Hello tout le monde,
Je vous livre la suite de cette histoire improbable, le problème étant que je n'ai pas mis « tout » ce que je voulais mettre dans ce chapitre…
Et aussi que plus j'utilise Nash, plus j'ai envie de l'utiliser (・_・;)
Le chapitre 3 est en cours d'écriture mais je bloque sur la partie délicate, au train où vont les choses je devrais sûrement faire quatre parties. Mais cette fic aura une fin, ça c'est sûr.
RaR :
Coralie : je te remercie de t'être manifestée et pour tes encouragements, en espérant que la suite te plaise… ^^
Je vous souhaite une bonne lecture sous les sunlights de Malibu ;)
Perigrin.
Chapitre 2
Lie To Me
.
Il se prélassait tranquillement, quand surgit de nulle part, un fou furieux bondissant sur lui et le plaquant sur le sable. Taiga n'eut pas le temps de voir ce qu'il se passait que déjà, le surplombant, il distingua la silhouette effilée d'un grand blond qui se profilait en contre-jour. La luminosité due à l'astre l'empêchait de confondre les traits de ce maniaque, néanmoins il reconnut cet œil bleu-vert réfléchissant une hargne farouche. En coulissant son regard plus bas, l'adolescent identifia le propriétaire de ce tatouage tribal excessivement voyant. Et noir. Très très noir. Deux grandes mains le maintenaient étendu au sol, au niveau de ses clavicules. La pression exercée était rude ; cette délicatesse innée, ce regard de fou aliéné, sûr, c'était Nash, cette enflure !
ooOoxoOoo
Taiga n'avait pas vu l'attaque venir, surgie de derrière. En bon traître Nash l'avait plaqué sur le sable bouillant, son dos commençait à cuire. Il pouvait à loisir admirer les traits déformés par la haine de son assaillant, ses pupilles lagons dilatées au maximum ainsi que son rictus de tueur en série collé sur ses lèvres. L'adolescent luttait pour maintenir ce cinglé hors de portée tandis que ce dernier appuyait dur sur ses clavicules. A ce stade il allait les lui briser. En plus ce fumier détenait une sacrée force parce que l'adolescent n'arrivait pas à le contenir. Il vit juste à temps un poing fermé s'abattre sur son visage qu'il esquiva en tournant la tête promptement.
— Putain de merde, t'es malade ! beugla la victime.
— Ta gueule j'vais te défoncer !
La discussion s'entamait bien.
A présent Nash essayait d'étrangler son adversaire, qui lui, posa ses mains sur ses poignets afin de les lui enlever. Le combat continuait, Taiga perdait des forces. Il ne put esquiver un autre coup qui atterrit en plein dans sa mâchoire. Au dessus de lui, le blond ricanait de façon démente. Une espèce d'aura inquiétante émanait de son être.
— Tu vas payer pour ce que tu m'as fait, et là papa-maman ne pourront pas te sauver les miches, sale richard !
Une grimace de colère se dessina sur les traits si joviaux d'ordinaire de Kagami.
— Tu crois que tu me fais peur espèce d'enfoiré ? Tu rigoles j'espère !
Pour toute réplique Nash lui en colla encore une dans les gencives.
Des ondes de choc se répercutèrent entre les dents de Taiga. Punaise ce que ça faisait mal ! Sonné mais à demi-conscient, il enroula ses jambes puissantes autour de la taille du blond, le serra et réussit d'un mouvement rapide à les faire basculer à la renverse. Ce fut à son tour d'armer son poing et de le coller dans ce visage acrimonieux. Les coups plurent de part et d'autre, personne ne voulait céder du terrain. Le roux n'avait pas une nature bagarreuse mais là c'était une question de survie. Et puis ce type l'insupportait comme jamais, il avait tellement eu envie de lui en coller une lors de leur première rencontre. Parce que de voir Kuroko à terre, ce garçon si gentil et innocent, brutalisé par cette ordure, l'avait fait sortir de ses gonds. Nash ne resta pas sans rien faire en se contentant de subir, il agrippa une poignée de cheveux carmin et tira de toutes ses forces pour le faire ployer. Dans le même temps il plia son genou et l'envoya dans les parties intimes de son adversaire. Sous l'intensité de la douleur, Taiga se replia sur lui-même, le souffle coupé et fut projeté au sol – encore. Nash se déchaina tel un monstre assoiffé de vengeance.
Le garçon aux yeux de sang ne se défendit plus. Son visage portait déjà les ecchymoses violacées des coups, il cracha un peu de liquide purpurin qui emplissait sa bouche. A ce stade il ne ressentait même plus le goût métallique imbiber son palais. Il n'était qu'amas de chair molle bercée par la violence de son agresseur.
A bout et essoufflé, Nash s'épongea le front en passant son bras dessus. Il décréta qu'il s'était assez défoulé et déclama de façon mesquine.
— Voilà qui t'apprendra à rester à ta place sale bourg' de mes deux ! J'espère que t'en auras pour ton fric à te refaire les dents. Et puis baisse les yeux quand tu me regardes !
Il se leva, s'épousseta les grains de sable collés contre ses habits et donna un coup de pied dans le sol pour en envoyer sur Taiga à terre. Ce dernier s'assit en s'essuyant les traces de sang qui dégoulinaient le long de son menton. Il voyait un peu des éléphants roses danser devant ses yeux, après avec la force déchainée de Nash, normal en soit. Il observa cette silhouette horrifique s'éloigner avec une énorme boule au ventre : celle de la défaite.
Sur le chemin du retour, à pied, le tigre de Seirin ruminait sa rencontre musclée avec ce branquignol des bacs à sable. Depuis son arrivée sur le sol américain, il n'avait fait que de le voir débarquer dans son périmètre vital. Il devait être maudit ou avoir le mauvais œil sur lui pour que le destin soit aussi vache. Ou alors c'était un coup d'Akashi ça encore… En bonne tête de bois, Taiga mettait un peu toutes ses misères sur le compte du jeune héritier. A vrai dire il avait des raisons de lui en vouloir, la première et véritable était qu'il lui volait son ombre. Rien que ça. Depuis sa réapparition dans la vie de Kuroko, quelque chose avait changé. Non, tout pour être honnête. Une fois la Winter cup de gagnée, le garçon énigmatique reprît contact avec Kuroko – comme les autres d'ailleurs – pour ne plus le lâcher. En fin stratège il posait les pièces de son échiquier autour de son pion, se l'accaparant la majeure partie du temps. Et tout ça en dévoilant un visage compatissant plein de mélancolie écœurante, les yeux pétris de repentir. A gerber ! Et Tetsuya avait succombé. Dès qu'il recevait un message de son ex-capitaine-futur-petit-ami, il délaissait ses amis pour lui répondre. A la pause-déjeuner, souvent il partait s'isoler, le téléphone rivé à son oreille, l'air rêveur. Et maintenant voilà qu'il allait se retrouver des jours entiers – et des nuits – chez ce psychotique de pacotille ! Seul avec lui. Pourtant Taiga croyait qu'ils avaient crée un lien indéfectible, plus solide qu'avec ses anciens camarades. Ceux qui l'avaient abandonné. La promesse de Kuroko de faire de lui le numéro un du Japon n'était que désuétude. Au fond, il savait qu'il ne pouvait rivaliser avec le Capitaine de Rakuzan, parce que son lien avec le petit fantôme se projetait sur un autre plan. Bien plus fort que le leur. Dépassant même celui d'avec Aomine, sa première lumière. Akashi s'imposait naturellement comme l'autre moitié de Kuroko. C'était dur à admettre mais pourtant véridique.
Taiga ne savait pas quoi faire pour le retenir à lui. Mettre de la distance semblait une bonne idée au départ, se poser, faire le point sur son histoire… Pour son plus grand malheur le jeune garçon au charisme discret attirait bon nombre de personne autour de lui. Tetsuya s'apparentait à un aimant duquel il était quasiment impossible de s'éloigner. Sans rien manigancer, il arrivait à faire graviter des satellites autour de lui, soleil pâle aux reflets célestes.
Le jeune homme ne voulait pas inquiéter sa mère, alors il appela Alex pour qu'elle vienne le chercher. Comme toujours elle sauvait ses arrières – et ses conneries. En l'attendant, assis sur un banc en bord de mer, il ressassait les paroles de son binôme. Effectivement ses débordements concernant Nash avaient été trop loin, il ne s'imaginait pas dans quel foutoir il l'avait mis. Pour que ce type se défoule comme ça, il avait dû bien morfler à son boulot. Taiga ne pensât pas aux conséquences de son petit jeu. Peut être que sa raclée monumentale était méritée. Son corps endolori par les hématomes le faisait souffrir, sans parler de sa mâchoire passée sous un rouleau compresseur. Espérons qu'aucune dent ne soit cassée. Inutile de préciser que lorsque la femme pulpeuse débarqua, elle sermonna en bonne et due forme son protégé. Et rebelote… Médecin, cabinet dentaire et tout le tralala. Taiga visitait les cabinets médicaux du coin à défaut des paysages californiens. Il en aurait des souvenirs à ramener…
Pour le dîner du soir il dut se contenter d'un bol de soupe et d'une compote… Merci Nash !
