chapitre 63:
Le show du soir était magnifique, John aurait dû être au summum de sa bonne humeur mais le spectacle ne l'intéressait pas le moins du monde, il avait fait son boulot, en tentant de donner le meilleur de lui-même, se souvenant de la demande de Vince la veille: " John t'a intérêt à t'y remettre maintenant que tu as ton Randy parce qu'un Cena terne et sans folie, j'en veux pas ok ?" sauf qu'il n'avait pas son Randy, loin de là même, ce n'était pas aussi simple que ça, malgré son petit moment d'euphorie où il avait eu l'impression d'avoir de nouveau Randy à ses côtés, rien n'était résolu, c'était même encore pire qu'avant car désormais il avait la conscience douloureuse de son absence. Il aurait donné n'importe quoi pour résoudre la situation sauf qu'il ne voyait vraiment pas comment faire pour ça. Il lui fallait l'atteindre avant toute chose et pour ça briser la carapace d'indifférence ou d'hostilité de la vipère suivant les instants, il avait touché le coeur de Randy une première fois, il pourrait le refaire, il suffisait de trouver comment. Perdu dans ses réflexions, il n'avait pas vu Phil venir à sa rencontre, son ami se posta à côté de lui, attendant patiemment qu'il ne remarque sa présence comme sa réaction tardait à venir, il se pencha brusquement pour que son visage n'apparaisse dans le champ de vision de John, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre, John sursauta vivement en reculant d'un pas tandis que le visage mutin de Phil s'éloignait de nouveau, le large sourire amusé du Chicagian était persistant.
- Philou, tu m'as foutu une de ces trouilles!
- Navré ! Répondit-il en tentant valeureusement de retenir son rire.
- Tu veux que je fasse semblant d'y croire?
- Non, te fatigue pas, à ton âge c'est pas conseillé! Plaisanta-t-il.
John esquissa une grimace en guise de sourire, Phil était l'un des plus jeunes de la bande et il aimait le taquiner sur son âge de temps en temps mais il n'était pas le seul à le faire, le spécialiste était Randy pour ce genre de plaisanteries et sans le vouloir Phil avait ravivé la peine de son ami. S'apercevant de son erreur, le jeune brun demanda aussitôt:
- Qu'est-ce qui occupait ton esprit à ce point pour que tu n'aies pas remarqué la sublime présence de ma personne à tes côtés?
Le sourire de John fut un peu plus large pendant un bref instant, il riait malgré lui des airs supérieurs de Phil, sa majesté des mouches réincarnée, il ne lui manquait qu'une couronne mais la réponse qu'il lui fit assombrit aussitôt leur humeur à tous les deux.
- Randy. Souffla John d'un air torturé.
Phil posa sa main sur son épaule et l'attira vers une loge vide en disant simplement:
- Viens!
Il avait observé la soirée et les interactions de John depuis la salle de diffusion, Randy y brillait par son absence, il avait vu John faire de son mieux pour donner le change une fois de plus, éclater d'une bonne humeur forcée, balançant des vannes dont il avait le secret et la foule y avait réagi mais lui ne regardait que ses yeux, ses yeux tristes qui ne brillaient plus du tout, John était si malheureux, manquait tant de vie, après des mois à ne voir que haine et colère chez lui, son chagrin était difficile à supporter pour ses amis.
Phil lui laissa le temps de se détendre, il savait mieux que quiconque qu'il ne fallait jamais le brusquer dans ces moments-là, John finit par parler, de ses sentiments, de son chagrin mais aussi de sa détresse face au comportement de Randy, il lui parla de sa réaction lors de leur rencontre dans le couloir, la réplique de Randy sonna encore plus douloureusement sous le regard compatissant et outré de Phil. Il avait beau comprendre l'état d'esprit de la vipère, son amitié profonde pour John primait et il n'appréciait pas que quelqu'un lui fasse du mal, même Randy, surtout Randy en fait, il savait que John était bien assez grand pour se défendre et assez fort pour encaisser en temps normal mais voilà, on n'était pas en des temps normaux en ce moment!
