Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Je ne sais même plus quoi vous dire pour vous remercier vis à vis de toutes vos reviews, favorits et followers... vous êtes les meilleurs lecteurs ! :D Je sais qu'en ce moment, j'ai peu de temps et que je ne réponds plus à vos reviews en PM mais laisser une trace de votre passage c'est vraiment super de votre part, je lis tous les commentaires et je les apprécie, vraiment !

Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.

Quelques mots sur ce chapitre : Alors, vous êtes prêt pour le POV de Clarke après les retrouvailles ? J'espère que oui...

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)

oOoOo

I Hear Your Voice

But you can say baby Mais tu peux dire Chéri
Baby can I hold you tonight Chéri puis-je te serrer dans mes bras ce soir
Maybe if I told you the right words Peut-être, si je te dis les bons mots
At the right time, you'd be mine Au bon moment, tu serais mien

Tracy Chapman – Baby Can I Hold You

Chapitre 32 : Le monstre

Je me réveille un peu groggy et avec un léger mal de crâne qui me transcende et me coupe encore pour quelques secondes de la réalité. Pourtant, j'ai bien dormi. J'ai même la sensation de ne pas avoir connu une telle récupération depuis un certain temps. Je n'ose pas encore ouvrir mes paupières. J'ai comme un mauvais pressentiment mais je n'arrive pas à savoir d'où me vient cette sensation.

Je perçois des bruits familiers mais rien qui ne me permette de savoir avec exactitude où je me trouve. Je ne suis pas à l'appartement. Je n'entendais pas de l'activité dans la cuisine. J'ai simplement dû squatter dans ma chambre d'enfant. Je me tourne un peu plus dans mon lit pour enfoncer mon visage dans l'oreiller et remettre ma couverture en place. Je suis certaine qu'avec un peu de volonté, je peux grappiller quelques minutes de plus de sommeil.

Puis c'est une odeur particulière qui vient me chatouiller les narines, quelque chose que je n'ai pas senti depuis une éternité : thé à la rose. Je me lève alors brusquement. La pièce est encore plongée dans le noir mais je distingue tout de même les contours de plusieurs meubles. Je ne suis, ni à l'appartement, ni chez mes parents ! New Haven…

Luna et Raven sont venues me chercher et… j'ai pu voir Lexa pour la première fois depuis ce qui m'a semblé être une éternité. Elle était vraiment là ! J'ai pu la sentir dans mes bras et surtout me perdre dans ce bien être qui m'entoure lorsque je suis près d'elle. Elle m'a tellement manqué… je suis juste heureuse de l'avoir retrouvé.

Je me demande ce que je dois faire maintenant. Certainement pas me lever à sept heures du matin alors que j'ai enchaîné trois des pires gardes de toute ma vie, une rencontre pas si hasardeuse avec les amies de celle que j'aime, un trajet qui m'a semblé interminable et le retour de Lexa dans ma vie. Je souris sans aucune raison à ce constat. Lexa est là. Je l'ai vu de mes yeux et je n'ai pas envie de perdre du temps à essayer de dormir. Je veux passer le plus de temps possible avec elle.

Je me lève donc, je remarque vite que le tee-shirt que je porte n'est pas le mien. Je porte le tissu jusqu'à mon nez. Je reconnais parfaitement l'odeur. J'imagine que c'est pour cette raison que j'ai aussi bien dormi. J'ouvre les volets avant de rejoindre le rez-de-chaussée. Je suis surprise par le nombre de voix que je distingue. Ils ont l'air nombreux.

J'hésite donc à les rejoindre. J'observe l'entrée de la cuisine sans oser la franchir. Alors que je commence à peine à me décider pour avancer, un petit garçon sort en courant de la pièce que je fixait en riant, brandissant une louche nappée d'un liquide que j'identifie comme de la pâte à crêpes ou à pancakes qui dégouline. Il manque de me percuter mais j'arrive à l'esquiver au dernier moment.

- Nan' reviens tout de suite petit garnement, débarque Luna en hurlant. Ah… salut Clarke.

- Salut Luna.

Le petit garçon semble remarquer ma présence en percevant ma voix. Il écarquille les yeux en me fixant avant de se replier pour se cacher de moitié derrière la sœur de cœur de Lexa. Luna sourit en regardant avec une affection évidente celui qu'elle a surnommé Nan' et en passant doucement sa main dans les cheveux du petit.

- Tout va bien Nan', c'est Clarke, tu n'as pas à avoir peur.

- Lexa est sur la terrasse, affirme-t-il à une vitesse fulgurante avant de se réfugier dans la cuisine.

Luna le suit du regard clairement amusée par son comportement. Je la vois même retenir un rire avant qu'elle ne reporte son attention sur moi. Son attitude change clairement, son regard est moins doux entre autre. Je ne sais pas quels liens il existe entre ces deux là mais pas besoin d'être un génie pour comprendre qu'ils sont très proches.

- Il a raison, Lexa est sur la terrasse, certainement à essayer de se convaincre elle-même de ne pas aller te réveiller. Tu devrais aller la voir. Je viendrai vous chercher une fois les préparations du petit déjeuné finies.

- Euh… d'accord mais… est-ce que je peux avoir un café ?

- Bien sur ! Piètre hôte que je fais… suis-moi.

Je m'exécute. Je peux suivre Luna dans l'exécution des actions qui vont me donner mon or noir. Je remarque qu'il y a en plus du petit garçon, une autre personne dont j'ignore l'identité. Je me demande si une des deux peut être la fameuse personne comme Lexa.

Le gars typé européen qui est clairement beau gosse, il faut bien l'avouer, se lève en fermant le journal pour me saluer. Il a un accent assez prononcé mais je n'arrive pas à savoir d'où il provient. Elijah, parce que c'est comme ça qu'il s'appelle, m'apprend qu'il est le meilleur ami de Luna depuis six ans.

