Il nous fallut une semaine de plus pour revenir à la Place Pokémon. Ceux qui étaient restés sur place nous accueillirent à bras ouverts, profondément soulagés de nous savoir sains et saufs. Et très bientôt, tous les habitants de notre bon vieux village furent rassemblés pour nous souhaiter la bienvenue.

- Beau travail vous trois ! s'exclama Tengalice en s'adressant à moi, Carrie et Absol.

- Vous avez vraiment vaincu Groudon ? s'étonna Chétiflor.

- C'est magnifique mes chéris ! Vous avez une admiratrice ! s'exclama Mama Kangourex.

- Holà ! Attendez ! Comment savez-vous ce qui s'est passé sous terre ?

- Békipan a distribué une édition spéciale du Journal Pokémon. nous expliqua Chenipan.

- Vous avez fait de sacré progrès ! s'enthousiasma Tengalice.

- Oui, il y a vraiment de quoi être fier. dit Grolem en souriant.

- Vous avez été super ! nous félicita Tortank. On devrait faire équipe, un jour ! Ha, ha, ha !

Alakazam s'approcha de nous et nous observa longuement.

- Vous avez gagné le respect de tous. Equipe Tonnerre… Vous êtes vraiment une équipe de secours remarquable. Matt, Carrie, et toi aussi Absol, tout le monde vous admire.

Carrie en eut les larmes aux yeux. Elle ne put s'empêcher de renifler.

- Snif… On a réussi Matt ! On a travaillé comme des forçats… mais ça en valait la peine ! Tout ce qu'on a traversé a un sens maintenant ! Notre équipe est enfin reconnue !

- Regardez-moi ça ! De vrais bébés ! se moqua gentiment Tortank. On a du mal à croire que vous avez battu Groudon !

Tout le monde éclata de rire à sa plaisanterie.

- Je crois que nos héros ont besoin de repos. Ainsi que tous ceux qui ont participé à l'expédition. Allez tous vous reposer, nous allons prendre en charge les blessés.

Nous ne fûmes pas mécontents de rentrer enfin chez nous, et nous nous accordâmes quelques jours de repos bien mérité. Mais malgré mes nuits de sommeil bien remplies, Gardevoir ne montra pas le bout de son museau.

Me serais-je trompé ? Notre aventure dans la Mine Magma n'était pas celle dont elle parlait ? Mais alors quand ? Quand me donnera-t-elle enfin des réponses à mes questions ?

Une fois que chacun fut remis de ses émotions et de ces blessures, les Pokémon organisèrent une petite fête sur la place afin de célébrer le retour de tous et notre victoire sur Groudon. Ce n'était rien de très présomptueux. Les commerçants avaient ouverts des stands sur la place où ils vendaient de nombreux petits plats, et un groupe de Pokémon faisait de la musique. Les secousses avaient enfin cessées, signe que Groudon devait s'être calmé et rendormi. En revanche, les autres catastrophes naturelles survenaient toujours jour après jour, et semblait même s'intensifier pour certaines. Et nous ne savions toujours pas comment rétablir l'équilibre du monde. Cette petite fête avait été organisée aussi bien à l'occasion de la réussite de notre expédition que pour oublier un peu tous ces malheurs. Je n'y voyais aucune objection. Après tout, même si nous n'en parlions pas toute la journée, cette histoire de rupture de l'équilibre du monde qui allait le conduire à sa perte préoccupait tout le monde. Si nous ne trouvions pas de solution rapidement, avoir vaincu le gardien de la terre ne nous avancerait à rien, et nous serions tous perdus. Sauf que nous n'avions pas le moindre indice sur ce que nous devions faire. Nous avions écumé les légendes, mis tout notre savoir en commun, et pourtant, personne ne trouva d'explication à ces évènements, et encore moins de solution. Alors autant nous amuser avant que nous n'en ayons plus du tout l'occasion.

La fête battait son plein, quand quelque chose d'étrange se passa. C'était une sensation difficile à décrire. Je sentis ma vision vaciller, et je fus pris d'un vertige. J'avais également l'impression d'entendre quelqu'un chuchoter à mon oreille. Je regardai tout autour de moi dans l'espoir d'apercevoir Gardevoir, persuadé qu'elle devait essayer de me contacter, mais je réalisai qu'autour de moi, les Pokémon semblaient tous aussi perturbés.

- Hein ? Qu'est-ce que c'est ? demanda Lombre. J'ai l'impression d'avoir entendu quelque chose… J'ai rêvé ?

La sensation me reprit.

- Non, je l'ai entendu aussi ! s'écria Chenipan.

La musique s'arrêta, et tous s'arrêtèrent de parler afin d'essayer d'entendre à leur tour.

- Moi aussi. dit Octillery. Je l'entends encore, d'ailleurs…

- Quelqu'un parle ? demanda Grolem. Je n'arrive pas à discerner…

La voix sembla s'amplifier, je pouvais mieux la distinguer.

- Cette voix… Elle me dit quelque chose… murmura Carrie, réfléchissant à haute voix. Où est-ce que c'était…

Elle releva soudain vivement la tête et écarquilla les yeux.

- Je me souviens ! C'est celle de Xatu !

- Xatu ? Ah, je comprends ! C'est de la télépathie ! nous éclaira Alakazam.

En tant que Pokémon de type psy, il devait être capable de communiquer de cette manière lui aussi.

- Xatu nous parle… par télépathie ? Tu veux dire, par nos pensées ?

Sa voix retentit dans ma tête et dans celle de tous les Pokémon présents sur la place. Peut-être même que toute la région l'entendait, je ne savais pas jusqu'où s'étendait son rayon télépathe.

