Salut à tous ! :)

Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Je suis vraiment désolée pour l'absence de réponses aux reviews en ce moment, je suis complètement déborder, trop de boulot, je manque cruellement de temps... je vais essayer d'y répondre ce week-end ! En tout cas, mille fois merci d'être toujours là, de lire et de me montrer que vous apprécier mon travail, c'est super agréable et mine de rien ça donne un coup de booste en cas de besoin ! ;)

Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable. Nous nous excusons pour le léger retard de cette semaine... malheureusement, nous sommes parfois surmener.

Quelques mots sur ce chapitre : Nouveau chapitre avec le point de vue de Lexa, divisé en trois grandes parties avec des ambiances complètement différentes. Je vous laisse découvrir tout ça.

Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.

Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)

oOoOo

I Hear Your Voice

But I can't do this alone Mais je ne peux pas faire ça seul
Sometimes I just need a light
Parfois j'ai juste besoin d'une lueur

Martin Garrix - There For You

Chapitre 44 : Instable

J'arrête ma moto devant les urgences. Je retire mon casque avant de me figer. J'ai pris l'habitude d'accompagner Clarke et de la ramener tous les jours mais je n'entre jamais. C'est juste une question de bons sens. Il y a beaucoup trop de pensées incontrôlables dans les hôpitaux. Mais aujourd'hui, je n'ai pas d'autres choix.

J'inspire profondément et je franchis le seuil. En moins d'une seconde, je suis happée par un brouhaha irréel foudroyant. Je ferme les yeux avant de glisser mes lunettes sur mon nez. Je sais que ce n'est pas infaillible mais qu'elles vont aider. Entre ces murs, il y a tant de souffrance, d'espérance et de tristesse. C'est déchirant.

Avancer dans cet environnement, c'est comme marcher en équilibre sur un fil suspendu à des centaines de mètres du sol : terriblement angoissant. Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai la sensation qu'un psychopathe se tient sur ce même fil avec une lame de rasoir près à le couper. Je souffle une bonne goulée d'air alors que j'atteins enfin l'accueil.

L'infirmière griffonne rapidement quelques notes sur un dossier. Elle n'a pas remarqué mon arrivée. Je ne lui en tiens pas rigueur, après tout, j'ai tout fait pour être le plus discrète possible. Je cherche son nom sur son badge mais sa gestuelle s'obstine à me le cacher. Je m'apprête à aller chercher cette information de façon un peu moins conventionnelle lorsqu'une voix me fait sursauter :

-Lexa ? Mais que fais-tu là ?

J'ai frôlé la crise cardiaque. Je me retourne tel un automate vers Abby. J'esquisse un sourire timide avant d'effectuer un léger signe de tête et de murmurer alors que j'ai la sensation que ma voix est avalée par toutes les autres :

-Bonjour.

-Oui, évidemment bonjour, réplique Abby. Il y a un problème ? Tu es blessée, malade ?

-Euh… non.

-Tu me rassures. Clarke ferait une crise de panique dans le cas contraire ou bien pire encore. Dans ce cas, que fais-tu là ?

-Je viens, je baisse les yeux, voir Clarke. Elle m'a dit que sa pause déjeuné serait à onze heures.

-Vraiment ? Tu n'es jamais venue ici depuis ton retour.

Oui et c'était mille fois volontaire ! Si je n'avais pas à ce point besoin de ses conseils, je ne serais pas là. Je sais très bien que je pourrais attendre son retour mais elle serait capable de m'accompagner alors que je sais que j'ai besoin de faire ça seule. J'imagine que d'un certain point de vu, ce repas est une façon pour moi de recharger mes batteries.

-Ouais et bien c'était avant.

-Je vois. J'ai une intervention dans moins d'une demi-heure, dit-elle en scrutant sa montre. Je vais te conduire à Julia. Elle saura où se cache Clarke.

-Merci.

-Tu es certaine que tout va bien. Tu sembles, Abby s'approche pour me fixer, souffrante…

Hum hum… j'ai des milliers de personnes dans la tête. Je confirme que ce n'est pas dès plus agréable. Je me force à sourire et à avoir l'air le plus détendu possible avant de lui répondre :

-J'ai mal dormi, c'est peut-être pour ça.

-Peut-être, réplique lentement Abby.

Je commence à être habituée aux soupçons de la mère de Clarke. Depuis mon retour, elle ne peut s'en empêcher. Elle a accepté que je sois honnête sur mes sentiments. Une fois, elle a même affirmé que notre amour crevait les yeux. Pourtant, elle reste encore sur ses gardes. Dans son for intérieur, elle sait que je cache quelque chose. Évidemment, elle n'a pas tord mais je ne vois pas comment je pourrais lui révéler mon grand secret.

