Bonjour bonjour me revoilà !
En vérité, le titre n'est pas entièrement approprié mais je n'avais pas d'autres idées. Dans tous les cas, merci beaucoup pour vos doux avis, vos follows, vous êtes géniaux ! Vraiment merci. Ça me fait beaucoup trop plaisir chaque fois que je vous lis. Certes je ne publie pas du tout souvent, mais je tâche de faire de mon mieux. L'histoire commence vraiment à s'installer pour chaque personnage, ça devient de plus en plus interessant alors je ne vous cache pas que le prochain chapitre est déjà bientôt fini ! ;) Je pense que vous allez adorer ce qui va se préparer !
Ce PDV a été demandé il me semble. Dans tous les cas il était absolument nécessaire, surtout vu la destinée de ce personnage. ^-^
Voilà, si vous avez des questions n'hésitez pas à me contacter en MP ou à demander en commentaires!
Bonne lecture à tous.
D.F.
Chapitre 11 : La forêt d'Eden
La deuxième heure d'entrainement dragons annonçait de la couleur. Déjà, le petit retour d'Emma avait fait son effet et notre bande de Sentinelle l'avait encerclée de rire et de sourire amicaux en quantité. De plus, l'exercice que proposait le professeur Gueulefort pour cette heure semblait amusant. Enfin… Pas pour tout le monde malheureusement.
« Ce petit parcours du combattant pourra vous donnez une bonne endurance si vous travaillez dur. Ne négligez pas cette partie du travail, dans certaines situations, si vous ne courez pas ou n'esquivez pas, vous êtes déjà morts. »
Il y avait tout ce qu'un guerrier ou véritable aventurier pouvait rêver pour se forger. Des échelles, des cordes, des poutres, des obstacles, des petits murs d'escalades en bois… Une partie de l'arène était même enduit de boue au-dessus de laquelle voltigeait grâce à des suspensions, un filet, pour que les futurs soldats que nous sommes rampent dignement sans peur.
J'étais peut-être d'humeur amusante, joyeuse ou d'apparence bizarre par ce que je renvoyais aux autres mais au fond de moi, j'étais une guerrière. Je savais que je l'étais.
Je savais me battre suffisamment bien pour foutre une raclée à Tanguy c'est clair… Mais une peur intense rongeait mon être. J'étais toujours éloignée des autres, toujours dans une bulle infinie qui semblait être faite pour ma solitude. J'ai grandis presque seule. Alors j'évolue seule. C'est souvent comme ça que je me construis… Mais j'avais aussi un sacré manque de confiance en moi dut à ma maladresse. J'ai toujours eu peur de faire une erreur monumentale… Une erreur qui coûterait la vie à quelqu'un.
Quand je vois Emma, je souhaite qu'elle réussisse et qu'elle ne tombe pas dans le piège.
L'amour est une chose stupide.
Ce qu'elle fait pour Harold est stupide. En vérité, il y a pleins de façons de le dire mais dans son cas il n'y a pas d'autres mots. Et je peux rien lui interdire, je suis son amie et ce n'est pas mon droit, c'est à elle de faire ses choix… Tout ce que j'espérais c'est qu'elle ne tombe pas dans l'erreur.
« Léanne ! On se fait un duel d'endurance ? Me défia Astrid en riant.
- Seulement si Ingrid s'ajoute à la course, sinon ce n'est pas drôle.
- Nan ! Sans moi les filles, je vais plutôt aider les autres à s'entrainer, refusa la brune en enfilant une armure d'entrainement.
- Bon et bien, ce sera entre toi et moi ! »
Astrid paraissait plus qu'enchantée de participer contre moi, à vrai dire, cela m'enchantait également car je me demandais si mon niveau était suffisamment haut au point de la battre, elle, une si grande guerrière déjà ! Je lui tapai gentiment l'épaule pour la taquiner et accepta d'un grand sourire. Tandis que j'enfilais alors vite fait les armures d'entrainements pleins d'usure (à vrai dire pour cet entrainement là, c'était seulement des épaulettes et des genouillères que nous portions), je fis quelques signes à Emma et Harold au loin qui m'encourageaient de longs saluts ridicules ; surtout pour Emma qui abordait toujours une dégaine étrange et complètement loufoque.
Elle était adorable.
