Je mis plusieurs longues secondes à retrouver mes esprits lors de mon réveil. Comme si mon cerveau fonctionnait au ralenti et avait du mal à assimiler les informations.
- Hé Frimousse, ça va ?
Je tournai la tête. Carrie se tenait à côté de moi, l'air inquiète.
- Oui, ça va, je…
- Pas trop secoué ? C'était assez violent…
- Alors ce tremblement de terre…. Ce n'était pas que dans mon rêve…
Elle me regarda d'un air que je ne sus déchiffrer.
- Tu as refait un rêve ? Avec Gardevoir, je veux dire.
- Oui…
Je tentai de me rappeler tout ce qu'elle m'avait dit. Chaque fois qu'elle m'apparaissait dans mes songes, mon esprit était embrumé au réveil, et j'avais beaucoup de mal à me souvenir de tout clairement. C'était comme confondre la réalité avec un rêve, sauf que dans ce cas, je doutais chaque fois d'avoir réellement rêvé. C'était une sensation très étrange. Je lui racontai ce dont je me souvenais tout en l'aidant à ranger la maison, qui avait été mise à sac par la secousse. Les objets étaient tous tombés des étagères, et les sacs de provisions avaient été renversés, des pommes et des baies roulaient partout dans la pièce.
- Donc si je résume… Elle t'a dit que tu avais été changé en Pokémon pour remplir une fonction… Mais elle n'a pas eu le temps de t'en dire plus ? Rien du tout ?
Je secouai la tête.
- C'est très vague comme information…
- Je ne te le fais pas dire… J'en ai assez d'être sans cesse interrompu quand je la rencontre ! J'aimerais connaître la vérité une bonne fois pour toutes !
Carrie posa doucement une patte sur mon bras.
- Je comprends que ce soit difficile pour toi… Mais je suis sûre que bientôt, tu sauras tout. Nous savons déjà que tu n'es pas l'humain de la légende, c'est positif ! Et puis maintenant que nous sommes rentrés, notre sommeil sera plus reposant, Gardevoir pourra sûrement t'apparaître plus facilement. Peut-être que la nuit prochaine elle te donnera les informations qui te manquent ?
- Je l'espère…
Mais les jours passèrent, et Gardevoir ne refit pas d'apparition. Les secousses continuaient, et se produisaient même de plus en plus souvent. Les habitants de la région commencèrent à s'inquiéter, surtout depuis qu'ils avaient appris par quoi elles étaient provoquées. L'avantage, c'est qu'au moins la nouvelle du réveil potentiel de Groudon était le nouveau sujet de conversation numéro un, et on nous laissait un peu plus tranquilles. Nous n'étions plus interrogés chaque jour par des curieux qui préféraient entendre nos aventures de vive voix plutôt que de les lire dans le journal.
- Ça fait déjà un petit moment que l'équipe d'Alakazam est partie… Elle n'est toujours pas revenue et les secousses ne s'arrêtent toujours pas… Je commence à m'inquiéter…
Je grognai. Carrie pardonnait plus facilement que moi, mais je n'étais pas vraiment disposé à me sentir inquiet pour ceux qui nous avaient traqués jusqu'à l'autre bout du continent.
- La mine où vit Groudon n'est pas toute près non plus, laisse leur le temps d'y aller et de résoudre le problème. Je suis sûr qu'ils s'en sortent très bien.
- Oui… Tu as raison. Ils sont très forts… et même si Groudon l'est aussi, ils devraient s'en sortir. Quant à nous… Il faut qu'on continue les missions de sauvetage.
- Oui, avec toutes ces secousses il y a pas mal de dégâts, donc de Pokémon à secourir. On a de quoi s'occuper, c'est pas comme si on se tournait les pouces !
En effet, les tremblements de terre avaient déclenché de nombreux effondrements de terrain, avaient ouverts de nouvelles crevasses et provoqué bien d'autres catastrophes encore. Tout cela en plus des autres calamités qui continuaient, nous étions débordées. Et les habitants de la région étaient paniqués.