Sa mère le couva de tout son amour maternel. Sans savoir pourquoi, Taiga couvrit son agresseur en inventant une toute autre histoire. Après tout, il l'avait un peu cherché. Personne ne pouvait le blâmer d'avoir voulu se faire justice seul. Et ce fut avec ses poings que les dommages collatéraux furent réparés. Le roux raconta son épisode à Tetsuya par mail. La réponse qu'il reçut ne l'étonna guère car le petit fantôme ne lui donna pas raison. Parfois il se demandait comment ce jeune garçon fonctionnait à toujours rester pragmatique en toute circonstance. Tetsuya ne semblait pas revanchard et encore moins aigri, il pardonnait ou passait à autre chose avec une facilité déconcertante. Il détenait en lui une grande mansuétude – ou un je-m'en-foutisme digne du plus bel Aomine… D'ailleurs son ami lui conseilla de laisser tomber l'affaire maintenant qu'ils étaient quitte, lui et monsieur Super Connard. Enfin ça, c'était Taiga qui se le disait, jamais Tetsuya ne parlerait ainsi.
Les jours suivants Taiga vaqua à ses occupations de vacancier, entre parties de streetball, sorties à la plage, promenades, il se ressourçait enfin. Grâce à sa nature enjouée, il s'était intégré dans un petit groupe d'ados de son âge qu'il retrouvait certains après-midi. La plupart d'entre eux préférait le skate ou le beach-volley – ce qui permettait de montrer ses muscles et draguer les filles. Le soir il sortait avec eux, sur la plage, au coin d'un feu de camp à boire des bières et à s'amuser. Certaines demoiselles avaient des vues sur lui, il suscitait bon nombre de questions et représentait l'archétype de l'exotisme. Avec son métissage mi-asiatique, mi-eurasien, ses cheveux flamboyant, son regard hypnotique, comment résister ? Sans compter sur sa peau dorée et sa silhouette avantageuse. Seulement l'Apollon de service ne prêtait pas attention à son succès. Parce que bêtement un seul individu accaparait ses pensées. Il n'était pas venu aux U.S.A pour s'enticher d'une amourette de vacance, sa vie sentimentale était déjà assez compliquée comme ça. Non, Taiga voulait juste profiter de ce temps d'accalmie auprès des siens, point. Il aurait bien le temps de se prendre la tête en rentrant au Japon. Un pincement le serra au niveau du cœur : est-ce qu'il serait attendu là-bas ? Probablement qu'à son retour, Tetsuya lui apprendra qu'il s'était mis en couple avec cet Akashi de malheur – ou plutôt qu'un des Miracles lui rapporterait comme un certain blondinet friand de cancans. Parce qu'en toute objectivité, soutirer des informations privées de la part du joueur fantôme relevait de l'impossible. Il restait tellement secret sur sa vie.
Taiga profitait de son séjour pour s'isoler en fin d'après-midi dans des coins inexplorés de Malibu afin de s'adonner à sa deuxième passion. Seul avec les vagues, il revivait. Pour son plus grand bonheur il profitait au calme de ces endroits secrets, même si quelques autres passionnés se donnaient rendez-vous ici aussi. Personne n'empiétait sur le terrain de l'autre, l'océan si vaste appartenait à tout le monde. Taiga admirait aussi les plus expérimentés réussir des figures magnifiques, digne des plus grands champions. Les voir se mouvoir au dessus de l'eau, glisser sur les rouleaux, effectuer des danses captivantes, le ravissait. Ce sport était tellement différent du basketball. Après une séance intensive, le garçon se reposait près de sa planche, sur la plage, observant les quelques surfeurs au large. Un plus que les autres retenait son attention. Il domptait carrément les tubes d'eau, rivé sur sa planche, au dessus des flots. Il ne tombait pratiquement jamais. De loin, on ne distinguait absolument rien de ses traits, mais son agilité émerveillait Taiga. Il reporta exclusivement son attention sur ce type, prenant son pied à braver l'élément noble. Cet individu fendait les lèvres écumeuses avec grâce, changeait de direction avec brio sans flancher. Il arrivait même à faire des pirouettes risquées. Un génie du surf évoluait devant ses yeux ébahis. L'adolescent demeura longtemps assis à le contempler. Le soleil disparaissait peu à peu laissant la place à un crépuscule éclatant de couleurs vives. L'air était encore chaud à cette heure. Qu'importait, l'adolescent avait tout son temps, rien ne pressait. Les derniers surfeurs sortirent de l'eau et Taiga restait encore sur son bout de paradis. Peu à peu la silhouette de cet inconnu se révéla à lui.
Cette fois-ci il reconnut instantanément ce profil allongé, racé. Evidemment ! Comme par hasard ! Merci le Destin !
Le choc fut rude pour Taiga parce que pendant près de deux heures il avait admiré cet empafé de bas étages ! Lui, Taiga Kagami. Pourquoi devait-il croiser sa route à chaque fois qu'il sortait ? Pour une fois dans sa vie l'adolescent regrettait de ne pas croire aux foutaises astrologiques de Midorima. Peut être qu'avec un objet porte-bonheur le Démon s'en irait. Nash détourna la tête, prit une attitude condescendante, la bouche remontée en une moue torve. Ce type se foutait carrément de sa tronche. Il se passa la main dans ses cheveux, replaçant ses mèches mouillées en arrière. Les spirales noires ressortaient encore plus sous la luminosité déclinante du ciel en feu.
D'un bond Taiga se leva et aboya à l'encontre de l'autre.
— Mais c'est pas vrai, qu'est-ce que t'as à me pourrir la vie, tu me suis ou quoi ?
Nash laissa tomber sa planche et vint le rejoindre en deux enjambées.
— Tu rêves merdeux ! C'est plutôt toi qui me suis partout. Et qu'est-ce que t'avais à me mater d'abord ?
Un peu rougissant fasse à cette réalité, Taiga se reprit toutefois.
— Pas du tout, je regardais tout le monde !
— Mes couilles sur ton front ! Te fous pas d'ma gueule ! Ca t'a pas suffit l'autre jour, tu veux que je te démonte encore ?
— Essaie pour voir, je vais te démolir !
Nash explosa de rire en cachant une partie de son visage, sa main posée dessus. Et nous y voilà. Son attitude absolument exécrable résonnait en Taiga comme un déclencheur à une brutalité anormale. Dès que ce grand con ouvrait la bouche, il n'avait qu'une envie : celle de la lui casser justement. Ce mec était imbuvable.
Après avoir regagné un peu de sérieux, le Capitaine des Jabberwock enchaina non sans son ton narquois.
— Me fais pas rire, tu pourras jamais me battre. A moins que tu sois maso, me cherche pas, on dirait que ça t'a plu pour que t'en redemande…
Une petite voix dans sa tête implorait Taiga de se taire, son instinct de survie était à son minimum. Il se doutait que face à son rival, il n'aurait aucune chance de ressortir gagnant d'une baston de rue. Nash était plus fort, plus violent et sans limite. De plus il pratiquait la boxe, chose dont ignorait le roux, mieux valait se faire petit.
— C'est sûr que pour une racaille comme toi c'est simple de castagner tout le monde, tu sais faire que ça dans ta vie. M'enfin si t'en es fier tant mieux, à la place de tes parents j'aurais honte d'avoir un fils comme toi !
Raté Kagami ! Son instinct était encore plus bas que la libido de Midorima. Il réalisa son erreur trop tard parce qu'encore une fois, il sentit l'emprise brutale de Nash sur lui. Sa grande main enserrait sa nuque, ramenant son visage contre son front. Cette attitude on ne peut plus menaçante l'effraya. Trop tard, il aurait dû tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de balancer la première stupidité venue. De près Nash foutait encore plus les boules. Surtout ses yeux de fou luisant de rage. Leur couleur si particulière prenait des accents irréels presque. Taiga avala sa salive avec toute la difficulté du monde et cessa de respirer. Il se préparait déjà mentalement à recevoir une beigne. Contre toute attente, la poigne du grand blond se relâcha. Ce dernier s'écarta, un sourire malsain imprimé sur ses lèvres. Apparemment le jeune adulte arrivait à se maîtriser, ce qui aurait dû rassurer Taiga ne le fit pas. Etonnamment quelque chose de plus sombre abritait son être, une de ces rages sourdes, tapies dans les confins d'une mentalité déviante. Nash alternait les états de garçon poli, puis ceux d'un délinquant pour finir sur d'infimes touches de psychopathe. Il ne faisait pas bon de rester auprès d'un individu pareil.
