Double impact

Randy quitta la pièce d'un pas calme, il laissait parler la vipère et referma la porte en douceur mais lorsqu'il lâcha la poignée, sa main trembla violemment. Ne pas se jeter sur John alors qu'il était là à portée de main avait été la chose la plus difficile à faire pour lui, il aurait pu tenter quelque chose, John ne l'avait pas repoussé cette fois mais il ne voulait pas obtenir quoi que ce soit par la force, ça gâcherait tout! Il était en train de devenir complètement barge à cause de lui, le manque de sommeil le rendait hyper sensible et agressif et croiser John comme ça, presque tous les jours sans s'autoriser à l'approcher était une véritable torture pour lui mais il n'avait pas le choix. John n'avait pas l'air au mieux non plus, il avait les yeux gonflés de fatigue en permanence mais il était encore maître de lui contrairement à lui.

Randy était comme une grenade dégoupillée, aussi instable et dangereux, il risquait de sauter à tout moment, John sourit bêtement en se disant qu'il risquait surtout de lui sauter dessus à tout moment.
Il avait vu l'effort qu'il avait dû faire pour l'ignorer encore une fois dans le couloir, la difficulté qu'il avait eue à supporter sa présence et sa proximité. Il souffrait de ne plus pouvoir le toucher désormais même s'il était responsable de cette situation. Il devait faire quelque chose et vite maintenant, pour Randy, pour sa santé mentale et aussi pour lui, même s'il avait du mal à se l'avouer, cette situation lui était de plus en plus pénible. Il souffrait de voir Randy souffrir, il souffrait de ne pas pouvoir l'aider, il souffrait de le voir l'éviter ou l'ignorer, il souffrait même en dormant car son esprit refusait de l'oublier ne serait-ce qu'une seconde.
Il avait peur pour lui, ce qu'il avait vu tout à l'heure lui donnait des arguments, il avait failli frapper dans un mur de béton et le connaissant, il se serait briser les doigts et le poignet dans l'impact.
Il aurait voulu lui donner ce qu'il attendait de lui mais il n'y arrivait pas, il n'était pas sûr de ce qu'il ressentait pour lui, une longue amitié comme la leur ne s'éteignait pas sans bruit et sans douleur et il ne voulait pas qu'elle disparaisse même s'il avait compris que certaines choses avaient changé entre eux.

Il quitta la pièce à son tour en secouant la tête et se dirigea vers le parking pour regagner sa voiture quand il entendit de l'agitation:
- Eh Randall! T'as une tête, t'as fumé quoi avant de venir ?
- C'est vrai qu'on t'as connu en meilleure forme, sérieusement, t'arrives encore à plaire aux femmes ou seulement aux travelos? renchérit quelqu'un qu'il connaissait.
John arriva en courant en entendant le bruit d'une bagarre, Justin Gabriel était déjà au sol et Wade Barrett celui à qui appartenait la voix que John avait reconnue était en mauvaise posture face à la folie de la vipère. Il se rua vers lui et l'attrapa dans sa course pour le plaquer au sol. Randy se débattit comme un beau diable sous lui et il encaissa nombres de coups de poings et de pieds avant de parvenir à l'immobiliser. Lorsqu'il le jugea assez calme, il se releva sans le lâcher et le dirigea d'une poigne de fer vers sa propre voiture, il la déverrouilla et le projeta à l'intérieur avant de claquer la portière et de se retourner vers Barrett et Justin, Wade avait le nez en sang et Justin un début de coquart impressionnant.
- ça va aller tous les deux ? Demanda John.
- Ouais mais qu'est-ce qui lui a pris? Il n'a plus d'humour ou quoi ?
- Disons que c'est pas le moment de le chercher.
- Il est complètement givré, tu veux dire! Dit Justin
- Qu'est-ce que tu vas faire avec lui ? C'est risqué de l'emmener vu son état et s'il t'agresse ?
- ça n'arrivera pas, t'inquiète pas pour moi.
- Je sais pas John, je suis pas chaud pour te laisser partir seul avec lui.
- Et où tu as vu que je te demandais la permission ?
- Tu vas où avec lui ?
- Je sais pas, on va rouler un peu pour discuter.
- Sois prudent et appelle au moindre problème.

- T'en fais pas.

Il discuta encore quelques secondes avant de s'éloigner en hochant la tête.

Il regagna sa voiture, Randy s'était redressé, il était assis et il lui adressa un regard noir quand il s'assit à son tour au volant, il mit le contact et Orton voulut descendre, John l'agrippa fermement par le tee-shirt et lui dit en démarrant:

- Tu restes ici.

- Où va t-on?

- Faire un tour.

- J'en ai pas envie.

- Et moi je te dis que tu viens. Dit-il en accélérant pour l'empêcher de sauter en marche.

Il le tenait toujours par son tee-shirt, il attendit de rouler suffisamment vite pour le lâcher, Randy était inconscient mais pas au point de se jeter sur du bitume à 70 km/h.

- Faut qu'on discute. Reprit-il

- On la déjà fait.

- Non, tu ne m'as pas laissé l'occasion de m'excuser.

- Toi non plus la première fois.

- Un partout, balle au centre. Ecoute, je...

- ça ne m'intéresse pas.

- A qui est-ce que tu essaies de mentir là ?

- Ferme-la Cena.

John se tut un instant, vexé avant de reprendre:

- Au cas où ça t'intéresserait, Justin et Wade vont bien et ils n'ont pas prévu de porter plainte contre toi.

- Il a eu ce qu'il méritait.

- Qui ça?

- Barrett !

- C'est un chic type.

- C'est un enfoiré!

- Pourquoi ?

- Ouvre un peu les yeux John, il n'attend qu'une chose, que tu baisses ta garde pour te sauter dessus.

