Un... Deux... Trois... Baaaam!

02

Temperance et Felix finissaient de ranger la salle à manger lorsque la porte de leur maison familiale s'ouvrit.

— Ok, cette fois-ci, on essaye de rester discret! chuchota la jeune fille en s'armant d'un balais.

Son frère acquiesça et tous les deux se faufilèrent derrière une porte battante.

— Ce n'est pas possible qu'il revienne alors qu'il a trompé papa! râla l'aîné en jetant un coup d'oeil dans le salon.

L'intrus faisait le tour de la maison, reniflant ici et là avant de s'attarder devant la chaîne hifi et s'y approcher et...

— A l'attaque! cria la jeune fille en courant vers l'intrus.

L'homme fit volte-face et manqua de se prendre un coup de balais sur le crâne. Il se précipita vers la porte d'entrée et s'y plaqua, les bras tendus au devant.

— Calmez-vous les enfants! Ce n'est que moi!

— Non, tu n'as pas le droit de revenir! Tu as quitté la maison le mois dernier et tu n'as plus le droit de revenir! cria le garçon en se plaçant devant sa soeur.

L'homme soupira.

— Mais je suis votre père et...

— Comment tu peux oser revenir ici? On te voyait jamais de toute manière...

— Comme si Mycroft était là...

— Il travaille pour nourrir la famille alors que toi... Tu vas voir des omégas ailleurs! Nous ne sommes pas idiots, père. Alors dégage de là où on appelle la police!

— Oui la police! Tu n'as plus le droit de revenir!

— C'est également chez moi les enfants!

— NON! crièrent le coeur les jeunes enfants en jouant du balais.

— Mais vous êtes fous? cria l'Alpha.

— Non! Va-t-en!

La fillette balaya son arme devant son père qui grogna. Elle répondit en montrant ses dents, prêt à défendre son frère. Ce qui fit son effet puisque l'intrus se braqua et rouvrit la porte.

— C'est ça oui! Dites à Mycroft d'attendre mon retour avec l'avocat et on verra cela! cria l'homme avant de claquer la porte derrière.

Le silence s'abattit sur eux.

Les deux enfants tremblaient encore sous le choc. Ils n'avaient pas prévu de s'emporter ainsi devant l'alpha de leur famille. Mais ce dernier mois...

Temperance se mit à pleurer, laissant tomber son balais. Felix s'agenouilla à ses côtés et lui prit le visage, en bon aîné de la famille qu'il était.

— J'ai... J'ai peur... Et papa... Papa... Il faut pas qu'on lui dise... balbutia la jeune fille en reniflant de tout son soul.

Felix repoussa quelques mèches rousses de sa soeur pour lui dégager ce visage parsemé de tâches de rousseur et de morve. Elle avait hérité du côté écossais de leur papa et de sa sensibilité naturelle.

— Tu dois être forte, Temp'. Une fois qu'il sera parti, ce sera toi l'alpha de famille, dit-il pour la calmer.

Le jeune garçon aida sa soeur à se relever et la tira vers la cuisine où il mouilla une serviette pour essuyer les larmes de sa soeur.

— Mer... Merci Felix! bégaya la jeune fille avant de le prendre dans ses bras.

— Ouhmnf!

A dix ans, elle faisait déjà sa taille. Normal, pour une alpha femelle en devenir. Lui, sûrement oméga, connaitrait sa poussé de croissance plus tardivement, vers l'adolescence. Il n'avait que douze ans et tout le temps pour encore être un enfant.

Sauf si leur père revenait et décidait de reprendre la part qui lui était due du mariage, du moins, en termes légaux. La moitié donc de ce qu'ils possédaient. Ce qui signifiait la moitié de leur maison de campagne, de la maison londonienne, de la voiture, et de leur compte bancaire difficilement rempli malgré le salaire faramineux de leur papa. Sauf qu'une famille de cinq enfants dont deux en bas âge coûtait beaucoup. Les études en écoles privées, les prêts bancaires et les dépenses somptuaires de leur père simple employé de bureau asséchaient régulièrement les comptes de la petite famille. Felix était encore jeune, mais il avait très vite compris qu'il lui fallait apprendre à se débrouiller seul avec ses frères et soeurs pour limiter les coûts en babysitting. Oncle Sherlock les gardait parfois mais depuis sa nouvelle vie avec tonton John, il avait de moins en moins de temps à leur consacrer. Et même si Anthea les adorait, son poste en tant qu'assistante personnelle de leur papa ne lui permettait hélas pas de rester plus souvent à leurs côtés. Au fil des années et de la baisse de revenu de leur père Alpha, ils avaient abandonné le chauffeur, la femme de ménage et la nounou. Désormais seuls, ils devaient se serrer les coudes.