Plus d'une fois j'ai essayé d'imaginer sa ou ses réactions mais ça se finit rarement bien. Je n'oublie pas qu'elle a déjà voulu me découper avec un scalpel. Je voudrais éviter un nouvel incident. Je ne suis pas certaine que Clarke pourrait l'arrêter une seconde fois. Je grimace à cette simple idée.

Abby rentre dans une pièce et je m'arrête sagement devant la porte. Je remarque que je suis devant le bureau des infirmières. Je perçois des voix quelque peu étouffées ici et là. Parfois je n'arrive pas à comprendre comment ce qui est ancré dans la réalité peut me sembler si loin, voir même hors d'atteinte alors que le reste est si… prédominant.

C'est dans ce genre de moment que j'ai le plus besoin de Clarke. Je suis devenue complètement dépendante de sa présence. Je ne demande pas grand-chose. Pas moins qu'un sourire par jour. Bien entendu, j'ai bien plus. J'aime de plus en plus notre complicité, notre vie. Tous nos moments.

-Lexa, pour la seconde fois en très peu de temps, Abby me fait sursauter, je te présente Julia. Elle va te trouver Clarke. Il faut vraiment que j'y aille, elle effectue quelques pas avant de se retourner, Julia, je te préviens, s'il arrive le moindre mal à cette jeune fille, si tu la tortures avec tes questions, même si tu la perds dans les couloirs, tu auras à faire à moi. Lexa fait partie de la famille.

Je ne peux m'empêcher de fixer Abby avec étonnement avant qu'elle ne me sourit comme si de rien n'était. Sauf que c'est énorme ! Je fais partie de la famille Griffin ! Si je m'écoutais, je lèverais le poing en l'air en signe de victoire. Je viens de faire un pas de géant. Je suis trop heureuse.

-Wow, souffle Julia à mes côtés, la dernière fois qu'elle a été aussi dure avec moi, c'était le premier jour de Clarke. Tu es quoi, sa fille cachée ? Ah oui, non, stop. Fais comme si je n'avais pas posé cette question, au-delà de mon poste, je tiens à ma vie. Griffin peut être barge par moment. Mon dieu… ne lui dis pas que j'ai dit ça !

Je ne peux m'empêcher de rire à la fin de cette succession de phrases. Je passe une main dans mes cheveux avant de souffler un :

-Désolée. Je crois que d'habitude c'est moi qui me mets dans cet état face à Abby.

-Nous nous sommes déjà vu ? Ton visage m'est familier.

-Je suis venue voir Clarke il y a quelques mois. Tu es les cookies menthe, j'affirme en souriant.

-Oh mais oui, je me souviens maintenant ! Clarke a menacé de me tuer ce jour là !

-Vraiment ?

-Oui, si je prévenais sa mère que tu étais là.

-Ah oui… il y a de fortes chances qu'elle t'aurait tué en effet.

-Je ne sais toujours pas pourquoi… oh ! Et tu es la fille qui est restée trois heures dans la salle d'attente à parler aux patients ! Je m'en souviens maintenant ! Le Ouganda et Lexa, les seules infos que j'ai réussi à avoir. Je peux donc enfin savoir : qui es-tu ?

Je me stoppe net alors que j'aperçois Clarke en face à face avec le distributeur. Son collègue Jessi qu'elle déteste tant à ses côtés. Ils discutent tranquillement d'un patient. Je crois que tant que tout est bien professionnel entre eux, tout se passe bien. Julia continue d'avancer sans moi en me posant un tas de questions.

Je souris alors que Clarke essaye de se décider entre un sandwich au thon et une salade composée. Je l'entends se plaindre mentalement que ma cuisine est bien meilleure et qu'elle devrait penser à se préparer des boîtes pour ses journées interminables. J'imagine qu'elle sera plus qu'heureuse en apprenant que j'ai emmené le repas.

-Hey Griffin bis, l'interpelle Julia. Il y a quelqu'un pour toi.

-Quand vas-tu arrêter de te faufiler dans mon dos, bougonne Clarke.

-Tant que tu t'obstineras à me cacher des choses, je serai un fardeau pour toi.

-Mais de quoi tu parles encore ? soupire-t-elle.

-La fameuse Lexa d'il y a quelques mois est là, l'informe Julia.

-Le canon, demande Jessi.

Ni une ni deux, il se prend un coup rapide dans l'estomac. Clarke se tourne vers lui avec un regard noir. Pendant une seconde je crains pour la vie de cette pauvre chose avant qu'elle ne semble avoir le déclic. Elle se concentre de nouveau sur la chef des infirmières et demande :

-Comment ça Lexa est là ?

