Je me sentais engourdi, comme si je sortais d'un long sommeil. Et je n'arrivais pas à comprendre ce qu'il se passait. Étais-je toujours en train de rêver ? Tout était flou dans ma tête, et je ne parvenais pas à avoir la moindre pensée claire. Petit à petit, les sensations revinrent dans mon corps, comme si je reprenais vie. Je sentais une légère brise souffler sur ma peau. C'était agréable. Puis j'entendis une voix tout près de moi.
- Hé ! Tu as assez dormi ! Réveille-toi !
J'ouvris doucement les yeux et battit des paupières, légèrement aveuglé par la lumière du jour. Lorsque je parviens à voir correctement, je ne vis que le ciel bleu, parsemé de quelques nuages blancs. Sur les bords de mon champ de vision, je voyais le feuillage d'arbres touffus. Je bougeai légèrement la tête afin d'en apercevoir les troncs, et je constatai que j'étais dans un petit bois, en plein milieu d'un sentier. Lentement, je me relevai pour observer autour de moi. J'avais vraiment l'impression d'avoir dormi des lustres, et je sentais comme un grand vide dans ma tête, comme s'il manquait quelque chose d'essentiel. Devant moi se trouvait un Pokémon jaune avec de grandes oreilles, des joues rouges et une queue en forme d'éclair. Un Pikachu.
- Tu te réveilles enfin ! Génial ! s'écria-t-il. Je t'ai trouvé à terre, sans connaissance. Je suis soulagé que tu reprennes connaissance !
Je le regardai d'un air ahuri. Est-ce que ce Pikachu venait de me parler ? Je devais avoir pris un sacré coup sur la tête pour entendre des voix… Il me semblait étrangement grand pour un Pokémon. Il aurait dû être beaucoup plus petit que moi. Puis en regardant la taille des arbres, des feuilles autour de moi, je me rendis compte que c'était moi qui étais devenu minuscule. Au point de faire la même taille que ce Pokémon.
- Je m'appelle Carrie ! reprit-il d'un air jovial. Heureuse de faire ta connaissance !
Ah… C'était donc une fille. Je ne savais pas faire la différence chez les Pokémon, il n'y avait que les spécialistes pour voir ça au premier coup d'œil. Je regardai une fois encore autour de moi en essayant de faire le point sur la situation. J'avais rétrécis, et les Pokémon me parlaient. C'était totalement absurde, on se serait cru au Pays des Merveilles. Un monde sans aucune logique où l'impossible est possible, un rêve. Et d'ailleurs c'était sûrement ça : j'étais en train de rêver.
- Et tu es ? demanda Carrie. C'est la première fois que je te vois dans le coin.
Je ne savais pas comment faire pour me réveiller, et je supposais que ce n'était qu'une question de temps. Alors en attendant, je décidai de répondre à ce Pikachu. Cette… Carrie.
- Ben moi je suis un humain, et je dois dire que c'est la première fois que je fais la conversation avec un Pokémon. lâchai-je, sarcastique.
Carrie me dévisagea d'un air surpris. Elle fronça les sourcils avec l'expression typiquement méfiante d'une personne qui comprend qu'on se moque d'elle.
- Un humain ? Pourtant tu ressembles à un Miaouss sous tous les angles. dit-elle en me détaillant de haut en bas, avec un léger sourire.
Cette fois, c'est elle qui se moquait de moi. Et je n'aimais pas beaucoup ça. Je levai les yeux au ciel d'un air agacé.
- N'importe quoi ! m'exclamai-je en lui agitant la main devant les yeux. Tu vois bien que je suis un… Miaouss ?!
