Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Je vous remercie pour votre présence en ce mercredi matin ou après-midi ou soir ou pas mercredi d'ailleurs ! XD Vous êtes vraiment incroyable, je suis tellement heureuse de vous retrouver chaque semaine ! :D

Je suis désolée de ne pas avoir eu le temps de répondre aux reviews...

Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.

Quelques mots sur ce chapitre : Bon… après toutes vos questions sur le comportement de Luna, un bout du pourquoi et du comment va être expliqué dans ce nouveau chapitre.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)

oOoOo

I Hear Your Voice

The light shines down half my face La lumière brille sur la moitié de mon visage

You see smile Tu vois un sourire

But on the other side is a rage Mais de l'autre côté il y a la rage

You said we are the moon Tu dis que nous sommes la lune

But you were wrong Mais tu as tord

I'm the dark side Je suis le côté obscure

Now you know it's not the truth Maintenant tu sais que ce n'est pas la vérité

People don't change Les gens ne change pas

But reveal themselves Mais ils se révèlent eux même

Urban Strangers - Runaway

Chapitre 23 : Raison d'être du passé

Je traîne des pieds vers la cuisine de Lexa. Je grimace en me massant les tempes avant de mettre en route la cafetière. Je m'installe sur un tabouret, la tête bien renfermée entre les mains en soupirant.

Je déteste lorsque j'ai ce genre de comportement. Je relève doucement les yeux et je découvre un grand verre rempli d'eau près de deux comprimés blanc et rouge. Je ne peux pas le croire ! Lexa est vraiment la meilleure des sœurs !

Je me lève donc pour récupérer l'aspirine et l'avale rapidement en adressant une prière silencieuse pour que les petites molécules présentent dans la capsule agissent vite. Un bâillement m'échappe alors que je repense à la soirée d'hier.

Évidement que ça s'est mal passé… c'était couru d'avance. Tout ça à cause de Titus et de ses foutus stratagèmes à deux balles. Je déteste cet homme ! Mais pas plus que…

Un gémissement me fait sursauter. Je me tourne vers le salon où je découvre Lexa se passer une main dans les cheveux en baillant avant de s'étirer. Non mais je rêve…

Je prends la tasse la plus grande dans le placard de ma sœur et la remplie à ras bord. Je me dirige ensuite vers le canapé. Lexa a le regard dans le vide et semble épuisée. Je souris et décide de n'avoir aucune pitié, je pousse ses jambes loin de la couette et prends possession des lieux.

Je reste silencieuse encore quelque temps en jetant quelques regards à Lexa. Je souris en trempant mes lèvres dans le café, après trois bonnes gorgées, je demande :

- Tu ne devrais pas être dans le même lit qu'une jolie blonde ?

Lexa me fait un regard amusé avant de rire doucement. Je me tasse un peu plus dans le canapé alors qu'elle vient frapper doucement mon épaule pour attirer mon attention. Je me tourne lentement vers elle avec un sourire timide. Je soupire avant de répondre à sa question silencieuse :

- Je vais bien.

- C'est vrai ce mensonge ?

- Hey… c'est ma réplique, sale gosse va !

- Je suis sérieuse Luna… tu vas bien ?

- Tu peux obtenir cette réponse comme bon te semble, je réplique fatiguée.

- Mais je veux te l'entendre dire.

- Jamais je n'aurais dû céder au chantage de Titus. C'était une évidence que ça allait déraper. Dès qu'il entre dans l'équation, je ne contrôle plus mes émotions. C'est à cause de lui que je suis partie. J'aurais dû me douter que le revoir serait plus difficile que tout ce que j'avais pu imaginer.

- C'est en partie à cause de lui, souligne Lexa comme si elle en savait plus.

Je la dévisage un peu plus que d'habitude. Elle ne peut pas savoir. Omma m'a appris à cacher certaines informations. Je n'ai tout de même pas parlé de ça hier soir. Ce serait vraiment idiot de ma part.

J'ai bu combien de verre exactement ? Je ne pouvais pas être ivre à ce point. Oh mon dieu ! J'espère que je n'ai rien dit devant Clarke !

- Qu'est ce… que tu veux dire ?

- Je parle de Raven.

Ouf ! Ce n'est que ça ! Pendant une seconde, elle m'a fait très peur. Je me sens vraiment soulagée.

- Ah, je réponds tout de même.

- Je sais que je n'aurais pas dû… m'introduire dans ta tête mais je ne le fais pas exprès. Et… tu penses toujours à elle.

- Je ne le nie pas.

- C'est quoi l'histoire ?

- Je n'ai pas envie de parler de ça Lexa et surtout pas avec toi.

- Pourquoi ? Tu m'obliges souvent à entendre des choses que je refuse de… concevoir.

- Ce n'est pas pareil.

- Pourquoi ?

- Pourquoi, t'es sérieuse ? Raven est ta meilleure amie. Je suis ta sœur. Tu le vois le problème ? Non, toujours pas ?

Lexa secoue la tête de droite à gauche en signe de négation. Non mais c'est pas vrai ! Je suis sûre qu'elle le fait exprès !

Ça ne se fait pas de m'agresser comme ça de si bon matin alors que j'ai clairement encore légèrement la gueule de bois. Quelque chose que Lexa ne connaît clairement pas. Sans quoi, je ne serais pas agressée de la sorte.

- Un de ces jours, je vais te foutre une perfusion d'alcool et je t'empêcherai de décuver tranquille…

- Tu ne feras pas ça.

- C'est une façon de parler Lexa. Je sais très bien que l'alcool peut te faire vraiment du mal. Je ne ferais jamais ça : te faire du mal.

- Mais tu te ferais du mal à toi.

Je suis surprise par le ton qu'elle vient d'employer. Lentement, je tourne les yeux vers elle en fronçant les sourcils. Je ne suis pas certaine de comprendre de quoi elle parle exactement. D'hier soir ? De ma fuite il y a cinq ans ? De mon incapacité à me mettre en avant face aux personnes que j'aime ? D'autre chose ?

Et si elle avait découvert ce que je me tue à lui cacher depuis cinq ans…

Cette optique m'effraie complètement. Pour la simple et bonne raison que je ne sais pas comment elle va réagir. Elle pourrait hurler, me frapper, me rejeter ou pire… pleurer. Peut être… peut-être qu'elle comprendrait.

J'aimerais lui dire mais il y a une chose que m'a dite Omma qui m'en empêche. Je ne veux pas perdre Lexa. Je ne le supporterais pas. Je dois déjà vivre à des milliers de kilomètre d'elle. Je ne veux pas la perdre !

- Donc, elle reprend doucement et pourtant sa voix me fait sursauter, si ce n'est pas lui qui te pousse dehors, si ce n'est pas Raven qui te donne envie de fuir… qu'est ce que c'est ?

Ou alors, peut-être, peut-être que lui en parler n'est pas une si mauvaise idée. Après tout, tout ce que j'ai pu accomplir ces dernières années, je l'ai fait pour elle.

