Un... Deux... Trois... Baaaam!

04

DCI Lestrade laissa passer devant lui sans broncher cette horde de têtes rousses et auburns et devint bon spectateur. Les enfants avaient pris d'assaut leur père oméga pour le couvrir de larmes, de bave et de baisers. En quelques secondes, l'image qu'il se faisait de Mycroft Holmes avait volé en éclat.

L'oméga s'était penché vers ses plus jeunes enfants tandis que ses aînés lui prenaient le bras dans un élan possessif surprenant. Il les inspectait à tour de rôle, sans préférence, les félicitait, les cajolait et reprochait le manque d'hygiène de sa fille aînée.

Il était évident que l'amour et les chamailleries soudaient cette famille peu commune.

— Et Lestrade, il est super! Il nous a ramené ici avec pleins de policiers et... baratinait Temp' en pressant la main de l'inspecteur.

Lestrade releva la tête, un sourire au coin des lèvres. Il croisa le regard de Mycroft. Il n'avait jamais remarqué les yeux bleus de l'oméga, encore moins ses quelques taches de rousseur qui lui parsemaient le nez, discrètement. Et il sentait terriblement bon. Vraiment bon. Presque trop bon même. Mais comment avait-il pu échapper à cela?

— Je tiens à vous remercier, dit l'oméga en lui tendant la main.

Gregory sourit en retour et accepta la poignée de main. Il n'avait fait que son travail. Et puis... Ces enfants l'avaient attendri. Malheureusement, il n'avait jamais eu l'occasion de fonder sa propre famille. Regarder tous ces Holmes se retrouver lui embaumait le coeur. Il regrettait de n'avoir pas y avoir pensé plus tôt. Ni même imaginé une horde de Holmes. Vraiment trop de Holmes...

— Allez, rentrons, ajouta Mycroft en se tournant vers sa troupe bruyante, soudain muette.

Tout le monde acquiesça en silence, même Sherlock et John tout en retenue et étrange attitude sérieuse.

Seule une petite main continuait de lui agripper le pantalon. Henri avait repris sa place à terre et barbouillait ses vêtements de bave.

— Leshtrab? bredouilla l'enfant.

— Et toi dis-donc, pourquoi ne retournes-tu pas avec ton papa?

Henri secoua la tête et continua d'agripper son pantalon. Il leva les deux bras bien haut. Respectant sa volonté, Lestrade le décolla du sol. L'enfant se mit aussitôt à lui renifler le cou.

— Il semble bien vous apprécier, commenta Mycroft en se rapprochant de lui.

— Babaaaa!

— Oui, Henri... Mais maintenant, rentrons chez nous, répondit l'oméga en tendant les bras.

Par politesse, Greg lui redonna l'enfant non sans avoir décelé sa feinte senteur onctueuse. L'oméga dégageait un subtil parfum de crème fouettée à l'amande. Et Henri semblait également en diffuser quelques onces, signe qu'il était bien l'enfant biologique de l'aîné Holmes.

— Merci encore. Ces enfants vont m'achever. Vous avez dû faire preuve de grande patience. Même Sherlock est parfois exaspéré par eux.

Gêné mais non moins touché par cette surprenante remarque, Lestrade se frotta l'arrière du crâne. Il n'avait jamais connu ce côté doux de l'oméga. Il en était troublé.

— Hm... Non, ce n'était rien... Ils sont vraiment adorables. Et ils vous adorent. Vraiment. C'est admirable. Je vous envie... parvint-il à balbutier avant de se rendre compte des signaux qu'il lui envoyait par mégarde.

— Heu... Oui... Merci quand même.

L'oméga avait repris une jolie teinte rose sur ses joues. Un délice aux fraises...

— Papaaaa! J'ai faim... couina Adelaide en agrippant la veste de son géniteur.

Le geste sortit Mycroft de sa torpeur et il balbutia ses adieux et remerciements une dernière fois à Greg et toute l'équipe avant de se diriger vers la sortie, une Anthea réapparue d'on ne savait où aux basques.

