chapitre 66: identité

John commençait à être à court d'idées et de motivation, Randy avait résisté à toutes ses tentatives d'approche et il avait tellement souffert après le fiasco de la soirée karaoké qu'il hésitait vraiment à tenter autre chose, il ne savait pas ce qui lui avait fait le plus mal, voir Randy s'enfuir sans un regard à la fin de sa chanson ou tomber sur un Lesnar goguenard puis désolé pour lui. Voir la pitié dans les yeux de son ancien adversaire quand il avait vu son chagrin avait été le coup final de la soirée. Il avait titubé hors de la salle, le souffle coupé par la souffrance avant de se laisser glisser au sol, accroupi la tête entre les jambes tandis que l'air refusait d'entrer dans ses poumons, à quoi bon d'ailleurs, sans Randy, même respirer lui était difficile, encore plus maintenant qu'il lui avait planté ce pieu dans le cœur. Quelques instants plus tard, il avait senti une main se poser sur son épaule et une voix lui dire :

Respire, John, respire !

Pourquoi faire ?

Pour vivre, c'est indispensable.

Et si vivre ne m'était plus indispensable ?

Mais tu l'es pour moi, respire pour moi, John.

Phiiil.

Je suis là, John, je suis là vieux frère, allez lève-toi.

Phil l'avait aidé à se relever et patiemment il lui avait permis de reprendre son souffle, dictant les inspirations et les expirations, John avait retrouvé mon calme et l'avait remercié avant de partir. Phil était son meilleur ami, il était devenu son 6ème frère après Randy, il était là à chaque instant pour lui comme John avait toujours été à ses côtés dans les coups durs mais aujourd'hui il était temps qu'il le lâche et continue à vivre sa vie, le parfait amour qu'il avait contribué à faire naître avec l'aide de Randy, la seule bonne chose qu'ils avaient créée ensemble et qui ne s'était pas aussitôt effondrée !

John était rentré à l'hôtel pour consommer son chagrin autant qu'il le laissait le consumer, il avait rendu Randy maso pendant un temps, se transformant en son bourreau, aujourd'hui, la douleur que lui infligeait son ex menaçait de le rendre fou mais renoncer lui aurait fait perdre le peu de raison qu'il lui restait. Randy avait toujours été un bourreau des cœurs, aujourd'hui cette expression prenait tout son sens.

John avait passé une bonne partie de la nuit à réfléchir en comptant ses respirations, il forçait son cœur mort à battre contre toute logique, depuis son premier baiser, son cœur ne battait plus que pour lui. Usé par le chagrin, il menaçait de s'arrêter à tout moment, il lui fallait Randy pour réussir à vivre, Randy et non pas cette espèce de chose sans âme qui l'avait remplacé.

Et pour ça, il devait le ramener à la surface, fort de cette idée, John avait passé les deux jours suivants à élaborer une nouvelle stratégie, évitant consciencieusement la vipère et son regard transperçant, histoire de laisser le temps à sa nouvelle blessure toujours à vif de se calmer un peu.

Deux jours plus tard, John s'avança dans le couloir, un sourire sur les lèvres, main tendue vers la vipère en disant :