- Ce tremblement de terre était horrible ! On a été secoués comme des pruniers ! se plaignit Chétiflor.
- Oui, ça m'a tellement surpris que j'ai failli tomber dans l'étang ! ajouta Lombre.
- Si un tremblement de terre a pu se produire ici, qu'est-ce que ça va être ensuite ? s'inquiéta Snubbull.
- Moi j'ai eu si peur que je me suis mis à cracher de la soie partout… confia Chenipan, un peu honteux. C'était un vrai bazar pour tout le monde.
- Moi je me suis endurcis, et je ne pouvais plus faire un pas… dit Chrysacier. Je n'arrêtai pas de trembler dans ma coquille…
- Je n'arrive pas non plus à me détendre… soupira Barbicha, lui qui était toujours si tranquille. Mon barbillons me permettent de prévoir les secousses, et de nombreuses vont encore avoir lieu !
Si Barbicha se chargeait de prévenir de son mieux les habitants des secousses qui allaient avoir lieu, la capacité d'Absol était bien plus développée, et il pouvait ressentir de façon plus précise les catastrophes qui allaient se produire. Il était donc sans cesse en déplacement pour tenter de prévenir tout le monde et ainsi éviter que les Pokémon soient touchés. Nous ne le voyions plus très souvent, mais il nous était d'une grande aide, car tout Pokémon prévenu pouvait éviter d'être blessé, et était donc un Pokémon de moins à secourir. Nous proposâmes à Békipan de lancer des avis à travers le continent pour inciter les autres Absol à suivre son exemple et venir en aide aux équipes de secours. Il trouva l'idée excellente et se mit aussitôt au travail. Tout le monde y mettait du sien et faisait de son mieux. Il fallait de toute façon se serrer les coudes pour affronter la situation. Un matin, nous trouvâmes une annonce sur le panneau d'affichage de la Poste Békipan qui nous intrigua.
- « Arrêtez le gang des Férosinge » ? Qu'est-ce que c'est ?
Nous décrochâmes le papier pour le lire, mais nous n'en eûmes pas le temps. Deux étranges Pokémon qui passaient leur temps devant la Poste Békipan depuis quelques jours se précipitèrent vers nous. Ils se ressemblaient énormément, ils devaient être de la même famille de Pokémon. Tous les deux bleu ciel, les yeux plissés, une bouche très grande et une sorte de queue noire traînant derrière eux, le premier était petit avec une espèce de bosse sur la tête et des oreilles tombantes, le second était beaucoup plus grand et avaient des bras qui semblaient trop petits.
- Hum… Bonjour ? dit le plus petit. Je suis Okéoké, et lui c'est…
- Qulbutoké ! s'exclama joyeusement le plus grand en faisant une sorte de garde à vous.
- C'est nous qui avons déposé cette annonce. Cela fait des jours que nous attendons que quelqu'un la remarque…. Mais avec tout ce qui se passe en ce moment, toutes les équipes avaient des choses plus urgentes à faire…
Il semblait désespéré.
- En quoi pouvons-nous vous aider ?
- Un gang de méchants Férosinge fait sa loi dans notre forêt. Tout le monde en a assez !
- Qulbutoké !
- Personne ne sait pourquoi ils sont si violents… mais ils sont toujours en colère et attaquent quiconque croise leur chemin !
- Qulbutoké !
Qulbutoké ne semblait pas savoir dire grand-chose d'autre que son nom, qu'il répétait presque à chaque phrase de son compagnon comme pour montrer son approbation, le tout en reproduisant chaque fois son espèce de salut. Je me demandai si tous ceux de son espèce étaient comme ça ou si celui-ci était simple d'esprit. Je n'eus pas la rudesse de poser la question.
- Hum… Effectivement, c'est très ennuyeux.
- Nous allons nous en occuper.
- Vraiment ?
- Oui. Cela ne devrait pas trop nous retarder pour nos autres missions, et puis vous aussi vous avez besoin d'aide. Vous ne pouvez pas continuer à vivre sous leur tyrannie comme ça. Nous allons nous en charger.
