Je flottais. Les couleurs ondulaient doucement autour de moi comme des aurores boréales, créant de superbes dégradés pastel, et leur mouvement semblait me bercer. Je me sentais léger, comme un esprit flottant hors de son corps, et étrangement détendu. Cet endroit tout entier semblait fait pour inspirer la paix.
Où… Où suis-je ?
Je connaissais cet endroit. J'en étais sûr, je l'avais déjà vu. Mais où ?
Peut-être… est-ce un rêve ?
Je sentis soudain une présence près de moi.
Il y a quelqu'un… Qui est-ce ? Est-ce que je le connais ?
Je tentai de réfléchir, mais la présence était si faible que je ne parvenais pas à l'identifier. Le trou noir dans ma tête qui remplaçait mes souvenirs ne m'aidait en rien. Mais si cette présence s'intensifiait, peut-être qu'elle me semblerait familière ?
…Hum… Je n'arrive pas à me rappeler…
Les couleurs semblèrent s'estomper. La présence s'effaça doucement, puis je sombrai dans le néant.
[…]
J'ouvris doucement les yeux. Le soleil était déjà levé et s'infiltrait à l'intérieur de la maison. Je baillai longuement tout en m'étirant… comme un Miaouss. Je soupirai en songeant que je n'arriverais pas à empêcher mon nouveau corps d'agir comme ce qu'il était : celui d'un Pokémon.
- Débout, paresseux ! me lança Carrie avec bonne humeur.
Elle posa deux bols sur la grande souche qui lui servait de table. Une odeur délicieusement sucrée s'en échappait. Je humai l'air.
- Eh mais… c'est…
- Du jus de baie Oran fraîchement pressée ! Ça te réveillera, espèce de Parecool !
J'ignorai sa remarque et je me précipitai à table, un sourire illuminant mon visage. Un panier rempli de nourriture trônait dessus.
- Sers-toi !
Je secouai la tête. Ça semblait appétissant, mais je n'aimais pas manger dès le réveil. Je n'avais pas suffisamment faim. Mon bol de jus de baie Oran me suffisait pour le moment.
- Je n'ai pas faim, je mangerai un peu plus tard.
- Tu devrais bien manger pour prendre des forces. On a du travail !
- Je viens de me réveiller, j'ai pas envie de manger.
- Tu n'avais qu'à te lever plus tôt ! Plus tard on sera sur la route, on n'aura pas le temps de se poser pour pique-niquer !
- D'abord, je me lève à l'heure que je veux, et ensuite je pourrai très bien manger pendant le trajet !
- Non mais… Vraiment ! Tu n'es qu'un Miaouss buté !
- Qu'est-ce que ça peut te faire que je mange maintenant ou plus tard, hein ?
- Si tu te levais plus tôt, tu aurais le temps de t'entraîner, et tu aurais faim au moment de passer à table !
Nous continuâmes à nous disputer pendant quelques minutes, puis chacun se mit à bouder et reprit son petit déjeuner sans s'occuper de l'autre. Je ne pouvais pas me lever aux aurores comme elle. Mais ce n'est pas comme si j'émergeais à midi ! Grognon, je ruminai en buvant mon bol. Pour me calmer, j'essayai de réfléchir à autre chose. Depuis que je m'étais levé, j'avais l'impression que quelque chose m'échappait. Carrie remarqua ma mine concentrée.
- Qu'est-ce que tu as ? demanda-t-elle avec humeur, toujours fâchée.
- Je crois que j'ai fait un rêve… Mais je n'arrive pas à m'en souvenir.
- Ça te reviendra peut-être plus tard.
- Ouais. Ça ne fait rien. Il y a des Pokémon à sauver aujourd'hui ?
Carrie sembla surprise, puis touchée par ma question, comme si ça lui faisait plaisir de me voir m'impliquer dans cette équipe de secours. Elle retrouva aussitôt le sourire. Je devais avouer que j'avais préféré le sauvetage d'hier plutôt que les jours d'entraînement. Au moins, j'avais l'impression de me rendre utile, et j'avais moins le temps de me poser mille et une questions sur ce qui m'était arrivé. Comme je n'avais de toute façon pas de réponses, autant occuper utilement mon temps jusqu'à ce que quelque chose me revienne.
Après le petit déjeuner, nous allâmes jeter un œil dans la boîte aux lettres. Mais elle était désespérément vide. Carrie soupira.
- J'imagine que la lettre d'hier était un coup de chance… On vient de démarrer après tout. Le bouche à oreille va se faire progressivement…
Malgré sa déception, elle retrouva vite son entrain habituel.
- Je viens de réaliser que je ne t'ai toujours pas montré les environs… Ça te dirait d'aller faire un tour sur la Place Pokémon ?
- La Place Pokémon ?
- Oui, c'est un peu comme la place d'un village. On y trouve tous les commerces, et puis il y a pas mal de Pokémon qui se retrouvent là-bas. Si on allait à la Poste Békipan, on y trouverait peut-être des demandes de sauvetage !
Comme toujours, ma curiosité prit le dessus. J'avais envie de voir à quoi pouvait ressembler cette fameuse place.
- D'accord, allons-y.
Nous suivîmes le sentier qui allait vers l'est, et après seulement une dizaine de minutes de marche, juste après le petit ruisseau, s'étendait devant nous une grande place pavée peuplée de Pokémon. Tout autour, différents stands installés sous des tentes, et quelques maisons dont l'apparence reflétait le type de son propriétaire. Il y en avait de toutes sortes. Une en forme de gland avec un toit tout en feuillages et des fleurs sous les fenêtres, une autre ornée de petits bassins partout dans le jardin, une toute en pierre avec des flambeaux plantés autour, comme pour la conserver au chaud… J'avais bien envie de visiter l'intérieur pour voir si le Pokémon feu qui devait y résider dormait sur un lit de braises.
