Salut à tous nous sommes Mer... mardi ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Merci infiniment pour vos nombreux retours, ça me touche énormément ! Merci aussi aux nouvelles ajouts en favoris et tous les autres !
Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.
Quelques mots sur ce chapitre : Un nouveau POV pour marquer une petite avancée dans le temps. Je vous laisse découvrir laquelle au fil de la lecture, et découvrir les choix et conséquences qui se sont déroulés autour de ce temps passé.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
oOoOo
I Hear Your Voice
You walked into the roomTu es rentrée dans la pièce
And now my heart has been stolenEt maintenant tu as volé mon cœur
James Arthur – Can I Be Him
Chapitre 49 : Héritage
J'observe l'horizon sans dire un mot avant de lentement, très lentement fermer les yeux. Je me sens sourire alors que le silence m'entoure. J'inspire profondément en analysant chaque son, chaque bruissement. J'essaye de trouver un sens à tout ce qui m'entoure. Je parviens presque à entendre la musique qui se diffuse dans mes écouteurs qui sont négligemment posés sur mon épaule.
Mes pieds s'enfoncent un peu plus dans le sable. Chaque vague qui s'écrase à seulement quelques mètres de moi me fait frissonner. Instinctivement, je resserre mes bras sur mon corps. Je peine à croire que cette mélodie puisse un jour devenir un enchaînement de bourdonnement agaçant. Je passe une main lasse sur mon visage.
Très bien, je suis prêt. Je le suis vraiment. J'ouvre de nouveau les paupières et place ma main devant mes yeux pour ne pas être ébloui. Je sais que c'est le bon choix. Je vais faire ce qu'il y a de mieux pour ma famille, pour ma fille.
Je retourne dans notre maison de vacances. Je n'y avais pas remis les pieds depuis bien longtemps. Je m'arrête à quelques mètres. J'entends au loin une conversation entre O et Clarke. Je souris en percevant certaines paroles, depuis leurs naissances, tout tourne autour des jumeaux. Je me tourne vers la provenance de leurs voix et les découvre à boire le café sur la balancelle. Je perçois un bruissement dans mon dos et les quitte des yeux pour découvrir Lexa arriver, un magnifique sourire aux lèvres, accompagnée de Nangila.
J'ai appris à connaître ce jeune garçon et il est tout bonnement incroyable. Quand j'ai pris la décision d'accepter de devenir un homme silencieux, il m'a tout de suite demandé s'il pouvait être présent. J'ai très vite compris l'importance de sa demande en captant le regard et le sourire de Luna. J'ai alors accepté sans plus réfléchir. Je sais qu'en plus de Lexa, il saura me conseiller les jours où ce sera trop difficile.
Nangila m'aperçoit avant de faire un grand geste de la main. Son sourire est gigantesque, communicatif. J'espère que mes enfants auront ne serait-ce que la moitié de toute cette vivacité et cette bonne humeur. C'est vraiment un gamin génial. Je comprends que Luna ait pu tomber sous son charme. Il réduit la distance qui nous sépare en courant, il pile, aborde un sourire encore plus incroyable avant de me demander :
-Alors, c'est le grand jour ?
-Oui.
-Tu as peur ? reprend-il timidement.
-Je ne suis pas certain que ce soit le bon mot.
Lexa arrive à notre hauteur, elle attire l'attention de Nangila en passant affectueusement sa main droite sur le haut de ses cheveux. Il se contorsionne pour la regarder. Elle lui sourit. Elle ne dit pas un mot et pourtant, je sais qu'ils communiquent. Il y a une telle étincelle dans leurs yeux. Maintenant que je sais, je me rends compte, qu'il y avait tellement d'indices. Je réalise que d'une certaine manière, j'ai peut-être choisi de ne pas savoir.
Le fils de Luna finit par acquiescer avant de courir jusqu'à la maison. Je vois Lexa faire de gros yeux alors qu'il glisse sur la terrasse. Un rire moqueur m'échappe alors qu'elle soupire de soulagement quand il se rattrape au dernier moment.
-Ne rit pas, m'ordonne-t-elle. S'il a la moindre égratignure, Luna me tue.
-Il y a des chances, en effet. Elle ne vient pas ?
-Elle arrive. Elle devait parler avec Raven avant.
-Luna semble de plus en plus heureuse depuis que Raven est revenue en ville.
-Tu m'étonnes, soupire Lexa.
