C'est mercredi, jour de publication ( tion tion) et me voici ( avec mes gros sabots) pour le chapitre 56 ( j'ai le droit de dire que c'est l'un de mes préférés? ) m'en fiche, je le dis quand même! Donc j'espère que vous vous régalerez à le lire ! Comme d'habitude, un grand merci à mes lecteurs et reviewers ainsi qu'aux petits timides qui se gardent bien de donner leur avis! Gros bisous et à bientôt!

chapitre 56: conscience

- Non mais tu t'es vu?
Randy releva la tête en sursaut, il gisait assis sur une chaise, à moitié effondré, la tête posée sur ses bras qui traversaient toute la largueur de la table de bureau face à lui. Il chercha après la personne qui lui avait parlé d'une voix fluette en vain et laissa sa tête retomber lourdement sur la table.
- Est-ce que tu sais au moins la date qu'on est?
- L..a date? Demanda Randy en levant la tête de nouveau.
- Comment veux-tu savoir la date qu'on est quand tu ne sais même plus qui tu es?
Cette fois Randy localisa la source de cette voix, il ne parvenait pas à voir ses traits correctement, tout était tellement flou mais à la taille, il jugea que c'était un enfant.
- Un.. gosse?
- Eh! Sois poli! Je suis pas un gosse!
- Pas un gosse? Alors qui es-tu?
- Tu ne le sais pas?
- Si je le savais, jte l'demanderais pas enfin!
- Quel sale caractère! Et tu t'étonnes que John soit parti? Moi je m'étonne surtout qu'il est tenu aussi longtemps!
- John ne reviendra pas.
- Evidemment, ce n'est pas à lui de revenir, c'est à toi d'aller le chercher!
- J'ai essayé..
- Tu as essayé! S'offusqua l'enfant dont il commençait à voir les traits.
Il était petit, sans doute 10 ou 12 ans, ses cheveux étaient hérissés, Sheamus?
- Tu as essayé? Répéta-t-il. Et qu'est devenue ta combativité légendaire? Tu l'as laissée au fond de cette bouteille?
Randy grogna de colère mais l'enfant ne se démonta pas, il portait des tatouages qu'il voyait mal, Punk? ça lui ressemblait bien de lui faire la morale au pire moment!
- A moins qu'elle ne soit au fond de celle-ci, ou de celle-là, ou encore de cette autre là-bas! Dit-il en se déplaçant dans la pièce pour désigner les cadavres qui entouraient Randy, le forçant à tourner pour le suivre des yeux.
- Non mais regarde-moi ça! Un bar aurait pu tenir sa soirée avec tout ce que tu as bu!
- Punk?
- Je t'ai déjà demandé d'être poli avec moi!
- Phil, c'est toi? Pour me faire la morale comme ça, petit, brun, ça peut-être que toi!
- Je ne suis pas Phil, crétin! Et je ne suis pas petit non plus, c'est l'impression que tu as vu que t'es vautré par terre.
- Par terre? Non, je suis sur une chaise au bureau!
- Etais Randy! Tu t'es effondré il y a deux heures, tu gis au sol comme une vieille poupée de chiffon abandonnée, pathétique!
- Et là, qui n'est pas poli hein?
- Je me contente de te dire la vérité, il faut bien que quelqu'un le fasse vu que John n'est plus là pour ça lui!
- J...OhnNN ?
- Oui, John! Tu te souviens? L'homme de ta vie ? Celui à qui tu avais promis amour et bonheur et auquel tu n'as offert que chagrin et suspicion? Celui à qui tu avais promis de ne plus jamais lui faire de mal et que tu as brisé impitoyablement?
- J..ohn!
- Oui John! celui qui te disait qu'il faut toujours dire la vérité, même quand elle n'est pas belle à dire! Tu te souviens de ce que tu as ajouté? Et lui t'as dit que mentir pour protéger quelqu'un était réservé aux faibles et que tu ne l'étais pas.
- Comment tu sais ça? Il n'y avait que lui et moi ce jour-là!
- Ah question intéressante, tu crois pas?
- C'est pour ça que je te la pose sale mioche!
- Je t'ai déjà dit que j'étais pas un gosse et c'est à toi d'y répondre!
- Je sais pas, dis-moi!
- Cherche!
- Pffff! John!
- Oui John! John, celui qui croyait en toi alors que toi, tu n'as jamais su croire en vous! Celui qui n'attendait qu'un geste de toi pour tout t'offrir. John! Ton ex meilleur ami qui était devenu ton homme, ton homme à toi seul car au fond de toi, tu sais très bien que John n'a toujours était l'homme que d'une seule personne à la fois et cette fois, c'était ton tour, tu en avais rêvé, il s'était enfin donné à toi, entièrement, il avait confiance en toi, et toi, tu as tout gâché comme à chaque fois! Tu as cassé la plus belle chose que tu avais, comme toujours!
- C'est pas ...
- vrai? Oh que si c'est vrai Randy! Et tu le sais très bien, après tout, je ne peux pas te mentir! Je suis...
- Moi ? Dit Randy en relevant une nouvelle fois la tête, il n'y avait pas d'enfant, personne, il était bien par terre, gisant comme un homme mort, il s'était effondré devant une glace.
- Et oui, Randy, personne d'autre que toi et moi.
- Je deviens fou?
- Non, tu meurs d'alcool cette fois au lieu de chagrin, Randy, ça sera bientôt fini pour toi, plus de chagrin, plus de douleur, plus d'espoir non plus, plus de Randy...
- C'est aussi bien comme ça!
- Randy, tu veux partir? Et qu'est devenu ton désir de récupérer John? Tu l'as laissé lui aussi au fond d'une bouteille? Et John lui-même? Tu comptes le laisser se noyer dans tes fonds?
- John ne veut plus de moi, il ne voudra plus jamais de moi!
- Regarde nous Randy, tu crois que c'est nous ça?
Randy observa son reflet dans le miroir, il ne restait plus rien de lui, il était incapable de reconnaître son propre reflet.
- Quelle est la date d'aujourd'hui Randy?
La voix s'éteignit, Randy se redressa, tenta de se lever pour mieux s'étaler au sol violemment, il était trop ivre pour tenir debout, trop ivre même pour se déplacer mais il se redressa de nouveau et se hissa sur ses genoux pour aller à quatre pattes jusqu'à la salle de bains et vomir avant qu'il ne soit trop tard. Pas aujourd'hui, il n'avait pas le droit de mourir aujourd'hui, il devait se battre! Et il lutta toute la nuit pour rester éveillé à tout prix en s'accrochant aux souvenirs de John, les doigts serrés autour de ses plaques.