Cet entrainement fut bien plus amusant que prévu au final puisqu'Astrid et moi avions été prises par l'adrénaline de tout cet effort physique. Nous étions les seules à faire le parcours complet. Évidemment, d'autres personnes -bien qu'elles étaient peu nombreuses- étaient capable de le faire aussi mais comme Ingrid, ils avaient décidé d'aider les plus débutants ; le reste était trop accaparé par leur ''apparence-physique-oh-mon-dieu'' et l'idée de plonger dans un bain de boue les écœuraient au plus haut point. M'enfin bon, je ne pouvais pas nier qu'en effet, le plus chiant ça avait été de se mettre entièrement dans la boue lorsque nous avions fait le parcours. Quand je pense qu'après nous avions cours d'option… Quelle galère. Astrid m'avait battue à plate couture, il est évident qu'elle était plus musclée que moi et donc avait plus de forces dans les jambes pour se pousser hors de ce piège plus facilement. J'avais réussis à la rattraper un peu lors des sauts d'obstacles qui se succédaient de seulement 90 cm chacun et elle avait tellement failli tomber sur l'avant dernier qu'elle avait fait tomber malencontreusement l'obstacle en voulant se précipiter. Pour ce qui est ensuite de la corde ou des échelles à traverser, on aurait pu être égalité si malheureusement je ne m'étais pas fatiguée la première… Elle avait donc gagnée. Et c'était sûrement pour son plus grand plaisir puisqu'elle n'a pas arrêté pendant les minutes qui suivirent à venir me taquiner.
Nous revenions alors vers notre troupe qui s'entrainait plus loin au combat de l'épée avec des Sentinelles plus fort.
« Hâte de pouvoir foutre mon épée dans la tronche de ce Tanguy ! Grogna Emma en frappant de toute ses forces son adversaire (que personne ne connaissait trop d'ailleurs).
- Pourquoi vous vous acharnez sur lui ? Il est peut être… Débile sur les bords parfois mais…
- Rectification : il n'est pas débile, c'est un gros con, coupai-je à Harold.
- Je dois dire que ça ne peut pas être pire que Roxane et sa troupe ! C'est vrai quoi, lui à part sortir des débilités il n'a jamais agressé l'un d'entre nous… Physiquement, ajouta Astrid.
- Je ne l'aime pas.
- Dommage il a l'air de t'apprécier lui, Léanne.
- AHAH. Ouais c'est ça, je pense qu'il attend surtout le jour où il pourra se venger de la raclée que je lui ai mis lors de nos premiers cours.
- Parfois j'ai envie d'en foutre une à Margaux moi, dit Ingrid qui se battait contre Harold pour l'entrainer.
- Margaux peut être adorable… Quand elle veut, défendis-je.
- Ouais, n'empêche que son caractère de cochon on s'en passerait parfois ! » Ria la brune.
À ce moment, Harold enchaîna un coup d'épée qui toucha Ingrid à l'épaule. Celle-ci ne cilla pas beaucoup mais elle semblait surprise.
« Bien jouer Harold !
- Tu te distrais.
- Non, c'est toi qui évolue. »
Emma quand à elle, semblait toujours autant dans la galère. Elle continua de s'entrainer avec la fille imposante qui se battait contre elle mais celle-ci bougeait tellement qu'Emma manquait de tomber chaque fois que son épée rencontrait le vide. Harold et Ingrid vinrent nous rejoindre, essoufflés, mais son regard était dirigé vers Emma. J'esquissai un doux sourire et regardai Ingrid pour partager ma curiosité mais elle regardait Astrid qui elle, tâchait de dévier les yeux en remarquant l'attention d'Harold sur Emma. Lorsqu'il reporta son regard sur nous, il avait un sourire indécrochable.
« Elle est drôle. »
Face à cela, ma perplexité en prit un coup mais je préférais garder le silence ; le moindre mot pouvait foutre un bordel sans nom entre nous. Enfin c'est ce que je pensais jusqu'à ce que je surprenne Astrid dire quelques temps plus tard :
« Harold, je pourrais te parler en sortant de l'arène ? »
Évidemment, Harold n'allait pas refuser. J'espérais juste sincèrement que leur discussion n'allait pas virer au cauchemar mais comme si Ingrid avait intercepté ma nervosité, elle tenta de me rassurer d'un mouvement de tête et d'un sourire chaleureux.
Ne décidant pas à m'en mêler, je m'éloignai et resserrai l'emprise autour de mon épée pour venir l'abattre sur un pantin mouvant sur roulettes qui servait de punching ball d'entraînement et je passai le restant de l'heure à le frapper et à gérer mon jeu de jambes pour esquiver.
