Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Je ne sais même plus quoi vous dire pour vous remercier vis à vis de toutes vos reviews (Les 700 sont dépasser), favorit et follower... vous êtes les meilleurs lecteurs ! :D Je sais qu'en ce moment, j'ai peu de temps et que je ne réponds plus à vos reviews en PM mais laisser une trace de votre passage c'est vraiment super de votre part, je lis tous les commentaires et je les apprécie, vraiment !
Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.
Quelques mots sur ce chapitre : Nous y voilà, le retour du POV du Clexa et tout commence avec Lexa, j'espère que les quelques indices que j'ai dissimulé dans les deux derniers chapitres vont vous aider. Beaucoup m'ont demandé ce qu'il en était de Nangila, début de réponse dans ce chapitre ! ;)
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
oOoOo
I Hear Your Voice
Chapitre 31 : L'amour, toujours…
Seule. Je déteste ce sentiment. La solitude assombrit mon âme, elle me rend morose. Le début d'une angoisse que je connais bien, grandit en moi, prend racine dans mon cœur. Je suis comme un animal sauvage, en cage. Je rumine, m'énerve, sans oublier de me lamenter sur mon sort. Mes mains tremblent de cette appréhension qui m'a fait telle que je suis. J'étouffe dans une pièce qui, pourtant, devrait m'apporter un peu de sérénité.
Mes paumes se plaquent contre la vitre glacée de la seule fenêtre de cette chambre. Mes yeux se vissent sur la lune, pleine. Je colle mon front sur le verre froid en fermant les yeux. Il faut que je me calme, je le sais. Pourtant, il n'y a rien à faire. Je suis à fleur de peau. Je me retourne vivement, me place devant mon bureau, observe avec attention chaque objet qui y siège fièrement et dans un geste violent, je les balance tous sur le sol.
La violence, clairement pas quelque chose qui me définit ou peut-être me définissait. Mais il faut croire que toute cette colère que j'ai en moi, a besoin de se manifester et tout ce qu'il me reste, c'est la brutalité. Je n'arrive plus à m'exprimer. J'aimerais contraindre les mots à me servir mais ils me refusent leur aide. Pourtant tout ce dont à besoin une bouche pour émettre des sons, c'est un peu de force, ce ne sont pas des personnes, je suis censée me foutre du consentement. Je suis piégée dans cette boucle, perdue et seule.
Les crises d'angoisses qui viennent nous tirailler sur des points que l'on croyait avoir réglés sont les pires. Ce sont celles que nous n'arrivons pas à contrôler, celles qui nous mettent plus bas que terre et surtout celles des quelles nous ne pouvons pas nous relever sans aide. Et le hic, il est justement là : il n'y a personne pour m'aider.
La musique est un havre de paix, malheureusement, parfois ça ne suffit pas. Le casque est bien plaqué sur mes oreilles. Le volume est poussé à fond et pourtant… je n'entends rien des notes ou des paroles qui pourraient calmer ce chaos. J'applique mes mains tremblantes sur les parois de plastiques et de fers qui pulsent sous les impulsions des ondes provoquées par le son qui jaillit jusqu'à mes tympans. Je force pour presque coller les écouteurs à ma peau.
Mes actions ne servent à rien, il n'y a pas de remède, aucune façon de l'arrêter et surtout il n'y aura jamais de solution pour s'en débarrasser. Des larmes de rage dégringolent et lacèrent presque mon visage alors que je n'arrive plus à retenir le hurlement qui était resté jusque là dans ses retranchements. Un cri qui, je le sais, raisonne certainement avec force. Je sens mes cordes vocales vibrer, l'air quitter mes poumons mais je ne discerne d'aucune manière que ce soit, cette plainte qui, comme tout autour de moi, est réduite au silence. J'ai le souffle coupé. J'ai du mal à retrouver une respiration normale. Je n'en peux plus.
Tout autour de moi est réduit au silence… tout… sauf le plus important. Les chuchotements, eux ne s'arrêtent jamais.