- Avis à tous les Pokémon ! A tous les Pokémon, je m'adresse !

Certains avaient encore le réflexe de regarder autour d'eux. Il fallait dire que c'était très perturbant d'entendre une personne que l'on ne voyait pas.

- Terrible, c'est ! Du ciel… Une météorite tombe…

Ma vision changea tout à coup, et je pus voir Xatu, perché en haut de sa colline, fixant toujours le soleil. Il nous envoyait des images par télépathie.

- Là-haut dans le ciel ! Une météorite ! Elle est énorme… C'est une géante parmi les étoiles ! La météorite, elle tombe. Elle tombe droit sur nous.

J'entendis des exclamations de surprise et de panique tout autour de moi. Même si je ne pouvais pas les voir, j'imaginais les visages affolés de mes amis. L'image que m'envoyait Xatu changea. C'était comme si je m'élevais dans les airs. Je voyais les étoiles sur le ciel de plus en plus sombre, puis soudain, une étoile filante. Ma vision changea une nouvelle fois, et je pus la voir de près, certainement telle que Xatu la voyait. Une météorite énorme, gigantesque, enflammée, tombant à toute vitesse vers la Terre.

- Des catastrophes naturelles… Il y en a eu tellement… Bouleversé, l'équilibre du monde l'a été… Tout cela à cause d'une météorite… Une météorite qui se rapproche lentement. Si elle continue ainsi… elle s'écrasera sur ce monde. Les conséquences seront terribles. Il faut faire quelque chose…

Ma vision revint à la normale, et je retrouvai la Place Pokémon. Je pus voir la peur dans les yeux de tous ceux qui m'entouraient. Seul Alakazam garda son calme, imperturbable comme à son habitude.

- Xatu. Dis-nous. Est-ce qu'on peut stopper cette météorite ?

Xatu resta longtemps silencieux, si bien que je crus qu'il avait coupé la communication. Peut-être qu'elle ne marchait que dans un seul sens ?

- …Il y a un moyen. Pour empêcher la collision, un seul moyen il y a. A Rayquaza, vous devez parler.

- Rayquaza ? Qui est-ce ? demanda Tortank.

- Un Pokémon vivant loin au-dessus de nous. Légendaire, il est. A Rayquaza, vous devez demander de détruire la météorite à partir du ciel. Cependant… Très haut dans le ciel, vit Rayquaza. Connu de peu et jamais vu de personne.

- Dans le ciel… Comment peut-on y aller ?

- Alakazam et moi amplifions notre téléport ensemble… Nous envoyons des Pokémon dans le ciel. Cependant… Le ciel est un monde au-dessus des nuages. Que vont devenir les Pokémon envoyés dans le ciel ? Même moi, je ne peux le dire…

J'échangeai un regard avec Carrie. Cela me suffit pour savoir que nous étions sur la même longueur d'ondes.

- C'est une mission pour nous ! dit-elle. On va y aller !

Un silence accueillit nos paroles. L'heure était grave, et personne ne savait encore comment réagir. Certains étaient effrayés, d'autres encore sous le choc, et quelques-uns tentaient de garder leur calme. Mais personne d'autre ne se porta volontaire. A l'exception d'Absol.

- Je viens aussi.

- Bien sûr ! Tu fais partie de l'équipe.

Nous nous tournâmes tous les trois vers Alakazam, qui hocha doucement la tête.

- Je pense aussi… Il n'y a que vous qui puissiez le faire… Mais… réfléchissez. Personne ne sait ce que vous allez trouver dans ce monde au-dessus des nuages.

- Nous sommes en danger ! répliqua Carrie. Je veux que les Pokémon puissent être en sécurité.

- On sait enfin ce qui a perturbé l'équilibre du monde. ajoutai-je. Et on sait aussi comment le rétablir. C'est une occasion inespérée ! C'est notre seule chance ! Si on ne tente rien, on mourra tous. Alors je préfère encore mourir en essayant.

- Je traque la cause de ces catastrophes naturelles depuis des années. continua Absol. Je ne vis plus que pour ça. Je donnerai volontiers ma vie pour tenter de les arrêter.

Il se tourna vers moi et Carrie.

- Et puis… Nous avons fait une promesse.

Nous comprîmes aussitôt de quoi il parlait. La promesse que nous avions faite à Sulfura, puis à Artikodin. J'acquiesçai doucement. C'était notre mission, à tous les trois. C'était à nous de le faire.

- Matt, Carrie, Absol. Vous entendez ? C'est Xatu. Discuter, nous allons, Alakazam et moi, pour savoir comment amplifier Téléport. Il faut faire vite. Demain sera le départ. Vous reposer, vous devez. Encore une chose. Dangereuse va être votre aventure… L'échec n'est pas permis. Surpassez-vous.

- Nous ferons de notre mieux, comme toujours !

A présent, nos amis nous regardaient avec émotion. Nous lisions le respect, l'espoir, mais aussi la peur, celle que nous échouions, celle de nous perdre… Chenipan fut le premier à s'avancer.

- Je vais vous attendre bien sagement ici. Je suis sûr que vous allez y arriver.

- C'est une mission difficile, mais je sais que vous pouvez y arriver. dit Lombre. Il le faut !

- Bonne chance mes chéris. nous encouragèrent Mama Kangourex et Octillery. Faites bien attention à vous !

- Ça ne va pas être facile mais… Vous n'avez pas le droit à l'échec ! nous rappela Grolem.

- Notre avenir dépend de vous ! Soyez à la hauteur ! ajouta Tortank en bombant le torse, comme pour nous encourager à nous montrer dignes.

- Si quelqu'un peut y arriver, c'est bien vous ! Gardez espoir ! dit vivement Tengalice.