Il aurait dû savoir que les enfermer dans un ascenseur ne résoudrait pas tout, qu'une fois le stress et le besoin de protéger l'autre disparut, les problèmes resurgirait, il avait juste espérer qu'ils parviendraient enfin à les résoudre une fois les masques tombés. Mais l'ascenseur n'avait fait que resurgir la véritable personnalité de John, sa franchise, son amour, ses faiblesses et cette vulnérabilité qu'il ne montrait que très rarement à quelques privilégiés. Il se rendait compte qu'il avait transformé le coeur de John en une cible mouvante pour la vipère même si elle avait subi la même chose pendant un temps, il ne pouvait approuver cette guerre ridicule de rancunes et de coups bas. John lui sourit tristement et quitta la pièce, il ne voulait pas de sa pitié.
Phil ne chercha pas à le retenir, John n'apprécierait pas de toute façon, comme un animal blessé, il avait tendance à se cacher pour panser ses blessures et malheureusement pour lui, Phil savait que Randy lui en infligerait bien d'autres avant qu'ils ne parviennent à se réconcilier définitivement et même si ça ne lui plaisait pas, il n'avait pas d'autres choix pour le moment que de laisser faire en croisant les doigts pour que John ne s'en sorte pas trop mal.
Les jours suivants, John tenta de s'approcher de nouveau de Randy, il ne demandait pas de gestes d'amour mais qu'au moins, son ami prête attention à lui pendant quelques secondes, qu'il daigne répondre à ses regards ou au moins à ses questions mais la vipère se montrait glaciale, dressant un tel mur entre eux deux que John envisagea d'acheter des piolets et des crampons.
- Fais froid ici non ? Demanda-t-il abruptement.
Randy lui lança un regard désabusé sans répondre et John ajouta :
- Tu aurais pu dire que tu avais laissé ouvert la porte du congélateur qui te sert de cœur, j'aurais prévu un passe montagne avant d'entrer.
Les yeux de Randy s'étrécirent de colère, au moins John était sûr qu'il l'avait écouté cette fois :
- Et toi. Lui répondit-il avec rage. Tu aurais pu me dire que t'étais le roi des cons, ça m'aurait évité la connerie de te prendre dans mes bras.
John encaissa difficilement le choc, la bouche ouverte comme un poisson hors de l'eau, il semblait justement suffoquer, suffoquer de douleur, c'était la première fois que Randy lui disait regretter leur histoire d'amour et ça faisait foutrement mal, son cœur s'était brisé dans un bruit si sinistre qu'il le fit trembler de la tête au pied, il ravala la boule qui s'était formée dans sa gorge, « les hommes ne pleurent pas John, oui papa » avait-il répondu la dernière fois que cette pensée lui avait traversé l'esprit et Randy l'avait entendu, c'était un souvenir douloureux mais la souffrance d'alors n'était rien comparée à celle qui lui vrillait la poitrine aujourd'hui, elle lui coupait le souffle et il resta là, incapable de répondre ni d'encaisser sous le regard de Randy, il ne savait pas ce qui était le pire, la morsure venimeuse de sa réplique ou l'indifférence totale qu'il manifestait face à la blessure qu'il venait de lui infliger. Randy savait frapper là où ça faisait le plus mal, si John manipulait les mots avec adresse, Randy lui parlait peu mais il parlait juste, il maniait les mots comme des armes et il savait choisir les plus pointus pour qu'ils s'enfoncent droit dans le cœur de sa victime, John avait beau le savoir, ça n'en réduisait pas pour autant la souffrance.
Il força ses poumons à se gonfler d'air, celui-ci le brûla au passage et il eut l'impression que les fragments de son cœur étaient impitoyablement écrasés par ses poumons, doucement il laissa l'air s'échapper entre ses lèvres en fermant les yeux une seconde puis il quitta la pièce sans un mot, il referma doucement la porte derrière lui et s'éloigna en titubant.
La scène était trop similaire pour que Randy ne fasse pas le rapprochement avec la dernière fois qu'il avait quitté la chambre, le chagrin de John était toujours silencieux, il n'était pas ceux qui braillent à tue-tête en laissant sortir toute la douleur du monde de leur bouche, John souffrait en silence, il était capable d'encaisser bien des choses mais au fond de lui, Randy savait qu'il avait cruellement blessé John sans aucune raison et il n'en était pas fier, il se laissa tomber sur le banc pour finir de lasser ses bottes, déchaînant sa propre fureur sur ses malheureux lacets qui cédèrent sous ses doigts.
