Bonjour à tous !

J'espère que vous allez bien, que vos examens se sont bien déroulés et que vous êtes prêts pour entamer un été de FOLIIIIIIIEEEEEEEE !

De mon côté, je me sens plutôt libre. Et je suis ravie de pouvoir reposter Pendragon à ce jour. Le prochain chapitre sortira au plus tard la semaine prochaine. J'ai pris de l'avance, sachant que sur mes deux mois d'été je n'ai pas vraiment prévu grand chose qui m'empêcherait de bien avancer dans mes écrits. (ENFIN.) Ça m'avait manqué.

Je me replonge partiellement dans l'univers de Dragons en ce moment donc... Il faut absolument que je travaille mes fanfictions délaissées pour cause de manque d'inspiration. Je suis motivée, donc ça ira ! ^-^

Dans tous les cas, on attaque sur un chapitre assez intéressant. Ça commence à chauffer tout doucement à petit feu. C'est toujours aussi mystérieux mais... Ce que je prévois devrait promettre. J'espère ne pas vous décevoir. :) (Même si ça doit déjà être le cas à cause de mes gros retards. I'm so sorry :() Comme d'habitude le titre est pas TRÈS adapté mais ça correspond à ce que j'attends par la suite.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 12 : L'oubli

PDV Margaux

« Léanne ! Léanne… HÉ ! Mais réponds-moi rouquine ! »

Actuellement, la question ne se posait pas. Il s'était passé quelque chose dans la forêt d'Eden, quelque chose de très étrange mais aussi de très violent. Je n'avais jamais vu ça de toute ma vie, c'était effrayant. Effrayant dans tous les sens du terme ; et pourtant j'étais loin d'être une fille lâche. Elle qui était censée sortir seulement quelques temps pour retrouver sa solitude, avait fini par disparaître une grosse partie de la nuit. Pour tout dire je n'avais donc pas le choix, Emma était venue me réveiller pour me demander si je savais où elle était passée... Et il avait donc fallut que j'aille la chercher.

Cependant, les recherches n'avaient pas été bien loin car c'est ici, au centre du terrain des courses de dragons que je l'avais trouvé : en tailleur, son haut léger de viking arraché qu'elle retenait par ses bras croisés. Ses yeux habituellement gris bleus profonds étaient incroyablement verts. Verts vifs brillants d'une lueur aveuglante. Il n'y avait aucune place pour ses pupilles, ses iris… Même le blanc de ses yeux avait disparu sous cette couleur magique. Elle avait la bouche entrouverte et gémissait en continue sans la moindre pause, comme pétrifiée.. Elle avait comme arrêtée de respirer. Aussi, des filaments aussi verdâtres que sa vue se déplaçaient dans ses veines qui scintillaient sous sa peau, comme un coeur battrait sous une poitrine. Je la tenais dans mes bras, la secouant, criant pour la réveiller. J'étais terrifiée car je craignais ne pas parvenir à la réanimer dans le monde réel. Mais j'étais surtout très agacée. C'était mon caractère après tout, alors à quoi bon qu'elle soit possédée, elle allait tout de même pas me laisser dans cette merde toute seule ?!

« OH. RÉVEILLE-TOI CATIN. »

Ma main s'écrasa brusquement sur sa joue dans une gifle plutôt aiguë. Éveillée, elle aurait sûrement hurlé. Quoique c'est ce qu'elle fit mais à mon avis cela n'avait rien à voir avec la douleur que je venais de lui infliger. C'est comme si elle venait de se réveiller d'un mauvais rêve, ses yeux étaient redevenus soudainement normaux et trahissaient son effroi tandis que son cri strident venait littéralement résonner dans mes tympans comme un sifflement insupportable.

« Calme-toi ! Tout va bien, je suis là. »

Elle s'apaisait alors peu à peu, son regard fixe pétrifié se plongeait dans le mien, à la recherche d'une épaule, un soutien.

« Hé, faut pas te mettre dans des états pareils Lady, qu'est-ce qui t'es arrivée ? »

Je souriais pour détendre son petit monde sinistre mais au fond de moi, je voulais la secouer pour l'obliger à révéler ce qui l'avait foutu dans cet état épouvantable. Elle tremblait de tout son corps, des brides d'herbes et de branches étaient encore coincés dans sa tignasse rousse toute emmêlée.

« M-M-Margaux… Sauve-moi.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce qui s'est passé là-dedans ?

- Ces murmures… Cette voix… Toutes ces prophéties… Non non...

- Léanne.

- On va tous mourir...