- Tous nos espoirs reposent sur vous. Je sais que c'est une très lourde responsabilité mais… nous comptons tous sur vous.

- J'ai le sentiment que vous pouvez réussir !

- Vous êtes notre seul espoir ! Courage !

Et ainsi de suite, tous vinrent nous encourager, placer leurs espoir en nous, nous faire leurs adieux au cas où nous ne reviendrions pas. Lorsqu'ils eurent tous fini, Alakazam s'approcha doucement de nous.

- Je vais m'entretenir avec Xatu. Vous partez demain, alors préparez-vous et allez vous coucher.

- Oui, on y va tout de suite.

Nous fîmes notre sac sans trop savoir quoi emmener. Comment se préparer à aller dans un monde que personne n'avait jamais vu, jamais exploré ? Je ne savais même pas si nous pourrions accéder à un tel lieu. Nous ne pouvions pas voler… Et si nous tombions depuis les nuages ? Malheureusement, nous ne pouvions pas nous permettre de douter. C'était notre seule et unique chance. Nous emportâmes donc surtout des provisions, de l'eau, et quelques objets en tout genre. Nous étions tout de même incertains quant à ce dont nous aurions besoin là-bas. Mais il fallait se reposer maintenant. Le lendemain risquait d'être pénible.

[…]

Il faisait noir comme un trou sans fond tout autour de moi. Comme une nuit sans lune, sans étoile, et sans la moindre source de lumière. Je ne voyais strictement rien, c'était comme si la lumière elle-même avait cessé d'exister. Et je me sentais horriblement mal. La sensation était très difficile à définir, je savais seulement que jamais je n'avais ressenti un tel mal être. Puis le noir fondit progressivement, et je me retrouvai dans ce qui ressemblait au Néant des Songes. Sauf que cette fois-ci, les habituelles couleurs pastels, le rose, le vert, le jaune pâle, avaient toutes été remplacées par du violet et du bleu très foncés, presque noirs. Alors que le ballet de couleurs qui se mouvait tout autour de moi me berçait d'ordinaire, il me donnait mal au cœur aujourd'hui. J'avais des vertiges désagréables, les oreilles qui sifflaient, des courbatures partout sur le corps, et j'étais pris d'une violente nausée. J'avais mal partout, sans vraiment cerner le type de douleur que je ressentais. C'était dans chacune partie de mon corps, dans ma chair, dans mes os, dans mon cerveau, et même dans mon âme. C'était l'impression que j'avais en tout cas.

Je crois… Que je suis en train de rêver… Mais pourquoi… ? Pourquoi je me sens aussi mal ? C'est… la première fois…

[…]

Alors que la nuit était tombée, calme et tranquille sur la base de l'équipe Tonnerre, et que tous ses habitants étaient profondément endormis, une ombre se glissa à l'intérieur, furtive, silencieuse, presque invisible. Elle s'approcha du lit de Matt et se pencha sur lui. Puis elle commença à dévorer ses rêves. Matt gémit et s'agita dans son sommeil, prisonnier de l'attaque, totalement vulnérable. L'ombre ricana.

- Tu aimes Dévorêve ? C'est horrible, n'est-ce pas ? Ec, ec !

Elle observa sa victime se tordre dans tous les sens pour échapper à l'emprise de l'attaque, en vain. Tant qu'elle ne se réveillerait pas, elle ne pourrait échapper à son supplice.

- Qui aurait pensé que tu étais un humain avant… C'est une surprise. En tout cas, je savais qu'il ne fallait pas te faire confiance ! Ec, ec ! Et maintenant, tout le monde va le savoir ! Grâce à Dévorêve, tout le monde va savoir ce que tu as dans le cœur ! Ec, ec, ec !

L'ombre se raidit soudain, sur ses gardes. Elle sentait une présence approcher. Une lumière descendit soudain vers le Pokémon endormi, comme une étoile scintillante tombée du ciel qui voletait doucement, tout en prenant son temps, comme une plume. Effrayée, l'ombre recula instinctivement. Lorsque la lumière se posa enfin sur Matt, elle s'enfuit.

[…]

… … … La douleur… s'en va…

Mon malaise s'apaisa soudain, et progressivement, tous les symptômes diminuèrent. Mes oreilles cessèrent de siffler, mes nausées et mes migraines s'estompèrent jusqu'à disparaître complètement. Je n'avais plus mal au cœur, et je retrouvai cette douce sensation d'apaisement et de flottement. Les couleurs autour de moi s'éclaircirent, et le violet se changea en vert clair, comme une large pelouse qui ondulait au vent. Je sus aussitôt qu'elle allait arriver.

Gardevoir ?

Un instant plus tard, elle se matérialisait à mes côtés. Cette fois-ci, je ne la laissai pas décider du fil de la conversation.

- Gardevoir… Est-ce que tu vas me le dire maintenant ? Qui, ou que suis-je ?

- Oui. Le moment est venu. Pourquoi es-tu ici ? Je vais te dire tout ce que tu dois savoir. Matt, tu… Tu dois sauver ce monde.

Cette annonce était si inattendue et si surréaliste que je ne régis pas vraiment.

- Sauver le monde ? Tu veux dire… Le monde Pokémon ?

- Oui. Nous avons appris que ce monde allait disparaitre. C'est pourquoi nous nous sommes mis à chercher un héros. Mais où que nous cherchions, nous ne trouvions personne. Nous commencions à nous décourager… C'est alors que nous avons rencontré un humain. Matt… cet humain, c'était toi.

Je restai en état de choc quelques secondes avant que l'information ne me percute de plein fouet.