Je soupire avant de passer une main dans mes cheveux. Est-ce qu'elle va comprendre ? J'espère. Je ne supporterai pas de la savoir en colère ou triste à cause de moi. Je sais qu'elle ne veut pas que je m'occupe ou que je m'interroge sur sa malédiction. Mais c'est plus fort que moi.

J'ai passé les cinq dernières années à essayer de comprendre. Et tout à commencé à cause, ou plutôt grâce, à une invitée impromptue qui est venue frapper à ma porte un dimanche matin.

- D'accord mais pas ici. Allons discuter au Grouder.


C'était il y a cinq ans…

Je soupire quand je réalise qu'aucun des idiots qui me servent de colocataire, ne va se décider pour lever ses fesses du canapé. Je ferme mon cahier de façon quelque peu agacé. Je sors de ma chambre en retirant mes lunettes. Normalement, je ne les porte presque jamais mais j'ai un peu trop bu hier soir.

Je traîne des pieds en traversant le salon. Je lance un regard noir aux trois idiots qui sont affalés dans le canapé. Je commente :

- Et vous levez, c'est hors de question ?

- Fais pas chier "l'américaine", c'est dimanche. Personne de censé ne vient frapper chez nous le dimanche, me répond Tiffany.

- De toute évidence, ça arrive aujourd'hui, je me permets de souligner.

- C'est sûrement pour toi Evans. On se demande tous à qui tu as encore brisé le cœur… ce pauvre Elijah Graham peut être.

Je lève les yeux au ciel. C'est complètement stupide. Ce n'est pas parce que je refuse de sortir avec lui que je lui brise le cœur. Et puis… je lui ai expliqué la situation. Si je devais sortir avec lui, je trouverais ça trop bizarre et surtout j'aurais la sensation de tromper quelqu'un d'autre, même si je ne suis pas avec cette personne. Elijah est certainement mon seul véritable ami en France.

Pourquoi personne n'arrive à concevoir qu'une amitié entre garçon et fille puisse exister ?

Je soupire en me décidant finalement à rejoindre le hall d'entrée. Je passe une main dans mes cheveux qui, en ce dimanche, ne sont rien d'autre qu'une masse informe. J'inspire profondément en souhaitant intérieurement qu'Elijah ne soit pas derrière cette porte. Juste pour ne pas donner raison aux trois autres.

J'active la poignée, je m'arme d'un de ces faux sourires que je suis parvenue à maîtriser au fil du temps et j'ouvre la porte en grand. Je jure que je manque de tomber en arrière quand je découvre qui se trouve sur le pas de ma porte. Je suis tellement interdite que je reste muette à les observer comme si une attention trop grande de ma part allait finir par les faire disparaître.

- Bonjour Luna.

Merde… c'est la réalité. C'est en train d'arriver pour de vrai. Il n'y a qu'une seule personne au monde capable de prononcer mon prénom de cette façon. Je déglutis en essayant de comprendre cette situation des plus anormale en prononçant difficilement :

- Héloïse, Kasia… mais qu'est ce que vous… ici ?

- Je te l'avais dis Loïs… nous aurions dû appeler avant de débarquer à l'improviste, prononce Kasia en étant tout de même amusée.

- Je… mais… qu'est ce que vous faites à Paris ? Je croyais que vous ne vouliez plus jamais poser un pied en Europe.

- Il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis, bougonne Omma. Tu comptes nous laissez entrer ou tu vas laisser de pauvres vieilles femmes sur le pas de la porte ?

- Non, enfin oui entrez. Je vais me changer et… nous allons boire un café.


Deux tasses fumantes sont posées avec un peu trop d'entrain devant Lexa et moi. Je lève les yeux vers Kasia pour lui sourire. Je sais qu'elle se retient mais actuellement, elle a très envie de me prendre dans des bras.

- Tu restes longtemps ? se renseigne-t-elle.

- Désolée K, mais je repars ce soir.

- Et tu ne viens me voir que maintenant ? Je me sens trahis…

- Toujours dans l'exagération, je réponds amusée. Mais ne t'en fais pas, la prochaine fois que je reviens, ce sera définitif.

- Définitivement, m'interroge Lexa avec plein d'espoir dans la voix.

- Tu as finalement trouvé ce que tu cherchais, comprends Kasia.

J'acquiesce doucement en trempant mes lèvres dans mon chocolat chaud. Kasia a totalement raison. J'ai enfin trouvé ce que je cherchais depuis si longtemps. Et cet accomplissement me rend véritablement heureuse.

Parfois, j'ai du mal à réaliser que tout a commencé grâce à cette visite impromptue d'Héloïse et Kasia un dimanche matin.

- Je veux tout savoir, s'exclame la meilleure amie d'Omma avant de s'asseoir à notre table.


C'était il y a cinq ans…

Je tiens la porte de mon bar préféré dans le quartier, pour laisser entrer mes deux grands-mères de cœur. Il n'y a pas à dire, elles ont toujours été là pour moi. Surtout Héloïse !

Nous nous installons près de la fenêtre. Je trouve ça assez drôle de voir Kasia toiser chaque recoin avec défi. Je souris avant de lui affirmer qu'aucun bar au monde ne pourra un jour surpasser le Grounder.

Je la vois presque bomber le torse de fierté, ce qui est assez drôle. Puis mes yeux se posent sur Omma. Elle est… anormalement calme. Ce comportement ne lui ressemble pas. Beaucoup aiment critiquer la personnalité impulsive de Lexa mais ils oublient souvent que sa grand-mère est bien pire !

- Je ne te per…

Commence Héloïse avant d'être interrompu par une main qui s'écrase à plusieurs reprises sur la fenêtre nous faisant toutes les trois sursauter. Eilijah se dresse de l'autre côté. Il me fait de grands signes avec son sourire en coin qui en fait craquer plus d'une. Ses cheveux noirs commencent à lui tomber sur les yeux, il va être grand temps qu'il les coupe.

Il fronce légèrement les sourcils en découvrant celles qui m'accompagnent. Clairement pas le genre de personnes avec qui je traîne depuis que je vis à Paris. Il me fait des signes pour me pousser à le rejoindre. J'hésite mais je réalise vite que si je ne cède pas à son caprice, il va rester planter là pendant des heures.

Je m'excuse donc auprès d'Héloïse et de Kasia en attrapant mon manteau pour le rejoindre. J'ai à peine posé un pied dehors qu'Eilijah me prend dans ses bras. Il s'exclame :

- Tu ne peux pas savoir comme j'ai eu peur. Quand je suis arrivé à l'appart, tes colocs m'ont prévenu que je t'avais manqué de peu et que tu étais partie avec de vieilles personnes. Aucun descriptif de leur part, rien. J'ai cru que c'était ton grand-père… ne me fait plus jamais ça Luna Evans !

Parfois j'oublie qu'il y a six mois, alors que je me sentais seule et triste, j'ai déballé tout un pan de ma vie à Elijah. Un pan de ma vie dont la plupart ignore tout…

- Et bien, comme tu le vois, il ne s'agit pas de lui.

