Se remettant de sa déception, Carrie reprit la direction du projet de rénovation. Papilusion nous apportant chaque jour un casse-croute pour la pause-déjeuner et des châtaignes pour les Férosinge, les travaux progressèrent très vite. Et enfin, un beau jour, nous pûmes constater le résultat.
- Enfin… soupira Carrie en admirant son œuvre. Ce jour est enfin arrivé… Je vous présente la nouvelle base de l'équipe Tonnerre ! Tadaaa !
J'observai le résultat d'un œil mitigé. Au fur et à mesure, j'avais mieux compris pourquoi Carrie avait refusé de m'expliquer son projet exact et tout fait pour que je ne le découvre que progressivement. Elle avait transformé notre maison en énorme base qui avait la forme… de ma tête. Oui, celle d'un Miaouss. Tout y était. Les oreilles, les moustaches, les petits crocs, et même la pièce en or sur le haut u crâne. La porte d'entrée se trouvait au niveau de la bouche, et les fenêtres formaient les yeux. Même la séparation entre ces dernières donnait l'impression de pupilles en fente. Je devais admettre que le résultat était impressionnant, même si ça me faisait un peu bizarre d'habiter dans une maison à mon effigie.
- Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? Je me suis inspirée des stands des marchands sur la place Pokémon dont la forme rappelle leur propriétaire ! Comme celui de Mama Kangourex !
Le détail avait été poussé très loin. Même la boîte aux lettres portait les couleurs de ma fourrure, et une fausse queue en tout point exacte à la mienne lui avait été rajoutée. Il y avait également un drapeau représentant la pièce d'or greffée sur mon crâne qui flottait au vent. L'allée était constituée de pavés bien plats, et le petit plus : une piscine dans le jardin. Enfin du moins, c'était un point d'eau claire rafraichissant dont le bord était marqué par de gros galets. Je ne savais pas si Carrie l'avait fait construire pour y prélever de l'eau potable ou pour se baigner, mais cela ajoutait une touche que j'aimais beaucoup à notre décor.
- C'est génial, tout ce que je vois est fantastique ! Et cette ressemblance avec toi est charmante, Matt !
- C'est vrai que ça en jette plus qu'une simple maison. Mais… pourquoi il a fallu qu'elle ait la forme de ma tête ? Pourquoi pas de la tienne ?
- Oh non ! Ça n'aurait pas été aussi joli ! Une maison jaune vif avec de grosses joues rouges, ça aurait fait tâche dans le décor… Tes couleurs sont plus discrètes.
- Ou dis plutôt que tu ne voulais pas habiter dans un truc qui a la forme de ta propre tête.
Elle ne répondit pas mais elle rougit. Bon après tout, c'était plutôt flatteur, mais j'allais avoir du mal à m'y habituer. L'intérieur était beaucoup plus grand. On entrait par la pièce principale où se trouvaient les rondins qui nous servaient de table et des chaises pour les repas, des étagères remplies de toutes nos affaires et d'objets divers qui nous servaient pour nos missions, et nos sacs de provisions. Il y avait également un coin aménagé pour s'installer confortablement lors des veillées. Le fond de la maison était divisé en deux chambres, une pour chacun de nous. Les pièces ne comportaient aucune porte et étaient ouvertes les unes sur les autres, ce qui nous permettait un peu d'intimité sans pour autant s'isoler complètement. Carrie avait pensé à tout, puisque dans ma chambre, mon lit était surélevé, placé sur une mezzanine en bois. Je pouvais m'installer en dessous ou me percher dessus selon mes envies. J'ignorai si c'était dû à ma nature de Miaouss, mais j'adorais me cacher dans des coins discrets et me percher en haut des étagères. Dormir au ras du sol me donnait toujours l'impression d'être exposé, même à l'intérieur d'une maison.
- Moi je la trouve géniale votre base ! s'enthousiasma Chenipan.
- Merci Chenipan ! C'est aussi grâce à toi qu'on a réussi à réaliser ce projet, et en aussi peu de temps ! Et à Chrysacier bien sûr. Merci à vous aussi, Okéoké et Qulbutoke !
- On a tous travaillé dur ! conclut Chrysacier.
- Oui, mais ça en valait la peine ! se réjouit Okéoké.
Les Férosinge se mirent à se concerter entre eux.
- On ne vous oublie pas non plus, merci à vous aussi !
Ils se tournèrent vers nous, échangeant des regards incertains entre eux.
- Dis voir. On voudrait te demander… Si la rénovation de la base est terminée… Est-ce que ça veut dire… que tu ne vas plus nous apporter de châtaignes ?
- Bien sûr ! C'était notre accord. Mais puisque le travail est terminé, nous n'avons plus besoin de vous payer maintenant. dit Carrie sans pouvoir retenir un petit sourire sarcastique.
Ils ne pourraient plus essayer de nous escroquer cette fois. Mais ils échangèrent des regards et recommencèrent à se concerter entre eux. Je fronçai les sourcils. Je n'aimais pas trop quand ils faisaient ça. C'était généralement mauvais signe. Ils se précipitèrent soudain tous sur la base et commencèrent à s'en prendre à elle, à essayer de la démolir.
- Qu'est-ce que vous faites ?! Arrêtez ça tout de suite !
- Puisque tu ne nous donnes plus de châtaignes, on va tout casser !
Cette fois, c'en était trop pour Carrie. Et pour moi aussi. Son visage devint presque aussi rouge que ses joues, qui crépitèrent avant qu'elle ne déverse sur eux une quantité d'énergie électrique phénoménale. Elle les avait électrocuté si fort qu'ils s'écroulèrent immédiatement, leurs poils roussis fumant un petit peu.