- Oh, merci ! On compte sur vous alors !
Ils nous indiquèrent l'emplacement du Bois Brouhaha où ils résidaient. Nous demandâmes à Absol, qui pour une fois se trouvait en ville, s'il souhaitait venir nous prêter main forte. Après tout, nous ne savions rien de ce gang, combien étaient-ils et à quel point étaient-ils forts ? Il valait mieux se montrer prudents.
Le bois était à quelques heures de marche de la Place Pokémon. Nous comprîmes rapidement la raison pour laquelle ce nom lui avait été donné. Les habitants étaient tous particulièrement bruyants. Les insectes faisaient des bruits de crissement tous ensemble, provoquant un véritable vacarme, les Chuchmur poussaient des cris aigus très désagréable pour l'oreille, quant aux Ramboum et aux Brouhabam, tous de la même famille de Pokémon, ils ne savaient pas s'exprimer sans crier et leur niveau sonore était particulièrement élevé.
- Je peux comprendre que les Férosinge soient irrités dans un endroit aussi peu tranquille. grimaça Carrie en se bouchant les oreilles.
Une horde de Pokémon passa au-dessus de nous, se déplaçant d'arbre en arbre tout en poussant des cris sauvages. C'était justement un groupe de Férosinge.
- Je retire ce que j'ai dit. Ils sont encore plus bruyants que les autres.
Le groupe ne mit pas longtemps à nous remarquer parmi les habitants de la forêt et se dirigèrent vers nous avec des regards menaçants, agitant leurs poings en l'air et sautillant sur place d'un air hargneux. Leur corps formait une boule ronde recouverte de fourrure beige d'où dépassaient leurs bras, leurs jambes et leur queue, dont les extrémités étaient marron. Ils avaient de petits yeux perçant, des oreilles pointues et un groin semblable à celui d'un Groret.
- Hé ! Qu'est-ce que vous faites là vous ?
- On ne vous a jamais vu ici ! Vous n'êtes que des intrus !
- C'est pas pour nous vanter mais… quand on s'énerve, on fait des dégâts !
- Il n'y a aucune raison de s'énerver. leur répondit calmement Carrie, tentant le dialogue avant toute chose. Du calme, nous sommes venus pour vous parler. Les habitants du coin se plaignent de votre comportement… Il faut que vous arrêtiez de martyriser et d'attaquer tout le monde.
Mais ils ne nous écoutèrent pas.
- …Regardez-moi ceux-là… Ce regard bovin… Beurk !
- J'ai horreur des donneurs de leçons ! Qu'est-ce que ça m'agace ! Je craque !
- Chopez-les ! On va leur faire passer un sale quart d'heure !
- Bon, tant pis pour la méthode douce. soupira Carrie. On attaque !
Les Férosinge se jetèrent sur nous, poings en avant. Je sortis mes griffes et mes crocs, les plantant dans tous ceux qui s'approchaient de moi. Absol fit de même, et Carrie leur régla leur compte une bonne fois pour toutes en les électrisant tous en même temps. Cela les calma brutalement. Ils n'étaient en réalité pas très forts, mais surtout très agressifs et hargneux, ce qui devait effrayer les habitants du bois.
- Ah… C'est déjà plus silencieux quand vous êtes calmes. déclara Carrie avec un petit sourire satisfait. Bon, maintenant écoutez-moi bien. Vous allez arrêter de tyranniser les habitants de la forêt et faire le moins possible parler de vous. Si on nous rapporte la moindre plainte, on reviendra vous mettre une raclée, et ce, autant de fois qu'il le faudra pour que vous compreniez la leçon. C'est compris ?
Ils poussèrent de petits couinements et s'enfuirent sans vraiment répondre, regagnant les arbres qui devaient être leur territoire.
- Je crois qu'ils ont compris. Ils n'ont pas l'air d'avoir aimé ta dernière décharge.
- Alors mission accomplie. Je crois qu'on peut rentrer maintenant.