- Je suis rassuré alors. Tu me les présentes ? Elles ont l'air sympa.

- Pas aujourd'hui. Elles ont dit qu'elles avaient besoin de me parler de quelque chose d'important.

- D'accord. On s'appelle tout à l'heure.

J'accepte avant de me retourner. Il soupire avant de me prendre de nouveau dans ses bras. Je crois qu'il me traite d'handicapé des sentiments avant de venir coller ses lèvres sur ma joue. Puis il part en courant me laissant quelque peu interdite.

Il agit bizarrement depuis quelques temps… ça commence à me faire peur. Tiffany est persuadée qu'il est amoureux de moi. J'espère que ce n'est pas la vérité. Je ne supporterai pas de lui briser le cœur. Eilijah est un des rares types bien qui existe.

Je me traîne de nouveau jusqu'à la table que je partage avec Héloïse et Kasia. Je m'assoie en soupirant. Je lance un regard à Omma pour l'avertir de ne pas s'introduire dans ma tête. J'adore cet aspect chez elle mais parfois, je préfère que mes pensées restent les miennes.

- Tu sais, si tu veux vraiment m'éloigner, je peux t'apprendre comment faire.

- Omma !

- Luna, me gronde-t-elle presque. Tu ne croyais tout de même pas que j'avais caché cet aspect de vie à ma meilleure amie. Je connais Kasia depuis que j'ai six ans, évidemment qu'elle connaît mon grand secret.

- Mais Sarah…

- Je ne suis pas là pour parler de ma fille mais de Lexa.

Okay, un seul mot, juste un prénom, rien que quatre lettres et je panique complètement. Je fixe Omma avec la peur au ventre. J'ai tellement peur qu'il soit arrivé quelque chose à Lexa. C'est, je crois, mon pire cauchemar. Ma plus grande peur.

Je suis tellement angoissée que je semble avoir perdu l'usage de la parole. Je ne semble même plus être capable de déglutir normalement. Je suis déjà en train de faire une liste de tout ce que je dois remplir comme papier, du nombre de valise que je dois boucler pour quitter Paris et retourner chez moi.

Si Lexa a besoin de moi, il n'y aucune négociation possible. Je serai là. Toujours.

- Rien qui ne soit encore arrivé.

- Quoi ? Comment ça ? Je ne comprends pas…

- Il s'agit d'aider Lexa d'ici quelques mois, quelques années avec un peu de chance, précise Omma.

- Je… je ne comprends pas.

Héloïse ferme lentement les yeux avant de se masser les tempes. Kasia vient poser délicatement sa main sur la sienne. J'ai toujours connu ce lien entre elles. Je dois avouer que j'admire énormément leur relation.

Leur amitié à quelque chose… de presque magique. C'est incroyable ! Ensemble, elles ont fui leur pays, leur continent. Elles ont choisi de vivre leurs propres vies. Elles se sont battues pour être heureuse. Et chacun de leurs actes ont été dicté par cette amitié unique, belle et empli de dévotion.

Je crois qu'Héloïse et Kasia sont mes héros. Je me souviens d'une fois à l'école primaire où à la question : que voulez vous devenir quand vous serez grand ? J'avais répondu en écrivant simplement leurs deux prénoms.

- Ce que veut dire Héloïse c'est que, commence doucement Kasia. Que… que, mais ses mots ne vont pas plus loin et ses yeux se remplissent de larmes.

- Je suis mourante, complète sa meilleure amie avec un calme surprenant.

J'arrête subitement tous mes mouvements. Je relève les yeux vers Omma. Je crois que je suis en état de choc. Ma main tremble et sans que je ne puisse rien y faire, je finis par lâcher ma tasse. L'anse glisse de mes doigts comme au ralenti. J'ai le temps de me lever brusquement dans un boucan innommable pour éviter que le liquide chaud ne se déverse sur moi. Puis c'est la tasse qui se fracasse contre le sol et qui se transforme en un vacarme fou.

Un serveur vient rapidement nous rejoindre. Normalement je me serais excusée pour ma maladresse mais pas aujourd'hui. Non… pas aujourd'hui.

Je le regarde s'activer autour de moi en lançant tout de même des œillades vers Omma. Je serre les poings lorsque je réalise que tout ça n'est rien d'autre que la vérité. Pourtant, je n'arrive pas à bien assimiler l'information. Lexa doit être dévastée ! Lexa…

Je relève les yeux et cette fois je les ancre dans ceux d'Héloïse. J'espère de tout cœur que je me trompe. Un sourire triste vient me répondre. Je me laisse tomber sur ma chaise en passant une main dans mes cheveux. Ce n'est pas possible… je ne veux pas perdre Omma. Elle a fait tellement pour moi et je n'ose imaginer ce que va ressentir ma petite sœur, ma douce Lexa quand elle va la perdre. Elle sera dévastée.

Le serveur finit par s'éloigner en marmonnant. Je suis tellement désolée pour lui. Il faudra que je pense à m'excuser de mon comportement la prochaine fois mais là… j'ai plus important à gérer.

- Malheureusement ma douce Luna, ma mort n'est pas ce qui m'effraie le plus.


Kasia éclate de rire alors que Lexa se décompose en réalisant qu'elle connaît son grand secret. J'essaye d'être plus discrète. J'avoue que j'appréhende la réaction de Lexa. Je ne sais pas comment elle va prendre le fait que j'ai gardé ce secret aussi longtemps.

Ses magnifiques iris émeraude se posent sur moi et je me sens tout de suite beaucoup moins en confiance. Lexa fronce légèrement les sourcils. Je sais ce qu'elle essaye de faire. Mes lèvres s'étirent dans un sourire désolé alors que je commence volontairement à laisser filtrer quelques unes de mes pensées sur cette journée.

Je vois bien qu'elle ne comprend pas comment j'ai pu lui cacher cette information. Mais il ne semble pas y avoir de colère ou de rancœur dans ses yeux. Il ne semble pas…

- Omma est venue te voir à Paris pour te dire qu'elle était mourante, commence à assimiler Lexa. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi.

- C'est très simple, répond à ma place Kasia. Malheureusement Héloïse a vite compris comment allait se passer la passation. Elle se doutait que… Sarah ne le supporterait pas.

- Dans ce cas, pourquoi elle ne m'en a pas parlé à moi ? Je ne comprends pas. Je ne savais même pas qu'elle était malade.

Je baisse les yeux pour la simple et unique raison que c'est cette réaction que je redoutais. Je ne supporterais pas que Lexa m'en veuille, surtout pas avant mon départ. Le problème c'est que ça risque vraiment de finir de cette manière.

- Parce que, reprends de nouveau Héloïse, ta grand-mère et moi avions un plan mais… nous n'étions plus assez jeunes pour ça. Nous avions besoin de Luna, ajoute-elle en me souriant.


C'était il y a cinq ans…

J'observe mes deux grands-mères de cœur d'une façon que je sais complètement interdite. Elles sont en train de se foutre de moi. Ce n'est pas possible autrement !