- Non mais où est-ce que vous vous croyez ?! Vous avez cru que j'allais vous laisser démolir tout notre travail comme ça ?! Bande de sauvages !
- On devrait peut-être intervenir, non ? suggéra Okéoké en constatant la fureur de Carrie.
- Laisse la faire. Ils ont mérité une bonne leçon, et puis je me suis déjà pris quelques-uns de ses éclairs, on s'en remet…
Okéoké m'adressa un drôle de regard, à la fois inquiet et intrigué. Je lui expliquai brièvement que Carrie avait l'électricité facile envers tous ceux qui la contrariait ou la contredisaient tout simplement, moi compris. Il lui était souvent arrivé de finir une de nos disputes en m'électrisant, ce qui ne faisait généralement qu'empirer les choses. Mais nous avions l'habitude de nous chamailler sans cesse pour la moindre broutille. Ceux qui nous connaissaient ne s'en inquiétaient plus.
- Mais… on s'est dit que si on cassait tout, il faudrait tout refaire, et tu nous donnerais encore des châtaignes sans bogues… gémit un des Férosinge.
Carrie se calma progressivement et soupira profondément.
- Il ne vous est jamais passé par la tête que l'on pourrait vous apprendre à retirer ces fichues bogues vous-même ?!
- Apprendre, c'est trop long et ennuyeux ! On préfère que tu le fasses pour nous !
- C'est hors de question ! Vous n'allez pas vivre à nos crochez toute votre vie ! Alors pour commencer, vous allez réparer les dégâts, et ensuite, je vais vous apprendre à enlever les bogues ! Mais ensuite, vous nous débarrassez le plancher !
Heureusement, Carrie avait réagi suffisamment vite, et ils n'avaient pas eu le temps de faire trop de bêtises. Je me chargeai de leur apprendre comment enlever une bogue de châtaigne sans se faire mal, puis une fois qu'ils eurent tous maîtrisé le concept, non sans une bonne dose de mauvaise volonté, ils retournèrent enfin dans le Bois Brouhaha.
- Et n'oubliez pas : on vous a à l'œil ! Si vous embêtez encore les habitants de la forêt, on le saura ! Compris ?
Une fois tout le monde rentré chez lui, nous pûmes enfin nous reposer dans notre nouvelle maison. Si je fus très vite à l'aise avec notre nouvel intérieur, l'extérieur me perturbait toujours autant. Je n'étais pas certain de m'y habituer complètement un jour.
Les travaux terminés, nous pûmes enfin reprendre un rythme de vite plus calme, et nous reconcentrer pleinement sur les missions de sauvetage. Les tremblements de terre ne cessaient pas, bien au contraire, et nous réveillaient presque chaque nuit. Heureusement pour nous, notre nouvelle base était solide, nous l'avions construite de manière à pouvoir résister à presque tout. Mais cela voulait aussi dire que Tortank et ses coéquipiers n'avaient pas encore réussi à calmer Groudon. Un matin cependant, ce ne fut pas la terre qui tremblait qui me réveilla, mais une Carrie très agitée.
- Réveille-toi Matt ! Allez, debout !
- Euh… Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Il y a un attroupement de Pokémon sur la place ! Il doit se passer quelque chose !
Je me levai péniblement et la suivis. Arrivé sur la Place Pokémon, je pus effectivement constater qu'un grand nombre de Pokémon s'étaient rassemblés et regroupés autour de quelque chose. Nous retrouvâmes Lombre dans la foule.
- Hé, Lombre ! Qu'est-ce qui se passe ?
- Salut, vous deux. Eh bien…
Il jeta un regard vers le groupe de Pokémon.
- Vous devriez aller voir vous-même.
Intrigués, nous nous frayâmes un chemin dans la foule jusqu'au premier rang pour découvrir Tortank, Octillery et Grolem gisant au sol, dans un sale état. Les infirmières Leveinard examinaient leurs blessures tandis que Tengalice les observait d'un air soucieux en se tordant les pattes.
- Tengalice ! Qu'est-ce qui s'est passé ?!
- …Ils se sont fait battre… dans le souterrain… Ils sont revenus en piteux état… Sans leur badge de secourisme, ils y seraient encore d'ailleurs…
- Quoi ?!
- C'était un endroit terrible… vraiment dur… articula Tortank avec difficulté.
- Nous n'avons même pas réussi à atteindre Groudon… ajouta Octillery.
- J'espère ne jamais avoir à retourner dans un endroit pareil… souffla Grolem.
- Apparemment… Ce souterrain est bien plus dur à explorer que l'on pensait… reprit Tengalice.
Un rire moqueur sinistre retentit soudain derrière la foule. Celle-ci se retourna et s'écarta pour laisser passer un Pokémon que nous connaissions bien.
- Ec, ec, ec ! Quelle bande de nuls. C'était couru d'avance, ça.
- Ectoplasma !
- Je croyais pourtant avoir été clair ! Si je te revoyais dans le coin…
Je regrettais de ne pas lui avoir vraiment mis une raclée la dernière fois que je l'avais vu. Il aurait peut-être vraiment retenu la leçon.
- Du calme ! Je suis seulement venu constater ce que je savais déjà.
- Tais-toi ! Il fallait bien tenter quelque chose pour sauver Alakazam et son équipe ! s'énerva Carrie.
- Ec, ec ! On a du mal à réfléchir n'est-ce pas ? se moqua-t-il. Même eux ont l'air intelligent en comparaison. ajouta-t-il en balayant la foule du regard.
Si certains s'offusquèrent de son mépris, les autres commencèrent à réfléchir.
- C'est trop… même Tortank a échoué…
- Ça doit être terrible là-bas… Qui voudrait se risquer dans un donjon aussi dangereux ?
- Moi je n'y vais pas. Je brûle trop facilement.
