Partie 2 : La chose

Avoir grandi en côtoyant de près Rose Weasley signifiait tout connaître ou, du moins, presque tout connaître sur la science-fiction.

Rose était non seulement une geek assumée, mais, en plus, elle insistait avec enthousiasme pour transmettre sa passion pour les séries, les romans et les films du genre à son entourage. Lily aimait beaucoup celle qu'elle considérait comme sa cousine, ses longs silences ne la mettaient pas mal à l'aise, contrairement à plusieurs, et elles avaient passé de nombreuses heures à regarder des séries ensemble ou encore, à jouer à des jeux vidéo.

Si Lily n'était jamais devenue adepte de ces choses comme pouvait l'être Rose, elle était au moins familière avec le concept de réalité parallèle, grand classique dans le genre, servi à mille et une sauces, jusqu'à vous en donner une indigestion. C'est pourquoi, elle décida que c'était dans une telle réalité qu'elle se trouvait à présent.

Avoir basculé dans une réalité parallèle était la seule explication plausible à ce qui s'était déroulé dans la dernière heure et peut-être même plus un peu plus, à bien y penser. C'était ça ou alors elle était bel et bien devenue folle.

Comment expliquer, sinon, que sa tante Ginny prétendait être sa mère? Et qu'elle n'avait jamais vu de sa vie la pièce qu'elle lui avait présentée comme étant sa chambre, située dans une maison qu'elle disait être la leur alors qu'elle ne pouvait être plus différente de sa véritable maison? Ou encore qu'elle ne reconnût pas les deux jeunes hommes qui apparaissaient sur la moitié des photos accrochés au mur longeant l'escalier et qui étaient supposés être ses frères?

Qui plus est, sa supposée chambre était entièrement décorée dans des tons de rose alors qu'elle détestait cette couleur et que jamais au grand jamais, elle n'aurait affiché un fanion aux couleurs de gryffondor, qui soit dit en passant jurait affreusement avec le rose de la pièce, sur le mur de sa chambre.

Avoir décidé qu'on a accidentellement mis le pied dans un réalité parallèle où, visiblement, notre véritable frère n'existe pas ou, du moins, n'est pas notre frère et dans laquelle on a hérité de deux frères qui n'existaient pas avant, en plus d'avoir perdu son père qui a été remplacé par sa tante qui est devenue notre mère, peut être anxiogène. Mais c'est aussi, paradoxalement, l'explication la moins anxiogène à tout cela.

Clairement, dans une telle situation, la seule chose à faire est de suivre la vague et de tenter subtilement, mais par tous les moyens de rentrer chez soi. Elle avait vu suffisamment de films pour savoir que rien ne servait de confronter son entourage et de questionner leur réalité, on la prendrait pour une folle.

Bien entendu, le fait de n'avoir que sept ans, pas d'argent et une baguette cassée comme seul bien en ce monde pouvait compliquer les choses. Et c'est le constat que fit Lily lorsque sa pseudo-mère referma la porte de sa chambre après lui avoir adressé de longues et pénibles remontrances qu'elle n'avait écouté que d'une oreille, l'esprit trop occupé à analyser toute cette situation.

Lorsqu'enfin elle la laissa seule dans cette pièce immonde, elle accueillit le silence de la chambre avec contentement. La première chose qu'elle fit fut de sortir la baguette de son frère de sa poche, comme pour s'assurer que cela était au moins réel et que Scorpius avait vraiment existé, un jour, quelque part. En fait, peut-être existait-il également dans cet univers, peut-être, comme elle, avait-il hérité de d'autres parents que les leurs.

Après tout, à bien y penser, la situation actuelle n'était pas si mauvaise. Lily aimait bien sa tante Ginny et peut-être que ses deux nouveaux frères étaient géniaux et qu'elle s'entendrait bien mieux avec eux qu'avec son véritable frère. Puis elle se souvint que dans ce monde, à en croire les photos aperçues plus tôt, Harry Potter était toujours son père, mais pas Draco Malfoy et elle ne n'accepterait jamais de vivre dans un univers dans lequel son père n'était pas son père.

Cette chambre était beaucoup plus petite que celle qu'elle occupait chez elle, au manoir. En fait, l'entièreté de cette demeure aurait pu entrer au moins vingt fois dans la propriété ancestrale de sa famille, sans parler des jardins. Elle savait bien que la majorité des gens vivaient dans des maisons de cette taille, que ce n'était même pas une petite maison, en somme, mais les fenêtres étroites et les murs recouverts de photos et d'affiches lui donnaient l'impression d'étouffer.

Elle se força à réfléchir. Se demandant ce que l'un des personnages de l'une des séries de Rose ferait dans une telle situation, mais rien ne lui venait. Les peluches en forme de toutes sortes d'animaux certains fantastiques, d'autres pas, parfaitement alignées sur le couvre-lit, comme des pions dans un jeu d'échec, posaient leurs yeux sans vie sur elle. La chambre était en désordre, les Potter n'avaient pas d'elfe de maison.

Le sentiment d'être complètement seule s'abattit sur elle et une envie presque irrésistible de pleurer la prit à la gorge. Elle serra les dents, retenant les larmes qui roulèrent tout de même sur ses joues.

Elle voulait rentrer chez elle.

Elle retira sa robe tachée et déchirée en la passant par-dessus sa tête sans délicatesse, ne pouvant soudain plus supporter de porter ces habits souillés, puis elle enleva la blouse qu'elle portait en-dessous et ouvrit le premier tiroir de la commode en bois gravée d'un motif fleuri qui devait contenir ses vêtements. Elle ne reconnut aucun des morceaux qui y étaient soigneusement pliés, mais c'était normal, le contraire eut été étonnant. Elle aurait su qu'elle n'était pas chez elle rien qu'à voir la manière dont étaient pliés ses vêtements et elle se retint de refermer le tiroir aussitôt.

