Salut à tous ! :)
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce dernier chapitre avant l'épilogue ! Ça fait bizarre… non ?
Je remercie tout particulièrement Evie Regal qui a accepté d'être ma bêta et de relire tous mes futurs chapitres pour que la lecture vous soit plus agréable.
Quelques mots sur ce chapitre : Ce chapitre sera le premier et le dernier POV de Chloé, j'espère qu'il va vous plaire.
Oh et je le répète, pour ceux et celles qui m'ont réclamé du Clexa la semaine dernière, les chapitres 56 et 57 ont été rajoutés à la trame originale pour donner un peu plus de temps à Nangila et Chloé. Si ça ne vous intéresse pas, vous pouvez très bien ne pas lire ce chapitre et attendre l'épilogue qui sera là la semaine prochaine.
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
oOoOo
I Hear Your Voice
If only I could look into your mind Si seulement je pouvais voir dans tes pensées
Maybe then I'd find a sign Alors peut-être que je trouverais un signe
Of all I want to hear you say to me De tout ce que je voudrais t'entendre me dire
Are you uncertain ? Es-tu indécis ?
Or just scared to drop your guard ? Ou as-tu juste peur de baisser ta garde ?
Have you been broken ? As-tu été brisé ?
Are you afraid to show your heart ? As-tu peur de montrer ton cœur ?
Birdy - All You Never Say
Chapitre 57 : Je le sais déjà mais...
Le bruit est partout, il bourdonne dans mes oreilles comme si j'étais à proximité d'un nid de guêpe. Je soupire avant de vider mon deuxième verre de bière et de le faire claquer sur le bar en bois. Il y a un monde fou qui bavasse, rit et crie. Je suis entourée de toutes les personnes que j'ai pu côtoyer durant les deux dernières années et pourtant… pourtant, je ne me suis jamais sentie aussi seule.
Je fais tourner mon tabouret et m'accoude contre le comptoir. J'observe la terrasse vide. Il pleut depuis trois jours consécutifs en plein mois de juin. Cette morosité du temps n'est pas pour aider mon moral à se sentir mieux. J'observe les énormes gouttes rebondir sur les tables et le sol. Si tout n'était pas aussi gris, je trouverais ça magnifique.
Le barman dépose un nouveau verre rempli près de moi. Je ne me retourne pas et continue mon analyse météorologique. J'arrive presque à ignorer tout le vacarme autour de moi. Je fais tout pour ne pas penser à mon portable que j'ai laissé dans la poche de mon manteau à l'entrée. J'ai tellement… tellement envie de l'appeler.
Je sais que je ne peux pas. Nous nous sommes fait une promesse. J'ai conscience qu'il lui reste deux jours d'examen mais il me manque tellement que pour la première fois depuis que nous nous sommes rencontrés, je suis prête à revenir sur ma parole. J'ai envie de le voir. Correction, j'ai besoin de le voir. La distance est en train de me tuer à petit feu.
-Eh toi Chloé ! hurle la voix de la grande gueule de la classe.
Je détourne enfin les yeux pour les poser sur la brunette aux cheveux noirs et bouclés. Je ne fais même pas semblant de savoir de quoi elle parle. Je ne suis pas d'humeur. Il est temps que Madame comprenne qu'elle n'est pas le centre du monde. Elle est obligée de crier, de se faire remarquer ou encore de chanter. Elle ne peut pas s'en empêcher, elle a besoin d'exister pour les autres, qu'importe que ce ne soit pas de la bonne manière. Elle est détestable.
-Eh moi quoi ?
Je finis par lui poser la question parce que je remarque qu'elle n'est pas la seule à avoir le regard braqué sur moi. Non, il n'y a pas moins de trente deux paires de yeux. En soi, toute ma promotion. Katleen, une des seules que j'apprécie parmi ces vautours, éclate de rire en s'approchant de moi. Elle me tape dans l'épaule et j'essaye de ne pas grimacer. J'essaye toujours de faire en sorte que personne ne remarque que mon corps n'est plus rien d'autre qu'un nœud de douleur. La petite brune s'installe sur le tabouret à côté de moi en affirmant haut et fort :
-Il n'y a que toi pour avoir la tête perdue dans des nuages de pensées obscures après tous les exams que nous venons de passer.
-Laisse tomber, prononce avec dédain la commère de la classe, nous savons tous que Mademoiselle Chloé Garry se trouve bien mieux que tout le monde.
-Si tu penses ça Mélanie, sourit Katleen, c'est que tu ne connais vraiment pas mon amie. Donc une fois ton diplôme en main, qu'est-ce que tu vas faire ?
-Retourner à New-York, évidemment, j'affirme avec une certaine impatience.
Presque tout le monde grogne que je suis prévisible, qu'il y a bien d'autres villes que ma précieuse New-York ou encore que je devrais élargir mes horizons mais je m'en contre fiche. Tout ce que j'attends depuis que j'ai posé un pied à Londres, c'est de pouvoir rentrer chez moi et je vais pouvoir le faire très bientôt. Rien que cette idée m'emplit de joie.
Le groupe se disperse, certains entourent le billard alors que d'autres préfèrent les fléchettes, et les derniers préfères s'asseoir à une table devant un jeu de carte. Il n'y a plus que moi et ma seule amie à Londres accoudées au bar. J'ai toujours aimé l'air détaché qu'elle aborde et puis, elle est comme moi, elle vient d'un quartier pauvre et essaye de s'en sortir.