- Je ne supporte pas les tremblements de terre. Je ne ferais pas long feu…
Carrie jeta un regard désemparé autour d'elle.
- Tout le monde… se décourage…
Je fusillai Ectoplasma du regard. Il essayait encore de manipuler tout le monde en utilisant la peur. « Eliminez-le, il met le monde en péril ! », « c'est trop dangereux, vous n'êtes pas assez bêtes pour risquer vos vies là-bas ? » Mais que cherchait-il à la fin ?! Si personne ne faisait rien, Groudon allait se réveiller pour de bon, et d'après ce qu'avait dit Feunard, ce n'était pas de bon augure… Pourquoi cherchait-il à décourager ceux qui tenteraient d'éviter cette catastrophe ? Si le monde était détruit, il le serait pourtant aussi !
- Vous voyez ? On dirait que tout le monde est revenu à la raison !
Carrie se tourna vers Tengalice, une lueur d'espoir dans les yeux. Mais il détourna le regard.
- Je… Mes feuilles brûleraient…
- Même Tengalice laisse tomber… lâcha Carrie, déçue.
- Ec, ec ! N'espérez pas recevoir une récompense parce que vous avez essayé ! Il faut savoir accepter son impuissance.
Il réfléchit quelques instants et afficha un grand sourire satisfait.
- Tiens ? J'ai dit quelque chose de profond là ! Ec, ec, ec, ec !
Autour de nous, les Pokémon continuaient à se démotiver. Aucun ne se pensait capable de survivre dans un tel endroit, aucun ne pensait être en mesure de secourir l'équipe d'Alakazam. Ils étaient tous terrifiés à l'idée d'y aller. Pourtant si personne ne se décidait, quelque chose de terrible allait arriver. Il fallait empêcher ça !
- Matt… Je ne sais plus… Qu'est-ce qu'on doit faire ?
- Oh non ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! Où est passée la Carrie qui voulait absolument aller se battre contre Electhor en sachant parfaitement que c'était un Pokémon légendaire parce qu'il fallait sauver Tengalice ?
Cela sembla la secouer un peu. Je continuai sur ma lancée.
- Alors oui, je suis d'accord, l'équipe d'Alakazam a eu tort de nous poursuivre et de nous traquer comme ça, et je ne leur pardonnerai certainement jamais complètement mais… ils ne méritent quand même pas qu'on les abandonne à la merci de Groudon. Et puis on ne peut pas perdre une équipe aussi puissante qu'eux par les temps qui courent, on a besoin de tout le monde pour continuer les sauvetages !
Carrie hocha la tête fermement. Je sentis que j'avais réussi à la convaincre, à lui faire reprendre du poil de la bête.
- Et de toute façon, on ne peut pas attendre et laisser faire. Si personne ne fait rien, Groudon va se réveiller, et le monde sera détruit. On doit tenter quelque chose.
Je réalisai alors seulement que tous avaient progressivement arrêtés de parler pour m'écouter. Je me sentis soudain mal à l'aise de sentir l'attention de tous concentrée sur moi.
- Tu as raison. dit finalement Carrie. Ecoutez tous ! Nous y allons ! Nous allons tenter de secourir l'équipe d'Alakazam !
- Quoi ?
- J'ai bien entendu ?
- Qui c'est ? C'est la première fois que je vois ces Pokémon…
- C'est l'équipe Tonnerre. Ils sont assez connus dans le coin.
- L'équipe Tonnerre ? Celle qui avait un rôle présumé dans la légende de Feunard ?
- J'en ai entendu parler ! Les pauvres ont dû fuir comme des malpropres, il n'y a pas longtemps !
- Tu les penses à la hauteur ? Moi, à vue de museau, je dirais que non.
- Nous ne serons peut-être pas à la hauteur. répliqua Carrie. Mais… nous restons une équipe de secours. Nous voulons aider les Pokémon qui souffrent des catastrophes naturelles… C'est dans ce but que nous avons créé notre équipe de secours ! C'est pour cela que nous souhaitons tout faire pour sauver l'équipe d'Alakazam. Ne jamais baisser les bras… Voilà la devise de l'équipe Tonnerre !
Ectoplasma semblait très contrarié de ne pas avoir réussi à nous décourager, nous aussi.
- Ec… Tu n'es pas très fute-fute dis-moi ! Pourquoi tu n'abandonnes pas, comme tous les autres ? demanda-t-il d'un ton mielleux.
- Non. Matt et Carrie ont raison. intervint Tengalice.
Un silence suivit ses paroles, puis les Pokémon approuvèrent bruyamment.
- C'est vrai. C'est la peur qui m'a fait parler.
- Nous avons perdu de vue l'essentiel… Nous sommes des secouristes. Nous sommes fiers de nos équipes de secours… Nous devons nous en montrer dignes !
- Ec, ec, ec ! Vous avez perdu la tête ? s'indigna Ectoplasma. Vous n'allez quand même pas vous laissez convaincre par cette demi-portion ?! A quoi ça sert d'y aller alors que vous savez d'avance commet ça va se terminer ?!s'écria-t-il, perdant finalement son sang-froid.
- Ah, vraiment ? rétorqua Tortank.
Je le vis se relever péniblement.
- Nous n'avons essuyé qu'un seul échec !
- Oh, Tortank !
Octillery se redressa à son tour.
- Allez, arrêtons de nous morfondre !
- Nous ne pouvons pas abandonner tout espoir ! En tout cas, moi je ne peux pas. conclu Grolem en suivant l'exemple de ses partenaires.
- Ec, ec ! Ce n'est pas ce que vous disiez il y a cinq minutes…
Mais personne ne prêta attention à la remarque du spectre. La foule avait retrouvé son courage.