Il contempla les deux morceaux de lacets entre ses doigts avec chagrin, John se serait moqué de lui en le voyant faire, il l'aurait sans doute de nouveau appelé Brutus et ils auraient ri ensemble avant que John ne l'aide à changer le lacet très long de sa botte en le taquinant sauf que vu ce qu'il venait de lui dire, ça ne risquait pas de se produire et il soupira fortement avant de faire un simple nœud pour réparer ses lacets cassés, il n'avait pas le courage de les changer pour le moment.
Il fallait qu'il se sorte John de la tête, John ceci, John cela, il aurait fait si ou ça, John n'était plus son homme, c'était fini, définitivement fini ! Et pourtant….
John ne réapparut pas de la soirée, personne ne l'avait plus vu depuis cet épisode, pas même Phil et ça l'inquiétait, il alla demander à Randy s'il l'avait vu et ce dernier lui répondit qu'il l'avait croisé quelques minutes pas plus, le temps d'échanger deux phrases.
- Deux phrases à propos de ?
- Si on te le demande, tu diras que tu n'en sais rien !
- Randy, attends !
Mais Randy l'avait déjà contourné avec indifférence et quittait le couloir sans se retourner, Phil renonça à trouver John et rejoignit Chris, il avait toujours son air renfrogné quand il le rejoignit et le Canadien lui caressa la joue avec tendresse en disant :
- Qu'est-ce qui t'arrive mon nourson ? T'as pas eu ta ration de miel ?
Phil se jeta sur ses lèvres avec passion avant de se détacher en disant :
- Ça va déjà mieux ! Sourit-il. Vive le sirop d'érable !
- Tu sais que c'est un cliché total ça ?
- Arrête tu t'en gaves comme une dinde ! On aura plus qu'à te farcir pour Noël !
- Tu vas voir !
- Faudrait déjà que tu m'attrapes pour ça dit-il en s'élançant à travers les couloirs.
Chris se lança à sa poursuite mais le jeune Brun était et serait toujours plus rapide que lui.
- Appelle un caribou Lança Phil en sortant en trombe sur le parking.
Mais Chris avait pour lui l'habitude et l'ancienneté, dans un virage très serré, il parvint à le rattraper avant de couper par un couloir latéral et de surgir pile poil en face de lui alors il l'immobilisa contre le mur extérieur du stade, la nuit était noire et déserte et il captura le souffle de son amant avec délice jusqu'à ce qu'ils perçoivent une ombre qui s'éloignait discrètement.
- John ? Appela l'Américain en reconnaissant son ami.
- Passez une bonne soirée les gars dit-il d'une voix rauque.
Phil se dégagea des bras de son homme pour rattraper son ami, il l'attrapa par le bras pour l'arrêter.
- John, qu'est-ce qui se passe ?
- Tout va bien, va rejoindre Chris, il t'attend.
- John regarde-moi ! Il tira sur son bras pour le forcer à lui faire face et aperçut son regard hanté avant que John ne détourne le regard. Hey ! C'est Randy c'est ça ? Explique-moi !
- Pas ce soir. Répondit John d'une voix sourde avant de se dégager.
Phil le laissa partir et revint se blottir dans les bras de Chris mais tout désir avait disparu, il ne pouvait oublier son regard, John semblait… brisé !
Ce soir-là, John entra seul dans un bar pour la première fois depuis des mois, il commanda une bière et alla s'asseoir au fond de la salle dans un coin sombre qui correspondait parfaitement à son humeur du soir, alors il se replongea dans ses souvenirs empreints de morosité en jouant avec la condensation qui coulait le long de son verre d'un air absent. Il était à des milliers de kilomètres de cette salle, de ce bar, il était auprès de Randy, là où il aurait voulu être pour de vrai, pour de bon.
« Chagrin d'amour » avait marmonné le barman en le voyant s'éloigner après avoir payé sa bière.
