WOW enfin je l'ai fait ! J'ai terminé cette fic invraisemblable avec notre squale chieur préféré (oui c'est notre préféré, na).
Je pensais ne jamais pouvoir la terminer, c'était un gros pari pour moi, surtout avec des chapitres aussi longs, mais je ne voulais pas que la fiction s'éternise. Je la voulais brève. Bon, j'ai mis un an à la finir mais l'important c'est qu'elle soit bouclée.
J'ai utilisé Kagami pour mon premier lemon sur ce fandom (nostalgie). Et j'aime Nash. Et Malibu.
Je suis fière d'avoir porté ce projet au bout !
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Disclaimer : je remercie ma gentille bêta Kuro-hagi pour sa correction sur ce chapitre-ci et ses annotations épiques.
Laissons le requin nager en eaux troubles pour de bon et le tigre rentrer gentiment au bercaille.
Kagami vous embrasse. Nash aussi, mais faites attention tout de même.
Bonne lecture,
Enjoy
Perigrin.
Chapitre 4
Two Hearts
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Sur ce, Kagami sortit du 4x4 clinquant et claqua la portière. A l'intérieur on pouvait entendre son propriétaire gueuler comme un putois. Le tigre de Seirin haussa les épaules et s'en alla sans le regarder.
Miséricorde, quelle aventure !
Derrière lui il entendit le moteur vrombir et démarrer comme un fou furieux, toute à l'image du conducteur. Enfin, ce qui était fait était fait, inutile de ruminer. N'empêche que cette scène matinale lui laissait un goût amer dans la bouche.
ooOoxoOoo
Dans l'ascenseur qui le menait chez lui, Kagami se maudit. Il avait peut-être vécu une nuit débridée, mais le retour de bâton était rude. L'attitude exécrable de Nash – comme c'était étonnant – le faisait se sentir sale. Pourtant il le savait fort bien que le Californien possédait un caractère de merde, qu'il était arrogant et imbu de sa petite personne… Tiens cela lui rappelait vaguement quelqu'un mais qui ?
L'As de Seirin rentra dans son appartement et se précipita sous la douche. Il voulait se laver déjà et d'une, et de deux, enlever l'odeur du blond sur sa peau. Il n'eut pas le temps de cogiter que sa mère lui demanda s'il voulait l'accompagner faire du shopping… La poisse. Du shopping dans les boutiques les plus chères de Beverly Hills, autant dire l'horreur absolue. Il allait répliquer « non », que sa mamounette le culpabilisa en lui disant qu'ils ne passaient pas beaucoup de temps ensemble depuis le début de ses vacances. Alors Kagami capitula et sortit de la salle de bain avec la même mine que Nash quelques heures plus tôt.
La journée fut laborieuse. Oui : journée, carrément. Il ne fallait pas sous-estimer une femme provenant de Malibu, elles possédaient toutes une endurance hors norme, perchées sur leurs talons hauts, fardées comme des poupées et ce, sous un soleil de plomb. Kelly ne dérogeait pas à la règle et accorda une pause à son fils juste le temps de se rassasier d'une salade bio sans sauce, sans gluten, sans accompagnement et sans saveur. A ce stade de la journée Taiga n'avait plus aucune force, il lui fallait im-pé-ra-ti-ve-ment sa dose de protéine – et bien saignante de surcroît. Il trainait des pieds en passant par maintes boutiques ultra-climatisées en portant les sacs de sa mère. Elle lui tendit sa carte Gold en lui disant d'aller se faire un petit plaisir dans un magasin de sport. Ce n'était pas qu'il avait besoin de quoi que ce soit mais pour ne pas la vexer il accepta. Il déposa les sacs remplis de vêtements haute-couture dans le coffre de la voiture de sa mère pour ensuite vaquer à ses occupations. Ce qui se traduisit par se ruer au premier fast-food de l'immense galerie afin de se ravitailler en viande de bœuf bien tendre. Une fois repu, Taiga se rendit dans une enseigne sportive sans grande conviction. Malgré son statut de « fils de riche », il n'abusait jamais, se contentant du minimum. Pour cela, il ne détenait pas le caractère du vrai Californien superficiel, bronzé, décoloré et tatoué. Non, cette primeur revenait à Nash. Bref, l'adolescent tournait dans les rayons ne sachant pas quoi choisir pour lui. Il se faisait assaillir par les vendeurs qui en avaient après sa carte Master Gold, ce qui l'énerva. A bout de nerfs, Taiga repéra une paire de Jordans de couleur rouge, qui lui tapa dans l'œil. Il en avait déjà une paire offerte par son charmant meilleur rival, il eut l'idée de lui rendre la pareille. Il hésita l'espace d'un instant à prendre quelque chose pour Kuroko puis se ravisa. Ce n'était pas la meilleure idée du siècle vu leur situation actuelle. Ne sachant toujours pas s'il y avait possibilité qu'ils forment un couple. Le rouquin se contenta de la paire de basket, paya et s'en alla de cet univers de surconsommation. Tous ces étalages de produits plus chers les uns que les autres lui donnaient le tournis. Il n'était pas dans son élément.
Le soir il accompagna ses parents à un concert barbant, il fallait bien faire des concessions et profiter de leur compagnie. Et puis il n'avait pas l'envie de rejoindre son petit groupe d'amis sur la plage. Ils lui semblaient insipides et fades. En outre Taiga n'était pas d'humeur à repousser les avances de ses prétendantes aux griffes acérées et aux lèvres gonflées. Il alla se coucher bien gentiment, toujours avec un poids sur le cœur bien présent.
Le lendemain Kagami se reprit – tout du moins essayait tant bien que mal de minimiser les dégâts. Il n'allait pas ruminer le reste de son séjour cette aventure d'un soir. Qui, en plus, n'avait pas été si catastrophique, sauf quand Nash l'avait ramené et puis juste après leur partie de jambes en l'air. Il grimaça en se disant qu'il devait être comme ça même avec ses petites-amies, les pauvres.
Il essaya de contacter Kuroko via les réseaux sociaux ou Skype sans résultats probants. Impossible de le joindre. Sur son fil d'actualité Instagram, il y avait une liste de photos où le petit fantôme batifolait avec Akashi, formidable ! C'était bien simple, sur chaque clichés, l'héritier s'incrustait et au plus près du passeur. Il était absolument partout. Jusque dans leur chambre qu'ils partageaient. Kagami grinçait des dents derrière son écran parce que l'autre se foutait du monde, avec son manoir gigantesque, pourquoi avait-il besoin de partager sa chambre avec Kuroko ?
Il vit même son ombre, allongée sur un transat avec cet Empereur de pacotille le chevauchant et lui passant de la crème solaire sur sa peau diaphane. Impulsif, Kagami faillit jeter son téléphone contre le mur. Cependant ça ne serait pas très judicieux pour joindre ses amis par la suite… Non là c'était sûr et certain : ses chances se réduisaient de jour en jour, il devait se faire une raison. Il préférerait seulement que les choses soient claires entre eux, juste pour pouvoir tourner la page. Le tigre se promit de tirer cette affaire au clair, et ce le plus rapidement possible.
Bon déjà, une chose était sûre : il ne recontacterait pas son coup d'un soir et ne désirait pas le revoir. Il se sentait suffisamment honteux comme ça, sans en rajouter une couche. Kagami, malgré sa tentative de lâcher prise de la veille, continuait de se fustiger mentalement. Ce n'était pas dans ses habitudes de coucher avec le premier venu même si les circonstances se révélaient particulières. Il ressentait toujours cette impression « d'être sale » s'insinuer à l'intérieur de son corps. Il aurait aimé ne pas être jeté comme ça ou alors que Nash ne le traite pas de « PD », terme on ne peut plus dégueulasse soyons francs. Il comprenait le fait qu'un hétéro se sente mal juste après être passé à l'acte avec un autre homme, mais ce n'était pas une raison pour l'insulter lui et toute la communauté gay. Enfin, des imbéciles il y en avait partout, le blond représentait un échantillon de macho-facho cisgenre, pas de quoi s'étonner non plus.