Avec cette information, je peux l'éliminer de la liste de ceux qui sont peut être comme Lexa. Il me reste donc le gamin… est-ce que c'est possible d'avoir un tel pouvoir aussi jeune ? Alors que j'ai à peine le temps de formuler cette question dans mon esprit, je sens le regard du garçon sur moi. J'ai presque l'impression qu'il me juge.

Une tasse bien fumante apparaît devant moi comme par magie. Je remercie Luna d'un signe de tête alors qu'elle repart vers le petit qui me fixe toujours. La sœur de cœur de Lexa rit doucement en le secouant affectueusement.

- Et lui, c'est Nangila.

- Ton meilleur ami depuis six ans aussi ? je demande quelque peu amusée.

- Non, Luna fait traîner ce mot en longueur, il y a six ans ce p'tit mec savait à peine parler.

- J'avais deux ans, s'offusque-t-il.

- Et bien, il y a six ans, je n'aurais même pas fait attention à toi, continue-t-elle semble-t-il pour l'agacer.

- C'est pas gentil.

- Je plaisante mon grand.

- Et du coup il, je commence.

- Luna va m'adopter, me coupe Nangila.

Je les fixe tous les deux. Dire que je suis surprise est un euphémisme. Ce garçon doit bien avoir dans les huit ans et subitement Luna me paraît bien jeune pour une telle responsabilité. Est-ce qu'elle a réfléchi aux conséquences ? Bien sûr qu'elle la fait… et puis, ce ne sont pas mes affaires.

-Félicitations.

Je sais que ma réponse n'est pas parfaite mais je n'ai pas trouvė mieux. Il faut dire que j'ai été un peu pris de court. Je tourne la tête pour apercevoir la terrasse en me demandant si Lexa y est toujours. Je sais pertinemment que nous devons parler toutes les deux mais si je dois être honnête, j'appréhende totalement cette discussion. J'ai peur d'un tas de choses. En grande partie parce que, hormis ce qu'ont bien voulu laisser filtrer Luna et Raven, je ne sais pas grand-chose et je ne suis même pas sûre de vouloir connaître toutes les réponses.

- Tu devrais y aller.

- Hein ?

- Voir Lexa, se permet de souligner Luna.

- Tu as raison.

Je me retourne donc tel un automate et j'effectue courageusement les premiers pas. Puis, je perds mes moyens une fois devant la baie vitrée. J'aperçois Lexa, elle est installée dans un hamac, un livre en main. D'où je suis, je repère aussi Hadès qui dort sur ses pieds. Et aussi… cette foutue tortue qui rode autour d'elle.

J'avais presque oublié Pringles ! Presque… lui ne m'a pas du tout manqué !

J'inspire profondément et je me lance. J'ai à peine posé le pied dehors que le regard de Lexa se détache de son roman pour venir à ma rencontre. Un sourire timide vient étirer mes lèvres. C'est ce genre de choses qui m'a le plus manqué. Tous ces petits gestes et ces petites attentions qu'elle m'accorde toujours. Par moment, lorsque ses magnifiques émeraudes sont fixées sur moi, j'ai la sensation que l'on est seules au monde et aussi de lui être indispensable.

Indispensable… je ne le suis clairement pas. Sans quoi, elle ne serait pas partie aussi loin et aussi longtemps. Étrangement, c'est aussi quelque chose qui a le dont de me rassurer. Juste un peu. Je dis que si par malheur, je devais tout faire foirer, Lexa pourra se relever. La simple idée de l'imaginer désemparée, détruite ou encore en désarroi, me déchire le cœur. Je ferai tout pour que ça n'arrive pas mais si par malheur la situation devait m'échapper, elle s'en remettrait avec le temps et moi aussi.

Je m'avance alors qu'elle descend de son perchoir. Elle attrape sa tortue pour la déposer dans ce qui ressemble à un enclos. Je souris un peu plus en secouant doucement la tête. Une chose est certaine, il y a au moins un point sur lequel elle n'a clairement pas changé : toujours à faire passer les autres avant elle-même.

- Hey, je murmure une fois à sa hauteur.

- Salut, tu ne dors pas ?

- J'ai essayé mais, je ne finis pas ma phrase, me contentant de hausser les épaules. Tu vas bien ? Tu arrives à gérer tout ça ? Mon… retour.

Après avoir prononcé ce dernier mot, Lexa porte sur moi un regard bien étrange. Je n'arrive pas à l'analyser ou même à lui donner une signification. Puis je la repère de nouveau, cette fêlure dans le fond de ses iris.

- Je n'aurais pas du partir, jamais. Je suis tellement désolée.

- Ça va, je crois que je comprends en partie pourquoi tu l'as fait.

- Tu sais, tu as le droit d'être en colère contre moi, je comprendrai. Je serais en colère à ta place.

- Et si…

J'hésite à formuler cette demande de vive voix. Je ne suis pas certaine que ça soit une si bonne idée. Je baisse les yeux pour éviter son regard inquisiteur avant de reprendre :

- … si tu me disais de quoi tu as eu si peur ?

Okay… je crois que je viens de plonger Lexa dans un véritable état de choc. Elle semble complètement perdue et quelque peu abasourdi par ma demande. Je tente un sourire pseudo innocent mais la vérité c'est qu'elle n'a pas besoin de me le dire. Je sais pertinemment que c'est quelqu'un de fragile même si elle ne laisse voir cette part d'elle à personne.

Si j'en crois les quelques cours de psychologie que j'ai pu avoir, la personnalité de Lexa indique quelque chose de très clair : elle tente de ne pas reproduire un schéma. Je ne sais juste pas lequel.