-Tu ne vas pas me faire croire que ça ne te fait pas plaisir.
-Oh mais, elle inspire fortement, je suis très, elle insiste sur ce mot, heureuse pour elles, très, souligne-t-elle de nouveau.
-Dans ce cas, quel est le problème ?
-J'imagine que tu comprendras bientôt. Honnêtement, je ne sais pas comme Nan' peut vivre avec elles. C'est… indécent.
J'éclate de rire en imaginant le genre de pensées qui doivent perturber Lexa. Elle me frappe gentiment l'épaule en me demandant de ne pas me moquer. Je fais mon possible mais je n'arrive pas à m'arrêter. Ma cousine lève les yeux au ciel avant de claquer sa langue contre son palet.
-Désolé, je souris. Vraiment, je ne devrais pas…
-Tu ne devrais pas en effet, affirme-t-elle avec un regard noir.
-Okay, tu comptes me le faire regretter un de ces jours, n'est-ce pas ?
-Exactement !
-Je ne peux pas croire que tu serais si cruelle. Tu sais si Anya est arrivée ? Elle a dit qu'elle viendrait. Et d'ailleurs, tu en as parlé aux parents de Clarke ?
J'ai à peine le temps de finir de poser ma question que je la vois baisser les yeux et avoir une moue coupable. Une seule conclusion possible : elle n'a toujours pas trouvé le courage de parler de son don à Abby et Marcus. Je trouve cela dommage d'autant que je sais à quel point Lexa tient à eux.
Je viens agripper ses épaules, lentement, elle relève les yeux pour me fixer. Je lui souris. J'essaye de comprendre ce qui l'effraie à ce point. Je passe ma langue sur mes lèvres. J'ai appris à faire très attention à mes mots depuis que je sais. J'ai conscience qu'ils ont énormément d'importance. Je comprends tellement mieux toutes les épreuves par lesquelles Lexa a dû passer et à cause de l'égoïsme de mon père, elle était seule. Je sais que je n'ai pas été un modèle de perfection le jour où j'ai appris la nouvelle mais j'aime croire que j'aurais su être là pour elle si j'avais su plus tôt.
-Lexa, je commence prudemment, ça va faire huit mois.
-J'en ai conscience.
-Pourquoi tu ne… qu'est-ce qui te fais peur ? Nous serons tous là pour toi, pour te soutenir, si ça devait mal se passer.
-J'ai peur…
Un voile passe sur ses yeux. Elle tord nerveusement ses doigts avant d'éviter mon regard. Elle fixe ses baskets noires aux lacets jaunes et elle les observe comme si elle était surprise de les trouver là. Je secoue la tête amusé mais je respecte ce moment. Je ne sais que trop bien qu'il est difficile de parler de ce qui nous effraie.
J'ai volontairement évité de parler du problème du don familial durant plus de quatre mois. Je ne voulais l'évoquer avec personne, pas même O. J'étais terrifié à l'idée d'en arriver à la même conclusion. Je me dois d'accepter ce don, pour Victoria et pour Lexa. Je le dois.
De plus, je me serais vraiment retrouvé con avec Aiden qui veut le faire depuis la naissance des jumeaux. Lexa a été très méfiante avec ma décision. Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé avec mon père mais je suis certain qu'il lui a fait du mal, encore. Je ne l'ai pas revu depuis décembre. Ce n'est pas étonnant, il a toujours été du genre à partir. Fuir est une activité qu'il a toujours parfaitement su maîtriser. J'imagine qu'il a pris peur.
Je me sens attristé pour Lexa, elle mérite d'être soutenue. Je suis en colère contre lui. Il aurait pu surmonter ses craintes, au moins pour Victoria. J'imagine, qu'elle n'a pas trouvé grâce à ses yeux et que son cœur est trop étroit. Il ne peut pas contenir tout son égaux et le seul amour de toute sa vie : moi. J'ai souvent comparé cette façon qu'il a de me surprotéger, malsaine. Enfant, il ne me laissait pas vivre et maintenant, je sais qu'il m'a toujours menti. Toujours.
J'admets que l'épreuve de la pièce est un véritable enfer, surtout la première fois. Je… j'ai bien failli renoncer et je l'aurais fait si Lexa ne m'avait pas soutenu. Comme bien d'autres fois, je lui dois énormément. Elle a su voir au-delà de mon masque, trouver les mots, sourire, tout simplement être présente. Aujourd'hui, c'est mon tour, ma façon de lui rendre la pareille.
