Partie 3 : Scorpius

« L'univers ne se laisse pas prendre à la légère.

Il est constitué d'une série de lois qui dépassent la majorité d'entre nous. Les astrophysiciens en discernent les contours de plus en plus nettement avec les années, mais sans plus. Un des plus grand potioniste du 18e siècle, Antoine Lavoisier, connu tant dans le monde sorcier que chez les moldus en tant que chimiste, a énoncé un des principes de base de la théorie de la magie : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.» Comprendre cet énoncé est essentiel pour tout sorcier désirant saisir les mécaniques en branlent derrière toute magie.

Un autre principe guidera notre réflexion, cette fois établi par un philosophe moldu fort connu, Aristote, et qui s'énonce ainsi : « La nature a horreur du vide. »

-Extrait de Théorie de la magie, 3e édition, p.13-


Scorpius tomba à genoux en jurant. Le sol trembla une deuxième fois et il jeta un regard apeuré autour de lui, certains ouvrages tombèrent à leur tour des tablettes pour rejoindre ceux qui étaient tombés lors de la secousse précédente. Il rampa jusque sous une table basse où se trouvait déjà Lisa pour se mettre à l'abris. Le sextant qu'avait manipulé sa sœurs quelques minutes auparavant chuta sur le tapis dans un bruit mat, tant pis pour sa fragilité.

-Qu'est-ce qui se passe? Un tremblement de terre? dit Lisa, sa baguette en main, en jetant un sort de protection autour d'eux. Au moins, rien ne les assommerait si les objets continuaient à pleuvoir des bibliothèques.

Scorpius haussa les épaules. Les deux élèves qui étaient assis près de l'âtre s'étaient réfugiés en criant derrière les fauteuils sur lesquels ils étaient assis l'instant d'avant.

-Viens! On doit retrouver ma sœur! dit Scorpius en sortant de sous la table alors que les secousses semblaient se calmer.

Lisa acquiesça et saisit la main qui lui était tendue pour se mettre debout.

-Vous êtes fous, vous devriez rester ici à l'abris! appela l'un des deux élèves de sa maison, un prénommé Davis.

-Ma petite sœur est seule dans le château et je ne vois pas en quoi on est plus en sécurité ici, avec les livres qui nous pleuvent sur la tête, répondit Scorpius avec impatience en désignant la porte par laquelle s'était enfuit Lily moins de quinze minutes auparavant.

Il n'attendit pas la réponse de Davis et s'en fut de la salle commune, Lisa sur les talons. À peine eurent-ils franchi le pas de la porte qu'une secousse manqua de les faire tomber tous les deux, mais ils s'attrapèrent la main et se forcèrent à continuer. Des élèves criaient, d'autres pleuraient en parcourant les couloirs dans une frénésie que Scorpius ne leur avait jamais vu. Il entendit bientôt la voix du professeur Trelawney s'élever depuis l'escalier.

-Du calme! Du calme! Restez calme! criait-elle d'une voix qui, elle, n'avait rien de calme et peut-être était-ce pour cette raison que personne ne lui portait attention.

Ils passèrent près d'elle et descendirent l'escalier menant au septième étage.

-SIR MALFOY! SIR MALFOY! s'éleva soudain une voix près d'eux.

-Malfoy-Potter, répondit instinctivement Scorpius, il ressemblait tant à Draco et plus encore à Lucius avec ses longs cheveux du blond caractéristique des Malfoy qu'il était habitué à ce qu'on ne l'appelle que par ce nom, mais, malgré tout, à chaque fois, il reprenait ceux qui oubliaient son deuxième patronyme. Il regarda partout autour, cherchant qui l'appelait, de surcroît « sir », ne reconnaissant pas la voix.

-Scorp! dit alors Lisa en désignant une toile d'un mouvement de la tête.

Dans un tableau représentant une scène de chasse particulièrement bondée se trouvait un chevalier qui contrastait avec le style général de l'œuvre, il était aisé de voir que ce n'était pas sa place. Il sauta sur place en voyant que Scorpius tournait son attention vers lui.

