Chapitre 5: Dépendance

Randy sentait encore le souffle de John sur sa peau quand il lui avait murmuré ces mots: "Tu es à moi Randy" Il était troublé, sa fureur à son encontre était retombée pour le moment et il ne savait plus quoi faire, il se disait qu'il devait s'éloigner de John et de sa folie destructrice mais il n'y ne pouvait s'y résoudre, l'idée de le laisser seul dans cet état lui brisait le cœur. C'est vrai que John était cruel avec lui, qu'il jouait avec lui, avec ses sentiments mais ça ne lui ressemblait pas, le vrai John, celui qui connaissait depuis des années n'aurait jamais fait ce genre de choses surtout pas à lui, Randy, son meilleur ami. Il le maudit pour l'emprise qu'il avait sur lui, pour la nouvelle nuit blanche qui se profilait à l'horizon, passée à réfléchir à ce qu'il devait faire maintenant. Il était crevé, John l'avait poussé dans ses retranchements toute la journée et il avait lutté avec toute son énergie pour le tenir à distance, garder un minimum de fierté et il se disait qu'il avait échoué!

John se demandait ce qui le poussait à se comporter ainsi avec Randy. C'était lui qui avait commencé à l'embrasser, c'est vrai mais ensuite, il était venu s'excuser et il avait refusé de l'écouter, il voulait le repousser, laisser passer du temps et oublier mais Randy avait recommencé et il l'avait frappé avant de partir, le laissant plié en deux de douleur. Il avait passé un week-end épouvantable avec Liz, cette fois, il n'y avait plus rien à sauver entre eux, il avait quitté la maison le lendemain et s'était réfugié dans un hôtel et là, ses pensées s'étaient dirigées vers Randy. Il se demandait s'il allait bien, comment il réagirait après leur séparation au stade. Ils ne s'étaient pas vu beaucoup ces derniers temps, il lui avait manqué, il aurait aimé passer une bonne soirée avec lui pour se détendre comme ils le faisaient avant, comme lorsque tout allait bien mais Randy avait senti sa faiblesse et en avait profité! Lui, son meilleur ami, celui à qui il avait tout dit, il ne comprenait plus rien à son comportement. Il était furieux après lui mais au plus il y pensait au plus il se disait qu'il se trompait quelque part. Randy l'avait rejoint, il avait été déçu de ne pas le trouver seul et s'était acharné sur tout ce qu'il trouvait à frapper, il ne l'avait plus vu aussi intense depuis longtemps et ses yeux étaient magnifiques. Ils s'étaient retrouvés après son match, il avait tout fait pour l'éviter avant, il n'était pas en état de discuter de ça maintenant.

Mais il l'avait attrapé et collé au mur pour lui parler, sa colère était remontée aussi vite et il n'avait pas écouté ce qu'il lui disait, il voyait juste ses intentions et ça ne lui plaisait pas, il l'avait frappé, fort, de toutes ses forces à cause de la colère et il savait qu'il venait de le blesser physiquement mais le pire avait sans doute été la blessure morale qu'il lui avait infligé juste après.

Quand ils s'étaient retrouvés au stade deux jours plus tard, Randy s'était précipité vers lui, il était près de lui et il l'avait vu se troubler de nouveau alors pour vérifier sa théorie, il avait passé sa main sur son ventre et Randy avait bizarrement réagi, oui, il devait avoir mal mais ça n'était pas ce qu'il avait ressenti de plus fort chez lui, il se demandait quoi faire quand on lui avait offert la solution sur un plateau, un match entre eux ce soir, génial! Orton était un compétiteur hors pair, il allait pouvoir se détendre en faisant un match grandiose contre son adversaire préféré, se défouler un peu avant d'exploser!

Randy avait bien compris que John se moquait de lui au stade quand il avait passé sa main sur son ventre, seulement, il n'avait pas pu s'empêcher de réagir à ce contact et le comportement de Cena avait aussitôt changé. Dès le premier contact à l'entraînement, il avait pris le dessus sur lui, il s'amusait avec lui, il le prenait pour un jouet. Imaginer John en gosse capricieux qui décide s'il va ou non casser ses jouets l'amusa mais seulement pendant une seconde avant qu'il ne se rappelle que le jouet en question c'était lui et que John pouvait le casser à tout moment.