-Tu vas retrouver ton prince charmant, me demande Katleen en buvant sa bière au goulot.
-Pardon ?
-Je me demande juste si tu vas enfin retrouver ton prince charmant.
-Je ne vois pas de quoi tu parles.
-Bah ce gars là, qui t'appelle tous les jours. Nangila. D'ailleurs c'est quoi ce nom ?
-Nangila et moi, nous sommes seulement amis. Crois-moi, il n'est en rien un prince charmant.
-Juste amis, hein ?
-Arrête avec cet air suspicieux, je souris en ancrant mon regard dans le sien, je te dis la vérité.
Il s'en suit un véritable air troublé puis choqué. Je fronce les sourcils quelque peu amusée par cette réaction un peu excessive. Kat' attrape mon bras et encore une fois, je dois faire mon possible pour ne pas réagir à la douleur. Je passe ma langue sur mes lèvres alors que mon cœur s'emballe. J'ai vraiment du mal avec le fait que quelqu'un me touche depuis l'incident.
-Tu te fous de moi là ?
-Non. Nangila et moi, nous sommes amis depuis la seconde année de lycée. C'est mon meilleur ami.
-Non, non ma fille. L'amitié entre gars et fille c'est une légende.
-Et bien pour Nan' et moi c'est très concret.
-Il a forcément ressenti quelque chose pour toi au moins une fois et toi aussi. Allez, soit honnête, combien de fois tu as eu envie de coucher avec lui ?
-Katleen !
-Ne joue pas les prudes, pas maintenant. Je veux une réponse.
-Jamais.
-Tu es lesbienne ?
-Non mais c'est quoi cette question ? Bien sûr que non.
-Donc, je résume, elle lève son index, tu n'as soit disant jamais voulu coucher avec ton homme parfait, Monsieur j'appelle tous les jours pour prendre de tes nouvelles, même deux minutes, elle lève son majeur, tu n'es pas lesbienne, donc, elle lève son annulaire, tu es none ?
-Tu en as d'autres des comme ça ? Bien sûr que non.
-Dans ce cas, il va falloir que tu m'expliques pour qu'elle raison je ne t'ai vu sortir avec personne en deux ans. Personne. Pas même Killian le beau gosse que tout le monde veut dans son lit.
-Katleen, arrête.
-Moi, je vais te dire pourquoi, c'est parce que tu as déjà ton prince charmant.
-Je ne suis pas amoureuse de Nan', je réponds avec un rire nerveux.
J'attrape mon verre et en bois quelques gorgées avant d'oser de nouveau affronter le regard de mon amie. J'aurais dû l'éviter plus longtemps. J'écarquille les yeux et je jure que pour la première fois depuis longtemps, je me sens complètement piégée. Je déglutis difficilement avant de demander un sec et concis :
-Quoi ?
-Je n'ai jamais parlé d'amour, seulement de sexe.
-Mon dieu, tu es…
-Depuis combien de temps tu n'as pas passé de bon temps ? me coupe-t-elle.
-Je ne vais pas répondre à ça, je l'avertis.
-Donc bien trop longtemps, conclut-elle. Six mois ? Non, t'es trop coincée… un an ? Plus, t'es sérieuse ? Ne me dis pas que c'est depuis que tu es à Londres ? Vraiment deux ans ? Deux ans Chloé, t'es sérieuse ? Tu es peut-être une none après tout !
-Ça suffit, arrête ça tout de suite !
-Dis-moi que tu as couché avec ton prince charmant avant de venir à Londres. Par pitié, dis-le moi.
-Nangila et moi, nous sommes amis, juste amis ! Je n'ai jamais… rassure-moi, tu es au courant qu'il n'y a pas que le sexe dans la vie ?
Katleen me fait comprendre son mécontentement et sa contradiction avec moi en faisant claquer sa langue contre son palet. Elle boit de nouveau au goulot en me fixant. Elle fronce les sourcils. Je n'aime pas quand elle fait ça avec moi. Je l'ai déjà vu faire avec ses sources, elle les fait craquer en un claquement de doigts. Elle est douée.
-Merde alors, soupire-t-elle en sifflant le reste de sa bouteille.
Elle hèle le barman pour avoir une nouvelle boisson sans me quitter des yeux. Elle fait une espèce de grimace non identifiée avant de hausser les épaules. Elle semble de nouveau énumérer ses hypothèses mentalement avant d'éclater de rire en réceptionnant sa Guinness. Elle boit une nouvelle gorgée avant d'affirmer :
-Peut-être que dans ton cas désespéré, il n'y a pas que le sexe qui compte en effet.
-C'est ce que je me tue à te dire.
-Non, toi c'est pire. T'es amoureuse de lui !
-Bien sûr que non !
-D'accord… dans ce cas, je vais changer ma question.
-Tu perds ton temps, je ne suis pas…
-Combien de fois, me coupe-t-elle la parole, tu as eu envie d'embrasser Nangila ?
Katleen a à peine le temps de finir de prononcer sa phrase que je sens mes joues s'embraser, ma gorge s'assécher, mon ventre se contracter à la seule idée d'avoir un jour le droit de frôler les lèvres de Nan' et enfin je sens presque mes jambes devenir cotonneuses. Je baisse les yeux en essayant véritablement de trouver une réponse à cette question. Je n'ai jamais perdu de temps à faire un tel décompte mais j'imagine que la réponse est : trop de fois.
Mais je ne suis pas amoureuse de Nangila, ça ne veut rien dire.