-Sir Malfoy-Potter, suivez-moi, prestement! La jouvencelle, mademoiselle votre sœur s'en est enfuit de ce côté, mais mille périls la guettent! Nulle minute à perdre, je…

-Ma sœur? Vous savez où elle est? l'interrompit Scorpius, tournant cette fois toute son attention vers celui qu'il avait reconnu comme étant Sir Cadogan et dont le tableau se trouvait près de la classe de divination.

-Oui, mon seigneur, suivez-moi et je vous y amènerai! répondit le chevalier en passant d'un tableau à l'autre, suivi par les deux adolescents, courant derrière.

Arrivés à l'étage au-dessous, alors qu'ils se dirigeaient vers une partie du septième étage que Scorpius connaissait bien, il comprit où ils se dirigeaient. Bien sûr. Il aurait dû y penser. Lily connaissait l'existence et le fonctionnement de la salle sur demande, il aurait dû savoir que c'était l'endroit où elle aurait trouvé refuge. Existait-il meilleur endroit pour se cacher?

-Elle est disparue ici, derrière une porte! s'exclama Sir Cadogan en désignant le mur exempt de porte devant eux.

-Merci, dit Lisa alors que déjà, Scorpius ne portait plus attention au chevalier, posant sa main sur le mur de pierres, en tâtant la paroi rugueuse, comme s'il cherchait quelque chose entre les craques.

-C'est tout à la fois mon honneur et mon devoir, milady, répondit Sir Cadogan en exécutant une révérence, puis il continua son chemin.

Lorsque Lisa se retourna vers son ami, ce dernier disparaissait derrière une porte qu'elle s'empressa de rattraper avant qu'elle ne se referme. Elle n'avait jamais vu la salle sur demande sous cette forme. Elle était immense, les plafonds en forme de voûte s'élevant de plusieurs étages, confirmant la nature magique de cet endroit, car cela aurait été impossible de prendre autant de place sans dépasser le toit de Poudlard, ils étaient, après tout, au septième étage, sans compter que normalement, une pièce d'une telle ampleur n'aurait jamais pu rentrer dans l'espace réel qu'elle occupait dans le château.

-LILY! appela Scorpius en avançant plus profondément dans ce qui semblait être un débarras géant.

Des montagnes de meubles et d'objets en tout genre s'élevaient partout autour d'eux. Ici, une pile de chaises qui semblaient avoir connues de meilleurs jours. Là, des chaussures de toutes les grandeurs et de tous les modèles dont aucun ne semblait appareillée à une autre. Par ici, alignés dans une bibliothèque bancale, une collection de manuels scolaires dans divers états de décrépitude. Par-là, une série d'armures dont il manquait divers morceaux : le casque, un bras, une jambe, la moitié supérieure du corps.

-LILY NARCISSA! appela Lisa, faisant écho aux appels de Scorpius, choisissant une autre allée que celle dans laquelle il s'enfonçait de plus en plus.

Une secousse se fit sentir de nouveau et Lisa recula rapidement alors qu'un éboulis de fioles vides se fit près d'elle. Ils étaient certainement dans le pire endroit possible pour vivre un tremblement de terre. Elle jeta cette fois un regard inquiet aux montagnes instables d'objets les entourant. Ils ne devaient pas s'attarder ici. Puis elle se souvint que Scorpius n'avait plus sa baguette et donc, rien pour se protéger s'il arrivait quelque chose.

-LILY NARCISSA MALFOY-POTTER, ON DOIT SORTIR, C'EST DANGEREUX, TOUT VA S'ÉCROULER, CE N'EST PAS UN JEU! cria Lisa avec une énergie renouvelée.

Étrangement, plus elle avançait, plus les tremblements semblaient gagner en intensité, comme si elle se rapprochait de l'épicentre. Un bourdonnement emplit l'air autour d'elle, comme si elle venait de mettre le pied dans un nid d'abeilles géantes. Elle continua et plaqua bientôt ses mains contre ses oreilles, le bourdonnement faisant vibrer son corps tel un diapason. C'était presque intolérable et lorsqu'elle vint pour appeler de nouveau Lily, sa voix chevrotait tellement qu'elle referma aussitôt la bouche.