Lorsque le cours prit fin, nous étions tous sales et affaiblis par l'effort donné. J'avais fini par enrouler mes bras autour des cous d'Harold et d'Emma en soufflant par la bouche ce qui coinçait dans mes poumons. Leur sourire et leur soutien m'avait redonnés une force inoubliable car le pire dans tout ça c'est le cours d'option qui suivait. Harold, Emma et moi avions cours d'option Art Supérieur avec Lucy et Margaux et nous n'avions aucune possibilité de nous changer entre deux.
Nous sommes donc allées en cours, peu présentable, bien que de mon côté ce soit de mon plein gré. J'aimais l'art en général mais alors les cours d'option de leur côté étaient d'une nullité incroyable. Lucy s'amusait beaucoup elle, mais je me demandais bien comment pouvait-elle faire. J'avais regretté mon choix d'option pour le coup, mais ça m'importait un peu, après tout les cours d'option n'était qu'un bonus à prendre ; je pourrais changer celle-ci l'année prochaine.
« Maintenant que nous avons étudié l'art de la conception, nous pouvons nous plonger dans une autre forme de créativité. La couture. »
Mme Sybille était complètement tarée. Elle parlait lentement avec de grands gestes, ses petits yeux plissés regardaient toujours devant elle comme si elle s'adressait aux morts. Si j'avais su qu'Art Supérieur regroupait tout un tas de création, je n'aurais pas pris la peine de m'inscrire et encore moins avec une dame pareille qui rendait fou mais bon, j'étais avec mes amis et c'était ce qui comptait le plus pour moi.
« Tu m'as l'air épuisée la rousse, me chuchota Margaux.
- En effet. L'entrainement dragons était assez physique aujourd'hui.
- Ça, je me doute bien, on a fait le même hier. Mais je suis restée assise dans mon coin.
- Pourquoi tu ne prends pas la peine de t'entrainer ?
- Tu crois que ça me donne envie entourée de gros cons pareil ? Moi qui voulais aller chez les pèlerins, je t'assure que je regrette mille fois d'avoir prié les dieux de m'y conduire. Surtout avec cette Roxane qui attend de nouveau le bon moment pour frapper.
- De toute façon, on a demandé quelques cours particuliers à Gueulefort. On a demandé si ta présence pouvait être possible.
- Trop aimable.
- Tu finiras par me remercier Margaux. »
Je jetai un œil à Lucie, Emma et Harold face à nous sur la table de trois, qui discutaient en se montrant certains de leur dessin respectif. Ils n'écoutaient pas trop non plus ce que la prof disait sur l'activité du jour, et tant mieux puisqu'ils semblaient rire et s'amuser sans plonger dans l'ennui. Je ne pus m'empêcher de me demander si Harold et Astrid étaient parvenus à discuter et à trouver une entente. Mes pensées s'éparpillaient au milieu de milliers de questions sans but, par moment Margaux m'adressait la parole mais la beauté du ciel dehors attisait plus ma curiosité qu'autre chose.
À ce jour, nous devions concevoir avec des tissus quelques hauts vikings basiques. Une base quoi. Mais pour la plupart d'entre nous ce n'était pas intéressant. Nous brodions comme des passionnés chaque fois que mme Sybille passait aux tables mais en dehors de cela, nous fixions le ciel ou la porte en attendant enfin un signal que la fin du cours approchait. Beaucoup d'entre nous pensaient intérieurement que ce genre de cours étaient clairement inutiles en vues de la guerre que nous allions sûrement vivre c'était donc tout autre forme de cours que nous étions censés étudier. Mais j'avais beau ne pas apprécié ce genre d'Art, je trouvais néanmoins que ce cours était une bonne façon de se détendre. Même si à l'heure actuelle, j'attendais avec impatience de prendre ma douche.
À la fin du cours, tout le monde s'était précipité vers la sortie comme si rester ici valait pas mieux qu'un séjour chez Hel. Ingrid, Astrid, Varek et même les jumeaux Kognedur et Kranedur nous attendaient dehors, un grand sourire affiché sur leurs lèvres. J'étais étonnée de retrouver les jumeaux qui n'avaient pas vraiment l'habitude de rester avec nous.
« On a cru comprendre que quelque chose d'intéressant se tramait et on ne pouvait pas faire ça sans vous, dit Kognedur en se frottant les mains.
- Une petite virée sur la plage ça vous dit ? » Demanda alors Astrid.
Nous nous échangeâmes un sourire commun. Cette amitié naissante me rendait vraiment heureuse ! Il ne manquait plus que de découvrir quelle était l'idée qu'ils avaient en tête.