- Ah ouais, parce que ce n'est pas ce que tu attends toi, peut-être ?

Il vit le chagrin remplacer la colère dans son regard et il s'en voulut aussitôt de lui avoir dit ça. Randy posa sa main sur la poignée et voulut ouvrir la portière, John accéléra encore pour l'en dissuader.

- Laisse-moi partir !

- Non.

- Ne joue pas à ce jeu-là avec moi! En plus j'ai pas confiance, qu'est-ce qui me prouve que tu as le permis?

- Idiot! Combien de fois t'ai-je emmener avec moi ? Si tu en doutes encore, vérifie, il est dans la boîte à gant.

Randy se pencha et l'ouvrit, il trouva le papier, admira discrètement la photo du jeune Cena avant d'ouvrir la fenêtre et de passer sa main avec le permis à travers.

- Arrête-toi maintenant ou je le balance par la fenêtre.

Il tourna la tête pour voir de quoi il parlait et lui répondit:

- Vas-y, je ferais une déclaration de perte c'est tout, ça m'obligera juste à courir au commissariat demain et à remplir plein de papiers chiants mais ça ne me fera pas m'arrêter.

Je préfère perdre ce papier 20 fois que de te perdre toi pensa-t-il en le regardant.

Randy fit semblant de lâcher et John ne réagit pas, alors il renonça et remit le permis à sa place en soupirant.

- T'as vraiment mauvaise mine, tu devrais dormir un peu.

- M'emmerde pas.

- D'accord. Où veux-tu aller?

- Hein?

- Je roulerais toute la nuit s'il le faut pour t'emmener au seul endroit où tu as envie d'être maintenant, alors dis-moi?

- Mes affaires sont restées au stade, j'ai rien à moi à cause de toi et j'aurais plus rien en revenant.

- Personne ne touchera à tes affaires, tu le sais bien et j'ai fait le nécessaire pour qu'elles soient à l'abri. Alors où ?

- Washington D.C. lui répondit-il sachant qu'il ne pourrait pas l'y emmener alors qu'ils étaient à la limite du Mexique.

- Ok. répondit-il en souriant.

- T'es pas sérieux, c'est à l'opposé d'ici!

- Mais c'est là que tu veux aller.

- Non.

- Alors où ? Je t'emmènerais n'importe où pour que tu sois bien et que tu dormes enfin!

- Gare-toi alors, ici c'est très bien.

- Ici ?

- Oui.

- D'accord.

Il ralentit et se gara non sans avoir dévisagé Randy pour connaître ses intentions mais il n'avait pas l'air prêt à se sauver et ils étaient au milieu de nul part maintenant, c'était la nuit et il faisait assez frais.

Il coupa le moteur, Randy gardait ses yeux fixés sur l'extérieur et John sortit de la voiture, ce mouvement attira l'attention de la vipère qui l'interrogea du regard.

- J'arrive lui dit-il simplement.

John ouvrit le coffre et fouilla un moment dans ses sacs avant de revenir dans la voiture, il lui tendit un boule de tissu en disant:

- On ne fait pas la même taille mais ça t'évitera de te cailler toute la nuit.

Il déplia le vêtement, c'était un gros pull bien chaud, il le posa sur le siège et lui dit:

- Et toi ?

- J'ai ce qu'il faut et j'ai pas froid dit-il en tapotant une autre boule de tissu sur ses genoux. Mets-le, tu trembles de froid.

Randy hésita une seconde, il tremblait et pas seulement de froid mais ce pull beaucoup trop large, visiblement John n'aimait pas les vêtements cintrés, cacherait ses frissons et il l'enfila sous le regard approbateur de son ami.

Le silence revint dans l'habitacle, John n'avait pas envie de faire une nouvelle erreur en lui parlant et Randy n'avait pas envie de parler, comme d'habitude.

John le voyait lutter contre le sommeil depuis de longues minutes et il lui dit:

- Dors, tu en as besoin.

Randy se redressa pour ne pas s'endormir, lui faisant face mais il était au bout du rouleau et ses beaux yeux bleus se fermaient tout seul, il lutta encore un peu mais John lui dit:

- Ne t'en fais pas, je veillerais. Endors-toi.

Alors Randy se laissa aller sur son fauteuil, John lui avait montré comment l'incliner pour dormir et il sombra presque aussitôt dans le sommeil pendant que John veillait sur lui, quand il fut sûr qu'il dormait profondément, il déplia la couverture qui était sur ses genoux depuis tout à l'heure et la déposa sur son ami sans le toucher pour ne pas le réveiller. Il se tourna vers lui et le contempla dans son sommeil, pour la première fois depuis une semaine, il n'y avait plus aucune trace de stress et de colère sur son visage.

C'est la lumière du soleil qui le réveilla, il ouvrit difficilement les yeux et découvrit qu'il était seul dans la voiture, la couverture était sur lui et il n'y avait aucune trace de Randy. Il regarda partout dans la voiture avant de se dégager de la couverture et se sortir précipitamment de la voiture, si vite, qu'il s'emmêla les pieds en sortant et manqua tomber.

Des mains fermes et puissantes le retinrent par derrière et il entendit une voix grave et rauque lui dire:

- Relax! Je suis pas parti.

- Randy ? Dit-il en se retournant.

- Pourquoi, tu attendais quelqu'un d'autre? Tu donnes souvent des rendez-vous dans des lieux paumés?

Il l'observa une seconde, il avait l'air en meilleure forme, ses yeux étaient moins rouges, ils brillaient davantage et il avait retrouvé une partie de son humour.

- Non, pas vraiment. Répondit-il rassuré.

- Allez, il faut se remettre en route, passe-moi le volant.

John lui tendit les clefs sans discuter et s'installa côté passager.