chapitre 54: Je t'aime.. Plus jamais

John avait fait le vide chez lui, il ne restait rien, rien de son passé, aucune photo, rien de personnel, rien qui puisse lui rappeler son histoire, même ses photos d'enfance avaient été rangées, il ne restait que des meubles et quelques vêtements, le frigo était plein et sa salle d'entraînement avait été nettoyée mais il n'y mettait pas les pieds non plus, lui préférant la salle de la ville, là où il n'y avait pas d'insupportables courants d'air pour le déconcentrer.
Il avait fait le vide mais son esprit restait plein lui, des milliers de souvenirs, toute une vie qu'il ne pouvait effacer aussi facilement qu'en allumant un brasier. Malgré tous ses efforts, Randy ne quittait pas ses pensées, il ne parvenait pas à l'oublier, il avait occupé une trop grande part dans sa vie pour qu'il puisse le rayer aussi facilement et sa colère n'en était que plus vive.
Il ne décolérait plus, une boule de nerf en permanence, la moindre contrariété le rendait fou furieux et il avait déjà brisé plus d'objets qu'il ne pouvait en compter, il évitait de cogner dans les murs cette fois, ses mains avaient pris du temps à guérir et les coups avaient réveillé la douleur de son poignet fêlé par Randy, n'avivant que davantage sa rancœur à son égard!
Chaque geste lui avait fait mal pendant plus d'une semaine mais il s'en moquait à ce moment-là, sa haine était si forte qu'elle annihilait toute autre émotion.
John avait donc dû réparer voir remplacer certains meubles fracassés lors de ses crises de colère, mais l'argent n'étant pas un problème pour lui, il se contentait de s'arrêter dans un magasin et de choisir le nouveau meuble avant de le faire livrer ou de l'emporter. Il amenait alors les débris des anciens meubles dans un coin de son garage, il avait envisagé d'en faire un feu de cheminée mais avait renoncé, il voyait les feux de cheminée comme un instant convivial à passer entre amis ou amants, il avait rêvé plus d'une fois de passer une soirée en tenant Randy dans ses bras devant sa cheminée, assis sur une couverture à même le sol, toute lumière éteinte, le moment pourrait très vite devenir plus intime, réchauffant l'atmosphère de quelques degrés...
La planche qu'il tenait dans ses mains éclata sous la pression qu'il exerçait sur elle en évoquant cette pensée, le corps nu de Randy contre lui, lui évoquait toujours le même désir malgré tout, il avait beau repousser fermement toute pensée pour lui, elles revenaient systématiquement envahir son esprit dès qu'il baissait la garde et la quantité de meubles brisés ne prouvait que trop bien la fréquence de ces intrusions.
La planche finit en deux morceaux au sol dans un tas de sciure et il soupira en pensant au temps qu'il lui faudrait encore pour retirer les échardes qui s'étaient logées dans sa chair. Au moins, se dit-il, pendant ce temps-là, il ne penserait pas à l'autre!
Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui, quand il ne rêvait pas de le serrer dans ses bras, de l'embrasser et de partager la chaleur de son corps, il s'inquiétait de savoir comment il allait, s'il s'en sortait seul, s'il ne faisait pas n'importe quoi et surtout s'il surmontait le chagrin qu'il avait vu si souvent dans ses yeux chaque fois qu'ils s'étaient vus.
John avait tout fait pour le chasser, pour l'inciter à ne plus jamais revenir vers lui, il avait même cherché à se faire haïr de lui en se montrant aussi cruel à son égard, chaque coup qu'il lui avait porté l'avait un peu plus détruit de l'intérieur mais c'est tout ce qu'il méritait, il était tombé pour lui à peine quelques heures après que son divorce soit prononcé alors qu'il s'était juré de ne plus jamais retomber dans le piège de l'amour. Mais lui, comme un crétin, s'était jeté à corps perdu dans cette histoire et c'était finalement son âme qu'il avait perdue.
Que Randy l'ait aimé ou pas n'avait guère plus d'importance pour lui désormais, il s'en moquait car le résultat final était le même, Randy l'avait brisé, avait fait de lui sa marionnette, s'était joué de lui en jouant avec lui et à aucun moment de leur histoire, John n'avait su voir que tout n'était que fable et illusion. Sa rage remonta en flèche une fois encore et il balança la planche qu'il portait sous son bras avec violence dans le mur, elle entama le plâtre assez fort pour en détacher un morceau qui s'écroula parmi les autres débris de meubles abandonnés sur place et il sortit du garage en claquant la porte violemment avant de monter chercher une pince à épiler.