Je stoppai immédiatement tout mouvement et me figeai en apercevant ma main. Elle avait été remplacée par une patte, et des coussinets. Je restai pétrifié quelques instants, oubliant même de respirer, avant de baisser les yeux lentement vers mon corps. Mes vêtements avaient laissé la place à une fourrure beige, et mon corps était celui d'un chat dressé sur ses pattes arrière. Je touchai mon visage et y trouvai un museau, des moustaches, des oreilles pointues, et même une sorte de pièce d'or ovale, greffée sur ma tête. J'avalai difficilement ma salive. Alors c'était vrai. Je m'étais changé en Miaouss. Je me pinçai le plus fort possible, et je ressentis aussitôt une vive douleur. Malheureusement, je ne rêvais pas. Tandis que je tentai de digérer l'information, Carrie me regarda d'un air perturbé. Visiblement, elle ne comprenait pas pourquoi j'avais l'air aussi choqué. Elle devait toujours penser que je m'étais moqué d'elle en disant que j'étais un humain.
- Hum… Tu es un peu étrange toi… Bon, à part ça, tu as un nom ?
J'ouvris la bouche pour lui répondre, mais je réalisai tout à coup que je ne savais plus qui j'étais. Je fronçai les sourcils et me creusai la tête pour me souvenir de quelque chose, n'importe quoi, mais rien ne me venait. Ni quel jour on était, ni ce que je faisais avant de m'endormir, ni aucun détail de ma vie. Ma famille, mes amis, là où j'habitais : j'avais tout oublié. Je ne me souvenais même plus de ce à quoi ressemblait mon reflet quand je me regardais dans la glace. Je fis un effort pour me souvenir de quelque chose, et un nom me revint en pleine face. Il me semblait familier, alors je supposai que c'était le mien.
- Euh… C'est… Matt, je crois.
- Tu ne sais même pas quel est ton nom ? Dis donc tu sais plus où tu en es ! se moqua gentiment Carrie.
Je ne pus m'empêcher d'être vexé par sa remarque. J'avais envie de lui répliquer que je savais très bien où j'en étais, mais c'était faux. Alors que je cherchais une réplique cinglante à lui renvoyer, un cri retentit.
- S'il vous plaît ! A l'aide !
Nous tournâmes la tête en même temps vers la source du bruit, et nous aperçûmes un Papilusion venir à toute vitesse vers nous. Il volait de travers et ses yeux tremblaient. Il semblait paniqué.
- Que se passe-t-il ? demanda Carrie, alertée.
- C'est horrible ! Mon bébé est tombé dans une crevasse !
- Quoi ?!
- Une énorme fissure s'est ouverte dans le sol et Chenipan est tombé dedans ! Il est trop petit pour en sortir tout seul ! J'ai essayé de l'aider, mais c'est trop étroit, je n'arrive pas à voler dans la fente ! En plus des Pokémon m'ont attaquée !
- Quoi ?! Des Pokémon ? Mais pourquoi ?
- Je ne sais pas… Ils sont peut-être en colère à cause de la fissure… Ils sont vraiment furieux… Je ne sais pas quoi faire, S'il vous plaît, aidez-moi…
Son ton était suppliant, et elle semblait au bord des larmes.
- Nous allons vous aider ! Montrez-nous cette fissure.
Je jetai un regard surpris à Carrie. Pourquoi m'embarquait-elle dans cette aventure ? Je ne savais pas me battre moi, je n'avais pas envie d'être mêlé à cette histoire ! Mais je songeai à ce bébé Pokémon qui devait être tout seul au fond de cette crevasse, paniqué, et peut-être même blessé. J'eus un pincement au cœur à cette idée, alors je suivis Carrie qui s'était élancée derrière la maman Papilusion. Au bord de la fameuse crevasse se trouvait un petit groupe de Pokémon insectes particulièrement agités qui nous lancèrent des regards mauvais dès notre arrivée. Sans attendre, Carrie se jeta dans le tas et commença à les attaquer. Elle zigzaguait entre eux, rapide, et ses assaillants n'arrivaient pas à la toucher. Un jet de sécrétion fusa vers mon visage et je ne l'esquivai que de justesse. Je tournai la tête et vis un Chenipotte qui me dardait d'un regard furieux.