Kagami allait continuer de profiter de ses vacances sans pression, avec Alex par exemple. Enfin pas pour ce jour, vu que son ancien professeur avait du travail avec son équipe. L'adolescent retourna donc sur la plage pour s'adonner à sa passion du surf et ainsi profiter des avantages de ce beau pays.
Cela fonctionna plutôt bien, il profitait de son autre passion sans que des pensées sombres ne parasitent son esprit. Il réussit même une figure qui jusque-là lui était impossible à réaliser. Fier de son exploit, l'adolescent s'offrit une petite pause sous le soleil californien. Egal à sa nature de goinfre, il se paya quelques hot-dogs non loin de la plage, auprès d'un marchand de cochonneries grasses et sucrées. Et vive le diabète ! Kagami ne demandait rien à personne, savourant ses encas hyper salés et son soda les yeux rivés sur l'horizon impalpable. Il était bien ici, avec l'océan pour terrain de jeu, le sable chaud contre sa peau et les rayons du soleil qui le réchauffaient. L'Amérique lui manquait dans ces moments-là. Son moment de grâce fut de courte durée quand il vit au loin une silhouette on ne peut plus familière… Comment louper ce tatouage tribal dévaler ce bras et remonter sur cette nuque, symbole presque agressif d'un personnage antipathique ? Même s'il était vrai qu'en Californie l'art du tatouage était monnaie courante et le peu de citoyens « vierges » faisaient partie de la minorité.
Donc, au loin, Kagami reconnut Nash pour ne pas changer. A croire qu'une force obscure ou qu'un scénario cousu de fil blanc les incitait sans cesse à se croiser alors que la région était immense. L'autre fit semblant de ne pas le voir. Il était accompagné d'une charmante jeune fille filiforme à la peau bronzée et aux seins volumineux. Encore normal ici – bonjour les clichés. Le couple s'installa plus loin, sur un bout de plage pas trop occupé et sortit leurs affaires. Ce qui se résuma en tout et pour tout par une planche de surf pour l'odieux leader des Jabberwock et un fatras inimaginable pour la jeune fille. Elle mit au moins dix minutes à tout sortir et à tout positionner autour de sa serviette. Elle avait plusieurs sacs qu'elle éparpillait autour d'eux, empiétant sur l'espace vital du squale qui apparemment n'appréciait pas. On l'entendait aisément beugler à l'autre bout du rivage, surtout que ses gestes ne traduisaient pas un échange amoureux. En effet, il pointa du doigt le bordel de sa copine puis partit rejoindre l'océan en la laissant seule. Cette scène banale serra le cœur de Kagami, non pas parce qu'il tenait à cet hurluberlu mais parce que la demoiselle lui faisait de la peine. Elle semblait réellement attachée ou tout du moins faisait des efforts pour attiser l'intérêt de son mec, alors qu'il s'en battait les nageoires.
Les minutes défilaient comme cela sans que le roux ne reparte à l'assaut des vagues, trop absorbé par le manège des « amoureux ». Décidément, Nash était un goujat dans toutes les situations puisqu'une fois revenu auprès de la jeune femme, il s'énervait encore. Elle avait osé louper une de ses figures sans le féliciter de son exploit. Il s'allongea sur sa serviette sûrement pour se sécher grâce au soleil cuisant quand sa petite-amie se colla à lui, quémandant câlins et bisous. Kagami fit la grimace en imaginant une de ces filles frotter ses attributs proéminents contre son torse ou son dos. Ce n'était définitivement pas son truc. Contrairement à une certaine panthère restée au pays qui aurait donné son short et son maillot pour être à la place de Nash… Enfin bref, ce même Nash se contenta de l'envoyer bouler en agitant son bras comme pour chasser un insecte gênant. On ne pouvait pas comprendre ce qu'il lui disait mais ça n'avait pas l'air poétique puisque la demoiselle s'assit sur ses genoux, la mine triste.
Taiga souffla de dépit, même s'il ne détenait pas la palme d'or en ce qui concernait la galanterie, jamais il n'était abject avec le sexe opposé. Peu après, la supposée copine du blond se leva pour aller se rafraichir dans l'eau, seulement quand elle revint elle dut sans le faire exprès envoyer du sable sur son boyfriend qui se releva sur ses coudes en s'époumonant une nouvelle fois. Vu de l'extérieur la scène était comique, vraiment. Ils n'avaient rien d'un couple, Nash voulait sans doute s'exhiber aux bras d'une bombe et basta. La pauvre fit encore une bourde lorsqu'elle prit son téléphone et matraqua le grand blond de photos avec elle à ses côtés dans le but probable d'afficher ses selfies sur ses réseaux sociaux. A bout de patience – chose dont il était dépourvu – Nash s'empara du téléphone pour le jeter dans le sable. Là par contre on entendit clairement un : « Tu me fais chier casse-toi » prononcé de manière distincte. Ce qui devait arriver arriva… La jolie jeune fille se mit à pleurer et personne n'intervint, tandis que son petit-ami proférait des paroles peu galantes à base de « J'peux pas supporter les greluches dans ton genre », « Tu me saoules » et autres joyeusetés. Kagami se demanda ce que les filles lui trouvaient, sans doute aimaient-elles se faire rabaisser et utiliser comme de vulgaires bouts de viande ? En tous les cas son sang ne fit qu'un tour dans ses veines. Cette fille pleurait à chaudes larmes et personne ne réagissait, d'autant plus que l'autre en rajoutait une couche. Taiga se leva remonté à bloc, se dirigea vers son adversaire-coup-d'un-soir-mais-faut-pas-en-parler de façon déterminée. Il allait lui parler du pays !
Il se posta devant lui, les poings sur les hanches avec un air peu avenant.
— T'es obligé de la faire pleurer, sombre crétin !?
Nash papillonna des paupières, il ne s'attendait pas à celle-là ! La bonne blague !
— Mais qu'est-ce que ça peut te foutre ? C'est ta meuf ? Non, alors casse-toi morveux !
La jeune fille en question s'arrêta de pleurer et contempla d'un air ahuri ce garçon sorti de nulle part qui intervenait en sa faveur.
— C'est peut-être pas ma meuf comme tu dis, mais ça ne te donne pas tous les droits, surtout de la traiter comme tu le fais ! T'as aucun savoir vivre ma parole, c'est dingue, t'as été élevé dans une étable ?
Sans plus de cérémonie, Nash arriva sur son opposant comme un fou furieux et le poussa un grand coup pour le faire tomber. Malheureusement sa tentative loupa puisque Kagami tint fermement sur ses appuis. C'était qu'il possédait une musculature digne d'Hercule grâce aux entraînements de son tyran de coach, pour le faire flancher il fallait se lever de bonne heure. Il fronça ses sourcils et répliqua en faisant la même chose. Nash, baissa sa tête en riant, et agita ses mains devant lui comme un signe de reddition.
— Po po po ! Y a un macaque qui me cherche ou j'hallucine ?
— Le macaque il t'emmerde, maintenant redescends sur Terre et arrête de jouer aux cons, ça fera des vacances à tout le monde !
Et encore une fois, le plus âgé se jeta de tout son poids sur le plus jeune et entama une nouvelle bagarre. Ils se cherchaient peut-être plus que pour cette histoire de nana mais aucun des deux ne se l'avouerait bien entendu. La demoiselle en détresse criait et paniquait à leur côté ne sachant pas quoi faire.
Les coups de poings se mêlèrent aux coups de pieds, de genoux et autres balayettes. Aussi acharné l'un que l'autre, ils recommençaient de se battre comme des chiffonniers. Des plagistes durent les séparer et même les retenir pour qu'ils ne finissent pas par s'entretuer. Kagami s'essuyait sa lèvre fendue quand Nash tâtait sa pommette enflée. La douleur résonnait jusque dans sa mâchoire, il avait sous-évalué le lycéen.
Non rancunière de l'attitude cavalière de son chéri, la bimbo se jeta à son cou en enfouissant sa tête dedans. Elle scandait des : « Oh j'ai eu si peur », des « Tu es beau quand tu te bats » sous les yeux révulsés de Taiga. Au lieu de prendre conscience de la nature de son copain et de le remercier surtout, elle reportait toute sa gratitude sur ce sale type. Qui lui souriait grandement en le narguant, son sourire Email Diamant de rigueur. Il pavanait tel un coq au milieu d'une basse-cour. Il pointa du doigt le dunker justement.