Nous retournâmes alors à la Place Pokémon, sans oublier avant de partir de prévenir les habitants de nous appeler s'ils venaient à recommencer. Tous nous remercièrent pour notre intervention et s'en retournèrent gaiment à leurs activités, visiblement heureux d'être débarrassés de la tyrannie des Férosinge. Okéoké et Qulbutoké accueillirent à leur tour la nouvelle avec joie.
- Comme promis, on a montré au gang Férosinge qu'il ne devait pas faire l'imbécile. Ça leur apprendra à être si sauvages.
- Merci pour tout, vous deux, vraiment. Nous allons enfin pouvoir rentrer chez nous et vivre en paix… Nous vous sommes si reconnaissants !
- Qulbutoké !
- Tenez, voici en remerciement…
Il nous donna un petit panier rempli de fruits secs dans les tons marron. Nous le contemplâmes d'un air surpris, ne sachant trop que faire de ce « dédommagement ».
- C'est… Hum… Ce sont des châtaignes ?
- Oui, des châtaignes sans bogue. En fait… Nous n'avons pas d'argent… C'est tout ce que nous pouvons vous donner pour vous remercier… Cela doit vous décevoir…
Il semblait tout penaud de son piètre moyen de paiement.
- Hum… Non… Ça nous va très bien… dit Carrie en souriant, tentant de cacher sa déception. Les châtaignes, c'est délicieux… Ha ha ha…
Moi aussi j'étais un peu déçu d'avoir travaillé gratuitement aujourd'hui. Malheureusement, l'Académie des Explorateurs et des Secouristes ne versait aucun salaire aux équipes de secours. Notre gagne-pain, c'était uniquement l'argent que nous versaient nos clients en récompense pour notre aide. Parfois, ils nous donnaient aussi de la nourriture ou des objets utiles. L'important était que nous ayons de quoi remplir notre assiette pour le dîner. Et heureusement, Carrie était assez économes pour qu'on ne se retrouve jamais sur la paille. Ça n'en avait pas l'air, mais les objets que nous achetions chaque matin au Marché Kecleon étaient très coûteux, et il n'était pas question de marchander avec ces avares de commerçants qui, eux, vivaient plus que confortablement !
- Hé, vous !
Nous sursautâmes lorsqu'une voix nous interpela. C'était le gang des Férosinge.
- Vous ?! Vous ne nous avez quand même pas suivis jusqu'ici pour vous venger ?
- Dans le mille !
- Vous avez juste eu de la chance !
- Mais on ne plaisante pas avec nous !
- On ne perdra pas cette fois !
- On va vous pulvériser !
Nous soupirâmes en parfaite synchronisation. Absol était déjà reparti, mais même à deux, nous n'aurions aucun mal à les vaincre une deuxième fois. Ils se précipitèrent vers nous, mais freinèrent d'un coup sec au dernier moment, alors que nous nous tenions prêt à répliquer. Je restai sur mes gardes, soupçonnant une ruse. Mais ils fixaient quelque chose posé entre nous deux : le panier que venait de nous donner Okéoké.
- Hé ! Regardez ça !
- Des châtaignes ! Des châtaignes sans bogue !
Ils échangèrent des regards puis reculèrent tout à coup pour se concerter à voix basse. Je fronçai les sourcils.
- Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Qu'est-ce qui leur prend ?
- On dirait qu'ils se mettent d'accord.
Lorsqu'ils eurent fini leur messes basses, ils revinrent vers nous, l'air beaucoup plus calme cette fois.
- Euh, écoute… Tu as quelque chose que nous voulons…
- Tes châtaignes sans bogue, on peut les avoir ?
- On adore les châtaignes ! On les aime tellement qu'on ne peut pas imaginer vivre sans elles !
- Vous ne pouvez pas en trouver tout seuls ?
- Les châtaignes ont des bogues pleines de piquants !
- Quand on essaie de les enlever, ça fait mal, et on finit par perdre notre sang-froid !