- Hé ! Mais ça va pas ?!
Pour toute réponse, celui-ci me cracha un nouveau jet dessus. J'esquivai à nouveau.
- C'est fini oui ?! m'énervai-je.
- Mais qu'est-ce que tu attends ? me cria Carrie. Bat-toi !
- Mais je sais pas me battre ! J'ai jamais fait un seul combat de toute ma vie !
- Quoi ?!
Notre conversation la distraie quelques secondes et un Pokémon en profita pour l'attaquer. Quant à moi, je reçu une nouvelle attaque du Chenipotte, qui commençait vraiment à me taper sur les nerfs.
- Ça suffit maintenant ! Tu vas te calmer !
Je voulus lui mettre une baffe pour lui remettre les idées en place, mais j'eus la surprise de voir que je lui avais laissé une énorme griffure en travers du visage. Celui-ci me dévisagea avec stupeur avant de s'enfuir en pleurant. J'observai ma patte et constatai avec étonnement que je venais d'apprendre à sortir mes griffes. Je fis quelques essais pour les rentrer et les sortir, et cela me sembla aussi naturel que de plier et déplier les doigts. Désormais paré d'une nouvelle arme, je me jetai dans la bataille. Même si Carrie avait déjà fait fuir la plupart des Pokémon furieux, je me débarrassai des quelques-uns restant.
- Tu apprends vite pour quelqu'un qui ne s'est jamais battu. me dit Carrie avec un sourire encourageant.
Je lui rendis un faible sourire. Je n'avais pas fait grand-chose, et je n'avais pas l'impression d'avoir été très utile dans ce combat. Carrie s'approcha du bord de la crevasse et regarda dedans. On pouvait voir une petite tâche de couleur verte au fond. Ce devait être Chenipan.
- Je le vois. déclara Carrie. On va descendre progressivement.
Elle observa les parois et trouva rapidement une prise qui lui convenait. A ma grande surprise, elle se mit à quatre pattes et descendit rapidement tout en sautant d'une plateforme à une autre. Elle semblait aussi à l'aise que si elle descendait un escalier. Je commençai à descendre prudemment, posant mes pattes l'une après l'autre, et m'accrochant avec mes griffes. Cependant, je glissai et dévalait le long de la paroi, avant de réussir à me rattraper à une plateforme. J'eus l'impression de mettre une éternité à atteindre le fond, et je fus accueilli par le sourire moqueur de Carrie.
- Ben alors, frimousse, tu t'es perdu en chemin ? se moqua-t-elle.
- Désolé de ne pas avoir autant d'assurance que toi ! répliquai-je avec humeur.
- Pourquoi tu ne t'es pas mis à quatre pattes comme moi ? demanda-t-elle.
- Tu plaisantes ? Pour atterrir la tête la première en bas ?
Je ne savais même pas que les Miaouss pouvaient se mettre à quatre pattes. Il ne m'était absolument pas venu à l'esprit d'adopter cette position pour courir ou sauter, et je n'avais de toute façon pas l'habitude de faire ça. Il était hors de question que je le fasse, je resterai debout, point final. Carrie n'insista pas et commença à longer l'étroit passage que formait le fond de la crevasse. Rapidement, nous trouvâmes ce pauvre Chenipan qui pleurait, recroquevillé dans un coin. Il appelait sa mère entre deux sanglots. Carrie s'approcha doucement de lui.
- Chenipan ?
Il releva sur nous des yeux remplis de larmes, l'air craintif.
- N'aie pas peur, c'est fini. On est venus te chercher, ta maman t'attend là-haut.
- M-Maman…
- On va te remonter. Tu peux t'accrocher à mon dos ?