Et depuis l'annonce de la séparation de leurs parents, les finances allaient vraiment au plus mal. Felix savait que son papa ne voulait pas recourir au fond de pension familial hérité de sa famille pour financer un divorce et rupture de lien qui allait être très onéreux. Il préférait que tout restait chez leurs grand-parents et Sherlock. La raison principale était bien entendu qu'il désirait éviter une banqueroute globale de la famille Holmes. Parce que s'il touchait à ce fond, la moitié appartiendrait de fait à leur père adultère. Et cela, il ne pourrait pas le supporter. Felix non plus.

Alors ils se débrouilleraient. Ils vendraient sans doute la maison de campagne et seraient probablement forcés de déménager dans un foyer plus modeste. Ce qui était mal vu pour un politicien tel que leur papa.

Felix termina de nettoyer les joues rouges de sa soeur et d'une tape sur le dos, l'envoya en haut. Dans quelques heures, son frère jumeaux serait de retour. Célestin était le malin de la famille, trouvant toujours des idées pour ramener de l'argent de poche supplémentaire. En ce moment même, il était parti vendre des gâteaux faits maisons dans le quartier. Leurs finances n'étaient pas encore désastreuses à ce point là, mais Célestin insistait sur le besoin de gagner autant que possible. Et la vie à Londres coûtait bien trop chère. Et ils voulaient tous garder la maison de campagne et la maison à Londres. Malheureusement, le divorce imminent s'annonçait très onéreux et compliqué. Tout simplement parce que malgré les preuves d'adultère de leur père que leur papa avait réussi à rassembler grâce à Oncle Sherlock et à ses caméras de Londres, son absence quotidienne pour un oméga faisait de lui un coupable crédible aux yeux de la loi. Les omégas de familles nombreuses telles que la leur devaient rester au foyer et s'occuper des enfants, pendant que les alphas travaillaient. Dans leur cas, leurs deux parents travaillaient. L'un était un employé de bureau paresseux qui ne décrochait plus de promotion depuis dix ans. Le deuxième était le Gouvernement personnifié. C'était leur papa qui ramenait l'essentiel du revenu. Certes, il travaillait trop, mais dès qu'il les voyait, il passait le plus de temps possible avec eux. Cuisiner, parler, leur apprendre tout ce qu'il savait... Mais leur père... Il avait des horaires réguliers mais ne restait que très peu au domicile. Sauf lorsque papa était en chaleur. Et encore, il ne revenait que durant le pic d'hormones. Le reste du temps, il était quelque part d'autre.

Maintenant, Felix savait où il était. Avec un jeune oméga mannequin. C'était horrible.

— Je suis rentré!

C'était la voix onctueuse et séduisante de son frère jumeau Célestin. Bien qu'identiques, leurs styles et personnalités opposés les trompaient souvent pour des faux-jumeaux. Tandis que Felix était doux et délicat, comme tout oméga en devenir, Célestin était vivace, indépendant et très autonome bien qu'également oméga. Il aidait leur papa dans ses affaires et participait même à des réunions avec Anthea. On le surnommait mini-Mycroft tant son esprit suivait le même fonctionnement que celui de leur papa. Chevelure auburn coiffée vers l'arrière, chemise toujours débraillée et dégaine de baby-rockeur, son style s'apparentait à celui de leur oncle Sherlock.

— Felix, tu vas pas le croire, j'ai tout vendu! On a gagné vingt pounds avec mes gâteaux! cria le garçon en entrant dans la cuisine.

Il étala son butin sur la table et les garçons s'émerveillèrent devant leur entreprise. A trois avec Temp', ils avaient réalisés plusieurs gâteaux.

— Cela fait treize pounds et cinquante cents de marge nette. Et comme on n'a pas mangé la pâte de la préparation cette fois-ci, le compte est parfait! Avec cela, on pourra s'acheter le lait, les yaourts et les oeufs de la semaine! continua de s'extasier Célestin.

— Super.

— Tu es bizarre aujourd'hui. Est-ce que les petits te manquent? Ou bien... Attends.

Célestin le balaya du regard, fronçant les sourcils pour parvenir à une conclusion satisfaisante. Felix n'eut qu'à observer l'évolution de son regard pour connaître le résultat.

— Il est revenu? demanda calmement le garçon.

— Oui. Et Temp' l'a un peu chassé d'ici.

— Tu penses qu'il va revenir?

— Tu sais très bien qu'il reviendra. Il veut sa part de la fortune inexistante de papa.

— On ne peut pas le laisser faire!

Felix leva les bras en l'air.