-De quoi as-tu si peur ? Tu peux me parler. Tu le sais ?
-N'est-ce pas évident ? me demande-t-elle avec toute sa fragilité.
-Honnêtement, pas vraiment. Je t'ai vu affronter bien pire.
-Pire ? Non, je ne crois pas.
-Je veux bien croire qu'Abby ait son petit caractère mais…
-Il ne s'agit pas d'Abby, me coupe-t-elle très vite.
Je laisse un silence grandir entre nous. Je suis persuadé qu'elle va poursuivre d'elle même sur sa lancée. Je l'encourage avec un sourire timide avant de hocher la tête comme pour lui assurer que je l'écoute.
-C'est, elle ferme les yeux comme véritablement effrayée par ses prochains mots, Clarke.
-Quoi Clarke ? je l'interroge sans comprendre.
-C'est… je… je refuse de la forcer à choisir entre ses parents et moi, jamais.
-Je ne vois pas pour quelle raison elle aurait à faire ce choix drastique.
-Tu ne vois pas ? Mais parce qu'Abby est genre à cent pourcent pragmatique, je n'ai jamais, jamais, vraiment jamais, rencontré une personne aussi terre à terre qu'elle. I peine une chance sur dix-mille pour qu'elle me croit. Elle est médecin, elle pensera soit que je suis folle, soit une horrible menteuse, dans les deux cas, elle refusera que je reste près de sa fille, ce que je peux comprendre parce que…
-Hey, je l'interrompts, Lexa calme toi. Tu devrais lui laisser le bénéfice du doute.
-Désolée mais je ne suis pas du genre à me fier à 0,01 %.
-Tu imagines le nombre de zéro qu'il doit y avoir après la virgule pour représenter les personnes dans ton cas.
-Entre huit et neuf, soupire-t-elle en haussant les épaules.
-Et tu y crois à ce pourcentage, non ?
-Ce n'est pas pareil…
-Et si je venais avec toi ? Si nous venions tous avec toi ?
Lexa passe ses yeux sur moi d'une façon inédite. Je crois n'avoir jamais vu sa fragilité de cette façon avant cet instant. Je suis subitement pris d'un instinct que je ne pensais plus avoir pour elle. J'ai cette envie de la prendre dans mes bras pour la rassurer, la protéger et chasser ses peurs.
-Hey…
-Je ne veux pas la perdre. Je ne peux pas…
-Hey, je brise la distance qu'il y avait entre nous et la serre fort entre mes bras, tu ne perdras pas Clarke, jamais. Elle a tout aussi besoin de toi que toi d'elle.
-Mais…
-Il n'y a pas de "mais" Lexa et il n'y en aura jamais. Vous êtes Clarke et Lexa, un couple encore plus emblématique que Lois et Clark, finis-je en m'éloignant avec un clin d'œil.
Lexa sourit non sans perdre une larme ou deux. Je viens doucement les essuyer de mon pouce. J'espère avoir trouvé les bons mots. J'ai appris au cours de ces derniers mois qu'il y avait une énorme différence entre ce qu'elle laisse voir et ce qu'elle est vraiment. J'appréciais cette façade mais je me rends compte que j'aime bien plus cette autre visage que j'apprends à connaître.
C'est comme si elle avait attendu toute sa vie de sortir d'une chambre noire. Maintenant qu'elle est sortie à la lumière, elle a peur de se brûler. Je peux comprendre. Lexa est certainement la personne la plus courageuse qu'il m'est été donné de rencontrer. Je ne sais pas à quoi elle carbure mais c'est incroyable.
A cet instant, il n'y a qu'une seule chose qui serait capable de la faire s'incliner : Clarke. Bien heureusement, c'est aussi celle qui lui procure tout ce bonheur. Je comprends donc très bien le sérieux de ses appréhensions. Perdre Clarke serait semblable à se perdre elle-même.
Je souris alors que les paroles d'une de mes chansons favorites viennent raisonner dans mon esprit. Je trouve que c'est de circonstance alors je fais en sorte que ce soit clair comme de l'eau de roche pour Lexa. Elle lève les yeux aux ciel avant de soupirer, le tout finit par un rire. Je suis heureux d'être parvenu à égayer ce moment, elle me pouce gentiment et j'éclate de rire.
-Non mais qui a fait ton éducation musicale ?
-Je me la suis faite tout seul.
-Tu sais qu'il y a d'autres chanteuses que Tina Turner ?