Je ne peux pas être amoureuse de lui, ce serait un véritable désastre. Il… Nan' peut avoir n'importe quelle fille et je ne suis que "moi". Je ne vois pas pour quelle raison il perdrait son temps avec moi. Bien que d'une certaine manière, il le fait déjà. J'ai de base du mal à comprendre notre amitié alors je ne vais pas m'amuser à tout gâcher en parlant de sentiments qui vont certainement finir par disparaître. Oui, certainement…
Il n'y a qu'un seul, minuscule, ridicule, insignifiant, petit problème : ça fait six putain d'années que ça dure !
Depuis que je l'ai rattrapé dans ce couloir, qu'il m'a proposé de me payer un mocha caramel, depuis que je l'ai vu rêveur en classe, depuis que je l'ai vu courir avec ce sourire à tomber, depuis qu'il m'a parlé de sa famille, depuis que j'ai découvert que me suis trompée sur toute la ligne sur lui, depuis le tout putain de premier jour.
J'ai essayé de l'ignorer, j'ai vraiment essayé. J'avais mille et une raison de ne pas succomber à son charme. Je me croyais raide dingue amoureuse de Peter mais ce n'était pas le cas. Parce que ce fils de… cet enflure n'a jamais été quelqu'un de bien, il n'a pas essayé de me connaître, pas même une seconde. Il se foutait de ce que je voulais. Il ne voulait pas connaître mes rêves ou mes peurs. Alors que Nangila a toujours été attentif au moindre détail.
Je ne sais pas, non je ne sais pas comment il fait et pourtant Nangila Evans est parfait.
-Alors Chloé, reprend Kat' amusée, combien de fois ?
-Bien trop souvent, je finis par avouer à voix haute pour la première fois.
-Excellent, elle éclate de rire, tu veux un conseil ?
-De la fille qui ne pense qu'à coucher à droite et à gauche, non merci.
-Outch ! Je ne suis pas comme ça…
-Tu as eu trois mecs rien que cette semaine et on est jeudi !
-Bon, je le suis peut-être un peu mais j'ai mes raisons, m'assure-t-elle avec un clin d'œil. Toujours est-il que si j'avais le prince charmant qui m'attendait à New-York, je foncerais, prendrais le premier avion, foncerais encore, attendrait peut-être légèrement le temps qu'il se pointe et puis, je l'agripperais, ferais ma petite affaire avant de lui assurer qu'il est à moi et à personne d'autre, avant de lui dire ce que je ressens pour lui.
-Je ne ferais jamais ça, je prononce pensive en attrapant de nouveau mon verre.
Je ressens la violence du coup un peu à retardement. J'écarquille les yeux en dévisageant mon amie. Je me sens trembler et avoir du mal à respirer alors qu'une brûlure très désagréable martèle ma joue gauche. Je regarde mes mains frémir sans contrôle. Je fais glisser mes doigts oscillants sur ma peau endolorie et je n'ai aucun doute sur le fait que j'ai l'air d'un animal effrayé lorsque je fixe Katleen. Je plisse le nez alors que je sens une rage folle gronder en moi.
-Tu viens de me frapper ? je demande doucereusement en serrant les dents.
-Ça dépends, tu as les idées plus claires maintenant ?
-Je t'interdis de lever la main sur moi, j'explose.
-Je ne le ferais plus si tu arrêtes de jouer les idiotes.
-Tu n'as pas la moindre idée de ce que tu…
Je m'étrangle presque alors que des flashs de Peter viennent s'immiscer dans mon esprit. Il avait commencé par le visage. Je fais tout pour faire croire à tout le monde que je n'ai aucun souvenir mais c'est faux. C'est un terrible mensonge. Il a abattu ses poings encore et encore jusqu'à ce que je m'effondre et une fois à terre, il m'a roué de coups de pieds. Si j'ai la mauvaise idée de révéler que j'ai en mémoire chacune de ses actions, les gens vont vouloir que j'en parle et ça… je refuse. C'est bien trop douloureux. J'ai cru que j'allais mourir. J'ai vraiment cru…
-Putain, Chloé tes mains ! Qu'est-ce qu'elles ont ?
Je suis en train de faire une crise de panique comme j'ai pu en faire des centaines et des centaines la première année après l'accident. Nangila a toujours été là. Il me prenait dans ses bras. Il apaisait mes pensées et ma respiration. Il me parlait. Il était patient et doux.
Nangila. Je sens des larmes s'écraser sur mes joues. Nangila. J'ai la sensation d'étouffer. Nangila. Je me redresse brusquement, je manque de tomber, mes jambes aussi tremblent. Nangila. Je me précipite dehors. Nangila. Je prends une grande goulée d'air. Nangila. Je suis dehors depuis à peine vingts secondes et mes vêtements sont déjà imprégnés d'eau. Nangila…
Je me souviens particulièrement lorsqu'il est arrivé, il a filé une droite digne d'un boxer à Peter qui s'est effondré. Il a hurlé de rage. Il s'est précipité vers moi mais il n'a pas osé me toucher. Son visage était baigné de larmes et il n'arrêtait pas de répéter que s'était de sa faute, encore et encore. Il a attendu les secours en caressant mes cheveux d'une main tremblante. J'ai perçu la voix de Lincoln et d'Anya alors je me suis évanouie. Et pourtant, j'ai senti sa présence un très long moment après ça. Je crois qu'il m'a tenu la main dans l'ambulance et je sais qu'il est venu tous les jours après ça pendant six mois. Il a appelé tellement de fois que ça en paraît invraisemblable… cent-soixante douze fois en trente deux semaines, ça veut dire plus de cinq fois par jour. Qui fait ce genre de chose ? Personne… sauf évidemment Nangila Evans.