- Salut, moi c'est John Cena!
Randy le dévisagea incrédule avant de répondre:
- Je suis au courant, il me semble non?
- Pas sûr! Et tu es?
Randy hésita, il envisagea brièvement un traumatisme crânien ou une amnésie et il étudia le visage de John en répondant de plus en plus inquiet:
- Je suis Randy.
- Non, Répondit John, Tu n'es pas Randy.
- Je ne suis pas Randy?
- C'est bien ce que j'ai dit.
- Très bien, je ne suis pas Randy, voilà qui est intéressant, alors je suis qui selon toi?
- Aucune idée!
John tourna autour de lui, l'observa sous toutes les coutures avec attention comme un savant devant une bête étrange et la vipère se tourna à son tour pour lui faire face, il saisit sa tête sans tendresse mais John ne put s'empêcher de frémir sous ce contact depuis longtemps oublié, il lui fit pivoter la tête des deux côtés puis la fit se baisser avant de vérifier ses yeux et ses pupilles.
John se laissa faire tranquillement, légèrement amusé.
- Tu n'as pas l'air blessé pourtant, à moins que tu ne te sois fait un trauma que personne n'ait vu, pourtant les docs vérifient toutes les semaines voir plus...
- Je vais très bien. Le coupa John.
- Bon alors qu'est-ce qui se passe?
- Rien, je me demandais juste qui tu es.
- Voilà que tu remets ça! Je suis Randy, Orton, Randal Keith Orton, tu te souviens? Ton pote, ton meilleur ami pendant un temps même, tu percutes là?
- Non, tu n'es pas Randy, tu es dans sa peau d'accord, tu as même sa façon de parler et de bouger mais tu n'es pas Randy.
- D'accord, je t'écoute, tu as quelque chose à me dire, fais-le, mais fais-le vite avant que je ne perde vraiment patience!
- Ah tu vois! Rien que là tu n'es pas Randy.
- Ok, je ne suis pas Randy, ça va ça j'ai compris et tu ne sais pas non plus qui je suis, nous voilà bien tiens! Ça promet une conversation philosoconne à souhait! Allez accouche!
- Tu n'es pas Randy, tu es la chose qui le cache, le vrai Randy est tellement bien enfoui que je n'arrive presque plus à le voir et je crois que même toi, tu ne le vois plus!
- Alors si j'ai bien suivi ton raisonnement bancal, je ne suis pas Randy mais une chose qui le cache, c'est bien ça?
- Tout à fait! Sourit John
- Et cette " chose" a un nom dans ton univers fantasque?
- Oui, c'est la vipère!
- Ridicule! Explosa-t-il. La vipère et Randy sont la même personne! Ils ne font qu'un, à la vie comme au ring.
- Non c'est faux, le Randy que je connaissais était différent du Randy des rings, la vipère et lui ne formaient qu'un c'est vrai mais uniquement sur le ring, le reste du temps, il était simplement Randy, tendre, joueur, joyeux, humain tout simplement!
- Et bien peut-être que ce Randy-là n'existe plus.
- Je sais, c'est moi qui l'ai tué. Admit John piteusement, empli de souffrance.
- Hein? Mais qu'est-ce que tu vas encore imaginer Johnny?
John tressaillit à son sobriquet, il était sur la bonne voie, Randy était forcé de se manifester face à de tels propos, il était plus apparent que jamais depuis son retour.
- J'ai tué Randy en lui faisant trop de mal, depuis c'est la vipère qui vit en lui.
- Ne dis pas n'importe quoi! Tu n'as tué personne, et surtout pas Randy, je suis là, en face de toi à essayer de comprendre ce que tu racontes, regarde-moi, c'est moi, Randy!
- Non!
- Raaaah! Tu m'exaspères John! C'est bien parce que c'est toi que je me prête à ce jeu idiot! Un autre que toi aurait déjà pris mon poing dans la figure depuis longtemps!
- Ah tu vois! Ça aussi c'est typique de la vipère! S'exclama John.
- Ok! Tu veux quoi? Que je dise que tu as tué Randy? C'est faux!
- Alors prouve-le!
- Comment? Comment veux-tu que je te prouve que je suis moi! C'est totalement absurde, pourquoi j'ai cette conversation avec toi? Tu te rends compte du côté aberrant de ta demande j'espère, John!
- Viens avec moi et laisse-moi une chance de passer un moment avec Randy.
- John, je...
- S'il te plait.
- Toi et tes yeux de cocker, j'te jure!
- C'est oui?
- Oui, mais je te préviens, ne me casse plus les pieds avec ton Randy qui n'est pas Randy où je me barre direct, c'est clair?
- Montre-moi Randy et promis je ne t'embêterais pas!
- John, tu es déjà en train de me faire regretter d'avoir accepté!
- D'accord, allez viens, allons-nous amuser!

- Le paint-ball ? Tu es sérieux là ? Demanda Randy en observant les locaux devant lesquels John venait de se garer.

- On ne peut plus !

- John la dernière fois qu'on est venu ici, je t'ai mis la raclée de ta vie et ensuite tu n'as pas cessé de geindre à cause des bleus que je t'avais faits.