-Pas d'aussi bonne qu'elle, non.
-Sérieusement ? Je peux t'en citer dix là, maintenant, tout de suite.
-Peut-être mais qui a part elle peut crier "And do I love you my oh my. Yeh river deep mountain high" ?
-Bon, je l'avoue : j'adore cette chanson vraiment mais c'est encore du Tina Turner…
-La meilleure chanteuse de tout les temps et je ne veux pas entendre tes arguments pour contrer mon avis, je suis sûr de moi.
Notre petite dispute musicale aurait pu continuer encore un temps si la voiture d'Anya et d'Adrian n'avait pas dérapé juste à côté de la moto de Lexa. Je la vois serrer la mâchoire avant d'avoir un regard noir au moment où ma coéquipière sort du côté conducteur. Ouais à sa place, je me ferais tout petit. Il faut dire qu'elle l'aime cette moto, vraiment.
J'observe le couple que j'ai toujours apprécié mais que je trouve étrange, avancer vers l'entrée de la maison. Ils sont vraiment inséparable mais je n'arrive pas à comprendre comment. Anya a toujours été une pile électrique, du genre à ce shooter à l'adrénaline alors qu'Adrian est calme, trop peut-être. Leur dynamique est vraiment étrange.
-Le jour, la voix de Lexa me fait sursauter, où tu comprendras ce qui les lit tous les deux… tu ne dois pas changer ton regard sur Anya.
-C'est ma meilleure amie, je lui confirais ma vie aveuglément même si parfois j'ai envie de lui tirer une balle à bout portant.
-Lincoln…
-Quoi ? je demande sans quitter la blonde des yeux.
-Le lien est plus fort avec ceux que nous aimons.
-Tu me l'as déjà dit... je lui assure avec un sourire.
-Ce que je veux dire c'est que… Anya… elle a un secret.
Je me retourne vers Lexa avec un air ébahi. Je n'arrive pas à croire que ce soit possible. Après tout, nous parlons d'Anya. Elle est du genre à me demander naturellement si le choix de ses sous-vêtements sont les bons et de passer comme si de rien n'était à une conversation avant de me demander ce que j'ai envie de manger au déjeuner. Je ne peux pas croire qu'elle puisse avoir un secret, pas avec moi.
-Il y a tout une partie d'elle qu'elle cache. C'est une façon de se protéger. Tu comprendras, j'en suis certaine et je sais aussi que tu sauras être présent pour elle. Mais Lincoln, c'est de ça que j'essayais de te parler. Ce don extraordinaire a un revers de médaille presque destructeur.
-Plus aucun secret, je souffle.
-Aucun, confirme-t-elle.
-Comment tu as fait pour gérer ça ?
-J'ai arrêté de parler.
Je la dévisage interloqué, c'est la première fois qu'elle évoque vraiment ce sujet avec moi. Elle me fixe dans les yeux. Elle ne semble pas se démonter et m'avoue :
-C'était le choix de facilité.
-Non, je ne pense pas. Ton frère arrive, je souligne comme pour écourter notre conversation. Cette fille est encore là, je remarque.
-Il est amoureux, me confirme Lexa.
Je laisse un silence s'installer entre Lexa et moi alors que j'observe Aiden avancer vers nous. Il discute tranquillement avec une jeune femme d'un an son aînée. Elle est presque aussi grande que lui et porte une magnifique robe nacrée qui fait ressortir sa peau chocolat. Ses longs cheveux sont tressés et ramenés dans un chignon que je dois avouer magnifique.
-Tu as encore oublié son prénom, réalise Lexa.
-Je plaide coupable.
-Mais c'est pas vrai… t'es nul comme cousin !
-Je plaide de nouveau coupable.
-C'est Lætitia.
-Merci, je souffle plus bas alors qu'Aiden laisse la main de sa petite amie pour me saluer. Alors c'est le grand jour, je souris.
-Salut Lexa, prononce-t-il avant de la prendre dans ses bras. Oui, sourit-il ensuite pour me répondre avant de passer une main nerveuse dans ses cheveux blonds, le grand jour. Je suis terrifié, avoue-t-il. Mais je sais que c'est la bonne décision. Ton père n'est pas venu ? Je n'ai pas vu sa voiture.
-Lexa pense qu'il ne viendra pas et je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose.