- Léanne. Arrête tes conneries, dis-moi ce qui se passe. »

Une de ses mains qui soutenait son haut s'éleva jusqu'à son front qu'elle recouvra, les yeux fermés d'une force volontaire tandis qu'elle secouait la tête. Bientôt ses joues ruisselaient de larmes impuissantes et en posture de faiblesse, je ne savais pas du tout quoi faire pour arranger la situation.

« Je suis désolée…

- Pour quoi tu es désolée, dis-moi ! Parle !

- Emmène-moi voir Pengon.

- Tu dis d'la merde. Je vais te ramener à la chambre et tu vas te coucher ça ira mieux demain.

- NON. Margaux je t'en prie… Je… Emmène-moi.. Voir.. Pengon. »

Il eut un silence durant laquelle seul mon souffle s'échappait de mes lèvres entrouvertes. J'étais totalement perplexe et prise au dépourvu.

« Laisse-moi là-bas… On se retrouvera demain matin. Je te le promets. »

Ses derniers mots s'estompèrent en un murmure avant qu'elle ne s'évanouisse dans mes bras. Je m'y étais attendue mais en restant dans l'ignorance, ce n'était sincèrement pas prévue. Je ne voulais pas la brusquer. Il valait mieux que je l'emmène là où elle souhaitait, c'était mon amie avant tout et sûrement la seule et véritable que j'aurais ici durant tout mon parcours ; même si ça, je ne l'avouerais jamais en face.

Tant qu'elle savait ce qu'elle faisait, je ne pouvais pas dicter ses gestes.

« J'espère que tu n'es pas devenu folle roussette, sinon, ça va barder pour celui qui t'a fait ça. »

Un léger soupire s'échappa de ma bouche avant que mes jambes ne me pousse à me remettre debout, un bras enroulant sa fine taille pour que je puisse la soulever sur mon épaule doucement.

« Bordel, c'est la première fois et la dernière fois d'ma vie que je fais un truc aussi gênant. J'espère pour toi que je vais croiser personne sinon je te fais la peau demain. En plus tes grosses fesses m'obligent à pencher la tête. » Grommelai-je.

Le trajet me parut interminable puisque porter tout son poids fut d'une difficulté inattendue, surtout au niveau du chemin à gravir pour atteindre le repère. Fort heureusement, ce n'était pas toutes les marches infinies qui démarraient du port qu'il fallait monter ! Mais tout de même, monter une côte de colline à l'arrière de l'école et les laboratoires de dragologies pendant plus de vingts minutes avec un poids mort comme celle-là.. J'avais bien eu la sensation d'avoir fait deux heures d'entrainements avec Gueulefort en arrivant au tunnel !

Les longs couloirs dans la grotte s'ouvraient à moi comme le début d'une aventure enrichissante. Les torches sur les parois s'étaient évidemment allumées les unes après les autres et une certaine palpitation se rythmaient derrière l'humidité de ces murs rocheux. Je pensais exercer mon boulot jusqu'au bout comme prévu et la déposer au coeur même du repère ; ça m'aurait permis d'observer de nouveau cet endroit que je n'avais pas revu depuis la répartition ; c'est à dire depuis un mois et demi. Et elle avait l'air de tenir à ce que ce soit moi qui le fasse et surtout que je garde le secret. Je préférais attendre le lendemain pour lui demander les détails de cette expédition et surtout savoir si je pouvais en parler à quelqu'un d'autre ? Techniquement ce serait malhonnête de ma part. Je suis une vraie connasse. Cependant, je ne tiens pas à la trahir elle. Pas après les efforts qu'elle a donné auprès de moi.

Arrivés au carrefour où à gauche, menait l'entrée principale par laquelle nous étions passée à la rentrée, quelque chose attisa mon attention. J'étais épuisée, essoufflée comme jamais, mais je voyais pertinemment que les torches étaient éteintes à cet endroit ; ou alors, elles s'éteignaient et s'enflammaient de nouveau comme si une aura maléfique était présente sur le lieu. De nature je n'étais pas trouillarde et le fait de tenir à ma portée le corps inconscient de mon amie me permettait de ressentir d'autant plus d'agacement face à cette anomalie.

« Qui est-là ? » Dis-je d'un ton menaçant, cinglant.

Et c'est là que cette fameuse présence sortit de l'ombre, pour venir me stopper pile à l'intersection, me barrant le passage. Vêtu d'un long manteau gris aux boutons d'argents, ses ailes noires déployées derrière lui et ses yeux faucons plus rétractés que jamais...C'était la première fois que je l'observais de cette façon.

« Mlle Stark. »

Sa voix était rauque mais basse. Sûr de lui, Mr. Wester était à la fois flippant et très intriguant.

