chapitre 16: douce nuit
Randy roulait sans but précis depuis plus d'une heure déjà, son esprit était tourné vers John , il pensait à la dernière fois où ils avaient roulé sans but précis sauf que c'est John qui conduisait ce soir-là.
Il était dans le même état de nerf que ce soir et la présence de John l'avait calmé, il s'était endormi paisiblement, il avait pu récupérer un peu mais cette fois, John n'était pas là, il était chez lui, en famille, grâce ou à cause de lui, il ne savait pas bien au juste.
Une autre heure passa à conduire, il se faisait tard mais il roulait toujours, au bout d'une autre demi-heure, il s'aperçut qu'il roulait en direction de West Newbury, en direction de John mais il était bien trop loin de lui pour pouvoir le rejoindre cette nuit et être de retour au show du lendemain.
Laurinaitis l'avait mis en garde pour son comportement mais il lui avait bien dit d'être là le lendemain à Denver, non décidément même en roulant sans s'arrêter une seule fois, il ne pourrait pas faire l'aller-retour.
Il ralentit et se gara sur le bas-côté, il serra le volant très fort et posa sa tête dessus avec désespoir, la cognant par petits coups répétés jusqu'à ce qu'il donne un grand coup de tête, déclenchant le klaxon.
Il se redressa, se laissa tomber sur son siège, la tête en arrière, plongea sa main dans sa poche et en sortit... son portable en soupirant.
Il composa le numéro et attendit anxieusement, son interlocuteur décrocha à la seconde sonnerie.
- Allô? Fit la voix endormie.
- John, c'est ... Randy, tu vas bien?
- C'est plutôt à moi de te poser la question, il est deux heures et demi du matin!
- Oh, désolé, le show a fini tard, je suis sorti un peu et j'ai pas vu l'heure, je te rappelle demain.
- Non! S'exclama John.
Randy sursauta et John perçut son hésitation, il reprit plus doucement.
- Excuse-moi, ne raccroche pas, je suis réveillé de toute façon alors dis-moi ce que tu voulais.
- Je voulais juste m'assurer que tu étais bien arrivé.
- Oui, impeccable, mon escorte a bien fait son travail!
- Ecoute,je suis désolé pour ça, tu sais pourquoi je l'ai fait.
- Oui et toi tu sais pourquoi je me vengerais.
- Tu veux te venger? Intéressant ça et tu comptes t'y prendre comment? Demanda t-il avec un sourire dans la voix.
- Je vais te torturer lentement, affreusement longuement jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter ou te t'achever! dit-il en souriant.
Ils jouaient à ce jeu depuis des années, à se menacer, à prendre le pas sur l'autre mais ils ne s'étaient jamais fait de mal jusqu'à présent. Randy pensa qu'aujourd'hui cette relation entre eux avait sans doute changé et que John était sans doute assez fou pour mettre ses menaces à exécution. Il déglutit péniblement, il n'avait pas peur de John mais il n'oubliait pas la violence dont il avait fait preuve ces derniers jours, oubliant par contre de répondre à John.
- Randy?
- Oui?
- Détends-toi, je vais attendre quelques jours avant de prendre ma vengeance, tu peux encore dormir un peu en attendant!
- Justement!
- Quoi justement?
- Je sais pas dormir.
- Alors tu t'es dit qu'il n'y avait pas de raison que tu sois le seul dans ce cas!
- C'est un peu ça!
- Ok! Alors le show de ce soir, qu'est-ce ça a donné?
- Pas mal, un bon public, des matchs intéressants.
Pas dupe du tout, John lui demanda:
- Et ton match?
- J'ai décollé la tête d'Ezekiel, c'était d'enfer!
- Ezekiel? T'avais un match contre lui?
- Oui, Laurinaitis a dû avoir peur que j'abîme une autre de ses superstars.
- Tu m'étonnes! Et ça c'est fini comment?
- En décompte à l'extérieur, c'était ça ou la disqualification alors...