-Et bien elle est juste, commence-t-elle en se tournant, elle me suivait, enfin, je crois.

-Tu as perdu Lexa dans les couloirs ? demande ma petite amie avec une pointe d'inquiétude dans la voix. Je vais te tuer !

-Mais pourquoi vouloir me tuer à chaque fois que cette fille est dans l'hôpital !

-Je, reprends Clarke alors que je fais un signe vers elle pour qu'elle me repère. J'ai peut-être été excessive. Je suis désolée Julia.

Clarke délaisse ses collègues pour s'avancer vers moi. Elle a ce genre de sourire qui pourrait révéler même à un inconnu son amour pour moi. Niveau discrétion, c'est nul mais je l'adore d'autant plus.

-Hey, prononce-t-elle une fois à ma hauteur.

-Salut.

-Qu'est-ce que tu fais là ?

-Oh, je commence en ouvrant mon sac à dos, j'apporte le déjeuné et accessoirement j'avais besoin de parler si ça te va.

-Tout repas qui ne sorte pas de cette machine est béni et je serai toujours à ton écoute, sourit-elle.

-Je ne voulais pas te déranger sur ton lieu de travail mais…

-Il n'y a pas de soucis. Je suis en pause. Je fais ce que je veux pendant ce temps là, encore heureux.

-Parfait.

-Parfait, répète-t-elle.

-Une dernière chose, est-ce que je t'ai vu frapper ce pauvre garçon ? je demande en pointant Jessi du doigt.

-Ce pauvre garçon, bougonne Clarke. La prochaine fois qu'il ose dire que tu es canon devant moi, je fais en sorte qu'il n'ait que les dossiers des hommes chauves dans les mains. Je suis sûre que ses pensées sont purulentes de pensées obscènes, elle soupire.

Je fronce les sourcils à la fin de cette affirmation. J'observe le médecin. Il est un peu loin pour que je puisse me concentrer sur ses pensées. Je me demande si Clarke a raison.

-Je peux savoir ce que tu fais ? intervient rapidement Clarke en bloquant mon regard par le sien. N'essaye pas de lire dans ses pensées. Je te l'interdis ! Tu vas encore être choqué

-Je me demandais juste si tu avais raison.

-Qu'importe. Tu ne peux pas lire dans les pensées de cet abrutit. Imagine que tu trouves quelque chose de glorieux, hein ? Après quoi, je serai obligée de l'apprécier ? Jamais !

Je ris doucement. J'adore quand elle parle de ma capacité comme si s'était la chose la plus normale qui soit. Je n'ai jamais besoin de me cacher. Je suis toujours entièrement moi. C'est vraiment agréable.

-Je ne le ferai plus, promis.

-Je suis rassurée, sourit-elle. Allons manger, je meurs de faim !

Elle nous conduit jusqu'au réfectoire. Elle a eu une pensée pour le toit mais elle s'est souvenue que nous étions au mois de novembre et qu'il commence franchement à faire froid. Elle me demande de m'installer à une table un peu éloignée avant d'aller chercher assiettes, couverts, verres et pichets d'eau. Une fois assise en face de moi, elle pousse un soupir.

Je vois très bien ses traits fatigués. Les horaires des urgences ne sont définitivement pas les plus agréables mais Clarke aime véritablement son métier. Elle n'a qu'une hâte, enfin finir son internat.

-Vas-y fais moi rêver. Qu'est-ce que tu as préparé ?

Je sors une boite de mon sac et l'ouvre sous ses yeux. Je vois ses yeux briller devant le plat fumant. Elle inspire profondément avant d'affirmer le plus naturellement possible :

-Tu es parfaite !

-Poivrons farcis aux lentilles, tomates, basilic et feta, j'annonce.

-Okay, je suis prête à entendre n'importe quoi, affirme-t-elle en portant une première fourchette à sa bouche. Non mais c'est indécent ! Tu vas être obligée de venir tous les jours pendant la période hivernale avec un repas chaud.

-Tu sais que je travaille moi aussi, n'est-ce pas ?

-Tu négocies déjà tes horaires avec Kasia en fonction des miennes, un peu plus, un peu moins…

-Malheureusement, il faut du temps pour cuisiner Clarke.

-Foutaises ! Tout le monde sait que c'est un horrible mensonge pour faire fonctionner l'industrie du surgelé et des plats préparés, finit-elle avec un clin d'œil. De quoi tu voulais me parler ?

-Je, je commence hésitante, je m'apprête à faire quelque chose de stupide.