J'étudie à Colombia. Voici des fleurs pour vous, la chaude lavande, la menthe et la sauge. Je n'ai rien d'un brave. Je suis la seule fille de l'école qui n'a pas de cavalier. Mais qu'est-ce qu'il mange ? Un, deux, un, deux, respire. Je voulais te parler de cette histoire de chocolat. Adam, j'allais justement rentrer chez moi et j'ai une voiture alors je pourrais te ramener si tu veux. Hey, salut petit frère. S'il te plaît, ne m'en veux pas, je ne savais pas quoi faire d'autre. Vous pourriez le déclencher un peu en avance. On fait quoi des faux billets, on les brûle ? Travaille-le au corps ! Une minute, elles là, elles savent la vérité. C'était drôle cinq minutes mais là ça ne l'est plus ! T'en a rien à foutre de moi. Une espèce d'exercice surprise top secret ? C'est meilleur pour la santé si on les fait frire au four. Peut-être l'an prochain mais probablement pas. Si elle change encore une fois de robe, je la frappe. Tu es ma sœur et j'ai besoin d'aide. Soyez raisonnable. Ça, ne m'est jamais arrivé à moi. Je ne comprends toujours pas comment s'est possible. Je n'ai pas encore trouvé le bon ancien taulard, dealer, toxico, avec qui je pourrais me marier alors je vais me contenter de toi. La raison pour laquelle je suis restée, c'est toi. J'ai repensé à toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites. Et qu'est-ce que tu ressens pour moi ? Ma plus grande frayeur c'est toi.
Je me perds au milieu de toutes ces voix. Je suis tel un naufrager qui découvre pour la première fois l'île sur laquelle il vient d'échouer. Sauf que je ne sais pas comment gérer cette situation. C'est de plus en plus insupportable. Je suis en perpétuelle recherche de contrôle. J'ai foutu en l'air la relation qui m'a apporté la seule personne capable de m'offrir un calme presque irréel. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Je suis la seule fautive. Si je suis seule, c'est entièrement ma faute.
Un contact m'effraie, j'ouvre brusquement les paupières tout en reculant un peu plus. Je suis surprise en découvrant le visage inquiet de Nangila. Normalement, quand je fais ce genre de crise, c'est Luna ou Raven qui apparait. Je dévisage le petit garçon et lentement je me souviens qu'aucune de mes amies ne sont à la maison. Le petit protégé de ma sœur de cœur ne se laisse pas impressionner. Il s'approche un peu plus en avançant sa main gauche près de mon visage. Ses doigts se referment sur l'anse de mon casque et le retire d'un geste doux du haut de ma tête. Il laisse tomber mon garde fou à côté de moi avant de m'observer comme si j'étais un animal blessé. Ses lèvres bougent mais je n'entend rien.
Je fais tout pour éviter son regard inquisiteur. Je n'arrive pas à comprendre comment il peut être aussi fort alors qu'il est si jeune. Il accepte ce qu'il est avec une facilité déconcertante. Comment un petit bonhomme comme lui peut-il être plus fort que moi ? Sans que je n'en comprenne la raison, Nangila se met doucement à sourire. Je suis d'accord avec Luna sur ce point, il a un sourire magnifique et très communicatif. Alors, sans comprendre comment, ni pourquoi, je réponds à son sourire. Et comme ça, aussi facilement, les voix s'arrêtent.
- Tu vas bien Lexa ?
- Ça va bonhomme. Je suis désolée. Est-ce que je t'ai réveillé ?
- Je n'arrivais pas à dormir, Luna est loin.
Je fixe Nangila à la fin de sa phrase, il m'est parfois difficile de comprendre l'attachement qui existe entre ce gamin et Luna. J'essaie mais il y a vraiment quelque chose qui m'échappe. C'est vrai quoi, Luna n'était rien d'autre qu'une étrangère. Pourquoi elle ?
- Baba daima alisema kupata kimya na kulinda.
- Je suis désolée mon grand mais je n'ai pas compris.
- C'est parce que tu n'écoutes que les mots.
- Toi et moi, nous sommes différent petit.
- Je sais, il sourit de nouveau, pourtant nous avons deux points en commun.
- Nous sommes tous les deux maudit.
- Nous avons tous les deux eu le même zawadi et Luna est une partie de notre kimya.
Je secoue la tête, par moment je suis absolument certaine qu'il fait exprès de me parler dans sa langue natale juste pour que je ne comprenne pas. Du haut de ses huit ans, il est futé ce gosse quand il veut. Bon d'accord, j'y mets peut-être aussi un peu de mauvaise fois quand on sait qu'il a appris l'anglais principalement dans la rue et plus récemment avec Luna.
- J'ai envie d'attendre Luna, tu le fais avec moi ?
- Si tu veux.
- Tu sais jouer aux échecs ? Luna m'a appris et j'adore !
- Tu veux jouer aux échecs avec moi ? Tu sais que c'est un peu contre productif ? Nous aurons fini la partie avant même de toucher un seul pion.
- Pas si on utilise ça, affirme-t-il en pointant du doigt mon walkman et mon casque.
- Bon, soit. Va pour une partie d'échecs.
- Asante, descends vite !