Lestrade ne comprenait rien de ce qui venait de se passer. Inquiet au sujet de sa santé morale, il ordonna rapidement le retrait de ses troupes et évita les regards insistants de Sherlock et John. Ces derniers n'arrêtaient plus de rire derrière son dos.

*xXx*

Dans une chambre doucement éclairée par une lampe de chevet et une torche en led, Célestin et Felix se disputaient sans vergogne le second oreiller du lit habituellement habité par leur papa. Ce dernier, encore pressé par quelques affaires urgentes, les avait laissé prendre possession de son lit tandis qu'il terminait de régler ses maudites affaires dans son bureau. Les jumeaux adoraient dormir dans le lit de Mycroft mais redoutaient le retour de Temp', Adelaide et Henri. A cinq, ils avaient pour tradition de se faufiler et envahir la couche parentale après les longues absences de l'oméga.

Bien que toujours exténué, Mycroft ne refusait jamais ces moments de retrouvailles. Il avait un besoin aussi pressant et primal que ses enfants de les couvrir de sa senteur crémeuse et de son amour persistant. Ils étaient ses bébés. Ses trésors. Ses amours. Rien ne pourrait l'empêcher de dormir avec eux. Ni même la taille de moins en moins adaptées aux corps grandissants de ses aînés, ou encore les desserts glacés retrouvés sur la couette au lendemain matin, ou les chamailleries persistantes entre Temp' et... tous les autres.

Mais pendant ce court intervalle qui séparait leurs retrouvailles d'avec ce lit et son retour providentiel, les enfants se battaient, se confiaient, se retrouvaient, apaisés.

— Adelaide a vraiment effrayé Temp' aujourd'hui, chuchota Felix en jouant avec la lampe torche.

— Mais le DCI a bien géré la crise. Je suis encore surpris qu'Henri l'aime bien. Normalement, il ne supporte que tonton John, onc' Sherlock ou encore Anthea. C'est drôle!

— C'est pour ça aussi qu'il est flic...

— Tu penses ce que je pense, Felix?

Remarquant les sourcils dansant de son frère, Felix grogna et s'affala quelques centimètres plus loin.

— Pas ça!

— Mais il est Alpha!

— Et alors? Il y a plein d'alphas partout. Surtout là où il bosse!

— Mais Henri l'aime bien.

— Et quoi alors? T'es chiant Célestin! Pire que Temp'. Au moins, elle vomit quand on parle d'amoureux et de bisous bisous!

— Mais grandis! Personne ne dit bisous maintenant.

— Alors quoi?

— Ben, heu... Un baiser... Ou une belle pelle!

— Beurk!

— Mais pense à papa et à ce policier. En plus, il est mignon...

Felix fit mine de vomir hors du lit.

— T'es fou! Il est vieux...

— Pas bien plus que papa. Et il est seul...

— Oh non... Tu l'as déduit, grogna Felix en se frappant le front.

— Il est dans sa quarantaine, divorcé, sans enfants, alpha, bon job, bon salaire, stable, responsable. Il supporte onc' Sherlock et John. Il ne fume plus...

— Presque plus! Etes nuls! intervint Temp' en se faufilant entre les jumeaux.

— Mais dégage, Temp'! T'as les pieds froids, couina Célestin tandis que Felix levait les yeux au ciel.

Elle tira la langue et s'emmitoufla sous la couette, bien à l'aise entre ses deux frères.

— Franchement. T'es plus vieux que moi et nul. Lestrade est presque non fumeur. Il boit un peu trop mais ça va. Son équipe l'aime bien. Et...

Elle leva plusieurs fois ses sourcils, sourit avec malice, avant d'ajouter.

— Je l'ai vu renifler discrètement papa. Donc... Il le trouve à son goût! gloussa-t-elle en rougissant.

— Non! s'écria Felix.