- Je geignais uniquement quand tu faisais pression dessus pendant la nuit qui a suivi et je ne me souviens pas t'avoir entendu te plaindre que je gémissais trop pendant que tu me prenais !

Randy détourna la tête, vaguement mal à l'aise.

- Alors viens prendre ta seconde raclée !

John lui sourit joyeusement et ils entrèrent dans les locaux, quelques minutes plus tard, ils choisissaient leurs tenues et récupéraient leurs munitions, ils avaient décidé de ne faire qu'une seule partie aussi John avait décidé de mettre le maximum de chances de son côté, il choisit sa tenue avec soin, une tenue moulante, bleue marine en accord avec ses yeux qui ne pourrait laisser Randy indifférent sauf que lorsqu'il se tourna vers Randy une fois habillé, il se rendit compte que la vipère n'était pas du tout intéressée par sa tenue et encore moins par lui. Il ravala son dépit en se saisissant de son arme et entra sur le terrain avec lui. Randy avait opté pour du noir lui, une tenue plus ample que celle de John pour faciliter les déplacements, il voyait le côté pro de Randy ressortir quand lui avait misé sur un autre aspect de cette sortie improvisée.

Ils se séparèrent à l'entrée du terrain, choisissant deux directions différentes puis la sonnerie retentit et la partie commença, John n'avait clairement fait aucun progrès depuis la dernière fois et il essuya rapidement des rafales de tirs de Randy mais il s'en moquait tout comme des bleus qui en résulteraient une fois de plus. John n'était là que pour une seule raison, réveiller Randy d'une manière ou d'une autre. Il avançait de façon furtive pour surprendre la vipère et se placer sur sa trajectoire, alors il tentait vaillamment de tirer et de toucher sa cible, son uniforme seyant mettait en valeur ses formes naturellement et John n'avait pas grand-chose à faire pour se mettre à son avantage, un simple regard appuyé, le fait de se mordre la lèvre était amplement suffisant pour le faire sortir de sa torpeur. Son Randy n'aurait pas résisté à pareil traitement plus de quelques minutes mais l'homme qui jouait au paintball avec lui n'était pas son Randy, non seulement il ne réagissait pas à ses œillades mais il se montrait en plus d'une froideur terrifiante quand il lui tirait dessus, aucune trace du Randy farceur et taquin ne subsistait. John avait déjà essuyé 7 tirs, la partie allait arriver à son terme sans qu'il ne soit parvenu au terme de son plan, John jouait avec de moins en moins d'entrain, ayant perdu tout intérêt pour cette mascarade grotesque, il en était arrivé à clairement afficher son désir pour lui à la figure de tous, se moquant de l'opinion des autres joueurs, sans plus de succès ! Se sentant profondément insulté et sale, John se faisait l'impression d'être une aguicheuse de seconde zone, une pute pas chère aux yeux de son ex-amant qui se montrait de plus en plus glacial. Malheureux, John se glissa dans le même tunnel que la fois précédente, il n'avait pas oublié le tir de Randy qui avait suivi cette fois-là, son cri et l'air mutin et affamé de son homme, ses yeux pétillaient de bonheur et de malice ce jour-là, ils avaient passé la journée à se chercher et à se défier. John l'avait emporté au bowling, Randy au paintball, ils avaient continué à se chamailler dans les vestiaires avant de finir à l'hôtel, Randy n'avait pas tenu compte de ses faibles protestations tandis que ses mains s'égaraient sur son corps ce jour-là. John avait proposé de faire la belle et Randy lui avait répondu un rien moqueur :

Elle se tord sous moi en ce moment-même !

Malgré son côté moqueur, John avait perçu l'affection qu'il lui portait encore et toujours, Randy le trouvait beau, il le savait à la façon dont il le regardait, détaillant, touchant, embrassant chaque centimètre de son corps mais aujourd'hui Randy ne le regardait plus de cette façon-là. Il avait perdu tout intérêt pour lui, même son désir avait disparu.

Randy l'attendait de l'autre côté du tunnel, fusil baissé, ne prêtant pas plus d'intérêt à la partie que John qui se releva et vint vers lui en disant :

Randy, lâche le contrôle deux minutes s'il te plait !