- Mais… attends une seconde ! Un héros ? Moi ? Ce doit être une erreur… Je n'ai vraiment rien de spécial !

Gardevoir rit doucement, comme si j'avais dit une bêtise attendrissante.

- Mais si. C'est aussi ce que tu as dit lors de notre première rencontre. Tu as dit que tu manquais de force.

J'entrouvris la bouche, de surprise. Quand j'avais rencontré Carrie, c'est exactement ce que j'avais pensé. Que je n'étais pas utile, car je n'étais ni fort, ni doué pour quoi que ce soit.

- Mais nous ne cherchions pas de la force brute… Nous cherchions le vrai courage.

- Le vrai courage ? Je… je suis sceptique…

On ne pouvait pas vraiment dire que j'étais courageux. J'intervenais quand ça me semblait juste, et je détestais qu'on s'en prenne aux plus faibles, que je voulais sans cesse défendre. Mais c'était Carrie la plus courageuse de nous deux. Elle n'avait pas hésité un instant à aller combattre Electhor, alors que moi, ça me semblait absurde. C'était aussi elle qui s'était portée volontaire la première pour aller combattre Groudon. Une première fois quand Alakazam et son équipe avaient pris la responsabilité d'y aller. Et la deuxième fois, quand Tengalice avait demandé des volontaires pour aller les secourir. C'était elle l'héroïne, pas moi.

- C'est aussi ce que tu as dit la première fois. me dit Gardevoir en souriant. C'est alors que tu as dit ceci. Pour savoir si tu avais assez de courage… tu as demandé à passer une épreuve. Et ce n'est que lorsque nous serions sûrs que tu le méritais… que nous pourrions te dire la vérité. Pour jouer cette fonction l'esprit et le cœur libre, tu as demandé qu'on efface tes souvenirs d'humain… Et tu as choisi librement de devenir un Pokémon pour lutter aux côtés de tes amis. C'est pour cette raison que tu es dans ce monde.

Je restai totalement abasourdi devant ces révélations. J'avais l'impression de découvrir un autre moi, plus téméraire, plus courageux, plus noble. Il me semblait presque être un étranger.

- Je… j'ai fait ça ?

- Tu as prouvé ton courage. Car tu sais… le véritablement courage… Ce n'est pas de n'avoir aucune peur. C'est d'être capable de la surmonter pour venir en aide aux autres. Il n'y a pas de doute, c'est toi qui dois sauver notre monde. Et ta fonction… touche quasiment à sa fin.

- … Empêcher la météorite de s'écraser sur ce monde ? C'est ça ma fonction ?

- Oui. Et une fois cela accompli… Tu pourras retourner dans le monde des humains, ton monde.

- Oh… Alors je vais me retransformer en humain…

Je sentis mon cœur faire un looping dans ma poitrine.

- Attends ! Ça veut dire que…

- Oui. Cela signifie… que tu devras dire au revoir à Carrie.

Je sentis une immense tristesse m'envahir.

- Carrie… Je devrai l'abandonner ?

Je repensai à ce qu'elle m'avait confié pendant notre cavale. Son dresseur dont elle avait été si proche, et qui l'avait abandonnée du jour au lendemain sans lui donner la moindre explication… Allais-je devoir lui faire subir ça une deuxième fois ?

- Une grande amitié te lie à Carrie, Matt. Alors, si tu devais partir… ton acolyte aurait le cœur brisé.

Je sentis mon propre cœur se fissurer en entendant ces mots.

- Mais on ne peut rien y faire… Quand il y a des rencontres, il y a aussi des adieux…

Je baissai la tête et sentis mes yeux me piquer. Ce n'était pas juste ! Pourquoi n'avais-je pas le choix ? Pourquoi devais-je faire la souffrir ainsi ?

- … J'ai connu, moi aussi, une amitié de grande valeur, autrefois. Je chérissais sincèrement notre amitié… mais mon âme sœur a dû partir. Cette perte me remplit de tristesse encore aujourd'hui…

Son regard se fit rêveur tandis qu'elle continuait à parler.

- … Mais… on se reverra un jour… Je le sais.

J'eus soudain une sensation étrange, comme si quelque chose venait subitement d'être retiré, laissant un vide derrière elle. A sa tête, je sus que Gardevoir l'avait senti aussi.

- Qu'est-ce que c'était ?!

Elle sembla regarder au loin, même si le temps et l'espace était relatifs dans cet endroit.

- … Il semble que quelqu'un regardait dans ton rêve. Mais c'est fini maintenant. Qui que ce soit, il est parti. Tout ce qui reste dans ce rêve est un sentiment de tristesse…

C'est vrai. Je peux le sentir… Quelque chose de triste et de nostalgique flotte dans l'air… Comme un regret…

- Ce Pokémon… s'est enfui en pleurant, je crois…

Sans même le connaître ni lui en vouloir d'avoir espionné mon rêve, j'eus de la peine pour ce Pokémon. Car il avait laissé une part de ses sentiments derrière lui, et je pouvais ressentir une partie de sa peine…

- Le jour va bientôt se lever. Au revoir.

- Attends Gardevoir ! Une dernière question… Pendant le combat contre Groudon, qu'est-ce qui m'est arrivé ? J'ai cru entendre ta voix… est-ce que c'est toi qui m'est venu en aide ?

Elle m'adressa un sourire énigmatique et chaleureux à la fois.

- Je te l'ai dit Matt… Tu dois avoir confiance en ta force. Tu dois croire en toi. Tu n'es pas un Pokémon comme les autres…

- Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que j'ai de spécial ?