Je n'ai pas envie de l'obliger à me dire quoi que ce soit et en même temps, je ne peux pas m'empêcher de penser un truc du le genre : « allez Lexa, tu sais que tu peux me faire confiance. » Ou peut être que justement, elle ne le sait pas. Je ne sais plus. Six mois, je l'ai attendu six mois sachant qu'elle finirait par revenir. Je ne sais pas exactement d'où me venait cette foi mais elle m'envahissait ne laissant aucune place au doute.

- Je crois…

Je n'ai jamais été aussi soulagé de l'entendre commencer une phrase. Si je le pouvais, je laisserais ma joie exploser. Bah oui, elle me fait assez confiance pour s'ouvrir de nouveau à moi.

- Je crois que comme beaucoup de choses qui ne vont pas chez moi depuis... des années pour ne pas dire toujours, c'est…

Lexa laisse ses paupières se fermer en soupirant. Je vois bien que la simple idée de continuer cette phrase lui est presque insupportable. Je ne devrais pas la laisser faire. Je ne souhaite pas la faire souffrir. Je me rapproche et délicatement, je viens caresser son poignet avant de laisser glisser mes doigts entre les siens.

- Lexa, je murmure, regarde-moi.

Elle répond par la négation en secouant la tête. Comment j'ai pu ignorer toute cette fragilité la première fois ? Question stupide. C'est parce qu'elle prenait soin de moi. Elle semblait si forte que je ne faisais pas attention au reste. Cette fois, ça n'arrivera pas !

- Lexa, j'ai besoin que tu me regardes.

- Je ne peux pas, prononce-t-elle presque avec douleur.

- Explique-moi.

- Je ne veux pas voler tes pensées.

- Tu ne voles rien, je souris. Allez, regarde-moi, s'il te plaît.

De nouveau elle refuse d'un simple geste. Je crois qu'elle est en quelque sorte incapable de me refuser quoi que ce soit, du moins pas en utilisant sa voix. C'est assez génial mais bon… je n'ai pas encore obtenu ce que je voulais.

Je me rapproche un peu plus, de ce fait, j'entre volontairement et délibérément dans son espace personnel. Je ne peux empêcher mon regard de s'arrêter sur ses lèvres. Ce que j'aimerais avoir le droit de l'embrasser… mais pour l'instant c'est absolument hors de question.

Avec une assurance que je pensais avoir perdu depuis son départ, j'avance ma main gauche pour la déposer avec douceur sur sa joue. Je laisse passer quelques secondes avant de formuler une nouvelle fois ma demande.

L'attente est interminable et pourtant je sais qu'elle va répondre à ma requête, j'en suis certaine. Alors je reste inerte avec patience. Puis comme voir les premiers rayonnements du soleil après une nuit trop longue, les cils de Lexa se lèvent pour me laisser entrevoir ses magnifiques iris d'un vert que je n'arrive toujours pas à définir.

- Voilà, je souffle.

- J'ai tellement peur de te détruire, prononce-t-elle les larmes aux yeux.

- Je n'ai pas l'intention de perdre pieds. Je suis bien plus forte que ce que tu crois et c'est grâce à toi.

- Mais…

- Je ne supporterai pas de te perdre Lexa. Ces six derniers mois ont été un véritable enfer. Tu me manquais trop. C'était un véritable supplice alors… si tu veux de nouveau partir, il va te falloir des arguments en béton !

Je peux lire dans ses yeux qu'elle n'a plus l'intention de partir et j'en suis heureuse. Maintenant, reste à savoir si j'ai une place dans sa nouvelle vie. J'avoue que ne pas savoir me rend légèrement à fleur de peau.

- Je reste.

- Meilleure nouvelle de ces derniers jours, juste après avoir appris que tu étais de retour.

- Tu es… vraiment heureuse ?

- Oui Lexa et je ne te laisserai pas en douter, pas même une seconde.

Elle fronce légèrement les sourcils. Comme avant, il faut être attentif à ses moindres gestes. A ces côtés, j'ai appris à être plus observatrice. J'essaye de faire en sorte qu'aucune de ses mimiques ne m'échappent. Et, je dois bien avouer que tous ces petits détails m'ont énormément manqué.

Je me mets presque bêtement à sourire alors qu'elle effectue un des ses rituels que j'adore. Sans doute instinctivement, sa main glisse loin de la mienne pour venir frôler son poignet et exécuter un geste lent et précise sur son tatouage. Je me mordille la lèvre inférieure en baissant les yeux pour apprécier ce moment.

Comme si Lexa avait remarqué que je l'épiais, elle stoppe presque brutalement tous mouvements. Son regard passe de sa marque à mes yeux à une vitesse assez incroyable.

- Il y a tellement de choses... je n'ai pas pris le temps de t'expliquer.

- LEXA, il n'y a pas de doute à avoir, ça c'est la voix de Raven. J'ai fait un horrible cauchemar, se lamente-t-elle en me poussant gentiment pour prendre sa meilleure amie dans ses bras. J'ai cru que plus jamais tu ne m'adresserais la parole, c'était horrible ! Tu ne m'en veux pas, hein ?

- De quoi je devrais t'en vouloir ? demande en souriant Lexa et je peux voir dans les yeux de Raven que c'est devenu quelque chose de bien trop rare.

- Bah, elle semble réfléchir à sa réponse avant de m'accorder un regard et de me montrer à l'aide de son pouce, de l'avoir ramené elle.

- Hey ! Je m'offusque, tu ne m'as pas ramené, j'ai accepté de vous suivre, c'est très différent.

- Mais oui Clarke… tu t'es surtout fait manipuler par Luna mais on en reparlera. Donc, Lexa… sur une échelle de 1 à je vais t'envoyer en enfer pour l'éternité et peut-être te ramener pour te torturer moi-même de temps en temps, tu m'en veux comment ?