- Voilà, on y est. dit Carrie. C'est impressionnant hein ? Je vais te faire visiter.
Je la suivis le long de la place. Nous nous arrêtâmes près d'un stand où se trouvaient deux Pokémon de la même espèce, si ce n'est que l'un était vert, et l'autre violet.
- Là, c'est le marché Kecleon. C'est ici qu'on achète les objets dont on a besoin pour les missions, mais on peut aussi simplement faire nos courses quotidiennes. Ils vendent un peu de tout. Oh, et ils rachètent les objets dont on a plus besoin aussi. C'est très pratique.
Elle baissa la voix.
- Par contre, pas moyen de négocier les prix avec eux, ils sont intraitables. Ils comptent la moindre pièce… Ils sont très vénaux.
- Comment ça se fait qu'ils n'ont pas la même couleur ? Les Kecleon ne sont pas censés être tous verts ?
- Ils peuvent changer de couleur à volonté pour s'adapter à leur environnement, même si le vert est leur couleur naturelle… Mais celui-là est toujours violet. Il parait qu'il est resté coincé sur cette couleur après un accident. On ne sait pas vraiment, il évite délibérément le sujet, qui a l'air assez sensible, alors évite de lui en parler.
Je hochai la tête.
- Là-bas, c'est la Banque Félicité. Tu peux y stocker ton argent en toute sécurité, Persian veille au grain. Des Pokémon malveillants ont déjà essayé de s'en prendre au coffre une fois… Ils ont regretté d'être venus. Elle leur a mis une sacrée raclée.
Je jetai un œil curieux à la banquière.
Un Persian… Alors si j'évoluais, ce serait à ça que je ressemblerais ?
Savoir que nous faisions partie de la même famille d'évolution me réconfortait. Si j'avais besoin d'aide pour apprendre à maîtriser une attaque, elle pourrait peut-être me conseiller. Peut-être même qu'elle pourrait m'expliquer comment retirer cette plaque en or de ma tête… Même si malgré moi je commençais à m'y attacher. Elle se lécha une patte avec une grâce toute féline, et je la regardai faire avec fascination.
- Hé.
Je tournai la tête, et le doigt de Carrie, qu'elle avait placé là exprès, s'enfonça dans ma joue.
- Ça va pas ? Pourquoi t'as fait ça ?
- Tu bavais.
- N'importe quoi !
- Je sais que Persian est très jolie, mais je te prie de conserver un minimum de professionnalisme.
Pourquoi est-ce qu'elle avait encore l'air fâchée ? Je n'avais rien fait ! Décidément, je ne comprenais pas cette fille…
- Voici le stand Gloupti. Tu peux y lier des capacités. C'est une technique qui permet d'utiliser plusieurs attaques à la suite avant que ton adversaire n'ait le temps d'en caser une seule. Si tu as des questions, je te conseille de t'adresser à Gloupti directement.
Le Pokémon qui tenait le stand ressemblait à une boule verte malléable, avec une sorte de plume jaune plantée sur le haut du crâne, de grosse lèvres et des yeux si petits qu'ils semblaient fermés en permanence. Je n'avais jamais vu ce Pokémon.
Comme quoi il me reste encore pas mal de choses à apprendre…
- Et enfin, voici la Réserve Kangourex ! C'est comme une banque, mais pour les objets à la place de l'argent. Ça évite de tout laisser chez soi au risque de se faire cambrioler pendant ton absence… Je suggère qu'on stocke tout ici et qu'on n'emporte que ce dont on a besoin.
Je hochai la tête. C'est donc pour cela qu'on aurait besoin de refaire notre sac chaque jour avant de partir en mission.
- Voilà, la visite est terminée ! Je propose qu'on aille d'abord à la Poste Békipan chercher une mission pour définir de quoi on aura besoin. Ensuite on ira faires nos courses, puis on déposera ce qui nous reste d'argent à la banque.
Je préférais la laisser gérer tout ça. C'était encore nouveau pour moi, et j'étais bien incapable de décider ce qu'il faudrait acheter.
- La Poste Békipan est tout au bout du chemin, au bord de la falaise. On ne peut pas la rater. Allons-y !
En passant sur la place, je regardai partout autour de moi. Partout, des Pokémon circulaient, discutaient par petits groupes, faisaient leurs courses… C'était très animé. Je ne pus m'empêcher de tendre l'oreille pour écouter leurs conversations, et en captait quelques bribes.
- Il n'y a pas longtemps, il y a eu un feu de forêt, c'était horrible ! Heureusement que Tortank et Aligatueur en sont venus à bout rapidement… Si les secours n'étaient pas arrivés aussi vite, les dégâts auraient été bien pires !
- A qui le dites-vous ! Ces derniers temps, les catastrophes naturelles se sont multipliées. Tout cela effraie les Pokémon, certains deviennent sauvages et violents… Plus personne ne se sent en sécurité en ce moment…
- Moi ce qui m'inquiète le plus, c'est la sécurité des enfants… De larges crevasses se sont ouvertes un peu partout. C'est ennuyeux pour tout le monde, mais imaginez si des enfants venaient à y tomber…
- J'ai entendu dire que c'était arrivé au petit Chenipan l'autre jour !
- C'est vrai ? C'est affreux…
Je me rendis alors compte que derrière toute cette joyeuse agitation, les Pokémon étaient tout de même préoccupés par la situation. Je n'avais pas réalisé que c'était aussi grave. Carrie avait raison, les secouristes avaient un rôle crucial, et on avait particulièrement besoin d'eux en ce moment… Sans savoir pourquoi, je sentis monter en moi cette envie de les aider. Je ne me voyais pas rester inactif, il fallait qu'on aide tous ces Pokémon en danger.
