Chapitre huit

Beckett rassembla les photos de la scène de crime, les relevés financiers, les transcriptions et une cassette d'Angela et le rapport d'autopsie de Lanie pour l'avocat de Géorgie dans un fichier. Avec les preuves en main, elle entra dans la salle d'interrogatoire.

- M. Robinson, je suis le lieutenant Kate Beckett. On vous a informé de vos droits ?

L'avocat la coupa.

- Lieutenant Beckett, cet interrogatoire est scandaleux. Mon client n'a tué personne.

Beckett s'assit et se pencha en avant pour faire face à l'avocat.

- Vous avez raison, Strappfield. Votre client n'a personnellement tué personne. Il a engagé un tueur à gages pour le faire à sa place et...

Robinson semblait pâle mais ne parlait pas. Son avocat coupa toutefois Beckett au milieu de sa phrase.

- Vous essayez d'épingler les meurtres d'un tueur en série sur mon client ? Vous allez vraiment vous lancer là-dedans ?

Beckett se redressa sur sa chaise et ouvrit son dossier.

- Ce n'était pas l'œuvre d'un tueur en série. Les victimes ont tous été exactement tuées de la même manière et avec trop de précision pour être simplement un tueur en série. La personne qui a fait ça, (elle sortit les photos des scènes de crimes et les déposa devant Robinson), était un professionnel.

Strappfield prit part sans même regarder les photos.

- Vous n'avez aucune preuve qui lie mon client à ça.

- En fait, si.

Elle ouvrit de nouveau son dossier.

- Ce sont les relevés financiers de votre client. Ne vous inquiétez pas, nous avons un mandat. Il y a quatre virements qui ont été virés sur un compte aux îles Caïmans. 100.000$ à chaque fois, dont trois ont été faits un ou deux jours avant la mort de Brian Watson, Jason Caldwell et Angela Crawford. Le dernier transfert était hier. Alors, qui est le prochain ?

Robinson ne répondit pas. Beckett passa à autre chose.

- Watson, Caldwell et Crawford étaient impliqués dans une arnaque financière chez Bretz & Coven. Connaissiez-vous Jessica Gardner, M. Robinson ?

Robinson parla enfin.

- Oui, je la connais.

- Saviez-vous qu'elle était une enquêtrice de Hardy & Drew et qu'elle a identifié chacune des personnes qui ont été tuées comme étant liées à l'arnaque ?

Robinson se mit sur la défensive.

- Non, je ne savais pas que c'était une enquêtrice et je n'avais même aucune idée qu'il y avait une arnaque.

Beckett ouvrit à nouveau son dossier et sortit une des transcriptions de Crawford.

- C'est intéressant, parce que j'ai des transcriptions des enregistrements d'Angela Crawford qui me disent le contraire.

Robinson était visiblement outré.

- Elle m'enregistrait ?

L'avocat prit part.

- Max, je vous conseille de ne pas faire de commentaires.

Beckett ignora Strappfield et se pencha vers Robinson.

- Sur plusieurs transcriptions, vous donnez à Angela des ordres qu'elle devait donner à Brian et Jason, ainsi qu'à plusieurs autres.

Strappfield l'interrompit de nouveau.

- Ces ꞌꞌtranscriptionsꞌꞌ sont de la pure fiction que Crawford a écrite pour qu'on ne la soupçonne pas.

- C'est là que vous vous trompez, Strappfield.

Beckett sortit un enregistreur et appuya sur le bouton play. Ce qui fit écho à travers la pièce était Robinson disant clairement à Angela que Brian avait besoin d'être averti à propos de sa petite amie. Jessica était trop proche de la vérité. Angela demanda s'ils devaient trouver une raison pour qu'elle soit virée. Robinson dit non, qu'il allait s'occuper du problème. Beckett arrêta la bande et se tourna vers Robinson. Il était visiblement ébranlé et il savait qu'il était coincé.

Beckett remit le lecteur de cassette dans le dossier.