Avant même de finir sa phrase, Nangila claque ma porte. Je grimace sachant que Gustus et Costia se lèvent aux aurores demain matin. Je crois que le fait que nous soyons presque tous en train de se marcher dessus depuis notre retour commence légèrement à les énerver tous les deux. Ils ne disent rien mais il y a des comportements qui ne trompent pas et… il se peut aussi que j'ai capté une ou deux de leurs pensées par inadvertance.
Je soupire en ramassant mes affaires. Je prends le temps d'attacher mes cheveux devenu un peu trop long en un chignon lâche. Je m'arrête devant ma paire de lunettes. Je l'observe certainement plus que nécessaire. Je ne l'ai pas touchée depuis quelque temps, elle est là sur ma table de nuit à prendre la poussière. J'imagine que si je veux éviter toute tricherie, il vaut mieux que je la porte. Je la glisse sur mon nez avant de rejoindre le gamin dans le salon.
Nangila a déjà tout installé. Je repère Elijah au coin du feu avec un roman. J'imagine que lui aussi attend Luna. Par moment, leur relation à tous les deux n'est pas très claire. Je n'arrive pas à savoir si c'est une amitié très fusionnelle ou plus. En même temps, je suis bien placée pour savoir que ma sœur de cœur n'a qu'une seule personne en tête depuis si longtemps qu'à ce stade là, ce n'est plus de l'amour mais de la dévotion.
- Blanc ou noir ?
- Tu peux choisir gamin.
- Je prends les blancs alors !
Je m'installe en face de lui. Il semble heureux. J'ai remarqué très vite qu'il était difficile de lire dans ses pensées. Il m'a expliqué un jour que s'était parce qu'il les protégeait. Je n'ai pas très bien compris de qui, alors j'ai voulu l'interroger mais avant même de poser ma première question, Luna est apparue. Elle m'a convaincu de ne pas aller sur ce terrain, m'expliquant que si l'accident était ma kryptonite alors celle du petit était cette histoire. Je n'ai donc pas insisté.
- Tu vas écouter quoi ? Me demande-t-il avec cette innocence quelque peu troublante.
- Une compilation.
- Je ne comprends pas ce mot.
- C'est… j'ai réuni plusieurs musiques que j'aime bien et je les ai mis sur cette cassette.
- D'accord.
- Et toi ?
- Luna, de nouveau ce sourire qui se reflète jusque dans ses yeux.
- Tu aimes beaucoup Luna, hein ?
- Oui, souffle t-il. Elle est mon premier kimya depuis mama.
- Kim-ya, je prononce difficilement, qu'est-ce que ça veut dire ?
Nangila relève les yeux et les ancre dans les miens. Mince alors… c'est donc à ça que ressemble mon regard ? Je me sens protégée et légèrement effrayée à la fois. Et cette brisure tout au fond de son iris. Est-ce que j'ai vraiment le même regard ?
Il ne m'avait jamais observé de la sorte, pas avec une telle intensité. En fait, les premiers mois il m'a évité comme la peste. Je crois que je lui faisais peur mais je n'ai pas de confirmation. Dès que j'arrivais sur le chantier et qu'il était présent, il partait en courant dans la direction opposée et allait par un chemin parfois assez chaotique se cacher derrière Luna. Honnêtement, je crois que les gribouillis d'un enfant aurait été plus logique que ces gesticulations. Mais avec le temps, il a fini par s'accommoder à ma présence même si ma sœur de cœur n'était jamais loin. Je crois que nous avons eu notre première conversation il y a seulement un petit mois.
- L'absence de bruit, me répond-il en tapotant son oreille.
Je cligne des paupières à plusieurs reprises avant de froncer très légèrement les sourcils. Je ne suis pas certaine de comprendre ce qu'il vient de dire. L'absence de bruit... est-ce que ça veut dire que pour lui, les voix s'arrêtent lorsque Luna est présente ? Si c'est ça alors ça veut dire que ce bien être qui me transcendait lorsque j'étais près de… un coup de poignard dans l'estomac voilà ce que je ressens alors que j'ai à peine commencé à penser à elle.
C'est pas vrai ! Pourquoi faut-il que ce soit à ce point douloureux ? Je ferme les yeux et comble de l'horreur, son visage m'apparaît. Ses yeux azur, ses boucles blondes, son sourire… mon dieu, ses lèvres. Que ses lèvres peuvent me manquer ! Et surtout ce calme qui avait l'habitude de l'entourer… je n'étais pas certaine que cette quiétude était réelle. J'ai même pensé que je l'avais fabriqué.
- Baba daima alisema kupata kimya na kulinda.