Clarke fronce les sourcils avant d'arrêter de manger. Je vois des centaines de questions défiler à la vitesse de la lumière. Puis elle énonce avec douceur :

-Et tu souhaites que je trouve les bons mots pour t'en empêcher.

-En fait… plutôt le contraire.

-Pardon ?

-J'ai besoin d'encouragements, je répète.

Maintenant Clarke me fixe comme si j'avais perdu la tête. Je ne peux pas lui en vouloir. Je ne suis pas certaine que je me sois si bien expliquée. Elle me fixe intensément avant de mordiller sa lèvre inférieure. Un petit sourire triste apparaît alors qu'elle comprend enfin.

-Je vois. Sebastian est en ville et tu as décidé d'aller lui parler.

Je secoue la tête en guise de réponse. Plusieurs émotions assez troublantes passent dans les yeux de Clarke. J'ai du mal à le supporter alors je baisse les miens. Elle attire très vite de nouveau mon regard en posant avec douceur sa main sur la mienne.

-Je n'ai aucune chance de te convaincre de m'attendre.

-Je dois le faire seule.

-Je pourrais attendre dans la voiture, être présente pour toi, après.

-Tu le seras, après.

-Je serai surtout morte d'angoisses à t'attendre à la maison, oui.

-Clarke, je soupire, s'il te plaît. Dis les mots.

Un vrai silence s'installe entre nous. Je l'apprécierais certainement si mon cœur ne cognait pas aussi violemment dans ma poitrine. Il n'y a vraiment qu'elle pour réussir à me mettre dans un tel état d'attente. Je suis pendue à ses lèvres et je sais au fond de moi que sans son approbation, je n'y arriverai jamais. J'ai besoin de sa force, de celle qu'elle m'insuffle tous les jours depuis notre premier regard.

Son pouce glisse sur le dos de ma main formant les boucles de l'infini. Je la vois sourire alors que mes yeux sont rivés sur son regard. Elle secoue doucement la tête de droite à gauche avant de se pencher un peu plus sur la table pour murmurer :

-Tu peux y aller ma guerrière. Fonce, fais-lui mordre la poussière mais après le repas, précise-t-elle.

-Merci.

-Tu as réfléchi à ce que tu allais lui dire ?

-Pas vraiment. Quelque chose du genre soit c'est toi, soit c'est moi mais quelqu'un doit l'annoncer à Lincoln.

-J'ai connu de meilleurs plans.

-C'est parce que je n'ai pas de plan. Sebastian m'a toujours impressionné.

-Et tu ne veux pas que je vienne avec toi, grogne-t-elle.

-Ne t'en fais pas, j'ai une arme secrète.

-J'espère qu'elle est en Kryptonite cette arme, réplique Clarke toujours boudeuse.

-J'ai mieux que de la Kryptonite, je souris. J'ai des réponses.

-Tu as fini la traduction du cahier de Nan' ?

-Tout juste oui, avoue que c'est le timing parfait. C'est forcément un signe.

-Lexa, souffle-t-elle, ne le laisse pas te faire du mal. D'accord ?

-…

-Ne me regarde pas comme ça. Tu as tendance à prendre tout trop à cœur quand il s'agit de ta famille mais… ta vrai famille, c'est Luna, Raven, Nangila, Kasia, mes parents, moi et peut-être Aiden depuis qu'il ne joue plus les abrutis. Ne l'oublie pas quand tu seras seule avec lui. Promis ?

-Promis.

-Bien, maintenant, et si nous parlions d'un vrai plan pour me venger de Jessi ! J'ai besoin de ton avis, aujourd'hui il n'a pas arrêté. J'attends tes suggestions…

Je souris alors que Clarke part dans un monologue. Le repas est agréable et il me remonte le moral avant l'affrontement. Je sais qu'elle a raison. Je dois trouver un moyen pour rester hermétique à toutes les attaques que pourrait me lancer mon oncle.

Je me sens assez confiante alors que j'accélère sur la voie rapide avec le sourire encore aux lèvres. J'entends encore les derniers mots de Clarke raisonner avec douceur à mes oreilles. Tout va bien se passer et si ce n'est pas le cas, une belle blonde sera présente pour me réconforter. Toujours.


I am a question to the world, Je suis une question pour le monde
Not an answer to be heard.
Pas une réponse à être entendue
All a moment that's held in your arms.
Tout un moment qui a tenu dans tes bras
And what do you think you'd ever say ?
Et que penses-tu que tu ne diras jamais ?
I won't listen anyway
Je n'écouterai pas de toute façon
You don't know me,
Tu ne me connais pas,
And I'll never be what you want me to be.
Et je ne serai jamais ce que tu veux que je sois.