Il avait été encore pire pendant le match, il faisait tout pour le déstabiliser et il sentait sa fureur en permanence, John était malheureux et il devenait fou de colère mais il n'avait pas le droit de se servir de lui pour se défouler comme ça, surtout pas devant des milliers de gens!

A chaque fois qu'il le touchait, Randy bondissait, il ne comprenait pas, il n'avait jamais été ainsi avec lui avant mais en voyant ses réactions, John se dit qu'il ne voulait pas profiter de lui comme il l'avait cru au début mais que Randy ressentait vraiment quelque chose pour lui et ça le mit hors de lui. S'il lui avait fait des avances avant, il aurait été troublé mais aurait essayé de comprendre et de pardonner mais là, alors qu'il était en plein divorce, Randy tentait de combler le vide que laisserait Liz et ça il ne pouvait pas l'accepter. Sa colère le rendait méchant et sadique envers son meilleur ami, s'il pouvait toujours le considérer comme tel et il prenait un malin plaisir à le faire souffrir à son tour, autant que lui souffrait depuis des mois maintenant, même si Randy n'y était pour rien lui.

Il devenait fou, il ne voyait plus rien et il avait l'impression de revenir au tout début de sa carrière quand il passait plus de temps au sol que sur ses deux pieds, son caractère orgueilleux et impulsif reprit le dessus et il parvint à s'imposer à l'entraînement et en match même si là encore, il avait failli commettre l'irréparable et devant tout le monde, John s'était peut-être montré cruel avec lui mais quand il avait fait pression sur son ventre, il lui avait sauvé la mise et lui avait permis de se ressaisir à temps. Le match fini, il avait décidé de lui parler et de s'éloigner pour un moment, le temps qu'ils retrouvent tous les deux leurs esprits. Il s'était rué après lui, pour avoir des explications, pour lui demander d'arrêter ce jeu mais John avait encore pris le dessus, il faisait tout ce qu'il voulait de lui d'un simple contact, il fallait qu'il s'éloigne vite et assez longtemps pour briser l'emprise qu'il avait sur lui.

Ils quittèrent le stade chacun de leur côté même s'ils ne cessaient de penser l'un à l'autre, ils devaient aller dans les mêmes villes pour pratiquement toutes leurs dates et ils auraient du mal à s'éviter continuellement pourtant Randy tint sa promesse de se tenir à l'écart malgré la douleur qu'il ressentait en le contournant et en l'ignorant, il mettait toute sa volonté à ça pour ne pas l'approcher, il était épuisé, John aussi visiblement mais la fatigue semblait l'affecter beaucoup moins que Randy. Disons qu'il avait l'habitude maintenant, il ne dormait plus depuis des mois, il s'effondrait tous les soirs pendant à peine deux heures avant de se réveiller de nouveau, tourmenté et le comportement de Randy n'arrangeait pas les choses, les autres catcheurs se demandaient pourquoi ils ne traînaient plus ensemble mais aucun ne se risqua à poser la question, ils étaient bien trop irascibles comme ça en ce moment!

Après une semaine à ce traitement, Randy ne tenait quasiment plus debout, il était tellement nerveux qu'il sautait sur tout le monde, dès qu'on lui adressait la parole aussi chacun gardait ses distances. Il avait croisé John quelques fois et ses yeux étaient injectés de sang lui aussi, ils ressemblaient à des zombies camés et son propre reflet lui faisait peur, son personnage de ring n'en était que plus fou, plus crédible mais il ne tiendrait plus longtemps à cette cadence.

Le soir du septième jour, John et lui se croisèrent une fois de plus, il retint son souffle et ferma ses poings pour le dépasser mais Cena en avait décidé autrement, il l'attrapa par l'épaule et le retint de force, il fut contraint de s'arrêter sur place sous la poigne du catcheur.

- Attends.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Faut qu'on discute.

- On s'est tout dit je crois.

Il voulut se dégager mais John le retint et le poussa doucement vers le mur pour l'immobiliser en plaçant ses mains de chaque côté de son corps. Ne pouvant fuir physiquement, il le fit mentalement en détournant les yeux, John posa sa main sur sa joue pour ramener son regard sur lui quand Randy hurla:

- Me touche pas !