Et moi, je n'ai même pas eu le courage d'écouter le peu de messages qu'il a pu me laisser. Pourquoi ? C'est simple… j'étais terrifiée parce que je l'ai entendu prononcer quelque chose avant que je ne sombre. Quelques mots qui j'en suis certaine m'ont donné le courage de me battre, de survire et d'ouvrir de nouveau les yeux. Et… je suis paralysée à l'idée qu'il ait pu revenir dessus, qu'il ait pu ne pas le penser. Qu'en réalité, il ne puisse pas m'aimer. Après tout, il ne me l'a jamais redit une seule fois depuis ce jour là.
-Mais bordel Chloé qu'est-ce qui t'arrive, hurle Katleen. Rentre tout de suite, tu vas attraper la mort !
Un rire nerveux m'échappe alors que je penche la tête en arrière. Le froid de la pluie qui martèle mon visage me fait un bien fou. Elle soulage aussi la douleur au niveau de ma joue. Je ferme les yeux pour mieux réfléchir. Je crois… oui, je crois que j'en ai marre de fuir.
Il est temps de me battre pour ce que je veux. Et, ce que je veux c'est Nan' !
-Chloé !
-Quand j'avais dix huit ans, je commence la gorge serrée, je me suis presque fait battre à mort.
-Putain déconne pas avec ça, hurle Katleen.
-Ce n'est pas une blague, je ne sais pas comment j'ai fait mais alors que le salop qui me passait à tabac faisait une pause pour mieux reprendre son œuvre, si on peut appeler ça comme ça, j'ai réussi à appeler Nan'. Tu as raison en disant que c'est un prince charmant. Il a dégommé mon dragon et il prend soin de moi depuis… qu'est-ce que je raconte ? Il le faisait déjà bien avant ça. La cicatrice sur ma lèvre, celle sur mon arcade, sur mon front, sous mon menton, derrière mon oreille… elles viennent toutes de ce jour là et tu n'as pas vu mon abdomen… mes jambes… je crois que si j'ai… si je ne lui ai pas dit que j'avais très bien entendu ce qu'il a dit ce jour là c'est parce que… parce que… j'ai tellement peur qu'il se sente encore coupable en voyant mon corps. Je sais qu'il m'aime. Je le sais. Il m'a sauvé la vie et moi je suis incapable de lui dire que je l'aime en retour.
Merde… ça fait un bien fou ! Jamais je n'aurais imaginé que de prononcer ces paroles serait aussi libérateur. C'est comme si j'avais arrêté de respirer et que je redécouvrais ce besoin vital. Je me sens infiniment mieux. Je me tourne vers mon amie, elle ne semble plus savoir quoi dire ou faire. Je remarque que son regard passe sur chacune de mes cicatrices.
-J'ai toujours cru que tu avais eu un accident de voiture.
-J'aurais préféré, je lui assure.
-Le plan ne change pas pour autant.
-Pardon ?
-Prends un putain d'avion maintenant bordel de merde !
-Je ne peux pas faire ça, je souris tristement.
-J'en ai rien à foutre que tu claques toutes tes économies. Chloé… c'est le grand amour, affirme-t-elle en haussant les épaules. Et crois-moi, on ne fuit pas ce genre de chose, on fonce et on fait tout pour le garder.
-Mais je lui ai prom…
-Encore cette stupide promesse qui te rend triste depuis deux longues semaines ? Tu t'en bas les reins ! Cours !
-Katleen…
-Je viens d'éviter de dire « couille » pour ne pas te mettre mal à l'aise, ne m'oblige pas à répéter ce mot, jusqu'à ce que tu prennes tes jambes à ton cou. Je veux que tu sois dans un avion dans moins d'une heure !
Je fronce les sourcils. Je crois que je cherche à savoir si elle est sérieuse ou non. Je la vois soupirer avant de lever les yeux au ciel et prononcer le mot comme promis encore et encore. J'éclate de rire en levant les mains comme pour déclarer forfait.
-Très bien, je peux y être dans une heure si tu m'aides à remballer toutes mes affaires.
New-York… je suis vraiment de retour. Moi et mes trois valises. Je glisse mon passeport dans la poche de ma veste et je me faufile assez difficilement entre toutes les personnes qui slaloment dans l'aéroport. Je regarde rapidement ma montre. Il est à peine midi. Je vais d'abord passer à l'appartement. Je hèle un taxi, le chauffeur transfère mes affaires dans le coffre et je lui donne l'adresse.
Le paysage défile rapidement à travers la vitre. Il n'y a vraiment que dans cette ville que je me sens à ma place. Enfin… si j'oublie New Haven mais c'est différent. Lorsque nous sommes là-bas, c'est comme une pause, un calme plat. C'est très agréable. La voiture jaune s'arrête au bas de notre immeuble. Je m'engouffre rapidement dans l'ascenseur en sortant ma clef de mon porte feuille. Une fois la porte ouverte, je laisse tomber mes bagages et je m'étale sur le canapé en soupirant.