- Qu'est ce qu'elle veut dire cette phrase ?
Nangila hausse les épaules avant de m'expliquer qu'il ne saurait pas trouver les mots dans ma langue. Mais au moment où il me répond, il a ce sourire en coin que je lui connais. Il ne l'utilise qu'avec Luna. C'est un sourire complice et pour cette grande première, je décide de le traduire comme tel : je te le dirai peut-être un jour.
- Nous commençons ?
- D'accord.
Nous mettons tous les deux nos casques sur nos oreilles. Je lui fais un signe pour l'inviter à commencer. Nous déplaçons plusieurs pions et je me surprends même à m'amuser et à sourire sincèrement. J'apprécie le moment. Je me fais laminer par un débutant et pourtant, je me sens gagnante.
Nangila étouffe un bâillement, ses yeux brillent de fatigue. Je fais glisser mon casque sur mon cou et silencieusement, je lui demande d'en faire de même. Il a clairement du mal à garder les yeux ouverts.
- Je crois qu'il est temps d'aller dormir bonhomme.
- Luna n'est pas rentrée, proteste-t-il.
- Tu es fatigué.
- Je veux l'attendre, la détermination dans sa voix n'a rien d'enfantin.
Je suis tellement surprise par son intonation que j'en perds les mots. En fait, en soit, ça n'a rien d'étonnant. J'ai tellement régressé ces derniers mois. J'ai de nouveau la sensation d'avoir une pierre dans la gorge qui m'empêche de parler. Je suis terrifiée des retombées que pourraient avoir mes paroles.
Je ferme les yeux. Merde… je m'étais jurée de laisser ça derrière moi. C'est de nouveau en train de prendre le dessus. Rien que le souvenir furtif de ce qui s'est passé ce jour là, m'angoisse au plus haut point. Mon cœur bat trop vite, le sang circule comme un fou martelant ma peau et mon crâne dans une douleur insupportable.
- On a tous un Walumbe dans notre vie. Luna dit croquemitaine, je crois.
Mais qu'est-ce que… est-ce qu'il est en train de lire dans mes pensées ?
- Tu as deux choix Lexa. Soit tu fuis et la peur va te détruire. Soit tu l'affrontes et c'est lui qui te détruit.
- C'est un peu contradictoire.
- Non. Personne ne peut évoluer avec la peur au ventre mais nous pouvons renaître après un échec.
- De quoi tu avais peur toi ?
- Je peux te montrer, si tu veux.
Nangila me tend sa main. J'ai fini par comprendre que si mes capacités avaient tendance à s'accentuer avec un regard, pour lui c'est avec l'aide du toucher. J'hésite. Je ne suis pas certaine que Luna apprécierait que je m'introduise dans sa tête.
Il paraît si fort… je me demande ce qui l'a forgé. J'avance ma main en évitant soigneusement sa peau. Je ne voudrais pas qu'il revive un moment difficile à cause de moi. En même temps, c'est lui qui me l'a proposé. Je fais glisser mes doigts jusqu'aux siens. C'est immédiatement paralysant. Il me transporte, me laisse un libre accès à ses souvenirs et tout ceci à une vitesse accéléré. J'ai la sensation de regarder un VHS en vitesse rapide, avec les petites interférences et les images qui sautent.
Puis tout s'arrête brusquement.
'Cause you brought the flames and you put me through hell Car tu as attisé les flammes et tu m'as fait traverser un enfer
I had to learn how to fight for myself J'ai dû apprendre à lutter pour moi-même
And we both know all the truth I could tell Et nous connaissons tout deux la vérité que je pourrais raconter
I'll just say this is I wish you farewell Je dirais tout simplement que je te souhaite au revoir.
Une femme au regard emplit d'amour est devant moi. Son visage est rassurant. Il me sourit. Ses traits me sont familiers. J'ai cette envie étrange de tendre le bras pour caresser ses pommettes chocolat et de l'appeler mama.
- Tu es comme ton père mon fils. Un vrai lion dès qu'il s'agit de protéger les siens. Mais tu ne peux pas te battre contre le monde entier, tu n'as que trois ans petit insolent.
Un homme qui me semble gigantesque entre dans la maison. Est-ce que c'est vraiment une maison ? Ça ressemble bien plus à un taudis et pourtant je sens que j'aime ce lieu. Il a un certain pouvoir sur moi. Il m'apaise de façon inexplicable.
- Tu l'as encore sermonné ? demande l'homme avec une pointe d'amusement dans la voix.
- Ton fils est intenable !