Je ne peux pas ! Admit-il tout à coup.

John lui sourit doucement, petit sourire, sourire blessé, sourire brisé, un sourire que Randy connaissait bien désormais mais qui lui faisait toujours aussi mal. John repartit dans les couloirs sans un mot, fusil en main, pointe vers le bas, il n'avait absolument plus le cœur à jouer avec lui, cette nouvelle tentative était, elle aussi, un vrai fiasco, quoi qu'il fasse, Randy demeurait de marbre, il se moquait totalement de lui !

Randy l'observa disparaître dans l'obscurité, meurtri au fond de lui. C'était sans doute son silence qui lui faisait le plus de peine, le chagrin de John avait toujours été silencieux et ce départ n'en renforçait que davantage la profondeur. Randy étouffa un sanglot, il aimerait tant pouvoir le serrer de nouveau contre lui comme auparavant, il voudrait réussir à courir après lui et lui crier qu'il l'aime, parce qu'il l'aime bon sang ! Mais ni les mots, ni les gestes ne venaient et les pas lourds de chagrin de John s'éloignèrent dans les couloirs. Il savait que John ne lui en voulait pas, non John n'en voulait qu'à lui-même et s'était encore pire car il ne pouvait pas se pardonner quand il voyait ses réactions, celles qu'il ne pouvait pas contrôler, celles qui brisaient immanquablement chaque merveilleux moment qu'ils pourraient passer ensemble, au point de faire dire à John qu'il avait tué Randy, ne laissant que la vipère en lui.

Randy retrouva John quelques instants plus tard, ce dernier tenait toujours son fusil à la main, canon vers le bas et ne réagit pas à la balle qui éclata sur sa cuisse, il se contenta de retourner dans le couloir sans chercher à se cacher, quelques minutes après, il tomba nez à nez avec la vipère, John s'immobilisa face à lui, il savait aux impacts de balles qu'il portait que c'était la dernière balle de Randy et il le regardait comme un condamné à mort, son regard éteint semblait lui dire de l'achever maintenant, d'en finir et Randy s'aperçut qu'ils se tenaient exactement au même endroit que la première fois pour tirer sa dernière balle, l'ambiance était très différente de ce jour-là mais Randy n'avait pas pour autant oublier cette scène.

John et lui étaient encore dans l'une de ces périodes où ils ne pouvaient pas s'empêcher de se défier, de se provoquer, ils avaient régulièrement des rechutes les empêchant de se traiter sur un pied d'égalité, pas qu'ils avaient besoin de savoir qui dominait entre eux deux, ils s'en moquaient éperdument mais ils se conduisaient bien souvent comme des gamins et se provoquaient alors de toutes sortes de façon possible. Ce jour-là, John l'avait d'abord défié au bowling, emportant très nettement la victoire, refusant de rester sur une défaite, il l'avait emmené au paintball, il excellait à ce jeu, John n'avait aucune chance mais il s'était bien amusé à le traquer, le débusquer et le surprendre. Il avait utilisé son avant-dernière balle sur les fesses de son amant qui rampait dans ce même tunnel dont il venait de sortir. John avait sauté en criant dans un mélange de douleur et de surprise tandis qu'il riait, John était trop tentant ce jour-là et dire qu'il l'était encore plus aujourd'hui ! Randy avait bien des difficultés à rester stoïque face aux manœuvres de John pour attiser son désir et il avait déjà lancé un regard noir à un mec qui regardait un peu trop John se dandiner pour lui ! John avait alors riposté en vain une première fois et il avait bêtement repassé la tête dans le tunnel pour se moquer de lui de plus bel sauf que cette fois, John ne l'avait pas manqué, la balle l'avait touché en pleine tête, pile entre les deux yeux et la peinture avait dégouliné sur son casque tandis que John explosait de joie comme un gosse en criant :

T'es mort ! T'es mort ! En pleine tête !

Randy d'abord surpris, avait riposté immédiatement en visant son cœur pour déclarer l'égalité. Il se souvenait parfaitement de l'expression de John à cet instant, l'amour qu'il lui portait se voyait très clairement dans sa façon de le regarder quand il lui avait dit :

Tu m'avais déjà touché en plein cœur, bébé !