— Que ça te serve de leçon, mêle-toi de tes affaires !
Hors de lui, Kagami serrait les poings. Finalement il prit une grande goulée d'air afin de se calmer, après tout, qu'elle reste dans le sordide de sa relation si ça lui plaisait. Cette fille aimait se faire maltraiter, ça lui apprendra à jouer les chevaliers servants. Son cœur de guimauve le perdra… Il releva la tête, hautain, haussa les épaules et fit demi-tour.
— Débrouillez-vous, t'as raison. Tes sales affaires ne me regardent pas, j'ai bien mieux à faire.
Il partit sans se retourner, digne dans toute sa splendeur de fauve confiant. Juste, il détestait que l'on s'en prenne aux plus faibles, il avait voulu intervenir pour rétablir la situation.
De son côté, le Californien resta assommé. Il pensait le titiller plus que ça, s'attendant à ce que Kagami s'emporte d'une manière plus véhémente. Au lieu de cela, il restait seul comme un abruti avec un sentiment de défaite logé au fond de lui. La fille pendue à son bras l'insupportait, il ne savait même pas pourquoi il l'avait amenée sur la plage. Lui les préférait plus discrètes, s'effaçant quand monsieur vaquait à ses occupations de mec viril, l'attendant sagement en porte jarretelle ou nue, dans leur lit. Nash possédait une vision très personnelle des relations amoureuses, il ne s'encombrait pas de sentiment. Mais bizarrement avec ce merdeux, ses émotions se manifestaient en contradiction avec ses habitudes. Oh il ne l'aimait pas, il ne fallait pas abuser, seulement sa fougue et son tempérament de feu l'intriguaient. Kagami se mettait en travers de son chemin et se confrontait à son caractère brutal. En vérité, ce qui attisait l'intérêt du grand blond n'était pas dans les simagrées de ses copines, ni dans leurs poitrines généreuses, non, il se trouvait dans l'indépendance et la rage de ce tigre insoumis. Il le reluquait de dos, ses muscles roulant sous ses omoplates parfaitement définies, sa démarche fière remplie d'assurance. Nash repoussa rudement la sangsue qui lui servait de copine, la pauvre trébucha sur le sable. Seulement il n'en eut strictement rien à faire. Sans la regarder il lui ordonna de ramasser ses affaires, il la raccompagna chez elle, la somma de se taire dans la voiture parce que ses jérémiades lui filaient un mal de crâne carabiné. Assis derrière le volant de sa Dodge, il sourit de manière démente que n'envierait pas un certain Empereur en pleine confusion mentale ; il lui fallait ce joli petit cul ferme encore une fois, quitte à se foutre sur la tronche pour y arriver mais il mettrait Kagami dans son lit, parole de squale.
Chez lui, l'adolescent était d'une humeur massacrante. Il était assis en tailleur sur l'immense canapé d'angle, devant un écran géant qui diffusait une émission débile de la télévision américaine, en engloutissant des quantités astronomiques de hamburgers sauce barbecue.
Pourquoi ses vacances tournaient mal ?
Il désirait seulement se laver le cerveau et voilà que non seulement ses préoccupations le suivaient ici mais qu'en prime s'ajoutait un emmerdeur national au doux prénom clinquant de Gold Jr.
Super, quel dépaysement !
Il remarqua l'icône d'une enveloppe qui clignotait sur son téléphone, il le prit, regarda sans vraiment le voir et balança l'objet sur un coussin. Qu'on lui foute la paix bordel !
Malheureusement pour sa santé mentale, le destinataire de ce message – ou plutôt de la dizaine – semblait tenace. Cette ténacité… C'était Kuroko évidement.
Kagami souffla de dépit, il ne voulait pas lui parler pour le moment, trop amer de son attitude.
C'était bien mal connaître le passeur car il le harcela en ne cessant de lui envoyer des mèmes de toutes sortes, kawaïï, comiques, glauques, tout y passa. L'Américain fut obligé de répondre bien que le cœur n'y était pas. Clairement pas. Comme d'habitude, son ombre préféra parler par caméra interposée. Kagami essaya d'avancer une excuse bidon comme quoi la 4G ne passait pas, seulement cela ne servit pas à grand-chose. Kuroko l'appela et il répondit. En soufflant. Le dos vouté. L'air renfrogné. En grommelant.
L'image se fit sur son ami, installé sur des coussins dans une pièce qu'il ne connaissait pas. Apparemment il ne se trouvait pas chez lui. Le mur derrière lui semblait fait de bois précieux foncé, décoré d'arabesques et de fleurs peintes avec soin. Un paravent se tenait au fond, sur un des côtés. Kagami fronça ses sourcils.
— Oï ! salua le garçon aux yeux lagon.
— Hmpf.
Quelle entrée en matière.
— Kagami-kun a l'air contrarié, ça ne va pas ?
— Si, si, qu'est-ce que tu vas imaginer ?
— Tes vacances se passent bien ?
— Ouais… Les tiennes aussi ont l'air de bien se passer dis-moi…
Ce n'était pas dans ses habitudes d'utiliser le sarcasme, le tigre attaquait de manière agressive, ne supportant plus cette situation floue.
— Et bien oui, tout va pour le mieux. On est encore chez Akashi-kun.
— Akashi-kun, répéta Kagami en prenant un ton condescendant. Tu peux pas te passer de lui cinq minutes n'est-ce pas ?
Kuroko fronça ses sourcils, son corps se tendit.
— Je ne sais pas ce que tu veux me dire mais tu deviens blessant.
— Ah oui, je deviens blessant ? Mais la bonne blague, te fous pas du monde Tetsuya !
Le garçon derrière la caméra resta silencieux.
—Tu me peux dire ce qu'il en est de nous et du fait que tu voulais réfléchir ? Ca va, tu réfléchis bien dans les bras de ton Akashi-kun ou il te faut quelques semaines de plus ?
— Justement, c'est de ça que je voulais te parler.
— Ah ouais !? Trop aimable de ta part mais tu vois je me suis fait ma propre opinion en voyant tes photos défiler partout où tu t'affiches avec lui. C'est ton nouveau mec ? Pourquoi te ne me l'a pas dit plus tôt ?
Gardant son calme légendaire, Kuroko ne flancha pas, il comprenait parfaitement sa réaction, surtout que Kagami aimait les situations claires.
— Je ne t'en ai pas parlé avant parce que je ne savais pas comment me positionner, c'est tout, et que j'ai pris mon temps pour réfléchir à la situation.
L'autre faillit sortir une remarque peu finaude mais se retint. Sa colère le menait sur un terrain dangereux, il ne voulait pas se brouiller avec son ombre, alors il ne dit rien.
— Je n'ai jamais voulu te blesser Kagami-kun, tu le sais…
— Va droit au but.
— J'ai l'intention de sortir avec Akashi-kun. Nous nous sommes beaucoup rapprochés ces derniers jours, en fait on ressent les mêmes choses.
— Ca va, épargne-moi les détails, je veux rien savoir !
— Kagami-kun…
Kuroko avait l'air d'hésiter, pesant avec choix ses mots, ce qui n'était pas dans ses habitudes, il sentait que la situation était très tendue.
— Je préfère que nous restions amis, tu es précieux pour moi.
Kagami faisait une moue mi-boudeuse, mi-grimaçante, mi-excédée – ce qui était tout à fait possible – ses yeux lançaient des éclairs. Il s'en doutait mais d'entendre les confessions de son ombre, réduisant ses espoirs à néant prenait un tout autre sens. Là plus d'échappatoire à la triste réalité. L'adolescent éprouvait de l'amertume, de la colère et bien évidement de la peine, normal en soit. Il aurait voulu que Kuroko lui dise clairement les choses avant de partir dans le manoir du stupre à Kyoto, là il avait l'impression qu'on se jouait de lui. Il souffla de dépit, ses sourcils froncés en une expression contrariée.
— Kagami-kun dis quelque chose.
— Quoi, tu veux que je te dise quoi ? On joue dans la même équipe, si on se fait la gueule ça va être compliqué, non ?
— Ce n'est pas ça dont je parle.