Je vois la dispute se dessiner à des kilomètres et je souris… non vraiment. Ces petits cris, piques et moqueries sont mon quotidien. Enfin… pas vraiment le mien.
Une main se pose sur le sommet de mon crâne. Je sursaute. J'étais bien occupée. Je relève les yeux du dessin que j'ai commencé enfin… c'est plus une succession de traits sans la moindre logique. La première chose sur lequel mon regard s'arrête c'est un magnifique sourire. C'est mon baba. Enfin… c'est le père de Nangila.
Oh mon dieu ! Le père de Nangila ! Ça veut dire que… je laisse mes yeux tomber sur le poignet de l'homme. Il est bien là. Le signe que la malédiction le touche lui aussi.
- Viens ici mon fils, dit-il joyeusement en me prenant dans ses bras pour m'installer sur ses genoux. Qu'est-ce que je dis toujours ?
- Trouve le silence et garde-le !
- Exact mon fils. Quoi qu'il arrive, n'oublie jamais ces mots.
- Oui.
- Promets le moi.
- Promis baba !
Je peux voir la fierté dans les yeux de ce père. Je me sens à ma place, presque dans mes propres souvenirs alors qu'il n'en ait rien. Je sais que ce moment appartient à Nangila.
Alors que je me complais dans un bien être que je crois n'avoir jamais connu au sein de ma propre famille, je sens comme un coup violent dans ma poitrine alors que je suis projetée loin de ce moment paisible.
J'ai du mal à respirer. Enfin… pas vraiment moi. Je suis habitée par la peur mais pas n'importe laquelle. Celle qui vous glace le sang, vous paralyse et vous empêche de prendre une nouvelle inspiration.
La porte claque. Je sursaute. Je vois mon père. Enfin… celui de Nangila. Il est blessé à la tête. Je n'avais jamais vu ce liquide de vie et senti cette odeur âcre de cette manière. Je suis pétrifiée. Il se laisse tomber sur le sol. Je cris. Je remarque une autre marque rouge sur son torse. Je tremble et pleure. Je comprends très vite qu'il va mourir. J'ai déjà vu ce genre de chose, juste pas sur quelqu'un que j'aime.
- Lala.
Ce surnom serre encore plus mon cœur. Il ne l'utilise que lorsqu'il doit me dire quelque chose d'important ou de grave. Je m'approche difficilement. J'ai la tête qui tourne et mes pieds semblent avancer sur une structure instable. Je me laisse tomber près de lui alors qu'un crépitement désagréable presque douloureux est en mouvement sous ma peau au niveau de mon poignet.
- Il faut que tu prennes le livre et que tu rejoignes ta mère le plus vite possible.
- Non, je ne sais même pas comment j'arrive à prononcer ce mot.
- Tu es un brave p'tit gars et tu vas l'être encore plus. Cours Nangila, cours !
Sans savoir d'où me vient cette force, je me lève et je m'exécute. Je me déplace comme si ma vie en dépendait et peut-être que c'est vraiment le cas. Je m'arrête devant un poteau gigantesque. Les larmes brouillent ma vue. Je les efface avec rage et je commence à grimper. Pendant toute l'ascension, mon poignet me tiraille de plus en plus et mon crâne est comme martelé par un boucan inexistant. J'attrape le livre et souris. Pour une raison incongrue, je me sens victorieux.
Je commence à redescendre mais je manque de tomber alors qu'un bruit strident claque à côté de mon oreille. C'est comme être juste à côté de l'un de ces engins monstrueux pour les travaux en ville. Puis ce qui n'était qu'un brouhaha devient des voix, des murmures et des chuchotements. C'est de cette manière que je comprends que mon père est mort.
Une voix plus forte que les autres, raisonne, il aboie des ordres. C'est à ce moment précis que j'arrive de nouveau à faire la différence entre moi et Nangila. Parce que lui, il le reconnaît. Je le sens jusqu'au creux de mes entrailles. Il connaît cette personne alors que moi… je n'arrive pas à mettre un nom sur son visage.
Je suis de nouveau élancée brusquement. Mon souffle se coupe. J'ai l'impression de tomber un peu comme dans ces horribles rêves, c'est sans fin. Cette chute est accompagnée du même vacarme qui agite ma vie depuis quatre ans. C'est insupportable. Comme dans un flash, je vois ma mama. Enfin… celle de Nagila mourir. Il ne verse pas une larme, pas cette fois. Il ne peut plus pleurer. Il y a trop de peurs en lui et plus assez de place pour les autres sentiments.