« Qu'est-ce que vous faîtes là ?

- Donnez-la moi Margaux. Je vais l'emmener au repère.

- C'est moi qui vais l'emmener ! Elle me l'a demandé ! Vous devriez retourner à votre bureau monsieur, vous n'êtes pas rassurant dans cette allure. »

À ce moment, je préférai baisser la tête et forcer le passage pour voir si sa détermination allait vite se changer en découragement mais évidemment à quoi pouvais-je m'attendre ? J'étais ridicule à côté de sa carrure de démon.

« NE FAITE PAS. UN PAS. DE PLUS. »

Son ton habituellement grave lorsqu'il élevait la voix venait de se transformer en cri animal, strident presque insupportable me forçant ainsi à me mettre à genoux, reposant doucement le corps de Léanne qui brillait toujours d'une lueur verte inquiétante.

« VOUS ÊTES COMPLÈTEMENT MALADE. »

J'aurais dus me taire mais j'étais incapable de tenir en place. Le sang chaud qui coulait dans mes veines me forçait constamment à tenir tête à qui que ce soit osait me prendre de haut. Que ce soit le directeur ou non. Cependant, celui-ci, d'un air démoniaque, battit des ailes et se jeta sur moi, me prenant d'une main le menton tandis qu'il me plaquait contre la paroi. Ses doigts serraient mes joues si fort que je sentais ses petites griffes s'y planter. S'il pensait me faire peur, il avait tort. J'étais prête à contre-attaquer s'il le fallait vraiment. Mais je ne pouvais pas me permettre de tout gâcher. Et si d'après ce que Harold et Emma disaient à son sujet, ce gars n'était peut-être pas si mal attentionné derrière son allure de corbeau mort.

« Je me doutais bien que vous n'étiez pas si sage que ça, Stark. Je vous connais bien. Peut-être même qu'au fond tous les deux, nous sommes les mêmes. Mais écouter bien ce que je vais vous dire. Tout ce que j'entreprends n'est rien d'autre que les efforts de mes recherches et je sais que l'un d'entre vous est la clé. Vous savez ce qui se trame dans cette école. Ce traître peut-être n'importe où.. Je ne veux pas mettre mes élèves plus en dangers qu'ils ne le sont déjà. Alors laisser-moi m'occuper d'elle, je sais exactement quoi faire. Elle sera sur pieds demain matin. Vous avez compris ? »

Il me relâcha brusquement, ses yeux jaunes me fixant intensément de façon presque indésirable. Le rouge de mes cheveux tombaient devant mes yeux et si j'aurais pu ressentir de la colère, actuellement, je ne pensais plus qu'à une chose :

« Comment ça ne pas mettre vos élèves plus en dangers qu'ils ne le sont ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Emma ne vous a rien raconté hein.

- Personne ne lui a vraiment demandé pourquoi vous l'aviez enlevé en sortant des courses.

- Sauf Léanne. Mais… Emma a su quoi faire pour garder le secret.

- .. Mais de quel secret vous…

- Vous en saurez bien assez tôt Mlle Stark. Ne vous permettez pas de compromettre les secrets que chacun d'entre vous se doit de garder.

- Harold nous a tout dit de votre discussion avec lui, dis-je avec une certaine fierté, il ne nous a rien caché.

- Tout ? Es-tu sûr de ça ? Sais-tu exactement pourquoi il retourne au Repère tous les soirs ? »

Sa question me prit de court car évidemment je n'en avais aucune idée. Et peu à peu j'avais la sensation de comprendre petit à petit que le directeur était peut-être bien entrain de nous embrouiller tous un par un.

« Vous essayez de nous monter les uns contre les autres.

- Non. Je fais de mon mieux pour chercher à comprendre qui vous êtes. Et surtout pourquoi vous êtes si particuliers.

- Particuliers… ? »

Un sourire esquissa ses lèvres.

« Bientôt ce sera votre tour Margaux. Ne vous en faites pas.

- Vous êtes entrain de me dire qu'Harold.. Emma et maintenant Léanne nous cachent des choses on est d'accord ?

- Pas qu'eux. Vous pouvez me croire. Certains d'entre vous garde leur secret depuis des semaines, des mois voir des années. Je ne rencontre que ceux qui en ont besoin.

- B-besoin ? C'est une blague ou quoi, et je devrais me rassurer en me disant que bientôt moi aussi je vais me mettre à leur mentir ?

- Crois-moi, ce mensonge se dévoilera le moment venu. Et quand vous vous découvrirez tous, c'est là que votre aventure commencera véritablement.»