- Bonne chance, Matt. Croie en ta force, et tout ira bien. Je sais que tu peux réussir. J'ai confiance en toi…

Elle me souriait toujours, mais elle commençait à disparaître. Je n'essayai plus de la retenir, je savais pour avoir de nombreuses fois essayé que c'était inutile.

[…]

Pour une fois, je fus le premier à ouvrir les yeux. Les rayons du soleil levant vinrent me chatouiller le museau, me réveillant doucement. La maison était silencieuse, les autres dormaient encore. Je ne les réveillai pas tout de suite. Je restai étendu sur mon lit, repensant à tout ce qui s'était passé cette nuit. D'abord, il y avait eu ce cauchemar, cette douleur et cette sensation indescriptible de profond mal être. Puis Gardevoir était apparue… Avait-elle chassé mon cauchemar ? Est-ce qu'une personne malveillante avait tenté de me contacter d'une manière similaire à celle de Gardevoir ? Je n'en savais rien… Ça n'avait plus d'importance maintenant. Et puis il y avait toutes ces révélations… Je savais enfin pourquoi j'avais été transformé en Pokémon. Et je savais que je redeviendrai humain dès que j'aurai sauvé le monde. Dans quelques heures, quelques jours… Tout dépendait du temps que je mettrai à réaliser ma mission. Je me levai et regardai quelques instants mes amis dormir.

Je ne vais pas leur dire… Pas tout de suite… Le plus important pour le moment, c'est la mission. L'heure des adieux n'est pas encore venue.

Le cœur lourd, je les réveillai doucement.

- Le soleil se lève… Il faut qu'on se mette en route.

C'était la première fois que je voyais Carrie au réveil. Elle semblait se retenir de se tourner pour se rendormir. Je la comprenais. Pour moi non plus, la nuit n'avait pas été très reposante. Je serais bien resté au lit quelques heures de plus. Mais elle se leva, et nous nous rassemblâmes tous les trois autour de la table pour un petit déjeuner solide. Même si j'avais encore moins le cœur à manger que d'habitude, je m'y obligeai. Il fallait prendre des forces. Nous ne savions pas ce qui nous attendait là-haut. En sortant de la maison, nous eûmes la surprise de trouver quelques-uns de nos amis qui nous attendaient là. Les Magnéti, Chenipan et sa maman, Chrysacier, Taupiqueur et ses pères… Et même Dracaufeu. Il laissa d'abord tous nos amis nous dire au revoir et nous encourager une dernière fois, puis il s'avança.

- Le rendez-vous a lieu sur la Colline des Anciens. Mais c'est un peu loin pour y aller à pied. On perdrait trop de temps. Je vais vous y déposer.

Il nous fit grimper sur son dos, et nous nous accrochâmes. Il s'éleva dans les airs tandis que nos amis nous criaient des « au revoir » et des « bonne chance » depuis le sol, puis il battit des ailes et s'élança à pleine vitesse. Je ne savais pas qu'il pouvait voler aussi vite. Je sentis qu'il donnait tout ce qu'il avait pour arriver le plus vite possible. Nous n'échangeâmes que très peu de mots durant le voyage, celui-ci me parut à la fois très long et trop court. Je repérai de loin Xatu sur sa colline, et Dracaufeu se posa enfin. Je devais avouer que cela me fit beaucoup de bien de retrouver la terre ferme sous mes pattes.

Tu vas dans le ciel, Matt. Ce n'est pas le moment de découvrir que tu as le vertige.

- Ah, vous voilà. dit Alakazam lorsque nous descendîmes.

Xatu se mit soudain à pousser un cri surprenant tout en déployant ses ailes. Il nous fit tous sursauter, sauf Alakazam. J'avais oublié à quel point il pouvait se comporter étrangement.

- Que… que se passe-t-il ? Que fait Xatu ? demanda Carrie.

- Il est presque prêt. Le Cristal de Téléportation…

- Le cristal ? Quel cristal ?

- Xatu poussa un nouveau cri. Il semblait très concentré sur quelque chose que nous ne pouvions visiblement pas voir. Soudain, des petites étincelles apparurent devant lui, et de l'énergie se mit à circuler sous forme de boule lumineuse. Au cœur de cette lueur, je pus distinguer quelque chose se former, et l'énergie prit une forme solide. Celle d'un cristal scintillant.

- … C'est fait. déclara simplement Xatu.

Il se tourna enfin vers nous, et le cristal flotta tout seul jusqu'à nous.

- Ceci… ceci est le Cristal de Téléportation. Il vous téléportera dans le monde des cieux. A présent… Prenez-le.

Je le pris dans mes pattes. Il n'était pas chaud, contrairement à ce que je m'étais imaginé. Mais il n'était pas froid non plus. Il luisait toujours d'une étrange lueur verte pâle.

- Il a été créé grâce aux pouvoirs psychiques. Les miens, ceux d'Alakazam, et de… Oh ?

Il regarda autour de lui comme s'il venait de réaliser quelque chose.

- Un Pokémon de type spectre nous a aidés aussi. Il est parti on dirait…

- Qui était-ce ? demanda Carrie, intriguée.

Alakazam laissa échapper un petit rire discret.

- Ce Pokémon doit être timide. Peu importe. dit-il en reprenant son sérieux.

Il nous observa longuement tous les trois, comme s'il nous évaluait.

- Maintenant… je dois vous poser cette question une dernière fois. Ce sera un voyage dangereux. Irez-vous quand même ?

Nous échangeâmes un regard, nous comprenant parfaitement les uns les autres.

- Bien sûr que nous irons ! Il faut qu'on persuade Rayquaza de détruire cette météorite, pas vrai ? Si cela pouvait ramener la paix, je donnerais volontiers ma vie ! La paix est ce qu'il y a de plus important pour moi.