John sursauta et retira immédiatement sa main, Randy s'en voulait, il n'avait pas voulu dire ça, il n'avait pas voulu crier comme une vierge effarouchée et il se sentait stupide, la proximité de Cena n'arrangeait pas son état mental et il voulut partir mais John le retint à nouveau en douceur en réprimant les gestes de révolte de la vipère. Il avait toujours été plus fort que lui en temps normal et dans l'état dans lequel il se trouvait maintenant, il n'avait aucune chance.

- Calme-toi Randy, je vais pas te faire de mal, je suis désolé pour tout ce que je t'ai fait subir.

- Rien à faire ! Et cette fois il se dégagea et partit d'un pas vif.

- Randy !

Il ne se retourna pas, il devait fuir tout de suite où John reprendrait l'ascendant sur lui et il ne supporterait plus ses jeux malsains, pas dans son état.

John ne renonça pas, il garda ses distances mais suivi Randy, il restait hors de sa vue mais ne pouvait s'empêcher de le surveiller, il était inquiet pour lui, enfin, c'était ce qu'il préférait se dire plutôt que d'avouer que Randy lui manquait terriblement. Il avait joué avec lui et il avait fait une erreur, il devait réparer mais il ne savait pas comment faire, il voulait récupérer son ami mais il savait que rien ne serait plus comme avant désormais et il n'était pas assez fort, pas assez stable pour être sûr qu'il ne recommencerait pas à le torturer de cette manière. Il avait aimé le déstabiliser, lui faire perdre cette froideur insupportable qu'il avait quand il jouait la vipère, il avait adoré renverser les rôles entre eux mais maintenant, il se rendait compte de sa bêtise. Randy était une boule de nerf, il était prêt à tuer n'importe qui qui se permettrait de le déranger et sa réaction quand il l'avait touché était assez parlante, s'il ne calmait pas Randy, ils allaient droit à la catastrophe!

Il le suivit un moment, un scénariste vint lui parler et il vit Randy lui aboyer sa réponse en serrant les poings avant de partir d'un pas vif, John accéléra le pas pour ne pas le perdre, ils entrèrent dans une petite salle vide, Randy ne l'avait toujours pas remarqué et il tremblait de partout, il le vit lever le poing et s'apprêter à l'envoyer dans le mur mais il bloqua son geste avant qu'il ne se brise des os.

Il se tourna vers lui fou de rage mais il ne lâcha pas son poignet pour autant malgré sa réaction de tout à l'heure et le fixa droit dans les yeux en s'approchant.

John était en face de lui, à quelques centimètres seulement, il tenait son poignet et le fixait avec insistance, il ne savait pas ce qu'il cherchait mais ça le mettait mal à l'aise et sa colère augmenta encore.

- Frappe-moi lui dit John doucement.

Il sursauta et voulut se dégager avec rage.

- Frappe-moi Randy si ça peut te faire du bien mais laisse le mur tranquille, il ne rend pas les coups mais ne les sens pas non plus et crois-moi, ça ne te soulagera pas mais je suis là moi, si tu veux.

- Dégage!

- Non, je ne partirais pas. Regarde-moi dit-il en lui attrapant la mâchoire.

Randy contrôla difficilement le frisson qui le parcourrait et qui voulait remplacer sa colère.

- Désolé lui dit John. Tu m'avais dit de ne pas te toucher.

Il le lâcha et leva ses mains pour lui montrer qu'il n'avait aucune mauvaise intention à son égard et Orton fronça les sourcils de rage.

- Et je t'ai dis de dégager aussi.

- Je sais mais je n'ai fait aucun des deux. Depuis quand tu n'as pas dormi?

- En quoi ça te regarde?

- Tu es mon ami et je n'aime pas te voir dans un état pareil.

- Je suis ton ami? Ah ouais ?

Il s'avança vers lui, le plaqua au mur et lui dit;

- Prouve-le!

- Comment?

Il s'approcha encore, posa ses mains sur ses hanches, John se raidit, il remonta sur son torse en maîtrisant le tremblement de ses doigts mais quand il lui attrapa la mâchoire à son tour, John se tendit tellement que Randy recula.

- Tu veux bien me laisser te frapper mais tu ne supportes pas que je te touche pas vrai ? Tu ne peux pas comprendre ce que tu m'as fait alors!

- C'était un test?

- Et tu as échoué!

Il quitta la pièce et cette fois, John ne le suivit pas.