Plongé dans mes réflexions, je ne vis pas tout de suite que nous étions arrivés. La Poste Békipan était un immense bâtiment… en forme de Békipan. Par le toit, formé par le bec ouvert, entraient et sortaient des dizaines d'oiseaux. On devinait que leurs larges becs était remplis de courrier.
- Des appels au secours de Pokémon se trouvant au quatre coins de la région sont centralisés ici. Il y a plusieurs postes comme celle-ci à travers le monde, mais chacun s'occupe de sa propre région. C'est normal, si on recevait une demande pour un sauvetage à l'autre bout du monde, on arriverait trop tard… Mais les Békipan se chargent aussi de transmettre les nouvelles du monde entier. Notamment par le journal Pokémon.
Je l'avais oublié celui-là. Je me promis de le lire le soir même. J'apprendrais peut-être de nouvelles choses sur ce monde, et je me sentirais sûrement un peu moins perdu.
- Regarde, tu vois ce panneau d'affichage ? Toutes les missions de secours y sont affichées. Alors… Voyons ce qui pourrait nous correspondre…
Je parcourus le panneau des yeux. Il était recouvert d'affiches avec des signes variés de toutes les couleurs. Carrie m'expliqua que celles-ci définissaient le niveau de difficulté de la mission, et le grade nécessaire pour la réaliser. A notre niveau, nous ne pouvions prendre que celles avec un logo bleu. Carrie nota les informations concernant toutes les missions à réaliser au Petit Bois. Apparemment, la crevasse avait fait plusieurs nouvelles victimes, et un Pokémon avait été blessé en essayant de leur venir en aide, suite à une dispute avec les résidents du bois.
- Puisqu'elles se déroulent toutes au même endroit, on va toutes les faire aujourd'hui. Bon, il y a des Pokémon insectes dans cette forêt, alors on a intérêt à emporter de quoi soigner les empoisonnements… Les paralysies aussi…
Elle fit rapidement la liste de tout ce dont nous aurions besoin. Je la regardai faire, impressionné. Elle avait l'air de tout connaître par cœur.
- Ne t'inquiètes pas, tu vas prendre l'habitude, et bientôt tu sauras instinctivement ce qu'il faut emporter, toi aussi. me rassura-t-elle.
- Si tu le dis. dis-je en haussant les épaules.
Après avoir rempli notre sac de baies en tout genre et avoir déposé notre argent à la banque, nous nous mîmes en route vers le Petit Bois. Nous retrouvâmes facilement l'emplacement de la crevasse. En premier lieu, nous nous occupâmes de calmer les Pokémon agressifs qui risquaient de nous entraver. Ceux qui refusaient de coopérer et qui cherchaient la bagarre la trouvèrent, et repartir avec quelques coups de jus et de griffe. Une fois le terrain dégagé, Carrie me distribua quelques baies, et tandis qu'elle soignait la première victime, je descendis dans la crevasse pour regarder combien était tombés dedans et s'ils étaient blessé. Je décidai de descendre à quatre pattes, tête la première, comme Carrie me l'avait appris. Je sentis mon cœur se soulever de façon désagréable au premier saut, mais je me réceptionnais souplement, comme si mon corps savait exactement quelle posture adopter pour ne pas me blesser. A ma grande surprise, ce fut beaucoup plus facile de progresser de cette manière. Une fois en contrebas, je fus soulagé de constater que les Pokémon n'avaient rien de grave, à part une foulure pour l'un d'entre eux. Nous les remontâmes doucement à l'aide de cordages, puis une fois tout le monde sorti, nous les aidâmes à regagner la place Pokémon et nous les confiâmes aux services de soin des Leveinard.
En voyant ces dernières s'occuper des Pokémon blessés, je me souvins pendant un bref instant de ce à quoi ressemblait un Centre Pokémon. Ce fut comme un flash, rapide et si furtif que je n'eus pas l'occasion de creuser cette vision. Mais si j'avais fréquenté les centres, peut-être cela signifiait-il que j'avais été un dresseur ? Le soir même, j'en parlai à Carrie.
- C'est vrai ? Tu t'es souvenu de quelque chose ?
- On ne peut pas vraiment dire ça… C'est plutôt que je me souviens de certaines choses du monde des humains… Mais je n'arrive toujours pas à retrouver le moindre souvenir de ma vie.
Je fixais mon assiette, songeur.
- Dis… Comment sont perçus les humains par ici ? Comment est-ce que les Pokémon les considèrent ?
Carrie resta silencieuse quelques instants, faisant tourner sa pomme dans sa patte, l'air de ne pas trop savoir quoi répondre.
- Ça dépend des Pokémon… On est assez loin du monde des humains, on n'en croise jamais par ici. Certains sont assez curieux et vont les observer, parfois. Je pense que c'est d'ailleurs comme ça qu'on a progressé. On n'aurait pas tous ces commerces, ces maisons, le journal, s'il n'y avait pas eu des Pokémon suffisamment curieux pour étudier les hommes et rapporter leurs inventions.
Elle croqua une bouchée de sa pomme et avala avant de reprendre.
- Mais d'autres évitent de s'en approcher. On ne dit pas que du bien à propos d'eux, tu sais… C'est comme chez les Pokémon. Il y en a des bons et des mauvais. Certains ont peur de se faire capturer par un dresseur s'ils s'en approchent. C'est une perspective qui en effraie beaucoup. D'autres au contraire, ont envie de devenir leurs amis. Ils voudraient les accompagner dans leurs aventures, et voir le monde.
Elle poussa un profond soupir.