— Ouais, ouais c'est bon. J'ai compris. Laisse-moi seulement du temps pour digérer le truc.
— Tu n'es pas fâché ?
Non certainement pas, il rêvait juste de refaire le portrait de cet Empereur de pacotille en lui enfonçant ses ciseaux dans les yeux mais tout allait bien. Vraiment.
— J'en sais rien en vérité. Tu me prends à chaud, je vais pas te féliciter quand même !?
— Non c'est sûr.
Ils furent interrompus par un intrus qui ouvrit la porte peu finement. Il aperçut seulement une paire de jambes bronzées, puis reconnut cette voix grave. Devant son écran, sans gêne, Aomine s'était assis à côté de Kuroko et prenait toute la place. C'était bien simple, on ne voyait plus que lui.
— Alors, tu lui as dit Tetsu ?
— Oui, on était en train de parler là Aomine-kun.
— Mais c'est pas vrai ! On peut avoir de l'intimité ou ça te passe au-dessus de la tête !?
Un gros plan sur le visage basané remplit l'écran. Kagami recula.
— On t'a pas sonné que je sache ! vociféra ce dernier.
— Oh hé détends-toi la nouille. J'ai le droit de venir parler à Tetsu et y a rien de top secret.
— Non justement, dégage !
Cette animosité accrue ne passa pas inaperçue aux yeux du fantôme qui ne fit cependant aucune remarque.
— Tu te fais lourder, tu te fais lourder, pas de quoi en faire un plat. Ca arrive à tout le monde. Enfin pas à moi mais c'est normal j'ai envie de dire.
Plus Aomine fabulait sur sa prestigieuse personne, plus Kagami devenait rouge de rage. Non, l'intimité, il ne connaissait pas.
— Mais putain on a pas fini de parler, qu'est-ce que tu viens foutre ta merde !? Tetsu, dis-lui de se casser.
— Non je ne peux pas, ce n'est pas chez moi, Aomine-kun a le droit d'aller là où il veut.
Le principal intéressé bomba le torse et nargua son rival de toujours. Son petit rire moqueur lui vrillait d'ailleurs les tympans.
Dès que le grand brun apparaissait, un automatisme d'auto-défense se mettait en place dans le cerveau de l'Américain, pour quelle raison, ça il ne savait pas. Sûrement un sentiment de compétition, il était constamment en rivalité avec l'autre pour tout et n'importe quoi. Pourtant au fond de lui Kagami ne le détestait pas, mais ça partait toujours en sucette comme on dit.
— Et sinon, tout le monde est au courant ? Tu l'as fait publier dans le journal aussi Tetsuya ? Parce que j'ai l'impression que tu déballes un peu trop ta vie privée aux autres.
— Je n'ai aucun secret pour mes amis, rassure-toi je sais tenir ma langue sur des sujets intimes.
En langage clair : oui, tout le monde était au courant de ses affaires de cœur – et de fesse au passage. Merveilleux. Et après on disait que les japonais étaient réputés pour leur discrétion et leur savoir vivre ? Où donc ? Dans quel espace-temps ? Kuroko devait être le seul asiatique désinhibé de toute norme sociale, à son grand dam. Le pire c'était qu'il ne voyait pas le mal.
— Allez, tire pas la tronche, rajouta le nouveau venu. Tout le monde sait que Tetsu en pince pour Seijurou depuis le collège, c'est comme ça. Tu trouveras quelqu'un d'autre. Au fait… Elles sont comment les nanas vers chez toi ? T'as pensé à mes ptites photos ?
La moutarde montait inexorablement au nez du roux et de façon rapide. Aomine n'avait strictement aucun tact, ce n'était pas le moment alors qu'il vivait une étape difficile de sa vie d'homme, celle d'encaisser un rejet amoureux. Non content de tenir le crachoir, le brun continuait ses demandes farfelues. Et dire qu'il lui avait acheté une paire de baskets, mais pourquoi était-il aussi crédule ?
Pris d'un un ras-le-bol général, Kagami s'emporta…
— Shut up Ahomine ! C'est pas à toi que je voulais parler, tu gâches tout ! Même à plus de huit mille bornes tu me gonfles, c'est pas possible ! On le sait que t'existe, malheureusement.
La porte s'ouvrit une deuxième fois sur l'hôte de ces lieux. Akashi en personne entra dans la pièce, vêtu d'un yukata traditionnel.
— Tout va bien ici ? demanda-t-il de sa voix douce.
C'en fut trop pour la santé mentale de Kagami. Il ne manquait plus que celui-là. Il maugréa quelques jurons en anglais et coupa sa caméra avant de terminer.
— Bon, les choses sont claires Tetsuya, je te laisse, on se revoit quand je rentre. A plus.
Il éteignit son bazar sur la mine déconfite d'Aomine qui semblait sous le choc de sa sortie précipitée. Il ne vit même pas la réaction de son ombre vu qu'elle se trouvait à côté de la panthère, hors champ de la caméra.
Plus tard il reçut des messages de toute la GM, même de la part de Midorima – sûrement encouragé ou ordonné par l'Empereur – qui lui demandaient si tout allait bien. Même coupé de toute communication avec ce groupe de timbrés, il n'était pas tranquille. Au moins il savait à quoi s'en tenir désormais et il avait le luxe de pouvoir se reprendre en attendant de revoir son ombre. Quelques jours de répit n'étaient pas de refus. Rien que d'imaginer ce tordu penché sur le corps de Kuroko ulcérait son estomac. Afin de faire passer ces visions cauchemardesques, il but de grandes rasades de Coca-Cola non light, comme pour se laver.
Malheureusement, Kagami tournait en rond. C'était soit se refaire des virées shopping ou club de vieille avec sa mère ou affronter l'extérieur, et il ne savait pas s'il était prêt pour ça.
Avachi dans son canapé – tiens encore – il fut tiré de sa léthargie légumineuse par Alex. Elle lui demandait s'il voulait venir cette après-midi pour l'aider à donner une leçon à son équipe junior. Revigoré, le tigre sauta dans ses baskets et accourut sur le terrain en bord de mer. Il ne vit pas le temps passer, entouré d'enfants aux yeux luisants de ses performances. Il fut assaillit de questions, de compliments et de babillages enjoués. Il raccompagna son amie chez elle, avant ils s'arrêtèrent dans un petit restaurant typique près de la plage et dînèrent sous le crépuscule de feu. Les couleurs incendiaires chatoyaient dans le ciel sans nuage de Malibu, c'était toujours un spectacle magnifique. Ici le ciel semblait plus haut que n'importe où ailleurs, atteignant sans mal les étoiles. Alex ne lui reparla pas de son ambition pour lui, voyant que son humeur s'avérait sombre. Elle ne souhaitait pas en rajouter une couche, cependant elle ne put s'empêcher de faire quelques allusions à la NBA.
Kagami se délassait sous une bonne douche chaude lorsque son téléphone sonna. Il ne répondit pas, soupçonnant Kuroko de le harceler encore une fois. Mais ce satané appareil ne cessait de chanter de plus belle. Effectivement, sur son écran, cinq appels en absence clignotaient comme pour le narguer. Il fut plus que surpris lorsqu'il lut leur provenance… Ce n'était autre que Nash qui le bombardait de coups de fil. Encore un tordu, et d'un ! Enfin ça, il s'en doutait déjà. Mais pourquoi diable l'appelait-il ?
Il n'allait certainement pas répondre ! Il possédait une fierté tout de même.
Kagami décrocha au sixième appel, déterminé comme jamais.
— Qu'est-ce que tu veux ? aboya-t-il.
— Eh oh on se calme, hein ! Je t'appelle pas pour que tu me fasses une crise comme une meuf.
La galanterie selon Nash Gold Jr, l'élégance même.
— Justement, lâche-moi et vas voir la tienne, me gonfle pas !
— Ca te dirait que je passe te prendre et qu'on se fasse un « un contre un » ?
Sans se démonter – et sans écouter son interlocuteur – l'exécrable Californien enchaîna l'air de rien.
— T'écoute ce que j'te dis ? reprit Kagami.
— Ouais et ça m'intéresse pas. Alors ?
— Alors c'est non !
— T'as peur que je te mettre la raclée de ta vie ? Quoi que non, tu l'as déjà eu.