Je jette un regard en coin à ma cousine. Je sais qu'elle a fait tout ce qu'elle a pu pour l'aider mais il n'était pas prêt, il ne le sera certainement jamais. Je pense que mon père est trop narcissique pour posséder un tel don. Je me demande à quel point il a été difficile pour elle de subir la colère de mon père. Il était persuadé d'être assez fort pour ça mais elle lui a fait réaliser que ce n'était pas le cas.
Je me souviens encore douloureusement de cette dispute à la maternité. Lexa revenait de l'imagerie médicale avec Clarke, une atèle à la main. J'avais eu le temps de remarquer qu'elle était épuisée et subitement mon père s'est dirigé vers elle en la menaçant, criant à qui voulait bien l'entendre qu'elle était une menteuse hypocrite. J'ai vu Clarke se mettre en avant pour la protéger alors qu'elle a réalisé à voix haute que Lexa n'était pas tombée.
J'ai alors compris que s'était lui qui l'avait blessé. Je n'ai pas eu besoin de plus. Je crois que c'est à cet instant précis que j'ai réalisé que malgré les quelques années où nous avons été séparés, Lexa était bien plus ma famille qu'il ne l'a jamais été. Avant que mon père ne m'oblige à nous éloigner, nous avons toujours été très proche comme frère et sœur. C'est en revoyant Luna que j'avais commencé à de nouveau ressentir ça, mais voir mon père s'en prendre à elle m'a fait bouillir.
Il m'avait privé de tellement de choses. Je ne voulais pas le laisser empêcher Lexa d'être présente en ce jour si important. J'avais besoin d'elle, ça avait toujours été le cas. Je crois que j'avais essayé de l'ignorer pour faire plaisir à mon père, pour ne pas le perdre comme ça avait été le cas de ma mère, qui un jour était partie sans même laisser un mot. Sauf que je n'avais jamais dû me battre pour ma cousine, elle avait toujours su être là dans les bons et mauvais moments.
Je suis aujourd'hui même persuadé que si elle a poussé les portes du commissariat ce jour là, c'était pour moi. J'étais à deux doigts d'abandonner alors que je savais un homme coupable d'un horrible meurtre. Nous étions en train de perdre le procès et Lexa est arrivée, elle a posé un dossier sur mon bureau. Je l'ai ouvert et lorsque j'ai réalisé que s'était rempli de preuve, elle n'était plus présente. J'ai couru, parcouru chaque couloirs mais elle avait disparu, pourtant grâce à elle, j'ai pu faire tomber le coupable et ce n'est que lorsque le marteau du juge est tombé pour le déclarer coupable qu'elle est de nouveau apparue.
Lexa m'avait alors souri timidement avant de m'embrasser sur la joue et de me prendre dans ses bras. J'ai dû me battre de toutes mes forces pour me faire croire qu'elle ne m'avait pas manqué. Elle a ensuite pris ma main. Nous avons échangé un long, très long regard et quand elle est partie, j'avais un bout de papier dans la main. J'ai longuement fixé le post-it orange. Ses mots écrit me parlaient mais je ne voulais pas que ce soit le cas. Alors par fidélité à un père que je ne pense pas avoir un jour aimé, plus craint, j'ai chiffonné ce bout de papier et je l'ai jeté.
Je pensais ne plus jamais à avoir à me soucier de ça mais c'était sans compter sur Anya. Des mois sont passés sans que je n'ai à repenser à cette histoire. Puis nous avons de nouveau eu une enquête impossible. Ma coéquipière est un jour arrivée à mon bureau, elle faisait tourner sa chaise sur elle même en ayant des propos étranges sur les responsabilités, les choix et leurs conséquences. Pendant de longues minutes, je l'ai écouté sans comprendre où elle voulait en venir avant qu'elle ne se lève presque brusquement, qu'elle ne colle un post-it tout chiffonné sur mon clavier et qu'elle me fixe avant de m'ordonner de l'appeler.
J'ai alors de nouveau laissé mes yeux glisser sur l'écriture de Lexa. Je me souviens avoir senti les larmes se former. J'étais en plein combat intérieur. Je n'arrivais pas à choisir entre mon père et elle. Et pourtant il y avait ces mots : « je serai toujours là pour toi ». Alors que je l'avais abandonné, Lexa, elle, ne le faisait pas, elle ne le ferait jamais. J'ai alors décroché mon téléphone et c'est de cette manière, grâce à ma meilleure amie que j'ai pu de nouveau avoir Lexa dans ma vie.