Chenipan hocha la tête doucement, tentant de retenir ses larmes. Carrie se mit à sa hauteur et il se fixa solidement sur son dos, ses pattes agissant comme des petites ventouses. A peine gênée par ce poids supplémentaire, Carrie se mit à escalader les parois en sautant d'un point à un autre, tout en essayant de ne pas faire de mouvement trop brusque pour que Chenipan ne tombe pas. Je la regardai faire quelques instants, fasciné par son assurance, puis je me mis à grimper aussi. Malheureusement, je n'avais pas la même aisance qu'elle, et je commençai par me réceptionner lamentablement sur mon derrière. Je refis quelques essais et tentai de m'accrocher avec mes griffes, mais impossible de les planter dans la roche. Quant aux endroits terreux, c'était trop mou. Après quelques chutes et beaucoup d'efforts et de sueur, je parvins finalement jusqu'en haut. Essoufflé, je me hissai sur la terre ferme et m'écroulai. Si les chats étaient supposés être doués pour escalader, ce n'était visiblement pas dans mes gènes. Il aurait peut-être fallu que je sois un Miaouss depuis ma naissance pour cela. Je fini par me relever et par rejoindre Carrie, Papilusion et Chenipan. Ce dernier pleurait de soulagement dans les pattes de sa mère, qui nous lança un regard reconnaissant.
- Mon bébé est sain et sauf… Je ne sais pas comment vous remercier…
- Je vous en prie. répondit Carrie en souriant. C'est devenu dangereux dernièrement, avec toutes ces secousses et ces fissures. Ça nous fait plaisir d'avoir pu rendre service.
Carrie vit ma tête de déterré et m'envoya un coup de coude dans les côtes.
- Aouch ! Euh, oui, tout le plaisir est pour nous.
Je lui jetai un regard noir en coin. Ce n'était pas la peine de me frapper pour autant !
- S'il vous plaît, dîtes-moi vos noms, au moins…
- Je suis Carrie, et voici Matt.
Je remarquai soudain que Chenipan avait arrêté de pleurer et nous regardait avec de grands yeux écarquillés, remplis d'étoiles. Je me tortillai, un peu mal à l'aise.
Il… euh… me regarde avec adoration… Ces yeux brillants… C'est un peu gênant…
Puis je vis le regard reconnaissant de sa mère. Je ne pus m'empêcher de sourire.
Bon, ce n'est pas si mal après tout… J'ai l'impression d'avoir accompli un acte héroïque. En fin de compte, c'est plutôt agréable d'aider les Pokémon en difficulté.
- Merci Carrie ! Merci Matt ! s'écria Chenipan.
Carrie se pencha vers lui.
- Oh, mais c'est donc vrai, tu sais parler ! dit-elle en riant.
Chenipan ne put s'empêcher de rougir.
- Je sais que ce n'est pas grand-chose, mais voici un gage de notre gratitude. Acceptez-le, je vous en prie.
La maman Papilusion nous tendit quelques baies bleues et roses qu'elle était visiblement partie cueillir avec son fils avant la catastrophe. Je ne voyais pas en quoi ça pouvait bien nous servir, mais je supposai qu'elle avait absolument voulu nous donner quelque chose pour nous remercier.
- Encore merci, je vous suis infiniment reconnaissante.
Elle s'éloigna ensuite avec son petit, l'air soulagée et beaucoup plus détendue. Je pouvais imaginer la frayeur qu'elle avait dû ressentir en voyant son bébé tomber dans la crevasse. Il aurait pu être gravement blessé. Heureusement, tout était bien qui finissait bien.
- Merci pour ton aide. dit Carrie en se tournant vers moi. Tu t'en es très bien sorti pour quelqu'un qui n'a pas l'habitude de se battre.
Je haussai les épaules. Je n'avais pas l'impression d'avoir été très utile. C'était elle qui avait tout fait dans cette histoire. Un silence assez gênant s'installa. Carrie se balançait maintenant d'une patte sur l'autre.
- Alors… Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? Tu as des projets ?
Ce fut comme si la réalité me retombait brutalement dessus tout à coup. Je ne savais plus qui j'étais, j'avais été changé en Pokémon, je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où je me trouvais, et je ne savais pas non plus où aller. Carrie sembla lire dans mes pensées.