Comme d'habitude, Nash le provoquait, on pouvait même deviner son sourire narquois à l'autre bout du fil.
— Ouais si tu veux, ça à l'air de t'amuser, mais ça sera sans moi.
— T'as peur de quoi ? Tes petits copains ne seront pas là pour te voir te ridiculiser tu sais… A moins que…
Il entendit le roux souffler. Il allait porter le coup, enfin plutôt la vacherie finale pour l'achever.
— A moins que tu ne sois pas capable de te débrouiller sans ton partenaire, le petit fragile. Là ça serait marrant. T'inquiète, tu ne redescendras pas dans son estime et vous pourrez toujours vous tripoter le manche quand tu rentreras.
Effectivement, derrière son combiné le tigre fulminait de colère. Sa respiration se fit saccadée et anormalement bruyante. Il ne fallait pas toucher à sa relation précieuse avec Kuroko – surtout en ce moment. Nash ne le savait pas, peut-être qu'il avait sorti cette pique au hasard dans le seul but de le provoquer mais le résultat était qu'il ne se contrôla plus. Sa fierté ainsi que son honneur en prenaient un sacré coup. Un tel défi ne se refusait pas, il allait une bonne fois pour toute lui fermer le clapet, à ce requin de pacotille.
— Dans ce cas, je t'attends dans un quart d'heure. Grouille.
Trente minutes plus tard, Nash fit un frein à main devant son immeuble, la sono à fond. Rien ne changeait. Taiga se demandait vraiment ce qu'il fabriquait à traîner avec un type pareil aussi m'as-tu-vu. Il monta dans le 4x4 clinquant et baissa la radio.
— Tu t'es cru chez toi ? asséna le blond en remettant la musique à fond.
— Je suis pas venu pour que tu me les brises, alors baisse ton rap de gangster, ça n'impressionne plus les nanas depuis un bail.
Kagami baissa de nouveau le volume. Le propriétaire de la belle voiture lui jeta une œillade amusée en coin. Oui, il aimait cette attitude farouche, ainsi que ses sourcils arqués qui lui donnait un air faussement bougon.
— Et toi, tu sais que tu me la fais pas avec ton air de racaille qui suce des licornes au pti'dej ? Parce qu'on sait tous que t'es pas un dur.
Taiga le regarda étonné. Il bugga quelques secondes avant d'éclater de rire. Son rire franc, sonore qui résonna dans l'habitacle.
— Parce que t'en es un toi, c'est ça ? Le tatouage ne fait pas tout, maintenant ça ne prouve plus rien.
L'œil malicieux, Nash se pencha vers lui sans pour autant décrocher son regard de la route, et répondit d'une voix grave.
— Si tu veux, je te donne l'adresse de mon tatoueur et il te dessinera mon prénom gravé sur ton joli petit cul avec comme inscription : « I'm your biatch Nash ».
Cette fois-ci, le rouge monta aux joues du plus jeune puis il feula.
— Mais t'es jeté toi !
Nash partit dans une grande hilarité. Son rire aussi s'entendait à des kilomètres à la ronde. L'atmosphère se détendit, cependant Kagami se questionnait sur le retournement de situation. Ils s'étaient quittés en se bagarrant sur la plage, et là son ex plan cul venait le chercher comme si de rien n'était. Bizarre…
Ils jouèrent une partie endiablée sous le soleil de Malibu, transpirant à grosses gouttes. L'expatrié avait oublié comment l'astre tapait, surtout en pleine après-midi. Ils terminèrent par aller à la plage se rafraichir un coup. Là, pas de compétition, quoi que Nash lui proposa de lui foutre la honte aussi sur une planche de surf. Ce à quoi l'autre rétorqua qu'il acceptait le défi. Même en se sachant d'un niveau plus faible, Kagami relevait tous les challenges tête baissée. Ce fut le plus naturellement du monde que les jeunes gens allèrent manger ensemble au bord de mer, dans un fast food quelconque. Nash boudait un peu parce qu'il aurait préféré se restaurer de sa sempiternelle pizza aux fruits de mer. A la place Kagami lui commanda un hamburger au poisson, comme ça tout le monde était content.
Ils se promenaient sur la plage au crépuscule, pieds nus, appréciant l'air frais du soir couvrir leurs peaux tannées. Kagami ne cessait de lui poser des questions sur son futur contrat avec une équipe de la NBA. Ce sujet le passionnait bien entendu. Pris entre exaspération et fierté, Nash lui répondait seulement sur ce qu'il voulait. Il devait garder les transactions secrètes sous peine de se voir exclu du game. Quelque part, il était heureux que l'on s'intéresse à lui de cette manière, sans jalousie, sans envie ni amertume dans les yeux de son vis-à-vis. Le rouquin était intarissable sur le basket, sur le fait de devenir professionnel. Cela ravivait ses rêves de gosses. Grâce à Nash, il le touchait du bout des doigts. Ce n'était plus une utopie irréalisable mais quelque chose de concret, de possible. Quand il parlait, des étoiles brillaient dans ses yeux pyropes, ravivant le feu de la hargne. La hargne de gagner. La hargne de vivre tout simplement. En omettant sa mauvaise foi, le capitaine des Jabberwock aimait cette flamme qui illuminait Taiga. Il vibrait de la même passion que lui et le mettait là à cet instant sur un piédestal. Nash se sentait important, surtout pour un adversaire de sa trempe. Il eut l'envie folle de l'embrasser, de le toucher, comme ce soir où ils avaient fait l'amour. Comme dans cette boîte de nuit bondée de monde, l'adolescent se laissant transporter par les basses graves. Il ne prenait pas conscience de sa beauté farouche. Nash n'était pas attiré par les mecs en général, en fait jamais de sa vie il n'eut la trique pour l'un d'entre eux. Toutefois avec Kagami c'était différent. Il ne saurait se l'expliquer. Son aura animale, féline l'attirait. Sa soif de victoire lui rappelait la sienne. Peut-être que le blond revêche voulait le dompter, posséder ce corps puissant aux muscles parfaits, parce qu'ils s'avéraient excitants à conquérir. Avec les filles, le jeu se révélait moins amusant, elles tombaient toutes dans ses bras. Le pari était déjà gagné d'avance mais pas avec ce fauve insoumis. Il pouvait autant sortir les griffes que se faire ronronnant sous ses caresses.
Nash fixait sa bouche parler encore et encore. Ses mots se perdaient au large, comme le cri des mouettes qui tournoyaient dans le ciel zinzolin. La brise marine souleva quelques mèches carmines. La plage était déserte. Nash le plaqua sur le sable, cette fois-ci non pour le frapper mais pour l'embrasser. Sans crier gare il colla ses lèvres aux siennes, cherchant aussitôt à assiéger sa bouche humide. Sa langue s'immisça dans les tréfonds de sa cavité buccale, la cajolant, s'enroulant autour entre deux souffles mal contenus. Son corps plaqué contre le sien. Il ne voulait pas réfléchir à cet instant. Dans le fond, c'était bien la raison pour laquelle il avait appelé le Japonais… Ne se résolvant pas à le laisser filer, excité par leurs attaques incessantes, Nash désirait se fondre encore dans son corps attrayant. Une nuit, peut-être deux ou pour le reste des vacances. Qu'importait, la curiosité l'emportait sur ses préjugés.
Kagami détaillait son amant s'avancer à quatre pattes sur le lit de leur chambre d'hôtel. Nu évidemment. Il se manifestait toujours aussi impressionnant, son charisme transparaissait à travers chaque pore de sa peau. Cet effet qu'il faisait était tout bonnement dingue, car même dans une situation ou le blond ne détenait pas l'avantage – et là en clair le terrain des charmes masculins n'était pas son truc – il arrivait tout de même à en imposer. L'As de Seirin restait hypnotisé par la vue qu'il avait de cet homme chalouper dangereusement vers lui. Les rais de lumière diffus de la lune passant à travers les persiennes, éclairait son visage effilé. Ses prunelles menthe à l'eau paraissaient presque irréelles, animées de l'étincelle de la luxure. Nash était un beau garçon, viril, inquiétant. L'interdit en somme. Malheureusement pour Kagami, sa nature de conquérant adorait le braver même s'il s'en mordait les doigts après. Enfin dans cette histoire, son amant éphémère ne lui promettait rien à part des parties de jambes en l'air endiablées.