C'était une folie de revenir avec autant d'avance mais maintenant que je suis rentrée, il est absolument hors de question que je me dégonfle. Je frissonne sur ma veste. Je suis légèrement angoissée. Je me relève et inspecte le frigo où se trouve en général le planning de Nan' mais aujourd'hui, il n'y a rien. Je suis certaine qu'il est tout autant déprimé que moi. D'ailleurs à bien regarder le salon, je suis presque certaine qu'il a dormi là cette nuit. Heureusement que Luna n'est pas là pour voir ça.
Luna… je retourne chercher mon portable et compose aussitôt son numéro. Les tonalités défilent et au moment où je pense faire choux blanc, elle décroche. Je l'entends discuter quelques secondes avec quelqu'un d'autre avant que sa voix ne devienne plus claire. J'entends presque son sourire lorsqu'elle prononce :
-Je suis contente que tu appelles Chloé. Comment vas-tu ? Tu reviens bientôt, n'est-ce pas ? Trois semaines si j'ai bien suivi.
-En fait, justement… je suis revenue plus tôt.
-Tu es… tu es de retour ?
-Ouais.
-Mince Nan' est au courant ?
-Non, justement. Je voulais lui faire la surprise. Je sais qu'il avait un examen aujourd'hui mais je ne me souviens plus où, donc…
-Tu viens aux renseignements ?
-Exactement, je souris.
-Je vais t'envoyer l'adresse par sms, je ne la connais pas par cœur.
-Merci Luna.
-Rassure-moi, tout va bien. Je ne dois pas m'inquiéter ?
-Non, je vais très bien. Je me suis dis que je pouvais tout aussi bien attendre les résultats de mes examens à la maison.
-C'est bien. Vous êtes tous les deux plus heureux lorsque vous être proches l'un de l'autre sans un océan pour vous séparer.
-Je ne vais pas dire le contraire.
-Tu as prévu de faire quelque chose ce soir avec Nan' ? Si la réponse est non, Monsieur a évité la maison familiale depuis le début des examens.
-D'accord, je ris, je vais essayer de le traîner chez les Evans-Reyes.
-Merci Chloé.
-De rien. Luna, une dernière chose !
-Oui ?
-Merci infiniment de m'avoir accepté dans votre famille très… atypique.
-C'était avec plaisir, et puis Nan' ne nous aurait pas laissé le choix de toute façon.
-Évidemment.
Je raccroche le sourire aux lèvres et j'attends plus ou moins patiemment le sms de Luna. Lorsqu'il arrive, je ne prends même pas le temps de l'ouvrir avant de foncer jusqu'à l'arrêt de bus. Je suis crevée. Je viens de me prendre dix heures de vol mais je ne vais pas m'arrêter, non pas maintenant. Je lis enfin le message de la mère de Nan' et je parcours le trajet pour rejoindre la fac, la tête remplit de tout un tas de pensées.
Je prends le temps de me prendre un café en passant devant une échoppe. L'épreuve ne Nangila ne se finit pas avant une heure et je refuse d'attendre sans reprendre un peu de force. Je serais capable de m'endormir, et donc de le rater, et ça, c'est absolument hors de question. Je m'installe sur un banc bien en face de l'entrée. Je sors un livre, ce qui n'est pas très productif, je n'arrive pas à lire une seule ligne. Le temps passe plus ou moins vite et je finis enfin par le voir arriver.
Je me redresse en rangeant rapidement mon ouvrage dans mon sac à dos que je glisse sur mon épaule. Il me faut à peine quelques secondes pour effectuer tout ça et dans ce laps de temps restreint, Nangila a déjà posé ses yeux sur moi. Je ne sais pas comment il fait pour toujours me trouver au milieu de nulle part ou dans une foule, mais il en est capable. Je lui souris quelque peu timidement alors qu'il s'avance vers moi. Je passe une main nerveuse dans mes cheveux. Je le vois avancer comme au ralentit. Il semble fatigué, pas physiquement mais émotionnellement. Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable même si cette idée de distance pendant nos examens n'était pas de moi. Le fait que j'ai accepté est bien suffisant.
En revanche, il y a bien une chose pour laquelle je suis coupable… et si je suis ici aujourd'hui, c'est pour recoller les morceaux, ou du moins, essayer.
-Chloé, il sourit en prononçant mon prénom.
Il a une façon tellement à lui de le dire… à chaque fois, ça fait gonfler mon cœur. Je me sens comme sur un nuage. Se sentir tellement bien pour si peu, ça peut paraître ridicule mais pour moi, c'est tellement réel.
Je secoue la tête avant de sourire à mon tour. Il m'a tellement manqué ces derniers jours, c'était vraiment intenable. Je ne lui réponds pas, pas tout de suite. Je me contente de me faufiler jusqu'à son torse et de replier mes bras dans son dos. Là, j'entends son cœur qui comme à chaque fois que je suis près de lui bat un peu trop vite. Je ferme les yeux pour apprécier cette mélodie et je murmure :
-Ces derniers jours ont été un véritable supplice…
-Tu vas bien ?
-Évidemment, je souris en relâchant doucement mon étreinte.
-Dans ce cas, qu'est-ce que tu fais là ? Je ne m'en plains pas, bien au contraire mais tu n'étais pas censé revenir dans trois semaines ?
-J'ai avancé mon vol, je révèle comme si c'était une banalité en haussant les épaules.
-Aussi bizarre que puisse paraître cette décision, je suis heureux que tu l'ais prise.
-Moi aussi.
-Je t'offre un mocha caramel ?
-Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Je viens juste de prendre un café. Je vais devenir une vraie pile électrique.