Célestin esquissa une danse de la victoire, gesticulant ses bras et secouant ce qu'il appelait sa mèche rebelle dans tous les sens.

— Vous êtes trop bêtes! ajouta de sa voix fluette Adelaide en grimpant à son tour dans le lit, prenant bien soin d'agripper son ours en peluche et écraser les parties intimes de ses frères.

— Argh!

— Assassin!

— Vous en aurez pas besoin, êtes pas alphas.

— Temp'! crièrent en coeur les jumeaux en se tordant de douleur.

— De la place! gesticula Adelaide en poussant Felix à l'extrême bord du lit. Il se tint à la table de chevet pour ne pas tomber.

— Belix!

Les quatre enfants firent place au dernier de la fratrie qui se roula en boule entre Temp' et Felix. Ce fut Célestin qui tenta de se raccrocher à l'autre table de chevet cette fois-ci.

— Un peu de pitié pour les vieux, 'fin!

— Tais-toi Céleris!

— Temp', appelle pas ton frère par ce nom.

— Obélix!

— C'est Felix, soeurette. F-E-L-I-X.

— Oooo-Bélix!

— Tu vois? Même Henri est d'accord avec moi! Et le plus jeune a toujours raison!

— Vous êtes trop idiots. Encore plus qu'oncle Sherlock, râla Adelaide en imitant Mycroft lorsqu'il s'en prenait à son frère.

— Béééééélix!

— Oui mon chou. Parfais.

— Qui dit qu'il est le dernier? Si ça se trouve, on aura un autre frère ou soeur bientôt!

— Célestin!

— Mais Felix...

— Bélix...

— On aurait dit de gros bébés. Pire que des bébés même. Ou un bocal de poissons rouges. Oncle Sherlock a dit qu'il n'y a pas plus idiots que des poissons rouges.

— Ben bien sûr Adelaide! Tout le monde sait que les poissons rouges sont idiots. Ne fais pas ta Marie!

— Marie?

— Ben celle d'Orgueil et Préjugés...

— C'est nul Felix... C'est pour les omégas. Je suis une alpha!

— T'as pas même tes couilles encore...

— On sait jamais quand ils vont arriver. Et lorsque j'en aurais, je serais l'alpha de famille!

— Pas s'il y a Greg!

— Greb! Greb!

— Dégage, p'tain... Tu m'as cogné aux couilles, Adelaide.

Célestin tenta de repoussa sa soeur cadette sur Temp' qui la balança sur Felix sans résultat. Elle atterrit sur Henri qui se mit à beugler de sa plus stridente voix son mécontentement, larmes presque absentes.

— Célestin! Felix! Temperance! Adelaide! Cessez tout de suite ce boucan et laissez Henri tranquille! tonitrua la voix de leur papa de l'autre côté de la maison.

Aussitôt, la fratrie se calma et se recroquevilla davantage sous la couette. Ils demeurèrent silencieux. On éteignit la lampe de chevet.

— Alors dit... Il est vraiment cool ce Lestrade... Et papa l'aime beaucoup beaucoup beaucoup! chuchota Temp'.

— Ouais...

— Felix, un peu de bonne humeur. C'est mieux que de le voir seul et triste non? Il est encore jeune et je veux bien un autre frère ou une soeur.

— Ou des jumeaux!

— On t'a pas sonné Adelaide.

L'infante croisa les bras et esquissa une mine boudeuse.

— Grandis un peu.

— Mais je suis grande, Temp'! Tu es méchante.

— Allez, allez... Franchement, je plains papa...

— Moi aussi Felix. Surtout que Lestrade n'est pas contre ses charmes, au contraire.

— Je ne parlais pas de Lestrade, Célestin!

— Chuuuuut, intervint Adelaide.

— Chhuuuuuuub, imita Henri.

— Ouais... Un frère ou une soeur voire plus même... Cool... Mais faut agrandir le lit!

— Je suis d'ac Temp'. Pour une fois que tu dis quelque chose de sensé.

— Oh Felix... Tu me fends le coeur!