- Je ne sais pas trop quoi te répondre, ça dépend vraiment d'un Pokémon à l'autre. De ce qu'on lui a appris, de son caractère, de ses expériences…
Je restai silencieux. Au final, je n'avais pas vraiment de réponses aux questions que je me posais, à savoir comment réagiraient les Pokémon du coin s'ils savaient ce que j'étais.
- Et toi, qu'est-ce que tu penses des humains ? Tu n'as pas eu peur de moi quand je te l'ai dit. Et tu m'as même recueilli.
- Je n'en sais rien, à part toi je n'ai jamais rencontré d'humain. Je ne sais pas quoi penser d'eux.
Elle se leva et débarrassa son assiette. Je compris que la discussion était close.
[…]
Cette paix… Cette impression de flotter hors de mon corps… Ces couleurs… Je connaissais cet endroit.
Encore… Encore ce rêve ?
Tout me paraissait si flou… Si étrange… Mais je sentais encore cette présence. La même que la dernière fois.
C'est encore ce Pokémon…
Un murmure parvint à mes oreilles.
Hein ? Quelqu'un… me parle ?
Le murmure s'intensifia, mais je ne parvenais pas à discerner les mots.
…Je n'entends pas bien… Qu'est-ce que tu dis ?
Soudain, la sensation de paix qui s'emparait de moi chaque fois que je me trouvais en ce lieu se brisa. Tout se mit à trembler violemment, les couleurs semblèrent s'affoler autour de moi, je me sentais balloté en tous sens.
Qu'est-ce qui se passe ?!
Les tremblements s'intensifièrent.
Ça ne va pas. Quelque chose ne va pas. Ce rêve… Il est beaucoup trop réel.
Les couleurs s'effacèrent soudainement, et je me retrouvais à nouveau dans le noir.
[…]
J'ouvris brusquement les yeux, le cœur battant la chamade.
Qu'est-ce que c'était que ça ?
Je regardais tout autour de moi. Le panier à nourriture était renversé, et les aliments s'étaient éparpillés dans toute la pièce. La carte accrochée à un des murs était tombée, et mon lit était à moitié défait.
Alors ce n'était pas que dans mon rêve… Il y a bien eu une secousse…
Je me redressai afin de remettre la maison en ordre, mais une voix inconnue me fit sursauter.
- Ohé ! Tu nous entends ?
Je regardai tout autour de moi, mais je ne vis personne avec moi dans la maison. Même Carrie n'était pas là.
- Bonjour. Tu es Matt… n'est-ce pas ?
La voix me paraissait comme étouffée, comme si elle me parvenait à travers un mur.
- Qui est là ? demandai-je à haute voix.
- Oh, pardon ! Tu ne peux pas nous voir, bien sûr ! Excuse-nous !
Le sol devant moi se mit à remuer, et trois bosses marron sortirent du sol. Je fis un bond en arrière, toutes griffes dehors. Lorsqu'elles se retournèrent, je découvris qu'il s'agissait de trois têtes. Celles d'un Triopikeur.
- Nous sommes ravis de te rencontrer. Nous sommes Triopikeur.
Sa façon de parler me déconcertait. Etait-il un seul Pokémon, ou un assemblage de trois Taupiqueur ? Tout comme les Magnéton, j'avais du mal à comprendre comment était fait ce Pokémon.
- La nuit dernière, pendant le tremblement de terre… Notre enfant Taupiqueur a été attaqué… Il a été emmené en haut d'une montagne. On ne pourra jamais aller si haut… C'est pour ça que nous avons besoin de ton aide, Matt.
- Euh… En général les demandes de sauvetage se font par courrier non ? fut la seule chose que je trouvai à répondre tellement j'étais surpris de cette visite inattendue.
- Nous le savons, mais nous n'avions pas le temps d'attendre. Le Pokémon qui a enlevé Taupiqueur s'appelle Airmure. C'est une odieuse brute ! S'il te plaît, nous avons besoin de ton aide !
- Je…
- Fais bien attention à toi ! Au revoir !
Il disparut à nouveau sous terre avant que je ne puisse répondre quoi que ce soit.
C'est allé tellement vite que je n'aurais même pas pu refuser…
Je me giflais mentalement.
Mais qu'est-ce que je raconte ! Il y a un Pokémon en danger ! Je dois prévenir Carrie !
Je m'apprêtais à partir à sa recherche quand elle fit son entrée dans la maison.
- Quelle pagaille ! C'est la même chose dans le jardin ! La boîte aux lettres s'est renversée, j'ai eu un mal fou à la remettre en place tellement le terrain est abîmé… Et toi, tu dormais comme un Abra ! Je ne sais pas comment tu faisais avec tout ce remue-ménage !
Elle se laissa tomber sur un des rondins de bois et souffla un coup.
- Ça m'a réveillé aussi. Justement, à ce propos…
Je lui résumai l'apparition éclair de Triopikeur et sa demande de sauvetage.
- Pourquoi tu ne me l'as pas dit plus tôt ?! s'exclama-t-elle en bondissant sur ses pattes. Il faut venir à son secours immédiatement ! Il t'a dit où Airmure l'avait emmené exactement ?
Réalisant que Triopikeur ne m'avait rien dit du tout sur le lieu du sauvetage, je sentis un malaise me gagner. Comment pouvais-je aider un Pokémon sans même savoir où il se trouvait ?
- Euh… Eh bien…
- Il a été emmené vers le sommet du Mont Acier !
Je sursautai à nouveau lorsque la voix sortit de nulle part. Triopikeur sortit à nouveau du sol, juste entre moi et Carrie.
Depuis combien de temps ils étaient là ? Ils ne sont pas restés ici tout ce temps quand même ?
- S'il vous plaît, nous avons besoin de votre aide ! Au revoir !