Taiga décida de fermer sa grande bouche qui lui apporterait encore plus de problèmes et de s'excuser, comme Tetsuya lui avait conseillé. Tout penaud, peu assuré, sa main passant dans ses cheveux rouges, il émit hésitant.
— Pardon pour le coup du restaurant, c'était naze, je suis allé trop loin.
Un silence de mort s'installa entre eux.
Nash se pencha en avant en mettant sa main contre son oreille pour indiquer qu'il avait mal entendu.
— Quoi, tu peux répéter j'ai pas bien compris ?
— Je m'excuse pour mon comportement de la dernière fois au restaurant, c'était minable je l'avoue, bon t'es content ?
Nash affichait une expression entre incompréhension et sérieux. Il finit par ricaner comme d'habitude, mains sur les hanches. Son interlocuteur se bataillait intérieurement pour ne pas envenimer les choses. Se taire, il devait résister à ses provocations. Au bout de quelques secondes, le blond regagna un peu de calme.
— Je me suis fait virer par ta faute, t'en es conscient ?
— Je… Non je ne savais pas que ça avait été si loin…
— Bah voilà, maintenant tu sais. J'ai plus de job.
Taiga le dévisageait avec une grosse, grosse pointe de remords.
— Merde, je suis désolé. J'en parlerais à mon père et il te fera réengager !
— Oui vas-y, parle à ton petit papounet d'amour, si ça peut régler tous tes problèmes, balança le blond en relevant le menton, plus dédaigneux que jamais.
— T'insinue quoi ?
— Les fils à papa dans ton genre me donnent envie de gerber, c'est tout. Tu peux rien faire sans lui ni son fric je parie.
Les poings serrés, le tigre répondit fermement.
— Tu connais rien de moi, de quel droit tu me juges ? Sache que je ne me cache pas derrière mon père comme tu dis. Je me débrouille tout seul.
— Oh oui ça se voit… répliqua Nash d'une voix moqueuse. Quel drame alors de vivre au crochet d'une famille de bourg' de Beverly Hills ! Oh la la comme je te plains ! Pff laisse-moi rire.
— Je ne vis pas là-bas mais à Santa Monica pour ta gouverne !
Si Kagami avait eu un peu de jugeote, il se serait tu…
Plus atterré qu'autre chose, Nash se passa la main sur son visage, se massa l'arrête du nez. Non, ce n'était pas possible que ce morveux parle sans réfléchir et ne voit pas les bourdes qu'il sortait.
— Ca change tout.
— Ouais !
— Tu me fatigues.
— J'en ai rien à fiche, je parlerais à mon « papounet » et tu réintègreras ta place, et j'irais parler aussi à ton chef de salle. Même si je dois avoir l'air con pour ça.
— J'te rassure, t'as déjà l'air con sans rien faire. Ne fais rien, j'ai pas besoin de ton aide.
— Mais t'as perdu ton taf à cause de moi, je te dois bien ça.
Kagami s'en serait mordu la langue.
— Tu me dois rien, j'ai pas besoin de toi putain, faut que je te le répète combien de fois ? J'en avais marre de ce boulot de toute façon.
— Comment ça se fait que tu sois serveur d'ailleurs ?
— Qu'est-ce que ça peut te foutre franchement ?
Décidément ce dragon restait horrible en toute circonstance.
— Bah en fait j'en sais rien… Je voudrais savoir.
Son expression si franche désarma Nash. Ce Japonais semblait aussi brut de décoffrage que lui mais dans un autre genre. Cela l'amusait. Il n'avait pas peur du ridicule et ne semblait pas réfléchir quand il débitait ses conneries.
— Tu veux que je te raconte ma vie ? Viens, j'te paie un dîner aux chandelles.
Taiga papillonna plusieurs fois des paupières. Il lui faisait quoi là exactement ? Devant l'air benêt de plus jeune, l'autre éclata de rire en se tenant le ventre.
— C'est bien ce que je pensais, t'es trop niais mon pauvre ! C'est même plus drôle.
— La ferme !
Nash retourna reprendre sa planche puis revint vers Taiga.
— Comment ça se fait que tu connaisses cette plage ?
— C'est parce que j'ai vécu ici, je connais tous les endroits sympas.
Nash le jugea un instant.
— Je pense qu'on se reverra alors parce que je viens tous les jours. Alors un conseil : ne me provoque pas.
Il s'apprêta à partir quand il se retourna pour balancer une dernière phrase.
— Et sur ce t'inquiète pas, j'ai pas l'intention de te démonter à chaque fois qu'on se croisera. Pour moi cette affaire est réglée.
Puis il partit de sa démarche assurée et m'as-tu-vu. Le vrai Californien pure souche.
ooOoxoOoo
Les vacances de Taiga se trouvaient gâchées par ces rencontres inopinées avec son rival décoloré. A chaque fois qu'il sortait, il devait avoir une discussion musclée avec. Enfin, pour une fois il se sentit soulagé, apparemment la hache de guerre venait d'être enterrée – à demi disons. Avec ce sale type il valait mieux rester sur ses gardes, et ça ne l'empêchait pas de rester odieux en toute circonstance.
Le jeune homme dîna avec ses parents pour profiter de leur présence et partit sur la plage en milieu de soirée, rejoindre ses nouveaux amis. Comme souvent, l'adolescent était le centre d'attention du groupe. Tout le monde voulait connaître sa vie nippone, le secret de son talent au basket et aussi s'il avait déjà une petite-copine. Les filles ne cessaient de lui tourner autour, de lui offrir des ouvertures plus qu'explicites. Un peu intimidé, Taiga mentit en leur disant qu'il en avait déjà une à Tokyo. Cela lui permit de mettre court à ce déballage de drague. Encore une fois : il ne voulait pas s'engager dans une histoire éphémère, de surcroît. Il n'était pas volage, préférant les histoires sérieuses, alors devoir supporter les pleurs en fin de séjour, très peu pour lui. Il but pas mal de bière cette nuit là et eut du mal à regagner son logis.
Le matin, entravé par un mal de tête et une formidable gueule de bois, il fut réveillé par les appels incessants provenant de son téléphone. Les yeux mi-clos et la bouche pâteuse, il tâtonna sur sa table de chevet. Il devait absolument faire taire cet engin. Il fit tomber les objets posés sur le meuble ainsi que son cellulaire. Mais celui-ci continua de sonner, accentuant de ce fait les centaines de petits clous qui s'incrustaient dans son crâne. C'était insupportable. Tout en ronchonnant, il se pencha au dessus de son lit, ramassa l'appareil et vit que son frère essayait de l'appeler.
Ah bah depuis le temps il serait de bon ton de prendre des nouvelles ! Surtout à sept heures du matin, merci !
Seulement Taiga en bonne guimauve qu'il était, se dépêcha de prendre l'appel. Tatsuya avait l'air enjoué et lui proposa une conversation par messagerie interposée. Le rouquin accepta même si intérieurement il aurait préféré se rendormir. Avec le décalage horaire pas facile de se calquer sur le mode de vie de ses amis restés au Japon. Bref tant pis, il alluma son ordinateur, assis en tailleur sur son lit, la mine épouvantable et le teint cireux.
La caméra était allumée mais Kagami ne vit rien sur l'écran. Absolument rien que le noir. Pourtant il entendait bien la voix de velours de son « bro » en fond, des bruits de paquet qu'on farfouille et une autre voix, plus trainante. Il s'impatienta et cracha vivement.
— Tu me vois Tatsu ? Oh hé t'es là, sinon je repars dormir !?
— Oh Taiga ! Oui je suis là t'inquiète ! Pousse-toi s'te plait tu gênes.
— Mais Muro-chin est pas gentil…
Ouais non, ce timbre amorphe à la limite du coma c'était bien Murabakisara.
— Arf, il se passe quoi à la fin ? reprit le tigre.
— Mais pousse-toi enfin, tu es devant la caméra.
Soudain la vue fut un peu dégagée, cette fois-ci un gros plan sur un fond mauve avec des petits nounours s'offrait devant lui. Hébété Taiga ne comprit pas ce cirque sauf quand une paire de fesses se bougea et qu'il découvrit avec horreur que le titan des miracles se trouvait en caleçon devant ses yeux, dans la même chambre que son frère et torse-nu. Ce même géant monta sur le lit, s'allongea à côté de son frère et piocha aussitôt sa main dans un paquet de gâteaux. Aucune pudeur !
Taiga cligna plusieurs fois des paupières devant cette scène surréaliste. Heureusement que le beau brun était habillé – enfin vu qu'il était également allongé, on ne voyait que le haut.
— C'est quoi ça !? hurla Taiga fidèle à son tempérament de feu.
Himuro plissa son œil avec son air taquin et émit un petit rire cristallin.
— Je suis chez Atsushi tu le sais. Je dors dans sa chambre.
— Bah oui normal quoi !
— Je suis désolé de t'appeler si tôt mais je n'ai pas encore eu l'occasion de discuter avec toi. Alors ça se passe comment tes vacances ? Alex va bien, tu lui donneras le bonjour de ma part ?