Après ça, les chuchotements s'accentuent. Ils me semblent plus forts que ceux que je connais. Dès qu'il bouscule quelqu'un dans la rue, les voix deviennent plus fortes. Puis sans aucune raison de mon point de vue, vraiment aucune, il recommence à sourire. Il aide les gens perdu dans la rue. Il devient fasciné par tous ces petits bruits que lui seul à la capacité d'entendre. Il peut rester des heures à regarder les trains arriver en gare. Il trouve les successions de cliquetis, d'engrenages et de glissements grandioses.
Et, c'est ici, au milieu de cette gare qu'il l'entend pour la première fois. Cette voix qui surplombe toutes les autres. Il cherche d'où elle peut venir. Il monte sur un banc, se met sur la pointe des pieds et ajuste la paume de sa main en visière. C'est la première fois qu'il voit ma sœur de cœur mais lui… il ignore que c'est Luna.
There's a voice that's telling me to hold on Il y a une voix qui me dit de tenir bon
After darkness, comes the dawn Après l'obscurité vient l'aube
Keep hope alive in you Garde l'espoir vivant à l'intérieur de toi
And you will realize it's true Et tu réaliseras que c'est vrai
Nangila retire presque brusquement sa main de la mienne. Je réalise doucement à quel point il vient de se livrer à moi et tout ça, s'en prononcer le moindre mot. Et pourtant, il reste des questions, énormément. Je n'arrive pas à comprendre comment il est parvenu à faire ça : me montrer ses souvenirs. Il sourit mais cette fois c'est différent, l'étirement sur ses lèvres est attristé.
Sans dire un mot, il range les pièces de l'échiquier, chaque pion retrouve sa place. Je perçois un pas traînant. Je réalise à retardement que Nangila l'a perçu bien plus tôt que moi. Elijah apparaît dans l'embrasure de la porte, il fixe le petit garçon avant de lui confier :
- Je viens de recevoir un sms de Luna. Elles ne sont plus qu'à dix minutes. Tu sais ce qu'il se passera si elle ne te trouve pas dans ton lit.
- Je le sais.
- Je te conseille donc de foncer dans ta chambre au plus vite !
- D'accord, murmure-t-il en baissant les yeux.
- Hey bonhomme, commence le meilleur ami de Luna en se mettant à sa hauteur, je vais lui dire que tu n'arrives pas à dormir et que tu l'attends. Okay ?
Il hoche frénétiquement la tête en guise de réponse et son sourire redevient joyeux et innocent. Elijah se relève en passant affectueusement une main dans les cheveux du petit garçon. Il lui fait ensuite un signe pour lui montrer les escaliers mais Nangila ne bouge pas, il se tourne vers moi.
- Il y a une dernière chose que je dois dire à Lexa avant.
- Très bien, mais n'oublie pas dix minutes, tic-tac bonhomme, tic-tac !
Il sort de la pièce sans rien demander de plus. Je crois qu'il a compris qu'il y avait un secret, un sujet du quel il est constamment exclu mais il ne dit rien, jamais. C'est une des raisons pour laquelle, je sais que c'est un mec bien. Ça et le fait qu'il serait près à tout pour Luna. C'est aussi une des raisons pour lesquelles je pense que la relation entre ces deux là est quelque peu ambiguë.
Je chasse toutes ses idées de ma tête me souvenant que Nangila voulait me parler. Je lui accorde toute mon attention. A la seconde où je pose mes yeux sur lui, il les baisse. Je fronce les sourcils devant ce comportement inhabituel.
- Tu sais Lexa, tu as tord de penser que c'est une malédiction.
- C'est ce que je ressens et… parfois on ne contrôle pas ce genre de chose.
- Je pourrais penser la même chose mais j'ai choisi de ne pas en faire un fardeau.
- Tu as huit ans, tu ne peux pas comp…
- Baba est mort à cause de ça.
Cette révélation a sur moi l'effet d'une chape de bois qui me tomberait sur la tête. Qu'est-ce qu'il veut dire par là ?
- Celui qui… celui qui a fait ça… tu l'as vu dans mes souvenirs. Il… c'était mon cousin. Il a tué tout le monde, mon père et ses cinq frères pour l'avoir.
Mon dieu… jamais je n'aurais pu imaginer un tel scénario. J'écarquille les yeux et je sens les larmes s'accumuler. Je revis la scène mais de manière différente. Je revois l'homme hurler et cette fois, je remarque en effet la fameuse marque sur son poignet.
- J'ai plus de raison que toi de penser que c'est un malédiction et pourtant, j'ai choisi de voir ça comme un cadeau et tu as raison, je n'ai que huit ans.