Sauf que… il y a quelque chose dans leurs regards qui me fait vite comprendre que tout ce que je viens d'entendre n'est rien d'autre que l'horrible vérité.

Omma vient poser sa main sur la mienne, ce qui me fait sursauter. J'ai presque envie de rejeter son geste d'affection. Je suis bien trop horrifiée par ce qu'elle vient de me dire. Mais… je ne peux pas. Après tout, il s'agit d'Héloïse. Je ne serais pas le quart de la moitié de la personne que je suis sans elle.

Merde ! Je ne serais même pas une Evans sans elle. Je serais toujours malmenée et piégée dans une vie absolument terrifiante avec lui.

- Luna…

- Je ne peux pas croire que Sarah ferait suivre ça à Lexa. Elle l'aime…

- Ça n'a rien à voir avec l'amour, me précise Omma.

- Je ne comprends pas comment Sarah pourrait faire une telle chose à Lexa.

- Je vais te révéler quelque chose. Quelque chose que j'ai caché à tout le monde. Quelque chose dont seule Kasia est au courant.

Je jure que dans ma tête c'est le foutoir. Je me demande : quoi encore ? Ou qu'est ce qui peut être pire que la prédiction que Sarah ne supportera pas la malédiction et qu'elle choisira certainement de l'abandonner, laissant ce lourd fardeau à sa fille. À Lexa…

- J'avais…

Une longue pause suit ce début de phrase. Un simple sujet et un verbe. Tout le reste est coincé dans la gorge d'Omma. Je la vois chercher du soutien chez sa meilleure amie. Kasia l'encourage avec des gestes simples.

Les secondes s'étirent tellement qu'elles doivent être complètement déformées. Je les sens presque passer sur moi, elle altère ma respiration et joue avec mes angoisses.

- J'avais, reprend lentement Héloïse, deux sœurs.

Je ne comprends pas tout de suite l'importance de cette phrase. Puis je remarque à retardement qu'elle a employé le passé et surtout qu'il y avait une véritable douleur quand elle a prononcé cette phrase.

Puis il y a le geste de Kasia. Elle vient prendre doucement la main d'Héloïse. Son sourire est triste mais en même temps il l'encourage à continuer.

- Charlotte et Helmina. Nous… nous sommes toutes les trois nées avec la capacité de lire dans les pensées.

- Je croyais qu'il n'y avait qu'une personne qui pouvait avoir le pouvoir.

Omma me regarde tendrement avec un air clairement triste. Je comprends alors que tout ce que je croyais savoir sur les capacités qui existe dans leur famille est faux.

- Je n'ai jamais dit ça. Le truc, c'est que toutes les femmes de la même génération sont atteintes. Si… Sebastian était né femme, alors à ma mort, Sarah ne serait pas la seule atteinte et peut être que je me serais moins inquiété. Et pour Lexa…

- Entre Aiden et Lincoln, elle sera aussi la seule à être touché, je comprends doucement.

- Tu as compris.

- Du coup, ça veut dire que si dans le futur entre Lincoln, Lexa et Aiden il y a plusieurs petites filles alors quand Lexa… euh… quand elle partira…

- Elles seront toutes atteintes de notre capacité hors norme, confirme doucement Omma.

Je commence lentement à comprendre la situation. Mais je n'arrive toujours pas à assimiler le fait qu'Héloïse puisse penser que Sarah abandonnera et qu'elle laissera Lexa subir tout ça à sa place.

- Sarah ressemble beaucoup à Charlotte, répond Omma à ma question silencieuse. Charlotte était solaire et souriante en apparence mais… elle se laissait détruire par ce qu'elle entendait. Son cœur s'est lentement fissuré… je n'ai rien pu faire, je n'ai pas pu l'aider. Elle était très douée pour faire semblant. Puis un jour, il y a eu ce coup de téléphone en pleine nuit.

Omma ne va pas plus loin dans ses explications. Elle n'en a pas besoin. J'ai compris. Sa sœur avait choisi la facilité, elle avait abandonné.

- Quand on est plusieurs à supporter notre don, c'est moins difficile, moins puissant. Quand Charlotte est morte, c'est devenu plus prédominant, presque dominateur, beaucoup plus puissant. Helmina et moi on a eu beaucoup de mal à supporter ce changement, c'était un vrai supplice. Nous n'arrivions plus à nous contrôler alors que nous vivions avec depuis seize ans pour moi et vingt et un pour ma sœur.

Des larmes commencent à se former dans mes yeux alors que je commence à comprendre que l'autre sœur d'Omma allait elle aussi abandonner. Je ne savais pas encore comment mais j'avais cette certitude que la jeune Héloïse s'était retrouvée seule avec un pouvoir grandissant et la surpassant presque.

- Tu…

De nouveau, les mots meurent sur les lèvres d'Héloïse. Kasia ne semble plus certaine de ce qu'elle doit faire pour essayer de la rassurer. Un échange silencieux assez étrange s'opère entre elles. C'est presque magique.

J'adore quand elles font ça. Je trouve que c'est particulièrement beau. J'espère que je serai capable d'être là pour Lexa de cette même manière. Je voudrais être capable d'être celle en qui elle aura toujours confiance.

- Tu as du remarquer, reprend Kasia à sa place, qu'Héloïse n'a jamais touché à une goutte d'alcool.

J'ai peur de comprendre. Je fixe Kasia avec peur. J'espère ne pas avoir bien compris. Je l'espère vraiment.

- Il n'a fallu que quatre ans à Helmina pour se tuer à coup d'alcools puis de drogues.

- Oh mon dieu…

- Laisse dieu où il est, petite, prononce difficilement Omma. Il n'a rien à voir avec tout ça. Je pensais avoir plus de temps pour préparer Lexa et surtout pour trouver… quelqu'un qui serait lui aussi habité par notre capacité familiale.

- Quelqu'un d'autre ?

- D'après mon grand-père, il existe cinq autres familles comme la notre, une par continent. J'ai… avec Kasia nous avons retrouvé celle qui se cachait en Amérique mais… c'était trop tard. La seconde guerre mondiale a décimé cette famille. Avant de venir en Amérique, nous avons cherché en Asie mais c'est un continent trop vaste. Puis j'ai rencontré le père de Sarah et de Sebastian. C'est à peu près à ce moment que j'ai arrêté de chercher les autres.

- Que nous avons arrêté de chercher, corrige Kasia. Mais depuis trois mois, nous avons repris, pour Lexa.

- C'est là que tu interviens Luna, précise Omma.

- Comment ça ?

- Nous sommes presque certaine d'avoir trouvé une de ces familles. Mais…

- …nous sommes trop vieilles, c'est une évidence, complète Kasia amusée. Tu le ferais Luna, n'est ce pas ?

- Pour Lexa… je ferais tout.

Omma sourit avant d'ouvrir son sac à dos pour en sortir une carte du monde et un tas de notes.