Il voyait des types de son genre tous les jours, des pauv' gars que l'amour ou qu'une fichue bonne femme avait foutu en l'air, alors ils arrivaient dans son bar pour noyer leur chagrin dans l'alcool jusqu'à tomber dans l'oubli puis dans l'ivresse totale. C'était le plus souvent de bons gars, réduis à l'état de loques quand ils franchissaient la porte de son bar, alors ils buvaient plus que de raison et s'épanchaient sur lui de tous leurs malheurs. Il était d'une oreille attentive et compatissante, les chagrins d'amour il connaissait trop bien et il concluait souvent les confidences de ses clients d'un « Baah, les bonnes femmes, toutes les mêmes ! » mais le grand costaud qui venait de prendre sa bière n'était pas de cette trempe-là, il était de ceux qui portent leur chagrin dans leur yeux jusqu'à ce qu'il remplace toute part d'humanité en eux, il était de ceux qui souffrent en silence en buvant trop ou pas assez, ils passaient des heures à réfléchir sans parler et repartaient encore plus malheureux et vidés qu'à leur entrée. Il avait toujours peur de lire dans le journal le lendemain qu'un de ces pauv' types avait fini en bas d'un pont ou au fond d'une rivière, aussi jetait-il fréquemment des coups d'œil à John, « Pffff boit pas du tout, les pires ! » Bougonna-t-il en essuyant un verre.
Il resta là sans bouger pendant un long moment avant de se lever sans avoir toucher une seule gorgée de sa bière, le barman croisa son regard au moment où il quitta son bar, ses yeux contenaient quelque chose de différent, quelque chose qu'il n'avait jamais vu chez un type comme lui, l'espoir, c'était la première fois qu'il voyait passer un type de l'état de loque à celui d'optimiste en 27 ans de carrière derrière ce comptoir, il n'en revenait pas ! L'homme alla jusqu'à lui sourire en le remerciant en déposant sa bière désormais chaude sur le comptoir avant de quitter le bar.
Il ne rentra pas pour autant à l'hôtel, il se mit à marcher, marcher inlassablement et ses pas le conduisirent auprès d'un parc qu'ils connaissaient bien Randy et lui, ils y venaient à leurs débuts quand ils pouvaient encore s'allonger dans un parc public sans être envahi de fans hystériques, ils passaient des heures vautrés dans la pelouse à discuter en imaginant leur avenir, déjà à l'époque ils n'envisageaient pas d'être longtemps loin l'un de l'autre sans pour autant imaginer qu'ils finiraient dans les bras de l'autre.
John se laissa tomber dans la pelouse humide de la nuit, l'aurore n'était plus très loin et il s'allongea sur le dos, les yeux tournés vers le ciel palissant tandis que son esprit , lui, déroulait certains de ses plus beaux souvenirs avec Randy dans ce parc, les fous rires interminables nés de ses plaisanteries vaseuses ou de sa naïveté, c'était Randy qui lui avait appris à voir le monde tel qu'il était et non plus au travers de ses yeux rêveurs d'enfant, il avait pourtant beaucoup galéré dans ses jeunes années, refusant de demander de l'aide à sa famille qui en aurait pourtant largement eu les moyens mais il était déjà fier à l'époque et il ne pouvait oublier qu'il s'en était sorti grâce à Randy à cette époque même s'il ne l'avait su que bien plus tard, lors d'un entretien avec Vince au moment de faire son entrée dans le monde des grands, il devait tout à Randy, il ne l'avait jamais oublié et n'avait pas tardé à lui renvoyer l'ascenseur mais aujourd'hui encore, près de 12 ans plus tard, il ne s'estimait toujours pas quitte envers lui, Randy avait assuré que son amitié sincère et réelle était le plus beau des cadeaux et qu'elle lui suffisait amplement comme remerciement, ils ne s'étaient jamais quittés depuis ! L'aube se leva doucement, trouvant un John toujours éveillé dans un parc désert, une nuit de plus à cogiter ne lui avait apporté aucune réponse, juste renforcé la conviction qu'il l'aimait de toute son âme et qu'il ferait n'importe quoi pour lui prouver.
Le soleil monta dans le ciel et les premiers promeneurs sortirent de chez eux, John se leva et quitta le parc, il était temps de regagner le stade pour prendre sa voiture, il avait un avion à prendre ce matin.