-Ça ne changera pas vraiment de d'habitude.
-Hey…
-Je ne dis que la vérité, se défend-il.
-Très bien mais il ne faut pas que nous traînions de trop.
-Pourquoi ?
-De un, parce que Monsieur a un dernier examen demain.
-Outch, tu es dure avec moi…
-Et de deux, parce que Luna m'as assuré que ça faisait bien trop longtemps que tu n'es pas passé chez toi. C'est dingue que je sois obligée de te tirer de force dans ta propre maison.
-Très bien, sourit Nan', on va prendre notre café chez mes mères et après tu m'aidesà réviser.
-Tu vois, tu peux être raisonnable quand tu veux.
Nous rentrons à l'appartement pour que Nangila y dépose ses affaires et surtout pour récupérer sa voiture. Il faut dire qu'il n'y a pas vraiment de bus dans la rue qui dessert la maison de ses mères. Je monte sur le siège passager, comme toujours c'est du jazz qui raisonne dans les hauts parleurs. Je me sens vraiment bien. Être avec Nan', c'est comme me sentir chez moi, il m'a apporté tellement, une stabilité, une famille. Je suis fondamentalement, irrémédiablement amoureuse de lui.
Maintenant, le tout, c'est de lui dire.
-Sur une échelle de un à dix, je reprends, qu'elles sont les chances pour que Lexa et Clarke aient appris mon retour et qu'elles soient déjà en train de nous attendre avec Luna et Raven ?
-Hum… question difficile, je le vois froncer les sourcils puis sourire, je dirais quinze !
-Je ne me souviens pas avoir mis quinze sur l'échelle, je ris.
-Ouais mais dix c'est l'absolu certitude et je suis bien au-dessus. Je sais qu'elles sont déjà à la maison.
-Mais oui…
Je ne sais vraiment pas comment il fait mais il a cette facilité d'analyse et un instinct qui semble à toute épreuve. Je ne compte plus le nombre de fois où il a pu me surprendre en devinant certaines choses. Comme la fois où Lætitia a annoncé qu'elle était enceinte ou toutes les fois où il se redresse avant même qu'une personne ne franchisse le pas de la porte. C'est presque mission impossible de le surprendre.
Nan' se gare et je laisse un rire moqueur m'échapper alors que je remarque bel et bien la voiture de Lexa et Clarke garée juste devant la notre.
J'ai à peine le temps de poser un pied dehors que la porte d'entrée s'ouvre en grand. Je souris en voyant le visage de Léa tout sourire. J'adore cette gamine et je crois qu'elle m'aime plus encore. Elle se précipite et j'écarquille les yeux espérant qu'il n'y a aucun obstacle sur sa route. Elle est très vite suivie par Mia qui hurle qu'elle a triché. C'est vraiment un duo de choc ces deux là et elles n'ont que cinq ans. Je n'ose imaginer ce que le futur nous réserve…
Je me prépare à recevoir deux boulets de canon dans les bras en me baissant légèrement et en tirant mes bras. Léa est la première à arriver et la réception ne se passe pas trop mal mais lorsque Mia arrive, je trébuche et je suis bien contente de trouver la portière dans mon dos.
-Salut les filles, je serre les dents en prononçant cette simple phrase.
-Chloé, tu es revenue, explose la première.
-Tu n'es plus à Londres, constate la deuxième.
Je vois Nangila s'accroupir à côté de nous, je lui souris alors qu'il passe une main dans mes cheveux. Le geste est tendre comme toujours. Il laisse encore quelques secondes de répit au duo de choc avant d'affirmer :
-J'apprécierais que vous ne la cassiez pas tout de suite.
-Hey, s'offusque Léa, Chloé n'est pas un jouet !
-Oui d'abord, la suit Mia, on ne peut même pas la casser !
-C'est vrai, confirme Nan', mais… elle pourrait décider qu'elle en a marre et, il fait une pause dramatique alors que les petites écarquilles grand leurs yeux, décider de repartir à Londres !
De parfait O se forment sur les lèvres des inséparables. Elles se consultent du regard avant de me lâcher d'un même geste. Léa baisse les yeux alors que Mia plisse son petit nez. Elles ont un nouvel échange de regard avant de dire d'une même voix :
-Désolée Chloé, ne repart pas à Londres.
-Je n'en ai pas l'intention les petits monstres
-Ouf, soupirent-elles.
Nangila me tend la main pour m'aider à me relever. Je l'accepte sans rechigner. Je m'étire pour faire passer quelques douleurs qui persistent. Je passe un peu plus de temps sur mon cou, ce qui n'échappe pas à mon meilleur ami. Je tapote son épaule en lui assurant :
-Ce n'est pas de leur faute, je n'ai pas très bien dormi ces derniers jours.
Je dévie mon regard vers l'entrée et remarque qu'elle est surpeuplée. Je souris en remarquant que toute la petite famille est présente. Je m'avance avec la main de Nan' dans mon dos et le duo de choc qui me suit comme des petits poussins et qui caquasse dans tous les sens. Lexa est la première à s'avancer avec ce sourire qui n'appartient qu'à elle. Elle semble amusée quand elle me demande :
-Tu as dit adieu à Londres ?
-Enfin, oui.
Après ça, les discussions vont de bon train, il ne me faut que quelques minutes pour rattraper toutes les dernières nouvelles de ces derniers mois. L'après-midi se transforme vite en MSTP alors que nous sommes jeudi mais personne semble s'en plaindre sauf peut-être Nan' qui rappelle qu'il a encore une épreuve en fin de matinée.