-Sebastian a fait son choix, réalise Aiden. Ce ne sera donc que tous les trois.
-Tous les cinq, je souligne attirant deux regards interrogateurs.
-Lincoln, intervient Lexa, tu…
-J'en ai beaucoup discuté avec O. Nous en sommes arrivés à la conclusion qu'il serait plus facile pour eux de vivre avec depuis toujours que de devoir leurs imposer plus tard. Je veux que Charlie soit présent pour Victoria et vice-versa. Et ça s'est plutôt bien passé pour Omma, je souris.
-Mais pas pour ses sœurs, souligne Lexa tristement.
-Oui, j'affirme en caressant sa joue, mais elles ne t'avaient pas toi, ni Nangila, ni Aiden, ni moi. Elles étaient seules. Ce ne sera jamais le cas de Victoria et Charlie, jamais.
Lexa s'apprête à me répondre, je réalise qu'elle n'est pas vraiment d'accord mais nous avons pris notre décision. Octavia, tout comme moi, sommes persuadés qu'ils doivent tous deux avoir immédiatement accès à leur héritage familial. Nous n'avons pas peur pour eux, nous savons qu'ils seront toujours soutenus et s'ils doivent tomber, il y aura quelqu'un pour tendre la main.
De plus, j'ai eu l'occasion de les apercevoir dans le futur. Ils étaient si beaux. Ils semblaient véritablement heureux. Je sais que ma décision est la bonne parce que d'une certaine manière, je l'ai déjà fait. Sans quoi, comment Victoria aurait pu entrer en contacte avec Lexa ce jour là ?
Ma cousine baisse les yeux semblant réfléchir, ses pensées faisant certainement écho aux miennes. Je la voit soupirer un peu trop longtemps avant qu'elle n'acquiesce avec un sourire timide. Je ressens aussitôt une immense fierté. Je sais qu'après ce jour, ma vie va considérablement changer. Je vais peut-être perdre cette sensation de normalité mais je gagne bien plus.
-Qu'est-ce que vous faites tous les quatre ? hurle Nangila depuis la porte d'entrée. Tout le monde est là ! Il faut venir !
-Nous arrivons Nangila, lui assure Lexa.
Aiden se tourne pour retrouver la main que j'imagine rassurante de Lætitia. Il pose son front sur le sien avant de l'embrasser. J'imagine que Lexa a raison, il aime cette fille. Il l'a rencontré deux mois après la naissance des jumeaux, lors d'une soirée et s'il reste très vague sur cette première rencontre, il est très vite venu demander conseil à sa sœur.
Je peine à croire qu'il lui ait déjà confié le secret de notre famille. C'était un énorme risque mais encore une fois, Lexa était là pour le soutenir le jour où il a pris cette décision. Je suis heureux que celle que son cœur a choisi le soutient. J'imagine qu'il en aura besoin.
Quand nous avons finalement tous les deux décidé de soutenir Lexa en partageant son pouvoir, Aiden a demandé de finir sa scolarité normalement. Pour éviter la tentation de la tricherie avait-il précisé avec un clin d'œil pour sa sœur. C'est pour cette raison que nous sommes tous réunis en ce début d'août, pour le choix de New Haven, je ne sais pas trop, c'était une décision de Lexa. Je pense que pour une raison qui m'échappe totalement, c'est un lieu qui la rassure.
Nous entrons tous les quatre dans la maison et la traversons pour rejoindre la terrasse que Lexa a fait construire au début du printemps d'après ce qu'elle m'a dit. Tout le monde est en effet arrivé. Raven saute presque sur Lexa dans une étreinte que je ne suis pas certain de lui envier. La brune peut-être du genre collante. Je souris à Luna qui porte Charlie dans ses bras en souriant. Je m'approche avant de demander :
-Alors comment vas-tu ?
-Tout va bien, sourit-elle sincèrement.
-Lexa a dit que vous aviez besoin de parler avec Raven.
-Oui, honnêtement, nous ne pouvons plus vivre chez Gustus, c'est… ça devient impossible.
-Vous déménagez, je comprends heureux de cette décision.
-A New-York, oui.
-New-York, je m'étouffe presque, mais Luna c'est…
-Je n'ai plus à avoir peur. Il ne m'effraie plus. Je refuse de vivre dans son ombre. J'ai eu une proposition pour le boulot que je ne peux pas refuser, je ne veux pas que Raven soit obligée de mettre sa carrière entre parenthèses pour moi et il y a de meilleures écoles pour Nan, précise-t-elle en souriant un peu plus. Et puis, il y a vous. J'en ai marre d'avoir toute cette route qui nous sépare.