Un bruit de vaisselle lui parvint de l'étage au-dessous. Encore quelque chose qui lui était étranger. Au manoir, les cuisines étaient si éloignées des chambres que jamais elle n'aurait pu entendre le moindre bruit en provenant.

Elle arrêta finalement son choix sur une paire de jeans et un t-shirt noir, elle fut étonnée que la Lily qui semblait tant affectionné les couleurs pastel et les peluches possède un morceau de cette couleur. Dans la garde-robe, elle trouva également un sac à dos et y glissa une veste qu'elle trouva posée sur une chaise et y rangea la baguette de son frère.

Elle était d'ailleurs chanceuse de l'avoir encore en sa possession, car elle se serait attendue à ce que son oncle dénonce à sa supposée mère le fait qu'elle eut en sa possession une baguette brisée et certainement volée, selon lui. Mais, dans le brouhaha de l'arrivée de Ginny au magasin, rien n'avait été dit au sujet de ladite baguette qu'elle avait rangé dans sa poche dès que l'occasion s'était présentée et dont elle n'avait évidemment plus soulevé l'existence.

Des bruits de pas dans l'escalier la ramenèrent au moment présent et elle dissimula rapidement le sac sous son lit.

Elle savait qu'elle ne pouvait pas rester ici, elle devait trouver un moyen de rentrer chez elle et ce n'était pas avec la surveillance de sa fausse mère qu'elle y parviendrait. Non, elle attendrait que la nuit tombe et elle s'enfuirait.


Rien n'était plus bizarre que de voir son père jouer à être son père dans cette parodie de famille que le destin lui imposait. Et bien que cet homme, en apparence, ressemblait trait pour trait à Harry Potter, les profonds cernes sous ses yeux et la fatigue qui se dégageait de lui n'avaient rien à voir avec l'énergie débordante et la bonne humeur parfois harassante de son véritable papa.

Cet homme semblait à bout de tout et la première chose qu'il fit fut de la sermonner comme l'avait fait Ginny un peu plus tôt, mais beaucoup plus brièvement et avec l'attitude de celui qui désire s'accomplir le plus rapidement possible d'une tâche qu'on lui a imposé et qui lui répugne. Et cela, avant même de l'avoir salué. Cela peinait Lily de voir son père dans un tel état et de se voir traiter avec autant de froideur, ce à quoi elle n'était nullement habituée, bien au contraire. Elle dû se répéter silencieusement et à de nombreuses reprises que cet homme n'était pas vraiment son père et que, bientôt, elle rentrerait chez elle.

À chaque instant, elle s'attendait à voir son autre père pénétrer à son tour dans la maison, sa présence lui manquant cruellement alors qu'ils s'étaient quittés il y avait à peine quelques heures. Elle avait également la curieuse impression de le trahir, d'une manière qu'elle ne comprenait pas tout à fait en participant à ce simulacre de famille dont il ne faisait pas partie. Un agacement profond bourdonnait en elle à chaque fois que son regard se portait sur Harry, comme si elle lui en voulait également de participer à tout cela.

Elle aurait voulu le secouer jusqu'à ce qu'il réalise que tout ceci n'avait aucun sens. Ne sentait-il pas que quelque chose de vital lui avait été arraché? Qu'on lui avait dérobé son mari, son fils? Comment pouvait-il se soumettre à cette existence médiocre sans se dire que ce n'était pas ça sa vie? Sans chercher à trouver ce qui lui manquait?

L'amour qui existait entre ses parents s'étaient toujours exprimé de manière limpide pour tous ceux qui les côtoyaient. Il semblait exister entre eux un lien si profond que d'un simple regard, ils parvenaient à partager ce que plusieurs auraient dû exprimer à haute voix. Lily savait, en partie, ce qu'ils avaient traversé, même si ses parents tentaient de la protéger de ce qu'ils jugeaient être des histoires trop dures pour son âge. Lily n'insistait pas, car elle voyait parfois passer dans leurs regards, les fantômes que la guerre y avait laissé. Elle se souvenait d'une fois où elle avait surpris Draco en pleurs dans le salon bleu, Harry assis à ses côtés, le tenant fermement entre ses bras. Son père lui avait alors paru beaucoup plus jeune qu'il ne l'était, pleurant avec le relâchement d'un enfant, sous le regard troublé du portrait de sa mère.

Lily avait eu toutes les peines du monde à détacher son regard de ses parents, choquée et bouleversée de les surprendre ainsi, n'ayant jamais au grand jamais vu son père pleurer auparavant. Elle-même avait senti les yeux lui picoter de voir cet homme qu'elle aimait par-dessus tout dans un tel état, ne comprenant pas ce qui avait pu le mettre dans un tel état. Puis elle s'était enfuit rejoindre son frère qui l'attendait dans les jardins pour lui faire faire un tour de balai.

Elle pinça les lèvres en écoutant d'une oreille peu attentive la conversation monotone entre ses parents d'emprunt, se demandant dans quelle ville elle se trouvait présentement et surtout, comment elle parviendrait à se rendre au manoir. Car c'est ce qu'elle avait prévu, ne sachant trop quoi faire d'autre que de rentrer chez elle, même si, dans cette réalité, la manoir Malfoy n'était pas sa demeure. Elle devait au moins vérifier si son autre père s'y trouvait et peut-être même son frère. Après tout, si elle se retrouvait toujours avec Harry comme père, le plus logique fut que lui aussi eut conservé l'un de ses deux parents.