John passait beaucoup de temps dans son garage, à bricoler et bichonner ses voitures, ne se lassant pas de les regarder et de les conduire mais il n'avait jamais un regard pour la bâche qui recouvrait une de ses plus belles voitures tout au fond de son garage. C'était la seule pièce de sa maison dans laquelle il n'avait encore rien détruit, il tenait bien trop à ses voitures pour risquer de les abîmer dans un moment de colère, aussi, chaque fois que sa rage devenait trop grande, il quittait le garage et laissait sa rage exploser ailleurs, il ramenait alors les débris des objets victimes de son emportement dans son garage et les entassait avec les autres avant de reprendre ce qu'il faisait avant. Le tas commençait d'ailleurs à être imposant même si au fil des jours, ses explosions étaient moins fréquentes et moins fortes.

Il n'avait pas cherché à contacter sa famille ni à les voir, son père avait appelé en apprenant sa suspension et John lui avait dit qu'il avait besoin de repos et que c'était le seul moyen qu'il avait trouvé, bien entendu, son père n'en avait pas cru un mot mais il n'avait pas cherché à en savoir plus. Il lui avait proposé de venir passer un peu de temps à la maison, auprès de ses frères et de ses neveux et nièces mais il avait décliné l'invitation poliment, prétextant un besoin de repos et de solitude. Son père lui avait demandé si c'était le contrecoup de son divorce et il n'avait pas démenti, il n'avait jamais parlé de sa liaison avec Randy à sa famille, il savait qu'ils étaient ouverts d'esprit mais il ne voulait pas exposer cette partie de sa vie après aussi peu de temps, Randy était déjà comme un frère pour le reste de la fratrie et ses parents lui avaient assuré à de nombreuses reprises qu'il était chez eux comme chez lui et qu'il était le 6ème fils de la famille et justement, comment auraient-ils réagi s'il l'avait présenté non plus comme son frère mais comme son homme?
La question ne se posait plus désormais car Randy n'était plus rien pour lui, plus rien, même pas une connaissance, à peine un collègue, il ne voulait plus rien savoir de lui!
Et pourtant, au fond de lui, une part minime mais bien réelle qui n'était pas que haine souffrait affreusement de son absence, ne supportant pas de ne pas savoir comment il allait. Bien des fois, il avait failli composer son numéro qu'il connaissait par cœur, il avait eu beau l'effacer de la mémoire de son téléphone, il ne l'avait pas effacé de la sienne, mais à chaque fois, il avait rempoché son téléphone d'un geste sec avant de prendre une voiture pour sortir faire un long tour le plus loin possible des endroits qui lui étaient trop familiers et lorsqu'il revenait, toute envie de l'appeler lui était passée et il se laissait tomber dans le canapé, épuisé mais luttant encore et toujours contre ses sentiments et ses émotions qui refusaient de le laisser en paix.