- Nangila je…
- Ce n'est pas grave Lexa, nous vivons tous des moments difficiles. Tu as le droit de t'effondrer. Le tout, c'est de ne jamais te complaindre dans ton malheur. Tu es aimé, pendant longtemps, je n'ai pas eu cette chance. Ne gâche pas tout.
- Si tu parles comme ça à huit ans, qu'est-ce qu'il en sera dans quelques années ?
Il hausse les épaules en souriant encore et toujours. Il me faut du temps mais je réalise petit à petit qu'il n'a pas ouvert la bouche de toute la conversation. J'ai lu dans ses pensées très clairement sans la moindre difficulté ni parasite. La dernière fois que ça m'est arrivée c'était…
Une portière claque me faisant sursauter. Je tourne le regard vers la fenêtre, je repère tout de suite Luna qui sort côté passager en s'étirant. Je m'apprête à conseiller la fuite à Nangila mais il n'est déjà plus là. Je secoue la tête. J'imagine qu'il l'a senti venir.
Je rejoins l'entrée pour accueillir mes deux amies, leurs jérémiades et petites bagarres m'ont manqué aujourd'hui. Je n'ai toujours pas compris ce qu'à été faire Luna à New-York mais je m'en fiche, ça avait l'air important pour elle. Et puis, elle n'était pas seule. Je suis tellement heureuse que Raven commence enfin à ouvrir les yeux sur ses sentiments. Bon, c'est très, très, très lent mais c'est mieux que rien.
J'ouvre la porte avec le sourire. Les mots de Nangila flottent encore autour de moi. Je ne dois pas me complaindre dans mon malheur. Il est trop intelligent pour son âge ce gosse… et dire qu'il y a encore quelques mois, il ne savait même pas lire. C'est affligeant de savoir qu'il a compris bien plus de chose sur la vie que moi alors que j'ai plus du double de son âge. Le seul temps qui peut nous affilier, c'est celui qui défile sur nous depuis que le fardeau familial nous est tombé dessus : quatre ans pour tous les deux.
- Luna, Nan…
Les mots meurent sur mes lèvres. Je me sens vaciller. Je me retiens à la porte alors que j'assiste impuissante à l'ouverture de la porte arrière de la voiture de Raven. Comment j'ai pu ne pas le voir venir ? Clarke…
Je suis figée sur place alors que Luna me sourit comme si de rien n'était. Elle sait très bien ce qu'elle a fait et elle assume totalement ses choix. En même temps, je ne suis pas certaine qu'elle soit du genre à vivre avec des regrets. Raven en revanche semble presque se cacher derrière elle, son nez est légèrement plissé et ses lèvres bougent silencieusement en un : je ne suis pas totalement désolée. Bien que je sois sûre à quatre vingt dix neuf virgule neuf, neuf, neuf pourcent qu'elle ne soit absolument pas désolée. Et Clarke…
Clarke me regarde comme si rien n'avait changé. Il y a toujours la même intensité qui illumine ses yeux. Ses cheveux sont détachés et ses boucles virevoltent très légèrement autour de son visage, gênant par moment ma contemplation. Son sourire est léger, presque timide comme les premiers qu'elle m'a accordé. Sa main droite semble la retenir, ses doigts sont fermement accrochés à la portière. Elle porte un des ces pantalons quelque peu informe qui lui permette de se changer rapidement après une longue journée de garde, avec un de ses éternel tee-shirt superhéros celui-ci représente Wonder Woman mettant une raclée à Superman et Batman.
Avec un courage qui clairement n'est pas le mien, elle quitte la sécurité que lui offrait la proximité de la voiture. Elle effectue quelques pas et s'arrête pile en face de moi. Quelques secondes passent. Je n'arrive pas à la quitter des yeux. Je crois que j'ai trop peur de réaliser que tout ça n'est rien d'autre qu'un de ces rêves cruel qu'aime m'imposer mon esprit. Clarke hausse les épaules presque négligemment, le geste est accompagné d'un sourire un peu plus confiant et elle penche très légèrement la tête en chuchotant :
- Salut Lexa.
Je ne peux pas le croire ! C'est réel ! C'est vraiment en train d'arriver ! C'est…
Merde, merde, merde… il faut que je fasse quelque chose, pire, que je prononce des mots. Oh mon dieu… mais qu'est ce qu'elle fait là ? Pourquoi ? Elle aurait pu juste choisir de ne plus jamais me revoir. Après tout, c'est pour cette raison que je suis partie. Je voulais lui laisser une chance… une chance de vivre une vie normale, sans tous les problèmes que je représente.