Je remarque que l'Allemagne est entourée en rouge avec le nom de jeune fille d'Omma : Ehrlich. Je remarque aussi que San Francisco est elle aussi entourée avec le nom Forman d'inscrit juste à côté. L'Antarctique a lui aussi son inscription, c'est inscrit migration. Pour l'Australie c'est le Mont Isa qui est entouré avec le nom Brown inscrit juste à côté. L'Asie a, quant à elle, un énorme point d'interrogation de dessiné en son centre. Puis il y a l'Afrique qui a été entouré sur trois pays, l'Ethiopie, le Kenya et l'Ouganda.

C'est à cet endroit que le doigt d'Héloïse s'arrête. Je relève les yeux pour la voir me sourire. Elle dit doucement :

- C'est ici qu'il faudra que tu commences.


Lexa me fixe sans dire un mot alors que Kasia vient de finir de lui expliquer la situation. Je commence à me sentir un peu mal… j'aimerais savoir ce qu'elle pense de tout ça.

Je ne peux m'empêcher d'appréhender sa réaction. Et si… si elle m'en voulait de ne pas lui avoir parlé de tout ça quand elle a débarqué à Paris après la mort de sa mère.

Je comprendrais… ça me détruirait mais je comprendrais.

- Lexa, je prononce prudemment.

- Donc, si je comprends bien, tu as sillonné toute l'Afrique pour essayer de trouver quelqu'un comme moi.

- Seulement trois pays, je précise en baissant les yeux.

- Tu es stupide Luna Evans !

Et voilà… j'en étais certaine, elle m'en veut. Comment je vais m'y prendre pour lui parler de la suite. Le plus important !

- Tu aurais dû m'en parler espèce d'idiote de première ! Je serais venue avec toi !

Quoi ? Peut-être que finalement, elle ne m'en veut pas… enfin, je crois. Lexa se redresse brusquement en faisant grincer sa chaise dans un bruit monstre. Je grimace en même temps qu'elle, ne pouvant qu'imaginer la douleur que peut lui provoquer ce son strident.

Lexa me pointe du doigt, en faisant une grimace. Je trouve ça assez drôle parce que si ce genre de situation était arrivé avant, elle m'aurait hurlé dessus, sermonné et même fait la morale. J'avoue que là, j'ai un léger avantage puisque Madame a tant de mal à parler depuis quelque temps même si je suis heureuse des énormes progrès qu'elle a fait.

En vérité, je ne m'étais pas imaginé que l'intervention d'une seule personne suffirait à la débloquer de la sorte. Et si cette idée m'était venue à l'esprit, je m'étais persuadée que ce serait Raven qui finirait par l'avoir à l'usure !

Raven… c'est pas vrai… il faut que j'arrête de tout le temps penser à elle. Elle me déroute tellement. C'est… perturbant. Surtout qu'elle est encore plus belle que dans mes souvenirs. Et, je ne parle même pas du fait qu'elle soit devenue une femme forte et indépendante. Elle est tellement différente de l'image de la petite orpheline, venue passer ses vacances au ranch, que je m'étais faite d'elle.

Orpheline… double c'est pas vrai ! Il faut que je contrôle mes pensées. Il le faut vraiment !

Je repose mon regard sur Lexa en lui faisant un sourire qui la défis clairement de me hurler dessus. Après tout, si ça lui fait du bien, autant qu'elle vide son sac. Mais elle finit par se laisser tomber sur sa chaise sans aucune grâce avant de soupirer.

- Ouais, j'imagine que je n'étais pas dans le bon état d'esprit pour faire ce genre de voyage. Mais, tu n'avais pas à faire ça toute seule…

- Je ne l'ai pas fait toute seule, je finis par avouer.


C'était il y a trois ans…

Je rentre dans l'appartement que je partage avec Eilijah depuis un an le plus discrètement possible. Je me glisse dans le hall alors que la porte est tout juste ouverte. Je retire mes chaussures que je pose le plus délicatement possible au sol. J'ai le temps de faire un pas avant que mon meilleur ami ne me saute dessus :

- Je peux savoir où tu étais Evans ?

- Merde Graham tu m'as fait peur !

- Je t'ai fait peur ? Moi ? Non mais c'est une blague ? Je t'ai attendu toute la nuit en me faisant un sang d'encre.

- Je suis désolée.

- Tu es désolée ? Vraiment ? Mais je peux savoir à quoi tu joues ? On était censés passer la soirée ensemble pour fêter l'obtention de ton examen.

- Mes plans ont changé au dernier moment, je suis désolée…

- Ouais, t'as encore joué les traînées…

- Eilijah !

- J'ai tord ?

Je m'apprête à répondre mais la réponse m'échappe pour le simple et bonne raison que non, il n'a pas tord. Je grimasse au simple souvenir de ce mec qui a réussi à m'attirer dans son lit. J'aimerais dire que je ne sais pas pourquoi j'agis de la sorte mais c'est faux.

Il y a trois raisons qui m'ont poussé à quitter les Etats-Unis, la première est que le cursus d'architecte à Paris est juste génial, la seconde j'évite d'y penser, bon… la troisième aussi mais c'est celle qui explique mon comportement complètement con : Raven Reyes.

- Je suis désolée, vraiment.

- Pourquoi tu ne m'as pas appelé ? Je suis là pour toi Luna.

- Je sais, je réponds la voix tremblante et les larmes aux yeux.

- J'aimerais vraiment savoir pourquoi tu agis comme tu le fais par moment. Ton comportement n'a aucun sens. On se connaît depuis plus de deux ans, je ne t'ai jamais vu sortir avec un mec. Tu prônes même être amoureuse, là-bas en Amérique et la seconde d'après, tu couches avec n'importe qui à droite et à gauche. C'est…

- Arrête, je prononce sévèrement.

Je croise les bras comme pour me protéger de ses mots. Il ne peut pas comprendre ce qui cloche chez moi. Personne ne peut comprendre parce que personne ne sait que je suis folle amoureuse de Raven Reyes ce qui est… mal.

Putain mais ce n'est qu'une gamine ! Elle avait seize ans quand j'ai eu envie de l'embrasser pour la première fois. Sans parler du fait que ce soit la meilleure amie de ma petite sœur. Ce serait juste… mal.

Je pensais qu'en partant, qu'en m'éloignant le plus possible d'elle, je finirais par l'oublier. Mais il n'y a rien à faire, elle hante toujours mes pensées. Parfois… oui, parfois c'est intenable. J'aimerais juste être capable de l'oublier.

- J'essaye juste de l'oublier, je prononce difficilement en laissant mes larmes couler.

- Merde Luna… je ne voulais pas… je suis con. Ne pleure pas s'il te plaît, viens là, prononce t-il en m'ouvrant ses bras.

Je n'hésite pas, pas même une seconde. Je crois… oui, je crois que s'il n'y avait pas Raven qui hantait chacune de mes secondes, j'aurais fini par tomber amoureuse d'Eilijah. C'est vraiment le mec parfait. Il est attentif, gentil et il faut bien l'avouer, beau à se damner.