- C'est pour ça qu'on veut que tu nous donnes les tiennes. Elles sont déjà décortiquées. S'il te plaît, donne-les-nous ! On fera ce que tu voudras !
- Humm… Tu ce que je veux ? répéta Carrie avec un grand sourire.
Les Férosinge échangèrent des regards méfiants, mais partagés. Ils devaient vraiment tenir à ce panier.
- Est-ce que vous aimez le travail manuel ?
- Travail manuel ? Tu veux dire, faire jouer nos muscles ?
- On a des muscles… Mais on n'aime pas travailler.
- Mais si tu nous donnes tes châtaignes… On le fera.
- Très bien ! s'exclama Carrie, l'air absolument ravie. Voilà ce qu'on va faire ! On va faire de notre base un endroit encore plus impressionnant qu'il ne l'est déjà.
Je ne pus retenir un sourire. Alors c'est ça qu'elle avait en tête ? Les embaucher pour rénover notre base ?
- Votre base ?
- Oui. Nous sommes une équipe de secours. Si vous nous aidez à la rénover, on vous donnera tout le panier de châtaignes. Qu'est-ce que vous en dites ?
- D'accord ! On vous aidera.
- Vraiment ? J'ai votre parole ?
- Oui. Si tu tiens la tienne aussi, on s'en charge.
- On transportera le matériel et on fera les travaux !
Ainsi notre accord fut scellé. Nous allâmes aussitôt prévenir Chenipan et Chrysacier, à qui nous avions promis que nous rénoverions la base ensemble. Ils furent absolument ravis que nous ne les ayons pas oublié, et ils se proposèrent de fabriquer de la soie pour coller les choses ensemble.
- Nous aussi nous allons vous aider. dit Okéoké. Je me sens mal parce qu'on ne vous a donné que ce panier en récompense… Ce sera une façon de rembourser notre dette !
Nous commençâmes par confier toutes nos affaires à la Réserve Kangourex pour qu'elles ne nous gênent pas pendant les travaux. Nous sortîmes les meubles, puis nous fîmes démolir les murs. Nous avions décidé d'agrandir la maison et de faire plusieurs pièces à l'intérieur plutôt qu'une seule grande. Nous travaillâmes donc d'abord les fondations de la maison. Les murs étaient remplacés par de la toile passée par-dessus un échafaudage de bois, transformant notre maison en espèce de tente pour pouvoir malgré tout dormir à l'intérieur le temps que les travaux soient terminés. Carrie semblait avoir une idée précise de ce à quoi devait ressembler notre future base. Cela nous prenait beaucoup de temps, et nous ne pouvions pas arrêter de travailler pour autant. Nous nous relayâmes donc Carrie et moi pour partir en mission avec Absol tandis que l'autre restait pour aider et superviser l'avancement des travaux. Parfois, lorsqu'Absol avait une urgence pour aller prévenir l'arrivée d'une catastrophe, nous rejoignions l'équipe des Magnéti. Ils nous accueillirent aimablement, après tout ce n'était pas la première fois que nous partions en mission ensemble, nos équipes ayant formé une sorte d'alliance. Grâce à l'efficacité des Férosinge et à la motivation de tous, le projet progressait rapidement. Cependant un matin, le gang refusa de travailler.
- Quel est le problème ?
- Il faut qu'on continue le travail, il y a encore beaucoup à faire !
- On a pas envie.
- Quoi ?!
- Ce travail est trop ennuyeux ! Tu t'attends vraiment à ce qu'on continue ?
- Ouais, c'est vrai. Je ne veux plus faire ça.
- On changera peut-être d'avis si tu nous donnes d'autres châtaignes.
- Quoi ?! Qu'est-ce que c'est que cette escroquerie ? Vous avez promis de travailler en échange de notre panier ! On vous l'a donné, maintenant respectez votre parole !
- Il n'y en a plus ! On ne va pas continuer à travailler si on n'est plus payés !
Je sentais que Carrie commença à perdre son sang-froid. Elle pouvait être un vrai tyran quand elle voulait, et ce projet lui tenait vraiment à cœur.