Tout cela semblait provenir d'une armoire en bois foncé près d'elle et dont le haut de la porte avait été brisée. Elle se força à faire un pas de plus et l'ouvrit.

Lisa sentit quelque chose bouger près d'elle et fit un bond en avant, certaine que c'était encore une pile d'objets qui menaçaient de l'ensevelir. On lui saisit le bras par derrière et elle poussa un cri en se retournant.

-Elle n'est pas ici! dit Scorpius d'une voix à peine compréhensible.

Lisa désigna l'armoire vide d'un geste de la tête. Scorpius manqua de tomber lorsqu'une secousse se fit de nouveau sentir, ils devaient bien être à six sur l'échelle de Richter.

-Ça vient de là! indiqua son amie en se forçant à articuler chaque mot le plus distinctement possible, la vibration dans ses tympans en était presque douloureuse.

L'adolescent s'approcha de l'armoire dont la porte était à présent ouverte. Elle était vide. Il décolla l'une de ses mains de sur son oreille et la posa à l'intérieur. Et soudain, tout s'arrêta : le bourdonnement, ce qu'ils avaient cru être des secousses sismiques ainsi que la vibration.

Scorpius se tourna vers son amie, un sourire victorieux sur les lèvres.

-Tu vois, il suffisait que je… commença-t-il, mais le reste de sa phrase se termina dans un cri lorsqu'il sentit quelque chose agripper fermement sa main, il vit que cette dernière avait déjà à moitié traversé le bois de l'armoire, comme si c'eut été un liquide et non pas une surface solide. Il tira de toutes ses forces, mais quelque chose l'entraînait fermement de l'autre côté.

Lisa agrippa son autre bras et se mit à tirer, mais rien n'y fit. Bientôt, son bras en entier avait disparu à l'intérieur de l'armoire.

-Va trouver mon père, dis-lui que c'est Lily, tout ça c'est de la faute à Lily et à cette armoire! dit Scorpius en se sentant entraîné inéluctablement, comme un travailleur d'usine ayant pris sa manche dans un convoyeur.

-Non, je ne vais pas te laisser! répliqua Lisa en tirant un peu plus fort, mais ses pieds glissèrent sur le sol de pierre alors que son ami était aspiré de plus en plus par le meuble.

-Je dois retrouver ma sœur! Va chercher mon père! ALLEZ!

Elle hésita, puis, en voyant le regard décidé de son ami, lâcha sa main. Il se sentit avaler par l'armoire d'un seul coup, mais juste avant de disparaître, il sentit qu'on prenait sa main gauche et y mettait quelque chose. Il referma les doigts et bascula dans le vide.


Une douleur aigue lui vrilla le crâne lorsque Lily ouvrit les yeux. Elle les referma aussitôt et les rouvrit plus lentement. Quelque chose de chaud et de mouillé glissait le long de sa tête, comme une langue de chien. Elle porta sa main à son visage et lorsqu'elle la ramena devant elle, comprit que c'était du sang. Son sang.

Elle revint à elle d'un coup, comme on plonge dans une piscine.

Les sacs gonflables avaient été déclenchés et le policier était assis devant, inconscient ou pire. La voiture avait percuté un arbre. La conductrice du véhicule n'était plus là. Elle tenta d'actionner la poignée de la porte, mais cette dernière ne s'ouvrait pas de l'intérieur. Elle détacha sa ceinture, passa son sac à dos et s'avança en grimaçant entre les deux sièges de devant. Elle finit par réussir à se hisser laborieusement sur la console et vit que le jeune policier respirait toujours même s'il n'était pas conscient.

Le bruit de la radio retentit alors dans l'habitacle, la faisant sursauter. Immédiatement, elle se saisit du moniteur, appuyant sur le bouton.

-À l'aide! Il y a eu un accident!

-Où êtes-vous? Quelle est votre numéro de patrouille?

Elle se mit à pleurer en voyant qu'on lui répondait.

-La sortie de Castle Combe.

-Quelle est votre numéro de patrouille? répéta la voix à la résonnance métallique.

-Je ne sais pas! dit-elle en regardant tout autour, ne tentant plus de réfréner ses larmes, à présent. Venez vite! Il est blessé!