- Oui, en somme, tu as été sage! Dit John en se moquant.
- Mais oui, très sage, j'ai attendu la fin du match avant de fracasser Big Zik.
- Et comment ça s'est terminé?
- On a échangé quelques coups avant l'arrivée des arbitres et je les ai laissé m'emmener presque sans résister.
- Ah oui, vu comme ça, tu as été d'une sagesse exemplaire.
- C'est ce que j'ai dit à Lauriminus mais il a pas eu l'air de me croire.
- Je me demande bien pourquoi! Et ziki?
- ça va, il n'a rien.
- Je m'en doute mais qu'est-ce qu'il a dit?
- J'ai pas tout compris à son blabla, une histoire de mélodie différente à la prochaine danse.
- En gros, il t'a prévenu aimablement que la prochaine fois, il te casse en deux!
- Ah! C'est sympa de sa part de prévenir!
- Je trouve aussi, ça te laisse la temps d'augmenter ton assurance vie!
- Très drôle John!
Ils discutèrent encore un moment avant que John ne demande;
- Sinon où est-ce que tu es?
- Aucune idée, dans ma voiture, sur le bord d'une route au milieu de nul part.
- Souvenir, souvenir! fredonna John.
- Oui.
- C'est pour ça que tu m'as appelé?
- ça m'a fait pensé à toi oui, je voulais appeler plus tôt mais je me suis dit que tu m'enverrais chier.
- Bah, une chance sur deux.
- Donc, je me suis dit à 2h plomb du mat', il aura la tête dans le pâté, j'ai mes chances.
- Raté, je te prends quand tu veux!
- Hum, hum.
Un silence gêné suivit cette réplique de John lancée en toute innocence.
- Bon, oublie, j'ai effectivement la tête dans le pâté.
Randy éclata de rire et John écouta la mélodie merveilleuse de son rire, il imaginait son expression, ses yeux étrécis, brillant d'humour, sa bouche grande ouverte dans cet éclat de joie et les traits de son visage merveilleusement juvéniles. Il se reprit avant que son trouble ne soit perceptible pour Randy.
- T'es sûr que t'es en sécurité?
- Y a pas grand monde ici, je vais verrouiller mes portes et je reprendrais la route au matin, dans quelques heures maintenant.
- Tu es loin de Denver?
- Oui, assez, je suis pas parti dans la bonne direction et j'ai roulé deux heures avant de m'en rendre compte et de m'arrêter.
- Deux heures? Mais où t'avait la tête ?
Randy ne répondit pas, il savait très bien ce qu'il avait en tête en roulant, lui, le rejoindre.
John n'attendait pas de réponse à cette question, il laissa un blanc s'installer avant que Randy ne reprenne la parole, d'une voix calme, plus basse, légèrement endormie.
Il y avait de plus en plus de trous dans la conversation, John appréciait d'entendre Randy se détendre un peu, finalement, il eut un grand silence, il n'entendait plus que sa respiration qui se faisait de plus en plus lente et douce, Randy s'était endormi.
Il écouta sa respiration encore un moment puis lui murmura doucement:
- Bon nuit Randy, dors-bien...
Il raccrocha et se rendormit, apaisé, Randy allait bien, Randy l'avait appelé et maintenant il dormait, il s'endormit avec un sourire aux lèvres.
Lorsque Randy se réveilla, le soleil était très haut dans le ciel, il jeta un oeil à son portable qui était resté sur sa jambe pendant sa nuit de sommeil et fut ahuri de voir l'heure, il avait dormi 9h d'affilées, il était pas loin de midi et il était encore loin de Denver, il se frotta les yeux et se remit immédiatement en route, il lui fallait deux heures et demi pour regagner son point de départ et encore trois autres pour atteindre Denver, il n'était pas au bout de ses peines, il allait avoir du mal à atteindre le stade à temps!
