Le chapitre 5 est arrivé ! Avec en bonus une petite apparition de Mycroft et de son légendaire flegme britannique – parce que j'aime énormément ce personnage, et que les interactions entre les deux frères Holmes sont toujours hilarantes :p

Bonne lecture !

Neferemy.

JWSH

Deux jours plus tard, John revenait du cabinet, le dos endolori après un retour chaotique à Baker Street en métro. Il avait rendez-vous chez Molly qui s'occupait actuellement de sa filleule, mais il devait passer prendre quelque chose à l'appartement avant de s'y rendre.

En grimpant les marches, il entendit des éclats de voix à l'étage, qu'il reconnut bien vite comme appartenant à son colocataire et son frère. Ils étaient donc déjà revenus de la visite prévue à leur sœur, et Mycroft s'était sans doute arrêté chez eux pour convaincre Sherlock d'enquêter sur une affaire top secrète.

« - Vois-tu, Sherlock ? Tu fais absolument tout de travers.

- Je fais tout de travers ? C'est toi qui envenime la situation, Mycroft ! Regarde où ça nous mène ! »

John soupira et poussa la porte, s'attendant à être, une fois de plus, entraîné dans une affaire mettant en jeu la nation…

… mais trouva les deux frères Holmes se défiant dans une intense partie de Docteur Maboul.

Il n'eut même pas l'air surpris.

« - Mycroft, salua-t-il avec un signe de tête. Vous revenez de Sherrinford ?

- Docteur Watson. En effet, Sherlock et moi sommes passés rendre visite à Eurus.

- Bien. »

S'il devait être honnête, songer à la cadette Holmes mettait toujours John mal à l'aise, le faisant repenser avec effroi à ce qu'ils avaient subi avec cette femme à l'intelligence hors normes.

« - Sherlock, je vais chercher Rosie chez Molly, puis je l'emmènerai faire un tour au parc.

- Ramène du lait, répondit son colocataire en se penchant à nouveau sur le jeu.

- Si tu n'avais pas utilisé la dernière bouteille pour une expérience douteuse, aussi… Très bien, je prendrai du lait.

- Et des cigarettes, ajouta le détective.

- Même pas en rêve ! »

John s'empara de la poussette de sa fille et repartit aussitôt, saluant rapidement les frères Holmes.

Après un bip retentissant du jeu, marquant ainsi un autre échec de Sherlock, Mycroft s'adressa à nouveau à son frère :

« - Tu es distrait, petit frère. Dis-moi, est-ce qu'il a compris ?

- Non, pas encore… Murmura Sherlock, plongé dans ses pensées.

- Et toi, Sherlock ?

- Tu devrais partir. Tu n'as pas un régime à entretenir ?

- Sherlock, répliqua son frère en levant les yeux au ciel, agacé. Je veux seulement que tu fasses ce qui est le mieux pour toi. Je pensais que jusque-là, tu considérais ces… sottises comme une faiblesse.

- Vous devriez aller fourrer votre nez ailleurs, toi et ton parapluie, rétorqua le détective en se levant brusquement pour aller chercher son violon.

- Sherlock…

- Au revoir, Mycroft, lança le cadet sur un ton sans appel.

- Très bien, déclara l'aîné en se levant, grinçant des dents lorsque Sherlock commença à tordre les cordes de son instrument dans un son irritant. Mais ne vient pas te plaindre si cette histoire dégénère ! »

Il récupéra son parapluie et sortit dignement du 221B Baker Street. Lorsqu'il entendit la porte d'entrée claquer, Sherlock arrêta de torturer son violon et déclara dans la pièce vide :

« - John ? Tu as besoin de comprendre seul. Et moi aussi, j'ai besoin que tu comprennes… ».

JWSH

Si ses propres interrogations sur ses émois intérieurs s'étaient taries ces derniers jours, laissant penser à John qu'il était passé au-dessus de tout cela et qu'il resterait célibataire et abstinent un bon bout de temps (ce qui était sans doute pour le mieux), ses bouleversements émotionnels revinrent rapidement le hanter. Et le pire, c'est qu'ils étaient encore une fois liés à Sherlock.

Il n'était pas psychologue – et vu ce qui était arrivé la dernière fois avec Eurus, il n'était pas prêt à aller en consulter une à nouveau avant longtemps – mais il pensa qu'il n'était peut-être pas prêt à rétablir un lien amoureux avec quelqu'un. Qu'en attendant, il réalisait inconsciemment un attachement affectif avec la personne la plus proche de lui – soit Sherlock. Si c'était vraiment le cas, John ne put s'empêcher de penser que son inconscient était d'une stupidité affligeante, de se rattacher à un homme se proclamant lui-même comme étant un « sociopathe de haut niveau ».

Cependant, John réalisa rapidement qu'il n'avait malheureusement aucune prise sur ces émotions incompréhensibles, et encore moins sur la personne à laquelle ces émotions se rattachaient. Et celles-ci devinrent rapidement incontrôlables.

Alors qu'il n'en avait jusque-là pas vraiment conscience, il commença rapidement à remarquer avec une acuité exacerbée le nombre assez élevé de contacts qu'il avait avec Sherlock. Il s'agissait dans la majorité des cas de gestes innocents ; des doigts qui se frôlent en se passant une tasse de thé, deux pieds qui de frottent légèrement l'un contre l'autre alors qu'ils sont assis côte à côte sur le canapé devant de la mauvaise télévision, des bras qui s'agrippent lors d'une poursuite face à un criminel…

Aussi, il ne comptait plus le nombre de regards entre eux s'étirant sur un temps infini, par exemple lorsqu'ils se trouvaient à table, face à face, devant un plat préparé par John et auquel le médecin avait forcé le détective de manger. Il ne comptait plus le nombre de fois où leurs visages étaient proches – très proches – l'un de l'autre. Il ne comptait plus le nombre de gestes attentionnés qu'ils avaient sans le savoir l'un pour l'autre dans leur domesticité. Il ne comptait plus le nombre de fois où Sherlock entrait sans frapper dans la salle de bain alors qu'il prenait sa douche. Et enfin, il ne comptait plus le nombre de fois où il se retrouva devant un Sherlock à moitié nu parce qu'il refusait de s'habiller.

Le médecin devenait tendu, à fleur de peau sans en connaître la raison, et était complètement perdu. Peut-être était-ce de sa faute après-tout ; son ami n'avait que très peu de connaissances concernant les normes sociales, et ignorait totalement la notion d'espace personnel – du moins avec John. Peut-être que le médecin n'avait pas assez fixé les limites entre lui et son colocataire, et en payait aujourd'hui les frais en étant – il devait l'admettre – complètement déboussolé face à ses émotions.

Or, il ne voulait pas gâcher son amitié avec Sherlock. Encore moins avec des pulsions inadéquates dues à une frustration émotionnelle et sexuelle dont il n'arrivait pas à se débarrasser. Sherlock était son ami. Sherlock était son roc. Sherlock était là.

Il était sans doute trop présent en ce moment dans son esprit, mais il ne voulait pas le perdre. Peut-être que la solution était simple après tout ; il devait élargir son cercle de sociabilité, se dégager un peu de son colocataire pour se recentrer sur lui-même et comprendre ses propres émotions.

Quoi qu'il en soit, il devait régler la situation, et vite. Avant de devenir complètement dingue.