Elle laissa tomber le moniteur dans la voiture et rampa jusque sur le siège du conducteur, elle devait partir avant qu'ils n'arrivent. Elle sortit par la porte qui était demeurée ouverte et manqua de tomber par terre en débarquant du véhicule lorsqu'un étourdissement la traversa. Elle se pencha subitement vers l'avant et vomit à moitié sur ses chaussures. Elle s'essuya la bouche du revers de sa manche et poussa un gémissement qui était à la fois un sanglot et un soupir.

-Papa… pleurnicha-t-elle en se forçant à avancer dans l'herbe longue du fossé dans lequel avait atterri l'autopatrouille.

Elle monta la petite bute menant à la route, s'aidant en posant ses mains par terre, agrippant l'herbe à pleines mains comme un alpiniste agrippant une prise. Elle s'était attendue à voir la policière près de la route, mais cette dernière était déserte. Où avait-elle bien pu s'en aller?

Un peu plus loin, une pancarte indiquait que Castle Combe se trouvait à 11 miles. C'était une très longue marche.

-Narcissa!

Elle se retourna en sursautant, peu habituée à être appelé par ce nom. C'était la policière, elle venait de remonter le fossé à sa suite, elle semblait à bout de souffle, une large traînée de sang coulait de son front jusqu'à son menton. Mais ce qui glaça le sang de Lily fut son bras droit ou plutôt, ce qu'il en restait. On eut dit qu'elle s'était prise dans un piège à ours, la chaire sanguinolente était déchiquetée, mélangée au tissu de sa chemise dans une vision digne d'un film d'horreur de série B.

-COURS! cria la policière et Lily l'entendit, le bruit d'os brisés et quelque chose de liquide de la créature.

Et elle courut.

Mais pas pour longtemps, une voiture arrivait d'un peu plus loin et elle lui fit signe. La policière la vit elle aussi et tendit son badge de son bras intact en criant.

-POLICE! ARRÊTEZ-VOUS! C'EST UN ORDRE!

Le chauffeur, un homme d'environ soixante-dix ans, fit presque une embardée en les voyant surgir devant son véhicule comme des possédées. La policière ouvrit la portière arrière et y projeta presque Lily alors qu'elle prenait place à ses côtés et refermait la portière.

-CASTLE COMBE! FONCEZ!

-Mais… mais… répondit le vieil homme comme pétrifié et c'était sans doute une réaction normale considérant le fait qu'une fillette à la tête couverte de sang ainsi qu'une policière hystérique dans un état encore pire.

-AVANCEZ, PUTAIN DE MERDE! AMENEZ-NOUS À CASTLE COMBE! AU COMMISSARIAT! MAINTENANT!

L'agressivité du ton de l'agent suffit à le sortir de sa transe et il enfonça l'accélérateur d'un coup. La tête de Lily frappa la banquette arrière sous le choc et elle se pencha pour vomir de nouveau.

-Désolée… murmura-t-elle en portant la main à son front, le saignement semblait avoir diminué.

Le véhicule fila dans la campagne anglaise à vive allure, encouragée par la Sergent Milicent Patry, lorsqu'elle donna son nom au conducteur, Lily se rappela qu'elle le lui avait dit un peu plus tôt, lorsqu'elles s'étaient rencontrées, même si elle ne s'en était pas souvenu. Le voyage se passa dans un silence seulement entrecoupé parfois par les instructions du sergent à l'endroit du vieil homme qui suait à grosses gouttes, ses mains agrippant le volant à s'en blanchir les jointures, comme si cela lui assurait un meilleur contrôle sur son véhicule.

De toute manière, personne n'était en état de faire la conversation. Pas après ce qui venait de se passer. Lily fut tentée de lui demander à quoi ressemblait la créature et comment elle lui avait broyé la moitié du bras, mais elle s'abstint. C'était encore elle qui était la moins choquée par tout ceci, preuve que l'on s'habitue à tout, en fin de compte. La policière était une moldue, pour elle, le choc devait être encore plus grand.