Il était alors venu vers lui, incapable de répondre, profondément touché par l'amour inconditionnel qu'il lui manifestait alors et l'avait serré dans ses bras tandis que John lui interdisait de le toucher cette nuit-là mais John n'avait pas résisté très longtemps à ces caresses et ils avaient passé un autre de leurs nuits mémorables !

Mais cette fois-ci, John se tenait devant lui, immobile, à sa merci, profondément attristé, son arme pendait le long de son bras et il savait qu'elle n'était pas vide aujourd'hui, il aurait pu riposter mais n'en avait aucune envie, il attendait simplement que Randy tire sa dernière balle avec appréhension. La vipère leva son fusil et tira, la balle heurta la visière de son casque, un tir parfait, entre les deux yeux à son tour. La peinture rouge dégoulina devant le visage livide de John, il semblait avoir le souffle coupé. Le leader de la cenation referma la bouche et tourna les talons en fuyant l'arène le plus vite possible, Randy n'aurait pas pu lui faire plus de mal !

John se sentait bafoué, trahi comme jamais, Randy avait poussé la cruauté jusqu'à lui refuser ce simple souvenir, que croyait-il ? Qu'il allait lui répéter la même phrase ? Et pourtant, au fond de lui, John avait espéré que Randy reproduirait cette scène qu'il n'avait pas oubliée lui non plus à voir l'hésitation qui l'avait saisi. Mais la vipère avait refusé de se taire, elle n'avait pas permis à Randy de refaire suffisamment surface pour qu'il puisse commémorer cette journée en reproduisant son tir et John avait mal, affreusement mal tandis qu'il fuyait vers le vestiaire. Il ignorait comment son cœur pouvait continuer à battre alors que son ex venait de l'abattre comme un chien ! Il n'avait pas perdu son souffle cette fois, mais son cœur n'avait pas supporté le choc, il voyait mal Phil lui dicter les battements de son cœur cette fois, d'ailleurs il n'en avait aucune envie, après cette ultime blessure, il pouvait bien mourir, plus rien ne comptait désormais. Il avait abandonné son arme derrière lui, elle lui avait échappé des mains lorsque la balle de Randy l'avait touché et il n'avait pas eu la force de la récupérer, il avait tourné les talons, filant droit vers le vestiaire.

Randy était seul dans l'arène, il regardait le fusil de John resté au sol, il le voyait comme le dernier vestige d'un soldat blessé mortellement, il avait bien conscience du mal qu'il venait de lui faire tout en sachant qu'il ne pouvait pas revenir en arrière, John aurait bien du courage s'il parvenait à se remettre de ce coup-là ! « Une sacrée boulette ! » Grogna Randy en avançant vers le fusil en se maudissant. John ne méritait pas toutes les souffrances qu'il lui infligeait, ce n'était pas juste, pas loyal surtout, il venait vers lui chaque jour le cœur à découvert et lui ne trouvait rien de mieux à faire que de s'en servir pour cible sauf l'unique fois où il aurait dû le faire, il se comportait comme un véritable monstre envers lui mais il ne parvenait plus à reprendre le contrôle de ses émotions face à John, il l'avait aimé si fort, il l'aimait toujours d'ailleurs mais la crainte avait pris la première place dans son cœur désormais, la crainte que John ne le blesse de nouveau, la crainte de revenir vers lui et de lui faire confiance, et quand Randy avait peur, il ne se protégeait et la meilleure façon pour ça était l'agressivité et les remparts empêchant quiconque d'entrer.

Randy se saisit du fusil de John et alla le déposer avec le sien à l'armurerie, le cœur aussi lourd que celui de son partenaire avant de se diriger à pas lents vers le vestiaire à son tour.

John était assis sur un banc, complètement défait, il n'avait même plus la force de se changer, alors quant à marcher pour aller plus loin, il ne fallait pas y compter ! Il s'était laissé tomber là, dévasté intérieurement, et n'avait plus bougé, pas même quand la porte s'était ouverte :
- Salut beau gosse, t'es super dans ton petit uniforme moulant, ça te dirais de rentrer avec moi ?