Il s'avança vers Léanne à reculons, souriant de ses dents blanches légèrement noires et pointues et il la prit dans ses bras d'une telle facilité ; comme si elle n'était rien d'autre qu'un dragonnet fébrile.

« Notre aventure ? Mais notre formation est censée durer cinq ans !

- Croyez-moi Mlle Stark. Vous n'aurez pas le temps de passer la moitié de la seconde année que le monde sera déjà plongé dans le chaos. »

J'étais bouche-bée, les membres paralysés tandis que je l'observais s'éloigner avec le corps de mon amie dans les bras.

« Oh et.. J'oubliais. Veuillez faire en sorte que demain lors de votre cours particulier avec Gueulefort tout le monde fasse un effort pour progresser. C'est important pour vous qu'à la fin du premier test, vous soyez prêts d'avance. Lorsque vous obtiendrez vos dragons, je vous formerais à l'art de la guerre et de la survie. Personnellement.

- Mais qu'a t-on de si particulier… Pourquoi nous ? »

Il me tourna le dos et s'engagea dans le couloir de droite, son sourire ne cessait pas de s'agrandir.

« Soyez patiente Mlle Stark. Vous le saurez bien assez tôt. »


Sur le chemin du retour, toute sorte de pensées sombres s'étaient répétées dans mon esprit, m'incitant à faire demi-tour, revenir sur mes pas pour sauver mon ami des pattes de ce démon. Je n'avais aucune confiance en Mr. Wester. Personne ne savait de quoi il était vraiment capable et en vue de son attitude violente envers moi... Il pouvait être digne de bien pire.

Lorsque j'eus rejoins mon dortoir, mon abruti de colocataire nommé Arnold ronflait comme un Loyre. Fort heureusement, mes pensées étaient tournées par ma discussion avec le directeur de l'école Pendragon. J'étais curieuse de tout ce qui se passait. Le fait que nous soyons considérés comme si différents parmi tant d'élèves ne cessait de me rendre perplexe. Et surtout ces secrets qu'ils avaient mentionné… Harold, Emma... Et surement d'autres... Faisaient-ils vraiment cela à contrecoeur ou n'avaient-ils vraiment pas confiance en notre groupe pour l'avouer ?

Il ne valait mieux pour moi de ne pas m'en plaindre. Je ne faisais pas entièrement partie du groupe comme eux pouvaient le penser. Je savais très bien que la moitié du groupe ne pouvait même pas me voir. C'était assez désagréable pour moi, mais je ne pouvais que les comprendre. Alors pourquoi étais-je… Différente moi aussi ? Que voulait dire vraiment Mr. Wester ? Et Léanne, que lui était-il arrivé, allait-elle se mettre à cacher des choses elle aussi ?

C'est dans mes multiples pensées sans réponses que je m'endormis, mes rêves se transformant en des visions burlesques de ma copine rousse voltigeant comme une déesse dans les airs, ses yeux illuminant, de leur lueur verte, le ciel.


PDV Général

Quelque chose d'étrange se tramait au coeur même de l'école Pendragon.

Certes, tous les élèves et les dragons vivaient leur routine journalière sans penser une seule fois qu'un élève assassin tuait sans pitié des élèves de cinquième année ; disparus des mémoires de tous. Si nous récapitulons brièvement la situation nous pourrions conclure que l'histoire se terminerait mal pour la bande toute entière : un mystérieux enfant traitre qui vagabonde dans les couloirs à la recherche de victimes ; la bande de dragonniers considérés comme particuliers aux yeux de Mr. Wester ; Tanguy et Marty discutant mystérieusement avec un homme capuchonné sur le port.. Les sous entendus tournant autour d'un pouvoir que Valka aurait possédé ; le secret d'Astrid qui la consume ; ceux d'Harold et Emma forcés de cacher un œuf qui leur est destiné.. Lucy mystérieusement liée magiquement à Pengon...

Personne ne pouvait comprendre. Certes, Lucy et Harold savaient mutuellement ce qui se passaient l'un pour l'autre. Mais seul Mr. Wester savait exactement ce qui se tramait. Lui-même s'était vu obtenir comme mission de déposer cet œuf étrange au bord de la source Pengon pour que Harold le récupère. Il savait même que ce secret, le jeune brun allait le partager à Lucy. Il avait déjà tout prévu. Mais ce n'était pas pour rien. Il savait qu'il ne devait rien dire. Ces jeunes là n'étaient pas prêts à savoir ce qui allait les attendre, et ils étaient encore moins prêts tout court. Le moment était venu pour eux d'apprendre à se connaître d'abord eux-même avant de se connaître entre eux. C'est pourquoi le directeur se donnait pour mission de les inciter à garder secret leur principale force ; tout comme Astrid pouvait le faire avec Kyle : la souffrance qu'elle se donnait lui permettait de développer peu à peu une force incroyable qu'elle-même était incapable de voir.