Normalement à cette heure-ci, nous étions censés nous diriger vers la salle d'études pour commencer le travail personnel et les quelques révisions qui annonçaient peu à peu le début du premier test éliminatoire. Mais apparemment, mes amis en avaient décidé autrement. J'étais bien décidée à m'amuser aussi un peu, sécher les heures d'études n'allaient pas nous tuer si on se contenterait de travailler le Week-End même. Prenons en considération que cette virée sur la plage c'était notre façon de fêter notre fin de semaine !
« LE DERNIER À L'EAU EST UNE FANGE DE YAK MORT. » hurla Kranedur
Nous avions même pas pris la peine de nous déshabiller que déjà nous finissions à l'eau, sautant du ponton du port, pris par l'adrénaline de la compétition que venait de lancer Kranedur. Nous avions pied mais au contact de l'eau, un léger cri s'échappa de ma gorge suite au froid qui venait de m'envahir soudainement. Mais bientôt l'effet s'estompa à force de nager et je pus remarquer avec hilarité, qu'Emma était la dernière à ne pas avoir sauter. Elle venait de se casser la tronche en glissant sur le ponton et la pauvre, tout le monde riait. Harold s'était rapproché pour tenter de remonter sur le port et l'aider sans cesser de sourire face à sa maladresse mais mon amie l'avait gentiment repoussée dans l'eau en sautant quelques temps après lui. Bientôt, la bataille d'eau commença et nos rires fusèrent longtemps dans l'air. Mr. Wester devait bien se faire du mormon à nous voir si peu inquiet pour nos examens mais peu importe. Avec cette journée, nous méritions d'enlever la crasse sur notre peau et de rire en si bonne compagnie ! Je passai tout mon temps avec les jumeaux, surtout Kranedur qui ne cessait pas d'essayer de me couler. Malheureusement pour lui, j'avais hérité d'une certaine force et plusieurs fois c'est moi qui pris le dessus. J'étais montée sur ses épaules tandis que lui comme dans son habitude s'amusait à faire des postures de bouffon pour faire rire les autres ; ce crétin me faisait tellement flipper que je m'accrochais à ses longs cheveux pour éviter de tomber en arrière.
« ARRÊTE JE VAIS TOMBER ABRUTI ! KRANE ! »
Lui crier dessus ne servait à rien puisqu'au final je finissais par éclater de rire à force de le voir gesticuler comme un imbécile. Et sa sœur n'arrangeait pas les choses puisqu'elle essayait de faire pareille avec Emma.
« Laisse tomber frangine ! Tu tiendras jamais le coup, tu lâcheras ton morceau avant moi !
- Euh, il a dit ton morceau ? Fit Emma d'un air choqué, tenant le crane de Kognedur.
- Je le sens pas du tout, marmonnai-je.
- Accroche-toi ma rousse, tu risques ta vie pour la mienne ! S'exclama alors Krane.
- EMMA. SORS TES CORNES DE DIABLESSE, ON VA EMPALLER LE JOLI LÉGUME FACE À NOUS.
- Je t'emmerde Kogne ! » Dis-je alors d'un sourire nerveux, inquiète de la suite.
J'aurais pu regretter ce qui allait se passer, mais au final, ce fut plus drôle que prévu. Les deux jumeaux avaient tenté d'avancer en courant (au ralenti du coup) dans l'eau qui leur arrivait à la taille et en tenant chacun fermement nos jambes, ils nous tournaient, nous faisaient reculer, avancer pour qu'on puisse se faire tomber des épaules de l'autre. Nous qui appréhendions leur petit jeu dingue, nous nous étions vite éprises par celui-ci et très vite Emma et moi tentions de nous faire tomber en s'attrapant les épaules.
Cette amusement dura un petit moment avant que je ne me laisse tomber dans l'eau en riant, laissant les deux Thorston se chamailler la place de vainqueur. Mon regard parcouru alors rapidement mes amis autour qui s'amusaient, parlaient ou simplement se posaient dans un coin. Si tout le monde était réuni, je ne pouvais m'empêcher de remarquer qu'il manquait une personne parmi ce monde. Et cette personne, c'était Harold.
C'est en le cherchant ainsi que je le vis, assis à un mètre ou deux des vagues de la mer sur le sable. Cette éloignement m'intriguait beaucoup et en tant qu'amie, mon devoir était également de comprendre d'où pouvait-il provenir. Je me mis donc sur mes pieds pour que l'eau puisse atteindre mes hanches et pour que je puisse marcher jusqu'à la plage.
Lorsque je retrouvai mon ami, celui-ci m'adressa un doux sourire comme si ma présence l'égayait à cet instant. Sans dire un mot, je m'assis à côté de lui, les genoux relevés que j'enroulais de mes bras. Mon regard se perdait autant que lui sur nos amis qui riaient comme des fous.