Il n'eut pas le temps de reprendre contenance que Nash se pencha sur sa virilité et qu'il mordit la bosse à travers son boxer, signe d'impatience évidente.
Kagami sourit, l'autre retira le sous-vêtement encombrant.
Probablement que le roux faisait une belle connerie, mais après tout, les erreurs de jeunesse formaient à la vie.
ooOoxoOoo
Sans grande surprise, leur relation partait dans un tourbillon de luxure et de sexe décomplexé.
La seconde nuit, Nash resta auprès de Kagami plus longtemps. En vérité ils se quittèrent seulement pour passer en transhumances dans leurs appartements respectifs. Ils se rejoignirent après et ainsi de suite. Ils se querellaient toujours pour des broutilles et surtout pour le basket, à savoir qui était le meilleur joueur professionnel, qui méritait le titre de meilleur dunker de la saison passée et d'autres futilités de ce genre.
Ils passaient presque tout leur temps ensemble. Bon, Kagami lâchait son plan fesse tout de même pour rendre visite à son mentor. Le temps était si précieux et défilait tellement vite.
D'apparence extérieure rien ne montrait le type de relation qu'ils entretenaient. Silver posait des questions à son ami sans que ce dernier ne daigne lui répondre. On aurait pu croire qu'il était jaloux du petit frimeur de japonais. Chose certifiée vu que le tatoué passait le plus clair de son temps en sa compagnie. Outre le sexe qu'offrait le roux, il apportait cette touche de fraicheur, ce goût de liberté. Ca lui rappelait qu'ici, en Amérique tout devenait possible sous peine de croire en ses rêves. Nash se trouvait sur le bon chemin, les étoiles dans les yeux rubis le confirmaient : il ne devait rien lâcher. De son côté, le lycéen n'apprenait pas grand chose de son quotidien. Nash restait très discret quant à sa vie. Kagami ne savait pas où il habitait, ce qu'il faisait durant l'année scolaire, s'il avait des frères et sœurs, rien. Sa vie paraissait secrète. Il se doutait juste que le blond provenait d'une famille modeste et que ce sujet le gênait. Alors il n'en parlait pas.
Taiga délaissait également ses amis restés au Japon. Depuis l'incident de la dernière fois, il ne reprit contact ni avec Kuroko, ni avec les autres. Bizarrement il reçut des messages de Midorima qu'il ne lut pas, souhaitant mettre de la distance entre eux. Pour le moment il vivait le moment présent loin de tous ses tracas, profitant du soleil, de la mer, du surf et du membre intense de Nash. Il arrivait enfin à se désinhiber sans complexe vu que personne ne le jugerait.
Ils allaient en boîte, dansant et flirtant allégrement sous les spotlights fluorescents, s'embrassant dans les vapeurs d'alcool, testant leurs limites aux frontières de la bienséance. Avec Nash, Taiga se sentait être un autre. C'était grisant et aussi quelque peu effrayant. Combien de fois il l'entraîna au fond des établissements, le sommant de lui faire une fellation vite fait dans les toilettes, entre deux clients séparés juste par des panneaux de bois ? Combien de fois ils s'ébattirent dans le parking mal éclairé, sur la banquette arrière de la Dodge, frisant avec le risque de se faire surprendre par un vigile ? Le squale n'avait pas de limite, prenant absolument tout de son jeune amant. Coucher avec un autre homme semblait exacerber ses instincts de mâle en puissance car il émettait toujours des idées saugrenues dans lesquelles Taiga finissait toujours cul nu sur lui de préférence. Ou en dessous, mais toujours soumis.
Nash avait ses limites. Les préjugés ont la vie dure…
Un matin il se pointa avec un œil au beurre noir. En bonne tête de mule, il ne divulgua rien des raisons de son bleu. Ce ne fut qu'en croisant Silver, le T-Rex aux gros muscles et au cerveau creux que Kagami comprit. Lui aussi arborait un beau coquard plus noir que sa carnation de base, avec en prime une inflammation de la mâchoire. Quand les deux membres des Jabberwock se rencontrèrent, chacun détourna le regard de manière hautaine. Attablés à la terrasse d'un Stardust Café, autour d'un Mocha glacé, Kagami sondait méchamment son amant de vacances qui triturait le bout de sa serviette en sirotant, l'air renfrogné, sa boisson à la paille. Bonjour l'ambiance…
— Tu vas tirer la gueule toute la journée ? demanda le roux en tapant du poing sur la table.
Le squale sursauta, beugla car il venait de se prendre la paille dans le nez.
— T'es dingue sérieux ? Tu veux mourir de bon matin toi.
— Si je meurs t'auras pas mes fesses…
Nash tiqua, effectivement, mauvais plan.
— Tu peux me dire ce qu'il s'est passé avec ton pote ? Même si je ne le porte pas dans mon cœur, j'aime pas voir des amis s'embrouiller.
— Oh non, petit chaton mignon a le cœur brisé ! Que c'est triste, attends je vais chialer avec toi.
— Pff, arrête de jouer aux cons, ça te va bien mais c'est fatiguant à la longue.
— Ca te regarde pas, lança le blond, affalé sur sa chaise se donnant un air nonchalant.
— Vous êtes aussi bornés l'un que l'autre j'ai l'impression.
Nash se pencha au-dessus de la table et fit signe à son vis-à-vis de se rapprocher. Ce dernier tendit l'oreille.
— Si tu veux tout savoir, on s'est engueulé parce que Silver a entendu des rumeurs sur moi. Que j'ai confirmé.
— Ouais et alors ?
Contrarié, le plus âgé se mordit la lèvre inférieure. Il fallait tout lui expliquer à cette tête de pioche.
— Et alors aux dernières nouvelles je suis PD et je me fais enfiler si tu vois ce que je veux dire… Et j'apprécie pas ce genre de ragots.
— Euh… A mon avis c'est ta fierté mal placée qui en a pris un coup parce que les faits sont là, tu te tapes un mec et tu n'as pas été discret, faut assumer maintenant.
Les yeux de reptile de Nash envoyaient clairement des éclairs d'animosité en cet instant. Ses mâchoires grinçaient. Il n'aimait pas entendre ses vérités aussi crûment. Il n'y avait que son auguste personne qui avait le droit de proférer ce genre de choses aux autres. Pas le contraire.
— Fais-gaffe à ce que tu dis petit, menaça-t-il en effritant sa serviette sur la table.
— Moi je m'en moque que ça se sache ou pas, que tu veuilles cacher notre histoire. Je ne vais pas me vexer. Là c'est toi et uniquement toi qui t'es affiché, il fallait que ça se sache. Ca n'empêche que c'est bête de t'embrouiller avec ton pote. T'as le droit de faire ce que tu veux.
— Eh bah va dire ça à Godzilla !
Sur le coup Taiga ne put s'empêcher de pouffer, Nash réservait des surnoms pour absolument tout le monde.
— T'es pas croyable alors ! C'est pas moi qui doit lui parler mais toi, après si ça te fait rien de couper les ponts, c'est ton problème.
— C'est surtout que s'il est con, là c'est pas mon problème !
Même s'il voulait se donner un genre bad boy que rien n'atteignait, Nash semblait réellement touché par cette dispute.
Le tigre se mettait à sa place, affronter le regard des autres, surtout ses proches, s'avérait difficile, voire destructeur. Lui allait s'en aller à la fin de l'été, laissant Nash avec son quotidien, son entourage, sa vie. Pourtant elle en était chamboulée. Cette dualité chez le blond le contrariait car d'un côté il assumait tout, n'hésitait pas à en venir aux mains et d'un autre, une certaine pudeur l'entourait. Nash n'aimait pas parler de lui en profondeur.
— Tu vas faire quoi alors ? l'interrogea le plus jeune.
— Qu'est-ce que tu crois ? Un soit disant pote qui bave derrière ton dos, te traite de tapette et autres conneries du genre, je vois pas ce que je ferais encore avec. C'est fini, il n'existe plus.