Lexa semble amusée par le comportement légèrement excentrique de sa meilleure amie. Moi, j'avoue que je préfère son autre côté, celui qu'elle m'a montré hier. Je n'avais pas imaginé qu'elle puisse être aussi réfléchi et posé. Je suis impressionnée et maintenant, je sais qu'en réalité, tout ceci n'est rien d'autre qu'une carapace.

Entre Luna et ces deux là, il y a beaucoup de secrets et de faux semblant, mais elles ont toujours été là les unes pour les autres. C'est en réalité assez impressionnant. Je ne sais pas trop si je vais réussir à trouver ma place. Je pense que la seule chose qui est été toujours sincère dans leurs vies, ce sont les deux autres.

Le fait que je vienne juste de le comprendre, me montre encore une fois à quel point je connaissais mal Lexa. Mais je vais remédier à ça ! Enfin… si elle m'en laisse l'occasion.

- Je dirais zéro, finit par répondre Lexa.

- Zéro ? Comment ça zéro ? Zéro n'est même pas sur l'échelle. Tu… zéro ?

- Tout va bien Raven, même si vous l'aviez ramené seulement pour qu'elle me gifle, ce que j'aurais mérité, précise-t-elle en me regardant, je n'aurais pu qu'être reconnaissance. J'ai de la chance.

- Ah… dans ce cas, Raven s'éloigne, j'arrête d'essayer de te broyer les os dans un câlin de la dernière chance. Essaye de ne jamais oublier que je t'aime.

- Je sais… je suis l'amour de ta vie platoniquement parlant, récite presque Lexa.

- Exactement ! Bon, elle passe une main dans ses cheveux d'un geste nerveux avant de m'accorder de nouveau un regard, je suis désolée de m'être imposée de la sorte. Je travaille sur ça, elle fait claquer son poing dans sa paume gauche, mon manque de confiance et tout le reste. Je… je sais que tu… Clarke tu es à ta place ici, vraiment. Je vais essayer de ne plus, elle fait des gestes quelque peu extravaguant avant de lâcher, être moi, me calmer et vous laissez discuter comme il faut mais, je ne peux m'empêcher de tiquer à la fin de ce mot, après le petit déjeuné. Si on saute ce repas, Luna va devenir une vraie furie et personne ne veut la voir dans cet état là, surtout pas moi parce que quand l'emmerdeuse a les nerfs en pelote, à qui elle s'en prend ? Je vous laisse deviner : moi ! D'ailleurs, je ne trouve pas ça juste, après tout, Lexa c'est ta sœur, pas la mienne ! Bref… vous avez deux minutes avant que la furie ne débarque pour vous faire avaler ses pancakes de force. Tic-tac !

Et puis, elle se retourne pour s'en aller. C'est un vrai ouragan cette fille… elle fait des ravages partout où elle passe et juste après c'est le calme plein. C'est presque flippant.

Je suis surprise en percevant le rire de Lexa. Je me tourne lentement comme si j'avais peur que le moindre mouvement brusque puisse gâcher ce moment. Je peux voir que ce moment échappe à son contrôle, il est vrai. Elle semble heureuse. Ce simple constat me fait sourire.

Elle commence lentement à se calmer, elle se redresse et essuie le bord de ses yeux. Je suis incapable de regarder autre part. Il n'y a qu'elle. Le monde pourrait bien imploser que je serais incapable de la quitter des yeux. Elle est juste belle au sens large du terme et… je l'aime.

Les yeux de Lexa se figent brusquement. Son regard est voilé par la surprise. Sa lèvre inférieure semble très légèrement tomber. Elle semble véritablement étonnée. Je ne comprends pas. Pourtant, je n'ai pas dit un mot depuis… merde ! Je suis bête ! Lexa n'a pas besoin de mots…

Je suis un peu gênée, pourtant, je continue de lui sourire. Je hausse doucement les épaules. Il me faut une échappatoire parce que pour le moment, nous n'avons pas le temps de discuter de tout ça. Je me contente donc d'avancer et de lui donner un chaste baiser sur la joue en murmurant :

- C'est vrai tu sais, je t'aime.

Puis je me retourne. Je n'attends pas de réponse, pas pour le moment. Je crois qu'en vérité, je ne suis pas prête à l'entendre quelle qu'elle soit, les deux sont assez déroutants. J'expire une longue bouffée d'air en effectuant mes premiers pas pour rejoindre la maison. Merde… ça fait un bien fou.


Je suis assise, les mains et les pieds enfouis dans le sable. Ma tête est penchée en arrière et je profite du soleil. Je n'arrive pas à me souvenir de la dernière fois que j'ai profité de tout ça récemment. Je me suis en quelque sorte réfugiée dans le boulot ces derniers mois et quand je pouvais avoir un peu de temps à moi… non, c'était trop difficile, il fallait que je reste occupée.

Je sais que la médecine, c'est vraiment mon truc mais parfois c'est très difficile. J'ai rencontré toutes sortes de personnes, de blessures et de maladies et tout ça m'a fait grandir. Je sais que j'ai évolué. Je suis plus calme et réfléchie.

Une fois, j'ai rencontré un illusionniste admit pour la suspicion d'un cancer. Une chance sur cent. Il a ouvert les paris avec nous. Il nous a assuré que ce n'était pas le cancer. Il a défié le destin. Il a hurlé haut et fort qu'il n'allait pas mourir à cause d'une connerie pareille. Et, il a eu raison. Je n'ai pas cru les résultats quand je les ai lu, à tel point que j'ai du demander confirmation aux cinq autres internes et à ma mère. La conclusion est restée la même avec tout le monde, le patient avait défié toutes les probabilités et contrairement à ce que nous pensions, n'était pas mourant. C'était deux mois après le départ de Lexa. C'est ce jour là que j'ai commencé à croire à son retour.

