Noctis et Prompto se retrouvèrent une vingtaine de minutes plus tard, dans une ruelle assez éloignée de la Citadelle. Si le Prince s'était déguisé en femme de chambre pour mettre les voiles, son ami avait opté pour l'accoutrement assez vulgaire d'une fille de joie.

-Si jamais des gardes de ton père guettaient devant ma porte, qu'est-ce qu'ils vont aller rapporter au roi sur moi ? gémit Prompto tandis qu'ils reprenaient leur apparence habituelle. Et bon sang, est-ce que tu as une idée de combien ses chaussures font mal aux pieds ?! Pourquoi est-ce que des filles voudraient mettre des bottes aussi hautes ?!

Noctis se contenta de rire à l'écoute des malheurs de son ami.

Une fois qu'ils eurent rabattu une large capuche sur leur tête, les 2 jeunes hommes prirent la route du logement de leur contact.

-Les gars vont nous en vouloir, dit Prompto alors qu'ils se dirigeaient dans les rues encore désertes.

-J'ai laissé une lettre à mon père, et je lui ai demandais de transmettre un message à Ignis et Gladio de notre part.

Le photographe se contenta d'hocher la tête.

Ils arrivèrent un peu avant l'aube à la maison de Rubëo. Ce-dernier afficha une tête agacée en ouvrant la porte. Sans un mot, il retourna à l'intérieur.

-Rubëo… commença Noctis en s'avançant dans l'entrée.

-Laissez-moi deviner : vous avez besoin d'aide pour quitter la ville discrètement.

-Exact mec, répondit Prompto. L'armée demande notre retour pour une opération d'urgence.

D'une pièce du rez-de-chaussée, Rubëo se mit à grogner.

-Je ne regrette pas d'être parti, tient, grommela-t-il en revenant auprès de ses 2 anciens compagnons d'armes. Les Terres sont condamnées à tomber le moment se rapproche.

-Tu as toujours été trop pessimiste, dit Noct avec un petit sourire. Tu voyais notre arrivée ici d'un point de vue plus que négatif, et regardes, tu t'en es bien sorti.

Rubëo se contenta d'hausser les épaules tout en les poussant dehors. Dans la cour devant sa maison, son camion de livraison était garé.

-Vous montez à l'arrière, déclara-t-il en leur soulevant la bâche qui abritait ses caisses de marchandises. Pas un mot, pas un bruit. Ne bougez pas, n'essayez pas de sortir ou de regarder dehors. Je viendrai vous chercher moi-même une fois qu'on sera sorti de la ville.

-Merci, dit Noctis alors que Prompto s'installait dans la remorque. Dans un geste habituel, et qui lui avait presque manqué, le Prince serra l'épaule de celui qui fut en même temps que lui « Sergent des irréductibles ».

Rubëo lui retourna le geste, fidèlement.

-Toujours.

Puis, sur un dernier regard rempli de souvenirs et de sympathie, ils se séparèrent. Une fois Rubëo derrière le volant et Noctis aux côtés de Prompto, le petit camion portant l'insigne de livraison à l'extérieur de la capitale se mit en route. Grâce à la faiblesse du trafic routier à cette heure-ci du matin, ils arrivèrent assez rapidement aux barrières gardées marquant l'entrée d'Insomnia.

Le camion s'arrêta pour le contrôle habituel. Quelques minutes après –pendant lesquels les 2 fugitifs croisèrent les doigts pour ne pas tomber sur un contrôleur trop scrupuleux- le moteur vrombit à nouveau. Ils étaient passés.

Noctis avait hésité avant de décider de ce plan pour quitter la ville. S'enfuir de cette manière, comme quelqu'un ayant quelque chose à se reprocher, n'était absolument la solution qu'il préférait. Mais il connaissait les moyens que son père avait à sa disposition, il les avait déjà vu à l'œuvre. Et il n'avait pas l'intention de faillir à son devoir en ne se rendant pas aux Xerxès. Que ce soit de sa propre volonté ou parce qu'on –son père, leurs amis, par amour, par inquiétude- l'en avait empêché. Ça pouvait paraître ridicule maintenant qu'il connaissait sa véritable origine, mais l'armée l'avait forgé, avait fait de lui ce qu'il était aujourd'hui. De plus, il n'avait pas choisi d'être un Prince : c'était comme ça, sans échappatoire ou changement possible il avait choisi de s'engager, les objectifs de l'armée étaient devenus les siens, les autres soldats ses frères. Et dans le futur royal qui se profilait devant lui, où il devait encore tout apprendre, où des codes lui étaient inconnus, où il ne semblait pas à sa place, l'armée lui apparaissait comme la porte de la Liberté.

D'un point de vue plus pragmatique, il serait plus utile sur le terrain aux milieux des autres soldats, que bien protégés entre les 4 murs de la Citadelle. C'était horrible impression de ne servir à rien s'emparait de plus-en-plus de lui depuis quelques mois. Là où lui et Prompto allaient, ils feraient la différence, il le savait.

Ils roulèrent sans interruption pendant une petite heure, avant que le camion de Rubëo ne ralentisse, puis s'arrête complètement. La bâche de la remorque se souleva, et l'ancien Sergent fit signe aux 2 garçons de descendre.

Ils étaient sur la place d'un village le premier de la tournée de livraison de leur ami. Ce-dernier remit une carte à Noctis, en lui indiquant leur position.

-Il y a un petit garage à la sortie, il fait aussi mécano et pompe à essence. Le propriétaire a toujours quelques voitures de rab, si vous insistez un peu et que vous vous montrez convaincant, vous pourrez en louer une.

-Super, merci Rubëo.

Le plus âgé du trio grommela quelque chose dans sa barbe, avant de donner une claque sur le bras Noct et Prompto.

-Soyez prudents, essayez de revenir en vie. Et passez mon bonjour à tous ceux qui sont encore dans cet enfer.

Tout en parlant, il s'était dirigé vers l'avant de son camion, et avait repris sa place derrière le volant. La portière claqua, le camion s'éloigna vers les commerces destinataires de ses marchandises. Il ne voulait pas s'attardait. Noctis et Prompto comprenaient c'était trop dur, il y avait trop de souvenirs entre eux.

-Allez, en route, lança le Prince à son ami une fois que le camion qui les avait sorti de la capitale eu disparut de leur vue.

Ils réussirent à louer une petite camionnette utilisée normalement par les paysans. Elle était un peu trop polluante et son moteur plus tout neuf, mais après 3 jours de route quasi non-stop, où ils s'étaient relayés pour conduire, Noctis et Prompto passèrent finalement la frontière des Terres des Xerxès. Quelques heures plus tard, ils garaient leur tacot devant la caserne.