De plus, la bibliothèque du manoir renfermait une multitude d'ouvrages des plus récents aux plus anciens et des plus communs aux plus rares, elle trouverait certainement comment rentrer chez elle dans l'un d'eux. Tante Hermione disait toujours qu'en cas de doute, la meilleure chose à faire était d'aller à la bibliothèque.

Et si son père ne se trouvait pas au manoir, la seule chose qui resterait à faire serait de tenter de trouver son grand-père Severus et elle était certaine que peu importe la dimension dans laquelle elle se trouvait, il n'existait nulle réalité parallèle ou pas dans laquelle son grand-père adoré refuserait de l'aider.

Mais, d'ici là, elle se contentait de piocher dans son assiette, se forçant à manger malgré la boule qui prenait toute la place dans son estomac en écoutant les deux adultes échanger des banalités d'un ton dépourvu d'intérêt.

Puis, une idée lui traversa l'esprit, après tout, ça ne coûtait rien d'essayer.

-Papa? dit-elle de sa voix fluette, les interrompant.

Les deux adultes tournèrent la tête vers elle.

-Oui, Lily?

Elle hésita, se demandant si ce qu'elle s'apprêtait à faire était réellement une bonne idée ou pas, puis elle se lança. Au point où elle en était…

-Je me demandais si tu… enfin si tu connaissais un Draco Malfoy?

Les deux adultes la regardèrent, interdits. Si bien qu'après un moment, elle se demanda si dans cette dimension, son autre père n'existait tout simplement pas. L'idée lui posa un poids supplémentaire au creux de l'estomac.

-Où as-tu entendu ce nom? demanda Harry, finalement, en l'étudiant avec attention, toute trace de la lassitude qui l'enveloppait depuis son arrivée envolée.

Elle se lécha les lèvres.

-C'est oncle Ron, mentit-elle.

Ce fut au tout de Ginny de réagir.

-Ton oncle t'a parlé de Draco Malfoy? répéta-t-elle en fronçant les sourcils et Lily ne sut si c'était par scepticisme ou parce qu'elle désapprouvait le fait que son frère lui eut parlé de lui.

-Oui, maintint la jeune fille en misant sur le fait qu'ils ne feraient pas la vérification auprès de Ron ou, du moins, que lorsqu'ils reviendraiwnt avec lui sur le sujet, elle serait déjà loin.

Harry poussa un soupir qui montrait combien il n'avait pas envie d'aborder un tel sujet ce soir, mais qu'il s'y résignait néanmoins. Vraiment, cet homme n'avait rien à voir avec son véritable père. Si Draco existait bel et bien dans cette dimension, ce n'était pas si étonnant qu'il ne se fut pas marié avec lui.

-Draco Malfoy était un mangemort durant la deuxième guerre du monde sorcier, dit-il simplement, espérant que sa fille se contente de cette explication, mais se doutant que ce ne serait pas le cas.

Lily haussa les sourcils.

-Mais il a ensuite fait partie de l'Ordre? Non? demanda-t-elle, avec vivacité, elle connaissait cette histoire, mais elle savait aussi comment elle finissait, heureusement.

Ses pseudos parents échangèrent un regard.

-Non, ma chérie, il a simplement fui on ne sait trop où au milieu de la guerre. Mais, c'est suite à cette fuite que ses parents ont tourné le dos à Voldemort.

Bon… Ça c'était différent.

-Alors, ses parents étaient membre de l'Ordre?

-Non. Ils ont simplement trahi leur maître, nous indiquant au passage comment pénétrer dans leur manoir où, comme tu le sais, ils se tairaient avec ses mangemorts. C'est pour ça qu'ils ont évité Azkaban, d'ailleurs. De nombreuses personnes ont questionné cette décision du Magenmagot disant que c'était trop peu trop tard et qu'une vie de crime ne pouvait être excusé par si peu. Mais la justice est ainsi, parfois, on ne peut rien y faire.

Encore une fois, jamais son père n'aurait tenu un tel discours. Si Harry Potter pensait que quelque chose était injuste, il s'élevait contre cette dernière et tentait de faire changer les choses et c'est ce qu'il avait inculqué à ses enfants. Jamais il ne se serait avoué vaincu de la sorte.

-Mais… et Draco? demanda Lily.

-Il n'est jamais revenu, répondit Harry en haussant les épaules. Mais, pourquoi toutes ces questions?

Elle haussa les épaules à son tour, l'imitant, mais il ne s'en rendit pas compte.

-Tu crois qu'il s'est enfui de tout ça parce qu'au fonds, il était gentil? demanda la fillette, de l'espoir plein la voix.

Harry secoua la tête.

-Non… J'ai étudié à Poudlard avec Draco et crois-moi, il n'avait rien de gentil. Je crois simplement qu'il voulait sauver sa peau, rien de plus, rien de moins.

Lily fronça les sourcils. Ça non plus, ça ne ressemblait pas à son autre père. Il n'aurait jamais fui comme un lâche, il était courageux, il s'était battu avec l'Ordre lors de la bataille finale, il avait risqué sa vie.

-Mais, tu ne le sais pas! s'objecta-t-elle, prenant instinctivement la défense de son autre père.

-Non, c'est vrai, je n'en suis pas certain… admit lentement Harry.

-Moi, je suis certaine qu'il n'était pas comme eux, les mangemorts, je veux dire. Il était jeune et il n'a pas eu le choix! continua Lily, emportée.