Et aujourd'hui, c'était au tour de Léanne. Cette pauvre et innocente jeune fille dont la force incalculable venait de se révéler en ce jour.

« Maxwell. Vous êtes destinée à faire de grandes choses. »

Mr. Wester regardait fixement avec admiration la jeune fille qui reposait dans ses bras, le teint blanc mais vivant de quelques filaments verts, qui battaient en elle comme une source de vie. Ses cheveux se balançaient au rythme de ses pas. De l'extérieur, on pouvait croire que Léanne était simplement tombée dans un ravin et s'était salement amochée. Alors qu'en vérité, c'était bien plus complexe que ça.

Mr. Wester entra dans la grotte de Pengon de sa démarche las lorsque l'entrée se présenta à lui, sans lâcher la rousse des yeux. Il se rapprochait, sûr de lui, de la source bleutée et rose qui laissait paraître ses reflets brillants sur les parois humides de la grotte ainsi que sur la passerelle d'herbe qui se situait à droite, là où l'arbre aux feuilles incroyablement vertes et pleines de vie laissait son tronc se pencher au-dessus de l'eau. Les ailes noires du directeur se replièrent peu à peu dans son dos dans une rétraction infinie et douloureuse, jusqu'à ce qu'elles disparaissent définitivement. Il retrouva une allure toujours glaciale mais paru tout de suite moins lugubre que précédemment. C'était à supposer que ses dents pointues s'étaient également volatilisées à l'inverse de ses yeux faucons qui eux, restaient parfaitement naturels. Il déposa alors de ses mains fortes le corps tendu et cadavérique de la jeune fille au bord de la source, s'accroupissant face à elle, ses yeux faucons jaunes analysant cette anomalie mystérieuse en elle ; chose que lui-même était encore incapable de comprendre mais que Pengon appelait fortement. Soudainement, le directeur prononça alors quelques paroles incompréhensibles en langue nordique, gratifiant quelques runes sur le sol rocheux qui se transformait en sable sous ses ongles noirs.

D'un point de vue extérieur, cela ressemblait partiellement à de la sorcellerie. Mais ce n'était rien de tout ça. Wester se contentait d'exécuter une ancienne prière nordique et il espérait que cela puisse se faire entendre de Pengon mais aussi de très haut pour ainsi permettre à Léanne de retrouver un état stable le lendemain.

« La prochaine fois que nous nous reverrons, tu sauras. »

Ceci fait, il n'adressa plus aucun mot, se releva doucement et laissa son regard se perdre à nouveau dans le vide, dans un froncement de sourcil toujours aussi menaçant. Son manteau bien fermé et parfaitement propre assombrissait son visage déjà marqué par des cheveux noirs et longs qui agrandissaient les cernes sous ses yeux. Sans donner son reste, le directeur fit demi-tour et laissa la jeune fille seule, allongée telle un cadavre face à la source. La lumière qui se déplaçait en elle se faisait de plus en plus vive, comme si elle dévorait son âme à petit feu pour ne garder d'elle que son enveloppe qui servirait de torche humaine. Heureusement, quelques secondes après le départ de Mr. Wester, le mouvement s'accentua dans la source sacrée qui laissa entrevoir rapidement le bout du museau de Pengon, le dragon divin. Sa dorsale se dressait toujours avec fierté de la base de son crane aux profondeurs de l'eau qui couvraient son corps et les filaments rosés et transparents se baladaient au coeur d'une infinité de brillances. Les yeux bleus profonds mais presque humains du dragon se posèrent sur le corps abimé de la jeune fille reposé au bord de sa source avant qu'il ne vienne sortir son énorme tête de l'eau. Les gouttes tombaient par millier sur la surface d'une grâce indéchiffrable, comme une danse, un mouvement ralenti dont le temps semblait prendre contrôle. Tout se figeait. L'atmosphère était plus douce, plus détendu. Comme perceptiblement attirée par la présence du dragon qui soudainement, posa lentement son grand museau sur le ventre de Léanne, toujours inerte. Sa grandeur s'étalait sur la moitié de son enveloppe, la jeune fille paraissait si frêle à côté que cela en était déconcertant. Mais quelque chose se produisit, comme une attraction volontaire, les fils de lumières qui se déplaçaient dans son corps sortirent de celui-ci dans une danse endiablée de lueurs et de mouvements, se déplaçant dans l'air de la grotte. Ils furent enveloppés d'une magie puissamment incontrôlable mais dont Pengon prit soin ; une magie qui malgré la Sentinelle, allait devenir une nécessité pour l'école.