« Qu'est-ce que tu fais ici, tout seul ?
- Je ne sais pas trop à vrai dire, j'avais besoin d'être seul.
- Tu veux que je m'en aille ? »
Mon visage s'était tourné vers lui, d'une sincérité absolue. C'était la dernière de mes envies d'être envahissante.
« Non. Reste. » me sourit-il.
Cette affirmation me rassura un peu cela m'aurait contrarié de le laisser dans ses pensées sans en comprendre le sens. De façon naturelle, mes bras se détachèrent de mes jambes dont le tissu imbibée d'eau collait à ma peau. Nager avec des vêtements, c'était loin d'être agréable. J'étendis ainsi mes jambes sur le sable, prenant appui sur mes mains en arrière.
« Alors, dis-moi, tu as parlé à Astrid ?
- C'est plutôt elle qui m'a parlée.
- Et alors ?
- Tu veux la vérité ? J'ai même pas été capable de lui répondre. Je suis resté planté comme un abruti et rien n'est sortit. »
Un silence se dissipa entre nous, comme une nécessité absolue, jusqu'à ce que mes yeux se tournent de nouveau vers lui.
« Pourquoi ?
- Parce qu'elle a simplement fait ce que toute personne raisonnable ferait couramment.. Une personne que je ne suis pas.
- Elle t'a parlé d'Emma et toi hein.
- Oui. Qu'elle était contente pour nous. Mais pas que. En fait elle a simplement agi en adulte et a demandé à ce qu'on redevienne ce qu'on était au début. Rien de mauvais, aucune vengeance juste… L'amitié.
- Alors pourquoi es-tu si préoccupé ?
- Je m'en veux Léanne. J'ai l'impression de perdre un peu la tête avec toute cette histoire. Depuis que je suis arrivée ici, je suis constamment entrain de repenser à mon village et au lien qui se constituait entre Chêne et moi. Je sais que c'est stupide mais j'ai plus l'impression d'être le même depuis que je suis ici. Je n'ai pas l'impression de grandir. »
Ses prunelles s'étaient tournées vers les miennes. Il y avait une certaine tristesse dans ses yeux, comme une détresse.
« Et pour Emma ?
- Tu te doutes bien que tout ça de base, ce n'était pas réel, me souffla t-il.
- Oui, je le sais.
- Seulement… Plus j'avance et plus..
- Tu te sens bien ?
- Oui.
- Alors pourquoi tu te poses des questions ? T'as fais la paix avec Astrid, tu te sens de mieux en mieux avec Emma..
- Mais j'ai l'impression d'agir comme un naze en sortant avec elle alors que je ne ressens rien de particulier.
- Mais tu t'attaches.
- Oui mais..
- Harold, tu ne devrais pas te faire autant de mormon pour des histoires pareilles. On est à Pendragon pour un but bien plus précis et bien plus dur que ça. Tu ne pourras jamais faire face à tout ce qui nous attend si tu te braques pour une simple histoire de coeur. Si tu es bien avec Emma, reste avec elle et vis au jour le jour ! Je suis sûre qu'elle se dit la même chose de son côté. T'as des sentiments pour Astrid.. Ok. Mais je vais te dire, si ça ne te déplait pas d'être avec Emma, ne te prends pas la tête. Tant que tu es sincère et que tu ne lui mens pas sur tes sentiments ça pourra fonctionner. »
Un sourire s'étira alors petit à petit sur ses fines lèvres, ses yeux respiraient la reconnaissance.
« Tout ce que je te demanderais c'est de ne pas lui faire du mal ou je te jure que tu vivras les pires instants de toute ta vie. »
Il se mit à rire un instant avant de revenir observer notre troupe qui s'ébruitait de plus en plus. La voix de Lucy nous parvint comme l'éveil d'un sommeil envisageable.
« Beh alors qu'est-ce que vous attendez pour nous rejoindre tous les deux ? S'écriait-elle.
- BOMBE DE LA MORT ! »
La voix portante qui venait de prendre le dessus aurait pu nous paraître inconnue jusqu'à ce que le visage de Dagur nous apparaisse, un sourire sadique s'étirant sur son visage tandis qu'il accourait de loin, de la cour surement, pour venir sauter dans la mer et éclabousser les autres. Son apparition fut totalement inattendue mais du moins, assez drôle ce qui ne manquait pas de nous faire rire. Ingrid, qui nageait dans un coin avec Margaux et Astrid paraissait totalement désespérée mais également amusée par sa venue. Je pense qu'elle avait beau le nier, elle devait apprécier son frangin.