Elle pensa au policier demeuré dans la voiture et se demanda si le monstre l'avait dévoré ou si les secours étaient arrivés à temps. C'était peu probable. Elle avait cru que la créature ne s'en prendrait qu'à elle et même, peut-être, qu'elle seule pouvait la voir. Mais elle avait eu tort. Et elle ne put s'empêcher de penser à Ginny et à son père qu'elle avait laissé seuls dans cette maison avec le monstre.

Elle appuya son front contre la surface fraîche de la vitre et pressa fortement contre celle-ci. Des coulèrent le long de ses joues. Elle ne rentrerait jamais chez elle. La créature la rattraperait et la tuerait ou alors, elle passerait le reste de ses jours à s'enfuir, encore et encore, dans ce monde qui n'était pas le sien.

-Descends, suis-moi.

Elle leva la tête vers la policière et constata que la voiture s'était immobilisée. Elle regarda tout autour. Ils étaient à Castle Combe, devant le commissariat. Le Sergent Patry et Lily pénétrèrent dans ce qui devait être l'un des commissariats les moins occupé en Angleterre, tant ce village était, en temps normal, paisible. Les regards se posèrent sur eux et encore une fois, Lily prit la mesure de ce à quoi ils devaient ressembler rien qu'à voir le choc et l'horreur sur leurs visages.


« Les pires incidents magiques rapportées dans les derniers siècles ont tous en commun une seule et même chose, ils avaient été causés par des sorciers ne maîtrisant pas les principes de base de la théorie de la magie. Il faut être soit fort inconscient ou profondément stupide pour croire qu'on peut accomplir de grandes choses sans même comprendre les règles qui régissent le sort le plus simple. Avant de composer de jouer des sonates, tout musicien doit apprendre ses gammes, il en va de même de tout sorcier qui se respecte. »

-Extrait de Théorie de la magie, 3e édition, p.34-


C'était une baguette.

Lisa lui avait mis sa propre baguette entre les mains juste avant que Scorpius ne disparaisse. 28 cm, en érable avec une corne de basilic en son cœur, il connaissait cette baguette par cœur et c'était un peu comme si sa meilleure amie était avec lui. Il reconnut aussitôt l'endroit où il se trouvait puisqu'il n'avait pas bougé. Il était toujours dans la salle sur demande, du moins, en apparence. La pièce lui semblait identique à celle qu'il venait de quitter, mis à part que Lisa ne s'y trouvait pas.

Précautionneusement, il remonta l'allée qu'il savait mener à la porte, ses pas résonnant avec écho jusque dans les voûtes du plafond. Cela donnait une ambiance solennelle à la pièce, rappelant celle d'une cathédrale.

Il entendit une sorte de glissement sur sa droite, puis un craquement et se retourna rapidement, sa baguette d'emprunt pointée devant lui. C'est avec stupeur qu'il se retrouva face à lui-même. Il aurait pu croire qu'il s'agissait de son reflet dans le miroir, sauf que son sosie n'avait pas la même pose que lui, il se tenait absolument droit, les bras de chaque côté du corps et ses yeux étaient entièrement blancs, sans pupilles.

Les réflexes qu'avaient inculqué en lui les cinq dernières durant lesquelles il avait fait partie du club de duel guidèrent son geste et, sans hésiter, il lança un stupéfix informulé à cette chose qui ne pouvait qu'être maléfique. La baguette lui obéit facilement, comme si elle avait compris qu'elle devait être agréable avec lui puisqu'il était le meilleur ami de sa propriétaire légitime. Un éclair de lumière rouge frappa son double en pleine poitrine, mais ce dernier ne bougea pas d'un millimètre, se contentant de fixer son assaillant de son regard mort.

-Diffindo! lança Scorpius, ne maîtrisant pas ce sortilège de manière informulée et se disant que de toute manière, son opposant ne tentait même pas d'éviter ses sorts et qu'il n'avait pas non plus de baguette pour les parer.

Le sort toucha encore une fois sa cible et la manche de l'uniforme de cette chose qui avait choisi d'adopter ses traits à l'identique, si on ne comptait pas les yeux, se fendit en une longue déchirure, entamant profondément la chaire pâle dessous comme si elle avait reçu un coup d'une épée invisible. La créature se contenta de baisser doucement le regard vers la blessure d'où aucun sang ne s'écoulait. Cela finit de convaincre Scorpius de la nature surnaturelle de cette chose. Il se lécha nerveusement les lèvres, rien dans ses cours de défense contre les forces du mal ne l'avait préparé à affronter quelque chose du genre. Il ignorait ce que c'était ou comment la battre, la seule certitude qu'il avait était que cette chose lui voulait du mal.