Quelques heures plus tard, il survolait le New-Jersey, le vol n'était qu'à son début et serait particulièrement long et difficile à supporter pour John. Il avait embarqué vers 8h30 avec d'autres superstars qu'il avait saluées avec un joie tout ce qu'il y avait de feinte, il avait croisé le regard de Phil au loin et le jeune brun était venu à sa rencontre pour lui parler rapidement :
- Nuit difficile ? Lui avait-il murmuré en le serrant dans ses bras.
- Non, très bonne avait-il répondu en regardant Chris lui sourire.
John ne put s'empêcher d'avoir un pincement au cœur en voyant ça, Phil le serrait dans ses bras devant tout le monde, y compris son compagnon qui n'en éprouvait aucune jalousie, il semblait même approuver et l'encourager, pourquoi Randy n'avait-il pas su lui faire la même confiance ?
Il sentait le regard de la vipère sur sa nuque et il était loin d'être aussi tendre et compréhensif que celui de Chris, il ne put s'empêcher de frissonner et Phil le lâcha.
- John, tu portes les mêmes vêtements qu'hier soir et ils sont tous froissés.
- Bien vu Sherlock, des fois ça serait vraiment génial que tu sois moins observateur !
- Désolé Johnny, je suis né comme ça !
- Faudra que je pense à adresser une lettre de réclamation à tes parents ! Plaisanta-t-il.
Phil rit de la blague en proposant de lui donner leur adresse et le regard de John s'éclaira brièvement sous ses éclats de rire peu naturels.
- Tu veux en parler maintenant ? Demanda Phil inquiet.
- L'avion nous attend ! Répondit John en s'éloignant de lui.
Une fois l'enregistrement terminé, John était grimpé dans l'avion à son tour, sans grand enthousiasme, il avait effectué cette réservation-là des mois plus tôt, en compagnie de Randy, ils vivaient alors le parfait amour et avaient réservé des sièges voisins en première classe, les places étaient disposées pour offrir le maximum de confort et d'intimité aux passagers aussi John était particulièrement isolé du reste des catcheurs, il était monté après Randy et l'avait découvert assis côté hublot, John avait serré les dents et c'était laissé tomber côté couloir en retenant un soupir.
Il était claustrophobe, Randy le savait parfaitement, il lui avait toujours cédé le côté hublot sans discuter, lui proposant même depuis le jour où il l'avait compris de lui-même car John refusait de laisser paraître la moindre faiblesse même aussi infime que celle-ci mais Randy avait vite compris et depuis qu'ils étaient amis et voyageaient ensemble, il lui laissait ce côté-là, il lui était déjà même arrivé de demander poliment à d'autres passagers d'échanger leurs places pour permettre à John d'avoir un hublot. John avait toujours été touché de sa tendresse et du soin qu'il lui témoignait, il y avait tellement d'années qu'ils se côtoyaient qu'il considérait presque ces marques d'affection comme acquises. Il ne demanda pas à échanger leurs places, il ne s'abaisserait pas à mendier la compassion de son ami, s'il s'était installé là ce n'était pas sans raison mais en toute connaissance de cause, Randy voulait le faire souffrir, il s'amusait à ses dépens. Et pourtant, il n'avait même pas daigné tourner la tête vers lui quand il était venu s'installer à ses côtés, il ignorait ce qu'il cherchait à lui faire payer aujourd'hui, il n'avait pourtant rien fait pour attiser la colère de la vipère.