Après ça, j'ai vécu son absence différemment. C'était beaucoup moins douloureux et je refusais de ressembler à une loque le jour où j'aurais l'occasion de la revoir. J'ai du affronter bien des choses vis-à-vis de mon changement de comportement. Ma mère était catégorique, pour elle, je perdais mon temps à l'attendre. Elle a même essayé de me mettre dans les bras de Bellamy que j'adore mais pas de cette façon. D'ailleurs, Octavia a été, pour une raison qui m'échappe totalement, assez calme sur le sujet. Je pense que c'est parce que Link, lui, ne l'était jamais. Il est en colère qu'elle soit partie du jour au lendemain, abandonnant son boulot, toutes les personnes qui gravitent autour des dossiers qu'elle suivait et surtout moi. Il ne supporte pas le fait de m'avoir présenté quelqu'un qui m'a brisé le cœur. J'ai eu l'occasion de revoir Anya et Adrian qui se sont fiancés et cette dernière a une foi assez incroyable et totalement inébranlable en Lexa, d'ailleurs c'est une vrai guerre ouverte entre elle et Lincoln. Et il y a Marcus… je savais qu'il était mon preux chevalier, mon héro mais il a été… parfait. Il n'y a pas d'autres mots. Je ne pensais pas que je pourrais un jour encore plus me rapprocher de lui mais j'ai eu tord. A ce stade là, ce n'est plus un héro mais un super héro ! A mon avis, tous les personnages de comics devraient pâlir de jalousie devant lui. C'est la seule personne au monde à avoir le droit de porter une cape sans que ce soit une faute de goût !

Mais tous ces sentiments, le doute, le calme, la colère, la confiance, la dévotion et l'espoir m'ont aidé. C'est ce qui m'a construit, m'a fait avancer et aussi grandir d'une certaine manière. Sans l'absence de Lexa, je n'aurais certainement pas su à quel point je peux être forte quand il le faut.

J'ai réussi à pardonner à Sindy. Il m'a fallu du temps mais au moins maintenant, je ne la laisse plus me détruire. Elle peut bien dire ce qu'elle veut, je ne me laisserai plus atteindre. Elle a essayé plusieurs fois de se faufiler, de revenir dans ma vie au cours de ces six mois. Je ne l'ai pas laissé faire. Je suis devenue courageuse. Je ne l'avais jamais été avant. Lexa m'a inspiré.

Je suis plus calme et plus posée parce que je sais que je suis aimée. Je me suis rendue compte que je n'étais pas seule et que je ne le serais jamais. Et aussi, je suis aimée. Je pense que d'une certaine façon, je l'avais oublié. Lexa m'a ouvert les yeux.

Une fois, par hasard, je suis tombée sur Finn. Il avait une espèce de bimbo asiatique à son bras. J'ai presque eu de la peine pour lui. J'avais cru que si j'étais amenée à le revoir, je m'effondrerais. Ça n'a pas été le cas. J'ai souri, je lui ai demandé des nouvelles et j'ai à peine eu envie de le frapper en plein visage. Quand il est parti, j'ai réalisé que j'avais peut-être baissé les yeux au moment où je l'avais croisé mais que j'avais osé lui ouvrir mon cœur à nouveau. Lexa m'a insufflé le courage.

Lexa… est tout ce que j'ai toujours voulu. Je sais qu'il existe un risque réel. Je vais peut-être la perdre. Mais il est hors de question que je m'incline sans me battre. J'ai conscience du fait que notre relation reposait presque entièrement sur elle. Cette fois, ce sera différent. Je serai à la hauteur, je le sais et avec un peu de chance, j'aurai l'occasion de bouleverser sa vie de la même manière qu'elle a réussi à le faire avec la mienne.

Je tourne la tête pour observer Lexa qui s'est endormie à l'ombre. Je ne sais pas comment elle a fait pour s'assoupir avec une telle chaleur. D'autant plus qu'Hadès s'est collé à elle. Je me lève en frottant mes mains pour chasser le plus de sable possible. Je traîne des pieds avant de me laisser tomber près d'elle. Je croise mes jambes en tailleur avant d'amorcer un geste pour éloigner une mèche de ses cheveux qui me cache son visage. Je m'arrête subitement en sentant mon portable vibrer dans la poche arrière de mon jean.

Je jure entre mes dents en m'éloignant de Lexa à contre cœur. Je regarde mon écran certainement un peu trop longtemps avant de me décider à décrocher :

- Salut maman.

- Clarke, ma chérie, tu n'es pas chez toi ?

- Non maman.

- Où es-tu ?

- T'es sérieuse ?

- Je suis devant chez toi et tu n'ouvrais pas alors je me suis inquiétée.

- Dois-je te rappeler qu'on se voit presque tous les jours.

- Au travail, ce n'est pas la même chose. Qu'est-ce que j'entends ? C'est quoi ce bruit ? On dirait… est-ce que ce sont des vagues ? Tu es à la plage ? Tu as réussi à convaincre O de bouger de chez elle ?

- Maman…

- Quoi ? C'est triste de la voir cloîtrer chez elle.

- Tu lui as dit d'arrêter le sport.

- C'est faux, je n'ai rien à voir là dedans ! Celle qui lui a interdit le sport, c'est son médecin, je ne connais pas cette personne.

- Très drôle… bref, je ne suis pas avec O.

- Mais tu es à la plage. Tu recommences à sortir, c'est bien.

- Je suis à la plage, en effet.

- C'est super mais rassure-moi, tu seras bien là demain matin à dix heures et demi pour prendre ton service. Je suis très fière du fait que tu sois la seule interne à ne pas avoir été une seule fois en retard.