-Mais…
-Tu devrais laisser tomber, s'amuse Elijah avec son accent de moins en moins prononcé, j'ai déjà essayé de la faire changer d'avis. Comment ça s'est passé avec Rae ?
-Je l'ai convaincu, se contente-t-elle de répondre évasive.
Je ris malgré moi en imaginant à quoi doit ressembler ce genre de conversation. Elles ont toutes les deux un fort caractère, ça doit-être quelque chose quand elles doivent prendre une décision. Je me retourne alors que Lexa attire notre attention. Immédiatement, Clarke la rejoint avec un sourire amoureux.
-Je crois qu'il est temps, prononce-t-elle avec un certain manque d'assurance.
-Évidemment, explose O, n'oublie pas de prendre Victoria et Charlie avec toi.
-Je ne risque pas d'oublier, bougonne-t-elle.
Clarke secoue la tête avant de l'embrasser chastement sur la joue. Elle oblige ma cousine à la regarder dans les yeux. Elle joue quelques secondes avec les pointes de ses cheveux avant de murmurer :
-Je suis là. Tu n'as rien à craindre. D'accord ?
-Je n'ai rien à craindre, confirme-t-elle avec un sourire magnifique.
Lexa n'est vraiment pas la même avec sa petite amie. J'ai conscience, comme tous ceux qui la connaisse, qu'à ses yeux il y a un avant et un après Clarke. Et l'après est bien plus propice au bonheur.
-Très bien, reprend-elle sans quitter Clarke des yeux, Aiden tu prends Charlie, Link tu t'occupes de Victoria. Nan', elle se tourne pour l'interroger du regard, on y va ?
-On y va, il sourit de toutes ses dents en prononçant ces mots.
Je prends ma fille, ma petite princesse, l'amour de ma vie et commence à avancer pour rejoindre la forêt. Lexa a pensé que ce serait plus facile si nous étions d'abord éloigné des personnes pour mieux gérer le transfert. Quand je passe près d'elle, j'entends de nouveau Clarke souffler à son oreille :
-N'oublie pas, tu es une guerrière.
Elles ont vraiment une belle relation toutes les deux, elles se tirent toujours vers le haut. J'ai eu l'occasion de connaître aussi bien Lexa que Clarke avant qu'elles ne se rencontrent et je dois dire qu'elles se sont parfaitement trouvées. Avant l'autre, aucune n'était heureuse.
Je sais que Clarke a revu Sindy, je crois que c'était début février. Lexa a bien failli me demander de l'arrêter, elle aurait pu le faire, après tout Sindy n'a pas respecté l'injonction. Mais Clarke l'en a empêché lui assurant qu'elle allait bien, qu'elle ne laisserait plus l'occasion à cette fille de pouvoir l'atteindre. Je ne sais pas trop comment la fille qui est arrivée en pleurs et désespérées dans notre appartement un soir d'octobre a pu devenir cette jeune femme forte et courageuse. Je soupçonne un certain effet Lexa. Je souris.
Je pense qu'il est juste de dire qu'il y a aussi un effet Clarke. Après tout, elle a fait d'énormes progrès depuis qu'elles se connaissent. Elle a d'abord repris la parole, elle a ensuite appris à s'accepter, à être simplement heureuse, à oublier le passé et surtout elle accepte enfin d'être aidée.
Nous marchons tous les six dans un silence quelque peu lourd, même Nangila ne dit pas un mot. Il s'est rapproché de Lexa dès que nous n'avons plus distingué la maison. Il a maintenant sa petite main bien accroché à celle de ma cousine. Ils ont tous les deux une certaine avance sur nous. Je jette un regard à Aiden qui avance lentement sur ma gauche.
Il semble aller bien malgré la dispute avec son père. J'ai été surpris quand il est arrivé chez moi en pleurs début juin. Il n'a pas été très explicite mais je sais qu'il a eu une discussion difficile avec Bryan. Je crois que s'il est venu jusqu'à moi plutôt que sa sœur, c'est qu'il voulait garder ça pour lui. Je ne sais pas qui concernait le conflit mais pour que ça le touche à ce point, il s'agit soit de sa sœur, soit de sa petite amie.