Le matin le trouva toujours dans la salle de bains, la tête posée sur la cuvette des toilettes, il avait passé son temps à vomir, il avait froid, un teint cadavérique, une migraine infernale mais pour la première fois depuis des semaines, il avait les idées claires! Il se leva en titubant et alla jusqu'à la douche, froide d'abord pour s'éclaircir l'esprit pour de bon puis chaude pour se réchauffer, il avait toujours froid depuis le départ de John mais cette fois, il savait que son absence n'y était pour rien, il passa un long moment dessous, se rasa, s'habilla proprement, soigna son aspect, des gestes simples qu'il n'avait plus accompli depuis quelques temps. Pour ses yeux injectés de sang, il ne pouvait pas faire grand chose, il manquait cruellement de sommeil mais il n'était pas temps pour lui de se reposer, il était temps de se reprendre en main, il ramassa les bouteilles vides et jeta celles qu'il n'avait pas encore eu le temps d'écluser pour les vider dans l'évier, il le rinça soigneusement et mit toutes les bouteilles dans un sac avant de quitter sa chambre et de sortir les jeter à plusieurs pâtés de maison de chez lui, pas par désir de discrétion mais juste pour lui permettre d'effacer définitivement cette mauvaise passe.
Quand il revint chez lui, il ouvrit son frigo et chercha de quoi se faire à manger, il n'avait plus cuisiné depuis son retour chez lui, se contentant de boire sans arrêt, son estomac subissait encore les ravages de sa dernière nuit et il pinça les lèvres en tentant d'endiguer la nausée que lui provoquait la vue de la nourriture, il devait se nourrir, il avait pas mal maigri ces derniers temps.
Après avoir mangé, il décida de sortir faire son footing, il y avait longtemps qu'il négligeait ses exercices, il était plus que temps qu'il se remette en forme.
Il était loin de son ancien niveau mais il s'accrocha et finit son parcours. Le manque commença à se faire sentir dans l'après-midi, il avait une furieuse envie de boire mais il devait résister, il commença aussi à trembler et se sentit encore plus pathétique qu'avant.