-On était tous jeunes! Et on a fait nos choix, à l'époque, intervint Ginny.

-Oui, mais vous vous n'étiez pas menacés par Voldemort, lui, ses parents…

-Malfoy était comme son père, obsédé par la pureté du sang, par l'argent, le pouvoir, il se croyait tout permis rien que parce qu'il faisait partie des vingt-huit sacrés et qu'il était l'héritier de l'une des plus importantes fortunes d'Angleterre. Ce n'était pas une bonne personne, c'était un minable doublé d'un lâche, l'interrompit Ginny avec plus de fermeté, comme si entendre celle qu'elle croyait être sa fille tenir de tels propos concernant le plus jeune Malfoy lui était insupportable.

-Tu ne le connais pas! la coupa Lily, avec colère, cette fois.

-Je le connaissais suffisamment pour savoir ça et définitivement plus que toi! répliqua sa mère d'emprunt.

Lily se tourna vers son père comme pour chercher un support qu'elle ne trouva pas.

-Ta mère a raison, Lily, mais je dois dire que j'apprécie ta manière de voir le bon chez chaque personne, c'est une grande qualité, tempéra son père pour calmer le jeu.

Lily haussa de nouveau les épaules, ne parvenant pas à croire que son père ne réagissait pas plus que ça, puis se rappelant que cet homme n'était pas son père.

-Bon, je pense qu'on a fait le tour du sujet, tout ceci est un peu déprimant, intervint Ginny en se levant pour débarrasser la table.

Lily aurait voulu poser davantage de questions, sur ses grands-parents Malfoy qui étaient tous deux morts avant sa naissance, sur Draco et même sur l'endroit où pouvait se trouver Severus dans ce monde, mais cela aurait trop attiré les soupçons des deux adultes qui déjà la regardaient comme si des antennes venaient de lui pousser sur la tête. Elle regretta de s'être emportée. Elle avait déjà oublié la règle de base des univers parallèles, ne pas contredire la faune locale à défaut de vouloir se retrouver dans un asile dans le temps qu'il ne fallait pour dire « lumos ».

Le repas se continua en silence.


Rester éveiller jusqu'à minuit fut plus facile que ne l'aurait d'abord cru Lily. Même si elle avait voulu trouver le sommeil, elle n'en aurait pas été capable, et ce, malgré l'état d'épuisement dans lequel elle se trouvait. Les évènements de la journée qui venait de s'écouler rejouant en boucle dans sa tête. Le moment où elle était entrée dans la classe de son père lui paraissant appartenir à une autre vie tant il lui semblait éloigné.

Elle se glissa hors de son lit, encore toute habillée, faisant tomber une partie des peluches sur le sol. Elle était à présent certaine que ses parents d'emprunt étaient endormis. Elle les avait entendus monter se coucher plus d'une heure et demi auparavant et depuis, aucun sons ne lui parvenaient depuis leur chambre située de l'autre côté du couloir. Elle attrapa la bretelle du sac à dos dissimulé sous son lit et dans lequel elle avait rangé une bouteille de jus volé un peu plus tôt ainsi que trois bananes et un morceau de pain. Elle vérifia que la baguette de son frère s'y trouvait toujours et l'accrocha à son dos.

Sur la pointe des pieds, elle se glissa hors de sa chambre. La maison était plongée dans l'obscurité, mais, au rez-de-chaussée, la lumière de la cuisinière était allumée et projetait un faible éclairage jusque dans la salle à manger. La porte de la chambre de Harry et de Ginny était fermée.

Elle commença à descendre les marches en prenant garde à ne pas en faire craquer une lorsqu'un son à la fois familier et étranger se fit entendre.

Elle se figea.

Puis tenta de deviner d'où était provenu le son et surtout, ce qui l'avait provoqué. Mais seul le silence lui répondit. Peut-être était-ce un ronflement de son père, Draco s'était toujours plaint que son mari ronflait comme un boursouf. Mais pourtant, rien ne semblait provenir de cette direction et le bruit ne se reproduisit pas.

Elle reprit sa descente, posant son pied sur la marche suivante, mais cette fois un frisson la traversa de la tête aux pieds.

Non.

Non. Non. Non.

Elle reconnut l'espèce de raclement qui se fit de nouveau entendre, mais cette fois, plus clairement. C'était le même bruit que celui qu'avait produit la créature qui l'avait poursuivi dans la boutique abandonnée de l'Allée des embrumes. Si elle criait, son père et Ginny se réveilleraient et lui viendraient certainement en aide, mais cela ruinerait son plan d'évasion.

Elle inspira un bon coup, s'obligeant à demeurer calme malgré son cœur qui battait désormais si fort qu'elle avait l'impression qu'il allait lui sortir de la poitrine et débouler le reste de l'escalier où, sans doute, ce qui l'avait suivi jusqu'ici s'en emparerait pour le dévorer. Sa nuque et l'intérieur de ses mains se couvrirent d'une sueur froide et poisseuse. Elle essuya instinctivement ses paumes sur le denim rêche de son pantalon.

Le bruit si caractéristique se fit entendre.

Elle se tendit comme un arc et remonta l'escalier en courant, mais en s'efforçant tout à la fois de faire le moins de bruit possible. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que la créature, quelle qu'elle soit, s'était lancée à ses trousses. Le raclement se fit plus proche et elle entendit le bruit à la fois mouillé et sec qu'elle produisait en se déplaçant, mélange entre celui d'un os de poulet que l'on rompt et celui d'une bouteille remplie de liquide que l'on secoue. Elle était à la fois tiraillée entre l'envie de se retourner et l'incapacité de le faire. Elle pensa au basilic qu'avait dû affronter son père lors de sa deuxième année à Poudlard, à ce regard qui pouvait vous tuer s'il croisait le vôtre et cette créature suscitait en elle une peur similaire.