- Il n'a jamais été question de vous payer en châtaignes, bande de fainéants ! Remettez-vous au travail et plus vite que ça !
Mais elle eut beau crier, tempêter, les menacer de les électrocuter s'ils refusaient de continuer à travailler, mettre sa sentence à exécution sans deuxième préavis et les menacer à nouveau de recommencer jusqu'à ce qu'ils reprennent les travaux, rien n'y fit. Les Férosinge ne nous aideraient plus tant qu'ils n'auraient plus de châtaigne à se mettre sous la dent.
- Que se passe-t-il ?
- Maman !
Papilusion, la mère de Chenipan, s'approcha de nous d'un air inquiet.
- Vous travaillez si dur en ce moment, je venais vous apporter de quoi déjeuner et voilà que je vous trouve en train de vous disputer…
- Ces escrocs refusent de travailler parce qu'ils ont déjà mangé toutes les châtaignes qu'on leur a donné et maintenant ils en réclament d'autres pour finir le travail ! C'est un scandale ! s'exclama Carrie, furieuse.
- Elle a raison, on n'a pas le temps d'aller faire de la cueillette pour les satisfaire ! C'est déjà suffisamment difficile de faire progresser les travaux sans négliger nos missions de secours !
- Exactement ! Si vous voulez des châtaignes, allez les chercher vous-même ! On vous retirera les bogues si vous voulez mais on n'a pas le temps pour ça !
- Calmez-vous les enfants. intervint Papilusion. Je vais vous les chercher moi, ces châtaignes. Mon petit Chenipan est si heureux de vous aider… et puis ça a l'air d'être une très belle base que vous construisez là ! Ce serait dommage d'interrompre votre travail pour si peu…
- Oh, merci Papilusion ! Tu nous sauves la vie !
Grâce à son intervention, les travaux reprirent, même si nous n'étions pas satisfaits d'avoir dû céder à leur odieux chantage.
- J'aurais dû leur dire que nous avions encore tout un stock de châtaignes et que nous le leur donnerions quand ils auraient fini le travail ! Ils se seraient fait avoir à leur propre jeu ! Ha !
Je laissai Carrie tempêter toute seule. Il ne servait à rien de revenir sur ce qui avait été fait, c'était trop tard pour le changer maintenant.
- Dis, tu m'écoutes ?!
Je levai le nez de mon journal. J'en avais plein les pattes après cette journée. Ce rythme alterné de travaux et de missions de sauvetage m'épuisait. Et puis avec toutes ces secousses, c'était difficile d'avoir une bonne nuit de sommeil. J'étais sans cesse réveillé en sursaut, j'avais un mal fou à me lever chaque matin, et Gardevoir ne m'était toujours pas réapparue.
- Là-dedans ils disent qu'il y a une enquête en cours sur la récente série de catastrophes naturelles. Ecoute ça : « Les Pokémon des zones touchées attaquent tout intrus sans hésitation. Certains croient qu'une force mystérieuse se cache derrière leur réaction. Une source accuse Taupiqueur de causer les secousses, mais l'équipe d'investigation est sceptique. »
- On dirait qu'Airmure n'a toujours pas lâché le morceau ! Enfin tant qu'elle ne capture plus personne…
- On sait tous que ces évènements sont liés au déséquilibre du monde, maintenant. Hé ! Il y a une interview d'Absol ! Tu veux lire ?
Les prédictions de Barbicha et d'Absol concernant les secousses étaient particulièrement utiles, surtout maintenant que notre maison était en plein rénovation, et donc dans un état assez fragile. Notre échafaudage s'était effondré au premier tremblement de terre. Et une autre fois, un Férosinge avait perdu l'équilibre à cause d'une secousse et m'était directement tombé dessus, me provoquant un bon mal de dos pendant plusieurs jours. Nous avions depuis retenu la leçon et nous avions solidifié nos installations. Lorsqu'un tremblement de terre arrivait, nous stoppions les travaux afin que personne ne soit blessé. J'avais hâte qu'ils soient enfin terminés. Un matin, Lombre vint nous chercher directement chez nous.