PDV Margaux

« Alors, comme ça, vous vouliez des cours particuliers ? »

L'accent nordique de Gueulefort était hilarant. Tout le monde était obligé de se mettre à sourire lorsque son grain se mettait à résonner dans l'air, tel une mélodie provocante et pleine de jurons. C'était un professeur plein de personnalité et d'originalité, dont la longue moustache s'étendait sur deux tresses sur les côtés dans une longueur déconcertante. Ce mec était délirant.

Venir aux cours particuliers ne m'avaient pas vraiment semblé utile puisque je possédais les bases principales du combat, cependant, pour une fois que quelqu'un dans le groupe -dans ce cas, Harold- prenait l'engagement de me proposer quelque chose je n'allais pas refuser fièrement. Et puis, ça ne pouvait que servir.

Je remarquais avec logique qu'Astrid, Ingrid et Dany n'étaient pas de la partie. Les filles étaient déjà particulièrement fortes et Dany était trop en situation de crise avec Léanne pour oser s'amener en entrainement privé . Cependant, la rousse n'était toujours pas là. Et ce matin, à mon réveil, Emma avait particulièrement signifié qu'elle n'était pas revenue dans son lit non plus. Elle m'avait d'ailleurs harcelée de questions ce à quoi j'avais répondu que je ne l'avais pas trouvée. Encore une fois, je me faisais passer pour la méchante indifférente au sort des autres alors que bien entendu, personne ne pouvait savoir ce que j'avais été prête à parcourir pour elle la nuit même. L'autre mort avec son allure de corbeau avait certainement menti à son sujet et ça ne pouvait que me frustrer au plus haut point. Je n'avais qu'une envie c'était de partir à sa recherche mais je ne pouvais prendre aucun risque. Il valait mieux patienter. Je n'avais rien dis aux autres concernant son état nocturne et ils ne devaient pas savoir. Je le savais au fond de moi.

« Emma ? Où est Léanne ? Demanda Harold.

- J'en sais rien, je ne l'ai pas vu depuis hier soir et Margaux ne l'a pas trouvé. Je suis inquiète, elle ne s'absente jamais aussi longtemps. »

Il était hors de question de semer le doute au sein du groupe :

« Détendez-vous le string les morveux, notre mascotte rousse ne va pas tarder à arriver, elle a dut s'endormir sur un tronc d'arbre hier soir. La forêt est vaste. C'est parfaitement plausible vu la tête en l'air que c'est. »

Lucy éclata un petit rire sincère.

« Elle n'a pas tort.

- Nous allons commencer. Votre amie nous rejoindra lorsqu'elle pourra. En attendant, prenez tous l'arme de votre choix ! L'entrainement va se dérouler en deux parties. »

Cela ne dérangeait personne d'entamer un cours particulièrement physique un laugardagr.. Ou samedi si vous préférez, (Emma avait la fâcheuse manie d'employer des mots vikings ce qui nous influençait pas mal sur notre vocabulaire journalier). Et puis, au moins nous étions certain de ne pas être dérangé par ma stupide classe de Pèlerins ou quelques jaloux chez la leur.

« D'abord le corps à corps. Nous allons faire quelques échanges et je travaillerais personnellement avec chacun d'entre vous pour travailler vos méthodes, ensuite nous nous permettrons quelques dérivés. Je vais vous mettre face à un de nos amis reptiles pour que vous soyez fin prêt lorsque vous posséderez le vôtre.

- Si on réussit le test.

- Vous réussirez, répondit au tac au tac le professeur (ses yeux se plissaient comme une menace) ou mon crochet viendra agripper le bout de vos oreilles pour vous jeter dans l'océan.

- J'ai peur de l'eau. Ce serait balot, rigola nerveusement Pauline avec Luna.

- Alors accrochez-vous et finissez vos épreuves. Il n'y a aucune raison que vous ne réussissiez pas le test eheh. »

De mon côté, je n'avais pas trop d'inquiétude au sujet de ces examens. Je n'étais pas particulièrement intéressée par l'idée d'aller à Pendragon de base. C'est une école rêvée pour beaucoup d'entre nous. Mais moi, elle ne faisait que me rappeler que je devais suivre la lignée de mon stupide père. Si j'étais ici, parmi les rangs des pèlerins, ce n'était pas par choix ou ambition quelconque. Certes, je cherchais à donner de moi une personnalité sombre et égocentrique pour semer les doutes. Puisqu'au fond, aucune ambition ne m'attirait au bout du chemin. Le dragonnier qui m'a trouvé en Irlande m'a ramené ici parce qu'il n'y avait aucun choix à prendre. Aucun. Nous n'en avons aucun.