Il tremblait sans interruption du manque, de froid, de douleur aussi, celle de l'absence de John, celle d'un combat qu'il devrait gagner seul pour la première fois.
John avait été là pour lui à chaque instant de sa vie, il était venu, abandonnant tout pour le rejoindre au moindre appel, il lui avait rappelé d'ailleurs qu'il avait été là pour chacune de ses conneries et c'était vrai! Il l'avait sorti du chagrin, puis de sa rage, il lui avait réappris à être lui, à ne plus exploser à la moindre contrariété, il l'avait ramené vers la lumière et vers les autres, faisant en sorte qu'ils le ré accueillent parmi eux alors qu'il avait fini par les perdre un à un par son comportement. Puis il l'avait aidé à sortir de la drogue, il se souvenait de sa main dans la sienne tandis qu'il se battait pour s'en sortir, perclus de douleur et de manque, le suppliant de lui en redonner ou de l'achever. Mais John n'avait pas cédé, il était resté auprès de lui, calme, égal à lui-même, fort et déterminé pour eux deux, il lui avait donné sa force pour qu'il puisse s'en sortir et Randy n'avait jamais oublié que la première chose qu'il avait vu en rouvrant les yeux le lendemain de son sevrage était deux magnifiques yeux bleus plissés d'inquiétude et cernés de fatigue, il avait décidé que c'était la plus belle vision du monde et s'était redressé pour prendre John dans ses bras dans un câlin qui l'avait un peu surpris mais qu'il lui avait rendu avec tendresse.
John avait pris soin de lui inlassablement pendant des jours, Randy avait refusé d'aller en cure et John avait accepté sa décision sans discuter, il avait fait ses recherches par internet, avait appelé des médecins de renom et puis il était venu le voir en disant:
- Ok, je vais t'aider à te sortir de là, on va chez toi, prends tes affaires!
Il avait refusé au début mais John avait été intraitable et il avait cédé, ils étaient arrivés chez lui et avaient commencé le ménage, jetant et détruisant toute la drogue qu'il avait stocké, Randy avait été d'une honnêteté totale, il n'avait gardé aucune dose cachée et le sevrage avait commencé.
John avait passé 4 jours auprès de lui, à le surveiller, lui tendre des bassines, faire tomber sa fièvre et calmer son délire. Dans ses rares moments de lucidité, il se souvenait de ses mains qui massaient ses muscles tétanisés jusqu'à ce qu'ils se détendent, il se souvenait aussi de sa main dans la sienne, il s'y agrippait de toutes ses forces mais John ne lui avait jamais retiré et il se souvenait aussi de ses yeux bleus qui le regardaient sans faillir, ils avaient été son phare dans sa nuit et ils l'avaient guidé jusqu'à la surface, le ramenant enfin à la lumière.
Sauf que cette fois, John n'était pas là, cette fois, sa main n'était pas dans la sienne et ses yeux si limpides ne le guiderait pas, il devrait s'en sortir seul, il le ferait pour lui mais surtout pour John, pour John qui méritait tous les sacrifices, toutes les guerres, John pour lequel il tomberait 1000 fois et se relèverait inlassablement pour être de nouveau digne de lui, John dont il voulait de nouveau sentir les mains sur son corps et dans les siennes. John dont les yeux bleus lui manquait affreusement tandis qu'il se roulait en boule sur lui-même assis contre son lit. Ses bras se refermaient sur son torse pour réprimer ses tremblements et la douleur de son coeur, il avait mis la couverture à proximité mais il refusait de s'y enrouler, elle portait encore l'odeur de John, il ne voulait pas la voiler en y ajoutant la sienne.