- Hé ! Sortez de là vous autres !
- Lombre ? Que se passe-t-il ?
- On a besoin de vous sur la place ! Tout le monde se rassemble là-bas !
- Il y a un problème ?
- Je ne sais pas vraiment… Tengalice appelle tout le monde. Il a demandé aux autres équipes de secours de venir aussi.
Nous le suivîmes sur la Place Pokémon. Il y avait une foule incroyable, et je ne reconnaissais pas la moitié des têtes présentes.
- Waouh ! Regarde tous ces Pokémon ! Je n'ai jamais vu la place aussi encombrée…
- On dirait qu'on nous a envoyé plusieurs équipes de secours ! commenta Lombre. J'ai même reconnu quelques meneurs célèbres, ils sont venus de loin.
Il parcourut la foule des yeux.
- Tengalice… Je me demande bien ce qu'il pense faire avec toutes ces équipes de secours…
- On ne va pas tarder à le savoir.
Tengalice tentait de ramener le silence pour pouvoir parler. On voyait qu'il n'avait pas l'habitude de prendre la parole en publique.
- Puis avoir votre attention S'il vous plaît ? Hum… S'il vous plaît !
Quand les Pokémon furent enfin suffisamment calmes pour l'écouter, il reprit.
- Nous avons un problème ! Comme vous le savez tous, nous sommes assaillis par de nombreux tremblements de terre ces derniers temps… Et cela serait provoqué par l'imminent réveil d'un Pokémon mythique, le gardien de la terre, Groudon.
- Quoi ?
- C'est vrai ?
- Malheureusement oui. Alakazam et son équipe sont allés sous terre pour tenter de le calmer… Mais personne ne les a plus revus depuis ! Aucune nouvelle, c'est le silence complet. Franchement… Nous ne savons absolument pas ce qui leur est arrivé.
Les Pokémon se mirent à parler tous en même temps, affolés par la nouvelle.
- Vraiment ? Comment est-ce possible ? C'est Alakazam tout de même !
- Une chose est sûre, c'est qu'ils ne sont pas revenus.
- C'est vrai… Et Groudon est bien trop fort pour nous…
- Ah bon ? A ce point-là ? Groudon, c'est ça ?
- Pourquoi tu ne vas pas sous terre voir par toi-même ?
- Quoi ?! Il faudrait être fou !
- Il y a de la lave partout là-bas ! Je brûlerais en moi d'une minute !
- Un peu de silence S'il vous plaît ! reprit Tengalice. C'est vrai, aller sous terre est très dangereux. Ce n'est pas un endroit où tout le monde peut aller. C'est pour ça que j'ai convoqué autant d'équipes de secours. J'aimerais que les meilleurs d'entre vous se réunissent pour former une équipe spéciale. Qui est partant ? Qui est prêt à se comporter en héros ?
Je le soupçonnais d'avoir ajouté la dernière phrase pour motiver un peu les Pokémon, car je doutais que beaucoup soient volontaires pour aller affronter Groudon et tenter leur chance là où l'équipe d'Alakazam avait échoué. Les Pokémon commencèrent à tous se concerter entre eux par de vives discussions. Carrie me tapota le bras.
- Allons-y Matt. C'est le moment ou jamais de montrer de quoi on est capables.
Mais Lombre s'interposa immédiatement et nous barra le passage.
- Ce n'est pas une mission pour vous, ça.
- Pardon ! Laisse-nous passer !
Mais Lombre n'en démordit pas.
- Ecoutez… Vous avez fait d'énormes progrès depuis votre première mission, et vous êtes revenus plus forts de votre voyage, mais… il y a beaucoup de Pokémon bien plus forts que vous, ici.
- Alors ? Qui se porte volontaire ? demanda Tengalice.
Les concertations continuèrent quelques instants.
- Moi. dit une voix imposante au centre de la place.