- C'est vrai !
- Il doit forcément y avoir un moyen de les sortir de là !
- Si nous nous y mettons tous, nous y arriverons !
- Toutes les équipes de secours vont aller dans le donjon et coopérer !
- Ec, ec ! Ça va pas la tête ? En tout cas, vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus !
Je perdis patience, moi aussi.
- Au bout d'un moment, Ectoplasma, si tu ne veux pas venir, personne ne t'y force ! D'ailleurs je doute que qui que ce soit veuille d'un Pokémon aussi malfaisant et lâche que toi dans son équipe ! Alors puisque tu n'as rien de mieux à faire, fiche le camp ! On t'as assez vu !
Furieux, il décampa d'un pas rageur. Un de ces quatre, il allait falloir que je m'occupe de son cas à celui-là ! Mais pour l'instant, nous avions des choses plus importantes à régler.
- Merci vous deux. nous dit doucement Tortank. Sans vous, nous aurions abandonné une chose très importante : notre fierté. Je vous remercie, de la part de tous les Pokémon ici présents.
Il contempla la foule et lui sourit.
- Allez ! Il est temps de se remettre au travail ! On va leur montrer ce que c'est, une équipe de secours !
Tous les Pokémon poussèrent des exclamations de joie, ou des cris de guerre pour certains. J'étais soulagé que tous aient retrouvé leur motivation. Je savais pertinemment que seuls, nous ne pourrions pas y arriver. Il fallait qu'on se serre tous les coudes.
Tortank et ses acolytes finirent de se faire soigner tandis que toutes les autres équipes commençaient leurs préparations. Certains faisaient déjà leur sac, d'autres préféraient se rendre au Dojo Makuhita pour s'entraîner contre des Pokémon feu, et ainsi avoir une idée de ce qui les attendaient. Carrie et moi suivîmes leur exemple. Absol accepta de se joindre à nous, après tout, nous allions avoir besoin du maximum de secouristes disponibles pour cette mission.
- Je me demande si c'est pire qu'au Mont Ardent… s'interrogea Carrie.
- On ne sera pas sur le flanc du volcan cette fois-ci. On sera dans un souterrain. On n'aura aucune possibilité de fuir si la lave nous coince quelque part. Il faudra faire attention.
- C'était comment, dans la Mine Magma ? demanda Lombre à Tortank et son équipe.
- Il y avait surtout des Pokémon de type feu. répondit Octillery.
- Ça grouillait de Pokémon extrêmement forts. ajouta Tortank. Je suis avantagé contre le feu… Mais cet endroit est vraiment spécial.
- Des Pokémon de type feu… Je crois que je ne résisterai pas longtemps là-bas… gémit Chétiflor.
- Oh, vous ne devriez pas y aller. dit Grolem. Vous nous plus Tengalice. Ce souterrain est un vrai brasier. Vous allez brûler !
- On doit y aller ! répliqua Tengalice. On ne peut tout de même pas rester ici sans rien faire !
- Oui, c'est vrai… soupira Chétiflor. Inutile de me trouver des excuses… Nous devons nous battre tous ensemble ! Tous, sans exception.
- Non, pas tous. corrigea Tortank. Seulement les équipes de secours. Si des Pokémon inexpérimentés s'y aventurent, ils risquent de se blesser gravement, et cela ne fera que plus de Pokémon à secourir. Il vaut mieux laisser faire les professionnels.
- Faites bien attention à vous ! s'exclama Snubbull.
Chétiflor semblait soulagé de ne pas avoir à y aller. Après tout, il n'était pas secouriste, et Tortank avait raison. Il ne ferait que ralentir les autres, et plus il y aurait de monde à secourir, plus la situation serait dramatique. Il valait mieux ne pas foncer tête baissée sans réfléchir. Les commerçants nous dirent tous avoir été très émus par notre discours sur la place. Ils nous avaient trouvé très courageux et nous félicitaient pour avoir permis à tous de retrouver leur motivation.
- Eh bien ! Vous avez fait mouche avec votre discours ! Ça nous a redonné la pêche ! nous dit Kecleon.
- Moi aussi ça m'a touché… ajouta son frère. J'ai particulièrement aimé la partie sur la fierté… Ça m'a fait réfléchir…
- Tu n'es pas le seul frérot. Ces paroles m'ont inspiré.
- Oh, frérot… Nous allons essayer de nous procurer des articles encore meilleurs ! Vendre de bons produits, c'est ce qui fait la fierté d'un marchand !
Je ne pus m'empêcher de ricaner. Ils ne changeaient pas ces deux-là !
- Je ne m'étais pas trompée. Je savais que tu n'étais un Pokémon comme les autres. me confia Mama Kangourex. S'il vous plaît tous les deux, revenez sain et saufs…
Persian nous qualifia de « Pokémon formidables » et me complimenta. Quant à Grodoudou, il nous avoua adorer notre équipe et être un de nos fans.
- Vos paroles sur la place ont touché mon cœur. nous dit Barbicha avec émotion. On dirait que j'ai appris quelque chose de vous autres, les jeunes.
- Et moi je vais essayer de ne pas avoir peur des secousses pendant votre absence ! s'exclama Chenipan. Faites attention à vous !
Toutes ces attentions nous touchèrent. Plus que jamais, les Pokémon semblaient tous solidaires. Les équipes se préparaient ensemble, s'échangeaient conseils et objets utiles, et certaines équipes choisissaient même de s'associer, le plus souvent pour compenser des faiblesses de type. Par exemple, de nombreux Pokémon eau acceptèrent de faire équipe avec des Pokémon plante afin de compenser leur désavantage et de leur venir en aide. Je songeai un instant que nous devrions nous trouver un partenaire de type eau nous aussi. Si Groudon était vraiment de type sol, les attaques électriques de Carrie seraient inefficaces. Et ni moi ni Absol n'avions de capacité relativement efficaces contre ce type. Après avoir passé la journée à nous entraîner, nous concerter avec les autres équipes et à nous préparer, nous décidâmes de partir le lendemain.