L'après-midi touchait à sa fin, il avait quitté le sol pour se rouler en boule sur le canapé devant la télé, il ne prêtait aucune attention à ce qui passait sur l'écran, le seul film qui comptait pour lui était celui qu'il se diffusait dans la tête presque en boucle, tous les souvenirs qu'il avait de John depuis leur rencontre 12 ans plus tôt jusqu'aux derniers qu'il avait où John le détestait et pourtant dans ses yeux, ce bleu qui n'avait jamais su mentir, il avait vu autre chose, autre chose que haine et mépris et c'était cette chose qui lui donnait le courage d'essayer de nouveau.
John lui avait dit qu'il revenait bientôt, qu'il ne serait jamais très loin en attendant, étais-ce sa manière de l'inciter à arrêter ses conneries ou le pensait-il vraiment?
Randy s'endormit sur place, le soleil le réveilla et pour la première fois depuis des semaines, il n'avait pas la gueule de bois mais son estomac et son foie protestaient violemment sans compter la douleur qui poignardait son coeur inlassablement mais il se leva, se prépara un petit-déjeuner et ressortit courir, il rentra encore plus fatigué que la veille et se rua sous la douche, laissant l'eau chaude couler sur lui tandis qu'il se laissait glisser au sol, trop mal pour chercher à se tenir droit une minute de plus, sans l'alcool, l'absence de John était si douloureuse qu'il pensait en perdre la raison, alors il se raccrochait à ses plaques dans un sursaut, les serrant si fort qu'il s'ouvrait parfois la paume de la main dessus, aujourd'hui ne fit pas exception à la règle et il regarda son sang partir avec l'eau, comme la dernière trace de sa vie, il pourrait bien être mort sans s'en être aperçu pendant sa plongée vertigineuse dans l'alcool, le retour à la conscience était bien plus douloureux qu'il ne le pensait, il ignorait s'il aurait la force de résister à la douleur tout seul cette fois.
Il ne pouvait et ne voulait appeler personne, il avait fini par demander à Vince deux semaines de vacances que le vieil homme lui avait accordé en lui intimant l'ordre de revenir au meilleur de sa forme, il avait acquiescé sachant très bien qu'il mentait, il ne pouvait retrouver le meilleur de sa forme tant qu'il lui manquerait l'essentiel à sa vie, son âme, John.

Randy lutta contre l'alcool et contre la douleur pour le troisième jour, il était incapable de se tenir droit, il restait prostré en longueur de temps, tentant de refréner les tremblements inlassables qui le parcourraient de la tête au pied, les nausées ne le quittaient pas non plus, chacune de ses tentatives s'étaient soldées par un échec et il avait posé une bassine à côté de son canapé, il l'agrippa une fois de plus pour soulager son estomac décidément trop récalcitrant et pendant un bref instant, il aperçut les doigts de John qui la tenait de l'autre côté, il releva les yeux pour plonger dans l'océan qu'il aimait tant et la vision disparut.
- Tu délires! Marmonna-t-il. C'est la fièvre!
Et pourtant, il aurait tout donné pour que ça soit vrai, il ferma les yeux en réprimant un sanglot et laissa la bile couler dans la bassine, la brûlure qu'elle provoquait à son passage n'avait rien à voir avec celle de l'alcool et Randy se surprit à la regretter.
La nuit le trouva se tordant de douleur dans son lit, il tremblait violemment et son corps était couvert d'un pellicule de sueur, il arracha le peu de vêtements qu'il portait d'un geste brutal et en enfila d'autres avant de sortir de chez lui, le manque était trop fort, il n'en pouvait plus et il se précipita dans un magasin pour acheter trois bouteilles avant de revenir chez lui, le vendeur l'avait dévisagé un moment et il avait aperçu son reflet dans l'un des miroirs de surveillance, il avait l'air d'une épave, il en était une! Pensa-t-il en fuyant l'échoppe.
Il dévissa le goulot une fois chez lui dans des gestes frénétiques et maladroits, le bouchon lui échappa et il haussa les épaules en pensant qu'il n'en aurait plus besoin de toute façon.