- Je serai là, compte sur moi.

- Je suis contente que tu prennes du temps pour toi.

- Ouais, du temps pour moi, je souffle en me tournant pour regarder Lexa qui vient juste de se redresser.

Elle se lève en plissant les yeux. Je lui souris et lui fait un petit geste de la main. Je la vois jeter un œil à sa monter. Elle semble surprise. J'imagine qu'elle ne s'attendait pas au fait que je la laisse dormir aussi longtemps. C'est pas grave, moi ça me va. De cette manière, j'ai pris le temps de réfléchir.

- Clarke !

- Hein ? Quoi ? Qu'est-ce que tu disais ? Je n'écoutais pas.

- Je te demandais quel était ce ton. Tu es avec quelqu'un ?

- Tu sais que j'ai le droit d'avoir une vie privée, n'est-ce pas ?

- Non, tu n'as pas le droit, répond-t-elle très sérieusement. Tu es ma fille, je dois tout savoir. Donc… c'est un homme ou une femme ? Je te demande parce que je ne sais plus trop où va ton cœur depuis quelques temps.

- Je te l'ai déjà dit, mon cœur n'appartient qu'à une seule personne maman.

- Il faut que tu arrêtes avec cette histoire. Je n'aime pas te voir souffrir. Tu dois t'ouvrir. Tu pourrais passer à côté de la personne avec un grand « p » qui t'apportera l'amour avec un grand « a ».

- Maman, je soupire. J'ai déjà rencontré cette personne et c'est Lexa.

- Elle est partie Clarke, il y a clairement de la colère dans sa voix.

- Tu te trompes, je réponds avec douceur. C'est moi qui n'est pas su la retenir et, je fais une pause, de toute façon, Lexa est revenue.

- Pa… pardon ? Dis-moi que tu n'es pas avec elle !

- Tu sais que je déteste te mentir alors… ne me demande pas de le faire.

- Je n'arrive pas à le croire !

- Je sais ce que je fais maman. J'aime Lexa et je veux avoir une chance de réparer mes erreurs. Je te l'ai déjà dit au moins un millier de fois mais je… j'ai ma part de responsabilité. J'espère pouvoir tout arranger et si ça fonctionne… si ça fonctionne, j'aimerais avoir ton soutiens.

- Tu l'auras évidemment mais…

- Merci maman, c'est tout ce que je voulais. Il faut que je te laisse elle arrive.

- Attends, par elle tu veux dire L…

Et je raccroche avant que la situation ne m'échappe. Je sais que ma mère ne peut pas s'empêcher de me couver mais par moment, c'est vraiment étouffant. Je l'aime plus que tout, vraiment, mais sérieusement il y a des fois où c'est juste trop.

Je range mon portable dans ma poche en souriant pour accueillir Lexa. Je la vois très légèrement froncer les sourcils. J'imagine qu'elle a une idée assez précise de la conversation que je viens d'avoir. Au vu de sa réaction, je devine qu'elle s'inquiète pour moi. Elle semble hésiter, je la vois se balancer d'un pied à l'autre avant de me demander :

- Abby va bien ?

- Ouais, elle voulait s'assurer que je sois de retour à l'heure demain matin, entre autres.

- Tu as de la chance d'avoir une mère comme Abby, même si pour moi, dans notre situation, c'est en réalité hyper dangereux de ne serait-ce imaginer l'affronter.

- Elle ne te fera pas de mal, j'y veillerai !

- Hum hum…

- Lexa, je prononce son nom sur la longueur, qu'est-ce que tu ne me dis pas ?

- C'est… euh… ta mère a…

Elle effectue des gestes quelque peu incohérents avec ses mains en brassant l'air. Elle arrête ses doigts sur ses tempes avant de mimer une explosion et de faire une grimace. Ce qui est assez drôle, un petit rire m'échappe. Je n'ai rien compris à ce qu'elle vient d'essayer de me dire.

Lexa fait une moue boudeuse. Je crois qu'elle vient de deviner que sa gestuelle n'a pas fonctionné. Elle semble en pleine réflexion avant de lâcher subitement :

- Comment t'expliquer ça ?

- Essaye les mots, ce sera mieux que ce "boum", je souligne légèrement moqueuse. Tu préfères écrire ?

Elle semble surprise par ma question. Je hausse les épaules. Ça ne me dérange pas de communiquer avec elle de cette façon, en plus, son écriture m'a manqué. Je ne connais aucune calligraphie aussi soignée que la sienne. Je vois ses joues rosir légèrement. J'imagine qu'elle vient de lire une nouvelle fois dans mes pensées. Sérieusement, comment j'ai fait pour manquer ça ? C'est énorme tout de même !

- Non, ça va aller. Je… il faut juste que je trouve… une image.

- Une image pour quoi faire ?

- Lire dans les pensées, elle énonce doucement avec un micro sourire à peine visible, la plupart du temps c'est comme, son nez se plisse légèrement alors qu'elle réfléchie, ce qui est adorable, c'est comme les ondes radios. Je "capte" le son. Enfin… c'est comme si toutes les radios du monde étaient allumées sur une station différente, dans une petite pièce, mais en gros c'est ça l'idée : des répercutions de sonorité. Et puis de temps en temps, elle lève les yeux au ciel, il y a des gens comme ta mère, cette fois elle frissonne, et c'est le pire parce qu'il ne s'agit plus seulement de bruits mais aussi… d'images.

- Comment ça ?

- Bah… c'est comme si au milieu de cette pièce hypothétique remplie de postes de radio, il y avait aussi un énorme écran plat qui s'allume que de temps en temps et qui diffuse un film très net et très précis.

- Je ne comprends pas.