- On ne partira pas avant demain, mais ça m'électrise à l'avance. me dit Carrie. On devrait prendre une bonne nuit de sommeil.
Je ne mis pas longtemps à m'endormir. Et à ma grande surprise, je me retrouvai dans un lieu bien familier. Le néant des songes. C'est ainsi que j'avais nommé ce lieu aux couleurs dansantes et à la sensation de flottement. Comme je m'y attendais, Gardevoir commença à apparaître à mes côtés. D'abord faiblement, immatérielle, puis sa présence s'affirma pour de bon.
- Gardevoir…
Elle m'offrit son habituel sourire bienveillant.
- C'est demain que tu pars dans ce souterrain, n'est-ce pas ?
- Oui… On dit que c'est un endroit horrible… J'espère que tout se passera bien…
Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais je ressentais presque le besoin de me confier à elle. Comme si nous étions proches. Peut-être était-ce le fait qu'elle apparaissait depuis des mois au cœur de mes rêves, dans mon inconscient, une des parties les plus intimes de moi-même, qui me donnait ce sentiment.
- Tout ira bien pour toi. me rassura-t-elle avec une mine réjouie. Tu vas atteindre ton objectif, c'est certain, Matt. Tu as tout mon soutien. S'il te plaît, aie confiance en ta force.
Je me forçai à y sourire. La dernière fois que quelqu'un avait cru en moi, il avait eu raison. Peut-être devais-je me fier à son jugement ?
- Je le ferai. Merci. Ça m'a redonné un peu de courage. Je vais y arriver.
Elle sembla satisfaite de ma réponse.
- Est-ce que tu sais à quoi ça ressemble sous terre ? Ou comment est Groudon ?
- Non… Pardonne-moi… Je ne discerne rien d'autre…
- Ah… Tant pis… Je pensais que tu savais peut-être quelque chose, à la façon dont tu en parlais…
- Non. Je voulais seulement t'encourager de mon mieux… Pardon…
- Non, non. Pas de problème. Ça me réjouit que tu tentes de m'encourager. Merci beaucoup.
Je voulu la questionner avant qu'elle ne disparaisse à nouveau, mais elle prit les devants.
- Mais… Il y a une chose que je peux visualiser… Ta fonction… touche à sa fin, petit à petit.
- Ma fonction… touche à sa fin ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Tu as subi cette transformation en Pokémon pour remplir une fonction bien précise… et c'est la raison de ta présence ici. Maintenant, cette fonction… arrive à son terme.
- Gardevoir, dis-moi ! Quelle est ma fonction ? Pourquoi suis-je devenu un Pokémon ?
- Chaque chose en son temps… Je crois que je pourrai te le dire quand cette aventure sera terminée. Au revoir…
- Non, attends ! Pourquoi tu ne peux pas me le dire maintenant ?
Mais son image s'effaça comme un mirage balayé par le vent, et je me retrouvai seul à nouveau. Je sentis mon esprit s'extirper progressivement des brumes du sommeil jusqu'à être totalement réveillé. Carrie et Absol s'activaient déjà. Je les rejoignis pour finir d'emballer nos affaires, mais je ne leur parlai pas de mon rêve. Je n'avais pas vraiment plus d'informations, et pour une raison que j'ignorais, je ne me sentais pas la force de leur en parler.
Gardevoir a dit que… Elle me dira tout quand cette aventure sera terminée… Est-ce qu'aller sous terre est l'aventure dont elle parlait ? Me le dira-t-elle si nous sauvons l'équipe d'Alakazam ?
- Dépêche-toi, Frimousse! Tu dors encore ou quoi ? Les autres équipes vont partir sans nous ! La plupart sont déjà en chemin !
- Oui, j'arrive…
Je fis de mon mieux pour oublier mon rêve, mais en réalité, je trépignais d'impatience. Je voulais avoir des réponses à toutes mes questions. Pourquoi Gardevoir me faisait-elle attendre comme ça ? Cela faisait déjà des mois que je me demandais ce qui m'était arrivé, j'avais bien le droit de le savoir après tout ce que j'avais vécu ! Et puis, comment pourrais-je remplir ma fonction si j'ignorais de quoi il s'agissait ?
Nous rejoignîmes les autres équipes de secours qui n'étaient pas encore parties. Nous avions décidé la veille de partir en plusieurs grands groupes, car étant donné la difficulté de cette mission de sauvetage, il fallait unir nos forces pour progresser tous ensemble. L'union faisait la force. Il nous fallut ainsi une semaine complète de voyage pour arriver enfin à la Mine Magma. Après avoir traversé une grande région montagneuse, nous trouvâmes finalement l'entrée de la mine, au pied d'un volcan.
- Est-ce qu'il est encore en activité ?
- Je ne sais pas, il n'a pas l'air actif, mais Tortank et les autres ont dit que c'était plein de lave à l'intérieur…
- Feunard a dit que Groudon dormait loin sous la terre. Peut-être que le volcan est éteint mais qu'il y a du magma dans les profondeurs de la mine ?
- Il n'y a qu'un seul moyen de le savoir. Allons-y.