Contrairement à ce que John pensait, Randy l'avait observé s'installer sur le second siège, il avait perçu sa peine et son inconfort ainsi que sa surprise et bien que John n'ait pas prononcé le moindre mot, il avait compris ses interrogations mais il ne céderait pas à la tentation de lui répondre, il l'avait vu ce matin avancer dans la foule en l'ignorant superbement, comme s'il n'était guère plus qu'un objet de décoration encombrant puis il avait salué les autres et Phil était venu le prendre dans ses bras, il l'avait laissé le toucher, le câliner quand il lui avait refusé à lui ce droit suprême pendant de longs mois et ce contact avait ravivé sa colère, cherchait-il à attiser sa jalousie pour qu'il revienne se jeter dans ses bras ? Il ne tomberait pas dans ce piège, il avait trop souffert avec John et bien qu'il l'aimait toujours comme un fou, il refusait de prendre encore le risque de s'attacher à lui, John ne l'aimait pas, c'était uniquement sexuel pour lui, il revoyait leurs derniers jours en couple, la façon qu'il avait de lui glisser entre les doigts, ne lui donnant que le minimum syndical d'affection et puis cette nuit où il l'avait abandonné pour Wade, revenant au matin en le réveillant d'un baiser tendre qui s'était transformé en étreinte passionnée, un merveilleux souvenir très vite entaché par le réveil de John quelques heures plus tard et sa nouvelle fuite, John n'avait fait que le fuir pendant toute leur relation, en lui offrant le côté couloir, il lui donnait une dernière fois la possibilité de s'enfuir en courant suivant sa spécialité !
Mais John ne bougea pas, il s'assit à côté de lui sans parler, il mordait parfois sa lèvre et se forçait à respirer calmement, comme il l'avait fait dans l'ascenseur pour contrôler son stress, Mr Je Contrôle et il osait dire que c'était lui le maniaque du contrôle ! Les heures passaient lentement, le vol en durerait 7, John ne pourrait pas contrôler indéfiniment, il devrait céder à un moment ou un autre, lui parler ou fuir, ou bien fuir en parlant, la tension qui se dégageait de lui était énorme, Randy savait au fond de lui à quel point il rendait les choses difficiles pour John mais le sang de la vipère coulant dans ses veines l'empêchait de faire autrement. Il finit par sortir son MP3 de sa poche et mit ses écouteurs sans lancer de musique, le silence était son royaume, il ne serait pas celui qui le romprait mais il ne voulait pas mettre de musique pour être sûr de ne pas manquer le moindre son émit par John, si la situation devenait trop difficile à vivre pour lui, il devrait agir et échanger leurs places quitte à briser lui-même le jeu mis en place, il ne pouvait pas supporter de voir John souffrir surtout quand il était responsable de sa douleur.
Randy refusait de parler, il avait même fini par sortir son mp3 signifiant ainsi son désintérêt total pour John, il avait parfaitement reçu le message, « Tu peux crever » était même inscrit sur son visage fermé, ses yeux étaient parfois même furibonds et John se demandait quelle était la raison de cette haine subite à son égard, il ne comprenait pas comment ils en étaient arrivés là, à son retour, ils semblaient tous deux plus calme, plus disposés à vivre l'un à côté de l'autre à défaut de vivre l'un avec l'autre. John l'avait repoussé, Randy avait choisi de le laisser partir et tout fonctionnait relativement bien entre eux en dépit de ce sentiment profond de mourir à petit feu en voyant l'autre s'éloigner, puis leurs amis avaient monté ce coup dans l'ascenseur et l'amour les avait de nouveau consumés, John s'était senti vivre comme jamais dans ses bras, heureux et libre, rendu plus fort par sa seconde moitié, Randy avait gâché son euphorie mais ils s'étaient expliqués et il croyait que tout se passerait bien jusqu'à ce qu'il sente Randy se tendre de plus en plus à côté de lui, il sentait la vipère en lui prête à le mordre sans qu'il n'en comprenne la raison et il l'avait lâché. Depuis, plus rien ne fonctionnait du tout, Randy se montrait d'une froideur et d'une hostilité jamais encore égalée et lui prenait coups sur coups en serrant les dents quand tout ce qu'il avait envie de faire était de le serrer dans ses bras mais cette fois Randy avait dépassé les sommets de la cruauté et John souffrait profondément, non pas de la claustrophobie comme devait le penser Randy mais de son attitude à son égard, il traiterait sans nul doute mieux un chien errant galeux que lui ! Mais John tenait bon, il refusait de lui accorder cette victoire sur lui, il ne lui montrerait pas l'effet dévastateur que ces coups-bas avaient sur lui, il ne le laisserait pas le briser ainsi en lui offrant la satisfaction de le voir s'effondrer en larmes une fois de plus.