Oui… Et quand ce souhait se réalisera… Gardevoir a dit… que ce sera ma dernière aventure avec Carrie…

- Notre discours n'a pas changé depuis hier.

- Très bien… Alors… Nous comptons sur vous. Bonne chance.

Carrie et Absol se rapprochèrent de moi, et nous touchâmes le cristal tous ensemble. Celui-ci sembla comprendre notre souhait immédiatement, car il se mit à luire de plus en plus fort. Une lumière commença à nous entourer, de plus en plus forte, si bien que je fus aveuglé. Je me sentis soudain comme si j'étais projeté dans les airs, puis une sensation de chute me souleva le cœur. Je paniquai. Est-ce que cela voulait dire que nous avions échoué ? La téléportation n'avait pas marché ? Je tentai de voir ce qui se passait, mais la lumière m'aveuglait toujours. Puis soudain, le bleu tout autour de moi, et je tombai sur quelque chose de mou. Comme un gros matelas. Je rebondis plusieurs fois sur la matière, puis je m'immobilisai enfin. J'ouvris les yeux. Carrie et Absol se trouvaient à mes côtés. Nous jetâmes des regards ébahis tout autour de nous.

- On est… Oh ! Les gars ! On est sur des nuages !

Je constatai qu'elle disait vrai. Nous nous trouvions sur un énorme nuage. C'était un peu mou, très doux, comme une boule de coton. Carrie fit quelque pas, marchant avec exagération sur les nuages comme pour en tester la solidité.

- Waouh ! C'est incroyable !

- Mais… Comment on peut marcher sur des nuages ? Ce n'est pas censé être… immatériel ? Je veux dire, ce n'est que de l'eau sous une forme… Enfin on n'est pas supposé pouvoir marcher dessus enfin ! m'écriai-je, incapable de comprendre.

- Ce ne sont pas des nuages ordinaires. dit Absol en malaxant celui qui se trouvait sous ses pattes.

Il tenta de griffer le nuage, et un trou se forma. Je laissai échapper un hoquet de stupeur. Le nuage se reforma progressivement, bouchant le trou. Absol s'appuya dessus, et il semblait aussi solide que si rien ne s'était passé.

- Ils sont exactement comme on a tendance à imaginer qu'ils seraient si on pouvait marcher dessus. Matt a raison, ils ne devraient pas être suffisamment solides pour qu'on puisse se tenir dessus. Je crois qu'une force leur a donné cet aspect afin de les rendre habitables.

- Tu crois… que c'est Rayquaza qui a fait de ces nuages ce qu'ils sont ?

Il acquiesça doucement. Puis il leva le museau vers… plus haut dans le ciel.

- Regardez.

Nous levâmes la tête à notre tour pour découvrir une immense tour faites de nuages. Elle semblait enroulée sur elle-même, comme si on l'avait essorée, comme une barbe à papa, ou comme une tornade de nuages. C'est d'ailleurs ce à quoi elle me faisait penser. Une gigantesque tornade solide et immobile.

- Waouh… C'est…

Carrie ne trouva pas de mot pour décrire ce que nous voyions. C'était à la fois merveilleux, épatant et stupéfiant. Je me trouvais dans le même état qu'elle.

- Alors… Tout en haut de cette tour…

- Oui. Nous trouverons Rayquaza.

Absol fut parcouru d'un frisson.

- Hâtons-nous. Le temps presse, et j'ai un mauvais pressentiment.

- D'accord, mettons nous en chemin.

Nous suivîmes le long sentier de nuages qui menait jusqu'à la tour, et nous trouvâmes une sorte de petite entrée à son pied. Nous nous y engouffrâmes. L'intérieur aussi était fait de nuages, et cela ressemblait à un immense escalier en colimaçon, sauf qu'il n'y avait pas d'escalier, et le chemin était en pente.

- Je sens que ça va être long d'arriver jusque-là haut… Mais on a pas trop le choix. Il faut faire vite.

Nous commençâmes notre ascension. Nous réalisâmes vite que marcher sur des nuages était épuisant en réalité. Ils s'enfonçaient un peu à chacun de nos pas, comme s'ils étaient légèrement élastiques, et je me demandai si un Pokémon très lourd serai passé à travers. C'est l'impression que cela me donnait en tout cas. Nous grimpâmes pendant ce qui nous sembla des heures, faisant parfois des pauses pour retrouver notre souffle, épuisés de laisser nos jambes faire tant d'effort. Nous finîmes d'ailleurs par suivre l'exemple d'Absol et nous progressâmes à quatre pattes, ce qui rendait la progression bien plus facile et bien moins fatigante. Nous manquons d'air à cause de l'altitude et nous étions essoufflés bien plus vite que d'ordinaire, mais je soupçonnais également Rayquaza d'avoir rendu l'endroit plus respirable. Normalement, à cette hauteur, quelle qu'elle soit, nous aurions dû suffoquer. Le sol et les murs étaient parsemés de trous, si bien que nous pouvions voir le ciel s'étendre presque à l'infini en dessous de nous. Je n'aimais pas cette sensation de vertige qui me prenait chaque fois que je regardai au travers, si bien que j'évitai catégoriquement de m'en approcher. Je ne sus combien de temps nous progressâmes le long de cette pente qui semblait s'élever vers le ciel à l'infini. Peut-être qu'elle dépassait la couche d'ozone et qu'elle allait jusque dans l'espace ? Je me giflai mentalement.

Mais non… Tu l'as bien vu de l'extérieur. Elle a une fin cette tour.