Aller à l'école ou devenir bodron… Même si nous avions une décision à prendre, personne ne choisirait l'option de la honte et de la misère.

Le début de l'entrainement commença alors et Lucy se retrouva face à moi, en position peu adaptée. C'était le moment où Gueulefort évaluait nos capacités.

« Lucy si tu continues à garder tes allures de sainte nitouche ça va finir par mal tourner pour toi. » Dis-je de façon tactique.

Je savais que la Lumière détestait particulièrement que je l'attribue à ce surnom et j'avais bien eu raison de le lui donner à ce moment en vue des nombreux coups qu'elle me donna par la suite, brandissant son épée en bois comme si elle tenait une véritable arme meurtrière entre ses doigts. Lorsqu'elle s'y mettait, Lucy démontrait une vraie fougue qu'il était dur de lui reconnaître ; une fougue que j'avais du mal à battre, il fallait se l'avouer. J'étais certaine que notre amie Lumière cachait bien son jeu et que si elle s'entrainait d'autant plus, elle pourrait faire mal. Très mal. Mais alors, avait-elle, elle aussi, un secret ? Et si c'est le cas, est-ce que cette partie d'elle libératrice en faisait partie ?

De son côté, le blondinet moustachu à la bedaine continuait de prendre note dans un coin de sa tête ce que nous devrions améliorer, se grattant le menton avec sa main en crochet. J'entendais les cris et les gémissements de chacun autour de moi. Tout le monde démontrait une certaine envie à vouloir progresser ; mais personne ne se donnait véritablement encore à 100%. Même moi. J'attaquais Lucy sans y donner entièrement de la force et de la volonté. Inconsciemment, rien de tout cela ne nous paraissait réellement nécessaire.

« STOP. Il y a un sacré soucis de motivation les jeunes. Vous n'avez pas l'air vraiment emballé par vos enchainements.

- On fait de notre mieux, renchérit Harold, c'est sûrement parce qu'on est débutant que tu penses ça.

- Oh non gamin, plus de vingt ans que j'étudie l'art du combat, je sais très bien ce qui ne va pas. Il va falloir vous exercez d'abord sur vous-même. Faire de l'exercice physique et surtout vous donnez un but à atteindre. Vous tapez sur votre camarade comme des fillettes.

- On ne veut pas se faire mal, grogna Emma en croisant les bras.

- Encore une excuse. Toujours des excuses. »

Gueulefort se remit face à eux, un index pointé sur Pauline et Luna.

« Vous pensez que tout est facile à atteindre ici parce qu'on vous y donne l'opportunité. Mais là, dehors, (il pointe son doigt vers le ciel), la guerre vous attend. Sortis d'ici, vous pensez que tout se présentera face à vous aussi facilement ? Vous pensez que vos ennemis seront stupides et maladroits et que rien ne pourra vous battre mais c'est tout le contraire. Vous vous croyez invincibles parce que vous êtes jeunes, parce que vous pensez qu'avec un dragon vous serez intouchable. Vous êtes inconscients du danger qui vous guette depuis que vous êtes ici. Mais ça va changer. Une fois par semaine je vous aiderais personnellement mais il va falloir que vous y mettiez du vôtre. Ce n'est pas en attendant le samedi matin que vous progresserez. Vous devriez…

- Nous organiser, dis-je.

- Exactement Stark. Totalement. Il ne suffit pas d'un professeur pour acquérir les bonnes compétences d'un combat. Il faut aussi y mettre du votre. »

Et à la tête de tous, nous savions que Gueulefort avait raison. Nous devions plus souvent nous entrainer personnellement et non prendre nos cours de combats à la rigolade comme nous faisions depuis le début de l'année. Et l'influence de la nuit dernière me forçait partiellement à acquiescer les propos de l'unijambiste. Il fallait vraiment qu'on progresse. Et parmi nous je n'étais pas la seule à le penser.

Depuis le début de l'année, Harold semble être le plus au courant de ce qui se trame dans cette école et surtout le plus curieux, méfiant au sujet de ce qui l'entoure. Il ne révèle rien mais j'observe. Et ce que je vois, ce n'est rien d'autre qu'un garçon cherchant des réponses tant évitées, un garçon cherchant à progresser pour se préparer au pire. D'après ce que j'avais entendu, sa mère était sacrément reconnue pour un don qu'elle avait eu et sa mort, a marqué beaucoup de parents de sa génération. Mais personne n'en sait plus que ça. Et Harold, est forcé de rester dans l'ignorance... Et si ce don dont tout le monde murmure avait-il un rapport avec ce que m'avait raconté le directeur de l'école ?

