaire, qui avait suivi tout l'échange attentivement, interpella le blond :
- Dis-moi p'tit gars, si c'était moi je t'aurais flanqué une rouste dont tu t'souviendrais encore. On t'a bien élevé, au moins ?
Drago se figea. Lentement, il se retourna, et fixa son regard de glace sur le vieil homme. D'une voix très lente, il articula froidement :
- Premièrement, on ne me tutoie pas. Deuxièmement, mon éducation est sans nul doute bien supérieure à la vôtre, sinon vous ne seriez pas en train de moisir dans cette misérable échoppe.
Le propriétaire de ladite échoppe garda le silence. A la place, il plissa les yeux et dévisagea Drago, l'air plongé dans une intense réflexion.
Une main s'abattit violemment sur une surface dure. Les deux hommes sursautèrent et tournèrent leur regard vers Severus qui avait posé une bourse pleine sur le comptoir. D'une voix sans appel, il déclara :
- Nous partons maintenant, ne vous en faites pas. Vous ne nous avez jamais vu.
Il avait appuyé sa dernière phrase d'un regard entendu. Puis sans attendre, il attrapa le bras de Drago et l'entraîna vers la sortie en ignorant ses protestations. Une fois dehors, il marcha rapidement dans la direction de l'auberge où ils logeaient. Le blond pressa le pas pour suivre le rythme de son professeur et l'invectiva :
- Puis-je savoir ce que vous faites, Severus ? Vous n'avez pas à me tirer ainsi !
- Taisez-vous ! siffla Severus entre ses dents.
Drago se tut un instant, le souffle coupé par le choc. Puis il revint à la charge :
- Je vous demande pardon ? Vous m'avez bien dit de me...
- De vous taire, oui, le coupa-t-il d'un ton sec. Vous avez assez aggravé la situation comme cela, alors pour l'amour du Ciel, taisez-vous à présent !
Le reste du trajet se fit dans le silence. Ils tournèrent au croisement, et tombèrent en face d'une calèche contenant des gardes, passant à toute vitesse dans le quartier. Ils se stoppèrent net.
Drago sentit l'angoisse lui nouer le ventre. Il sentit Severus se tendre à côté de lui, puis lui attraper encore une fois le bras et le guider vers une ruelle opposée. Cette fois-ci, il se laissa faire sans rien dire. Au bout d'un temps qui lui parut interminable, ils s'arrêtèrent de marcher et Drago constata qu'ils se trouvaient dans une ruelle déserte, dans un quartier qu'il ne connaissait pas du tout. La respiration de son professeur d'escrime lui parut laborieuse, quand il remarqua que lui aussi respirait tout aussi fort. Il déglutit, puis demanda d'une petite voix :
- Que... Que se passe-t-il ?
- Vous êtes foutument bête lorsque vous le voulez, morbleu.
Drago cligna des yeux. Entendre son professeur proférer des mots vulgaires était une première.
- Pardon ?
- Drago, Drago, se lamenta Severus en secouant la tête.
- Oui ? demanda le blond d'un air penaud qui ne lui ressemblait pas du tout.
- Vous voyez, cette petite voix dans la tête qui recommande la prudence et la discrétion ?
- Euh...
- Et bien vous ne l'avez pas !
Drago se dandina d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Il ne comprenait pas ce qu'il avait fait de mal, ou plutôt il ne voulait pas comprendre. Severus abrégea ses souffrances et lui dit d'un ton sec :
- Vous avez vraiment manqué de jugement, dans la boutique. N'oubliez pas que pour les gens d'ici, vous n'êtes qu'un gamin blond, insolent et dédaigneux ! En vous comportant comme vous l'avez fait, en vous comportant comme un noble, vous vous êtes trahi bien trop facilement ! Vous voyez cette calèche de gardes qu'on a vu passer ?
Drago acquiesça, craignant la suite.
- Eh bien il y en a qui circulent dans toutes les villes alentour du palais, et je mettrais même ma main à couper que toutes les portes pour sortir de Londres sont déjà fermées ! J'ai eu tort de m'attarder plus longtemps que prévu ici. En revanche, lorsque je vous demande de faire profil bas, faites-le, bougre d'idiot ! Vous n'êtes plus un prince ni un roi en devenir, Drago ! La seule chose qui importe maintenant, c'est de sauver votre vie, alors jetez votre fierté et tentez de comprendre où se trouvent les priorités, dorénavant !
Le blond fronça les sourcils en entendant le flot d'injures qui se déversaient à son nom. D'ordinaire, il l'aurait puni pour s'adresser à lui de la sorte. Puis il rougit en comprenant à quel point il avait été ridicule à la boutique, et combien son maître d'armes avait raison. Il n'était plus que Drago, à présent. Et s'ils s'étaient fait découvert, c'était entièrement sa faute.
Il sentit un poids lui tomber dans le ventre. Il demanda d'une voix rauque :
- Severus... Nous ne pouvons pas revenir à notre ancien logement, hein ?
L'homme soupira.
- Hélas, non. Je pense que tout le périmètre autour de la boutique fera l'objet d'une fouille supplémentaire. C'est trop risqué, il faut que nous changions de coin. Il faudra s'en sortir sans le peu d'affaires que nous avions déjà. L'avantage, c'est que je crois que nos portraits ne sont pas encore affichés… Nous avons au moins eu de la veine sur ça. Mais ça ne va pas durer…
- Qu'allons-nous devenir ?
Severus le regarda d'un air grave :
- Je l'ignore, Drago. Mais je vais tenter d'arranger les choses. Je vous le promets. Je dois bien ça à votre mère.
oOo
Assis devant son bureau, Severus se frotta les yeux. Il était très tard, mais la perspective qu'il leur fallait un nouveau logement rapidement l'empêchait de dormir. Ce soir-là, il avait réussi à trouver une de ses anciennes connaissances et lui avait demandé l'asile. Mais son ami avait été très clair là-dessus. Juste pour ce soir, sinon il risquait de se faire arrêter, ou pire...
Severus frissona. Demain matin, aux premières heures, ils seraient de nouveau sans domicile. Il coula un regard vers Drago qui dormait dans un lit à l'autre bout de la pièce. Ainsi endormi, il paraissait apaisé, sans cette perpétuelle lueur de tristesse et de haine qui le poursuivait depuis hier. En regardant ce jeune homme dormir, l'ancien professeur savait qu'il donnerait sa vie pour protéger ce petit. Ce serait son dernier hommage à Narcissa, veiller sur son fils jusqu'à la fin. Comme une demande de pardon pour ne pas avoir pu la sauver cette nuit-là.
Une froide détermination s'empara de lui. Il leur fallait un nouveau refuge.
Severus songea alors à cet homme. Celui en qui il savait qu'il pouvait placer son entière confiance, pour la simple et bonne raison qu'il lui en devait une, et une énorme.
Sirius Black.