Les jours passèrent, John passa devant son sac un nombre incalculable de fois sans s'en préoccuper avant de buter dessus deux semaines après son retour chez lui, il lui jeta un regard colérique comme s'il lui reprochait de s'être jeté dans ses jambes et s'apprêtait à le jeter en travers de la pièce avant de se raviser, il était peut-être temps pour une petite lessive, il en profiterait pour ranger son sac dont il n'aurait pas l'utilité avant deux semaines encore. John ouvrit son sac à l'entrée, il en sortit ses habits de catch, posa ses genouillères sur le côté puis sortit les autres vêtements qui y étaient restés, ainsi, il découvrit les deux chemises préférées de Randy qu'il emportait partout avec lui, elles étaient synonymes de tellement de souvenirs, de nuits délicieuses, de mots chuchotés dans l'oreille, de baisers langoureux puis dévorants et de désirs, de feu, de supplications pour qu'il se dépêche tandis qu'il lui souriait d'un air narquois, se réjouissant de le voir se tordre pour lui.
Fou de rage, il ouvrit la porte et jeta les chemises dehors, sans regarder, au moment exact où Phil gravissait les dernières marches, se prenant les vêtements en pleine figure.
- Et ben! C'est comme ça qu'on accueille les amis ici? Jme demande comment tu reçois les gars du fisc alors!
- Phil?
- En personne! Et en ...chemise? Ajouta-t-il en identifiant ce qu'il venait de ramasser.
- Désolé pour ça, je savais pas que tu étais là!
- Et pour cause, j'ai fait un petit détour pour prendre de tes nouvelles!
- Petit?
- A peine 800 miles.
- Ouais, une paille! Tu sais que j'ai le téléphone si tu veux de mes nouvelles?
- Oui, mais je préfère venir en personne, c'est plus convivial et puis où serait le plaisir si on peut plus se prendre des chemises en pleine figure en venant dire bonjour aux amis?
- Très drôle Phil!
- Elles sont propres, j'espère!
- Oui mais de toute façon, ça n'a plus d'importance, elles partent à la poubelle.
- Ben qu'est-ce qu'elles ont? Elles sont super chouettes pourtant!
- C'était les préférées de Randy.
- Je vois! Bon, laisse-les dehors, je les ficherais à la poubelle en repartant, tu m'offres un Pepsi?
- J'en ai toujours au frais pour toi!
- ça c'est sympa! Le sachant, je viendrais plus souvent!
- Tu es ici chez toi, Phil.
- Merci, tu sais que la réciproque est vraie aussi?
- Bien sûr! Je le sais, ne t'en fais pas!
- Alors n'hésite pas à passer! On sera du côté de Chicago dans quelques jours, on peut se faire une sortie tous ensemble!
- Bonne idée!
Les deux hommes s'attablèrent devant leurs verres et John observa son ami d'un œil critique:
- Depuis quand tu n'as pas dormi?
- Hein? Je pourrais te poser la même question John! Tu as vu ta tête?
- Elle a quoi ma tête?
- Elle a l'air de celle d'un gars qui a pas fermé l'oeil depuis des lustres!
- Je dors comme un bébé! Mais toi? Je croyais que Chris chassait tes insomnies? Tout va bien...
- Tout va très bien John! Le coupa Phil, à merveille!
- Pourquoi n'est-il pas venu?
- Parce qu'il avait un autre rendez-vous avant moi et tu le connais, il ne serait pas venu sans invitation donc il a préféré rester à Raleigh, moi j'ai profité de l'occas' pour te saluer parce qu'après on remonte vers le Nord et ça va faire un bout pour passer!
- Merci! C'est très sympa de ta part, surtout que t'as vraiment l'air crevé!
- Y a pas mal de boulot en ce moment surtout qu'il faut compenser ton absence pendant que tu te la coules douce en vacances!
- T'en fais pas pour ça, connaissant Vince, je vais devoir bosser 4 fois plus à mon retour!
- Tu peux compter là-dessus!
Les deux hommes passèrent l'après-midi ensemble à discuter et à rire, John le fit entrer dans son garage à sa demande pour qu'il puisse admirer sa collection de voitures qu'il avait toujours beaucoup aimé, il avisa le tas de meubles brisés dans le coin et leva un sourcil surpris, John intercepta son regard et répondit:
- Envie de changer de déco! En haussant les épaules.
Phil ne fit aucun commentaire mais il comprit que la fureur de John n'était toujours pas calmée, il observa son ami du coin de l'œil pour desceller d'éventuelles blessures mais il ne repéra que quelques égratignures çà et là et quelques blessures mineures sur ses mains dues à ses travaux de mécanique. Il se détourna du tas de gravats pour se concentrer sur ce que lui disait, ils restèrent un long moment dans le garage à plaisanter et Phil remarqua la voiture du fond qui était bâchée, il la désigna en demandant s'il pouvait la voir et John se renferma aussitôt en refusant, le brun n'insista pas mais sa curiosité était éveillée à son maximum et il demanda:
- Qu'est-ce qui va pas avec cette voiture?
- J'ai emmené Randy faire un tour avec!
- Et tu l'as pas cramée? S'exclama Phil faussement atterré. T'avais plus de briquet c'est ça?
- Non, je tiens trop à cette voiture pour la cramer mais dans l'immédiat elle restera sous bâche.
- Comme ça elle risquera pas de prendre la poussière, tu as bien raison!
La soirée avançant, John proposa à Phil de rester pour la nuit et le Chicagian accepta en précisant qu'il repartirait très tôt le lendemain matin pour être à temps au show du soir.
Ils passèrent une bonne soirée devant un film, John montra sa chambre à Phil et ils allèrent se coucher, chacun dormit profondément. A l'aube, Phil quitta la maison sur la pointe des pieds sans réveiller son ami, il ramassa les deux chemises et les plia soigneusement avant de les ranger dans son coffre aux côtés des autres rescapés du ménage de John. Il referma le coffre doucement en espérant pouvoir très bientôt restitué les souvenirs à leur légitime propriétaire et démarra, pensif.