Ils disparurent une nouvelle fois comme ils étaient venus, la terre se remettant en place derrière eux comme s'ils n'étaient jamais venus. Carrie fixa l'endroit où ils se trouvaient un instant plus tôt d'un air stupéfait.
- Euh… D'accord… Allons-y…
Nous passâmes rapidement par la Place Pokémon afin d'emporter tout ce qu'il nous fallait. Je suivais attentivement tout ce que faisait Carrie afin d'apprendre comment faire nos préparatifs correctement. Mais elle allait si vite que je n'eus pas le loisir de lui demander des explications. Je pouvais comprendre son empressement. Taupiqueur avait été enlevé, et nous ne savions pas si Airmure lui avait fait du mal. Il fallait agir vite avant que la situation ne dégénère.
Le Mont Acier se trouvait non loin que la Grotte Eclair, un peu plus loin vers l'est, dans la même chaîne de montagne. Il était facile de le repérer, c'était le sommet le plus haut. L'endroit était cependant beaucoup plus rocheux. Pas de grande plaine avec de l'herbe et des points d'eau ici, juste un pic de roches tranchantes et un sol sableux.
- Bon eh bien nous y voilà… Le Mont Acier…
Nous levâmes la tête pour apercevoir le sommet. Cela nous demanderait au moins une heure de marche, peut-être deux.
- Et c'est ici qu'Airmure a emmené Taupiqueur…
- Exact !
Pour la troisième fois de la journée, je sursautai, pris au dépourvu par cette voix sortant de nulle part. Je fixai le sol devant nous, et sans surprise, vit Triopikeur sortir de sous terre.
- Faites bien attention à vous, le pic n'est pas facile à atteindre ! Au revoir !
Ils disparurent à nouveau dans leur trou sans plus de cérémonie. Carrie et moi échangeâmes un regard.
- Tu crois qu'ils nous ont suivis jusqu'ici en creusant en dessous de nous ? demandai-je à voix basse, ne sachant pas si Triopikeur était toujours là.
- Ils doivent être inquiets pour leur fils, c'est tout.
- Mais c'est flippant ! Ça veut dire qu'ils peuvent être juste à côté de nous à n'importe quel moment ! Y a pas des lois contre la violation de la vie privée chez les Pokémon ?
Je frissonnai en songeant que les Triopikeur feraient d'excellents espions. A l'avenir, si j'avais quelque chose de personnel à dire, je vérifierai la terre autour de moi avant de parler.
Nous commençâmes notre ascension, nous abîmant les pattes en escaladant les rochers pointus. J'eus la surprise de constater que ce milieu hostile constituait la demeure de bons nombre de Pokémon. Sur notre chemin, nous croisâmes de nombreux Meditikka en train de méditer par petits groupes, tous assis en tailleur et flottant dans les airs, mais également des Scarabrute en train de s'affronter violemment. Ils se chargeaient les uns les autres et leurs cornes dentelées s'entrechoquaient dans un fracas épouvantable. Nous les évitâmes autant que nous le pûmes. Il était inutile de s'approcher d'eux en connaissant leur caractère bagarreur et agressif. De plus, je n'avais aucune envie de finir broyé entre leurs cornes. Ces Pokémon ne m'avaient jamais inspiré une très grande sympathie. Mais le pire, c'était probablement les Racaillou. Parfaitement à l'aise sur ce terrain de plus en plus rocailleux au fur et à mesure de notre progression, ils se déplaçaient par groupes et dévalaient les pentes à toute allure, roulés en boule, pulvérisant les rochers qui se dressaient sur leur passage. Nous dûmes maintes fois nous écarter vivement de leur chemin pour ne pas connaître le même sort. Cette fois c'était sûr, je détestais la montagne.
Lorsque nous arrivâmes enfin au sommet, je m'effondrai, à bout de forces. J'avais l'impression qu'on avait remplacé mes muscles par de la guimauve fondue. Carrie me tendit une baie Oran.
- Mange, ça ira mieux.
J'accueillis le fruit avec reconnaissance. C'était exactement ce dont j'avais besoin. Dès la deuxième bouchée, je sentis mes forces revenir. Un regain d'énergie m'envahit, et je me sentis presque prêt à escalader une deuxième montagne. Ces baies étaient vraiment formidables. Je me demandai brièvement pourquoi les humaines n'en mangeaient pas.
Je me relevai et regardai tout autour de moi. Le sommet était constitué d'un plateau étroit craquelé à plusieurs endroits, donnant l'impression que le sol allait s'effondrer sur notre passage. Un peu plus loin devant nous, le plateau était fendu de part et d'autres, laissant d'autres plateformes inaccessibles à moins de savoir voler. Sur l'une d'entre elle se trouvait une petite silhouette tremblante.
- Regarde, il est là ! m'écriai-je en secouant Carrie.
Nous lui fîmes quelques signes pour qu'il nous repère, puis Carrie mit ses pattes de part d'autre de sa bouche pour mieux faire porter sa voix.
- Taupiqueur, tu n'es pas blessé ? Ne t'inquiètes pas, on vient pour te sauver !
- J'ai… J'ai peur…
Nous n'eûmes pas le temps de lui répondre pour le rassurer que quelque chose tomba du ciel, vif comme l'éclair, et s'interposa entre nous. C'était un oiseau deux fois plus grand que nous, au corps fait de métal et aux plumes qui semblaient plus tranchantes que des épées. Son regard mauvais nous fit comprendre que nous n'étions pas les bienvenus.
- Hé, vous ! Qu'est-ce que vous faites ici ?
- Nous sommes ici pour porter secours à Taupiqueur ! répondit Carrie avec une expression déterminée. Laisse-le partir !