Au milieu de Zootopie, je me lève pour me faire un thé. J'ai très vite appris à faire comme chez moi lorsque je suis dans cette maison ou dans celle de Clarke et Lexa. J'entends la porte s'ouvrir dans mon dos. Je sais déjà que c'est Lexa, j'ai très bien remarqué à plusieurs reprises qu'elle avait un regard rempli de questions sur moi.
-Tu veux aussi un thé Lexa ?
-Avec plaisir. Londres t'aura au moins appris à apprécier le thé, s'amuse-t-elle.
-Ça et la bonne bière, je complète. Bien que Katleen affirme que je suis encore trop américaine dans mes choix. Je n'ai pas la moindre idée de ce que ça veut dire, je continue en sortant deux tasses, après tout, elle est irlandaise et non anglaise.
Je dépose les deux infusions sur la table de la cuisine. Je n'ai pas besoin de le lui demander. Je sais qu'elle veut parler avec moi. Je tire donc une chaise et m'installe. Je vois Lexa sourire et me suivre.
-Tu vas bien Chloé ?
-Pourquoi tout le monde me pose cette question, je hausse un sourcil en l'interrogeant.
-Parce que tu fais partie de la famille et que nous sommes inquiets pour toi.
-Je vais bien.
-Ce n'est pas ton genre de partir sur un coup de tête, glisse-t-elle comme si de rien n'était.
-Je suis au courant, oui.
-Et donc…
-J'ai eu une discussion avec Kat' et j'ai décidé de revenir, c'est tout.
-Une discussion, s'amuse-t-elle, et c'est tout ?
-Ouais ! Oh, et il pleuvait des cordes ! C'était déprimant !
Lexa éclate de rire avant de retirer son sachet de thé de l'eau. J'en fais de même avant qu'il ne soit trop fort. Je souris alors que je remarque qu'elle est prête à relancer la conversation :
-Si nous avions su qu'une simple discussion et une douche froide suffisaient à te faire prendre des décisions sur un coup de tête…
-Je suis persuadée que ça reste exceptionnel.
-Très bien, je suis rassurée, affirme-t-elle en buvant une gorgée de sa boisson chaude. Tu m'expliques pour quelle raison ta joue est bleue ?
Dès la fin de la question, ma main fonce sur ma joue. Je grimace. J'avais presque oublié la douleur. Kat' n'y a vraiment pas été de main morte et le fait que je bleuis pour un oui ou pour un non depuis l'accident n'a rien à voir avec ça. Je suis sûre qu'elle aurait pu me casser la mâchoire avec un peu plus de force et c'était juste une baffe. J'imagine que c'est à cause de toutes ces bagarres de bar, elle a de la force dans les mains et je n'ose imaginer ces poings.
Je me plonge dans le regard de Lexa qui fronce les sourcils en me dévisageant presque avec horreur comme si elle savait déjà ce qui s'est passé. Je hausse les épaules.
-J'ai eu besoin d'un coup de main pour… prendre une décision hâtive.
-Comment ça ?
J'entends presque la colère dans la voix de Lexa. Je crois que je trouve ça flippant. Je ne me souviens pas l'avoir vu perdre le contrôle de ses émotions une seule fois depuis que je la connais.
-C'est rien de grave Lexa. J'ai juste tendance à être têtue comme une mule et Kat' a voulu me remettre les pieds sur terre.
-Vis-à-vis de quoi ? Qu'est-ce qui mérite que tu ais un bleu sur le visage au juste ?
-Nangila, je finis par avouer.
-Quoi ?
-Le fait que j'ai des sentiments pour Nangila, c'est ça, je pointe ma joue de mon index, qui… enfin tu vois.
-Tu…
-Ne fais pas comme si tu l'ignorais Lexa, je soupire. Une fille qui est mon amie sans que je ne lui parle jamais vraiment de moi l'a deviné donc toi… ouais, tu le sais forcément.
-Et donc si tu es revenue…
-C'est pour lui dire. Ouais, je secoue la tête de haut en bas, c'est ça l'idée.
Nangila franchit la porte de notre appartement en soupirant après avoir passé les vingt dernières minutes à supplier pour qu'on le laisse partir pour qu'il se repose. Luna a finalement accepté après qu'il ait promis de passer les voir dimanche après-midi. Je ne peux m'empêcher de rire en le voyant foncer sur le canapé et se laisser tomber dessus comme un vulgaire sac. Il grogne quelque chose comme quoi il n'y a rien de mieux que d'être chez soi. Je ne peux m'empêcher de rire.
-Je t'interdis de te moquer ! C'est toi qui m'a attiré dans ce guet-apens…
-Vraiment désolée, je me moque gentiment.
-Bon il faut que tu m'aides avec mon oral, passe moi mes fiches qui sont sur la table de la cuisine.
-Hum hum…
-Allez Chloé, s'il te plaît.
-Très bien, je souris en lui passant les fameuses fiches.
-Tu vas jouer le jury neutre et cruel.
-Je crois me souvenir que tu déchirais tout à l'oral.
-Ça c'est parce que je ne peux m'empêcher de tricher.
-C'est vrai, il y a tellement de façon de tricher à l'oral…
-Je devine toujours les questions avant qu'elles ne soient posées, sourit Nan'.
-Ah oui vraiment ?
-Ouais, je suis un vrai jedi !