Mais alors que nous nous préparions pour continuer nos entrainements, une connaissance familière s'est avancée à l'ombre, sous l'ouverture de l'arène sans aucune blessure ni signe de faiblesse. Léanne réapparaissait telle un mirage. Une image faussement troublée qu'on aurait modifié pour tromper.

Son teint était pâle et frais. J'avais l'impression que quelque chose avait changé. Mais d'un point de vue extérieur, il n'y avait rien d'étrange. Cela venait sûrement du fait que le souvenir de sa peau brillante d'éclats verdâtres soit encore si proche dans ma mémoire. Elle avait toujours un sourire démontrant sa joie et ses petits bonds qu'elle avait tendance à faire lorsqu'elle marchait n'avaient pas changé.

C'était comme s'il ne s'était rien passé. J'étais bouche-bée.

« Léanne ! Mais t'étais où gros cupcake, j'ai eu peur en voyant ton lit si vide ! »

Emma s'était jetée à son cou.

« Je suis désolée les gars, nous dit-elle, je me suis réveillée dehors. Et le temps que j'aille me changer il était bien trop tard pour arriver à l'heure ! »

Tandis qu'elle marchait vers le groupe, je m'avançai vers elle, un air amical sur le visage pour ne pas tromper les autres. Elle fut totalement étonnée de me voir la serrer fortement dans mes bras et la soulever comme une montagne du sol en criant « MAIS T'ÉTAIS OÙ CAROTTE. » Cependant, ce n'était qu'une ruse pour pouvoir glisser discrètement :

« Il faut qu'on parle de ce qui s'est passé cette nuit. »

Ce à quoi elle répondit d'un air choqué :

« De quoi tu me parles encore. Il ne s'est rien passé cette nuit. Je me suis juste endormie dans la forêt. »

Son p'tit rire taquin me gifla en pleine face tandis qu'elle se dirigeait vers le groupe, en trottinant, prête à s'entrainer ardemment avec nous.

Elle ne se souvenait de rien.

"M-M-Margaux… Sauve-moi."

"On va tous mourir..."

Et je n'avais aucune preuve pour lui prouver ce que je savais. D'autant plus que cela devait provenir volontairement de Mr. Wester, pour ne pas éveiller les soupçons ; et Léanne ne faisait clairement pas semblant de ne pas s'en rappeler. La connaissant de peu, elle serait venue ici terrifiée par ce qui lui était arrivée… Après tout, lorsque je l'ai trouvé, elle était clairement en état de traumatisme, horrifiée par quelque chose qu'elle avait rencontré. Et maintenant, elle se présentait face à moi comme un patin qu'on aurait manipulé ? Son secret entrainé vers l'oubli ?

Mais qu'est-ce que tout cela pouvait signifier ?

Je restais en arrière, regardant le groupe rire autour de la jeune rousse souriante qui démontrait une attitude de guerrière, prête à commencer l'entrainement. Sa présence avait reboosté le groupe tout entier qui avait reformé les rangs tandis que les ténèbres se resserraient autour de moi, se concentrant et se remémorant chaque seconde de la nuit précédente. Mon regard se posa alors plus haut, vers la tour sinistre du château qui surpassait l'arène, sur la fenêtre où Mr. Wester devait être posé ; ses yeux de faucon dirigés fièrement vers sa cible.

Et une colère invraisemblable se révéla en moi.

Il fallait absolument que je découvre les attentions du directeur mais surtout que je réveille Léanne de cette amnésie qui, je suis certaine, n'était que temporaire.


Margaux is on fireeeeee !

Ehehe, c'est un personnage que je souhaite développer par la suite notamment car c'est un personnage fort, et pas toujours facile de compréhension. Mais j'ai bien aimé écrire sur elle sur ce chapitre notamment parce qu'on voit que malgré ses airs mauvais, elle tient fortement à ceux qu'elle aime.

Pour le prochain chapitre : l'arrivée d'un nouveau professeur inattendu, entrainement avec des dragons, du mystère, des révélations et surtout... BEAUCOUP DE COLÈRE. MUAAHAHAHAHHAHA. Ça va faire mal.

Les prochains chapitre seront surement en PDV général. Il y a un personnage sur lequel je souhaite me concentrer plus tard mais ce ne sera pas pour maintenant. Donc... Retour aux bases !

À bientôt !

D.F.