La créature releva la tête vers lui, tout aussi lentement qu'elle l'avait baissé. Puis, de la manière la plus horrifique qui soit, écarta les lèvres dans un sourire beaucoup trop grand, dévoilant une rangée de dents pointues et acérées qui n'avaient décidément rien à voir avec celles de Scorpius.

-Et merde.

La créature se mit alors à avancer vers lui d'un pas décidé. Il lança un nouveau sortilège informulé et ce dernier frappa de nouveau son double qui ne ralentit même pas.

Voyant la futilité d'essayer une nouvelle attaque et la distance qui se refermait dangereusement entre eux, Scorpius tourna les talons et se mit à courir. Il se tourna pendant un instant en jetant un sort vers la pile de bureaux près d'eux, provoquant un éboulis entre lui et cette chose, espérant la ralentir. Il était encore trop loin de la porte à son goût. Puis, son cœur s'arrêta net lorsqu'il vit que son poursuivant n'était plus derrière lui, mais à moins de cinq mètres, devant. Il s'arrêta net dans sa course et bifurqua sur la droite, jetant toute une série de sorts par-dessus son épaule, espérant que quelque chose produirait un effet, mais sans trop y compter.

Il ensorcela une pile de chaussures qui s'envolèrent comme une nuée d'oiseau pour aller frapper la créature à coup de pieds imaginaires. Cela sembla la mettre en colère puisqu'elle poussa une sorte de rugissement désincarné. Un frisson le traversa. Putain de merde de putain de merde de….

C'est alors qu'il vit de vieux balais accotés contre un bureau un peu plus loin. Oui, Merlin, oui!

À peine trois secondes plus tard, il s'envolait au-dessus des montagnes d'objets accumulés par les années.

-Faites que ça ne vole pas, s'il vous plaît, je vous en prie, murmura-t-il en voyant la créature continuer de se débattre contre les chaussures qui lui tournaient toujours autour, le rouant de coups.

La chose poussa de nouveau une sorte de rugissement et ses doigts se transformèrent en de longues griffes toutes aussi acérées que ses dents. Mais qu'est-ce que c'est que ça? pensa-t-il en tournoyant près des voûtes du plafond. Il ne perdit pas de temps et fonça vers la porte de la salle pour en sortir au plus vite. Mais il y avait une raison pour laquelle se balai avait été rangé ici avec tous ces objets brisés ou défectueux et soudain, le balai donna un grand coup sur la gauche, refusant d'obéir à son pilote.

-Non. Non! Non! Non! NON! cria le blond alors que le balai les dirigeait tout droit vers une montagne de chaises, il referma ses mains sur le manche avec force, tirant comme un forcené pour modifier la trajectoire du balai. La hauteur ne lui permettant pas de simplement sauter en bas, car à coup sûr, il se briserait quelque chose.

Au dernier moment, le balai consenti à bifurquer légèrement, mais cela n'empêcha pas le genou gauche de Scorpius d'entre violemment en collision avec une chaise et il poussa un cri étouffé en sentant son estomac faire un bon dans son ventre sous le coup de la douleur. Ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes et il se força à respirer pour contenir la douleur. Merde. Merde. ET MERDE!

Il ouvrit les yeux et vit qu'ils avaient perdu de l'altitude, il enligna néanmoins la porte menant à l'extérieur, ils y étaient presque lorsque la créature se jeta sur eux, faisant un bon prodigieux pour attraper la queue du balai de ses griffes. Scorpius poussa un cri et tenta d'effectuer une manœuvre un peu brusque pour faire tomber son sosie, mais ce dernier tenait bon.

-TU VAS ME LÂCHER, OUI? cria Scorpius en se mettant à lui donner des coups de pied par-derrière, mais il glapit en sentant les griffes s'enfoncer dans la peau de sa cheville.