Quelque chose venait-il de la frôler ou n'était-ce que son imagination? Elle couvrit la distance entre l'escalier et sa chambre en quelques enjambées et poussa un sanglot en refermant la porte derrière elle. La chose poussa de l'autre côté et elle se dit que c'était impossible que les deux adultes assoupis dans la chambre d'à côté n'aient rien entendus, n'entendent toujours rien.

La poignée tourna frénétiquement et elle appuya de toutes ses forces son dos contre la porte, résistant à l'assaut que la créature menait de l'autre côté. Puis, alors qu'à bout de force, Lily commençait à se résigner à l'idée que, d'un moment à l'autre, le monstre parviendrait à pénétrer dans sa chambre et à accomplir ce pourquoi il l'avait poursuivi jusqu'ici, tout s'arrêta.

Elle ne prit pas la peine de se demander si la créature ne s'était interrompue que pour revenir en force, elle fonça vers l'étroite fenêtre donnant directement sur le toit de la maison et, pour la deuxième fois de la journée, s'échappa de cette manière.

La pente du toit était plus abrupte que Lily ne l'avait cru et elle manqua de rouler jusqu'en bas en se propulsant trop rapidement à l'extérieur. Elle dégringola, grimaçant en tombant à genoux sur les bardeaux et glissa jusqu'au rebord sans pouvoir se ralentir. Elle parvint, au dernier moment à se retenir à la gouttière en poussant un petit cri. Le métal grinça, mais tint bon.

Elle agrippa fermement le rebord et tenta de se hisser de nouveau sur le toit avec maladresse, ses paumes déjà écorchées lui donnaient l'impression d'empoigner à pleine main du gros sel tant cela la brûlait. Elle parvint à remonter à moitié sur le toit et c'est alors que l'un des côtés de la gouttière céda dans un grincement métallique.

Elle se sentit chuter brusquement et s'agrippa désespérément à tout ce qui était à sa portée. Ses mains se refermèrent de nouveau sur la gouttière qui pendait désormais à moitié dans le vide. Elle descendit le plus rapidement possible le long de celle-ci et se laissa tomber au milieu de la plate-bande, piétant sur son passage les buissons et les fleurs. Elle jeta un regard vers le deuxième étage dont les lumières étaient toujours éteintes. Un vague sentiment de culpabilité la traversa à l'idée d'avoir abandonné son père et Ginny dans la maison, seuls avec la créature. Mais, d'un autre côté, ce n'étaient pas vraiment eux et, en plus, elle était persuadée que c'était elle et seulement elle, que la chose pourchassait même si elle n'aurait su expliquer pourquoi. Qui plus est, le fait que tout ce tintouin ne les eut pas réveillés ne faisait que confirmer la nature surnaturelle de son assaillant.

Elle traversa la rue en s'éloignant rapidement de cette maison qu'elle espérait ne jamais revoir et essuya ses mains moites et ensanglantées sur son jeans. . Elle courrait par moment, puis se forçait à ralentir pour ne pas s'épuiser. Elle continua son chemin en se retournant nerveusement au moindre bruit, s'attendant à tout instant à ce que la créature apparaisse devant elle, se demandant de quoi elle aurait l'air Elle imaginait une sorte de serpent ou encore un mille-pattes géant ou bien l'immonde créature du film La Chose que son frère lui avait fait regarder l'été dernier et qui l'avait empêché de dormir durant trois jours. Harry avait été furieux et Scorpius avait été privé de sorties pour le reste de la semaine.

Plus elle s'éloignait de la maison occupée par Ginny et son père, plus elle doutait qu'elle finirait par reconnaître la ville où elle se trouvait, comme elle l'avait espéré au départ. Après tout, il était fort probable que sa fausse famille se fut installée dans un quartier que sa vraie famille fréquentait ou alors, peut-être, un quartier dans lequel un membre de sa famille élargie habitait. Mais bientôt, elle dû se rendre à l'évidence, elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait. C'était une banlieue tout ce qu'il y avait de plus banale, un quartier ressemblant à des dizaines d'autres situés en périphérie de Londres.

À cette heure, les rues étaient désertes et Lily aurait pu avoir peur si elle n'avait déjà épuisé toute cette émotion en s'enfuyant de la créature et ensuite, en manquant de se rompre le cou en descendant du toit. Elle était épuisée. Mais elle ne pouvait pas s'arrêter. Si elle le faisait, on la retrouverait et on la ramènerait dans cette maison et jamais elle ne rentrerait chez elle. Elle se força à avancer, toujours tout droit, un pas après l'autre sur le trottoir s'étendant devant elle à perte de vue.

Puis, elle vit son salut sous la forme d'un vélo appuyé contre la porte de garage d'une maison sur sa droite, laissé à lui-même par son propriétaire trop peu méfiant, se disant sans doute qu'il ne craignait pas de se le faire voler dans un quartier si paisible. Elle s'approcha doucement, presque comme si elle craignait de le faire fuir. Il était juste un peu trop grand pour elle, mais en se mettant debout sur le bout des orteils, elle parvint à l'enfourcher.