La première gorgée fut amère mais la seconde fut accueillie très favorablement par son estomac malmené et il soupira de soulagement en avalant la troisième, très vite, il reprit son rythme devenu habituel, il n'avalait pas ses bouteilles en quelques gorgées comme certains alcooliques, Randy lui, savourait chaque gorgée lentement tandis qu'il se laissait aller à ses souvenirs, il aspergeait chacun d'eux d'une gorgée d'alcool fort ou de plusieurs pour les souvenirs particulièrement difficile à enchâsser, il arrivait ainsi au terme de la première bouteille, ivre, mais pas encore assez pour sombrer dans l'oubli et malgré tous ses efforts, la plupart des souvenirs qu'il s'était forgé auprès de John refusaient de disparaître dans l'alcool.
Il finissait par sombrer dans un sommeil sans rêve qui avait au moins le mérite de faire cesser la souffrance quelques heures, le réveil n'en était que plus dur et il replongeait aussitôt dans l'alcool, c'était un cercle infernal qu'il s'était juré de stopper, oui mais pas ce soir, ce soir, il avait trop mal, beaucoup trop mal et il entama la seconde bouteille.

Il s'effondra ivre mort sur le canapé, la bouteille vide roula sur le sol jusqu'à la télé qui était restée allumée et il se mit à ronfler, à moitié allongé dans le vide.
Il se réveilla avec une migraine atroce et un torticolis, la télé braillait un affreux jingle de pub et il l'arrêta avec irritation, ses doigts cherchèrent ses plaques comme chaque matin et les trouvèrent, il les tritura en cherchant sa dernière bouteille et dévissa le bouchon, heureux de voir qu'il ne tremblait plus même si ce n'était pas pour la bonne raison et ses yeux détaillèrent une énième fois les plaques qu'il portait pour John, la sienne était imprégnée de son sang et il s'aperçut que ses paumes étaient de nouveau entaillées tant il avait serré ses pendentifs, il s'assura qu'il ne les avait pas endommagées et soupira de soulagement en avalant une nouvelle gorgée de smirnoff, il laissa ensuite l'alcool couler sur la plaque, la malaxant entre ses doigts pour la nettoyer et il réveilla une brûlure dans sa paume, sensation qu'il avait presque oublié depuis sa promesse à John, celle de l'alcool imbibant une plaie à vif.
La rage remonta à la surface, il était en train de trahir la seule promesse qu'il lui restait, il n'avait pas le droit, pas après s'être fourvoyé, pas après avoir manqué à toutes ses promesses envers John, il ne pouvait pas trahir la dernière que John lui avait demandé!
Il jeta sa bouteille d'alcool avec rage à travers la pièce, elle explosa contre le mur après avoir percuté un cadre posé sur l'étagère, Randy le contempla hébété une seconde avant de se ruer vers lui, à pieds nus dans le verre. Il ramassa le cadre d'une main tremblante, c'était une photo de John et lui prise à leur insu par Phil, elle datait de quelques mois, c'était une merveilleuse journée, ils étaient seuls dans le jardin, un jour de liberté où ils s'étaient réunis chez Phil cette fois, ils étaient sortis prendre l'air, profiter du soleil et John l'avait regardé avec amour en caressant sa joue alors qu'ils se tenaient à quelques centimètres l'un de l'autre, face à face, Randy tenait l'autre main de John et lui souriait, on voyait l'amour qui les liait, c'était sa photo favorite, il en possédait des dizaines de John mais la seule qu'il aimait à ce point était là, gisant dans une flaque d'alcool et du verre brisé. Il perçut soudain la douleur dans ses pieds et fit les filets de sang qui se mêlaient désormais à la flaque et il revint vers son canapé en jurant et en s'insultant copieusement.
Il vérifia qu'aucun morceau de verre ne s'était fiché dans sa chair et déchira son tee-shirt en deux en se servant d'un des fragments de verre avant d'enrouler ses pieds individuellement dedans pour pouvoir monter jusqu'à la salle de bains pour se soigner comme il fallait.
Une fois ses pieds bandés soigneusement, il enfila des baskets et retourna nettoyer les dégâts, pour la seconde fois de la semaine, il sortit jeter les bouteilles assez loin de chez lui, il fit les courses pour tenir jusqu'à la fin de ses vacances et verrouilla sa porte soigneusement, il ne quitterait cette maison que totalement sobre et sevré, pas avant.