Johnny Rzeznik - I'm Still Here

Ma main est suspendue en l'air. J'ai besoin de quelques secondes de plus pour rassembler assez de courage et l'affronter. J'inspire profondément, clos mes paupières et me plonge dans mes derniers souvenirs de Clarke. Je l'entends presque souffler à mon oreille que je suis une guerrière. Je souris et j'exécute le geste.

Je me recule, juste d'un pas. Je suis morte d'angoisse. Je n'ai pas vu Sebastian depuis très, mais alors, très longtemps. Il était à l'hôpital le jour de l'accident. Enfin je crois. Je n'étais pas vraiment moi-même ce jour là et tous mes souvenirs sur ce jour sont assez embrumé.

La porte s'ouvre brusquement. Mon oncle à son portable collé à son oreille. Il ne semble pas encore m'avoir remarqué. J'avais oublié qu'il était aussi grand, ses cheveux courts et noirs, sa barbe travaillée et ses costumes si chers. Tout me revient tel un flash parce que finalement, il n'a pas tellement changé.

Ses yeux se posent sur moi et ils sont immédiatement habités par l'incompréhension et la colère. Il fronce durement les sourcils. Je suis tentée de faire un pas en arrière. Il m'intimide tellement mais je n'en fais rien. Il doit comprendre que je suis là et que je ne bougerai pas tant que je n'aurai pas parlé avec lui.

-Stéphanie, je te rappelle, écourte-il sa conversation téléphonique. Lexa, il prononce mon prénom sans aucune délicatesse, tu n'es pas la bienvenue ici.

-Crois-moi, j'en ai conscience.

-Bien. Dans ce cas, il me montre son portail, je ne te retiens pas.

-Nous devons parler, je campe sur ma position en croisant les bras.

-Je n'ai rien à te dire.

-Très bien dans ce cas, je vais parler et tu vas écouter. Ce sera bien plus facile.

-Je ne crois pas petite.

-Qui a dit que je te laissais le choix ?

Je conclus ma question en me faufilant tant bien que mal. Je dois user de ma capacité à plusieurs reprises pour éviter qu'il ne stoppe mon avancée. Une fois dans la cuisine, j'estime être en sécurité et lui souris.

-Je ne veux pas de toi dans cette maison. Sors immédiatement.

-Je peux me prendre un verre d'eau ? Oui. Merci, c'est très attentionné de ta part. Hum… d'accord premier tiroir à gauche pour les verres.

-Mais qu'est-ce que tu fais ? me demande-t-il alors que j'ouvre le frigo.

-J'adore le jus d'ananas et tu le sais. Si tu ne voulais pas que je me serve, il ne fallait pas y penser.

-Ça suffit !

Je souris en m'asseyant sur le tabouret. Je m'accoude sur le bar avant de prendre une première gorgée du jus de fruit. Je fais très sûre de moi en extérieur mais en vérité, je n'en mène pas large. Je suis terrifiée par ses hurlements.

-Ça suffit, je répète, en effet. La dernière fois que je t'ai vu, c'était le jour de mes quinze ans. D'ailleurs, merci pour l'ambiance morose après ton départ. Il est temps de parler.

-Tu ne peux pas…

-… comprendre, je le coupe. C'est bien ça ? Je ne peux pas comprendre. Et bien tu te trompes.

-Arrête de faire ça, m'ordonne-t-il en serrant la mâchoire.

-Faire quoi ? je demande innocemment.

-De lire dans mes pensées ! Je veux que tu arrêtes tout de suite !

-Pourquoi j'arrêterais ? Ça fait parti de moi.

-Je vais appeler les flics et leurs dire que tu t'es introduite illégalement chez moi.

-Pas de soucis. Il me faudrait quoi, vingt bonnes minutes pour me sortir de là et après je reviens. Mais tu peux appeler Lincoln si tu veux. Je suis certaine que nous pourrions avoir une discussion très intéressante tous les trois.

-Je n'en parlerai jamais à mon fils, jamais ! Tu m'entends ?

-Tu ne vas pas avoir le choix.

-Qu'est-ce que tu vas faire ? Me menacer en utilisant tous tes trucs ?

-Non, bien sur que non. Je vais tenter de te convaincre.

-Tu perds ton temps.

-Lincoln va avoir une fille, j'attaque, ravale ta fierté et pense un peu à elle.

Je le vois avoir un sursaut. Il fronce un peu plus les sourcils et je peux voir ses traits être un peu plus habité par la colère. Il attaque :

-Comment le sais-tu ?

-J'imagine que tu le saurais si tu t'intéressais un peu plus à la femme qu'il aime.