Carrie et moi n'étions pas rassurés à l'idée de pénétrer dans ce souterrain à la réputation si terrible. Nous avions déjà traversé un volcan en activité, manqué de se faire carboniser de nombreuses fois par des coulées de lave imprévisibles, mais c'était toujours en plein air. Ici, nous serions enfermés, sans aucune issue de secours, et nous aurions bien moins de liberté pour éviter la lave. Qu'arriverait-il si celle-ci nous tombait dessus depuis le plafond ? Cette exploration allait être particulièrement dangereuse. Mais armés seulement de foulards de protection contre les brûlures et de notre courage, nous pénétrâmes dans la mine. Nous pouvions déjà sentir la chaleur venant des profondeurs du souterrain, comme pour nous avertir de ce qui nous attendait. Au fur et à mesure de notre progression, des petites fentes apparurent dans les murs, laissant échapper de légères coulées de lave. Heureusement, les couloirs étaient larges et nous permettaient de nous éloigner des murs afin d'éviter ce liquide mortel. La chaleur montait de plus en plus, et l'air devenait irrespirable, si lourd qu'il nous paraissait devenir solide, se coinçant dans notre gorge et rendant son passage par nos poumons impossible. Le sol devenait également de plus en plus chaud, si bien qu'il fallait rester sans cesse en mouvement pour ne pas se brûler les pattes. Les murs désormais rougeoyants ressemblaient à des beignets que l'on aurait trop rempli de confiture et qui débordaient. La lave en sortait de partout, mais heureusement en trop petite quantité pour inonder le souterrain et nous ensevelir. Nous fûmes bientôt obligés de recouvrir nos pattes de morceaux de tissus, car le contact avec le sol devint insupportable. Même à travers notre nouvelle protection, nous pouvions sentir la chaleur ardente qui en émanait. Et nous nous enfoncions plus bas, toujours plus bas, loin dans les profondeurs de la mine. Nous transpirions à grosses gouttes, et notre fourrure nous parut bien trop lourde à porter. En cet instant précis, j'aurais donné n'importe quoi pour l'enlever, et pour retrouver de l'eau bien fraîche, car la nôtre était désormais chaude, et ne nous apportait aucun réconfort quand nous nous désaltérions.
Enfin, les murs cessèrent de déverser de la lave, mais ils étaient désormais incandescents, ce qui était bien pire. Nous savions que le moindre contact avec eux nous consumerait instantanément. Quant au sol, il devenait plus dur de poser les pattes dessus que de tenter de marcher sur une plage de sable brûlant qui n'aurait pas vu d'ombre de tout l'été et resterait exposé au zénith en permanence. Trois couches de tissus ne furent pas de trop pour protéger nos pattes, que nous recouvrîmes également d'une bonne dose de pommade fabriquée à partie de baies fraive, connues pour soigner efficacement les brûlures. Sans elles, nous aurions déjà dû faire demi-tour depuis longtemps. Il devenait d'ailleurs de plus en plus difficile de trouver le courage d'avancer. Certains perdaient courage et voulaient rentrer, ce que nous ne pouvions leur reprocher. La chaleur était caniculaire, insupportable, et nous assommait. J'avais sans cesse l'impression qu'elle exerçait une pression sur mon crâne et que j'allais m'évanouir. Chaque pas me demandait un effort particulier, et je ne pouvais parfois m'empêcher de tituber. J'avais même dû enlever ma pièce en or greffée sur mon front, car elle conduisait la chaleur et me brûlait comme si elle venait d'être chauffée à blanc. Je me sentais tout nu sans elle, mais c'était mieux que de finir avec le front grillé. Je jetai un œil à Absol. Il ne se plaignait jamais, et pourtant son épaisse fourrure qui l'avait protégée contre le froid polaire lors de notre cavale devait maintenant le faire souffrir bien plus que nous tous réunis. Les Pokémon eau avaient plus de facilité à rafraîchir leur corps, mais se sentaient complètement desséchés. Certains se demandaient s'ils seraient encore capable de produire une attaque de type eau à la fin de ce voyage. Seuls les Pokémon de type feu ne souffraient pas trop de la chaleur. Certains n'étaient même pas affectés par la lave et pouvaient s'y plonger comme s'il s'agissait d'un simple bain. C'était eux qui repoussaient le magma lorsqu'il s'approchait trop de nous ou nous barrait la route. Ils testaient également la chaleur du sol pour éviter que les autres ne finissent avec les pattes carbonisées en les posant au mauvais endroit. Bientôt, ils furent les seuls à avoir l'esprit suffisamment clair pour continuer à nous guider.
Nous n'avions plus aucune notion du temps, et les conditions pénibles de notre voyage n'arrangeaient rien. Nous avions l'impression d'être enfermés dans ce four depuis des jours, mais cela ne faisait peut-être que quelques heures en réalité. Nous n'avions qu'une hâte : sortir de cette fournaise au plus vite. Au moins, après avoir connu un froid polaire et une chaleur accablante, je saurais profiter pleinement de la chance d'avoir un climat généreux à la maison. Nous marchions comme des morts-vivants, sans plus vraiment savoir comment nous y parvenions ni pourquoi nous continuions à avancer. Soudain, le sol se mit à trembler violemment, nous sortant de notre torpeur. Je ne pouvais me débarrasser de la peur que le souterrain ne s'effondre sur nous ou qu'une coulée de lave ne surgisse du plafond. La secousse se calma, et quelqu'un poussa un cri d'exclamation.
- Regardez ! Là-bas !
Nous sortîmes progressivement de la paralysie dans laquelle nous avait plongé le tremblement de terre pour tenter de voir ce qu'on nous désignait. Ma vision était floue, tout semblait onduler autour de moi, l'air, les murs, et même le sol, me faisait perdre mes repères et mon équilibre. Mais je finis par apercevoir quelque chose une peu plus loin devant nous, au sol. Quelque chose de gros, et de vert. Il me fallut un moment pour réaliser ce que c'était.
- Tyranocif !
- Et Dracaufeu !