- Il y en a beaucoup d'autres de là d'où cet enregistrement vient. Cet enregistrement d'il y a deux semaines montre que non seulement vous saviez à propos de l'arnaque mais aussi que vous saviez que Jessica enquêtait dessus. Donc, qu'entendez-vous par ꞌꞌs'occuper du problèmeꞌꞌ ? Aviez-vous l'intention de tuer toutes les personnes qui pourrait vous relier à l'arnaque ?

Strappfield pouvait sentir dans quelle direction cette conversation était dirigée.

- Max, ne dites rien.

- Il n'a pas besoin de dire quoi que ce soit parce que la preuve parle d'elle-même.

Beckett décida qu'il était temps de sortir le bouquet proverbial final de sous Robinson.

- Et ce ne serait pas la première fois que quelqu'un d'autre fait le sale boulot pour lui. A propos, à quoi ressemblait la Géorgie ?

Robinson fut confus par le changement de direction.

- La Géorgie ? Qu'est-ce que la Géorgie a à voir avec ça ?

Beckett se pencha en arrière sur sa chaise.

- C'est là que vous exerciez avant de venir à New York, non ? Je me demandais simplement si vous vous souveniez d'un avocat là-bas nommé Steven Fergusson.

Robinson tenta de feindre l'ignorance.

- Je ne crois pas en avoir eu le plaisir.

Il était temps de présenter les faits.

- Août 1998. C'était votre adversaire de l'État contre Fredrick Kruger. Il l'était jusqu'à ce qu'il soit assassiné le 24 août. Le coroner de l'époque a rejeté ça comme une agression qui a mal tourné. Mais nous savons tous les deux que ce n'est as ce qui s'est passé, n'est-ce pas ?

Beckett sortit les photos de l'autopsie.

-Il a été poignardé dans le dos. Le nouvel examen du rapport d'autopsie montre que les blessures n'ont pas été faites par un agresseur aléatoire, elles ont été faites par un professionnel. Un professionnel du nom de Richard Coonan, aussi connu sous le nom de Rathborne.

L'avocat essaya d'être désinvolte.

- Donc, quelqu'un a embauché un professionnel pour tuer cet avocat. Ça ne signifie pas que mon client ait quelque chose à voir avec ça.

Beckett sortit une autre page des relevés financiers de Robinson.

- J'y aurais peut-être cru si ce n'est le fait que votre client ait viré 50.000$ sur un compte aux îles Caïmans deux jours avant la mort de cet avocat. Le compte est l'un des sept comptes aux îles Caïmans connus pour avoir appartenu à Dick Coonan. Alors, voulez-vous me dire ce qui s'est passé, Robinson ?

- Comment connaissez-vous Rathborne ? murmura presque Robinson alors qu'il parlait.

- Max, ne dites rien d'autre.

Strappfield se leva et se tourna vers Beckett.

- Lieutenant, cette entrevue est terminée. Nous partons.

Beckett se leva et fit face à l'avocat.

- Asseyez-vous, Strappfield. Votre client ne va nulle part. Nous en avons plus qu'assez pour l'inculper de plusieurs choses, à commencer par fraude financière, obstruction à la justice et complot pour avoir commis des crimes. Et ce n'est que dans cet état. La police d'Atlanta le veut pour le meurtre de Steven Fergusson et aussi une douzaine d'autres charges.

Strappfield devint belligérant.

- C'est scandaleux. Je n'aime pas quand vous parlez comme ça. Je vais parler à vos supérieurs.

Beckett se mit presque à rire.

- Mes supérieurs sont probablement en train de regarder par la vitre, donc vous n'avez pas à leur dire ce qu'ils ne savent pas déjà.

Beckett regarda Strappfield jusqu'à ce qu'il se rassoie. Puis elle se rassit à son tour et tourna son attention vers Robinson. Il était habitué à être dans des situations stressantes dans une salle d'audience, face à des avocats et des juges coriaces et il s'était trouvé dans plusieurs salles d'interrogatoire à défendre des clients. Mais dans cette salle d'interrogatoire, Beckett pouvait voir que Robinson était devenu une épave pâle et en sueur. Il savait qu'il était coupable et il savait que Beckett le savait et pouvait le prouver.

Beckett se pencha de nouveau vers Robinson.