-Qu'est-ce que cette fille a avoir là-dedans ?

-Cette fille, je répète presque douloureusement, tu te rends compte qu'Octavia est l'amour de sa vie, n'est-ce pas ? Comment tu peux passer à côté de ça ? Toi qui dit tant aimer ton fils.

-J'aime mon fils plus que tout au monde ! Je le protège !

Il perd le contrôle et balance son bras sur toute la longueur du bar en marbre qui nous sépare. Je regarde estomaquée mon verre encore à moitié plein se briser sur le mur à ma gauche. Je réalise que s'il l'avait voulu, il aurait pu me frapper. Je baisse les yeux. Je suis peut-être allée un peu trop loin.

Il commence une marche folle dans la cuisine. Tel un animal sauvage en cage, il passe d'un mur à un autre. Je l'observe en silence. J'attends qu'il reprenne le dessus sur ses émotions. J'écoute avec attention chacun de ses reproches silencieux.

-Personne ne sait, personne ! Être un homme est la vrai malédiction de cette famille ! Lincoln ne m'a pas écouté. Je lui ai dit de ne pas tomber amoureux et de ne pas avoir d'enfants. Ce gamin est irréfléchi ! Et elle… elle me regarde comme si elle savait. Tu ne sais rien petite ! Tu ne sais pas ! Tu m'entends n'est-ce pas ?

-Tu crois vraiment que j'ignore que tu ne supportais pas l'idée d'être épargné par le don ? Que tu voulais plus que tout le posséder alors même que ma... mère le refusait catégoriquement ?

-Tu ne sais pas ce que ça fait.

-En effet.

-Je ne ferai pas vivre ça à mon fils.

-Tu n'auras pas à le faire, je lui avoue avec calme.

-Lincoln est très heureux parce qu'il ignore tout, mais il pourrait être comme moi, et le désirer ce pouvoir si majestueux et… je le refuse.

-Je te le répète, tu n'auras pas à le faire, je conclus ma phrase en posant le cahier de Nangila entre nous. Ton fils fera son propre choix, tu le pourras aussi. Je te promets que tu n'auras plus à souffrir de ce manque si c'est ce que tu souhaites mais il faut le dire à Lincoln.

-Qu'est-ce que c'est ?

Je souris avec douceur. J'ouvre le cahier à la page qui m'intéresse. C'est la partie que nous avons eu le plus de mal à traduire. Les ancêtres de Nan' ont été très prudentes et expliquent le processus par des codes. Je comprends pour quelle raison elles l'ont fait.

Je passe mon doigts sur le dessin de l'infini qui marque un poignet. Je tourne le carnet vers Sebastian. Il parcourt les quelques lignes avant de relever un regard interrogateur sur moi. Je lui souris avant d'expliquer :

-Il y a quelques mois, j'ai rencontré Nangila, un petit garçon fantastique avec le don. J'ai cru qu'il était comme moi, qu'il l'avait reçu à la naissance et qu'il s'était révélé à la mort du dernier représentant de la génération précédente mais je me suis trompée. Il m'a expliqué que seules les femmes pouvaient naître avec. Il y a une appellation pour ceux qui reçoivent tout de même la capacité de lire dans les pensées : les hommes silencieux. Il y a un processus pour le transmettre et c'est expliqué ici. Je pourrais… le faire, si c'est ce que tu souhaites. Mais tu ne peux plus garder ce secret pour toi. Lincoln a le droit de savoir, de choisir et d'épauler sa fille le moment venu ou même son fils qui sait ?

-Pourquoi ma mère ne m'en a jamais parlé ?demande Sebastian blessé en s'effondrant sur le tabouret en face de moi. Pourquoi ?

-Simplement parce qu'elle ne savait pas. J'ai traduit du swahili codé avec un gamin de huit ans pour avoir des réponses.

-Tu… tu ferais ça ? Tu me donnerais accès au don ?

-Si c'est ce que tu veux vraiment alors oui.

-Ce que je veux vraiment ? J'en ai toujours rêvé.

-Je ne suis pas certaine que tu réalises à quel point ça peut-être handicapant par moment. Si… si je le fais, ce sera définitif.

-Si tu m'avais posé la question hier, la réponse aurait été oui, aujourd'hui c'est oui et si c'est demain ce sera encore oui.

Je fixe Sebastian d'une toute autre manière. Jamais je n'aurais pu imaginer que quelque chose qu'il n'a jamais connu pourrait lui manquer à ce point. Je sais aujourd'hui qu'il se protégeait réellement d'une déception telle qu'elle avait presque gâchée sa vie.