C'est alors qu'il se rappela la montagne de chaises contre laquelle il avait manqué de s'écraser un peu plus tôt et fit virer brusquement son balai de bord en accélérant. C'est volontairement, cette fois, qu'il enligna le tas de chaises. La créature sembla comprendre, car elle tenta brusquement de remonter sur le balai, mais trop tard. Scorpius remonta le plus possible ses jambes et fit exprès de frôler le sommet de la montagne de chaises à pleine vitesse. La créature fut happée comme une mouche contre une main et lâcha prise.

Scorpius ne se retourna pas pour voir et fila vers la porte, mais cette fois, le balai tressautait comme une voiture qui manque d'essence et il lança un alohomora juste avant de percuter la porte, incapable de ralentir et encore moins d'arrêter son balai. Il se jeta en bas juste après avoir franchi le seuil de la porte et tomba lourdement par terre en roulant. Le balai entra en collision avec le mur dans un claquement assourdissant.

-Putain de merde, mais c'était quoi ça? Par Merlin, Lily, dans quelles putains de conneries es-tu encore allée nous fourrer? s'exclama Scorpius en se relevant lentement, encore étourdi de sa chute, le cœur battant à tout rompre.

Il jeta un regard apeuré vers la porte qui avait maintenant disparue, se demandant si son double maléfique était capable de passer à travers les murs, en plus de tout le reste. Il ne resterait pas pour le découvrir.

-Quel langage, monsieur Malfoy, peut-être que de retirer dix points à Serdaigle pourrait vous apprendre à châtier votre langage, qu'en pensez-vous?

-Malfoy-Potter, corrigea automatiquement Scorpius, anormalement excédé, sans doute à cause de ce qu'il venait de vivre et il se tourna pour se retrouver face à face avec Severus Snape, un soulagement sans nom coula sur lui en même temps qu'une profonde incompréhension, après tout, Severus avait pris sa retraite de l'enseignement plus de trois ans auparavant. Grand-père?

L'homme fronça les sourcils en reniflant dédaigneusement.

-Je suppose que vous vous trouvez amusant.

Le jeune homme hésita.

-Non… par particulièrement.

Le regard de son grand-père était glacial. Scorpius déglutit avec difficulté, mais se ressaisit en passant à la raison pour laquelle il était ici et surtout, à l'urgence que revêtait maintenant la découverte qu'il possédait un sosie démoniaque et que ce dernier désirait le tuer.

-Je… est-ce que ma sœur serait ici, par hasard?

Cette fois, les sourcils de Severus se haussèrent de manière presque comique et le jeune ne pouvait se souvenir d'avoir vu une telle expression sur son visage auparavant.

-Votre… sœur, répéta l'homme devant lui en le dévisageant avec soin, comme s'il tentait de déterminer s'il s'agissait là encore d'une blague.

-Lily…

-Lily?

Si Scorpius ne l'avait pas encore compris, c'est à ce moment qu'il réalisa pleinement que même si cet endroit ressemblait en tout point à sa propre réalité, cette dernière était profondément différente. Dans n'importe quel univers plus ou moins semblable au sien, il était absolument inconcevable que Severus Snape ne sache pas qui était Lily, la prunelle de ses yeux, sa petite-fille adorée, celle qu'il aimait plus que sa propre vie, qui le menait par le bout du nez depuis sa naissance, celle qui avait le pouvoir incroyable de le faire sourire, rire même à la moindre chose qu'elle faisait ou disait. C'était tout bonnement impossible. Plus encore que l'existence d'un quelconque clone diabolique, plus que d'être aspiré dans une réalité parallèle par le biais d'une vieille armoire.

Scorpius ne savait pas qui était cet homme qui se trouvait devant lui, mais ce n'était définitivement pas son grand-père. Ou, du moins, pas dans cette réalité.

-Je dois… y aller.

L'incrédulité fit place à la colère sue le visage de Severus.

-Cette conversation n'est pas terminée.

-Elle l'est pour moi, répondit Scorpius en faisant mine de partir.

-Moins trente points pour Serdaigle et si vous faites un pas de plus, monsieur Potter, ce sera cinquante!