Elle remercia mentalement son papa d'avoir insisté pour que Scorpius et elle apprennent à faire du vélo dès leur plus jeune âge, malgré le regard plus que sceptique que son père avait posé sur cette activité. Mais ce n'était rien comparé à celui qu'il avait fait lorsque Harry avait suggéré que lui aussi apprenne pour qu'ils puissent en faire tous ensemble en famille. Elle sourit en se souvenant des exclamations assez peu viriles qui s'étaient échappées de la bouche de son père lorsque Harry avait lâché le derrière de la selle pour la première fois, alors que les deux enfants encourageaient leur père. Son cœur se serra soudainement lorsqu'elle réalisa que peut-être que plus jamais, elle ne retrouverait sa famille.

Non.

Non, elle ne devait pas penser comme ça.

Elle arriverait à rentrer chez elle, elle en était certaine. Après tout, toutes les histoires qu'elle connaissait avaient une fin heureuse et les personnages finissaient toujours par accomplir leur quête, aussi désespérée soit-elle et aussi difficile qu'était le chemin y menant. Il en serait de même pour elle. C'était certain. Absolument, indubitablement, certain. Et ensuite, elle leur raconterait tout ça et ils en riraient. Et ce ne serait qu'un mauvais cauchemar. Son papa, mariée à sa tante et son père, un mangemort en cavale. Ils en riraient parce que c'était tellement absurde. Impossible. Ridicule. Ils en riraient avec Scorpius qui n'existe plus ici. Remplacé par deux frères aux cheveux foncés et à la mine un peu trop joviale pour être tout à fait honnêtes.

Elle pédala jusqu'à apercevoir un panneau : Hampstead. Elle ne connaissait pas cet endroit. Tout ce qu'elle savait c'était que le manoir se trouvait dans le Nord du Wiltshire, tout près du village de Castle Combe. Mais cela était bien inutile sans savoir comment si rendre ou même, à quelle distance elle se trouvait de celui-ci. Elle aurait tout donné pour être capable de transplaner.

Elle continua son chemin sans trop savoir où la route la mènerait, mais ne sachant que faire d'autre. Les rues se succédaient, semblables les unes aux autres, parfois, elle apercevait les phares d'une voiture au loin et se dépêchait à descendre de son vélo pour se dissimuler derrière une haie ou un bosquet. Elle se demanda si Harry et Ginny s'étaient rendus compte de sa disparation ou si le charme qu'avait placé la créature sur eux pour les garder endormi faisait encore effet. Et cette chose? Où était-elle à présent? Et surtout, qu'était-elle?

Après plus de deux heures à pédaler, Lily sentit une fatigue sans nom s'abattre sur elle tandis que ses mollets et ses cuisses poussaient à chaque coup de pédale, leur plainte sous la forme d'une brûlure de plus en plus dure à ignorer. Il en était de même de la paume de ses mains, écorchée et boursoufflée et qui semblait être en train de fusionner avec le caoutchouc du guidon. Mais elle se força à continuer.

Trente minutes plus tard, une crampe lui déchira le mollet et elle poussa une plainte en manquant de tomber sur l'asphalte. Elle descendit de son vélo sans la moindre grâce et le laissa tomber par terre, en faisant de même à ses côtés.

Elle n'était plus capable de continuer. Elle avait besoin de se reposer. Tant pis pour la créature. Tant pis pour ses pseudos-parents. Tant pis pour tout le reste. Elle devait s'arrêter.

En regardant autour d'elle, elle vit, derrière la maison devant laquelle elle s'était arrêtée, une petite remise. Elle se força à se lever et traîna son vélo volé jusque derrière celle-ci, le dissimulant. Puis elle sortit la veste qui se trouvait dans son sac et s'en servit pour s'étendre entre la haie bordant le terrain et le mur du cabanon, rabattant le capuchon par-dessus sa tête. Elle préféra ne pas penser à tous les insectes et les araignées qui devaient proliférer autour d'elle. Le sol était dur et inégal, tandis que la pelouse dégageait une humidité qui pénétrait ses vêtements, rendant le tout hautement inconfortable.

Elle se força néanmoins à fermer les yeux, si elle ne parvenait pas à trouver le sommeil, elle devait tout de même se reposer.


Lorsqu'elle s'éveilla, avant même d'avoir ouvert les yeux, Lily sut qu'elle n'était plus derrière la remise où elle s'était couchée. Le bruissement des feuilles avait fait place au silence et la terre à un sol en bois, tiède et lisse contre sa joue. Elle ouvrit brusquement les yeux et fronça aussitôt les sourcils en se redressant en position assise.

Impossible.

Elle se trouvait chez elle, au manoir, assise sur le plancher de ce qui était normalement le bureau de son père. Sauf qu'à présent, la pièce était entièrement vide des meubles et des tableaux qui la décoraient normalement. Elle regarda autour d'elle et constata qu'elle n'avait plus son sac à dos contenant la baguette de son frère. Elle se leva lentement, étudiant la pièce qui lui apparaissait étrangement petite dépourvue de son mobilier et se dirigea vers la porte qui était ouverte. Dans le couloir, c'était la même chose, les tableaux avaient tous disparus, ainsi que les tapis et les rideaux, comme si les occupants du manoir avaient déménagé, emportant tout avec eux.

Elle marcha jusqu'à sa chambre qui était tout aussi vide et bientôt, elle se mit à aller de pièce en pièce pour constater que plus rien ne subsistait, mis à part les murs et les planchers. Ni leurs photos de famille sur le manteau de la cheminée du grand salon, ni les portraits de famille des Malfoy décorant le couloir menant à la salle de bal, ni aucun des ouvrages garnissant la bibliothèque et dont les tablettes vides avaient quelque chose de particulièrement angoissant.