Et en même temps… en même temps… je suis tellement reconnaissante de la trouver devant moi. Je suis tellement heureuse de la revoir. J'avais beau l'imaginer, c'était impossible de prévoir ce que j'allais ressentir à cette seconde.
Je suis piégée pour la simple et bonne raison que plus jamais je n'aurai le courage de la laisser partir. C'est au dessus de mes forces. Je l'aime trop. Je l'ai toujours trop aimé.
Les larmes m'échappent, je n'essaye même de les arrêter. Elles glissent sur mes joues, s'écrasent sur mon menton pour finir leur course sur mes clavicules. Je mordille ma lèvre inférieure alors que mon cœur semble au bord de l'implosion. Je crois que si je me laissais aller, je m'effondrais.
J'ai essayé. J'ai vraiment essayé de m'éloigner. Mais… je ne peux plus. J'ai besoin d'elle. Clarke et mon cœur sont indissociables. Elle est l'amour de ma vie.
- Clarke…
Ce n'est qu'un souffle mais pour moi c'est énorme. Je n'ai pas prononcé son nom depuis si longtemps. J'en étais incapable. En fait, je crois que je n'en avais pas le droit.
Pendant un court instant, mes paupières se baissent et pendant ce laps de temps infime, je comprends enfin la phrase de Nangila. Je la perçois comme dans ma langue, comme s'il la murmurait à mon oreille.
Papa disait toujours trouve le silence et garde-le.
Clarke est ce silence, j'en suis certaine. Pour la simple et bonne raison que dès lors qu'elle a posé un pied à terre, il y a de ça une poignée de minutes, toutes les voix se sont tues. Il n'y a plus qu'elle.
En fait… je crois qu'il n'y a jamais eu qu'elle. Que Clarke.
Toute cette rage que je gardais en moi s'est envolée. Tout ce bruit incessant et ingérable n'est plus. Absolument tout ce qui pouvait être négatif s'est juste évaporé.
Je ne sais pas si j'ai le droit à tout ça. Je suis presque certaine que je ne la mérite pas, pourtant elle est juste devant moi et elle n'attend qu'une chose : un signe de moi pour lui prouver qu'elle a pris la bonne décision en suivant mes amies.
C'est fou… mais comment Luna et Raven ont réussi à réaliser ce miracle ? Comment elles ont réussi à tout planifier sans que je les grille ? Comment elles ont réussi à simplement s'entendre et ne pas se crier dessus toutes les cinq minutes pour organiser cette rencontre choc ? Comment… on s'en fou ! Je demanderai des comptes plus tard !
Après tout, le plus important est juste sous mes yeux. Les derniers mots du petit homme le plus courageux que je connaisse raisonnent dans ma tête : ne gâche pas tout ! Cette simple phrase m'habite alors que je me mets à courir pour la rejoindre. Je n'arrête ma course qu'une fois mes bras dans son dos.
Je la sens trembler, peut-être même hésiter avant de me serrer contre elle a son tour. Tout le travail que j'avais fait pour l'éloigner, pour oublier les sentiments si profond que j'ai pour elle, tout s'écroule et ça me va.
- Je suis désolée Lexa.
Quoi ? Mais pour quelle raison c'est elle qui s'excuse ? Je suis celle qui est partie !
- Pas besoin de super pouvoir à la Charles Xavier pour savoir à quoi tu penses Lexa. Oui, tu es celle qui est partie. Oui, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Oui, mon cœur, celui la même dont tu prenais si soin a été brisé. Mais… je suis celle qui t'as laissé partir. L'erreur, nous l'avons faites toutes les deux et, j'entends le sanglot dans sa voix, je suis, les larmes tomber sur mes épaules, je t'aime Lexa et ce genre d'amour ça ne s'efface pas avec le temps ou la distance. Mon cœur est chez lui quand je suis près de toi. Je… nous pouvons nous éloigner de notre maison mais au final, nous revenons toujours. Non ?
- Il y a tellement de mots…
- Je ne veux pas te perdre Lexa, jamais. Laisse-moi revenir près de toi, s'il te plait.
- C'est à moi de…
- Non. C'est à nous.
oOoOo
Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a plu. Chose promise, chose dû : le Clexa est réuni. Maintenant… il faut qu'elles parlent, qu'elles parlent vraiment ! ^^ Et sinon, cette première interaction entre Nangila et Lexa vous a plus ?
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
Les Notes :
Note n°1 : Kesha – Praying
Note n°2 : Tamia – Keep Hope Alive
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « ... » (Il va vraiment falloir que j'essaye de reprendre de l'avance...) Sur ce, je vous souhaite une bonne journée moi, je vais dormir! ;)
GeekGirlG.