John ne répondit pas aux avances du type qui venait d'entrer dans le vestiaire, il était assez mignon dans son genre mais John n'en avait rien à faire du tout, il était éteint, jamais Randy ne l'avait blessé à ce point, il n'avait qu'une envie, fuir loin et très vite, partir à l'opposé de son ex, là où il n'aurait plus à subir sa méchanceté chronique mais ses jambes refusaient de le porter. Randy entra dans le vestiaire juste à temps pour entendre l'invitation, si John n'y avait prêté aucune attention, ce n'était pas le cas de la vipère qui s'énerva aussitôt. L'homme regardait John comme s'il était une marchandise très alléchante, c'est vrai que John était à tomber par terre dans ses vêtements, il avait eu toutes les peines du monde à ne pas écouter son instinct qui lui disait de se jeter sur lui pour le déshabiller, il avait une envie folle de lui et rien que pour ça, il en voulait à mort à John d'être aussi tentant alors qu'il faisait tout pour lui résister, ne pas retomber dans le piège de ses bras si chauds, si doux.

L'inconnu se leva et vint vers John, il posa sa main sur son avant-bras, faisant réagir le leader de la Cenation qui le regarda vraiment pour la première fois, c'était un homme presque aussi grand que Randy, ses cheveux blonds étaient coiffés en mèches désordonnés savamment arrangés par du gel, un effet négligé des plus travaillés qui amusa brièvement John avant de croiser le regard furieux de Randy, mais puisque Randy avait sciemment ignoré ses avances, il n'avait plus de raison de préserver son égo, aussi reporta-t-il son regard sur l'inconnu. Celui-ci portait une barbe de deux jours, parfaitement entretenue et John se dit qu'il se donnait beaucoup de mal pour avoir un look faussement négligé, il détailla ses longs membres finement musclés, l'homme était séduisant en son genre mais trop fluet à son goût, il lui manquait la puissance clairement dominatrice de Randy qui l'avait toujours fasciné. Ses vêtements à la coupe étroite, allongeaient encore sa silhouette longiligne qu'il cessa de détailler pour écouter le timbre de sa voix en croisant le vert de ses yeux.

Allez, je sais bien que tu en meures d'envie, je t'ai vu là-bas essayer d'allumer l'autre type, il n'avait pas l'air décidé lui, je peux prendre sa place sans problème moi, et à mon avis, je suis bien meilleur que lui au lit, il a l'air d'un coincé complet.

Randy explosa de rage immédiatement, le pauvre mec lui tournait le dos en draguant son John devant lui comme s'il n'existait pas, c'était une demi-portion dont les vêtements trop moulants à son goût, accentué sa finesse presque féminine, inutile de chercher quel place il prenait au lit ! Pensa Randy avec mépris. Même moulé dans ses vêtements comme maintenant, John gardait un côté viril, très mâle qu'il adorait, il était encore plus sexy que d'ordinaire et ses yeux bleus étaient magnifiquement mis en valeur par son choix d'uniforme, ils avaient brillé d'un air mutin chaque fois qu'il avait cherché à attiser son désir et Randy avait eu toutes les peines du monde à rester stoïque, il se concentrait alors sur l'image de Vince en string léopard et l'effet était immédiat sur sa libido mais qu'il n'ait pas répondu à ses avances ne signifiait pas que d'autres avaient le droit d'en faire à John surtout un type aussi outrageusement provocant et factice, il était répugnant !

Sans un regard pour lui, Randy alla droit vers John et l'embrassa sauvagement. C'était un baiser brutal et possessif, dénué d'affection, une façon très nette d'affirmer sa propriété sur John qui envisagea brièvement de le repousser. Randy ne l'aimait pas, il refusait juste que quelqu'un d'autre ne touche à ses jouets, les mains de John se posèrent sur ses épaules pour le forcer à reculer mais Randy accentua encore son baiser et John cessa de le repousser pour l'agripper, il n'avait jamais été aussi allumé que maintenant par le numéro de macho de Randy et il se sentait très à l'étroit désormais dans son costume de guerre, il regretta un instant son choix mais Randy se détacha de lui et défia le prétendant de pacotille du regard, Randy devait bien lui reconnaître une chose, il avait du cran car il ajouta sans quitter John de son regard concupiscent qui glissait fréquemment sur son aine désormais :

J'ai vu comment il te traite, mon beau, il est pas digne de toi, moi je ne pourrais jamais te traiter comme une vulgaire serpillière avant de te réclamer comme un objet ! Viens avec moi plutôt, je ne te ferais jamais aucun mal moi et lui non plus ne pourra plus t'en faire.