- Tu sais, prononce-t-il doucement à mon oreille, si un jour je dois rencontrer ce mec que tu t'acharnes à vouloir oublier, je crois bien que je serai obligé de lui coller mon poing dans la figure.

Un minuscule rire m'échappe. Je le tape doucement sur son torse en me détachant. Je le regarde droit dans les yeux. Oui, s'il n'y avait pas cette entêtante gamine qui vampirisait toutes mes pensées, je tomberais très facilement amoureuse de lui.

Il vient remettre une de mes mèches de cheveux derrière mon oreille avant de se pencher pour embrasser ma joue. Sérieusement, avec un type aussi parfait, mon cœur devrait valser, se laisser emporter par un rythme infernal mais rien. Il y a juste l'image de Raven encore et toujours.

- Je te jure, cette situation me rend folle.

- Tu sais Luna, c'est peut-être parce que tu ne t'engages jamais que tu n'arrives pas à l'oublier.

- Je ne m'engage pas parce que ce serait mentir. Je n'aime personne comme j'ai pu… peux l'aimer.

- T'es vraiment une tordue Evans !

- Ouais… il doit me rester des séquelles après que j'ai vécu une enfance traumatisante.

Eilijah me regarde subitement plus sérieusement. Je réalise lentement ce que je viens de dire. Je fronce les sourcils. Je ne comprends pas ce qu'il vient de se passer. Je n'ai tout de même pas volontairement parlé de ça ?

- Wow… tu as dû bien plus boire que ce que je pensais, se moque mon meilleur ami.

- Ne dis pas n'importe quoi !

- Luna Evans vient de parler de son enfance, je répète : Luna Evans vient de parler de son enfance ! Alertez les autorités !

- Espèce d'idiot !

Je pousse Eilijah à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il s'écroule sur le canapé. Il me tire. Je perds l'équilibre et je tombe sur lui. Ses mains se baladent pile aux endroits où je suis chatouilleuse. Je hurle de rire en me débattant avant de clamer mon forfait.

Les rires raisonnent encore quelques instants avant que nous nous installions plus confortablement. Je me cale dans ses bras. Il me caresse doucement le bras avant de reprendre :

- Tu sais, je me moque mais si tu veux en parler, je suis là.

- Je sais…

- Et donc, tu ne veux pas en parler ?

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

- Luna Evans et ses secrets…

- Ce n'est pas… je ne devais pas en parler, jamais, même Costia ignore que j'ai été adopté.

- Donc ta petite sœur ne sait même pas pour qu'elle raison tu es partie à l'autre bout du monde.

- Ya de ça ouais…

- Et Lexa ?

A chaque fois qu'il prononce le nom de ma sœur, je suis comme surprise. Je soupire en m'appuyant un peu plus sur lui. Je me perds quelque peu dans mes souvenirs en repensant à toutes les fois où j'ai bien failli lui dire la vérité. En plus des règles qui me sont imposées depuis que Gustus m'a adopté, il y a autre chose qui me retient.

Je ne veux pas que l'image qu'elle se fait de moi change. Lexa a confiance en moi, elle se fit à moi. Elle pense à juste titre que je suis sa grande sœur et je ne veux pas qu'elle me voit autrement. Je refuse qu'elle puisse ressentir de la pitié pour moi alors que… je suis heureuse. Enfin, sauf en amour mais ça c'est un autre problème.

- Non, Lexa ne sait rien.

- Vraiment ? Je croyais que vous n'aviez pas de secret l'une pour l'autre.

- J'aimerais que ce soit vraiment le cas.

- Qu'est-ce qui t'en empêche ?

- Lexa a ses propres problèmes.

- Elle va mieux depuis la derniere fois.

Je me redresse pour venir m'asseoir sur ses genoux. Je pose mes deux mains sur ses épaules. Je me plonge dans ses yeux avant de sourire en affirmant :

- Lexa est la personne la plus forte qui m'est été donné de voir, elle ne se brisera pas, jamais.

- Okay… tu sais que tu peux être légèrement flippante quand tu te mets à parler d'elle ?

- N'importe quoi !

Je me laisse de nouveau tomber à côte d'Eilijah. Je regarde avec une attention un peu trop grande le plafond. Je viens doucement mordiller ma lèvre inférieure avant de lui annoncer :

- Je vais bientôt partir.

- Quoi ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ? Tu retournes en Amérique ?

- Non… je vais faire du bénévolat en Afrique.

- Du bénévolat ?

- Je… j'ai prévu de construire plusieurs écoles entre autres. Je voulais partir plus tôt mais il fallait que j'obtienne mon examen avant.

- Si tu es devenue architecte, ce n'est pas pour avoir la super paye qui va avec ?

- Je n'en ai pas besoin et tu le sais.

- Ouais, je sais Madame j'ai un tas de zéro sur mon compte bancaire. Pourquoi tu m'en parles maintenant ?

- J'ai… je… je me demandais si tu voulais m'accompagner.

- Moi ?

- Évidemment toi, je dessine et tu construis, nous pourrions être une super équipe.

- Tu oublies que moi, j'ai besoin d'un salaire.

- Et si je te paye ?

- Ce n'est pas drôle Luna.

- Je ne plaisante pas ! Je… j'ai besoin de toi. Je ne me vois pas faire ça seule. S'il te plaît.

- Je dois y réfléchir.

- D'accord. Merci.

- Je n'ai pas dit oui.

- Tu n'as pas dit non.


J'essaye d'expliquer à Lexa qui est Eilijah à mes yeux le mieux possible. Mais c'est assez difficile à expliquer. Il ne semble pas y avoir de bons mots pour décrire notre lien. Il m'est devenu indispensable.

Lexa m'écoute attentivement et parfois je la vois légèrement froncer les sourcils ou acquiescer alors que je n'ai rien dit. Je comprends alors qu'elle complète mes explications en lisant mes pensées. Ça ne me dérange pas, c'est quelque chose qui fait partie d'elle. C'est normal qu'elle l'utilise. Je ne pense pas qu'une personne lambda trouve cela étrange que nous utilisions nos mains, nos jambes ou encore nos yeux. C'est exactement pareil pour la capacité de Lexa.

- Donc cet Eilijah t'a accompagné.

- Oui, j'ai fini par le convaincre. Une de mes grandes victoires !

- Tu t'en rends compte n'est-ce pas ?

- De quoi, je demande prudemment.

- Que maintenant, je suis obligée de le rencontrer.

J'éclate de rire. Évidemment, je ne comptais pas tenir Eilijah éloigné de Lexa à tout jamais. Juste Raven… enfin… j'imagine que je ne pourrais pas non plus éviter cette confrontation.

- Je l'ai rencontré moi, affirme Kasia, je me souviens que c'était un jeune homme très agréable à regarder.

- KASIA !

- Quoi ? Je suis un peu vieille, pas aveugle.

- C'est vrai ce qu'elle dit ? Voulu savoir Lexa.