« Et toi avec Dany ? Je dois dire qu'on ne vous voit plus du tout ensemble. Il ne se joint même plus à nous.
- Ah euh… »
Sa question me prenait au dépourvu. Dany et moi évitions de nous croiser le plus possible pour éviter simplement de se cracher dessus. Il était évident que le sujet était à éviter car personne ne comprendrait vraiment la raison de ce changement soudain dans notre couple qui paraissait fusionnel. Mais Harold.. C'était Harold. Peut-être pouvait-il comprendre.
« Disons que nous sommes dans une période très compliquée. Je doute que cela continue plus longtemps..
- Qu'est-ce qui se passe exactement ? Il n'est pas bien avec toi ?
- Non ce n'est pas ça. Je pense que c'est moi le problème en fait.
- Ça nous fait un autre point commun, rit-il doucement.
- C'est vrai, souris-je, mais disons que moi c'est plus complexe que ça. J'ai l'impression de juste rien sentir avec lui. De faire semblant tu vois ? Puis il m'agace à un point.. Tu n'imagines même pas.
- Il a une attitude agaçante ?
- Non même pas ! Je te dis.. Je me sens juste pas bien avec lui.
- Ce n'est pas grave, ce n'est juste pas une personne pour toi.
- J'ai la sensation que c'est avec tout le monde que je ressens ça. Pas avec vous bien-sûr. Ce que je veux dire c'est que dans une relation je vais tout de suite me braquer, c'est assez terrible de ressentir ça constamment. J'ai l'impression que je serais jamais en mesure d'aimer vraiment dans ma vie.
- Peut-être que si. Mais différemment. Peut-être que c'est qu'avec les garçons que tu es comme ça après tout, et je dois dire que c'est flippant. »
Je me mis à sourire curieusement, lui jetant quelques regards suspicieux.
« Qu'est-ce que t'es entrain de me sous-entendre ?
- Tu serais peut-être mieux avec une fille ?
- Arrête tes conneries. Je suis certaine que ce sera pareil.
- Ou peut-être pas. »
Un rire s'échappa de ma gorge. Je prenais cela purement à la rigolade mais il est vrai que la question était à se poser. Que cela pouvait-il donner avec les filles ? En vérité, la question ne s'était jamais posée dans mon esprit simplement parce que je n'ai jamais eu d'attirance pour le sexe féminin. C'était donc totalement absurde pour moi de me demander cela à cet instant, et à vrai dire ce n'était pas du tout le moment.
Après avoir échangé quelques dernières paroles, lorsque le sourire d'Harold fut de retour, nous retournâmes dans l'eau, rejoindre nos amis ainsi que Dagur qui hurlait à la mort en sautant dans l'eau pour éclabousser les autres avec ses paumes de mains.
Cette fin de journée fut excellente.
La soirée fut assez courte, dans le sens où la plupart d'entre nous avaient décidé de se poser dans sa chambre pour se reposer. Je ne savais pas trop où était Emma avant que je ne décide de sortir, mais j'avais eu l'écho qu'elle était sortie avec Harold dans la rue des Lumières et cette idée me fit sourire gracieusement. Apparemment, ils étaient prêts à arrêter de faire semblants et simplement profiter. J'espérais seulement qu'Harold ne retombe pas dans son propre piège car ce qu'il éprouvait pour Astrid était loin d'être une illusion.
Nous avions prévu de passer notre Week-End dans les entrainements ainsi que l'amusement. J'avais hâte d'être le lendemain, nos premiers cours particuliers allaient enfin avoir lieu avec Gueulefort, mais en attendant, une petite balade nocturne s'imposait pour moi.
J'avais besoin de retrouver le calme et ma tranquillité habituelle.