- Max, comprenez-vous vraiment ce qui est en jeu ici ? Embaucher un professionnel montre de la préméditation et est considéré comme une affaire de circonstances particulières. New York et la Géorgie sont des états mettant en pratique les injections létales. Ce qui vous donne le droit à l'injection dans les deux états, vous comprenez ? Si vous parlez, nous pourrons envisager de retirer les circonstances particulières du tableau.

Finalement, il céda.

- Très bien, je vais tout vous dire...

Son avocat essaya à nouveau de le couper.

- Max.

Robinson lui fit un geste de la main.

- Je vais tout vous dire. Mais je veux que les circonstances particulières soient enlevées. Dans les deux états.

- O.K, je peux le faire pour New York.

Beckett se leva.

- Laissez-moi aller vérifiez et voir si la Géorgie est également disposée à travailler avec ses conditions.

Beckett quitta la salle d'interrogatoire et entra dans la salle d'observation. Le capitaine Gates était là avec Esposito, Ryan et Castle.

Castle avait l'air radieux.

- J'aime ça. ꞌꞌAsseyez-vous. Votre client ne va nulle part.ꞌꞌ C'était classique.

Beckett sourit.

- Eh bien, aussi longtemps que tu es heureux, je fais mon travail.

Elle se tourna vers le capitaine Gates.

- Pensez-vous que la Géorgie est prête à travailler avec les conditions de Robinson ?

Gates tourna la tête pour regarder de nouveau Robinson.

- Ils nous ont envoyé un inspecteur dès qu'ils ont entendu que nous avions pu connecter Robinson à la mort de Fergusson. Il devrait arriver d'une minute à l'autre. Bon travail là-dedans, lieutenant. L'avocat de Robinson ne sera pas content mais vous n'avez rien fait de mal.

Castle réfléchit.

- C'est dommage, il ne nous a pas dit qui était le prochain. Ensuite, on aurait pu les protéger.

- J'ai le sentiment que la prochaine cible est Alex mais nous ne le saurons pas si la Géorgie n'est pas prête à travailler avec les conditions de Robinson.

Une voix avec un accent du sud distinctif provint de la porte ouverte.

- Eh bien, tout dépend de ce que sont ses conditions.

Un homme bien élevé portant un costume de voyage gris usé et une cravate rouge vif tendit la main.

- Inspecteur Baxtor, police d'Atlanta. Lequel d'entre vous est le lieutenant Beckett ?


Beckett et son équipe passèrent la demi-heure suivante à examiner en détail la preuve avec l'inspecteur Baxtor. Ils lui montrèrent comment Robinson avait engagé Rathborne et les indicateurs de l'autopsie qui prouvait que Rathborne était le tueur. Lanie avait confirmé qu'Angela avait été tuée par la même personne qui avait tué Watson et Caldwell. Elle les informa également qu'elle avait trouvé un peu de sang dans l'une des plaies qui appartenait à Caldwell, ce qui signifiait que c'était le même couteau qui avait été utilisé sur Angela et sur Jason. Esposito et Ryan avait aussi découvert deux autres paiements qui avaient été viré sur l'un des comptes de Rathborne, dont un, deux mois seulement avant que Rathborne ne soit tué.

Une fois qu'ils eurent fini, Baxtor fut d'accord que la preuve qu'ils avaient trouvée était suffisante pour le condamner. Après un coup de fil à ses supérieurs, Baxtor fut également d'accord sur les conditions de Robinson et dit que s'il voulait avouer son implication, Robinson aurait droit à la prison à vie à la place de l'injection. Beckett et Baxtor entrèrent dans la salle d'interrogatoire alors que tout le monde allaient dans la salle d'observation pour les observer. Robinson et son avocat étaient en grande conversation quand la porte s'ouvrit et ils se redressèrent alors que les deux inspecteurs entraient dans la pièce. L'avocat de Robinson avait l'air furieux mais resta silencieux.

Beckett s'assit et fit les présentations.