— Mais pourquoi il est à poil ?
L'attention de Taiga se focalisait exclusivement sur Murasakibara à moitié dénudé, à côté de son frère de cœur. C'était indécent.
— Il fait chaud ici à Tokyo, lui répondit ce dernier en mâchouillant ses cochonneries.
Bizarrement, le brun rit de plus belle avec ce « je-ne-sais-quoi » de moquerie au fond de la voix. Sûr qu'il se tramait quelque chose de pas net, et pourquoi absolument tous ses amis faisaient des pyjamas-parties à leurs âges et surtout sans lui ? Il se sentit exclu quelque part. Alors il bouda.
— Ne fais pas la tête Taiga, reprit son acolyte de toujours.
— Tu aurais pu venir avec moi, parce que si ça t'intéresse de savoir comment va Alex, elle n'arrête pas de me seriner sur le fait que t'es pas là. Elle aurait voulu te voir tu sais.
— Oui je sais, excuse-moi.
— Mouais, tu ne m'as pas l'air d'avoir des remords…
— Non c'est pas ça, j'aurais voulu t'accompagner mais tu comprends, Atsushi m'avait déjà demandé il y a longtemps de venir dans sa famille. Je ne pouvais pas revenir sur ma parole.
— Moi j'aime bien que Muro-chin soit avec moi.
Depuis qu'il avait rencontré ce monstre, Taiga se sentait en compétition pour l'obtention de l'amitié de son frère. Et aussi il avait l'impression constante que cette aubergine toute molle le provoquait.
Himuro passa son doigt sur les commissures des lèvres de son coéquipier afin de le débarrasser des miettes collées sur sa peau.
Taiga fit une grimace écœurée. Encore plus quand il se suça ses propres doigts.
— Mais c'est dommage parce que lorsque je vais rentrer, toi tu seras déjà reparti… enchaîna-t'il déçu.
— Je reviendrai aux prochaines vacances les passer chez toi, promis Taiga !
— Et moi alors ? intervint Atsushi.
— Toi on t'a rien demandé !
Le grand adolescent bouda en retroussant sa lèvre inférieure sur la supérieure, ses petits yeux chagrinés.
— C'est pas sympa ça, maintenant Atsushi est tout triste, regarde ce que tu as fait !
Non mais là ça dépassait l'entendement ! Voilà qu'il se faisait rabrouer par son frère pour un simplet comme ce type !
— Mais enfin je vais pas l'inviter chez moi non plus ?
— Pourquoi pas ? demanda Murasakibara, l'innocence à l'état pure.
Les nerfs du tigre partaient en pelote, et non même pas : en fil de laine. Pourquoi mais pourquoi qu'à chaque fois qu'il souhaitait avoir une conversation normale, elle partait en totale live ? Et pourquoi est-ce que ces miracles en faisaient toujours partis ?
Il avait vraiment l'impression de se retrouver dans la quatrième dimension. Cette fois-ci sûr que ce Murasakibara lobotomisait le cerveau de son meilleur pote.
— Ca c'est arrangé avec Nash alors ? reprit Himuro.
— Oui oui, on s'est expliqué. J'y suis allé peut être un peu fort j'avoue, c'était pas malin.
— Oui c'est vrai, je ne t'ai pas reconnu sur ce coup là. En plus j'ai cru que tu te le tapais, j'étais très déçu.
— Je l'aime pas, il est méchant, s'interposa le délaissé.
D'ailleurs il se leva, repassa devant la caméra le tout sous les yeux courroucés de Kagami qui se lassait de voir son postérieur.
— Comment tu le sais au fait ?
— Oh les nouvelles tournent vite tu sais… Kuroko-kun me l'a dit, et il m'a dit aussi qu'il t'avait fait la morale pour que tu t'excuses. Il a une bonne influence sur toi, c'est un chic type.
Abasourdi, Taiga se contenta de gober les mouches, la bouche ouverte. Adieu la vie privé quoi. Une nouvelle paire de fesses revint boucher l'objectif pour se replacer aux côtés du beau brun, avec de nouveaux paquets entre les bras.
— J'espère que tu ne va pas laisser cet incident te gâcher ton séjour Taiga, profite de la plage et du soleil. Et prends plein de photos, je veux les voir à ton retour. Oh et tu as été au fast-food où on allait petits ? Ils font les meilleurs hamburgers de la Côte Ouest !
Atsushi releva la tête apparemment très intéressé.
— Oh j'aimerais les goûter moi aussi ! Ils sont comment, ils sont bons, ils ont quels goûts, avec quelle sauce tu les manges ?
Tout d'un coup le petit glouton devint intarissable sur la question. Tandis qu'il déblatérait son flot de questions, Taiga se perdit dans les limbes de la souffrance mentale… Au départ il voulait juste parler à son frère, mais juste à lui… Il dût réciter dans les détails la carte du restaurant, compter toutes les saveurs, y compris les extras-burgers sous les yeux émerveillés du géant violet.
— Au fait, comme tu sembles au courant de tout, reprit le roux, est-ce que tu as des nouvelles de Kuroko, il est injoignable depuis plusieurs jours ?
— Oui ça c'est parce qu'il est chez Aka-chin. Il nous a envoyé une photo de lui dans l'onsen, il a l'air de bien s'amuser.
Enervé d'être laissé pour compte, Taiga se renfrogna en grognant.
— Je te joins les photos, bizarre que tu ne les ai pas eu je pensais qu'il te les enverrait…
— Ouais moi aussi figure-toi.
Au fond de lui il savait parfaitement pour quelle raison… Tout simplement parce que cet Akashi profitait de la faiblesse et de l'incrédulité de son ombre pour l'aspirer dans ses bras, voilà. Et par le fait l'évincer gentiment.
Le brun ténébreux termina sur une note plus sérieuse.
— Taiga, dès que je rentre chez moi je t'avertirai, on parlera les deux, promis. C'est peut être pas ce que tu crois, ne rumine pas.
— Merci bro, okay je vais suivre tes conseils, pff.
— On va au lit Muro-chin ? J'ai sommeil.
— Oui oui, on y va, répliqua Himuro en lui tapotant le bras. Je t'embrasse Taiga, prends soin de toi, bye bye !
— Bye bye Kaga-chin ! fit de même l'adolescent à la nonchalance légendaire avec un petit signe de main.
L'as de Seirin leur rendit la pareille puis alla regarder les photos envoyées sur l'espace de discussion. Son meilleur ami connaissait ses sentiments à l'égard de Kuroko, normal ils se confiaient tout – enfin presque. Un peu contrarié de se sentir mis sur le banc de touche, il cliqua sur la première.
Oh surprise ! Kuroko était dans l'onsen même, le visage défait par la chaleur et Akashi le cachait en partie, devant lui. On ne distinguait pas grand-chose, en prime le garçon aux cheveux couleur framboise semblait tenir quelque chose, une sorte de soucoupe qu'il tenait devant la bouche du plus petit. Ils avaient l'air bien proches les deux.
Est-ce que l'Empereur le forçait à boire ?
Au loin on pouvait voir Aomine et son corps musclé, dénudé en train de se quereller avec Kise. Mais ça ce n'était qu'un détail insignifiant. Parce que le plus important s'avérait que son partenaire passait la majeure partie de son temps nu en compagnie de ce manipulateur et qu'ils faisaient je-ne-sais-quoi dans les thermes ! Sans le lui avoir dit. Cette nouvelle acheva Taiga. Il n'était plus d'humeur joviale, carrément pas. Il voulait mettre de la distance entre lui et son amour pour le garçon aux cheveux cyan sans succès. Au contraire, tout le rappelait à lui, de plus il se sentait impuissant parce que trop loin. Il n'avait aucun moyen pour empêcher ce rapprochement.
Avec douleur, le roux observa cette photo quelques minutes. Kuroko semblait à sa place parmi ses amis et son ex-Capitaine. Peut être qu'il ne le comprenait pas finalement, qu'il se leurrait depuis tous ces mois. Et pourtant… Ce qu'ils vécurent, ce qu'ils partagèrent au moment de leur victoire ne fût pas une chimère. Kagami et Kuroko s'étaient laisser aller aux affres de l'amour, ils avaient consommé cette attirance, ce lien particulier une fois. Une seule fois, une seule nuit dans les bras l'un de l'autre. Kagami n'avait pas rêvé les soupirs de plaisir de son ami, ni ses gémissements étouffés et encore moins ses caresses appuyées. Il l'avait tenu dans ses bras, comblant le vide de ses reins avec bonheur. L'amour avec Tetsuya s'était révélé doux, sensuel, fébrile. Leur première fois à tous deux. Bêtement le tigre croyait que leur relation irait plus loin, perdurerait, s'épanouirait mais non. L'autre avait tué ses espoirs avant qu'ils grandissent, arguant qu'ils s'étaient laissés emporter, qu'il préférait réfléchir à la tournure des évènements. Quelle connerie oui ! Si le fantôme désirait faire le point, pourquoi se vautrer à la première occasion dans les bras d'Akashi ? Et comment rivaliser avec ce type sournois et bourré d'intelligence ? Kagami partait avec un gros handicap, celui de n'être pas aussi fin d'esprit que l'héritier. Et Kuroko méritait quelqu'un de raffiné, pas comme lui, sûr qu'il ne le choisirait pas.