C'était vrai. D'en bas, j'avais pu la voir dans son ensemble. Et pourtant cet endroit semblait hors du temps et de l'espace. On ne voyait que le ciel bleu à l'infini partout autour de nous. On ne voyait ni la Terre en dessous de nous, ni l'espace au-dessous de nous, ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles. Et pourtant le ciel était clair comme en plein jour.

C'est peut-être une illusion ? Après tout, nous avons bien été projetés dans le ciel pour venir jusqu'ici…

Je contemplai le cristal de téléportation. Heureusement, nous ne l'avions pas perdu pendant notre voyage. Sans lui, nous aurions eu bien du mal à revenir sur Terre. A moins que Rayquaza n'ait l'amabilité de nous raccompagner.

- Dites… A votre avis… Il est comment Rayquaza ?

- S'il vit dans le ciel… Ce doit être un oiseau. Comme Artikodin, Sulfura et Electhor. Mais je ne sais pas de quel type il sera… Peut-être que ses ailes seront en nuage elles aussi ?

Carrie eut un regard rêveur tandis qu'elle essayait d'imaginer à quoi il pouvait bien ressembler.

- Je ne parlais pas de son apparence physique… A votre avis, quel sera son caractère ? Jusqu'ici, tous les Pokémon légendaires que nous avons rencontrés n'étaient pas très aimables… Les oiseaux nous ont tous attaqués sans nous laisser le temps de nous expliquer, ou quand ils le faisaient, ils ne nous croyaient pas. Quant à Groudon, il était si furieux qu'il n'a jamais prononcé une seule parole… Il en semblait de toute façon incapable, comme s'il avait perdu le contrôle de lui-même. Comment on fait s'il ne parle pas ? Ou s'il nous attaque ?

- On lui parlera, on essayera de le convaincre. On mimera s'il le faut. Mais on doit lui faire comprendre l'urgence de a situation et le persuader de nous aider. Après tout, si ce monde disparaît, lui aussi. S'il nous croit, il devrait accepter plutôt facilement…

Je fixai Absol. Il n'avait encore rien dit.

- Absol. Tu as fréquenté un Pokémon légendaire toi. Qu'est-ce que tu en penses ?

- Je pense que nous devrions rester sur nos gardes. Les légendaires sont des êtres méfiants par nature, et souvent agressifs. Ils défendent leur territoire et ne tolèrent pas la moindre intrusion. Rayquaza sera sûrement surpris de nous voir ici, il ne prendra peut-être pas très bien notre venue. Nous devons être prêts à nous battre.

Je regrettais presque d'avoir posé la question. Nous avions toujours eu de la chance jusque-là. Alakazam nous avait sauvé la mise lorsque nous avions combattu Electhor. Contre Artikodin, c'était Absol qui était intervenu… Et contre Groudon, je n'avais pas vraiment d'explication, et malgré les paroles énigmatiques de Gardevoir, je ne pouvais m'empêcher de penser que j'avais reçu de l'aide. Je m'assombris aussitôt. Penser à elle me rappelait ce qu'elle m'avait révélé cette nuit et me plongeait dans une grande tristesse.

- Qu'est-ce qu'il y a, Frimousse ? Tu en fais une tête…

Je relevai la tête. Carrie m'observait avec inquiétude.

- C'est rien… Je m'inquiète juste à propos de notre rencontre avec Rayquaza.

- Ça va bien se passer. De toute façon, l'échec n'est pas permis. On doit réussir !

Je hochai la tête et me forçai à sourire.

- Oui… On va y arriver. On doit croire en nous.

- Exactement. On surmontera cette épreuve, comme on l'a toujours fait.

Je levai la tête et aperçus le ciel.

- Regardez !

Mes amis m'imitèrent et le virent eux aussi.

- C'est la fin de la tour !

Nous nous précipitâmes vers le ciel et nous débouchâmes sur une immense plateforme faite elle aussi de nuages. Mais il n'y avait personne. Uniquement le ciel bleu partout autour de nous, se prolongeant à l'infini dans toutes les directions.

- On est au sommet… On ne peut pas aller plus loin…

Je jetai un œil en contrebas et le regrettai aussitôt. C'était tellement haut ! J'eus soudain l'impression que les nuages allaient céder sous mon poids où que j'allais basculer dans le vide. Je restai alors bien au centre du plateau de nuages.

- Peut-être qu'il est parti faire un tour ? Je veux dire… Il ne doit pas rester assis en haut de sa tour toute la journée… Il doit se balader dans le ciel la plupart du temps.

- Tu as raison. On n'a qu'à l'attendre.

- J'espère qu'il ne mettra pas longtemps à revenir. Nos provisions ne sont pas éternelles, et la météorite approche pendant ce temps…

- Qui va là ? Qui ose pénétrer mon territoire aérien ?!

Je ne m'empêcher de sursauter et Carrie laissa échapper un petit cri de surprise. Nous ne nous attendions pas à ce qu'une voix résonne comme ça, d'un seul coup, alors que nous ne savions pas combien de temps nous risquions de l'attendre.

- Rayquaza ? Est-ce que c'est toi ?

- En effet… Le ciel m'appartient. J'ignore comment vous êtes arrivés jusqu'ici mais… Je vous somme de partir immédiatement !

- Mais… Attends… Nous sommes venus de loin pour te rencontrer… Nous sommes ici car nous avons besoin de ton aide…

- Hors de question ! rugit-il.