Ecoute mec, grogna Randy, si tu veux pouvoir repartir sur tes deux jambes dans ton joli collant de danseuse, je te conseille fortement de fermer le clape-merde qui te sert de bouche tant qu'elle contient encore toutes tes dents et de laisser mon mec tranquille, John est venu avec moi, il repart avec moi. Et si tu veux mon avis, choupinou, c'est toi qui n'es pas à la hauteur pour lui. Tu viens chéri ?

Randy prit fermement mais sans brutalité la main de John, ils quittèrent le vestiaire après s'être changés rapidement dans une salle à l'écart de celle-ci, ils n'avaient pas échangé le moindre mot pendant ce temps et John suivit Randy vers la sortie, son excitation était totalement retombée désormais, il ne restait plus que la fureur, il agrippa vivement Randy par le bras, l'arrêtant net avant de le forcer à lui faire face d'un geste puissant, Randy avait beau connaître la force de John, il parvenait toujours à le surprendre même après toutes ces années d'amitié et de vie commune.

Il aperçut la rage sur le visage de John et il attendit qu'il ne déverse le flot d'injures et de reproches qu'il avait sur le cœur, ce qui ne tarda pas, moins de deux secondes plus tard, John hurlait à Randy :

Pour qui est-ce que tu te prends pour oser me traiter comme ça ?

Pour le Randy qui n'est pas Randy, c'est bien ce que tu m'as dit non ?

Te fous pas de moi en prime, crétin, c'est vraiment pas le moment de faire ton mariole, je sais pas ce qui me retint de te refaire le portrait !

Ma belle gueule te manquerait trop !

Randy, pour ton bien, je te suggère fortement de fermer ta grande gueule de con ! Tu m'as traité comme une merde depuis des jours et tout particulièrement aujourd'hui et tu oses encore me réclamer devant ce type comme si je n'étais qu'un objet pour toi, une vulgaire serpillière, je ne suis pas à toi Randy, je ne t'appartiens pas ! Tu n'as aucun droit sur moi, tu n'en as plus depuis que tu as décidé que je n'étais pas assez bien pour toi, pas assez soumis ! Je ne suis pas ta pute ! Merde ! Hurla John faisant grimacer Randy de peine et de douleur.

Ce type, marmonna-t-il, il a posé ses mains sur toi, j'ai pas supporté, je.. je suis...

Un salopard et un enfoiré oui ! Tu n'as plus ton mot à dire dans ma vie, c'est fini Orton.

Depuis quand ? Tu jouais les allumeuses y a pas 20 minutes et maintenant, je n'ai plus qu'à disparaître ? Faudrait te décider Johnny !

Tu as pris la décision toi-même de me rayer de ta vie avec ce dernier tir, la prochaine fois, prend une vraie balle, ça sera aussi douloureux mais au moins ça sera définitif, je sais que le sadisme c'est ton truc mais cette fois ça suffit, ton message est bien passé, c'est fini.

Randy le regarda sous le choc, les colères de John étaient aussi rares que les éruptions du Vésuve mais elles étaient sans aucun doute 100 fois pires, Randy pouvait compter sur les doigts d'une seule main les fois où il avait mis John aussi en colère et trois d'entre elles avaient eu lieu depuis leur rupture, il avait blessé mortellement John à plusieurs reprises depuis mais cette fois-ci, il avait été beaucoup trop loin et il en était désolé.