Après cette fameuse soirée, je croyais qu'il allait abandonner. Je n'aurais pas pu lui en vouloir. Je suis le premier à avoir fait n'importe quoi pour l'amour d'un père. Mais il a su faire le choix que j'ai longtemps été incapable de faire. Il a choisi sa vrai famille, celle qui l'aime inconditionnellement et qui ne lui demandera jamais de changer.
Je ralentis le pas en réalisant que Lexa et Nangila se sont arrêtés devant un arbre gigantesque. Le petit garçon se tourne vers la brune avec un sourire magnifique qui attire celui de Lexa. Elle lâche alors sa main pour passer ses doigts dans les cheveux du fils de Luna.
-Oui, tu as raison. C'est l'endroit parfait. Ça vous va ? demande-t-elle en se tournant vers nous.
-Je passe le premier, j'assure en confiant ma fille à Nangila, tiens lui bien la tête bonhomme.
-Comme ça ? me demande-t-il avec des gestes un peu maladroit.
-Exactement, tu te débrouilles bien.
Je me tiens ensuite bien droit devant Lexa. J'acquiesce comme pour lui assurer une dernière fois que je suis prêt. Elle laisse une longue inspiration s'échapper de ses lèvres avant de me tendre ses mains. Sans la moindre hésitation, je glisse mes doigts entre les siens. Ce seul contact me martèle les oreilles à coups d'acouphènes. Il y a ce bruit aiguë qui embrouille mon tympan et qui m'empêche d'entendre ce qui suit. Je fixe les lèvres de Lexa. Elle prononce des mots mais je n'entends rien.
Mes yeux cherchent à comprendre ce que mes oreilles refusent de percevoir. Je grimasse alors que le bruit irréel se transforme. Il y a quelque chose qui se tisse lentement. D'un simple son rectiligne, continu et sans inflation, tout prend comme des formes. C'est d'abord comme un brouhaha monstre, celui qui nous surprend alors que nous sommes au calme et que nous entrons subitement dans une pièce bondée et empli de discussions toutes différentes. Je plisse le nez alors que je sens un pincement au niveau de mon poignet droit.
Je laisse mon regard glisser loin des iris émeraudes pour découvrir avec effarement le début d'une boucle se tracer sur ma peau. Je savais que ça allait arriver mais la situation reste étrange. Je quitte ma peau des yeux et tombe un peu par hasard sur le visage souriant de Nangila, tout chez lui semble émerveillé. Je lui fais un sourire avant de subir comme une attaque plus violente, je manque de m'effondrer, de lâcher les mains de Lexa mais je tiens bon.
Il faut que je me concentre sur le moment présent, que je garde par tous les moyens le lien avec Lexa. Je me dois d'oublier cette sensation étrange, comme si des milliards de tressautements bourdonnaient à mes oreilles, des battements de cœur. Je frissonne et essaye de passer à côté des frémissements d'avancées de tous les insectes qui marchent ou volent autour de moi. Je resserre mes mains à celles de Lexa pour parvenir à ne pas faire attention aux centaines de conversations mentales que je commence à assimiler. Je sursaute alors que j'entends le bruissement du changement d'une page. Je souris alors que je commence à vivre la musique, c'est vraiment la plus belle chose qui soit, je place toute mon attention sur toutes ces mélodies jouées ensembles et au même instant. Il y a une certaine magie en cet instant.
Une voix. Je dois trouver une voix qui m'intéresse ou plutôt un murmure... Ce n'est rien de plus et je dois absolument le trouver au milieu de tout ce tapage. Lexa. Je me dois de l'entendre.
-Trouve le silence et garde le.
Et c'est ainsi que je suis devenu un homme silencieux.
oOoOo
Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction. J'espère qu'il vous a plu. Lexa vient donc de transmettre son don à Lincoln et elle va en faire de même avec Aiden, Charlie et Victoria. Elle ne sera plus jamais seule. Et le vacarme va s'apaiser pour elle.
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
Les Notes :
Note n°1 : James Arthur – Can I Be Him
Note n°2 : Tina Turner - River Deep Mountain High
Réponses aux Guests:
Guest : Ce chapitre ne donne pas de "bonne" leçon à Sebastian mais il ne lui accorde pas non plus le don donc... c'est mieux que rien! ;)
Morgane : Je suis contente que tu ais aimer le chapitre précédent, c'est un de mes préférer. J'espère que tu as aimer celui-ci aussi et que l'attente n'a pas été insupportable! XD
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « Ligne d'infini »
GeekGirlG.