Taiga était peiné. Il ne s'imaginait pas à sa place et ne plus avoir de contact avec Kuroko, même s'il avait choisi un autre. L'amitié était quelque chose de primordiale, peut-être plus que l'amour. Malheureusement il ne savait pas quoi faire pour l'aider, ne connaissant pas assez Silver, c'était difficile de se mêler de ce qui ne le regardait pas…
Les vacances se poursuivaient, les jours passaient à vitesse grand V. Kagami continuait de fréquenter l'odieux Nash qui, au fil du temps, devenait de moins en moins insupportable. Il ne reparla plus de sa brouille avec le grand black, son air supérieur avait repris place sur son visage et dans ses yeux, une lueur de bravade brûlait de nouveau. Quelque part le roux préférait le voir comme ça. Il s'accommodait de sa personnalité haute en couleur désormais.
Allongés dans la pénombre de leur chambre d'hôtel, le drap recouvrant négligemment leurs corps couverts de sueur, ils attendaient le sommeil. Nash fumait son éternelle Winston, la tête posée sur le montant de la tête de lit. Les volutes grisâtres s'envolaient dans la pièce et disparaissaient avant de toucher le plafond. Dans ces moments-là, il semblait loin de tout, ce qui lui donnait un air rêveur presque touchant. Kagami l'observait attentivement, ce garçon resterait une énigme. Il se demandait si sur cette Terre, une personne serait capable de briser son cœur de pierre afin de le percevoir tel qu'il était.
Nash sentit un regard le brûler, il tourna la tête et questionna de manière abrupte en tirant une latte.
— Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ?
— Rien, ta fumée me dérange, mentit en grimaçant le rouquin.
— T'en veut une ?
Nash accompagna la parole au geste en lui tendant la tige de nicotine. Chose que Taiga refusa en éloignant son bras de lui.
— Je touche pas à ces trucs-là.
— Tu touches pas à ces trucs là mais tu touches bien des bites, rit le blond peu finement.
Au moins ses blagues douteuses le faisait rire, c'était déjà ça.
— Je te signale que toi aussi maintenant !
Au lieu de se vexer, Nash se pencha de côté, passa sa main sous le drap pour empoigner fermement son sexe. Avec un sourire séducteur il rétorqua en le mouchant.
— Que la tienne darling… Hum… Je te fais de l'effet à ce que je vois. Le petit tigrou a envie de téter du lait.
Pour la finesse on repassera… Quand on sortait avec le terrible Nash Gold Jr il ne fallait pas s'attendre à un romantisme de la Renaissance. Ni quoi que ce soit d'autre d'ailleurs. En vérité il ne fallait rien attendre de ce type.
Kagami souffla plus pour la forme.
— Je me demande comment je fais pour te supporter ?
— Ca c'est parce que j'ai une queue magique, elle disparait en toi en un clin d'œil. Et aussi parce que je suis un super coup.
— Ouais… Je sais pas comment je vais faire quand je vais rentrer au Japon dis-donc, je vais sûrement tourner hétéro tellement ta puissance de tir va me manquer, ironisa Taiga.
Nash s'esclaffa en se repositionnant comme initialement, mais toujours sa deuxième main caressant le membre amant.
— Je te plains sincèrement. Et bah t'auras qu'à aller voir ton petit fragile, mais fait gaffe de pas le casser en deux.
Aussitôt la mine de l'adolescent se rembrunit. L'autre le remarqua, il eut la décence pour une fois de se faire moins sarcastique.
— Tu sais, je disais ça pour blaguer. J'en sais rien moi ce que tu trafiques avec ton nain.
— Ne l'appelle pas comme ça !
— Oh hey excuse ! Je sais pas son nom et j'ai pas envie de le retenir. Il s'est passé quelque chose entre vous ?
Kagami fit la moue, boudeur.
— Je suis pas un expert des histoires d'amour, renchérit le Californien, tout ce que je sais, c'est que ça t'apporte plus d'emmerdes qu'autre chose mais si tu le kiffes, c'est okay, moi j'm'en tape. J'ai pas à te juger.
— Non c'est pas ça, en fait si mais…
Il n'avait vraiment pas envie d'avoir cette discussion avec son ancien rival, d'autant plus qu'il était loin d'être un gentleman. Il se contenterait juste de se moquer. Pourtant il ne sentait pas d'aura pesante, au contraire, Nash l'écoutait, le dévisageant impassible de ses pupilles lagon. C'était bien la première fois qu'il paraissait sérieux.
Kagami lui raconta toute l'histoire, même ses déboires ave les membres de la GM qui interféraient sans cesse dans la vie de Kuroko. Après un temps de réflexion, Nash se recala contre les coussins et donna son opinion.
— C'est pas cool les ruptures, enfin dans votre cas c'en est pas vraiment une… Je t'ai dit, je suis pas un expert mais le mieux c'est que tu passes à autre chose. Et puis franchement, tu te vois toute ta vie avec un mec comme ça ? J'ai rien contre ton pote, te méprends pas mais il me semble trop…
— Trop quoi ?
— Attends, je cherche mes mots.
Kagami roula des yeux au plafond. Quel suspense de dingue.
— Il est trop chétif, oui c'est le mot. Il te faut quelqu'un de plus fougueux, de plus puissant, je sais pas si je me fais comprendre. En clair, vous collez pas les deux ensembles. Moi ça me ferait marrer de t'imaginer baiser avec lui !
Il repartit encore dans un rire tonitruant pendant que le plus jeune faisait la gueule. Décidément, Nash ne pouvait pas rester correct plus de deux minutes d'affilée, à croire que les lois impénétrables de la débilité imprégnaient son cerveau constamment. C'était trop beau pour durer.
— Non sans blague, vous fonctionnez mieux en potes c'est tout. Faut te faire une raison même si c'est dur. Tu trouveras quelqu'un d'autre quand tu rentreras chez toi.
— On m'a déjà dit ça, tiqua Taiga.
— Ah ouais, qui ?
— Un ami de Kuroko…
— Bah tu vois, si on est déjà deux à te le dire c'est que c'est vrai, écoute-le.
En guise de réflexion, Taiga se massa les tempes, ça l'aidait dans ces moments intenses.
— Parce que toi t'es capable de couper les ponts comme ça du jour au lendemain quand quelqu'un te déçoit ?
— Moi ? Ouais, mais je suis pas une référence. Et là je te dis pas de faire pareil mais juste d'oublier ton babtou fragile sur le plan sexuel.
— Nash !
— Quoi !?
Il se reçut un oreiller en pleine figure, accompagné de quelques insultes par un Kagami à moitié affalé sur lui. Même si l'intention de départ avait été dénuée de sarcasme, le masque de magnifique connard qu'arborait Nash revenait très rapidement. Heureusement qu'à force de le côtoyer, son amant avait fini par démasquer cette facette de sa personnalité. Ce n'était qu'un genre qu'il se donnait comme tout jeune homme un peu paumé.
— Toute façon t'es jeune, va pas t'emmerder avec une corde au cou ou des histoires trop sérieuses. Profite et concentre-toi sur le basket. Ca c'est important, tu m'entends ?
Ces mots tout à coup plein de vérité, résonnaient dans l'esprit flouté du tigre. Il sourit franchement, encore un côté du squale qui venait d'être mis à nu… Finalement il était moins bête que ce que la majorité pensait. Il faisait le fanfaron mais se concentrait sur l'essentiel afin de se forger une carrière et de se sortir de la misère. Kagami renversa la situation en se mettant à califourchon sur ses cuisses.
— Ouais t'as raison… Concentrons-nous sur l'essentiel… dit-il en coulissant ses mains sur sa virilité.
Prendre un peu de sa frivolité n'avait rien de mal, au contraire.
ooOoxoOoo
La fin des vacances arrivait. Kagami repartait le lendemain, il avait décidé de passer sa dernière journée avec ses parents, en attendant il était assis sur le sable, à côté de Nash. Tous deux face à l'océan sombre, l'écume venait lécher leurs pieds, personne ne parlait. Ils s'étaient déjà tout dits. La brise marine les éclaboussait de petite gouttes salines, laissant des picotements sur leurs peaux dorées.
Ce silence bienfaisant les drapait dans une quiétude reposante.
— C'est bien quand tu ne parles pas, brisa le roux.