- Je ne suis pas avec lui si c'est ce que tu veux savoir. C'est mon ami, c'est tout.

De toute façon, je suis amoureuse de quelqu'un d'autre mais je dois éviter d'y penser pour le moment. Ouais… je dois éloigner toutes les images de Raven Reyes de mon esprit. Raven Reyes… putain ! Je suis nulle.

Je vois Lexa essayer de cacher un sourire. Ça veut dire quoi ça ? Est-ce qu'elle sait que j'ai des sentiments pour sa meilleure amie ? Non, ce n'est pas possible, ça craint ! Lexa ne peut pas savoir…

En plus, si ça se trouve, elle sait pour quelle foutue raison Raven me fait la gueule ! Je n'arrive pas à croire qu'elle m'ait à peine adressé la parole. Bon d'accord, je m'étais dit qu'il fallait éviter de trop l'approcher pour ne pas retomber ou plutôt tomber un peu plus dans le piège qu'elle représente. Mais voilà, elle a refusé de me parler pendant si longtemps à noël. Ça a été un véritable enfer de réussir à obtenir un peu de temps avec elle. En plus, je suis presque sûre que c'est elle qui a mis de l'ananas dans mon dessert !

Je crois que cette fille aura définitivement ma peau !

- Et donc, qu'est-ce que tu as fini par trouver en Afrique ?

Je suis vraiment heureuse que Lexa m'offre une échappatoire. Je lui souris pour la remercier. Je crois qu'elle doit savoir au font d'elle que je ne suis pas prête à parler de mes sentiments et de ma non relation avec Raven.

- Nangila, je prononce doucement avec le sourire.


C'était il y a huit mois…

Je suis perchée à plus de dix ou vingt mètres du sol, je n'ai pas une très bonne notion de distance, sur une poutre en bois à prier pour ne pas tomber de mon perchoir ou de ne pas m'écraser le marteau sur mes doigts quand mon meilleur ami m'interpelle. Je me retourne peu sûre de moi. Mes gestes sont toujours incertains quand je suis aussi loin du sol. Je redresse mes lunettes de soleil avant de lui demander ce qu'il veut. Je jure que si c'est encore pour me demander de descendre chercher de l'eau, juste pour avoir le plaisir de se moquer de moi, je le tue.

Contre toute attente, son index se pointe un peu plus bas. J'hésite à regarder vers le sol. J'ai découvert en l'aidant que j'avais légèrement le vertige. Je me contente donc de le fixer en lui demandant silencieusement ce qu'il se passe. Il rit doucement en déclarant :

- Notre admirateur est encore là.

A la fin de cette phrase, j'oublie subitement ma peur du vide et je visse mon regard sur le sol. Eilijah a raison, notre petit admirateur est de nouveau venu. Cela va bientôt faire quinze jours qu'il vient à la même heure et qu'il s'installe à côté de ma guitare. Mais jusque là, nous n'avons pas pu l'approcher dès que l'un de nous descends, il part.

Je le détaille un peu plus pour essayer de le reconnaître si je le croise dans la rue. C'est un petit bout qui ne doit pas avoir plus de huit ans. A cette distance, la seule marque de distinction que je peux noter c'est une balafre sous l'œil droit.

- Je vais chercher de l'eau.

- Non c'est pas vrai… arrête Luna, il fuit à chaque fois, fais-toi une raison.

- Je dois essayer. Ce gosse m'intrigue.

Je commence donc ma descente prudente. Je suis obligée de serrer les dents pour ne pas jurer. Une fois que je suis presque au sol, je fais exprès de me diriger à l'opposer du gamin. J'espère qu'avec cette ruse, cette fois, il restera.

Quand je reviens sur mes pas avec une bouteille d'eau dans chaque main, je suis agréablement surprise de le voir toujours présent. Je m'approche lentement comme s'il s'agissait d'un animal blessé. Toujours en maîtrisant parfaitement mes gestes, je lui tends une des bouteilles et lui propose de se rafraîchir.

Le garçon lève les yeux vers moi et malgré la noirceur de ses iris, je suis instantanément troublée par l'intensité que je peux lire dans ce regard. Je ne connais que trop bien cette étincelle dans ses yeux.

Mes doigts se desserrent sans que je ne les contrôle. Les bouteilles d'eau s'écrasent au sol en rebondissant à plusieurs reprises. Le garçon me sourit avant de les ramasser pour me les rendre. Quand il me les tend, je peux facilement reconnaître le signe de l'infini sur son poignet droit. Puis, il se met à parler dans un dialecte qui m'est complètement inconnu.

Je n'ose pas souligner que je n'ai pas compris un mot de ce qu'il vient de dire. Mais j'imagine qu'il peut le lire dans mon esprit. Il ferme doucement les paupières. Il semble se concentrer avant de prononcer avec une certaine hésitation :

- Tu veux bien chanter ?

- Chanter ? Euh… oui. Je… je peux faire ça.

- Merci Luna.

Je sais que je devrais être choquée par le fait qu'il connaît mon prénom mais en vérité, c'est la confirmation de la question qui me trouble depuis que j'ai rencontré son regard. Je m'assoie près de lui. Je sors lentement ma guitare. Il semble émerveillé. Je lui souris avant de lui tendre, d'un geste hésitant, il vient toucher le bois vernis.

Quand il relève les yeux vers moi, je peux voir un magnifique sourire étirer ses lèvres. Il a ce genre de sourire qui est communicatif.

Je me mets en place. Je vérifie mes accords. Puis je réfléchis à la chanson que je peux lui chanter. J'imagine qu'il doit être dans le coin pendant notre pause déjeuné et que c'est comme ça qu'il m'a entendu. Il vient poser une main sur mon bras pour attirer mon attention.

Il me fixe un instant, il semble hésitant. Il fronce les sourcils alors qu'il paraît comprendre quelque chose. Il prend une forte inspiration comme pour s'imprégner d'assez de courage. Puis, il reprend la parole :

- J'aime bien celle que tu chantes en pensant à cette fille, euh… Raven.

Je crois que je dois le regarder étrangement parce qu'il commence à s'éloigner. Je lui demande de rester en m'excusant pour mon comportement. Je lui explique ensuite que personne n'a plus prononcé le prénom de Reyes devant moi depuis plus de quatre ans. Je crois que je finis par le convaincre parce qu'il se réinstalle.

Je souffle, principalement de soulagement. Je garde mon regard fixé sur les cordes de ma guitare. La chanson que j'interprète en pensant à Raven. Il y en a plusieurs… mais, j'imagine que s'il a pu lire aussi clairement mes pensées, il ne peut s'agir que de celle-ci.

Je joue les premières notes que j'ai arrangées un peu à ma sauce pour que ça se cale mieux sur ma voix. Je prononce les premières paroles. Je sais que je ne me suis pas trompée de chanson quand j'ose relever les yeux et que je découvre ceux du garçon briller de bonheur. J'attaque le moment de la chanson qui me fait tant penser à celle que j'aime.