L'avion se posa au grand soulagement de John, les 7 dernières heures de sa vie avaient été un enfer, il ne voulait qu'une chose, sortir de ce maudit appareil ! Dès que le signal lumineux indiquant de rester assis s'éteignit, John bondit de son siège, il se tourna alors une dernière fois vers Randy qui était toujours vautré sur son siège avec ses stupides écouteurs et l'appela :
- Ran' ?
La vipère se tourna immédiatement vers lui, une expression indéchiffrable sur le visage.
- Ils ont tous tort tu sais, tu n'es pas mon Randy.
John ne lui laissa pas l'occasion de répondre et se dirigea vers la porte de sortie la plus proche avec empressement laissant Randy interloqué.
« Tu n'es pas mon Randy » Qu'avait-il voulu dire par là ? Parlait-il de lui comme du Randy qu'il connaissait depuis toujours et qui ne lui aurait jamais fait un coup aussi tordu que celui-là ou bien parlait-il de son Randy comme d'une propriété personnelle ? Comme il le faisait par le passé en disant qu'il était à lui ? « Il n'y a pas de nous, il n'y a jamais eu de nous, il n'y a que toi et ce que tu croyais posséder, et je n'en fais pas parti ! » Cette phrase avait résonné des milliers de fois dans son esprit, brisant tout ce en quoi il croyait ! Il avait raison après tout, il n'y avait jamais eu de nous puisque John ne l'avait jamais aimé mais alors pourquoi semblait-il si blessé chaque fois qu'il le repoussait ? Avant qu'il ne pense à se ruer après lui pour lui poser la question, John était déjà perdu au milieu d'une foule compacte qui attendait pour sortir, dès que l'escalier fut mis en place, il se rua à l'extérieur et il était déjà hors de vu lorsque Randy atteignit à son tour l'escalier mobile.
John récupéra rapidement ses bagages à la sortie, les autres passagers étaient descendus à leur tour mais John gardait toujours une longueur d'avance, il était prêt à abandonner ses bagages sur place mais ils étaient précieux pour lui et ne voulait pas attirer l'attention déjà bien exacerbée de Phil en les laissant sur place pour courir à l'extérieur. Dès qu'il s'en fut emparé, il quitta en trombe le terminal de l'aéroport et croisa Phil qui venait en sens inverse avec un chariot à bagages vide pour Chris et lui. Son ami le regarda et lui saisit le bras pour l'arrêter mais John se dégagea vivement en aboyant un « J'ai dit pas maintenant Phil ! » avant de se ruer dehors. Phil le laissa partir, sous le choc, il n'avait jamais vu John aussi mal au point que maintenant, ses yeux contenaient tant de peine et de douleur qu'il semblait à deux doigts d'exploser en sanglots et seul sa rage à fleur de peau le tenait encore debout. La colère de Phil explosa à son tour et il se dirigea vivement vers Randy en l'attrapant à son tour par le bras pour le faire se retourner en disant :
- Qu'est-ce que tu lui as encore fait ?
- Hein ?
- John ! Je viens de le croiser, il est anéanti et ne joue pas au con avec moi, je sais que c'est toi qui l'a mis dans un état pareil !
- Je lui ai absolument rien fait !
t- Randy, je te préviens, je t'avais déjà mis en garde à l'époque, John est mon ami, il a ses torts et je ne cherche pas à le couvrir, mais si tu lui fais encore une fois du mal, je te jure que cette fois je n'hésiterais pas à te casser la gueule pour de bon !
- C'est une menace ? Demanda la vipère avec un léger sourire amusé.
- Absolument et vire-moi ce sourire avant que je te le fasse avaler avec tes dents.
Randy le toisa une seconde avant de le contourner sans plus d'attention que s'il avait été un meuble gênant dans le passage, Phil se retourna pour le regarder partir, le regard noir et Chris le rejoignit quelques secondes plus tard.
- Punky? Un problème ?
- Non ! Grogna Phil. Avant d'aider son Canadien à poser les bagages sur le chariot. Rien que je ne saurais gérer moi-même.
Chris ne posa pas plus de question, il connaissait le caractère de son compagnon, si Phil avait un problème, il le réglerait en personne et très rapidement ! Il n'aimerait pas être celui qui avait mis son amant dans une telle rage pensa-t-il en se dirigeant vers la sortie avec lui.