Je comprends mieux les inquiétudes d'Omma et ses espérances pour que ce soit lui et non ma mère qui hérite du don. Contrairement à elle, il est prêt. Il sait que ce ne sera pas facile tous les jours. Mais entre le savoir et le vivre, il y a une marche énorme. J'espère juste que l'obstacle ne sera pas trop grand pour lui.

-Avant, tu dois me promettre d'en parler à Lincoln.

-Pourquoi tu ne le fais pas toi même ?

-D'abord parce que nous ne sommes pas en très bon terme ces derniers temps, ensuite parce que c'est à toi de le faire.

-Et si j'avais refusé ?

-Je n'aurais pas eu le choix, je soupire, pour sa fille, j'aurais outrepassé ton autorité. Mais tu es son père.

-Que se passera-t-il pour le garçon de mon fils ?

-Je n'en sais rien. Nan' dit qu'il n'y a jamais eu de faux jumeaux dans sa famille.

-Je parlerai à mon fils. Quand… quand penses-tu…

-D'après ce qu'il est écrit, n'importe quand.

-Maintenant ?

-Pa… pardon ?

-Je te l'ai dit, j'en ai toujours rêvé.

-Il y a encore cinq minutes, je n'étais pas la bienvenue. Tu devrais réfléchir. Ce n'est plus un fantasme. Tu… prends au moins quarante-huit heures pour y penser à tête reposée.

-Je n'ai pas, commence-t-il, très bien. Je comprends. Où puis-je te trouver ?

-Je vis dans le studio au-dessus du bar de Kasia.

-Dans ce dépotoir ?

-Je l'ai aménagé, je ris.

Je me redresse et range le cahier. Je lui souris. Je redeviens subitement timide. Ça c'est mieux passé que ce que j'avais imaginé. Je me doutais qu'en appuyant sur la possibilité d'une possession du don, j'allais toucher Sebastian mais pas à ce point. Je me dirige vers la sortie lorsqu'il m'arrête :

-Lexa, une dernière chose.

-Hum…

-Comment fais-tu ?

-Comment je fais quoi ?

-Pour être aussi… bien. Je n'ai jamais vu ma mère ne serait-ce que sembler être heureuse. J'avais toujours la sensation qu'elle portait le monde sur ses épaules sauf quand elle était avec Kasia. Et ma sœur… je ne suis pas certain de devoir argumenter.

-J'ai trouvé mon Kim-ya, j'affirme en souriant, le silence au milieu de tout ce vacarme irréel. Je me suis construis une vrai famille dans tout ce bazar. Je suis amoureuse. Qu'est-ce que je pourrais attendre de plus ?

-Ne le prends pas mal mais je n'aurais jamais parié sur toi. Je te dis à dans deux jours.

Je souris avant de le saluer d'un signe de tête. Je ne lui en veux pas pour ces derniers mots. Il n'y a pas de mal. Moi non plus, je n'aurais pas parié sur moi, du moins pas avant de rencontrer Clarke. Je fais glisser mon casque. Il est temps de la retrouver.


I'm just trying to be somebody J'essaie juste d'être quelqu'un
You can love, trust and understand
Que tu peux aimer, croire et comprendre
I know that I can be
Je sais que je peux être
A part of you that no one else could see
Une partie de toi que personne ne pourrait voir

Amy Winehouse - I Love You More Than You'll Ever Know (Reprise de Donny Hathaway)

Je me stationne devant le bar et entre par ce dernier. Je salue poliment quelques habitués avant de discuter des banalités avec Kasia. J'aurais pu rester bien plus longtemps si elle ne m'avait pas annoncé de but en blanc que Clarke était déjà rentrée. Je n'avais pas réalisé qu'il était si tard. Évidemment que la bonde a fini sa journée.

Je rentre donc chez moi le sourire aux lèvres. Je suis vraiment soulagée, cette journée s'est véritablement mieux passée que ce que j'avais imaginé. J'ai à peine le temps de poser mes clefs à leurs place que ma petite amie, qui à ce moment précis ressemble plus à une furie, me saute dessus. Elle plaque ses lèvres sur les miennes en s'accrochant à mon cou avant de partir dans des questionnements complètement farfelus.

Je ne peux m'empêcher de rire. Je caresse avec douceur sa joue. Je me plonge dans ses yeux et m'y perds quelques secondes. Clarke est vraiment devenue mon monde. Je souffle :

-Tout s'est bien passé.

-Vraiment ?

-Je te l'assure.

-Donc Lincoln sait ?

-Non pas encore. Sebastian va lui en parler lui-même.

-Et qui va le dire à O ? Parce que j'exige d'être présente ce jour là. On ne sait jamais avec les bébés… t'imagine s'il y avait un problème ?