Le regard d'Airmure se fit plus féroce. Ça n'augurait rien de bon.
- Comment oses-tu ! s'écria-t-elle d'une voix hystérique. C'est de leur faute ! Je ne ferme plus l'œil de la nuit à cause de ces tremblements de terre ! Je suis terrifiée ! Et c'est lui et sa famille qui provoquent ces secousses à force de creuser sous terre !
Carrie se radoucit.
- Non Airmure, c'est faux. Je veux dire, c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de tremblement de terre ces derniers temps… Mais Taupiqueur et sa famille n'y sont pour rien. Leur espèce de Pokémon existait et creusait la terre bien des années avant que ces catastrophes ne commencent.
- Tais-toi ! Tu mens ! Tu mens ! Je sais que c'est leur faute !
Airmure s'agitait de plus en plus. On aurait dit qu'elle allait éclater de colère à tout instant et tout ravager sur son passage.
- Elle est bien trop énervée. me chuchota Carrie. Elle ne nous écoutera pas, quoi qu'on lui dise. Et elle ne laissera pas partir Taupiqueur non plus. Nous allons devoir nous battre.
- T'es folle ! Elle a l'air bien plus forte que nous !
- Calme-toi, on peut le faire. Elle est faible contre les attaques électriques, je peux la vaincre.
- Et moi, je fais quoi ?
Carrie réfléchit un instant.
- Tes griffes ne feront rien sur son corps en acier. Tu les briserais pour rien. Mais…
Elle sortit de son sac un petit paquet de graines rouges.
- Elle craint aussi le feu. Approche-toi d'elle, et quand tu seras suffisamment près, croque en quelques-unes. Ensuite… Ouvre bien la bouche.
- Il se passera quoi quand je les aurai croquées ?
- Si je te le dis, tu ne voudras plus le faire.
Super. Vraiment rassurant.
- Airmure… Je te le demande pour la dernière fois. Laisse partir Taupiqueur.
- Jamais ! Va-t'en avant que je te pulvérise sur place !
- Je regrette, mais nous ne partirons pas sans lui.
Airmure poussa un rugissement féroce. J'avalai ma salive avec difficulté.
- C'est le moment de mettre en pratique ce que je t'ai appris Matt ! s'écria Carrie.
Airmure s'envola et décrivit des cercles au-dessus de nous, semblant nous jauger, puis elle redescendit à toute vitesse, fendant l'air comme une flèche. Nous nous écartâmes en partant dans des directions opposées. Nous aurions pu attendre le dernier moment pour esquiver dans l'espoir qu'elle s'écrase au sol, mais sa vitesse étant largement supérieure à la nôtre, c'était trop risqué. Manque de chance, ce fut moi qu'Airmure prit en chasse, et je me mis à courir en zigzag pour lui échapper. Malheureusement, après de longues minutes de poursuites, mes muscles commençaient à me brûler à force de courir, et je ne savais pas ce que faisait Carrie. Je n'avais pas le temps de me retourner pour la chercher. Au moment où j'allais abandonner, j'entendis un drôle de bruit, puis Airmure se mettre à hurler. En me retournant, je vis que Carrie était en train de lui envoyer un bon coup de jus. Des éclairs s'échappaient des nuages noirs au-dessus de nous et s'abattaient sur notre adversaire. Lorsque la foudre se calma, je compris que Carrie avait brûlé toute son énergie. Mais Airmure tenait encore debout.
- Maintenant ! me cria Carrie depuis l'autre bout du plateau.
Je me remis à courir, vers Airmure cette fois. Je m'élançai vers elle, et alors qu'elle ouvrait le bec pour charger une attaque, j'enfournais la poignée de graines dans ma bouche. Je sentis aussitôt un goût fortement épicé m'échauffer les papilles, et une gerbe de flammes s'échappa de ma bouche. Sans pouvoir me contrôler, je me mis à hurler, et la gerbe de flammes s'intensifia. Quelques secondes plus tard, je cessai de cracher du feu, malgré la sensation de sécheresse qui me restait sur la langue et dans la gorge. Airmure s'effondra.
Je me laissai tomber en arrière. Nous avions réussi. Je n'arrivais pas à y croire. Carrie s'approcha doucement de moi.
- Ça va ?
- Ne me refais plus jamais ça ! m'indignai-je. J'ai cru que j'allais mourir !
- N'exagérons rien. Ça ne t'a pas fait mal, si ?
- J'ai craché du feu !
- Oui, c'est ce qui arrive quand on mange une explograine. Très pratique pour vaincre un ennemi qui craint le feu quand on ne connait pas d'attaques de ce type.
Je lui lançai un regard noir. La prochaine fois, je refuserai de manger quoi que ce soit tant qu'on ne m'aura pas exposé les conséquences avant. Je croquai une deuxième baie Oran pour calmer le feu dans ma gorge. Décidément, je n'aimais pas les aliments épicés. Je failli avaler de travers en voyant Airmure se relever doucement.
- Grrr… Vous m'avez eue… Je m'en vais pour cette fois, mais je reviendrai !
Elle déploya ses ailes et s'envola, bien qu'avec infiniment plus de lenteur que la première fois. Nous l'avions tout de même bien amochée.
- Ne t'inquiète pas pour elle. me rassura Carrie. Elle retrouva vite ses forces.
Nous nous approchâmes du bord du gouffre. Taupiqueur était toujours de l'autre côté, tremblant de tous ses membres.
- C'est bon Taupiqueur ! Airmure est partie ! Tu peux redescendre !
- J-Je ne peux pas… J'ai trop peur de bouger…
- Ça ne fait rien, ne bouge pas. Nous allons venir jusqu'à toi.