L'adolescent referma le clapet de son ordinateur les larmes aux yeux. Un fauve aussi pouvait pleurer. Ses chances s'amenuisaient au fil des jours, et ça il le savait bien avant de partir à L.A.
Il fallait qu'il se change les idées, absolument. Au pire sa nuit était terminée, il alla se préparer pour une folle journée typiquement californienne : à cent à l'heure.
Kagami rejoignit sa mère pour bruncher dans son club sélectif, elle put le présenter à ses amies qui s'écrièrent de ravissement devant un « si adorable jeune homme ». Il se força à jouer au tennis avec elle, même, alors qu'il détestait ce sport. Puis il profita de sa fin d'après-midi pour trainer avec Alex et passer ainsi la soirée avec elle. Ils allèrent voir jouer les Lakers forcément, équipe favorite du roux. L'adrénaline et l'effervescence du Grand Olympic Auditorium lui filait des frissons de chair de poule. Les acclamations des supporters l'enivraient telle une liqueur opiacée. Tout, tout était démesuré ici : le show des cheerleaders, la musique assourdissante qui bombardait à travers les enceintes et enfin l'arrivée des joueurs tels des gladiateurs affrontant les lions de l'arène. Dès qu'ils mirent un pied sur le parquet, les gens se levèrent en poussant des cris presque hystériques. Taiga sentait cette euphorie se répandre dans tous ses vaisseaux, le feu de l'excitation battait son plein. A ce moment là il désirait connaître pareille chose. Ses rubis rivés sur son équipe, il retint sa respiration en attendant le tip-off. Pendant tout le déroulement du match il ne pensa plus à rien. Absorbé par le jeu de ces dieux vivants, plus rien ne comptait. Le basket le faisait vibrer jusque dans ses os, il voulait faire parti de ce monde là. Bon dieu oui, il le voulait plus que tout en cet instant. C'était comme si sa vie prenait tout son sens : celui de vivre, de respirer, de trembler pour le basket. Cette passion s'apparentait à de l'obsession, mais quelle belle obsession. En quittant ce pays, Taiga avait oublié à quel point tout était possible dès qu'on gardait en nous l'envie de croquer le monde à pleine dent. Et en bon tigre qu'il était, le jeune homme souhaitait le bouffer, le monde.
Revigoré par sa soirée, le jeune homme se rendit le lendemain matin sur le terrain de streetbasket près de Palisades Park afin de se défouler un peu les doigts – et les jambes. Il commençait de s'échauffer tout seul lorsqu'une voix familière retint son attention. Aussitôt Taiga se retourna un large sourire aux lèvres. James se tenait devant lui, un ballon logé contre ses hanches, la casquette vissée en arrière. Un vrai petit thug.
— Hey Taiga tu veux jouer contre moi et m'apprendre des trucs ?
Ce gamin avait tellement l'air aux anges qu'il ne put dire non, au contraire. Rencontrer un passionné comme lui le rendait heureux. Il s'approcha et posa sa grande main sur la tête du garçonnet tout en appuyant sur la casquette.
— Ouais si tu veux, mais sache que je ne suis pas un tendre ! Et je ne rigole jamais avec le basket.
— Moi non plus !
Taiga déposa son ballon dans un coin et d'un mouvement vif, vola celui de James puis le fit rebondir sur le sol.
— Par contre, ne viens pas pleurer si tu perds, hein… J'aime pas les bébés.
D'une moue grincheuse, le plus jeune remit sa casquette en place, tapa du pied en croisant ses bras.
— Je pleure jamais d'abord ! Même si je perds c'est le jeu.
— Ouais j'aime assez ton état d'esprit, allez, c'est parti !
Pendant près d'une heure, Taiga enchaîna les passes, les dribbles, les mouvements pour que James puisse les décortiquer. Il lui apprit même quelques feintes. C'était plus une démonstration-cours qu'un « un contre un » mais ça lui allait aussi. Le gamin semblait impressionné par les talents de sa nouvelle idole. Il ne se lassait pas de le voir en mouvement, surtout lorsqu'il mettait des paniers avec toute la force qu'on lui connaissait. Car malgré que cette rencontre fortuite tourne à la leçon, le yankee y mettait toute sa passion et son sérieux.
Soudain le bruit de quelqu'un qui applaudissait retentit derrière eux, accompagné d'un rire on ne peut plus mesquin. Taiga dirigea son regard de braise sur l'intrus qui se postait au bord du terrain.
Etonnamment il ne fut pas surpris.
— Hey gamin, tu veux voir un vrai joueur en action et non un minable ?
Nash Gold Jr premier du nom et seul abruti de service, interrompait encore son moment de détente.
— Parce que si c'est le cas, je propose un petit match entre toi et moi le bourg'. T'en dis quoi ?
Triomphant dans sa sublime arrogance, le grand blond tendit ses bras comme pour s'accaparer tout l'espace, son sourire torve en bonus.
James se recula, méfiant.
— J'en dis que si t'as envie de te faire exploser je suis ton homme, répondit Kagami en lui lançant la balle.
— Oh mais regardez-moi le celui-là… T'es bien présomptueux dis-moi.
— Tiens tu connais ce mot, bravo ! Je te rafraichis la mémoire : on t'a battu toi et ton équipe de bourrins au Japon alors la ramène pas trop.
Nash commençait de dribbler gentiment avec le ballon tout en se rapprochant.
— Okay j'admets. Vous nous avez battus. Je dis « vous » parce que là c'est différent. Il n'y a que toi et moi Taiga Kagami et tu prends trop tes désirs pour des réalités. Seul tu ne vaux rien et ce n'est certainement pas toi qui va me battre à quoi que ce soit. Remballe ton string, j'arrive !
Il relança le ballon qui fit un rebond contre le sol pour atterrir dans les mains du roux qui là semblait piqué au vif. Pendant que son provocateur se régalait de son effet.
Tout en accrochant les lacs lagons, Taiga demanda à James de s'assoir sur un des bancs. Ce dernier l'encouragea.
Les deux jeunes gens se mirent en position, légèrement penché en avant, le bassin souple. Yeux dans les yeux on sentait la hargne émaner de leurs personnes. Pour eux ce n'était clairement pas un jeu. Taiga sentait ses muscles se crisper d'anticipation, les fourmis s'emparer de ses pieds. Affronter un adversaire pareil – bien qu'insupportable – le mettait dans tous ses états. Oui il avait envie de le faire taire, de lui faire ravaler son sourire de squale, avec ses rangées de dents parfaites. D'ailleurs elles brillaient d'un éclat trop blanc dans l'attente de l'entre deux.
Nash dribbla sur place puis lança haut le ballon. Taiga sauta de sa détente légendaire, mais sorti de nulle part, l'autre fut plus rapide. Plus rapide et plus souple sûrement. Il prit l'avantage ainsi que la balle orange pour se lancer à l'assaut du panier même avec le roux aux talons. Puis ce fut au tour de Kagami de démontrer ce qu'il savait faire. Il était entravé dans ses mouvements par la stature effilée du Californien. Son jeu déconcertant n'avait rien à voir avec celui désordonné d'Aomine. Là où le Miracle s'avérait félin, vif, nerveux, l'autre possédait une approche totalement différente. Il lui filait entre les doigts telle une anguille agile, ou un requin. Oui, un prédateur des mers, taillé pour tuer. Sa grande stature fendait l'air encore plus vite qu'un fauve, lui fauchant le ballon des mains. En prime il s'octroyait le luxe de le manier comme personne. Nash s'amusa à reproduire ses tours de passe-passe en faisant disparaître la balle, pour la faire réapparaitre derrière son dos puis entre ses jambes pour terminer en haut de sa tête. Panier. Encore et tiré de loin. Effectivement ce sale prétentieux possédait une force inouïe. Déjà à bout de souffle, Taiga luttait en tentant de rester à niveau. Malheureusement son jeu plus « brut » ne rivalisait pas avec celui élaboré de son adversaire. Il se mouvait avec cette facilité qu'ont les prédateurs en s'accaparant le terrain. Le lycéen haletait, les mains sur ses genoux attendant la suite.
— Encore, je veux ma revanche !
— T'es maso ? demanda le leader des Jabberworck en faisant tournoyer le ballon sur son index. Je crois que t'as eu ton compte pour aujourd'hui, tu vois que tu ne vaux rien sans tes petits-copains.