Randy se prépara à retraverser de durs moments, il savait que le manque serait dur à supporter désormais mais bien moins que son manque de John mais il devait s'accrocher pour lui et il le fit au sens propre en s'accrochant à la photo en plus de ses plaques.
Il trembla de froid, de manque, de douleur, ses larmes coulèrent librement sur ses joues tandis qu'il hurlait le prénom de John à en perdre la voix mais cette fois aucune main apaisante ne viendrait à son secours, cette fois, il n'épongerait ni son visage, ni ses larmes, cette fois, il ne lui parlerait pas sans cesse de sa douce voix rassurante, cette fois ses yeux bleus ne se poseraient pas sur lui pour l'aider à s'en sortir. Il n'avait qu'une photo et il s'y accrochait comme si sa vie en dépendait, roulé en boule sur son canapé comme un tas informe de chiffon, il n'était guère plus que ça pour l'heure, juste une loque mais il se battait et cette fois il tiendrait, pour John!

Randy luttait contre les tremblements, il luttait contre le manque, heure après heure en s'accrochant à la photo d'eux deux comme si sa vie en dépendait, ses jointures étaient blanchies par l'effort et il s'étonnait que le cadre ne se soit pas encore brisé sous la pression qu'il exerçait dessus.

Mais tandis que le manque se faisait plus fort, il venait à douter de l'utilité de ce sevrage, il pourrait tout risquer, tout endurer s'il était sûr de récupérer John après mais justement, il n'en savait rien et après les coups reçus lors de leurs derniers échanges, il se demandait si John valait vraiment la peine de tous ces sacrifices.

I'm not sober all the time

Je ne suis pas sobre tout le temps
You bring me down at least you try

Tu m'entraînes vers le bas, au moins tu essaies
Until we see this eye to eye

Jusqu'à ce que nous voyons les choses du même oeil

I don't want you

Je ne te veux pas!

Il laissait défiler tous ses souvenirs depuis le début de leur histoire, le premier jour, leur rencontre à la OVW, le début de leur amitié qui ne s'était jamais brisée en toutes ces années de carrière puis de célébrité, de séparation et de retrouvailles au gré de leurs plannings et de leurs vies. Les plus belles années, leurs jeunesses et puis leurs tentatives pour fonder chacun une famille, des milliers de souvenirs qui s'écoulaient en lui tandis que les heures s'égrainaient pour se faire jours sans jamais lâcher le cadre une seconde, faisant fi des crampes qui cadenassaient ses mains.

Un jour passa, puis deux, Randy tenait bon, il atteignit le troisième jour avec appréhension, il avait craqué ce jour-là à sa première tentative, lorsque le manque était devenu si fort que tout son corps était devenu douleur, il savait qu'aujourd'hui serait un jour très difficile à passer et ses souvenirs se firent plus sombres eux aussi. Il revoyait ses derniers instants auprès de John, la dispute, ces mots qu'il avait osé lui dire avec toute cette rage, cette haine à peine contenu, l'expression de douleur intense de John avant qu'il n'arrache ses plaques et ne parte, fou de rage, leurs échanges suivants, la brutalité des mots de John, de ses gestes aussi jusqu'à ce qu'il contre attaque de son côté et que leurs rencontres ne deviennent une succession de batailles rangées. Il revit jusqu'à son dernier souvenir de John, le plus mémorable, le plus récent, récemment douloureux surtout, cette soirée en boîte de nuit. John était ivre ce soir-là, il ne l'avait jamais vu dans un tel état, il était lui-même passablement saoul mais il n'avait rien oublié des déhanchés de John, de sa façon de bouger en s'amusant de son regard qui ne le quittait pas alors qu'il buvait verre sur verre. Puis John était venu à lui, il avait cru en sa chance mais il n'était venu que pour ajouter un peu plus de cruauté en lui demandant de danser pour lui, " comme il l'avait fait dans cette chambre pour lui" avait-il ajouté en dépassant largement le seuil de la cruauté tandis qu'il le forçait à ramener ce souvenir douloureux à sa mémoire. Il avait tenté de lui parler, de lui demander une danse à deux mais il avait refusé avec un sourire sadique tandis que les divas le rappelaient à leurs côtés.