— Bien sûr qu'on ne le peut pas! Mais nous ne sommes que des enfants. Personne n'écoute des enfants de douze ans. Et papa n'est pas un modèle classique d'oméga éconduit. On va dire que c'est de sa faute si père est parti avec un autre oméga. Parce qu'il travaille trop, etc.. C'est injuste. Il n'a pas le choix. Entre nous, grand-parents et oncle Sherlock, il a trop de choses à faire. Et puis, père n'amenait plus rien dans les comptes depuis deux ans. Depuis la naissance d'Henri en fait, bouda Felix en sortant les ingrédients pour le dîner.

Leur papa étant en déplacement avec Anthea, c'était oncle Sherlock qui s'occupait des deux derniers tandis que les trois aînés pouvaient se garder eux-mêmes. C'était toujours ainsi depuis le départ de père. Mais c'était mieux qu'avant. Au moins, papa ne pleurait plus autant.

*xXx*

— Sherlock, on mange! cria John de la cuisine.

Il entendit un grognement et passa la tête au travers de la porte pour constater son colocataire en pleine réunion silencieuse avec Adelaide et Henri. Les trois Holmes étaient assis par terre et se toisaient du regard, sans un clignement, sans un geste.

Un truc de Holmes sans aucun doute.

Mais quelle surprise. Il ne s'attendait pas à apprendre le statut non seulement de marié mais également de géniteur de Mycroft. L'oméga passait pour un homme aigri aux sentiments inexistants aux yeux du monde. En réalité, il avait mis au monde cinq enfants et semblait être un papa modèle. Il avait suffit de quelques phrases et "papa" bien criés pour que John saisisse la profondeur de l'amour que ses enfants lui portaient. C'était une surprise agréable. Magnifique et chaleureuse même. Malheureusement, il semblait que sa famille connaissait des problèmes assez importants.

— Mycroft n'est pas heureux, John, dit soudainement Sherlock.

— Hmm?

— Son Alpha veut un divorce et une rupture de lien.

— Je ne comprends toujours pas comment tu as pu cacher tout ça.

— Son travail lui impose de masquer ses senteurs comme Lestrade et même toi en clinique. Les gens se sentent mieux ainsi...

— Je l'ai toujours pensé plutôt bêta.

— Oui, un peu. Mais c'est un oméga.

— Juste...

John sortit dans le salon et plaçait quatre couverts et une casserole de pâtes sur la table.

— Où as-t-il pu se trouver un alpha? Je veux dire... C'est un oméga mais vous, Holmes, semblez tellement... Distants!

Sherlock leva les yeux au ciel. Il se releva, attrapa Henri par la taille et le posa sur un siège. Etrangement, l'enfant sembla céder sans problème. Il était très sage quand il le voulait, les mains chocolatées en plus.

— Mon frère était en réunion avec ce type lorsqu'il est tombé en chaleur. Rien de plus simple. Le problème est qu'il était aussi tombé en gestation des jumeaux. C'est pourquoi ils ont dû se lier et se marier. Mycroft est un homme traditionnel. Il ne pourrait pas vivre en célibataire avec enfants.

— Un ménage sans amour donc.

— Mon frère est un sentimental fini. Il pense que c'était de l'amour. Sinon pourquoi est-ce que ce type serait resté? Ils ont eu cinq enfants, John. Mon frère l'aimait, vraiment. Mais ce type... Il a très vite compris l'avantage de vivre avec mon frère. Toujours au travail, en déplacement, gagnant bien sa vie, simple, gentil. Et maintenant, ils vont divorcer.

— Ne me dis pas qu'ils n'ont pas de contrat.

— Mon frère est un sentimental fini... Donc un idiot! Il a cru que c'était pour la vie. Et voilà.

— Juste une question...

— Quoi John? Je dois vérifier les progrès d'Adelaide...

— Et les trois autres enfants?

— Tu parles des jumeaux et de Temp'? Ils sont seuls chez eux. Depuis le départ de ce type le mois dernier, Mycroft me demande de garder les deux derniers tandis que les trois aînés se débrouillent seuls lorsqu'il part en déplacement avec Anthea. La plupart du temps elle reste donc c'est elle qui les garde.

— Les trois aînés sont seuls?!

John laissa tomber sa fourchette dans l'assiette.

— Ils ont douze et dix ans. Les jumeaux sont très débrouillards et la troisième ne se laisse pas faire, rétorqua Sherlock avant de sourire toutes dents au dehors.

— Oh ne me dis pas qu'elle est comme toi!

— Lorsqu'elle a appris que son père avait trompé Mycroft, elle lui a donné un coup de batte de baseball dans les testicules. Je ne saurais pas faire mieux! C'est l'alpha de famille à présent!

Et ce Sherlock qui souriait fièrement... John devint livide à la pensée de subir le même sort s'il faisait du mal à Mycroft ou à Sherlock. Car les enfants adoraient leur oncle, il le voyait bien.