Ce matin-là, après le départ de Phil, John se leva et prit une de ses voitures une fois de plus pour quitter sa propriété, il partit bien plus loin encore que d'ordinaire, il pensait à tout ce que Phil avait pu lui dire la veille entre plaisanteries et petits piques tout à fait digne de l'esprit acéré et pourtant très amical de l'homme tatoué. Il avait toujours apprécié l'honnêteté mordante dont il savait faire preuve quand il s'agissait de parler, il ne s'embarrassait pas de détours, ses réponses avaient le tranchant et la limpidité de l'eau des torrents à peine voilées d'un soupçon d'humour destiné à adoucir le choc de ses mots. Il fallait être vraiment sûr de soi quand on posait une question à Phil, être sûr d'être capable d'encaisser la réponse mais surtout être sûr de vouloir la connaître. John n'était pas homme à reculer quelle que soit la situation, il était capable de tout encaisser et son amitié profonde pour Phil lui faisait tolérer la brutalité de sa sincérité. Ainsi l'homme ne lui avait pas caché qu'il désapprouvait totalement la solitude dans laquelle il s'était enfermé à son retour chez lui, tout comme il lui avait clairement laissé entendre que son déplacement en personne n'était pas dû à la convivialité mais à ses doutes sur sa volonté de répondre aux appels. John avait encaissé sans broncher et avait accepté l'invitation à se joindre à la soirée dont il lui avait déjà parlé à son arrivée. Il avait également surpris le regard réprobateur de son ami devant le tas de meubles brisés dans son garage suivi de son examen minutieux de son état de santé dans la foulée. Le mordant ironique de sa réponse concernant sa voiture et le brasier approprié pour la faire disparaître l'avait touché en plein cœur même s'il n'en avait rien montré sur le coup et il lui avait dit qu'il tenait trop à sa voiture pour la brûler, ce qui n'était pas un mensonge en soi d'ailleurs et qu'elle resterait sous la bâche pour le moment. Phil avait ri en ajoutant qu'elle serait protégée de la poussière au moins et il avait compris le fond de sa pensée. Elle pourrait rester une éternité sous la bâche, tant qu'il ne serait pas prêt à remonter dans une voiture lui rappelant un beau souvenir de Randy et aucun signe ne montrait qu'il parviendrait un jour à se guérir de lui, Phil l'avait bien compris.
Il avait fini par lui demander avec bien des hésitations, des nouvelles de sa vipère, ne parvenant pas à former les quelques mots nécessaires pour poser sa question et il avait fini par bredouiller:
- Comment il.. Tu as des nouvelles de...?
- Je pensais que tu ne poserais jamais la question John!
- Alors?
- D'ailleurs, je pensais que ça ne t'intéressais plus!
- Phil!
- Quoi?
- Je ne suis pas trop d'humeur à jouer à ce petit jeu.
- J'avais remarqué, il fait pas bon être meuble chez toi en ce moment! Rassure-moi, tu ne brises que les meubles hein?
- Et les têtes des petits malins qui s'amusent à éprouver ma patience trop longtemps!
- Ouh! Je devrais être terrifié alors! Sauf que je sais que tu m'apprécies trop pour me faire de mal, Johnny, tu prendrais pas le risque!
- C'est surtout parce que je sais que Jason t'attend et que je voudrais pas le priver de son toy boy!
- Très classe, John! Bravo! Je croyais que tu réservais tes amabilités aux indésirables, faut croire que j'en suis devenu un! Avait-il dit en se levant.
- Phil, reste, excuse-moi, je te l'ai dit je suis un peu...
- Débile? Grotesque? Monstrueusement crétin?
- J'allais dire à cran mais tous ces mots peuvent convenir aussi! Avait-il concédé, honteux.
- John, il va vraiment falloir que tu apprennes à gérer tes réactions et tes sentiments pour Randy, parce que tout le monde n'aura pas la patience et la gentillesse de supporter tes frasques!
- Je sais, tu es un saint, Phil, pardonne-moi.
- Mouais! Avait-il continué à bouder. Pour répondre à ta question, Randy avait-il dit en insistant bien sur son nom, va aussi bien que possible compte tenu de la situation, on veille sur lui à tour de rôle mais il faut être lucide, Randy n'ira jamais plus bien désormais parce qu'il lui manque l'essentiel pour lui, Toi!
John avait grogné quelque chose d'incompréhensible et Phil avait haussé les épaules, il n'avait pas besoin de mots pour comprendre le fond de sa pensée et il avait changé de sujet en comprenant que John n'était toujours pas prêt à passer ce cap.