En principe, à partir d'une certaine heure les sorties nocturnes étaient interdites mais avec la chance qui se déroulait dans ma vie, je passais toujours de justesse entre les mailles du filet. Généralement, je m'éloignais jusqu'à la bordure de la forêt d'Eden, derrière l'école, pour aller lire quelques bouquins et surtout pour éviter d'être repérée car les Masters avaient cette tendance à faire leur ronde dans la Rue des Lumières et les cours primaires et secondaires. Avant de me diriger vers la forêt, j'étais d'ailleurs passée vers ces endroits puisque l'heure n'était pas encore passée et c'était plaisant de se noyer au centre de ces torches, de ces flammes et ces musiques entre les ruelles. Le son du violon résonnait de façon frissonnante dans mes oreilles, c'était une totale satisfaction pour moi de l'écouter. J'avais toujours l'impression d'être emmenée dans un autre endroit. Et le mieux était à venir car l'ambiance de la rue était bien plus folle et magique les soirs de Week-End ! (Sûrement les seuls où le couvre feu est allongé) Mais nous n'étions pas encore samedi soir, il valait mieux pour moi à cet instant de me dépêcher. Après quelques regards en coin et quelques repérages je partie à l'arrière de la cours secondaire où le terrain pour les courses de dragons demeurait. De nombreux mètres plus loin, la lisière de la forêt apparaissait face à moi. À chaque fois que j'y allais, une certaine excitation demeurait dans mon esprit déjà parce que cet endroit était purement interdit de nuit, mais aussi parce que la beauté de la forêt était exaltante.
Lorsque mes pas entrèrent entre les arbres géants et verts de l'endroit, quelque chose changea. Je ne sais pas si les autres élèves le savaient vraiment, mais la forêt dégageait une aura parfaitement rassurante et protectrice. Magique. Pleine de beauté. J'avais déjà envisagé d'emmener Emma ou Harold ici étant donné son lien particulier avec le Chêne de son village.
Mais ce n'était pas le moment.
Je voulais d'abord explorer de moi-même ces terres. D'ailleurs ce jour, j'avais décidé de m'enfoncer plus loin, inconsciente du danger. Les dracioles qui brillaient telles des lanternes au dessus de ma tête, éclairaient l'écorce des arbres qui semblaient presque réagir à cela. Les racines s'illuminaient d'un pouvoir de vie extraordinaires, par moment, si l'on touchait quelques branches, plantes ou fleurs, elles se mettaient à briller comme des phares à l'endroit où notre doigt s'était posé.
Je savais que je ne devais pas m'enfoncer aussi loin. Je ne le devais pas.
Mais tout était tellement beau, incroyable et simplement absorbant. Comment ne pas attiser ma curiosité ? Certes tous nos profs nous avaient déclarés que le fait d'entrer dans la forêt n'était pas encore dans notre domaine pas pour les premières années en tout cas. Mais je m'en fichais, ma curiosité et mon émerveillement étaient à son summum. J'étais sûre que d'autres choses plus belles se cachaient dans le fond de cet endroit. Et peut-être était-ce en ce soir que j'allais les découvrir ?
Du moins, c'est ce que j'avais pensé, jusqu'à ce qu'une grande clairière se dresse devant moi. Une clairière toujours autant jonchée d'arbres et de fleurs ravissantes évidemment.. Seulement, des lueurs bien plus inquiétantes se déplaçaient autour d'un arbre gigantesque plus loin. Si grand qu'il était impossible d'en voir le bout.
J'étais complètement paralysée. Stupéfaite.
Ces ombres...Ces auras lumineuses… C'était des créatures. Des Hommes. Des Dragons. Comme si une magie étrange venait de prendre possession de cette endroit. Les dracioles se présentaient par millier au-dessus de ma tête, comme une bande d'abeilles chercheraient son miel. Leurs petites jambes et leurs ailes brillantes tournaient autour de ma tête comme un objet curieux. J'avais l'impression d'être la cible d'une chose inconnue. À mes pieds, des fils de lumières se déplaçaient dans le sol, comme une source d'alimentation vers la flore. C'est comme si chaque vivant, être ou plante, prenaient vie face à moi.
Je savais que je devais partir, que je m'étais sûrement bien trop enfoncée dans la forêt mais mes jambes ne me répondaient plus.. J'étais à la fois apeurée et émerveillée.
Cependant, mon émerveillement se coupa subitement lorsqu'une énorme racine sortit du sol comme un missile pour venir s'enrouler autour de ma jambe fortement. Un cri s'échappa ainsi de ma gorge et la racine m'emmena avec elle, me tira sur le sol brusquement comme un vulgaire déchet en déviant les arbres sur son chemin. J'avais beau tenté de m'accrocher quelque part, cette chose était bien trop puissante, bien trop magique. J'étais condamnée à aller là où elle l'avait décidée. Je criais tellement fort que ma gorge vrillait dans les moments où mon corps se prenait un obstacle. Ma tête se cognait violemment contre des troncs et des pierres, il m'arrivait même de me prendre toute sorte de choses coupantes sur le visage.