- …Ecoute… Si tu n'as aucun endroit où vivre, tu pourrais venir avec moi.
- Tu es sérieuse ?
- Ben, je ne te connais pas mais… Tu n'as pas l'air méchant, et puis tu as l'air complètement perdu.
Elle fit une pose et m'adressa un drôle de regard.
- Dis… Quand tu disais que tu étais un humain tout à l'heure, tu plaisantais, pas vrai ?
Je restai silencieux un instant, puis je secouai doucement la tête.
- Mais… Comment tu as fait pour te transformer ?
Je poussai un profond soupir.
- Je n'en sais rien… Tout ce que je sais, c'est que je me suis réveillé ici et… je ne me souviens plus de rien… à part de mon nom.
Carrie me dévisagea avec des yeux ronds. Puis la surprise passée, elle m'offrit un petit sourire légèrement moqueur.
- Bon dans ce cas, je ne peux vraiment pas te laisser tout seul ici. Si tu es vraiment un humain, tu ne survivras pas une journée tout seul dans la forêt.
Je fus piqué au vif par sa remarque.
- Qu'est-ce que tu en sais ? J'étais peut-être scout chez les humains ! répliquai-je, vexé.
- Ah oui ? Tu sais faire du feu alors ? Ou mieux, reconnaître ces baies et me dire quels sont leurs effets ? dit-elle en brandissant les présents de Papilusion sous mon nez.
Je les observai un instant. Elle ne devait pas être dangereuse, sinon Papilusion ne nous les aurait pas données.
- C'est… Ce sont des baies… pour…
Le sourire de Carrie s'élargit.
- Ce sont des baies à manger. déclarai-je fermement avec l'air de savoir de quoi je parlais.
- Goûte en une dans ce cas. dit-elle en m'en tendant une.
Je me sentis piégé et louchai sur le fruit. Mais avait-elle vraiment à ce point besoin de prouver qu'elle avait raison ?!
- J'ai pas faim. répliquai-je avec humeur. Et puis j'aime pas ça.
Carrie éclata de rire.
- C'est bien ce que je pensais, un vrai gars de la ville. Allez viens, je vais te montrer où j'habite.
Je la suivis en grommelant et en traînant des pattes. Elle me tapait déjà sur les nerfs celle-là ! Nous sortîmes de la forêt en suivant le sentier, et nous nous retrouvâmes à un croisement dégagé. Juste devant nous se dressait un petit terrain entouré des haies, et au centre, une petite maison, tout en bois, le toit fait d'écorce et de feuillage. Devant l'entrée se trouvait une boîte aux lettres, quelques fleurs et au fond, un drapeau qui flottait doucement, agité par la brise.
- Bon, eh bien voilà, on y est. C'est chez moi.
Sans vraiment savoir pourquoi, cet endroit me plut immédiatement. Je me sentais bien, à la fois détendu et tout excité. J'avais envie de sautiller partout et d'explorer. J'eus la sensation que c'était une sorte d'instinct dicté par ma nouvelle nature de Pokémon. Peut-être que les Miaouss aimaient ce genre d'endroit. Carrie me jeta un regard en coin en souriant.
- Je savais que ça te plairait.
Je contemplais la maison encore quelques instants.
- Pourquoi tu as une boîte aux lettres ? demandai-je.
Carrie me regarda avec un drôle d'air.
- Ben pour recevoir du courrier, évidemment.
- Désolé, je ne savais pas que les Pokémon savaient écrire. Bientôt tu vas me sortir que vous avez un journal aussi ! ricanai-je.
- Et comment tu crois qu'on s'informe de ce qui se passe dans le monde ?
Je restai bouche bée. Les Pokémon avaient un journal et s'envoyaient du courrier ? Je croyais qu'ils vivaient dans des terriers, des grottes et des arbres et ne communiquaient que par cris. Je ne savais pas qu'ils avaient une… communauté organisée. Ma vision du monde des Pokémon était décidément bien erronée.
