Et voici un troisième chapitre !

Un grand merci à ceux qui ont pris le temps de me laisser un commentaire et qui ont décidé de suivre cette histoire. Vos compliments me touchent énormément !

Bonne lecture !

Neferemy.

JWSH

John oublia rapidement son trouble passager. Après une demi-journée passablement ennuyeuse – comme Sherlock l'avait prédit – à régler des problèmes de santé mineurs, le médecin quitta le cabinet pour rejoindre son ami.

À peine avait-il passé la porte qu'il reçut un message du détective le pressant de le rejoindre chez le couple victime de la disparition de leur fille de seize ans, qui avait également fait l'objet d'une demande de rançon. Le détective venait de réunir les preuves dont il avait besoin pour la résolution de l'enquête – en quelques heures seulement, alors que l'affaire occupait tout Scotland Yard depuis plusieurs jours.

Lorsqu'ils arrivèrent sur place, Sherlock releva son col sous le regard amusé de John et, après un discret clin d'œil à son ami, commença à débiter ses déductions sous le regard interloqué de Lestrade et passablement choqué du couple. L'affaire était d'une simplicité enfantine – selon le détective – : l'adolescente de seize ans était née du premier mariage de la femme, et les relations de la jeune fille avec son beau-père étaient depuis quelques années quelques peu tendues. Or, le beau-père avait depuis peu une maîtresse aux nombreuses dettes. Celle-ci avait demandé à son amant une aide financière, qu'il avait refusée. Par désespoir, colère, mais aussi par amour, la maîtresse – psychologiquement peu stable – avait enlevé la belle-fille de son amant, pensant ainsi lui faire plaisir en donnant une leçon à l'adolescente, mais aussi par la même occasion régler ses problèmes financiers en demandant une rançon pour la restitution de la jeune fille. À la fin de son discours, Sherlock pointa théâtralement un doigt vers le beau-père, en énonçant froidement que celui-ci était au courant de l'enlèvement effectué par sa maîtresse (sans pour autant y être impliqué) et était en contact avec elle, mais qu'il préférait se couvrir plutôt que de venir en aide à sa belle-fille.

Le regard empreint d'horreur, le beau-père pris la fuite, poursuivi par Sherlock et John. Il fut rapidement maîtrisé, et avoua immédiatement son inaction face à une situation devenue dès le début incontrôlable à ses yeux. Il donna l'adresse où il pensait que sa maîtresse se trouvait avec son otage. Immédiatement, Lestrade aboya des ordres au téléphone pour retrouver l'adolescente. Quand elle fut mise en sécurité et ramenée à sa mère, alors que le beau-père et la maîtresse étaient emmenés par le Yard, John se tourna vers Sherlock et lui sourit.

« - Fantastique, Sherlock, lui dit-il avec chaleur. »

Celui-ci lui répondit d'un sourire franc et empli de fierté. Il lui prit doucement le poignet pour l'emmener au bord de la route et attraper un taxi. Les entrailles de John semblèrent se tordre à ce geste, plongeant le médecin à nouveau dans le trouble.

JWSH

Les jours suivants semblèrent se dérouler dans un brouillard flou pour John.

L'existence au 221B Baker Street était aussi normale que possible. Il s'occupait de Rosie, allait au travail, pourchassait les criminels avec Sherlock. Pourtant, il ne cessait de s'interroger sur les troubles qu'il avait pu ressentir à proximité de son colocataire, et qui semblaient le poursuivre à chacun des gestes entre le détective et lui. Bien sûr, Sherlock était son meilleur ami. Ils vivaient ensemble depuis des années, travaillaient ensemble, avaient vécu des situations extrêmes qui les avaient grandement rapprochés. Il était donc normal qu'il tienne énormément à lui et qu'il existe une grande proximité entre les deux hommes. Cependant, jamais John ne s'était senti aussi perdu, aussi confus face à la situation, et ce poids sur son cœur ne cessait de grandir.

Pourtant, il avait repris sa vie en main. Mary lui manquait énormément, mais il s'en remettait davantage chaque jour. Depuis la descente aux enfers de Sherlock et l'arrestation de Culverton Smith, il s'était libéré des tourments et de la culpabilité qui le rongeaient depuis la mort de sa femme, mais aussi de la colère qu'il ressentait envers Sherlock, et envers lui-même. Il se sentait mieux, débarrassé de ses fantômes et ouvert à l'avenir, avec sa fille et son meilleur ami. Il avait l'amour et le soutien de tous ses proches, il avait reconstruit sa propre famille.

Assis dans le salon, dans son fauteuil, le coussin de l'Union Jack sur les genoux, il surveillait d'un air absent Rosie jouant avec son hochet, tout en jetant des coups d'œil furtifs au détective allongé sur le canapé, immergé dans son palais mental. Il repensait sans cesse à son égarement et – il rougit à cette réflexion – à la bouffée de désir qu'il avait ressentie suite à la proximité de Sherlock et à son toucher.

Il secoua la tête. Non, il avait dû se méprendre. Pourquoi ressentirait-il du désir pour Sherlock ? C'était ridicule. Sherlock était son ami. Un ami très proche, pour qui il serait prêt à faire de nombreux sacrifices et pour qui il ressentait une très grande affection, mais pas dans le sens romantique du terme.

Après tout, il n'était pas gay. Et puis, Sherlock était Sherlock…

Peut-être avait-il besoin de trouver quelqu'un. Ce désir involontaire ne pouvait signifier qu'une chose : il était en manque affectif. Cela faisait trop longtemps qu'il pleurait Mary. Il avait fait son deuil et était en paix avec son souvenir. Il était peut-être temps.

À l'autre bout du salon, il ne vit pas Sherlock l'observer dans sa réflexion, ses yeux de glace fixés sur le visage du médecin, l'air insondable. Il se leva gracieusement – attirant ainsi le regard de son ami – et enjamba la table basse jusqu'à atteindre son violon. Il le prit en main, le cala sur son épaule et joua un air calme, apaisant, le corps tourné vers son ami. John prit Rosie dans ses bras et la berça doucement au rythme de la musique. Il laissa son regard dériver sur les doigts gracieux de son ami manipulant l'instrument avec dextérité, l'archet glissant avec volupté sur les cordes, et laissa son cœur vibrer au rythme de l'envoutante musique, comme apaisé. Sherlock était là, comme toujours.

JWSH

Le lendemain matin, il préparait le thé en sifflotant lorsqu'il entendit son colocataire sortir d'un pas lourd de sa chambre. Il fit son apparition dans la cuisine, ses boucles d'ébène mises en désordre par une nuit de sommeil et le corps uniquement recouvert d'un drap.

John ignora le sentiment étrange qui montait en lui et lança à son ami en empoignant la bouilloire :

« - Sherlock, va t'habiller.

- Pour quoi faire ? Demanda le détective, comme s'il ne voyait pas le problème.

- Pour une simple question de bienséance, Sherlock, lui répondit John en remplissant les tasses.

- La bienséance, c'est ennuyeux, maugréa son colocataire en se postant devant la fenêtre. »

John soupira et releva la tête. Son souffle se bloqua lorsque son regard se porta sur son ami. Les yeux acérés de Sherlock contemplaient les rues de Londres, et les premiers rayons du jour frappèrent son profil longiligne, faisant briller ses pupilles d'un bleu translucide et illuminant sa peau blanche d'une lueur presque surnaturelle.

Sentant son cœur s'emballer, le médecin inspira profondément et se dit qu'il était plus que temps.

John Watson allait enfin reprendre en main sa vie amoureuse.