La succession de pièces vides semblaient se moquer d'elle et à chacune, elle se surprenait à espérer que dans la prochaine, ce fut différend, mais, à chaque fois, c'était la même chose. Où étaient les meubles? Pourquoi est-ce que les lieux avaient été vidés, ainsi? Et malgré tout, la propreté étincelante des lieux laissait croire que le manoir n'avait pas été réellement abandonné, presque comme si on avait simplement rendu tout le mobilier invisible d'un coup de baguette, pour lui faire une blague. Mais elle savait que ceci n'avait rien d'une plaisanterie.

Alors qu'elle s'apprêtait à descendre aux cuisines, un cri lui parvint. Elle reconnut aussitôt cete voix.

Scorpius.

Merlin. Merci. Salazar. Merci. Merci. Merci. Merci.

Elle monta l'escalier quatre à quatre, manquant de tomber en s'enfargeant dans la dernière marche et elle se rua dans la chambre de ses parents qu'elle avait pourtant vérifié quelques minutes auparavant et qui, comme toutes les autres pièces, était entièrement vide.

Elle poussa la porte entrouverte et vit son frère, agenouillé par terre, le visage entre les mains, le corps secoué de bruyants sanglots. S'il l'entendit entrer, il ne leva cependant pas la tête vers elle.

-Scorpius? appela-t-elle d'une toute petite voix.

Elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle avait vu son frère pleurer. Elle s'approcha pas à pas, sur ses gardes.

-Scorpius? répéta-t-elle un peu plus fort.

C'est alors qu'elle l'entendit, il murmurait des paroles, perdues à travers ses sanglots, étouffées par ses mains contre son visage, elle fit un autre pas vers lui, essayant de comprendre ce qu'il disait.

-Pou…pou…pourquoi…

Un frisson la traversa, sa voix était bien la sienne, mais elle avait une intonation qui n'aurait pu être plus éloignée de celle qu'avait normalement celle de son frère. Et pourtant, c'était bien lui. Elle reconnaissait ses cheveux, d'un blond presque blanc, identiques à ceux de leur père et de son père avant lui. Sa carrure qui ressemblait également à celle de Draco, même s'il était plus petit que leur père.

-Pour-pourquoi… répéta-t-il, toujours prostré.

-Pourquoi quoi? demanda-t-elle en avançant une main vers lui pour le toucher.

Puis, il releva très lentement son visage vers elle, comme s'il venait de se rendre compte de sa présence et elle recula malgré elle. Il la contemplait d'un air froid qui n'était pas le sien, sans bouger. Elle sentit une peur sourde monter en elle.

-Pourquoi est-ce que tous les meubles ont disparu? Où sont papa et père? Tu me fais peur Scorpius, dit Lily en reculant encore et, pour une fois, elle faisait son âge. Elle n'était plus, en cet instant, qu'une petite fille terrifiée.

-Pourquoi as-tu fais ça? dit Scorpius d'un ton accusateur, en ignorant ses questions.

Elle se tendit, serrant ses bras contre sa poitrine dans un réflexe futile pour se protéger. Son frère la regardait avec sévérité, presque avec colère, toute trace de ses larmes envolées si bien qu'on eut dit qu'il n'avait même jamais pleuré.

-Je n'ai rien fait, de quoi parles-tu? Je ne comprends pas, j'ai peur, je veux juste rentrer à la maison, avec toi, avec nos parents, répondit Lily, son effroi teintant sa voix, en accélérant le débit.

-Pourquoi…

Elle recula encore.

-…as-tu…

Elle s'apprêta à s'enfuir par la porte, mais cette dernière se referma dans un claquement.

-…FAIS ÇA? cria Scorpius en se levant et soudain, sur le plancher près de lui apparut les corps de leurs parents, la gorge tranchée de part en part et le parquet, complètement propre l'instant d'avant, était maintenant recouvert d'une marre de sang d'un rouge presque noir et épais comme du goudron.

Lily hurla.

Et elle hurlait encore lorsqu'elle entendit le raclement maintenant familier juste derrière elle.

Et elle hurla alors que quelque chose agrippait son épaule et la secoua.

Elle ouvrit les yeux et vit un visage au-dessus du sien. C'était une femme. Elle était de nouveau dans le jardin où elle s'était finalement endormie. Ce n'était qu'un cauchemar, rien d'autre qu'un cauchemar. Par Salazar.

-Es-tu perdue?


Hampstead était située à 112 miles de Castle Combe. Du moins, c'est ce que lui répondit l'agent de police lorsque, pour la troisième fois, il demanda à Lily comment elle avait fait pour se retrouver si loin de chez elle.

La femme qui l'avait réveillée un peu plus tôt était la propriétaire de la maison chez qui elle se trouvait toujours. À peine l'avait-elle réveillé qu'elle l'avait aussitôt invité à entrer, posant devant elle, moins d'une minute plus tard, un verre de lait et un plateau sur lequel elle avait disposé des biscuits. C'était une femme d'une cinquantaine d'année au regard doux, ses cheveux étaient coupés courts et teints en rouge. Lily l'entendit passer un appel à la police depuis la salle à manger, gardant un œil fixé sur l'enfant qu'elle venait de trouver endormie derrière sa cabane de jardin.

Lily glissa rapidement quelques biscuits dans les poches de sa veste et prit une gorgée du verre de lait posé sur le comptoir devant elle. Elle devait s'enfuir avant que les policiers n'arrivent. Son père et Ginny devaient sans doute avoir appelé la police en finissant par constater sa disparation et un avis de recherche national devait déjà circuler la concernant.