- C'est simple, ta mère est tellement visuelle que si elle pense à me tuer et bah… je le verrai, je le verrai vraiment comme une espèce de trailer hyper flippant d'un film d'horreur quelconque.

- C'est pas vrai ! Traumatisant… ça t'es déjà arrivée ?

- Euh…

Lexa se referme presque aussi vite qu'une plante carnivore qui aurait chopé un insecte. Elle croise ses bras comme pour se protéger en secouant la tête de gauche à droite tout en grimaçant. De toute évidence, elle cherche à oublier un moment gênant. Je ne vois pas quel mom… oh mon dieu !

- Tu as tout compris, affirme-t-elle en me pointant du doigt. Et je ne veux plus jamais en parler.

- Non mais ça veut dire que tu savais ?

- Clarke, je t'en pris.

- Tu aurais pu leur faire cracher le morceau !

- Je ne voulais pas risquer de subir des souvenirs encore plus choquants. C'était… gênant.

- N'empêche que tu aurais pu me le dire.

- Non.

- Bien sûr que si.

- Je te dis que non.

- Mais je voulais le savoir et ils ont mis un temps fou pour me le dire. En fait, ils ne me l'ont pas dit… je les ai trouvé en plein milieu d'un baiser tout sauf chaste sur le plan de travail de la cuisine. Pourquoi tu ne m'as rien dit ? J'aurais pu… ne pas être d'accord, faire une attaque… que sais-je, alors que si tu me l'avais dit…

- Ce n'était pas à moi de te le dire, hurle-t-elle. C'est pile pour éviter ce genre de situation que j'ai arrêté de parler !

J'écarquille les yeux. Jamais encore je n'avais entendu Lexa crier. Elle cligne des yeux avant qu'un air choqué ne vienne se peindre sur son visage. Une main tremblante vient se placer sur sa bouche puis certainement honteuse, elle baisse les yeux pour éviter mon regard.

Sauf qu'elle se trompe. Elle ne devrait pas avoir honte. C'est justement ça que je cherche : mieux la connaître. J'ai besoin de savoir ce genre de choses. Sans quoi, notre relation ne pourra pas évoluer ou avancer. Je m'avance donc en frôlant sa main droite de mes doigts pour attirer son attention.

- Hey…

- Je suis désolée.

- Ne le sois pas. Tu as le droit de laisser déborder tes émotions de temps en temps.

- Tu n'es pas un défouloir.

- Je le sais et tu le sais mais parfois, j'amorce un nouveau geste, je glisse mon doigts sous son menton pour obliger son regard à rejoindre le mien, les ressentiments ou même la colère ont besoin de sortir. Ce n'est pas bon de garder tout ça en toi. Je suis là, je veux être présente pour toi.

- Clarke…

- Attends, je n'ai pas fini. Je crois que je ne t'ai vu être honnête que deux fois avec tes sentiments : quand tu aimes que ce soit avec Luna, Raven ou même… moi et, je fais une pause, et ce jour là où tu es rentrée folle de rage après le verdict. Être toujours dans le contrôle, ce n'est pas bon. Tu as le droit de… ressentir les choses. D'autant plus qu'il n'y a pas que tes émotions qui trottent dans ta petite tête, cette pièce minuscule avec un tas de poste de radios câblés sur des centaines de milliers de stations différentes, sans oublier l'écran plat pour vivre une ou deux scènes traumatisantes entre autre avec ma mère. Alors, si de temps en temps ou même peut-être tous les jours, tu as besoin de pleurer, de hurler, de taper dans un sac, d'écouter de la musique à t'en faire exploser les tympans pour extérioriser tout ça, alors tu dois le faire, sans quoi ses émotions qu'elles soient positives ou négatives vont se transformer en monstre et ce monstre va finir par te bouffer. C'est ce jour là que tu auras perdu, pas avant. D'accord ?

Peut-être que j'en ai trop dit ou pas assez. Je ne sais pas. Je n'arrive pas à savoir ce qu'il en est. En tout cas, Lexa est loin, très loin de moi. Son regard semble perdu dans le vide et elle ne bouge pas d'un millimètre. Peut-être que je n'ai pas bien analysé la situation ou alors j'ai dit une connerie plus grosse que moi. Je ne sais pas ce que c'est, mais il faut que j'essaie de rectifier le tir.

Alors que je prenais une expiration assez conséquente avant de reprendre la parole, un geste de Lexa me stoppe net dans mon projet de construction de phrase. Comme hier, après les longues secondes d'observations de sa part, elle vient me prendre dans ses bras comme si j'étais tout ce qu'elle avait. A cette seconde très précise, j'ai cette sensation très certainement erroné d'être son ancre. Je la sens toute tremblante contre moi. Je ne peux m'empêcher de me sentir soulagée pour la simple et bonne raison qu'elle se permet de se montrer faible face à moi. C'est une victoire.

Puis, je sens les larmes sur mes épaules. Je sais que je ne devrais pas mais je souris. Qu'est-ce qui est mieux qu'une victoire ? Un triomphe ! Je viens de remporter une des batailles les plus importantes qui soit. J'ai trouvé les bons mots. J'ai su être la personne qui lui faut. Je referme alors à mon tour mes bras autour d'elle. De ma main gauche, je caresse amoureusement ses cheveux alors que les doigts de mon autre main dessinent le signe de l'infini au milieu de son dos.

Je ne sais pas combien de temps nous restons ainsi dans les bras l'une de l'autre. Je remarque juste que le soleil commence à décliner et que Lexa frissonne. Je crois qu'il est temps de rentrer, ça me brise le cœur mais il est temps. Je desserre donc lentement mes bras avant de l'éloigner doucement. Je passe mon pouce sur ses joues d'un geste tendre pour effacer les dernières traces de ce surplus d'émotion. Sous la caresse, Lexa ferme les yeux comme pour mieux l'apprécier.