-C'est Malfoy-Potter et je pense qu'on ferait bien d'arrondir à cent tout de suite, répliqua-t-il et l'instant d'après, il enfourchait le balai tombé par terre duquel il s'était rapproché et filait vers l'escalier menant à la tour d'astronomie, manquant pendant un instant de perdre le contrôle dans le virage quand le balai donna un coup sur la gauche.


La facilité avec laquelle Lily parvint à échapper à la surveillance du policier qui était supposé la surveiller était à la fois surprenante et inquiétante. Tellement qu'elle espéra que dans sa réalité, ce ne fut pas les mêmes policiers qui assuraient la sécurité de son village.

L'agent rondouillet au visage d'enfant qui avait soigné du mieux qu'il avait pu sa blessure en attendant l'ambulance lui avait ensuite donné un jus de fruits et lui avait demandé de rester assise dans le lobby en attendant qu'ils contactent ses parents. Évidemment, ils n'y arriveraient pas puisqu'elle leur avait donné un faux numéro. À peine l'eut-il laissé seule qu'elle se faufila à l'extérieur du poste et tourna au prochain coin de rue.

Le cœur lui stoppa net lorsqu'elle arriva face à face avec le vieil homme qui les avait conduites, elle et le Sergent Patry, jusqu'au poste. Il fumait une cigarette avec des gestes nerveux et une idée germa dans la tête de la fillette.

-Le sergent fait demander s'il serait possible de me reconduire chez moi, ils doivent quitter pour retourner sur les lieux de l'accident et ça les arrangerait grandement.

Lily avait pensé qu'elle devrait insister davantage, mais le vieillard semblait plus qu'heureux de pouvoir enfin quitter le poste et poursuivre sa vie comme si toute cette histoire ne s'était jamais déroulée.

Cette fois, elle prit place sur la banquette avant.

Ils roulèrent un certain temps, puis Lily lui dit de ralentir.

-Plus loin, par-là, dit-elle en pointant un chemin de campagne en gravier.

Le manoir était soumis à un sort repousse-moldu qui avait aussi pour effet de rendre la propriété invisible à tous ceux qui en ignoraient l'emplacement. C'est pourquoi le chauffeur lui jeta un regard d'incompréhension lorsqu'elle lui demanda de s'arrête devant ce qui lui sembla être un champs immense bordé d'une forêt. Lily, elle pouvait voir l'immense grille en fer forgé sur laquelle un « M » était dessiné ainsi que la clôture entourant la propriété.

-C'est ici, merci, confirma Lily en descendant du véhicule sous l'œil incrédule du vieil homme.

Elle marcha jusqu'à la grille et posa délicatement ses mains dessus. Cette dernière s'ouvrit d'elle-même, lentement, laissant passer la fillette. Tout ce que le chauffeur vit de toute ceci fut une fillette avançant vers un champ et disparaître, il cligna plusieurs fois des yeux, puis secoua la tête, ayant déjà tout oublié de ce qu'il venait de voir et se demandant seulement ce qu'il faisait à un tel endroit.

Lily remonta l'allée bordée de rosiers, le gravier crissant sous ses chaussures de sport, son sac à dos accroché sur ses épaules. Devant elle se dressait le manoir Malfoy, sa maison, celle où elle avait grandi, celle où elle vivait avec ses parents, ses vrais parents, et son frère, son seul et unique frère. Elle parvenait à peine à croire qu'elle y était. Après tout ce qu'elle avait traversé dans les dernier vingt-quatre heures, elle n'avait plus osé y croire, mais voilà qu'elle y était. Elle accéléra le pas et parvint finalement jusqu'aux imposantes portes, posant sa main sur le bois chaud, comme on embrasse la terre ferme après un voyage en mer. Enfin.

Enfin.

Elle tomba presque vers l'avant lorsque la porte s'ouvrit vers l'intérieur.

-Puis-je savoir qui vous êtes et ce que vous faites sur ma propriété? demanda une voix froide et traînante.

Elle leva les yeux vers l'homme qui se tenait devant elle et la seule chose qui traversa son esprit fût : Scorpius?


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

Merci beaucoup à ceux qui prennent le temps de me laisser des commentaires, vous lire me pousse à continuer. Merci!