James qui jusque là s'était tenu tranquille, sauta littéralement sur Nash pour le bombarder de compliments et de questions. Ainsi la vie de Kagami, idole des jeunes se terminait sur une note bien amère… On était vite remplacé dans le cœur des fans. Et l'autre jubilait en se redressant, tout content. Contre toute attente, il prit le temps de répondre au garçon sans employer un ton malveillant. Il refit même son mouvement de magicien devant l'émerveillement du petit, tandis que Taiga tirait la tronche.
Nash s'approcha en lui renvoyant le ballon.
— T'as encore du boulot pour parvenir à mon niveau mais…
— Mais quoi !? aboya le roux un peu vexé.
— Tu t'en tires pas trop mal.
— Mouais, si ça te fait plaisir. Bon moi j'ai envie d'une glace pour me rafraichir, James t'en veux une ?
— Oh oui alors !
Ils rassemblaient leurs affaires quand l'enfant demanda enthousiaste.
— Eh Taiga, il vient aussi Nash, hein ?
— Euh… c'est-à-dire que…
Le blond se fendit d'un sourire puant l'arnaque et entoura les épaules de l'adolescent.
— Bien sûr, j'en veux une aussi !
Non mais le cauchemar ! Ce type s'incrustait tranquillement et il allait devoir lui payer une glace en prime ? Dans sa face plutôt !
Seulement devant l'air suppliant de James, il ne résista pas. Kagami et son cœur de guimauve, le retour.
— Oui tu peux venir, bougonna-t'il pour montrer son mécontentement.
Sur le trajet Nash venta ses mérites au petit, évidemment. Ils dégustèrent leurs glaces bien que l'heure du repas s'approchait à grand pas. Et sans surprise : ils discutèrent basket. Après coup, James rentra chez lui laissant les deux bêtes sur place non sans leur faire promettre de remettre ça bientôt.
Taiga se sentait mal à l'aise en la présence de Nash, sans se l'expliquer. Son aura inquiétante sans doute, ou son air moqueur contribuait à ce sentiment. Il restait sur la défensive, prêt à bondir à la moindre provocation. De son côté, l'exécrable Magicien s'amusait de cette situation. Il clamait tout le temps à qui voulait l'entendre sa supériorité, écrasait juste par plaisir la fierté des autres. Alors avoir la chance de rencontrer un type au sang chaud, démarrant au quart de tour avec une capacité pour le basket lui plaisait grandement. Il prenait un malin plaisir à accentuer ses traits de caractère pour faire criser le Japonais. Et ça fonctionnait plutôt bien.
Vu que personne ne daignait bouger, le plus âgé se leva, se tenant debout en attendant.
— T'attends le déluge ou quoi ?
— Hein ?
— Je te demande si t'attends la fin du monde ! répéta Nash en décrochant bien chaque syllabe.
— Ca va j'suis pas sourd !
— Bah alors bouge-toi !
— Ouais ça va, je viens pas la peine de beugler !
Kagami se stoppa dans son élan. Mais pour aller où et pourquoi suivrait-il ce type ?
— On va faire quoi au juste ?
Nash se retourna vu qu'il était déjà devant, la mine blasée en levant les yeux au ciel.
— Manger, tu vois man-ger. Parce que les gens normaux mangent le midi.
— Tu me prends pour un débile !?
— Non tu y arrives très bien sans moi… rétorqua l'arrogant personnage en levant un sourcil signe de son amusement. Fais pas cette tête, c'est moi qui paye.
Cette fois-ci ce fut au tour de l'as de Seirin d'afficher une mine pas très catholique parce que s'il savait dans quoi il s'embarquait, jamais Nash ne l'inviterait à manger. Son dernier salaire allait y passer.
— Bon tu nous emmènes ? questionna le plus vieux.
— Comment, à pied ?
— T'as pas de caisse ?
— Non j'ai même pas le permis.
— Non sérieux, quel naze j'y crois pas !
— J'ai pas besoin de le passer maintenant, je te signale qu'au Japon c'est pas comme ici, on a pas le droit de conduire à seize ans ! s'excita le rouquin rouge de colère.
Il lui en fallait peu pour le pousser à bout.
— Bon et bien on prend la mienne.
— Attends, t'as une voiture toi ?
Le blond se contenta de hausser les épaules et l'emmena vers son bolide, à savoir un 4x4 Dodge noir haut de gamme. Le must du must quoi. Kagami en resta ahuri.
— Putain de merde… Comment tu fais pour te payer un truc pareil alors que t'étais qu'un pauvre serveur ?
Il se reçut un coup rude à l'épaule.
— M'insulte pas okay ? On voit que t'a jamais trimé de ta vie pti bourg'. Voilà pourquoi les mecs de ton genre me donnent la gerbe.
— Pardon c'est pas ce que je voulais dire… J'ai rien contre les serveurs. Ni d'autres métiers de ce type. C'est seulement que tu ne devais pas gagner beaucoup alors je me demande comment t'as fait. Est-ce que tu deales ?
De mieux en mieux. Dans l'échelle de Villejuif Kagami se positionnait à la dernière barre.
— T'es sérieux ? Tu veux qu'on remette ça à se fracasser parce que pas de problème.
Taiga avala sa salive avec toute la difficulté du monde sous le regard assassin de son vis-à-vis. Il faisait toujours aussi peur, surtout quand ses iris vert-d'eau jetaient des éclairs rageurs. Non, il fallait qu'il se taise avant de le regretter…
— T'es escort alors ?
D'accord là ça sentait le roussi. Il n'eut pas le temps d'esquiver une claque derrière sa nuque.
— Et toi t'es sûr d'avoir un cerveau dans cette caboche qui sonne creux ? La ferme et monte.
Tout en se massant, Kagami obtempéra. Nash avait vraiment tout du parfait mec qui se la raconte : lunettes noires, musique à fond – et par musique comprenez rap de ganster, avec le kit insultes au volant. Voyant que son copilote le dévisageait en coin, il s'expliqua.
— J'ai pas à te le dire et je vois pas pourquoi je le fais, mais vu que ma vie semble t'intéresser, cette bagnole est un cadeau.
— Quoi tu plaisantes ?
— Non, il y a des chasseurs de tête qui m'ont proposé de rejoindre leurs équipes à la prochaine saison et pour m'amadouer bah, j'ai eu droit à quelques cadeaux en nature, tu vois.
— Tu rigoles pas ? Mais… En pro tu veux dire ?
L'adolescent s'emportait tout seul à cette nouvelle, qu'un type de son âge puisse être approché comme ça par la N.B.A le chamboulait.
— Non je suis sérieux.
— C'est géant ! Et qui, quelles équipes, c'est quoi tes propositions, tu vas accepter ?
— Oh là on se calme mon pti. J'ai pas à te le dire, c'est confidentiel. Bien sûr que je vais accepter, je vais passer pro, c'est le rêve.
— Ca ne se fait pas normalement ce genre de chose…
Le blond s'esclaffa de manière moqueuse.
— Quel naïf… Si ça se fait, comment veux-tu sinon que les meilleurs joueurs aillent dans l'équipe en question ? Elles se les arrachent à prix d'or et c'est considéré comme une avance si tu veux. On a pas le droit de toucher d'argent alors c'est une compensation pour se décider.
— Et t'as eu quoi comme autres cadeaux si c'est pas indiscret ?
Nash tourna la tête une seconde vers Kagami, avec un sourire plus sincère.
— Des fringues, des costumes de grandes marques, des bouteilles de champagne, des billets pour des matchs, des putes.
— Des… Mais c'est dégueulasse !
— Tu gobes tout ce qu'on te dit c'est pas croyable ! raillât le blond. Non pas de filles t'inquiète. Quoi que ça doit sûrement se pratiquer mais moi on m'a offert cette voiture, et des entrées pour la boîte la plus branché de L.A. J'ai pas besoin de payer l'entrée. Tu vois, y a plein de trucs que tu connaissais pas.
— Alors ça veut dire que tu n'iras pas à l'université ?
— Pour quoi faire ? Non j'irais pas. Je faisais ce job de serveur comme appoint pendant les vacances ou en extra les week-ends. J'avais pas l'intention de rester là-bas ou d'aller à la fac.
Kagami réfléchissait en se mordant l'index puis revint à la réalité.
— C'est trop fort. Franchement j'y crois pas, t'as vraiment de la chance ! T'as raison de foncer je ferais pareil que toi.
Là ce fut Nash qui resta benêt. D'habitude quand il annonçait ce genre de chose à d'autres férus de basket les réactions ne reflétaient pas autant de joie. Elles dénotaient plutôt de la jalousie et de la méchanceté. Il s'était pris la tête plus d'une fois avec ses « potes » qui l'avaient dénigré ou tenter de briser son rêve. Et cet étranger l'encourageait sans envie, sans mesquinerie. Son visage enfantin miroitait l'espoir de toucher ce rêve. Il ne savait plus quoi dire pour une fois. Ils arrivèrent plus loin sur la côte, dans le quartier de Venice Beach, dans une pizzéria qu'affectionnait le grand blond. Leurs spécialités aux fruits de mer le délectaient et comme tout faisait ventre avec le rouquin, il ne se fit pas prier pour les goûter. Il engloutit deux pizzas à lui tout seul mais s'arrêta avant d'être malade, ayant peur de ne pas digérer les calamars. Ils parlèrent un peu plus de leurs vies sans entrer néanmoins dans les détails, après tout cela ne les regardaient pas.