- Et tu peux m'expliquer comment on va faire ça ? demandai-je, sarcastique, en lui désignant le gouffre. On ne voit même pas le fond !
Elle regarda en contrebas et pâlit. Il faisait trop noir pour voir dans la crevasse, mais il devait y avoir des rochers pointus tout au fond.
- Euh… Je vais trouver une solution… Hum…
Elle regarda tout autour d'elle à la recherche d'un moyen de traverser en toute sécurité. Mais nous n'en vîmes aucun, l'un comme l'autre. Un bruit familier parvint alors à mes oreilles et je levai la tête.
- Bzbzzt !
- Regarde ! Ce sont les Magnéti que nous avons sauvés !
- Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda Carrie d'un air étonné.
- Bzbzzt ! On nous a prévenus !
- Nous allons secourir Taupiqueur par voie aérienne ! Bzbzzt !
Ils survolèrent le gouffre tranquillement, s'approchant de Taupiqueur.
- Accroche-toi bien !
- N'aie pas peur. Nous ne ferons pas l'erreur de t'électrocuter.
Très rassurant, en effet.
La descente fut plus reposante que la montée, même si nous devions tout de même progresser avec prudence. Le sol étant recouvert de gravier, il suffisait d'un rien pour glisser et dévaler la pente en s'écorchant les pattes au passage. Je ne fus pas mécontent d'arriver en bas. Lorsque les Magnéti reposèrent Taupiqueur, il s'empressa de s'enfouir à nouveau dans le sol, ne laissant dépasser que sa tête. Moi qui avais toujours été curieux de voir à quoi pouvait ressembler la partie cachée du corps d'un Taupiqueur, je ne m'étais pas vraiment attendu à ça. Ce dernier soupira de soulagement.
- Ohh… Comme j'ai eu peur ! En plus, j'avais le vertige… J'ai l'impression que mes pieds pédalent encore dans le vide…
Nous échangeâmes tous un regard interloqué.
Ses pieds ? Quels pieds ?
- Eh bien, tu es sain et sauf désormais. C'est tout ce qui compte.
- Oui. Merci beaucoup.
Je sentis comme un frisson parcourir la terre sous mes pieds. Cette fois, je m'y attendais.
- Oh ! Tu as été secouru !
Les Magnéti regardèrent tout autour d'eux à la recherche du propriétaire de la voix. Carrie et moi échangeâmes un regard amusé.
- Bzbzzt ! C'était quoi ça ?
- J'ai cru entendre une voix… Bzbzzt !
- Oups ! Il est vrai que vous ne pouvez pas nous voir… C'est terriblement malpoli de notre part !
Triopikeur surgit de la terre, faisant sursauter les Magnéti. Je me retins de rire. Pour une fois que ce n'était pas à moi que ça arrivait !
- Bonjour ! Nous sommes Triopikeur.
- Papas ! s'écria Taupiqueur en creusant jusqu'à son… ses pères.
- Taupiqueur ! Tu nous as inquiétés ! Tu n'es pas blessé ?
- Non ! J'ai eu très peur, mais je vais bien. Tout ça grâce à l'équipe de Matt et Carrie.
- Merci pour tout. Vous avez été formidables.
- Vous devriez plutôt remercier nos amis Magnéti. répondit humblement Carrie. Ce sauvetage aurait été impossible à faire sans eux.
- Oh ! Nous avons oublié nos bonnes manières ! Merci beaucoup à vous aussi !
- Je vous en prie… Bzbzzt ! Nous n'avons fait que notre devoir. De plus, nous ressentons une affinité… Nos formes évoluées sont toutes deux des trios soudés. Bzbzzt ! Après tout, les Pokémon doivent s'entraider.
- En tout cas, nous vous devons une fière chandelle. Merci à vous tous.
Ils nous offrirent notre récompense, que Carrie insista pour partager avec les Magnéti.
- Bien… Nous devons prendre congé. Encore merci. Au revoir !
Ils disparurent sous terre. Je ne pus m'empêcher de me demander s'il allait encore apparaître une dernière fois quand je ne m'y attendrai pas, sans savoir depuis combien de temps il se trouvait là.
- Bon, eh bien nous aussi…
- Oh, attendez ! Ne partez pas ! les retint Carrie.
- Qu'y a-t-il ?
- Euh… Eh bien… Je trouve que vous avez fait un travail formidable aujourd'hui. Alors je me demandais… Ça vous dirait de rejoindre notre équipe de secours ?
Les Magnéti furent aussi surpris que moi par cette demande inattendue.
Décidément ! Elle recrute toujours les gens comme ça ?
- Bzbzzt ! Nous joindre à votre équipe ?
- Oui… Je l'ai dit, sans vous ce sauvetage n'aurait pas été un succès. Je crois qu'on aura d'avantage besoin d'aide à l'avenir. Tu n'es pas d'accord Matt ?
J'aurais aimé qu'elle me demande mon avis avant de leur poser la question, car je pouvais difficilement refuser maintenant que la proposition avait déjà été formulée. Je n'étais pas très chaud pour vivre avec deux Pokémon électriques de plus. Je n'avais pas envie de me prendre un coup de jus par accident. Mais je devais admettre qu'elle avait raison. Nous ne pouvions pas tout faire tout seul. Avoir à nos côtés des Pokémon possédant la faculté de voler nous serait bien utile, cette mission nous l'avait démontré.
- Hum… Si, tu as raison. concédai-je.
- Alors ? Qu'en pensez-vous ? demanda Carrie avec espoir.
Les Magnéti se consultèrent du regard et eurent l'air d'être du même avis.
- Faire partie d'une équipe de secours… Ça a l'air sympa ! Bzbzzt !
- Mais… Si vous aviez besoin de nous en urgence… Nous devrions nous installer dans le coin.