-Dans ce cas, dis moi, je m'installe en tailleur, pose mon coude sur mon genoux et mon menton sur ma paume avant de le fixer, Nangila Evans, à quoi je pense là tout de suite ?
Il me fixe d'une étrange façon avant de croiser mon regard avec plus d'intensité. Il fronce les sourcils puis lentement baisse les yeux comme pour éviter d'être sondé par mes iris. Un sourire triste étire ses lèvres avant qu'il n'avoue :
-Je n'en sais rien. Je n'arrive plus à lire dans tes pensées. Tu es ma Kryptonite.
-Tu n'y arrive plus, je demande surprise comme s'il en avait réellement un jour été capable.
-Je n'y arrive plus, confirme-t-il.
-C'est embêtant, je réponds amusée.
-Pas vraiment, tu es le parfaitkimya.
J'ai déjà entendu ce mot à plusieurs reprises mais je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il peut signifier. J'ai toujours cru que s'était une sorte de code dans leur famille. Lexa l'utilise parfois pour désigner Clarke. Alors je croyais que ça voulait dire âme sœur mais les jumeaux s'appellent aussi de la sorte de temps en temps donc mes suppositions tombent à l'eau.
Je me pince la lèvre inférieure en me plongeant dans le regard de Nan'. Je penche très légèrement la tête sur le côté avant de demander :
-C'est quoi ? Le kimya, qu'est-ce que c'est ?
-Dans ma langue natale, ça signifie le silence.
-Le silence ? Tu es sérieux Nangila Evans ? Je suis le silence ? Moi ? Je croyais que j'étais une vraie pile électrique, un moulin à parole vivant…
-C'est pas totalement faux non plus.
-Je le savais, je ne peux pas représenter le silence, ce serait trop bizarre.
-Pour moi tu l'es, affirme-t-il avec un sourire qui a le don de me faire craquer.
-Arrête avec cette sottise.
-Tu ne dirais pas que ce sont des sottises si tu avais trouvé notre fameux secret de famille, se moque-t-il.
-Oh mais je vais trouver un jour ! Je suis sûre que je ne suis plus très loin !
-Mais oui, prononce-t-il comme si j'étais encore à mille lieux. Tu sais, je pourrais te le dire.
-Non, non et non. C'est mon défi personnel, je t'interdis de dire quoi que ce soit Nangila Evans !
-Très bien Loïs Lane.
Je le fais réviser quelques minutes sérieusement avant qui ne lance une blague et que nous nous perdions dans un fou rire. À un moment, j'arrive à m'arrêter et je l'observe. Je suis tellement sûre de moi à cet instant.
Il remarque mon absence et fronce légèrement les sourcils avant d'approcher son visage. Il semble chercher à lire dans mes pensées quand il demande :
-Pourquoi tu es revenue Chloé ? Comme je te l'ai dit, je ne m'en plains pas, loin de là mais…
Je ne le laisse pas finir sa phrase, j'agrippe le tissus de sa chemise au niveau de ses clavicules et je plaque mes lèvres sur les siennes. Je n'accentue pas le baiser parce qu'une part de moi est encore un peu effrayée. J'évite son regard quelques secondes avant de me plonger corps et âme dans ses iris si particulières et de murmurer :
-Pour ça, je suis venue pour ça et te dire, certes très en retard, que moi aussi, je fais une pause en passant ma langue sur mes lèvres, moi aussi je t'aime Nangila.
-Toi aussi ?
-Il est possible que je me souvienne que tu ais prononcé ces mots dans l'ambulance, je souris timidement.
-Oh Chloé…
Avant même que je ne puisse réaliser quoi que ce soit, les lèvres de Nan' sont sur les miennes, ses mains glissent sur ma nuque et dans mes cheveux. Mon corps s'embrase aussi vite qu'un feu de camp. Il n'y a pas de doute à avoir, je suis complètement éprise de lui. Le fait que j'ai pu lui résister aussi longtemps tient du miracle ou de la folie, tout dépend du point de vue.
-Je t'aime, murmure-t-il contre mes lèvres, je t'aime, je t'aime, je t'aime tellement.
Je glisse ma main sur sa joue et remarque les larmes. Je viens à mon tour l'embrasser en essuyant les traces de son bonheur. A bout de souffle, je colle mon front contre le sien.
-Je suis désolée de t'avoir fait attendre si longtemps.
-Je t'aurais attendu toute une vie.
-Ne dis pas n'importe quoi !
-C'est vrai, sourit-il, même si l'optique de savoir que je n'ai pas respecté la règle numéro une de Raven est assez effrayante.
-La règle numéro une ? je répète avec curiosité.
-Ne jamais tomber amoureux le jour de la rentrée des classes.
-Oh… dans ce cas, j'imagine que je n'ai pas non plus respecté cette règle.
-Parfait, nous formerons donc un mur solide face à… ma mère.
-C'est terrifiant, j'assure tout de même amusée.
-Terrifiant oui, affirme-t-il en me volant un nouveau baiser.
-Je t'aime Nangila.
oOoOo
Voilà pour ce nouveau chapitre de cette fiction. Bon, j'espère qu'il vous a plus ! Nan' et Chloé sont enfin ensemble après six années à se tourner autour ! ;)
Je suis évidemment ouverte à toutes les critiques, qu'elles soient positives ou négatives, à condition que le commentaire soit constructif.
Les Notes :
Note n°1 : Birdy - All You Never Say
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre : « Épilogue – J'entends ta voix »
GeekGirlG.