Avec sa couleur se fondant dans celle du paysage, je n'avais même pas vu Dracaufeu, étendu à côté de Tyranocif. Nous nous assurâmes qu'ils étaient encore conscients, et ils ouvrirent péniblement les yeux.
- Qu'est-ce qui vous est arrivé ?
Dracaufeu gémit et fit un effort pour nous répondre.
- On a voulu se battre contre Groudon… et on a perdu…
- Il… il nous a écrasés…
- Et Alakazam ? Où est-il ? Pourquoi n'est-il pas avec vous ?
- Il se bat… toujours contre Groudon…
- Quoi ?!
- Venez, il faut faire vite !
Certains Pokémon restèrent auprès des deux blessés pour veiller sur eux et commencer les premiers soins. Le reste du groupe s'élança dans le souterrain à la recherche d'Alakazam. Il ne nous fallut que quelques minutes pour déboucher sur une immense caverne souterraine, assez grande pour contenir un Pokémon légendaire. Au fond de cette grotte, un lac de lave alimenté par une cascade bouillonnait comme le présage d'une terrible menace. Alakazam se trouvait au centre de la salle et nous tournait le dos.
- Alakazam ! Tu vas bien ?!
- Hum ! C'est vous ! répondit-il sans même se retourner.
Nous nous avançâmes jusqu'à sa hauteur. Il gardait le regard fixé sur le lac de lave et semblait plongée dans une extrême concentration.
- Restez en dehors de ça ! Cet adversaire… Il est bien trop puissant !
Le magma se mit à bouillonner plus fort, d'une manière inquiétante, tandis qu'un grondement sourd se fit entendre. Alakazam se tendit d'avantage.
- Il arrive !
Le sol se mit à bouger violemment, comme si quelque chose d'énorme avançait et martelait la terre de chacun de ses pas. Nous regardâmes tout autour de nous, mais il n'y avait pas d'autre issue à cette caverne que le couloir par lequel nous étions venus, et la menace ne semblait pas venir de là. A vrai dire, elle semblait venir de partout à la fois. Le lac de magma sembla alors exposer tandis qu'une créature colossale en émergea en poussant un cri monstrueux. Je n'avais jamais rien vu de pareil. Courbé vers l'avant comme s'il avait le poids du monde sur ses épaules, entièrement rouge et parcouru d'étranges lignes noires, des yeux jaunes menaçants et agressif, recouvert de griffes tranchantes jusqu'au bout de la queue, Groudon était un véritable monstre sortit tout droit d'un cauchemar. Tout à coup, je me demandai ce qui m'avait pris de venir jusqu'ici.
Le légendaire poussa un rugissement qui retentit dans la caverne, puis balaya brutalement Alakazam d'un puissant coup de griffe qui l'envoya valser contre un groupe de rochers, à plusieurs mètres de là. Sa victime s'évanouit sous la brutalité du choc, et nous restâmes tous pétrifiés devant cette vision d'horreur. Cependant la fureur de Groudon eut tôt fait de nous ramener à la réalité.
- Allons-y ! Il faut l'attaquer tous ensemble !
Toutes les équipes de secours se jetèrent sur Groudon, et une terrible bataille commença. Nous faisions de notre mieux pour esquiver ses attaques, mais il était difficile d'éviter les éclaboussures de lave, les rochers qui tombaient du plafond et les attaques du terrible monstre en même temps. Je compris vite que ce combat était désespéré. Nous n'avions pas l'ombre d'une chance. C'était un légendaire, le gardien de la terre, créateur des continent, et l'un des deux titans qui avaient failli détruire le monde dans leur combat acharné l'un contre l'autre. C'est du moins ce que disait la légende. Comment pouvions-nous avoir la moindre chance face à un monstre pareil ? Nos attaques n'entaillaient même pas sa peau, comme des coups de griffes sur une carapace, alors qu'une seule de ses attaques pouvait nous blesser gravement. Et la chaleur ne nous aidait en rien, elle ne faisait que nous accabler d'avantage. Des Pokémon commençaient déjà à tomber. Je posai un regard désespéré tout autour de moi.
Courage ! Suis ton instinct !
Ce fut comme si un courant électrique me paralysait sur place.
Tout ira bien. Aie confiance en ta force.
Cette voix… C'était celle de Gardevoir. Etait-elle à mes côtés, en ce moment même, en train de m'encourager, ou était-ce mon instinct de survie qui me poussait à continuer à me battre ? Je l'ignorai. Mais soudain, ce fut comme si je n'avais plus le contrôle de mon corps. Mes pattes se mirent à bouger d'elles même sans que je ne leur en donne l'ordre, et mes griffes se déployèrent. Comme dans un état second, je me mis à courir vers Groudon, droit vers lui. J'entendis Carrie crier quelque chose que je ne compris pas. J'effectuai un saut spectaculaire et mis toutes mes forces dans mon attaque. Mes griffes laissèrent une longue traînée sombre derrière elle, et je continuai à attaquer, encore et encore. Je sentis soudain une présence à mes côtés, que j'identifiai comme celles de Carrie et d'Absol. Tout était flou, je ne savais plus vraiment ce qui se passait, je savais seulement que j'étais en train de me battre, mais c'était comme si quelqu'un d'autre avait pris possession de mon corps. Un rugissement terriblement me parvint et je fus projeté en arrière. Ma tête heurta un rocher, et je retrouvai enfin le contrôle de moi-même. Essoufflé, à moitié assommé, je tentai de comprendre ce qui venait de se passer. Groudon se tordait dans tous les sens et reculait en titubant. Il cessa progressivement de se débattre et s'effondra au sol, vaincu. Je restai de longues minutes sans bouger, sous le choc. Qui l'avait battu ? Qui avait réussi pareil exploit ? Les regards se tournèrent vers moi, abasourdis.