Ce que je redoutais était arrivé. J'allais devoir faire attention à ne pas laisser traîner mes moustaches trop près d'eux.
- Y a-t-il une zone adaptée à nos besoins par ici ? Bzbzzt !
- Euh… Hum… Eh bien… A vrai dire… Je n'en sais rien…
- Oh… C'est dommage… Bzbzzt ! Je regrette, mais nous ne pouvons pas rester dans ce cas…
Carrie eut l'air profondément déçue. Les Magnéti le semblaient sincèrement aussi.
- Nous aurons peut-être malgré tout d'autres occasions de travailler ensemble.
Mon acolyte hocha la tête.
- Bon, eh bien au revoir ! Bzbzzt !
Carrie eut l'air dépitée en les regardant s'éloigner.
- C'est dommage…
- Dis, qu'est-ce qu'ils voulaient dire en parlant de zone adaptée à leurs besoins ?
- Eh bien, chaque Pokémon a son propre environnement. Les Pokémon feu vivent plutôt dans les volcans ou les endroits chauds. Les Pokémon eau, dans les lacs, les rivières, les marais ou l'océan. Les insectes, dans la forêt. Les Magnéti quant à eux… Ils vivent en grand nombre près du monde des humains, car ils peuvent trouver toute l'électricité dont ils ont besoin pour se nourrir là-bas.
- Mais comment ils font s'ils ne vivent pas près des humains ?
- Beaucoup de Pokémon électriques vivent souvent dans des régions orageuses.
- Et toi ? Pourquoi tu ne vis pas là-bas ?
Elle sourit doucement, comme si j'avais dit une bêtise attendrissante, ce qui m'agaça un peu.
- Les Pikachu préfèrent vivre dans de jolie forêts claires et pleine de fruits. Ce n'est pas pour rien que j'ai construit ma maison en bordure du Petit Bois.
Elle redevint sérieuse.
- Il faudrait qu'on trouve des endroits où pourraient vivre les Pokémon si on veut recruter…
- On pourrait explorer les environs ? proposai-je.
- Ce serait trop long et trop hasardeux comme recherche. Oh ! Je sais ! Allons sur la place Pokémon demain. Je connais quelqu'un qui pourra nous aider. Il y a un endroit intéressant appelé le Club Grodoudou. Il n'était pas ouvert ces temps-ci… Mais il devrait rouvrir demain. C'est le magasin voisin de la Banque Félicité, tu te souviens ?
Je ne me souvenais pas d'avoir vu un stand vide à côté de la banque. Mais je devais avouer que quand Persian était dans les parages, je n'étais plus vraiment très attentif à mon entourage. D'ailleurs, je ne savais pas pourquoi, mais Carrie semblait toujours agacée quand nous y passions et faisait toujours très vite, si bien que je n'avais pas le temps de voir grand-chose.
- Grodoudou s'y trouve tous les jours normalement. On y trouvera peut-être quelques informations utiles.
- En quoi est-ce qu'il pourra nous aider ?
- Tu verras demain ! Passons à table, je meurs de faim !
Mon estomac se mit à gargouiller, et je me rendis compte que j'étais affamé moi aussi. Le soir était tombé, et nous nous refugiâmes à l'intérieur de la maison pour nous mettre au chaud. Pendant le repas, je ne pus m'empêcher de réfléchir. Carrie remarqua mon manque d'enthousiasme.
- Tu ne manges pas ? D'habitude tu te ressers au moins deux fois…
Je haussai les épaules sans lui répondre. Elle cessa alors de manger et me regarda.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Je pris quelques instants pour lui répondre.
- C'est juste que… Je ne vois pas en quoi je te suis utile.
Carrie me regarda avec un mélange de surprise et d'incompréhension.
- Lors du sauvetage de Chenipan, c'est toi qui a tout fait. C'est toi qui t'occupe des préparatifs chaque matin. Et aujourd'hui, c'est toi qui as élaboré le plan pour vaincre Airmure. Tu te débrouilles très bien toute seule en fin de compte.
Carrie me jeta un regard peiné. Elle ouvrit la bouche pour me répondre, mais je continuai sur ma lancée.
- Et puis je suis un Pokémon de type normal ! Je ne suis avantagé contre personne ! Toi au moins tu peux lancer des éclairs ! Qu'est-ce que je peux faire, moi ?
Voilà, c'était sorti. Je ne supportais pas de me sentir inutile. Pire encore, je détestais avoir l'impression d'être un poids, un boulet.
- Ecoute Matt… Je comprends que ce soit frustrant, mais on ne devient pas doué en combat ni un grand secouriste en un jour. Je me prépare pour cette occasion depuis des années… Et je suis née Pokémon. Alors que toi, tu n'en es un que depuis quelques jours. Tu te débrouilles vraiment très bien, je t'assure.
Je n'étais pas convaincu. Je restais persuadée qu'elle m'avait enrôlé parce qu'elle ne voulait pas devenir secouriste toute seule.
- C'est vrai que le type normal n'est pas le plus avantagé de tous mais… Tu es le seul à être immunisé contre les attaques des Pokémon spectre.
- La belle affaire ! Ils le sont aussi contre les miennes !
- Pas forcément. Un Pokémon n'apprend pas que des attaques du même type de le sien. Personnellement, je peux aussi apprendre des attaques de type normal ou de type combat. Les Pokémon de roche ou de sol se ressemblent et partage souvent les même attaques. Je suis sûre que tu apprendras des techniques qui te seront utiles.
Je méditais sur ses paroles. Pouvais-je vraiment apprendre à devenir un Pokémon aussi doué qu'elle ?
- Je suis persuadée Matt, que tu deviendras un grand secouriste.