John roulait sans but depuis plusieurs heures, son esprit était totalement accaparé par ses pensées et souvenirs jusqu'à ce qu'il aperçoive une moto bleue garée sur le bas-côté, il s'arrêta à son tour, fasciné par l'engin, elle était en tout point semblable à celle de Randy et il sortit de sa voiture pour aller la voir de plus près. Sa main se posa machinalement sur la selle arrière et le souvenir l'assaillit avec force, le coupant totalement de la réalité.

St Louis! Sa première vraie visite chez lui, leur premier week-end à deux, Randy avait sorti sa moto et lui avait rappelé sa promesse, il s'était ensuite efforcé de le convaincre de longues minutes durant mais bien plus que la promesse qui l'engageait, ce qui l'avait finalement décidé, c'était l'attachement que semblait avoir Randy pour cette promenade à moto, à deux. Il aurait fait n'importe quoi pour lui faire plaisir à l'époque et il avait finalement accepté.
Randy lui avait tendu des vêtements dont un blouson de moto et John avait souri intérieurement en se disant qu'il n'avait aucune chance de se glisser dans les vêtements de son homme, ils n'avaient clairement pas la même taille! Il riait déjà en s'imaginant luttant pour y mettre un bras sans succès mais le vêtement lui allait à la perfection et il avait été médusé.
Randy l'avait regardé avec plaisir et convoitise, souriant de son air stupéfait et il avait prononcé ces quelques mots qu'il n'avait jamais pu oublier depuis: " Je savais que tu viendrais un jour, il me suffisait de t'attendre" John avait été touché au-delà de l'imaginable ce jour-là tout comme il avait apprécié chacune de ses attentions à son égard lors de la balade par elle-même, la façon qu'il avait eu de veiller sur lui, de s'occuper de ses réactions, de continuer à le percevoir malgré l'attention qu'il devait porter à sa conduite et puis cette façon qu'il avait eu de reculer ses hanches vers lui pour mobiliser son attention sur autre chose que sa peur. Ça avait parfaitement fonctionné, il n'avait plus eu peur tandis que Randy s'agitait doucement contre lui, jusqu'à cette grande descente qui l'avait terrifié au point de broyer Randy contre lui. La vipère s'était doucement dandinée contre lui pour lui demander de desserrer sa prise mais plus tard ce jour-là, il lui avait avoué qu'il avait adoré le sentir le serrer aussi fort et il avait souri, ne pas craindre de faire mal à son compagnon en le serrant trop fort comme lorsqu'il s'agissait de sa femme était l'un des avantages qu'il savourait tous deux, ils n'avaient jamais étaient aussi intenses que depuis qu'ils étaient tous les deux et ils adoraient ça!
Ils n'avaient pas beaucoup quitté le lit ce jour-là et il se souvenait qu'alors que Randy le serrait contre lui, épuisés tous les deux mais vibrant de vie et de bonheur, il avait soufflé tout bas en le croyant déjà endormi: " Je t'aurais attendu éternellement John, je suis le plus heureux des hommes car enfin tu m'as trouvé" John avait soupiré de bien-être dans ses bras et Randy avait resserré son étreinte autour de lui tandis qu'il sombrait pour de bon dans le sommeil.
Randy n'avait jamais su qu'il avait entendu ses mots, il avait jalousement conservé le secret, les mots s'étaient imprimés au plus profond de son cœur à l'encre indélébile, celle de l'amour.
Il n'avait pas très bien compris ce qu'il avait voulu dire par là, ne s'étaient-ils pas tous les deux trouvés? Les événements des jours suivants ne lui avaient pas vraiment laissé le temps d'y penser et il avait fini par chasser cette idée en s'accrochant à la plus belle des choses qu'il possédait, l'amour de Randy, car Randy l'aimait, il n'en doutait pas à cette époque!