I must be running out of luck

Je dois avoir perdu ma chance
Cause you're just not drunk enough to fuck

Car tu n'as pas assez bu pour baiser
And now I've had it up to here

Et maintenant que je l'ai ici
I don't, I don't want you

Je ne veux, je ne veux pas de toi!

Il avait intensément désiré John ce soir-là tandis qu'il se dandinait sous son regard et son approche sensuelle lui avait donné envie de se jeter sur ses lèvres rougies comme il l'avait fait si souvent, la cruauté dont il avait fait preuve en venant le narguer, n'avait pas émoussé son désir, il ne l'avait rendu que plus bestial. Il savait au fond de lui que si Stu et Paul ne l'avaient pas retenu de force, il se serait jeté sur lui, non pas pour le frapper comme ils l'avaient cru mais pour le prendre sauvagement devant tout ces gens, comme pour mieux le revendiquer devant tous, les interdisant de le toucher davantage, surtout toutes ces répugnantes divas qui s'agglutinaient autour de lui, l'imprégnant de leurs parfums nauséabonds.

Qu'est-ce que John a fait de toi? Le tarauda sa conscience tandis qu'il lâchait le cadre pour la première fois depuis trois jours.

Vaut-il toute cette douleur, tous ces sacrifices? Des hommes comme lui, il y en a plein, tous plus disposés à se donner à toi aussi souvent que tu le demanderais contrairement à John qui se moquait bien de tes sentiments pour lui, il jouait même de ta faiblesse à son égard!

Laisse tomber, ajouta-t-elle. Ouvre donc cette porte et va te chercher à boire, tu pourras l'oublier comme lui t'a déjà oublié et repartie en chasse, John avait raison à l'époque, c'est le sexe qui te manque chez lui, rien d'autre.

- Noooon! Hurla Randy pour faire taire la voix. Il bondit du canapé, ouvrit la fenêtre et jeta ses clefs dans son jardin avant de la refermer et de briser la poignée d'un geste violent. Il retourna dans le canapé et reprit la photo contre lui, la berçant contre son corps tandis que les larmes roulaient de nouveau sur ses joues, le souffle coupé par la douleur.

La voix reprit moqueuse mais cette fois avec les intonations de John:

Pathétique! Tu es pathétique Randy!

Il se boucha les oreilles en gémissant, il devait tenir, il devait tenir pour John, ne pas laisser cette voix gagner une voix de plus, la seule qui comptait était celle de John, la vraie, pas celle qui résonnait dans sa tête pour mieux le faire craquer et il mordit son poing, roulé en boule sur lui-même en imaginant ses yeux bleus juste en face des siens, comme autrefois, ses yeux auxquels il s'était accroché avec désespoir à l'époque, aujourd'hui il recommençait même s'il était conscient que les yeux n'existaient que dans son imagination cette fois tandis que la voix éclatait de rire dans son esprit mais il tenu bon et la voix finit par disparaître. Seuls les yeux bleus restèrent jusqu'à ce qu'il ferme les siens et ne s'endorme, terrassé par la fatigue et la douleur, le soleil se couchait, il avait gagné son combat, le troisième jour était fini.