- Tu te souviens de la crevasse dans laquelle Chenipan est tombé ? Pour une raison inconnue, il y a eu de nombreuses catastrophes naturelles du même ordre récemment. A cause de ces évènements, beaucoup de Pokémon ont besoin d'aide.
Elle fit une pause, et son regard changea. Elle avait l'air déterminé à présent. Je pouvais presque voir du feu dans ses yeux.
- Je voudrais aider les Pokémon à surmonter ces difficultés. Je voudrais faire en sorte que tous les Pokémon puissent vivre en paix et en sécurité. Alors… euh…
Elle recommença à se balancer d'une patte sur l'autre, l'air embarrassée. Je remarquai qu'elle faisait ça quand elle avait quelque chose à dire ou demander mais que ça semblait la mettre mal à l'aise. Elle prit une grande inspiration.
- J'ai bien aimé ta façon de réagir pendant le sauvetage de Chenipan. Alors… ça te dirait de former une équipe de secours avec moi ?
- Quoi ?!
Je le regardai d'un air interloqué. Dans quoi est-ce qu'elle m'embarquait là ?
- C'est quoi une équipe de secours d'abord ?
- Eh bien… C'est une équipe de secouristes formée par des Pokémon qui viennent en aide aux autres. Par exemple, si quelqu'un est blessé, a perdu un objet ou si un de ses proches a disparu, il peut lancer un appel à l'aide qui est transmis aux équipes de secours. Une fois la mission accomplie, on reçoit une récompense, et des points de sauvetage. Quand on obtient suffisamment de points, on peut passer au grade supérieur. Le grade d'une équipe témoigne de son expérience. Certaines missions ne sont accessibles qu'à partir d'un certain grade.
Elle s'arrêta pour reprendre son souffle après ce petit exposé.
- Et tu veux qu'on forme une équipe de secouristes tous les deux ?
Carrie hocha doucement la tête, les yeux plein d'espoir.
- Mais tu viens de me rencontrer ! Et puis tu n'as pas écouté ce que je t'ai dit ? Je suis un humain ! Je n'ai pas l'intention de rester un Pokémon !
Carrie croisa les bras.
- Ah oui ? Eh bien reprends donc ta forme humaine et rentre chez toi, si c'est ce que tu veux.
J'ouvris la bouche pour lui répondre, mais je n'avais rien à répliquer. Elle avait raison. Je n'avais nulle part où aller, ni aucune piste pour retrouver mon apparence humaine. Si je restais avec elle, elle pourrait peut-être m'aider.
- S'il te plaît Matt, j'ai vu ta façon de te battre et tu as du potentiel, je suis sûre qu'on pourrait faire une équipe du tonnerre toi et moi !
Elle avait des étoiles dans les yeux et me regardait d'un air suppliant. Je me sentis une fois de plus piégé. Je soupirai.
- Bon d'accord, mais c'est uniquement parce que je n'ai rien d'autre à faire. grommelai-je.
Carrie poussa un cri de joie et se mit à sauter sur place.
- Parfait, c'est décidé alors ! Désormais, nous sommes partenaires Matt ! Je te souhaite la bienvenue à bord !
Elle s'arrêta de sautiller et ses yeux s'écarquillèrent encore plus.
- Oh ! Il nous faut un nom d'équipe ! Tu as une idée ?
C'est à moi qu'elle demandait ça ? Je n'en savais rien moi ! C'était elle qui voulait en former une, elle aurait pu y réfléchir plus tôt !
- Ecoute, je sais que tu as dit qu'on allait former… une équipe du tonnerre mais…
- Mais oui c'est ça ! s'exclama-t-elle en me faisant sursauter au passage. L'équipe Tonnerre ! C'est un nom parfait ! Quelle merveilleuse idée !
- Hein ? Non mais j'ai juste voulu dire…
- On commence dès demain !
Misère. Dans quelle galère m'étais-je embarqué ?