The only thing I want La seule chose que je veuille
The only thing I need La seule chose dont j'ai besoin
The only thing I choose La seule chose que je choisis
The only thing that looks good on me... La seule chose qui me va bien…

Is you C'est toi

A la fin de mon interprétation, je range ma guitare et je ne remarque pas tout de suite le regard du petit bonhomme. Ce qui me fait réaliser son trouble c'est quand il me demande :

- Pourquoi tu n'as pas peur de moi ? Tout le monde a peur de moi.

- Je crois que tu le sais déjà. Je connais quelqu'un qui est exactement comme toi.

- Comme moi…

- Oui, comme toi, je confirme en venant prendre son poignet entre mes doigts pour mieux voir son tatouage. Exactement comme toi. Tu l'as déjà deviné mais je suis Luna Evans.

- Nangila.

- Nangila, je répète en priant pour bien le prononcer. Je suis très heureuse de te connaître, je te cherche depuis un certain temps.


Lexa ne semble plus vouloir ouvrir la bouche. Elle semble complètement interdite, peut-être même en état de choc. C'est un parallèle assez flippant avec Kasia qui semble à ça d'exploser de joie. Je m'apprête à la relancer pour être certaine qu'elle a bien compris ce que je viens de lui dire. Je trouve cela important qu'elle puisse savoir qu'elle n'est plus seule.

Mais la porte du bar s'ouvre avec fracas, cette dernière semble presque s'incruster dans le mur en face. Kasia lève les yeux en ciel alors que Lexa est de toute évidence toujours en mode bug. Et moi… moi, je sens ma mâchoire tomber légèrement alors que Raven se dresse devant moi. Pourquoi faut-il qu'elle me semble toujours aussi parfaite ?

Pourtant, il est clair qu'elle manque de sommeil. Ses cheveux sont attachés absolument n'importe comment. Sa tenue n'est en rien quelque chose de classe, elle porte une veste rouge, sur un tee-shirt Star Lab, un vieux jean et des converses qui, à l' origine, devait être verte.

- Lexa ! Je t'ai enfin retrouvé ! Ta petite amie est au bord de la syncope, elle m'a harcelé de messages et a dit que… oh, s'arrête-t-elle net en me voyant. Tu es là toi aussi.

Non mais c'est quoi ce ton ? Je peux savoir ce que j'ai fait pour mériter un tel comportement ? Parfois, vraiment je me dis que personne ne peut la comprendre. Personne ! Et surtout pas moi… Raven Reyes est un mystère total et terriblement attractif.

- Qu'est-ce que tu as fait à Lexa, me demande-t-elle d'un ton accusateur.

- Je n'ai r…

- LEXA, hurle-t-elle en la secouant.

- Non mais arrête, tu vas la…

- Je t'ai rien demandé Evans, ferme-la !

D'accord… ça fait mal, très mal. Intérieurement, je suis absolument et complètement dévastée. Je n'arrive vraiment pas à comprendre ce que j'ai pu faire ou dire pour qu'elle me traite de cette façon. C'est une catastrophe ! Ou peut-être que c'est une aubaine… si elle me hait, mes sentiments vont peut-être enfin s'estomper.

Oui, c'est ça Evans, tu n'y crois pas toi-même ! Je suis vraiment ridicule ! Je suis tombée amoureuse de Raven il y a un peu plus de cinq ans. J'ai essayé de l'oublier, de l'effacer ou d'éradiquer son souvenir. J'ai même du partir loin. Mais il n'y a rien à faire.

Raven Reyes s'accroche à mon cœur comme la pire des sangsues qui soit et le pire c'est qu'elle n'a rien fait pour ça. Je ne sais même pas pourquoi ce stupide organe s'est épris d'elle. Il n'en a fait qu'à sa tête, ne se demandant pas une seule seconde ce que je pouvais en penser.

Merde… Raven n'avait que seize ans alors que j'en avais vingt ! Ce n'était qu'une gamine… une gamine… ce qu'elle n'est clairement plus. Pourquoi a-t-il fallut qu'en plus, elle soit encore plus resplendissante ? Je suis maudite… poursuivie par un mauvais sort.

Soudainement, Lexa décide de se "réveiller", elle agrippe le col de Raven et à son tour, elle la secoue comme un prunier. Non mais c'est quoi cette mauvaise habitude qu'elles ont entre elles ?

- Tu ne devineras jamais ce qu'a fait Luna, prononce lentement Lexa.

Je lève un doigt et souhaite l'interrompre. Il ne faut pas qu'elle parle de ça avec Raven. Après tout, cette dernière ne sait pas. Enfin… je crois. Mais je ne suis pas assez rapide pour arrêter le :

- Elle a trouvé quelqu'un comme moi !

- Comme toi, prononce prudemment Raven en jetant un regard méfiant à Kasia.

- Quelqu'un qui lit dans les pensées, précise ma sœur.

Je manque de tomber de ma chaise en réalisant que Raven sait. Je ne savais pas que Lexa s'était décidé à lui parler de son grand secret. Je trouve que c'est bien. Je suis heureuse qu'elle ait pris cette décision, vraiment.

- Comment tu as fait ça toi, demande Raven en me fusillant du regard.

- Je… je…

Mais oui, bien sûr, en plus de tout ça, il faut que je marmonne ! Je suis ridicule !

- C'est une longue histoire.

Oui, c'est une longue histoire, le genre d'histoire qui révèle toute l'importance du passé. Je suis heureuse d'avoir enfin déballé un de mes secrets à Lexa. Peut-être que la prochaine fois, j'arriverai à évoquer mes sentiments pour Raven et… aussi l'autre chose.

oOoOo

Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a plu. Vous en savez un peu plus sur le personnage de Luna, bien que j'ai essayé de garder quelques parts d'ombres, sinon ce n'est pas drôle ! Et aussi… il y a eu quelques informations sur la malédiction. J'ai hâte de savoir ce que vous en pensez !

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

Les Notes :

Note n°1 : Urban Strangers - Runaway

Note n°2 : Bryan Adams - The Only Thing That Looks Good On Me Is You

Réponses aux reviews:

Morgane : Salut, tu as un peux plus de réponses sur la situation entre Luna et Lexa. J'espère que la suite t'as plu ! :)

Alice : J'aime les mystère, c'est bien le mystère, c'est intéressant le mystère. Non ? Titus le méchant… très certainement. T'en fais pas, Aiden sera se rattraper, enfin peut-être ! ^^ Aaaaah… les repas de famille, j'en ferai sûrement de nouveau !

Fanny : Merci beaucoup ! Tu as un début de réponse pour la situation qui a provoquer le malaise de Luna. J'espère que la tu n'as pas été déçu ! ^^

Jen : Merci beaucoup ! Contente de savoir que tu es fan de cette fiction ! ^^

Loukia 63 : Merci beaucoup ! :) Oui, l'histoire autour de Luna est importante. Et tu as la réponse du pourquoi Lexa ne connaît pas tout de Luna.

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « Périples »

GeekGirlG.