Tous les regards se tournèrent vers le premier volontaire qui s'extirpa de la foule pour venir se placer aux côtés de Tengalice. Il ressemblait à une tortue géante bleue avec d'énormes canons sortant de sa carapace. Il était très impressionnant.
- Ouah ! C'est Tortank !
- Tortank ? Le dur à cuire de l'équipe Hydro ?
- Les canons à eau qu'il a sur le dos sont si puissants qu'ils peuvent percer des plaques de fer !
- On dit que Groudon est de type sol. déclara Tortank. Je suis de type eau. J'aurais l'avantage contre lui. Mon hydrocanon va l'anéantir en un seul coup.
J'ignorais s'il pensait sérieusement ce qu'il disait ou si c'était un moyen de montrer sa détermination. J'espérai qu'il n'était pas aussi prétentieux et sûr de lui que Dracaufeu.
- Moi aussi je veux participer. dit une voix féminine quelque part devant nous.
Tandis que le deuxième volontaire se dirigeait vers Tengalice et Tortank, les commentaires de la foule reprirent de plus bel.
- Ooooh ! C'est Octillery ! Elle est à la tête de l'équipe Tentacules.
- Ses attaques sont collantes. Elle capture les ennemis avec ses tentacules, puis elle leur met un coup de tête !
- Question endurance, elle a un gros avantage.
- Quand je vois un Pokémon forts, mes chéris, j'ai envie de m'entortiller autour. dit-elle en se tournant face au public.
Elle ressemblait à une grosse pieuvre rouge dont le corps était orné de boules jaunes, sur sa tête, mais aussi sur ses tentacules. Elle ne semblait pas avoir de difficulté à se déplacer sur terre bien que son apparence laissait deviner qu'elle était un Pokémon marin. Au contraire, ses tentacules ondulant sur le sol donnaient l'impression qu'elle se déplaçait en flottant.
- Ne m'oubliez pas. rugit une troisième voix, plutôt rocailleuse.
Cette fois, c'était un Pokémon qui ressemblait à un énorme rocher à l'aspect solide. Seules sa tête et ses pattes dépassaient de cette énorme boule rocheuse que formait son corps.
- Waouh ! Grolem !
- C'est le Pokémon le plus brutal de son équipe !
- Son corps est dur comme le roc. Il peut supporter des explosions très fortes sans prendre de dégâts.
Il rejoignit les deux autres et se tourna à son tour vers la foule.
- Si Groudon s'est réveillé, ça ne me fait pas peur. Avec jet-pierres, je le boquerai sous terre.
Tengalice attendit quelques instants pour vérifier qu'aucun volontaire de dernière minute ne se proposait, puis il se tourna vers les trois secouristes.
- Tortank, Octillery et Grolem. Je crois qu'on ne pouvait pas imaginer de meilleure équipe.
Il s'adressa ensuite au public.
- Ces trois secouristes vont se rendre sous terre !
- Très bonne sélection !
- Vous êtes un peu notre délégation ! J'espère qu'on pourra être fiers de vous !
- Battez-vous pour nous !
- Sauvez l'équipe d'Alakazam !
- Préparons-nous et allons-y. déclara Tortank.
Les autres le suivirent tandis qu'il s'éloignait pour aller préparer ses affaires. La foule s'écarta pour les laisser passer, saluant leur passage par des acclamations et des encouragements.
- Ils en imposent non ? dit Lombre en se tournant vers nous. Il faut les laisser régler ça pour nous.
Carrie afficha une mine déçue, mais acquiesça.
- Oui… Tu as raison… J'aurais voulu y aller aussi, mais je suppose qu'on ne peut rien y faire. L'équipe de Tortank peut s'occuper des choses sous terre. On continuera à faire de notre mieux avec les sauvetages.
- Oui, et puis on a toujours notre base à rénover ! dis-je pour lui changer les idées.
Elle m'adressa un sourire, et je me forçai à le lui rendre. J'ignorais pourquoi, mais j'avais un mauvais pressentiment.