Lorsque la racine se stoppa et me souleva alors par le pied qu'elle enroulait, je me sentais sonnée. Pas très bien. Une envie de vomir me prenait terriblement aux tripes. J'étais dans les airs face à un tronc gigantesque et des racines plus grosses que mon propre corps. Ma tête était en bas, j'étais incapable de pouvoir me dégager. Cette stupide racine ne devait être qu'un cauchemar ! Depuis quand ce genre de choses existait-il ? C'était impossible ! Je devais forcément me réveiller à tout instant ! Mon cri continuait de résonner éternellement, appelant à l'aide mais personne ne répondait à ma détresse totale.
Mais à l'instant même où cette pensée me traversa, ma gorge se serra et mon hurlement s'estompa. Un visage venait de prendre forme entre deux grosses racines, un visage couvert de mousses vertes mais dont les iris étaient parfaitement intactes, verts brillants presque flippants. J'étais tétanisée.
« En voilà une jolie fleur. Salut toi. »
C'est alors que la chose se mouva et son corps prit forme au milieu des racines laissant voir peu à peu un corps de femme parfaitement normal, quoique toujours couvert de mousses et de toute sorte de clignotements étranges qui apparaissaient sur sa peau. Elle tendit sa main vers mon visage qui se tordait sous l'expression de la terreur. Mes yeux menaçaient de pleurer à tout instant tandis que je gémissais quelques supplications :
« S'il vous plait.. Laissez-moi partir je.. »
Sa main était incroyablement blanche, sans trace de terre ou de mousse contrairement à son visage ou son corps. Elle était presque aussi normale que la mienne et tout cela me força à croire que oui, tout cela ne devait bien être qu'un stupide rêve. Ses doigts parcouraient mes longs cheveux roux qui effleuraient le sol. Je sentais le sang me monter au cerveau.
« Allons ne pleure pas. Je ne vais pas te manger. Laisse-moi simplement t'observer. »
J'étais prise de tremblements frénétiques, incapable de trouver de quoi me calmer. Je sentais que si ça allait continuer, j'allais m'évanouir d'un instant à l'autre. Ses doigts continuaient de parcourir mes boucles avant de venir toucher mon visage du bout de l'index. Peu à peu, son visage se détacha alors des racines de l'arbre, se soulevant dans un amont de mousses et de terres, dévoilant peu à peu des cheveux noirs de jais et un visage fin, pourvu de traits précisément doux. De façon étrange, le camouflage qui était sur visage s'effaça petit à petit comme par magie, laissant son teint blanc de porcelaine et ses yeux asiatiques apparaître, aussi propre et net que cela puisse exister. J'étais incapable d'émettre le moindre son.
Elle était maintenant assise, admirant sa proie comme on admirerait une œuvre d'art. Son corps se fondait toujours autant sous les racines alors que le haut ainsi que son visage dévoilait une partie entièrement humaine d'elle – si on oubliait la magie qui venait faire briller certaines parties de son corps ainsi que les filaments qui se déplaçaient sur son visage comme un cours d'eau vert fluorescent.-
« D'habitude mes visiteurs ne s'enfoncent pas aussi loin sur mon territoire. Je dois dire que tu as fais très fort.
- S'il vous plait, relâchez-moi.. Je ne dirais rien à personne, je vous le promets ! M'écriai-je dans la panique.
- Shhh, ne dis rien petite fleur. C'est déjà bien trop tard. Je t'ai déjà choisie. »
Une larme s'écoula de mes yeux, venant directement s'écraser sur le sol sous ma tête. La racine qui s'enroulait autour de mon pied se desserra doucement, me laissant reprendre une position adaptée à la gravité. Je sentais le sang redescendre mais à cet instant, je jurais que je n'allais pas tarder à tomber. Cependant, je n'eus pas le temps de faire quoique ce soit que d'autres plantes s'accrochèrent à mes membres (cette fois-ci mes bras) et ma taille, m'incitant à me rapprocher de la chose/la femme. Celle-ci étirait un sourire doux, qui aurait pu paraître rassurant si elle ne tirait pas mon visage vers le sien en soufflant des mots incompréhensible de sorcellerie. Je poussai un hurlement terrifiant, mon corps s'appuyait de façon douloureuse sur le sol, comme une pression invivable. Je sentais mes os craquer, j'avais l'impression qu'un poids énorme s'appuyait dans mon dos pour m'enfoncer dans le sol et la femme continuait de rapprocher mon visage des racines tandis qu'elle s'enfonçait de nouveau dans celles-ci.
Puis soudainement, mon corps s'enfonça dans l'obscurité. Je me sentis partir sous terre, avec elle et la douleur intense qui me parcouru accentua mes hurlements frénétiques qui s'éteignirent bientôt, me laissant sombrer dans les ténèbres.