— Putain !
Faussement vexé, Nash le poussa pour la forme. Kagami tomba sur le sol hilare. Maintenant une certaine forme d'attachement s'était établie entre eux. Le premier n'avait plus envie de dévisser la tête du deuxième et celui-là ne ressentait plus aucun malaise en sa présence. Après tout, l'Américain n'était pas un dragon, pas à proprement parler.
— Tu me diras quand tu signeras ton contrat ?
— Pourquoi tu veux savoir ?
Nash égrainait le sable entre ses doigts, un peu ailleurs.
— Parce que j'ai envie de savoir. Surtout pour ne pas que je parie sur toi lors des championnats !
— Ah mais t'es con ma parole !
Ils se bousculèrent gentiment. Personne ne voulait montrer sa nostalgie, c'était une façon comme une autre de se préserver, même si aucun d'entre eux n'était dupe.
— Et toi, tu me diras quand t'auras trouvé un nouveau mec. J'espère que tu le choisiras mieux que le gringalet. Avec une grosse…
— Tais-toi, on a compris !
Kagami roula sur Nash, l'embrassa pour le faire taire. Effectivement : c'était mieux quand il se la bouclait. Leurs mains reprirent d'assaut leurs peaux tannées, des morsures s'incrustèrent sur une épaule ronde, ou au creux d'un cou offert. L'œil joueur de Nash pétillait, s'épinglant dans celui rubis malicieux.
— Tu l'as déjà fait sur la plage ?
— Ouais, même que l'eau me rentrait dans les fesses.
— Et bien c'est pas grave, ça fera une chose de plus.
Le roux leva les yeux au ciel en souriant.
— Tu ne peux pas savoir comment je l'attendais celle-là…
— Ca va te manquer je parie.
— Oh que oui…
Les deux jeunes hommes s'étreignirent au coucher de soleil, cliché absolu, en guise d'au-revoir. Leurs vies allaient reprendre là où elles en étaient avant cette petite pause estivale. Kagami se donna une dernière fois, libre de tout, chevauchant son amant terrible entre cris et jouissance. Nash profita du corps bouillant qui se déhanchait sur lui, aussi fougueux qu'un cheval fou. Cette passion honteuse renversait tous ses sens. Après tout, coucher avec un homme présentait quelques avantages… Avec lui il pouvait être bestial sans retenue. Peut-être qu'il recommencera sa découverte des plaisirs masculins, allez savoir… En attendant il s'abîmait dans le fourreau tout chaud du joli Kagami, s'amusait à malaxer ses fesses fermes. Cette rencontre inattendue leur avait apporté à tout deux quelque chose de plus, une espèce de découverte sur leurs personnalités respectives.
Après des adieux déchirants avec ses parents et Alex, Taiga s'installa le plus confortablement possible dans l'avion. Il avait devant lui des heures interminables de vol et de quoi s'occuper. Il checka ses réseaux sociaux avec sa tablette. Des photos de l'odieux Nash défilaient en train de donner des accolades à Silver, sur Malibu beach, apparemment ils étaient rabibochés. Plus des pronostics de ses amis sur sa future équipe de basket. Taiga ne put s'empêcher de sourire, finalement il avait écouté ses conseils. Ce fut avec un pincement au cœur qu'il regarda celles de Kuroko. Sans grande surprise, le fantôme développait une passion pour la photographie – à moins que ses origines japonaises ne l'y aident grandement – car sur son profil il devait bien y en avoir plus d'une trentaine en l'espace de quelques jours. En retenant son souffle, il appuya sur celles dédiées à son couple. Kagami crut que son cœur allait s'arrêter de battre, que l'amertume emplirait ses vaisseaux. Mais contre toute attente non. Bien sûr, ça lui faisait un petit quelque chose mais rien de dramatique. Il put regarder son ombre aux côtés de son mec – le tordu pour ne pas le nommer. Non convaincu qu'ils formaient un joli couple, il n'en fut pas néanmoins peiné. Les autres regorgeaient de plan plus ou moins foireux sur certaines parties du corps de la GM. Tel qu'un gros plan flou sur le visage sévère de Midorima, ou celui plus joyeux d'un Kise souriant de toutes ses dents ou encore d'une paire de fesses moulées dans un slip de bain minimaliste. Et là on reconnaissait aisément le teint biscuité du seul ganguro de la bande. Les sourcils bifides tressautèrent tout seul. Evidement. Ce foutu Ahomine ne perdait jamais une occasion pour se montrer en spectacle.
Kagami lut ses messages en attente puis écouta ceux laissés sur sa messagerie vocale. Sans grande surprise là aussi, des dizaines provenant de Kuroko et les gars des miracles. Même s'il s'en défendait, il faisait partie de leur groupe de cinglés. Et ce constat lui fit plaisir, lui provoqua une chaleur agréable au fond de sa poitrine. Ils s'inquiétaient tous pour lui. Il ouvrit notamment les messages laissés par le superstitieux et resta stupéfait d'apprendre que sa dernière conversation avait bouleversé le frimeur trop bronzé. Sur ses messages, il disait qu'Aomine ne comprenait pas ce rejet et cette agressivité à son égard. Apparemment cela lui provoquait des sautes d'humeur et même le gentil Kise n'était plus en mesure de le supporter. D'ailleurs le mannequin aussi ne s'était pas privé de lui écrire toute sa frustration larmoyante pour son ami. Enfin sans rentrer dans tous les détails, une nouvelle histoire éclatait. Même le placide Murasakibara écrit un SMS :
« Mine-chin est triste. J'aime pas quand il est triste. J'espère que vous allez vous réconciliez et que tu lui offriras des bonbons.
PS : j'en veux aussi sinon je serai triste. »
Il ne perdait pas le nord celui-là non plus.
Durant la totalité de son vol – et dix heures c'est extrêmement long – le tigre répondit à tout le monde. Ecrivit des tas de messages, alla sur tous les profils de tous leurs réseaux sociaux afin de se justifier. Kuroko le bombarda également de posts, d'émoticônes grincheux et j'en passe. Le Aominegate venait de naître.
Kagami ne savait plus où donner de la tête, il dut même répondre à l'Empereur qui exigeait des explications sur la morosité de Daiki.
Avec cette affaire il ne pensait plus du tout à son chagrin d'amour, tout ça se trouvait relégué dans les archives. Même Nash mit son grain de sel en se moquant de leurs histoires de pucelles. Merci Nash.
Pire qu'un ministre devant s'expliquer sur une affaire d'escroquerie, Kagami n'eut plus une minute à lui. Au fond, il se sentait mal d'avoir envoyé bouler Aomine. Il ne se souvenait plus comment la discussion avait tournée. Probablement qu'il n'y était pas allé de main morte. Mais bon, pour sa défense il vivait un drame existentiel et sur l'écran il n'y en avait que pour le visage basané de la panthère.
Shit quoi !
Kagami s'en voulait. Kuroko le faisait culpabiliser. Ce dernier lui suggéra un face à face afin de régler cette histoire. Encore une fois, au-dessus de dix milles mètres d'altitude, il prit une conversation en cam. Magnifique. Quelle intimité ! Et pourquoi ne pas attendre de revenir sur le territoire nippon, ça serait tellement plus simple ? A croire que les gars de la GM aimaient se compliquer la vie.
Kagami prit l'appel. Qui dura… Qui dura… Qui fut laborieux… Laborieux… Les interférences, les autres passagers, les ronflements, les désapprobations de la part des clients, les allées et venues des amis d'Aomine, tout ça n'aida pas à la discussion. Le roux ne pouvait pas le voir, mais derrière l'écran d'ordinateur, Kuroko faisait des clins d'œil à sa première lumière en lui signifiant que tout fonctionnait. Jouer sur la culpabilité du tigre au cœur de guimauve pour obtenir ses faveurs. Simple comme bonjour, ou plutôt comme Kuroko.
Cette semi-tragédie évita qu'il ne rumine pas sur ses vacances, sur ses parents laissés derrière lui et sur un certain blond vantard aux tatouages voyants. Il était heureux de retrouver sa vie de lycéen de Tokyo, avec ces casses-bonbons attachiants.
Qui sait, trouvera-t-il l'amour au retour ?
FIN