Au réveil, il était plus calme et enfin maître de lui, il se leva et se prépara à manger, il put avaler son repas pour la première fois sans nausées et il alla se prendre une douche avant de descendre dans sa salle d'entraînement, il avait perdu du poids et des muscles au cours de cette semaine, il devait travailler pour se remettre en forme et il reprit ses exercices, ne forçant pas plus que son corps affaibli ne pouvait supporter. Il reprit ainsi un rythme normal de vie, se nourrissant, s'entraînant et ne buvant plus, il n'avait plus envie de boire d'ailleurs et la photo qui lui avait permis cet exploit l'accompagnait de pièce en pièce même s'il ne s'y agrippait plus comme les premiers jours. Le sixième jour, Randy entendit sonner à sa porte et alla voir qui était là, il sourit en découvrant Chris dans l'œilleton, le Canadien semblait inquiet et extrêmement nerveux, il refrappa aussitôt à la porte en l'appelant:

- Randy, je sais que tu es là, ouvre!

- Je peux pas.

- Quoi? Pourquoi? Tu t'es encore mis dans un état pas possible c'est ça? C'est pas grave, laisse-moi entrer, je suis pas là pour te juger mais faut que je te vois.

- Je peux pas t'ouvrir, mes clefs sont dans le jardin.

- Hein?

- Je les ai balancées par la fenêtre et j'ai cassé les poignées de fenêtre qui y menaient, fais le tour!

Chris fit ce qu'il lui demandait, incrédule, il n'avait jamais eu à déverrouiller une porte depuis l'extérieur pour rendre visite à un ami mai il ne posa pas de questions et ramassa les clefs dans le jardin grâce aux indications que Randy lui donnait depuis sa fenêtre.

Il re sauta par dessus le mur d'enceinte et ouvrit la porte avant d'entrer, un peu hésitant.

Randy l'accueillit avec bonheur et bonne humeur en le serrant dans ses bras, Chris fronça le nez une fois libéré en disant:

- ça sent le fennec ici Randy.

- Oui, je sais, j'ai condamné toutes les issues du rez de chaussée, c'est pour ça.

- Pourquoi?

- J'en avais besoin pour m'assurer que je ne sortirais pas acheter de l'alcool quand le manque serait trop fort.

- Tu as arrêté?

- Je suis sobre depuis 6 jours plein.

- Waouh! Je suis très fier de toi Randy! Tu aurais dû m'appeler, je t'aurais aidé!

- Je voulais le faire seul!

- C'est pour ça que tu ne répondais plus à mes appels? J'étais mort de stress moi, dès que j'ai eu un trou dans mon planning, j'ai foncé ici!

- Désolé Will, j'ai bazardé mon portable à l'étage avant de commencer, il ne doit plus avoir de batterie s'il a résisté au choc du mur.

- C'est risqué ça! T'étais complètement coupé du monde! Et s'il était arrivé quelque chose?

- Il est arrivé quelque chose, je suis sobre!

- Bravo!

Le Canadien resta avec son ami une grosse partie de l'après-midi avant de reprendre la route pour la tournée en le félicitant de nouveau, heureux d'avoir retrouver une partie du Randy qu'il connaissait et aimait depuis des années même s'il voyait encore l'absence de John comme un vide immense dans les yeux et le coeur de Randy.

Chris lui remit ses clés dans les mains en souriant, lui rappelant de faire réparer ses fenêtres et quitta la maison. Et tandis qu'il dévissait ses poignées de fenêtre pour les remplacer, Randy se mit à chanter en pensant à John qui lui avait tant manqué pendant ces jours:

It took so long to see

Il m'a fallu si longtemps pour voir
You walked away from me

que tu t'éloignais de moi
When I need you

quand j'avais besoin de toi

Wake up I'm pounding on the door

Réveille-toi, je frappe à ta porte
I'm not the man I was before

Je ne suis plus l'homme que j'étais avant
Where the hell are you

Ou es-tu bon sang
When I need you

Quand j'ai besoin de toi?

Wake up I'm pounding on the door

Réveille-toi, je frappe à ta porte
I won't hurt you anymore

Je ne te blesserais de nouveau

Where the hell are you

Ou es-tu bon sang
When I need you

Quand j'ai besoin de toi?

Prépare-toi John, je viens te chercher pensa Randy en visant sa dernière poignée neuve...

chanson ( merci ma missy slaughty de m'avoir signalé mon oubli) Wake up de TDG ( bien vu kid)