Malheureusement, à aucune moment la femme ne la laissa seule et, à peine quelques minutes plus tard, deux agents de police cognaient à la porte. Un homme plutôt jeune et une femme à la mine sévère qui s'efforça néanmoins de sourire à l'enfant. Lily se contenta de les dévisager, le visage fermé, les mains posées sur les bretelles de son sac à dos, comme si elle s'apprêtait à partir à la course pour leur échapper à tout instant et ce n'était pas si loin de la vérité.

Elle attendit qu'ils lui disent que ses parents la cherchaient, qu'ils étaient inquiets et qu'ils la ramèneraient à la maison. Mais ils n'en firent rien. L'homme se pencha pour être à sa hauteur et lui demanda, d'une voix qu'il voulut rassurante, sans doute.

-Comment t'appelles-tu?

-Narcissa Malfoy.

-Malfoy? répéta l'homme et elle se demanda pendant un instant s'il connaissait son père, puis elle se rappela qu'il était un moldu et qu'il n'y avait aucune chance pour qu'il ait entendu ce nom un jour.

Elle acquiesça lentement tandis qu'il sortait son téléphone cellulaire de la poche avant de sa veste et y consultait quelque chose.

-Alors? demanda l'agente qui l'accompagnait, au bout d'un moment.

-Non…

-Tu es sûre que tu nous dis bien la vérité? demanda alors la policière en scrutant l'enfant attentivement, son sourire désormais envolé.

-Oui! insista Lily et ce n'était pas non plus un mensonge, elle s'appelait bien Narcissa Malfoy, si on enlevait le Lily et le Potter de son nom complet. Mais elle ne voulait pas révéler sa véritable identité, certaine qu'on ferait immédiatement le lien entre elle et Harry et qu'on la ramènerait immédiatement là-bas. C'était déjà un miracle qu'ils n'aient pas fait le lien. À moins que la créature s'en soit réellement prise à eux ou qu'ils ne se soient toujours pas réveillés du charme qui avait été mis sur eux par cette dernière.

Ils lui avaient ensuite demandé où elle vivait, le nom de ses parents, son âge et, finalement, comment elle était arrivée aussi loin de chez elle.

-Certainement pas en pédalant, avait blagué le policier, mais sa collègue l'avait immédiatement rabroué d'un regard, celle-là n'entendait pas à rire.

La femme qui l'avait accueilli tenta d'intervenir, voyant le malaise de Lily, mais se trompant sur son origine. Elle pensait certainement que la fillette était terrifiée d'être aussi loin de chez elle et que toutes ces questions ne faisaient que l'angoisser davantage, alors qu'en vérité, les méninges de l'enfant tournaient à une vitesse folle, pesant chaque parole qui sortait de sa bouche, se demandant comment elle parviendrait à se sortir de cette fâcheuse situation. Les policiers ne laissèrent pas la femme intervenir et lui demandèrent de les laisser seuls avec l'enfant. Lily se maudit de sa faiblesse de la veille, si elle ne s'était pas reposée, si elle s'était forcée à continuer son chemin, elle ne serait pas dans cette situation.

Bientôt, cependant, les policiers durent conclure qu'ils ne tireraient rien de plus de la fillette, car ils remercièrent la dame d'avoir recueillie l'enfant et amenèrent cette dernière jusqu'à leur voiture, la faisant monter derrière.

Ce n'est que lorsque la voiture s'engagea sur l'autoroute en direction ouest que Lily comprit que les policiers avaient finalement décidé de la ramener chez elle, au manoir. Ils roulèrent une heure trente dans un silence parfois entrecoupés de commentaires plus ou moins pertinents du jeune policier, à chaque fois rabroué par sa coéquipière. Lily le plaignit, elle n'aurait pas aimé faire équipe avec quelqu'un d'aussi autoritaire, elle se demanda pourquoi il se laissait faire de la sorte.

À intervalles réguliers, la radio crachait une série d'indication dont Lily ne comprenait presque rien. C'était une série de code et de chiffres, parfois entrecoupé d'un nom de rue ou de celui d'un village. Les policiers n'y répondaient jamais.

Bientôt, ils prirent la sortie menant dans la région du Wiltshire du Nord, ils arriveraient dans une quinzaine de minutes. Lily se demanda ce qu'elle trouverait au manoir. Elle ne put s'empêcher de repenser à son rêve, mais elle chassa cette idée. Ce n'était qu'un stupide rêve. Elle se rappela ensuite ce qu'avait dit Harry, concernant Draco, cela avait effacé l'espoir qu'elle caressait de retrouver son père au manoir. Qu'importe, elle trouverait sans doute quelque chose. Ou, du moins, elle l'espérait.

Par le rétroviseur, la fillette étudiait le visage de la policière qui conduisait d'une seule main, les yeux rivés sur la route. Elle sursauta presque lorsque le regard de cette dernière se leva soudain vers elle. On parle souvent des yeux bleus ou verts comme s'ils étaient les seuls d'intérêt, mais les iris d'un brun foncé de cette femme avaient une profondeur qui n'aurait pu exister dans des yeux plus pâles. Elles se dévisagèrent un moment, puis la femme reporta son attention sur la route. De la banlieue, le paysage les entourant avait fait rapidement place à la campagne anglaise. Lily se sentit plus près que jamais de chez elle, mais pas que du manoir, non, de son vrai chez elle.

Puis la voiture fit une embardée sur la droite. Le policier hoqueta et la tête de Lily heurta la portière avec force alors que la voiture fit une brutale sortie de route.