Avant de raccompagner le plus jeune, Nash le questionna.
— Ca te dit de venir au Lounge ce soir ?
— Je connais pas, c'est quoi ?
— C'est la boîte dont je te parlais. C'est cool tu verras.
— Euh ouais, enfin je sais pas, pourquoi ?
— Pour te sortir un coup, ça m'étonnerait que t'es déjà mis les pieds dans un endroit pareil. Et puis avec moi t'es sûr de rentrer même si t'es mineur.
Après une minute de réflexion essayant de discerner l'éventuel piège, Kagami accepta. Ca le changerait des soirées feu de camp avec toutes les demoiselles en furie qui ne cessaient de le draguer. Et puis aussi, l'attrait de l'inconnu et de l'interdit le grisait. Jamais il n'avait été en boîte de toute sa vie et en tant qu'adolescent de son âge, il avait envie de tester le monde de la nuit. Et au moins, ça lui éviterait de trop dériver sur le thème « Kuroko ».
Arrivé en bas de son immeuble, ils s'échangèrent leurs numéros pour que Nash vienne le chercher le soir même. Ce n'était pas comme s'il fraternisait avec l'ennemi… En fait si, c'était totalement ça. Mais Kagami ne détenait pas un caractère revanchard, il savait faire preuve d'équité et révisait ses jugements. Donc il sortirait en club le plus naturellement du monde avec ce vantard trop voyant.
Taiga se préparait dans sa salle de bain comme il se le devait. Cet établissement réunissait la fine fleur de la Côte Ouest, son look devait être irréprochable – et beau gosse – costume de rigueur, parfum de manufacture de luxe et coiffure apprêtée. Pour cette partie, le jeune homme se contenta d'une espèce de coiffé-décoiffé un peu sauvage, n'étant pas un expert de ce genre de chose. Oh et puis ça irait, il n'avait pas l'intention de plaire à qui que ce soit !
Pendant qu'il se pomponnait, les questions tournaient en boucle dans sa tête. Pourquoi avait-il accepté aussi facilement une sortie avec ce type ? Ils n'avaient rien en commun. Rien si ce n'était cette même passion qui les réunissait et ce caractère de cochon pendu. Parce que Taiga ne représentait pas l'archétype du garçon avenant. Au premier abord il impressionnait son monde, surtout avec sa mine renfrognée. Bourru en toute occasion, les autres n'osaient pas trop l'approcher. Sauf Kuroko qui lui avait proposé de devenir son ombre, se moquant des apparences. Fatalement, tout se rapportait à ce garçon d'allure frêle. Et merde comme on dit !
Taiga souffla, lassé de tout ça. Il souhaitait se débrider, l'espace d'un court instant, même si ça ne devait pas durer. Envoyer tout balader, être un autre « lui ». Ce sportif trop sérieux, ne vivant que pour l'amour du basket, il pouvait bien le ranger au placard le temps d'un séjour aux States. Depuis le début, il se sentait différent parmi ces gens. Son pays d'adoption où il vécût la majeure partie de sa vie semblait étranger. Et au Japon, terre natale également. Où était sa foutue place ? Il ne possédait plus d'attaches car sa famille résidait dans ce pays décadent là où ses amis habitaient dans celui de Soleil Levant. Et lui était balloté entre les deux, avec ses questions, ses problèmes existentiels liés à son âge. Il faillit tout annuler au dernier moment, envoyer un message à Nash pour se rétracter. Puis il se rappela que son ombre faisait sa vie en ce moment même et que probablement il l'oubliait dans les bras d'Akashi. Il « réfléchissait » pour être exact, la bonne blague. Finalement il attendit gentiment que le blond vienne le chercher. Un message l'avertit qu'il était en bas avec un joli mot « je suis là grouille. ». Tout dans la poésie.
L'adolescent le rejoignit toujours dans son 4x4 bling-bling, mais ici c'était monnaie courante. Nash le scruta de façon appréciatrice.
— Ca va t'as pas l'air d'un beauf, je voudrais pas qu'on se fasse recaler.
— Dis tout de suite que j'ai pas de style !?
— Ouais c'est un peu ça ! se moqua Nash.
— T'as prévu quoi pour les cartes d'identité, parce que je suis mineur je te signale ?
— Je t'ai dit que c'était pas un problème. On nous laissera passer. Par contre il y aura les potes de l'équipe mais t'inquiète, Jason est cool.
Taiga tiqua à l'évocation du prénom du gros bourrin. Il était pire que son Capitaine, tout dans les muscles et rien dans la tête.
— Ouais enfin ton pote il n'a pas inventé l'eau chaude…
Contre toute attente, Nash partit dans un grand éclat de rire en s'agrippant à son volant. Genre il ne protégeait même l'honneur de son ami, bizarre.
Ils roulèrent jusqu'au centre ville, dans le quartier fourmillant de Downtown. De nuit tout était encore plus gigantesque, y compris les lumières aveuglantes et les néons des façades. Nash se gara sur un parking à quelques rues du fameux night club, ils marchèrent jusqu'à l'entrée. Le videur fit un signe de tête au blond et les laissa passer sans vérifier leurs identités. Taiga en prit plein les yeux une fois à l'intérieur. Il fut pris dans un tourbillon chromatique de mauve, de violet et de bleu. Des tables en verre éclairées de néons bleus s'ordonnaient de chaque côté du club, avec le bar sur un des côtés, à droite. Au fond se situait la piste qui se distinguait par un immense pan de mur doré. L'espace réservé aux VIP était plus à gauche, séparé par de grandes banquettes mauves éclairées par les mêmes lumières. L'harmonie des couleurs rendait véritablement une ambiance agréable, intimiste mais aussi électrique. Nash lui indiqua de le suivre, il s'installa derechef sur une des banquettes, apparemment réservée. Il fit un signe à une serveuse qui prit la commande et se calla confortablement en s'enfonçant dans le divan, les bras reposés le long du dossier. Taiga se sentait perdu, cet univers lui était inconnu. Il s'assit cependant aux côtés de son « quoi bonne question » en observant le lieu. La musique électro retentissait de partout, faisait vrombir sa poitrine. Il ressentait toutes les basses se répercuter dans sa cage thoracique, c'était entraînant. Nash se pencha vers lui pour lui parler, enfin crier.
— On est les premiers, les autres ne vont pas tarder.
Il tendit son bras derrière eux, en direction d'un coin reculé au fond.
— Là-bas il y a une deuxième salle, ils passent du rap, du groove si tu préfères…
Taiga essaya de distinguer quelque chose, seulement entre les poteaux et le gens qui allaient venaient il ne voyait rien. Il se contenta de hocher la tête, pour le moment il ne pensait pas à aller danser. Les boissons arrivèrent, enfin plutôt les bouteilles, parce que Nash ne lésinait pas sur le sens du mot « fête ». Il n'attendit pas ses amis pour servir son accompagnateur et lui.
— Aller, profite, lui dit-il en levant son verre.
Kagami trinqua avec son rival, normal la vie !
Trois quart d'heures plus tard, la troupe débarqua, Silver en tête. Ah ça on ne pouvait pas le manquer ! Il commença à demander pourquoi ce morveux se trouvait ici et rire de façon bruyante quand son Capitaine le rembarra. Il donna un petit coup de coude dans le bras du rouquin en lui demandant comment allait son pote, le grand dadais. Vu qu'il ne comprenait pas l'allusion, le black renchérit d'un ton mielleux en lui apprenant qu'il parlait du grand tout mou aux cheveux violets… Ah oui, Murasakibara et son bras pété. Super comme approche !
Même si Taiga ne le portait pas dans son cœur, il avait beaucoup d'estime pour ce garçon parce que lui au moins ne s'amusait pas à faire des coups bas et à estropier les autres ! L'adolescent se mit sur la défensive, toutes griffes dehors en faisant face à ce type. Ils s'engueulaient en mettant une ambiance d'enfer. Taiga détenait une répartie plus acerbe que son assaillant, de loin Nash ricanait derrière son verre de Vodka. Une joute verbale débuta entre les deux garçons et ce fut Silver qui la perdit. Du coup il reporta son attention sur son verre. L'ambiance se débrida au fur et à mesure, certains joueurs vinrent parler au Japonais, finalement ils n'étaient pas aussi débiles que ce qu'il pensait. Sauf Jason mais lui c'était un cas à part. Quelques un des fêtards partirent à l'assaut de la piste de danse dans le but de se dégoter une « poupée ». Et oui, la poésie dans toute sa splendeur.