— Et ce Henri promet bien! Mais tu feras bientôt la connaissance des trois aînés. Célestin est toujours pris dans des histoires intéressantes. Grâce à lui, Mycroft a attrapé trois agents doubles dans son unité. C'est mini-Mycroft en moins paresseux. Beaucoup moins d'ailleurs.

John était blanc farine.

— Mais Felix est un peu trop mou à mon goût. Même s'il a réussi à réduire plusieurs de ses professeurs en larmes. Il ne comprend pas comment on peut être aussi imbécile et rêve de vouloir sauver le monde de son idiotie inhérente. C'est un optimiste raté.

L'alpha n'était plus blanc, il était devenu bleu.

— Adelaide est plus raisonnable. Une parfaite petite poupée, pas vrai ma chérie?

L'oméga s'était tourné vers sa nièce qui souriait, la bouche pleine de pâtes.

— Ah! Mais les manières Adelaide, les manières!

— Je suis une demoiselle, Oncle Sherlock! Mais je suis aussi une fille comme une autre! cria la petite fille en finissant d'avaler ses pâtes.

— Magnifique. Tu deviens meilleure de jours en jours dans l'art de mettre ton papa en colère.

— SHERLOCK!

— Oh, il semble bien violet ton tonton John.

— Jawn! cria Henri également la bouche pleine.

Deux pas lourds interrompirent le joyeux dîner en même temps qu'une ouverture fracassante de la porte et d'un grondement sonore.

— SHERLOCK! JE T'AI DIT DE NE PAS TE MÊLER A MON ENQUÊTE ET... MAIS TU AS KIDNAPPÉ DES ENFANTS?

C'était DCI Lestrade, en pleine grogne quotidienne, le rasage précipité, les cheveux courts ébouriffés, le visage rouge de colère et à présent, de terreur.

— Il est drôle le monsieur, oncle Sherlock! remarqua Adelaide en descendant de son siège et s'approchant de Lestrade.

— Meuuusieur! imita Henri qui trotta également vers Lestrade.

— Tonton Sherlock, il a l'air rouge, c'est normal ou il a la sybilis?

— Syphilis Adelaide, syphilis! Mais non, il souffre simplement de la maladie de l'imbécilité, répondit fièrement Sherlock en se rapprochant des deux enfants.

Henri avait attrapé un pan du pantalon de Lestrade et s'amusa à tirer dessus.

— Sherlock... C'est... C'est quoi... Ça? manqua de s'étrangler Lestrade en regardant en bas.

Deux adorables paires de yeux bleus le fixèrent en retour.

— Ce sont les deux derniers de Mycroft. Franchement, il aurait dû vous faire plus pâles et gros, grommela Sherlock en soulevant Henri.

— Mais oncle Sherlock, on est un mélange de papa et de ce type...

— Type méchant! Type pas bien!

— Henri, tu me rends très fier de toi. Tu insultes mieux que ton papa et moi réunis.

— Et papa n'est pas gros! bouda Adelaide en croisant les bras.

— Bien sûr qu'il l'est. Mycroft a toujours trop aimé les gâteaux et...

— Arghcj!

— Lestrade, respire, un, deux, trois.

— Sherlock, il faut le laisser se calmer, intervint John, la main sur le visage.

— C'est... dzbhbfkh...

— Oui Lestrade? Je déteste l'inefficacité verbale, tu le sais parfaitement.

— My... Mycroft...

— Oh! Alors monsieur connait papa?

— Bien sûr Adelaide. D'ailleurs, il est comme son chien et...

— Sherlock! Ces... Ces enfants... Ils sont à Mycroft? s'étrangla Lestrade.

— Comment ça tu n'es pas au courant? Je te présente Henri et Adelaide, ses deux derniers. Les trois aînés sont chez eux. Parfaitement capables de s'occuper d'eux-mêmes. Même si j'ai un peu peur pour Temp'. Elle aime bien détruire les choses et...

— Mycroft a des enfants?

— Je déteste me répéter. Oui il a cinq enfants. Oui, son tour de taille en a souffert. Et oui, c'est un oméga très fertile. Alors arrête de me regarder la bouche ouverte et laisse-moi terminer de nourrir ces deux-là. Je dois encore terminer une expérience sur...

— Et tu n'as pas pu me le dire avant?

— Hmm... J'ai peut-être oublié. Détail peu important. De toute manière, tu ne vois presque jamais mon frère.

— SHERLOCK! cria John qui sortit de la cuisine en tenant une tasse qu'il pointa vers l'oméga.

— Oh mais c'est la tasse de tonton John non? Pourquoi elle est devenue rose? s'exclama Adelaide en gloussant.


Pure délire! XD

Voir mon tumblr pour avoir une idée de la tête de Temperance!