Temperance imita l'impact d'une flèche dans sa poitrine en la frappant puis se tordant de fausse douleur. Adelaide gloussa, encore imitée par Henri.

— Mais tu as raison sur une chose... Il est seul. Et il a besoin qu'on l'aime... Pas comme nous on l'aime... Plus comme ces amoureux comme à la télé.

— Ouais, chuis d'ac Temp'!

— Moi aussi, même si j'ai déjà peur de ce que vous allez préparer... ajouta à demi-mots Felix.

— Moi aussi.

— Moi!

— Adorable Henri. Tu fais vraiment des progrès...

— Arrête d'imiter oncle Sherlock, Adelaide!

— Ok, ok, bande de poissons rouges...

Les aînés levèrent les bras au ciel. Vraiment.

*xXx*

— Papa, papa, papa, papa, papa, papaaaaaa...

Mycroft soupira dans son café et leva les yeux sur sa fille aînée. Temp' le suppliait du regard pour... Il préférait ne pas savoir à quel sujet. Avec l'âge, il avait appris à ne pas déduire lorsqu'il le souhaitait. Et il le souhaitait très sincèrement. Temperance avait une tempérance de... Diable. Elle ne se tenait jamais en place, aimait rentrer avec son uniforme en désordre et traînait ses soldats Adelaide et Henri à sa suite dès lors qu'elle avait une idée en tête. Une véritable alpha en devenir. Mais il appréciait sa franchise. C'était un bon trait de caractère.

— Que veux-tu, Temperance?

Et dire qu'il l'avait nommé ainsi... Ce prénom ne lui correspondant vraiment pas. C'était Felix le plus mature de la fratrie. Suivi de Célestin dont l'âge expliquait beaucoup sur son caractère de moins en moins surprenant, puis Henri. Adelaide à la langue bien pendue et Temperance la tornade lui rendaient souvent la vie très difficile. Même si en cette matinée, sa progéniture semblait être bien sage. Il fallait dire qu'ils avaient passé une nuit très mouvementée entre batailles de polochons et insultes enfantins à tout va.

— J'ai un devoir de classe... murmura la fillette.

— Tu es en vacances et ne t'appliques que durant les dernières heures avant chaque rentrée pour les terminer. Sauf si bien sûr ce devoir t'intéresse. Ce qui n'arrive jamais, remarqua Mycroft en levant un sourcil inquisiteur.

— On doit aller observer un adulte à son travail... Et... Comme je ne peux pas te regarder parce que tu dois diriger le monde et Anthea aussi, alors... Ben j'ai pensé à...

— Pas avec Sherlock. Ni John...

La fillette grogna de frustration.

— Mais pas avec eux, papa! Il faut que j'observe des gens au travail. Et ils ne font pas un vrai travail. Alors...

Mycroft reposa sa tasse et l'inspecta attentivement, curieux d'entendre la suite.

— Je pensais à DCI Lestrade. Il travaille dans un bureau donc c'est un vrai travail. Et il a un titre qui figure dans le dictionnaire. Pas comme oncle Sherlock que tu dis avoir inventé son métier... Ou Anthea... Ou même toi d'ailleurs... Ou tonton John... Ca n'existe pas, médecin-soldat-assistant de détective consultant, non? Alors, alors? S'il te plait, papa! Dis oui! Je dois être la meilleure! Je ne veux pas aller à Saint Paul's comme mes idiots de frères...

— Temp'! intervint Célestin.

Elle lui tira la langue, dévoilant le muscle plein de chocolat.

Sous les regards suppliants de sa fille, Mycroft acquiesça discrètement. Aussitôt, Temperance sortit de table et se précipita sur ses genoux. Tout cela, sous les regards faussement sérieux de ses frères et soeur à qui elle jeta un clin d'oeil discret. Etape numéro une, réussie! Se dit-elle en embrassant son père sur la joue.


Je suis désolée pour le délai. Mais enjoy! ;)