Le blond posa son verre et se pencha de nouveau vers son invité. Il était plus posé qu'à son habitude.
— Tu ne vas pas avec eux ?
— Plus tard.
— Tu n'as pas remarqué, cette fille là-bas, elle te mate depuis le début de la soirée, dit-il en effectuant un mouvement discret de la tête pour désigner une jeune fille en face.
Taiga se sentit rougir, constater qu'il plaisait le mettait toujours mal à l'aise. Pas qu'il n'appréciait pas ces marques d'attention, mais de se dire qu'il possédait un sex-appeal le gênait. Il ne pensait pas au sexe comme Aomine en permanence sur le qui-vive à l'affut d'une paire de seins, seul le basket importait. Et pour ce qui était de l'amour… Le rouquin ne voulait pas se fustiger avec de telles pensées ce soir.
— Elle ne m'intéresse pas, répliqua ce dernier en prenant un ton détaché.
— Dommage, elle est mignonne. Tu m'excuses mais je vais te la piquer alors.
Aussitôt le jeune homme tatoué se leva, remit le col de sa chemise rouge en place et partit d'une démarche assurée vers la demoiselle en question. Il la baratina quelques secondes, toucha une mèche de ses cheveux et l'invita à danser. Et bien, il ne s'embarrassait pas de discours sucrés. Il collait la jeune fille tout en la draguant de manière éhontée. Nash affichait ses envies à la barde des autres, cette attitude libérée se manifestait déconcertante. Taiga ne pouvait détacher ses joyaux rouges sang de ce tableau. Quelque part il l'enviait. Si seulement il était capable d'être aussi désinvolte, il pourrait peut être oublier Tetsuya. Ne pas s'attacher à des principes désuets, faire ce que bon lui semble sans penser au lendemain. Après tout son jeune âge contribuait à l'insouciance, alors pourquoi est-ce que le roux s'avérait aussi sérieux ? Trop sérieux. Et qu'est-ce que ça lui amenait ? Rien. Rien de rien de foutu de rien !
Il n'avait pas de relation ni amoureuse, ni sexuelle et encore moins le cœur de son ami précieux. Il se retrouvait tout seul comme un con. Parfaitement, comme un idiot. Il avait décidé de partir s'aérer la tête en Amérique et voilà qu'il cogitait sur ses petits malheurs. Super comme dépaysement ! Au top. Taiga but son verre d'un trait et décida de participer à la fête. Après tout il avait suivi Nash dans ce but là, autant se divertir. Et puis ici personne ne le connaissait, il pouvait laisser libre court à ses envies. Et son envie fut de danser sans se préoccuper de la foule. Même si le jeune homme ne possédait pas la souplesse de la panthère, il savait bouger son corps et le mettre en valeur. Sa silhouette sculptée l'y aidait. Absorbé par la masse de gens, par les vibes d'une musique électro, poussé par l'exaltation de l'ambiance, il commença de se déhancher au milieu de la piste.
Taiga bougeait au rythme des intonations des basses, ondulait son corps en accompagnant les changements de ton et le tout dans une sensualité animale particulièrement attirante. Les lumières du caléidoscope propageaient des ombres sur sa peau, influençant tantôt un côté mystérieux, tantôt un côté hypnotique. Sans s'en rendre compte les regards déviaient sur lui au fur et à mesure qu'il se laissait emporter dans sa danse. Sa félinité ressortait bien en cet instant, son corps massif se mouvait dans la grâce et la masculinité. Il ferma les yeux afin d'apprécier ce moment de liberté où plus rien ne comptait. Il ne s'apercevait pas que deux jeunes filles l'entouraient en se rapprochant toujours plus. Non, Taiga se fichait des autres danseurs autour de lui, car là il ne pensait à rien. Puis une d'entre elles posa le bout de son index sur son torse, l'autre le frôlait derrière son dos de sa poitrine généreuse. Toujours les yeux clos, l'adolescent continua de danser accompagné par les déhanchés des demoiselles. Il sentit bien une main se caler contre sa taille et une autre paire de seins se coller contre son torse mais n'y prêta aucune attention. Une bouche frôla sa nuque, l'atmosphère se chargeait de moiteur. Un concert à quatre mains se jouait sur son corps porteur de trop de tentation. Taiga était pris en sandwich entre deux filles peu farouches. Celle de devant osa lui déposer un baiser au creux de son cou, et toujours le garçon ne réagissait pas. Ou si plus ou moins… Il appréciait ce contact fortuit, la chaleur dégagée par ses assaillantes. Puis un vide. Le froid l'entoura l'espace d'une seconde. Pour se dissiper lorsqu'un corps vint se coller contre son dos, mais cette fois-ci tout indiquait qu'il ne s'agissait pas d'une demoiselle. La poigne était plus rude, le torse plus plat également. Un bras possessif l'entrava et un souffle tiède s'échoua contre son oreille. Ce souffle qui sentait la Vodka… Instantanément le tigre rouvrit les yeux pour s'apercevoir qu'un grand bras tatoué le retenait prisonnier.
Son cerveau bloqua tout en ayant conscience de « qui » le touchait. Il sembla paralysé, ne se défaisant pas de l'emprise de son offenseur. Ca ne lui déplaisait pas en fait, ce contact, ce parfum, ce toucher. Taiga ne fit rien pour le repousser, basculant sa tête en arrière lorsqu'une langue vint jouer avec le lobe de son oreille. La deuxième main glissa le long de ses propres hanches, provoquant une onde de chaleur partout, surtout à l'intérieur. Instinctivement, le roux se cambra en recherchant le contact de son opposant. Et les mains de ce dernier se firent plus possessives. Une d'entre elle passa par-dessous sa chemise tandis que l'autre pressait sa cuisse ferme. Des frissons brûlant le parcouraient des pieds à la tête. Taiga continuait sa danse lascive contre le bassin de Nash. Il avait besoin de plus, de quelqu'un qui le complèterait le temps d'une danse, d'une soirée ou d'autre chose. Tout allait tellement vite et pourtant trop lentement. Taiga prit la main de Nash dans le but de lui intimer plus de pression. Encore, il en voulait encore. Il désirait rester ainsi contre lui et sans le voir. Il voulait approfondir ce rapprochement. Le blond fondit dans son cou et entreprit de le lécher sur toute la longueur, de la base jusqu'au lobe de son oreille en retraçant les contours de sa mâchoire. Le roux ne savait plus où donner de la tête pris entre les frissons humides de cette langue et la chaleur de ces grandes mains qui le palpaient sans relâche.
N'y tenant plus, abandonnant sa raison, le plus jeune se retourna pour faire face à Nash, le regard embué par un désir fauve. Taiga entrouvrit la bouche, cette vision lui fit peur mais aussi l'excita. Oui et milles fois oui, il avait juste envie. Une envie sourde née de nulle part. Sa respiration se saccada quand il se perdit dans les iris cristallins qui le dévoraient. Il passa sa propre main dans les cheveux platine, se rapprocha doucement. Nash rompit l'écart entre eux en sautant sur ses lèvres pleines. Le baiser se fit instantanément violent, passionnel et brutal. Taiga se raccrocha à ce cou tandis que les mains de Nash malaxaient ses fesses. Le premier gémit dans un étouffement, barré par la langue ennemie. Les dents s'entrechoquèrent, cela n'avait rien à voir avec un baiser d'amoureux. Se lisait dedans toute l'impatience de deux jeunes hommes liés par un même désir. Un désir primal, normal, banal. Les mains du grand blond faisaient pression dans son dos désormais, la découverte de son corps se faisait dans l'urgence du moment. Lui-même fit de même s'oubliant totalement. Nash avait un goût d'alcool qui lui donnait le tournis. Son parfum solaire, entremêlant des notes de monoï et de coco l'envoûtait. Il le mangeait aussi de sa bouche gourmande, se moquant bien du jugement de ce dernier et des autres d'ailleurs.
Nash se détacha de lui, toujours son air provoquant affiché sur son visage fin. Puis sans un mot il le prit par la main et l'entraîna sur les banquettes où il l'allongea sans plus de sommation. Qu'importait l'absence d'intimité, au dessus de lui Taiga voyait un billet pour la liberté, celle d'être lui-même ou quelqu'un d'autre l'espace d'une soirée. Le blond se lécha les lèvres avant de reprendre celles qui lui étaient destinées.
Au milieu du club, le si raisonnable et gentil Kagami s'adonnait à une séance de débauche des plus torrides, se tortillant sous les mains expertes du Magicien. Réfrénant des geignements de bien être sous ses baisers passionnels. Taiga ferma les yeux en se cramponnant aux mèches blondes. Ce soir il n'était plus lui-même, ce soir il appréciait de se faire malmener par ce type revêche. Ce soir il désirait seulement prendre son pied.
(suite...)