- M. Robinson, voici l'inspecteur Baxtor de la police d'Atlanta. L'inspecteur Baxtor et l'état de Géorgie ont tout les deux accepté vos conditions. En Géorgie et à New York, les circonstances particulières ne s'appliquent plus et vous n'êtes plus qualifié pour l'injection. Vous avez dit que vous nous diriez tout, donc nous vous écoutons, à commencer par Fergusson.

Robinson regarda ses mains et soupira.

- J'ai engagé Rathborne pour tuer Fergusson. J'avais besoin de temps pour prouver que mon client était innocent et Fergusson ne voulait pas me le donner.

Beckett voulait entendre les détails.

- Comment avez-vous su comment engager Rathborne ?

Robinson haussa les épaules.

- J'étais dans un bar, me plaignant à un homme assis à côté de moi. Il m'a glissé une carte et dit qu'il connaissait un gars qui pourrait faire disparaitre mes problèmes. J'ai appelé le numéro de la carte et on m'a dit de faire un transfert de 50.000$ vers un numéro de compte qu'ils m'ont donné. J'ai fait ce qu'ils m'ont dit et c'est juste après que j'ai su que mon adversaire avait été agressé et on m'a donné la prorogation dont j'avais besoin.

Beckett sortit une photo de Dick Coonan de son dossier.

- C'est le gars qui vous a donné la carte ?

Le front de Robinson fronça de surprise.

- Ouais, comment vous le savez ?

- Son nom était Richard Coonan également connu sous le nom de Rathborne.

Beckett remit la photo dans le dossier puis se rassit.

- Donc, il vous a donné son numéro personnel. Vous l'avez déjà réutilisé après Fergusson ?

- Oui, je l'ai utilisé deux fois. La première fois fut en 2002 alors que j'étais dans le Massachusetts, je l'ai engagé pour tuer un adversaire qui me battait à chaque fois que nous nous confrontions. La seconde fois fut en novembre 2009 pour un employé qui avait appris pour l'arnaque chez Bretz & Coven et avait menacé de l'exposer. Même s'il ne savait pas qui était impliqué ni qui la faisait fonctionner, j'ai demandé à Rathborne de le faire taire avant qu'il puisse dire quoi que ce soit.

Beckett prit une note pour pouvoir vérifier la piste du Massachusetts.

- Comment êtes-vous entré en contact avec le tueur que vous avez engagé pour tuer Watson, Caldwell et Crawford ?

- Jessica Gardner me l'a donné. Elle m'a dit que si je lui payais 50.000$, elle oublierait l'enquête. Elle a également dit qu'elle connaissait quelqu'un qui pourrait m'aider à couvrir mes traces. Elle l'appelait le Renard Fantôme.

Beckett secoua la tête.

- Jessica Gardner vous a donné le numéro d'un assassin. D'une certaine manière, ça ne tient pas debout.

Robinson se mit sur la défensive.

- Il suffit de regarder ses finances. Vous verrez qu'elle a été payée 50.000$ d'un compte dans les îles Caïmans où nous cachions l'argent de l'arnaque.

Beckett le remit sur le droit chemin avant que son tempérament n'éclate à nouveau.

- Revenons à l'argent que vous avez déboursé. Pour qui était le dernier paiement ?

Robinson sourit.

- Je savais que Jessica n'avait pas arrêté son enquête, donc j'ai engagé le Renard Fantôme pour la tuer.


Ryan était au téléphone avec la protection rapprochée d'Alex quand Beckett remballa l'entrevue de Maxwell Robinson. Robinson était escorté en détention, son avocat était furieux et Ryan semblait tendu. Beckett voulut savoir ce qui se passait.

Castle commença à la mettre au courant.

- Alex a appelé la protection rapprochée, il y a quelques minutes. Elle pensait que quelqu'un tentait de crocheter la serrure de sa porte. Pendant qu'elle était au téléphone, il a réussi à passer par la porte. Ils y étaient presque la dernière fois que je les ai entendus.

Ryan raccrocha son téléphone.

- Ils ont chassé le suspect jusqu'à l'escalier de secours et après ça, ils l'ont perdu. Alexandra est vivante mais elle a été assommée. Les secours sont en chemin.

Beckett saisit ses clés.

- On y va.