Il roula de longues heures, il lui en fallut six au total pour atteindre le stade et il avait eu le temps de se maudire cent fois de sa stupidité de la veille mais il avait eu John au téléphone et il était rassuré maintenant. Quand enfin, il se gara dans le parking du stade, sa bonne humeur et sa détente s'étaient volatilisés, il inventa une rapide histoire de panne de voiture pour justifier de son arrivée tardive et alla dans sa loge directement pour se changer.
Une fois en tenue, il alla lire le planning du soir, il avait un match de prévu, un match handicap contre Ezekiel et Mark Henry, cadeau d'un certain dirigeant à la voix cassée à n'en pas douter.
Il était donné perdant, logique, mais en quoi? 2 minutes trente!
Il venait de rouler pendant 6 h d'affilées sans s'arrêter, sans manger et tout ça pour quoi? deux misérables petites minutes de show!
La colère de Randy repartit de plus bel, sa musique aurait à peine fini de retentir que le match prendrait fin, le temps que les gars du public se lève pour aller chercher un paquet de pop-corn, ils n'auraient même pas encore fait le retour qu'il serait au sol!
Lamentable, si c'était la façon de Lauribidule de lui faire payer ses écarts de conduite des derniers shows, c'était minable! Il ne serait pas le seul à être frustré après un simulacre de match pareil, le public aussi serait furieux!
En l'absence de John, il était l'élément le plus vendeur et le plus attractif de la fédération, se passer de son potentiel uniquement pour le punir, ce n'était pas de la bêtise c'était de la folie pure!
Rageur, Randy retourna dans sa loge en attendant l'heure de son match, pas besoin d'un grand échauffement pour le travail qu'on lui demandait de fournir, il fit un détour par le self pour récupérer son repas et s'enferma dans sa loge.
John s'était réveillé en pleine forme et de très bonne humeur, Randy l'avait appelé, il allait bien, il avait pris de ses nouvelles, oui il l'avait appelé.
Il se faisait l'effet d'être une de ces collégiennes qui hurlent devant leur école en recevant un sms sans grande importance d'un mec dont elles rêvent.
Il secoua la tête avec un sourire, il s'en moquait, aujourd'hui, son ciel était presque sans nuages et même l'attitude agaçante de son frère n'y changeait rien.
Randy entra sur le ring en dernier sous le regard sombre de ses deux adversaires du soir, c'est vrai qu'il n'avait pas été très cool avec eux pour ses matchs mais de là à ce qu'ils lui fassent une tête de tueur!
Il haussa les épaules et monta sur le ring, face à eux, il n'avait pas peur d'eux!
Le match débuta rapidement, Randy donna tout ce qu'il avait au début mais se laissa submerger très vite puisque le match ne devait pas durer et qu'il était seul face à deux colosses. Ezekiel remplaça Mark et s'amusa avec lui, le jetant d'un coin à l'autre du ring.
- Tu ferais mieux de te coucher tout de suite! Lui dit-il en l'écrasant contre le poteau, Tu souffrirais moins.
La rage de Randy explosa, il reprit le dessus et comme la veille, ne respecta pas les consignes malgré la sirène d'alarme qui retentissait dans son cerveau, lui rappelant qu'il devait perdre.
Mais il n'écoutait plus que ses voix qui lui disaient de cogner, de gagner.
Il emporta le match en trois minutes au lieu des deux minutes trente qu'il devait mettre à perdre, il était fier de lui mais sa joie ne dura pas longtemps.
Laurinaitis entra à son tour, micro en main et s'adressa à Randy:
- J'ai l'impression que tu as beaucoup de colère en toi Randy, je suis sûr qu'un street fight contre Mark Henry et Ezekiel Jackson te ferait un grand plaisir! Arbitre, on recommence le match, sonnez la cloche!
- 17 minutes lui dit l'arbitre en venant vers lui pour lancer le match.
Dix-sept minutes! Dans un street fignt improvisé contre deux gars furieux contre lui? Il était mort!
c'est la dernière pensée cohérente qui traversa son esprit avant qu'il ne traverse la table des commentateurs.