John, je…

J'en ai rien à cirer ! Le coupa-t-il brusquement. Je veux rien entendre de tes excuses minables, je ne suis pas ta chose, bordel de merde, j'ai tout tenté pour me faire pardonner, tout laisser passer, j'ai encaissé tous tes coups bas dans l'espoir que tu comprennes que tu comptes pour moi et que je t'aime comme un fou, mais j'ai échoué une fois encore, tu dois être encore plus cruel que je n'osais l'imaginer pour me refuser jusqu'à ce dernier souvenir et…

Randy interrompit à son tour la tirade de John à l'aide d'un baiser passionné puis d'une extrême douceur, il n'y avait cette fois aucune possessivité dans ce geste, il lui témoignait simplement son amour en retour de sa déclaration et il ajouta en reculant doucement et en rouvrant les yeux.

Je t'aime John !

Je.. Tu…

Il, nous, vous, ils, oui je t'aime !

Tu mens. Répondit John froidement.

Randy eut l'air peiné, il avança doucement vers John, attrapa son visage entre ses mains avec une tendresse infinie et l'embrassa en mettant tout son amour cette fois dans ce baiser, c'était un baiser qu'il ne lui avait plus offert depuis des mois, un baiser qui lui coupa le souffle, emportant son cœur dans un tourbillon d'énergie, alors il lui demanda avec grand sérieux :

Et ça est-ce que ça ment ?

Non, tu m'aimes vraiment alors ?

Evidemment, idiot.

Tout autant que je t'aime, crétin.

Ils échangèrent un regard tendre avant d'éclater de rire et remontèrent dans la voiture de John pour regagner le stade pour le show du soir non sans faire un dernier crochet par un restaurant.

Attablés face à face et rien qu'à deux pour la première fois depuis des mois, John et Randy s'étudiaient du regard sans parler, ce n'était pas le silence lourd et pesant qu'ils entretenaient depuis leur rupture, il se rapprochait davantage du silence qui avait caractérisait leur relation sans pour autant être le même. Les deux hommes s'observaient tranquillement, profitant de ce calme nouvellement retrouvé pour détailler l'autre, ils n'avaient plus pris le temps de le faire depuis si longtemps, refusant de croiser le regard de l'autre plus de quelques secondes.

Aussi Randy prenait-il un grand plaisir à détailler chaque trait, chaque expression du visage de John comme il l'avait fait si souvent pendant leur histoire, il croyait tout connaître chez John, le moindre trait, chaque expression et pourtant le regard que John lui lançait était encore inconnu pour lui et il remarqua qu'il n'avait pas encore touché à son repas qui refroidissait lentement.

Mange Johnny ou tu vas finir aussi maigre que l'espèce de sardine qui prétendait pouvoir te draguer !

Il n'était pas si maigre que ça, à peine plus que toi, il manquait de muscles c'est tout.

Je pensais que tu ne l'avais pas regardé. Plaisanta Randy.

Disons qu'il était pile dans mon champ de vision pour quelque chose de bien plus intéressant…

Ah oui et quoi ?

Toi et ton expression de fureur pure, comme un gosse à qui on a piqué son jouet préféré.

Mais tu es mon jouet préféré, Johnny boy ! Je plaisante ! Je suis jaloux je l'avoue et le voir poser ses sales mains sur toi, ça m'a rendu un peu fou mais…

Un peu ? Le charria John.

Ok, complètement fou mais c'est ta faute aussi, on n'a pas idée d'être aussi séduisant ! Surtout dans ta tenue de paintball, Mmmm, sérieux John, j'ai eu toute les misères du monde à pas te l'arracher ! C'était pas très fairplay !

John éclata de rire, ses yeux bleus brillaient intensément et Randy se perdit quelques secondes dans sa contemplation, il ne serait jamais rassasié de lui.

Que veux-tu ! Quand on est nul à un sport, il faut bien trouver un moyen de s'en sortir !

Je pourrais t'apprendre à devenir bon au paint… mais seulement si tu portes cette tenue-là à chaque fois !

Elle t'a plu hein ?

Oui, j'hésite même à y retourner pour la récupérer !

John lui fit un clin d'œil amusé, Randy lui sourit en retour avant de désigner son assiette en disant :

Allez, mange Johnny.

Les deux hommes laissèrent le silence retomber tandis qu'ils mangeaient paisiblement, ils avaient un show à assurer ce soir mais pour la première fois depuis longtemps, ils envisageaient cette soirée le cœur léger.