- Je peux vous aider ? Demanda une voix d'homme dans son dos.
John sortit de sa torpeur et se retourna pour regarder le propriétaire de la voix et de la moto, c'était un homme tout ce qu'il y avait d'ordinaire, quelconque même et il se surprit un instant à regretter que l'homme ne soit pas son motard.
Il s'excusa rapidement, disant qu'il pensait qu'elle appartenait à son ami et remonta en voiture avant de démarrer.

Son motard... L'idée ramena aussitôt un autre souvenir à sa mémoire, son motard justement sur sa moto sur cette route quelques semaines plus tôt, il l'avait vu surgir dans son rétro, apparaissant au loin, se faufilant entre les voitures comme tous les autres motards et roulant bien trop vite là aussi comme tous les motards, il ne savait pas ce qui avait attiré son attention sur lui ce jour-là, mais il avait su d'instinct que ce motard était le sien et ses doutes s'étaient confirmés quand il était venu se ranger derrière lui sagement, cessant de zigzaguer comme un dément.
Randy l'avait suivi pendant des kilomètres et il ne pouvait détacher ses yeux de lui plus de quelques secondes, il était si beau dans son blouson, il l'avait toujours adoré dans cette tenue et puis Randy l'accompagnait comme s'ils faisaient de nouveau la route ensemble bien qu'ils ne soient pas assis dans la même voiture à discuter ou à déguster le silence qui les unissait.
Il avait manqué avoir un accident et Randy l'avait doublé pour se placer devant lui, dans son champ de vision direct, le rendant à moitié fou, il pestait en le voyant danser devant lui sur sa moto, il aurait tout fait pour qu'il disparaisse! Puis les crétins en 4x4 étaient arrivés, manquant l'emboutir et sa colère s'était décuplée, il aurait pu écraser voir tuer Randy en le percutant à son tour, idée qui l'avait rendu fou furieux! Il avait doublé en croyant que Randy accélérerait à son tour et qu'ils pourraient de dégager de là mais la vipère refusait de s'éloigner de lui et il était resté derrière lui, il avait alors perçut le manège des jeunes crétins, il ne pouvait pas le laisser derrière lui à la merci de ce conducteur dingue qui croyait que conduire était un jeu.
Il avait de nouveau changé de file, pour se replacer derrière Randy cette fois malgré le risque que cela représentait et il avait saisi le regard surpris du motard tandis qu'il le doublait en arrière. Sa colère ayant atteint son summum, il s'était mis à faire des embardées pour effrayer les jeunes, personne n'avait le droit de mettre la sécurité de Randy en péril, personne n'avait le droit de lui faire du mal!
A part toi!Répondit la voix de Randy dans son esprit, ravivant un autre souvenir.
Il le chassa aussitôt car le rappel de sa rencontre avec le mur et de son nez en sang lui renvoyait aussitôt celle de Randy au sol après son coup de poing dans le couloir et il ne voulait pas se rappeler de tout ce qui avait suivi.
Mais malgré lui, la voix de Randy lui reprochant d'être le seul en droit de lui faire du mal ne le lâchait pas, il refusait ce droit, le bannissait et le haïssait, il n'était pas question qu'il s'autorise à faire du mal à Randy et pourtant, il lui en avait fait, bien plus qu'à n'importe qui d'autre!

Toute colère déserta John d'un seul coup, oui Randy l'avait blessé et bien sûr qu'il s'était senti trahi et bafoué par les accusations qu'il avait proféré mais par la suite, il lui avait fait bien plus de mal que lui ne lui en avait fait!
Une fois sa rage éteinte, John vit beaucoup plus clair, il se rappela enfin que Randy l'avait aimé, aimé passionnément, qu'il lui avait dit " je t'aime" des centaines de fois, chuchotés, écris ou hurlés lors de leurs ébats, il avait oublié la franchise et la pureté de son regard quand il prononçait ces quelques mots, non Randy ne lui avait pas menti!
Malgré cette révélation tardive, John se refusa encore et toujours de revenir auprès de Randy, cette histoire était close, terminée une bonne fois pour toute, il ne laisserait plus jamais ses mains se poser sur son corps, ni ses lèvres effleurer les siennes, Randy n'appartiendrait plus à sa vie, ainsi avait-il décidé quand il se gara devant sa maison des heures plus tard.

L'histoire des centon est-elle définitivement finie?

John retournera-t-il vers Randy?

La colère enfin disparue, que reste-t-il?

Que voyez-vous pour la suite?

Lâchez vos comm et idées

Bisous

Lilou!