Je suis heureuse. Nous avons fait un pas de géant aujourd'hui. Peut-être que j'ai encore ma place dans sa vie. Voilà comment je vois les choses à ce jour : Lexa doit vivre avec un monstre qui grandit en elle. Tout commence dans ses yeux, c'est dans cette infime partie de l'âme qu'on le voit croître en elle. Elle pense qu'elle ne pourra jamais avoir une vie normale. Ce n'est pas ce qui m'empêchera d'essayer de la persuader du contraire. Pour que plus aucune personne ne puisse l'atteindre, elle a établi plusieurs règles, comme ne plus parler ou éviter toutes attaches… mais c'est manqué. Parce que je suis là et je n'ai pas peur de son monstre. Je le vois parfaitement, je l'accepte et je l'aime tout autant qu'elle.

Lexa ouvre brusquement les yeux et de nouveau comme ce matin, elle m'observe avec un air choqué. Je ne comprends pas pour quelle raison elle doute à ce point de mes sentiments pour elle. Si elle continue à ne pas vouloir croire mes pensées et mes mots, il va falloir que je sois plus drastique. Le crier depuis le plus haut toit de New-York me semble cool comme idée.

Je ne peux m'empêcher de rire quand je vois Lexa secouer la tête de gauche à droite en écarquillant les yeux comme pour me dire : non, ce n'est pas une bonne idée. Et pourtant, si c'est la seule chose à faire pour lui prouver que je l'aime alors je le ferai sans hésiter.

Je regarde autour de moi. Je pense sérieusement à hurler au milieu de cette plage que je l'aime. Il n'y a pas tant de monde que ça… à la louche, je dirai une bonne centaine de personnes, quelques mouettes, certainement un ou deux crabes et quelques autres animaux marins dont il vaut mieux ignorer l'existence. Je prends une forte inspiration. Je vais le faire. Je vais juste crier que j'aime Lexa pour qu'elle me croie. Je vais le faire dans trois… deux… u

Ses lèvres se plaquent sur les miennes, un peu violemment. Je suis tellement surprise que je recule ce qui met fin à ce baiser. Lexa a clairement les traits de quelqu'un qui culpabilise. C'est une idiote mais c'est mon idiote.

- Donc, je reprends amusée, je n'ai pas besoin de le crier ?

Elle secoue vivement la tête avec ce regard qui veut clairement dire : ne le fait pas. Je souris encore plus, si c'est possible. Je m'approche en me mettant légèrement sur la pointe des pieds. Je glisse mes mains derrière sa nuque en venant frôler son nez avec le mien.

- Tu me crois quand je dis que je t'aime ?

Je crois que la réponse doit-être trop longue ne serait-ce qu'à imaginer, parce que ses lèvres sont de nouveaux sur les miennes mais cette fois dans un geste beaucoup plus doux. Je sens des larmes m'échapper alors que sa langue vient frôler mes lèvres pour me demander un baiser plus intense. J'entrouvre la bouche et je me perds totalement dans cet échange, nos langues se cherchent, dansent presque l'une avec l'autre alors que je sens que mes jambes commencent à flancher, que mon cœur s'apprête à sortir de ma poitrine et qu'un feu d'artifice destructeur mais aussi magnifique, ravage mon bas ventre. C'est fou ce que ça a pu me manquer.

Pour la première fois depuis une éternité, je me sens enfin entière et à ma place. Je suis au bord de l'asphyxie mais je ne serais pas l'instigatrice de la fin de ce baiser, c'est hors de question. C'est sûrement stupide pourtant, j'ai la sensation que ma vie dépend de ce baiser. Je la sens s'éloigner et c'est dévastateur. J'aimerais la retenir sauf que nous sommes toutes les deux à bout de souffle. J'ouvre difficilement les paupières pour me plonger dans ce magnifique vert qui ressemble, à s'y méprendre, au paradis. Je ne le vois pas mais je sais qu'elle sourit, c'est une évidence troublante.

- Je t'aime Clarke.

Un murmure entrecoupé par une respiration difficile mais elle l'a enfin dit. Je ne pourrais pas être plus heureuse. Je resserre mes doigts sur le tissu de son débardeur. Il faut que je m'accroche à quelque chose sinon je sens que je vais m'effondrer. J'ai cette sensation que tout est bien plus fort que la première fois, plus vrai peut-être. Mince… je crois que jamais avant ce baiser je ne l'ai désiré à ce point. C'est peut-être même la première fois que j'ai envie d'aller plus loin.

Je m'oblige à souffler. Je ne la quitte pas des yeux, pas même une seconde. Je crois… en fait, je suis même plutôt sûre qu'elle sait très bien ce que je ressens et ce dont j'ai envie. Ça ne semble pas lui faire peur. Peut-être que c'est pareil pour elle. Et en même temps, je suis persuadée que ce n'est pas encore le moment. Nous avons encore tellement de choses à nous dire.

- Je t'aime Lexa. Toi et tout ce qui vit en toi, même ce monstre dont tu as si peur.

- Je dois être une femme bien chanceuse pour avoir eu le droit d'être aimée de toi.

- Et moi de toi.

oOoOo

Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a plu. Le Clexa est de nouveau en selle avec ce premier tout nouveau baiser. Elles ont encore beaucoup à se dire mais il faut laisser du temps au temps. Vos petits cœurs se sentent mieux ?

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

Les Notes :

Note n°1 : Tracy Chapman – Baby Can I Hold You

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « Elle » (Je connais le titre du prochain chapitre, victoire ! J'ai presque un chapitre d'avance, j'ai les trois quart d'un chapitre d'avance... XD) Sur ce, je vous souhaite une bonne journée moi, je vais dormir! ;)

GeekGirlG.