- Matt, tu… Comment as-tu fait ça ?
- Que… Quoi ? Comment j'ai fait quoi ?
- Comment as-tu réussi à vaincre Groudon ?!
J'ouvris et je refermai la bouche plusieurs fois.
- Je… Je ne… me souviens pas…
- C'était incroyable ! Tu t'es soudainement mis à courir vers Groudon, et il y avait cette lumière étrange qui t'entourait…
- Tu l'as attaqué de toutes des forces, et il a eu l'air de faiblir ! Et puis Carrie et Absol sont venus t'aider, et vous l'avez vaincu !
- Comment vous avez fait ?
- C'est quoi ta technique ? C'était quoi cette attaque ?
- Comment tu savais que tu allais le vaincre ?
Sortant de leur état de choc petit à petit, les équipes de secours se mirent bientôt à nous bombarder de questions, puis à nous acclamer et à nous porter en triomphe. J'étais toujours confus quant à ce qui venait de se passer. Et d'après les regards de mes amis, je n'échapperai pas à un interrogatoire plus poussé. Mais j'attendrais d'être seul avec eux pour parler de tout ça. Lorsque les esprits furent un peu calmés, on alla s'occuper des blessés.
- Alakazam ! Tu vas bien ?
- Arg… Que… Que s'est-il passé ?
- Groudon a été vaincu. C'est fini.
- Comment ? Mais qui…
- Ce n'est pas important pour le moment. Il faut qu'on vous soigne.
- Que doit-on faire pour Groudon ? demanda quelqu'un.
- Il a perdu le contrôle de lui-même uniquement parce que son sommeil a été perturbé. Il devrait se calmer maintenant. déclara Alakazam.
Le souterrain se mit alors à trembler violemment.
- Sortons vite d'ici !
Les Pokémon se rassemblèrent en petits groupes, et toutes les équipes de secours sortirent leurs badges de secourisme, remplis d'énergie au préalable pour effectuer une évacuation d'urgence. Carrie m'avait parlé de cette fonction quand nous avions reçu le nôtre, mais c'était la première fois que j'allais avoir l'occasion de le tester. Nous aidâmes Alakazam à se relever, et après avoir vérifié que nous n'avions oublié personne, les équipes se téléportèrent une à une hors de la mine. Nous nous accrochâmes à notre propre badge et nous les imitèrent. J'eus une désagréable sensation de fourmillement dans tout le corps, puis des vertiges, comme si j'allais m'évanouir. Enfin, mon cœur se souleva dans ma poitrine comme si j'étais dans des montagnes russes, et les choses revinrent finalement à la normale. Nous étions dehors, loin de la mine, et mon premier réflexe fut de prendre une grande inspiration pour sentir l'air frais entrer dans mes poumons. Nous étions trop loin de la Place Pokémon pour pouvoir nous y téléporter directement, mais au moins nous n'avions pas eu à rebrousser chemin dans ce four insoutenable. Nous décidâmes de dresser le camp pour nous reposer et soigner les blessés. Heureusement, personne n'était entre la vie et la mort. Tous s'en sortiraient et finiraient par guérir avec le temps. Bien sûr, on ne parla que de mon exploit au cours du dîner, ce qui me mit mal à l'aise. Tous mirent mon incapacité à expliquer ce qui s'était passé sur le compte du choc que j'avais reçu après mon combat, lorsque j'avais été projeté. Je ne démentis pas, ce qui me donna une bonne excuse pour justifier mon amnésie partielle. Lorsque je réussi enfin à m'isoler avec Carrie et Absol, ils m'interrogèrent.
- Je vous jure que je ne sais pas ce qui s'est passé ! C'est comme si j'étais dans un état second ! J'ai entendu la voix de Gardevoir, et puis… Après c'est le flou total.
- Tu as entendu Gardevoir ?
- Oui, enfin je ne sais pas si c'était vraiment elle. J'ai cru entendre une voix, mais c'était peut-être juste mon esprit qui me jouait des tours.
C'était peut-être vrai. Peut-être que je m'étais simplement remémoré ses encouragements à ce moment-là et qu'ils m'avaient donné une force nouvelle. Mais cette explication n'était pas suffisante pour expliquer le fait que j'avais pu vaincre un Pokémon légendaire.
- C'est quoi cette histoire de lumière dont quelqu'un a parlé tout à l'heure ?
- Oh, ça… Juste avant que tu ne te précipites sur Groudon, une lueur étrange a commencé à t'entourer… Comme une aura qui émanait de toi. C'était très étrange.
- Alors ce n'est peut-être pas moi qui aie vaincu Groudon.
- Comment ça ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Eh bien… C'est comme si…
Je cherchai mes mots. Absol vint à mon secours.
- Tu crois que tu as reçu de l'aide, n'est-ce pas ? Que cette lumière était une aide extérieure qui t'as donné la force de vaincre Groudon ?
- Oui ! C'est exactement ça ! C'est comme si elle avait agi à travers moi… Comme si elle m'avait utilisée.
Nous restâmes silencieux, plongés dans nos pensées.
- A ton avis… Qui t'a aidé ? Gardevoir ?
- Je n'en sais rien… C'est possible… Elle m'a dit qu'elle était au service des esprits maintenant. Peut-être que ces esprits sont venus à mon secours ?
Je ne pouvais m'empêcher de croire à cette théorie. Gardevoir m'avait dit que j'avais une fonction à remplir. Elle avait aussi prédit que tout irait bien pour moi dans cette aventure. Savait-elle que cela arriverait ? M'avait-elle aidé pour me garder en vie afin que je puisse remplir ma fonction ? Et si elle était une sorte d'ange gardien veillant sur moi ?