-Tu es vraiment inquiète ou tu as trop envie de savoir la tête qu'elle va faire ?

-Un peu des deux, elle avoue amusée. Donc tout va bien ?

-Oui.

-Tu sais que nous sommes mardi ?

-C'est parti pour la préparation de la MSTP !

Je l'embrasse tendrement avant de rejoindre la cuisine. Je prépare une pizza, chèvre et miel avec des tomates cerises sous les yeux admiratifs de Clarke alors qu'elle me raconte la fin de sa journée. J'enfourne notre repas et maintenant que je n'ai plus d'autres occupations, je n'ai pas d'autres choix que de la dévorer du regard.

Ce n'est pas fréquent mais après la question de Sebastian, je ne peux m'empêcher de me demander ce que serait ma vie sans elle et quelque soit le scénario, ça me semble toujours terrible. Je me sens grimacer et aussitôt Clarke demande :

-Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu plisses du nez. Je sais que ça ne va pas quand tu fais ça, dis-moi.

-Je vais parfaitement bien.

-Lexa, soupire-t-elle.

-J'aime ce que nous sommes en train de construire toutes les deux.

-Moi aussi, affirme-t-elle en m'embrassant. Mais ça ne me dit pas ce qui ne va pas.

-Rien. Je t'assure tout va bien.

-Tu es sûre ?

-Absolument. Tu sais à quoi je pensais ?

-Non, je n'ai pas cette chance, me sourit-elle.

-Tu es mon monde Clarke Griffin, je t'aime.

Clarke sourit un peu plus si c'est possible. Avec une infime douceur, elle vient embrasser mon front, mon nez et mes lèvres. Alors que nos souffles encore perturbés par le baiser se mélangent, elle me confit elle aussi ses sentiments. Je me perds encore une fois dans l'océan qui habite ses iris en me mordillant la langue. Elle est tellement belle et si parfaite.

Elle me tend la main, je glisse mes doigts entre les siens et nous nous installons dans le salon. Elle est plus avachie sur moi qu'autre chose mais je ne vais pas m'en plaindre. Elle attrape la télécommande avant de commencer à zapper en attendant que notre repas soit près pour nous mettre devant un film. Elle s'arrête sur une chaîne musicale. J'écoute attentivement les paroles de la chanson d'Andra Day. J'attends le bon moment et chante au creu de l'oreille de Clarke :

-When the silence isn't quiet and it feels like it's getting hard to breathe. And I know you feel like dying but I promise we'll take the world to its feet and move... mountains. We gonna walk it out. When the silence isn't quiet.(Quand le silence n'est pas paisible et qu'il semble que ça devienne dur de respirer. Et je sais que tu te sens comme si tu mouraismais je te promets nous remettrons le monde sur pieds et déplacerons... des montagnes. On va s'en sortir.) Cette chanson, c'est toi.

-Rise up ? me demande-t-elle dubitative.

-Pour moi, oui. Aucun doute. Tu es ma raison de me lever, de me relever et de me battre.

-Ça me va.

-Tu sais… maintenant, avec toi, le silence existe, je n'ai plus la sensation d'étouffer ou de mourir. Tu as vraiment déplacé des montagnes. J'existe de nouveau au milieu de tout ce boucan.

-Le silence existe, sourit-elle en collant son oreille contre mon cœur. J'aime cette idée.

-Tu es le silence Clarke.

Elle se redresse brusquement en écarquillant les yeux. Elle semble vouloir dire quelque chose mais ses mots meurent sur ses lèvres. Je lui souris. Je viens l'embrasser comme pour lui signifier que ce qu'elle a entendu et ce que j'ai affirmé est vrai. Je répète tout de même :

-Tu es mon silence Clarke.

Je sens des larmes s'écouler. Je les essuie d'un geste lent, calme et doux. Elle mordille ses lèvres avant d'affirmer la voix enrouée par l'émotion :

-C'est la plus belle déclaration que tu ne m'aies jamais faites.

oOoOo

Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a plu. J'ai adoré écrire le moment à l'hôpital, j'espère qu'il vous a plu tout comme la confrontation avec Sebastian. Alors vous croyez qu'il va débarquer chez Lexa dans quarante-huit heures ? Et la fin… bref, j'ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé ! :)

Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.

Les Notes :

Note n°1 : Martin Garrix - There For You

Note n°2 : Johnny Rzeznik - I'm Still Here

Note n°3 : Amy Winehouse - I Love You More Than You'll Ever Know (Reprise de Donny Hathaway)

Note n°4 : Andra Day - Rise up

En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « Retombées »

GeekGirlG.