Il surgit soudain de derrière la tour, nous causant une deuxième frayeur, et survola le sommet. Contrairement à ce qu'avait cru Carrie, il ne ressemblait pas du tout à un oiseau. On aurait plutôt dit un dragon long et fin comme un serpent, entièrement vert avec quelques lignes jaunes parcourant son corps, des sortes de longues cornes semblables à des antennes dressées sur sa tête, et des petits yeux jaunes perçants qui me rappelèrent ceux de Groudon, d'une certaine manière. Il n'avait pas d'ailes ni de pattes arrières, seulement deux petits bras atrophiés comme ceux d'un dinosaure, mais il se mouvait avec grâce dans le ciel, s'enroulant parfois sur lui-même avant de recommencer à filer dans l'air. Jamais je n'aurais pu imaginer pareille apparence pour le gardien du ciel. Il était à la fois magnifique et terrifiant, avec son regard menaçant braqué sur nous.

- Je suis un être céleste, vous êtes des êtres terrestres. Nous appartenons à deux mondes différents ! Jamais je ne me suis posé au sol, et ce, pendant des centaines des millions d'années ! Vous devriez en faire de même et ne pas pénétrer sur mon territoire !

- Nous savons que nous n'appartenons pas au même monde, et nous ne souhaitons pas te déranger mais…

- Ceux qui défient les lois de la nature ne méritent aucune pitié !

Il poussa un cri terrifiant qui nous fit comprendre que l'heure de la discussion était terminée. Il fallait pourtant qu'on le persuade !

- Carrie ! Il est forcément de type vol, il doit être sensible à tes attaques électriques ! Fait quelque chose !

- Je ne suis pas sûre que l'électrocuter soit la meilleure façon de le rallier à notre cause ! Et puis si on le met K.O., il ne pourra plus détruire la météorite !

J'eus une sorte de rire nerveux incontrôlable, provoqué par le stress et la pression sûrement.

- Comme si on pouvait battre un Pokémon légendaire ! lui répliquai-je.

- On l'a déjà fait pourtant ! Ou plutôt, toi, tu l'as déjà fait ! Tu n'as qu'à refaire le même truc que la dernière fois, avec la lumière !

- Je ne contrôle pas ce truc, je n'ai aucune idée de comment ça marche !

- Quand vous aurez fini tous les deux, vous penserez peut-être à venir m'aider ? rétorqua Absol, coupant court à notre dispute.

Depuis le ciel, Rayquaza nous lançait des décharges d'énergie qui crépitaient de rouge et de violet avant d'exploser au contact des nuages. Nous faisions de notre mieux pour esquiver, mais s'il ne s'approchait pas, nous ne pouvions pas vraiment l'attaquer. Et s'il continuait à démolir sa tour, nous allions bientôt faire un grand plongeon dans le ciel sans fond. Absol répliquait par des lancers de boules d'énergie spectrale, et Carrie par des décharges électriques. Quant à moi, n'ayant aucune attaque à distance, je lui lançais des épines de Cacturne. Mais il était rapide, trop rapide, et aucune de nos attaques ne l'atteignaient.

Il faut trouver quelque chose pour le calmer… Il faut qu'il s'arrête… Rayquaza ! Je t'en prie ! Calme-toi !

Je tentai de lui transmettre ma pensée, ma volonté et ma détermination, mais je n'étais pas télépathe. Soudain, la tour se mit à trembler dangereusement.

- Qu… Quoi ?! Une secousse ?! Ce n'est pas possible ! On est sur des nuages ! s'écria Carrie.

- Non, ce n'est pas la tour… corrigea Absol. Ce sont des ondes de choc ! Et elles sont énormes !

Même Rayquaza s'interrompit. C'est alors que je la vis. Un point minuscule, très loin dans le ciel, mais elle était là. Elle approchait. Sans pouvoir contrôler la panique dans ma voix, je me mis à hurler.

- Rayquaza ! Regarde là-haut !

Il leva la tête et l'aperçut à son tour. Il semblait tout aussi choqué que nous.

- Mais qu'est-ce que c'est ?!

- C'est une météorite ! Et elle est énorme ! Elle va détruire le monde si elle s'écrase ! C'est pour ça qu'on est là Rayquaza ! S'il te plaît, détruis cette météorite !

Il sembla se calmer instantanément et vint se poser au sommet de la tour, à nos côtés.

- Alors, c'est pour ça…

- Oui ! S'il te plaît, dépêche-toi de la détruire !

Il nous observa rapidement tous les trois de ses petits yeux perçants.

- Avant que j'essaie… j'ai besoin de connaitre votre détermination. La météorite est arrivée trop près. Si j'utiliser mon Ultralaser ici… vous n'en sortirez pas indemnes !

- Tant pis ! On a accepté ça dès qu'on a accepté de venir ici ! Dépêche-toi avant qu'il ne soit trop tard !

- Très bien !

Il ouvrit grand la gueule et commença à charger une boule d'énergie pure. Celle-ci grossit de plus en plus.

- Préparez-vous à affronter votre destin ! cria-t-il.

Puis il leva la tête, et la boule d'énergie explosa en long et puissant laser qui traversa le ciel avant de percuter de plein fouet la météorite. Celle-ci continua à avancer malgré tout. Rayquaza intensifia son attaque. J'eus l'impression que le temps était suspendu, arrêté. Je voyais la météorite se rapprocher au ralenti, et l'attaque de Rayquaza s'amplifier encore.

Il ne va pas y arriver… C'est trop tard, nous arrivons trop tard, il ne va pas y arriver…

Je sentis la patte de Carrie se glisser dans la mienne, et Absol se rapprocha également de nous.

Au moins je ne mourais pas seul. Nous serons ensemble. Jusqu'au bout.

Il y eu soudain une violente explosion. Je perdis connaissance.

[…]

Tout était confus autour de moi. Ma vision était floue, et j'avais l'impression d'avoir cessé d'exister. Je ne sentais plus mon corps, et j'avais beaucoup de mal à réfléchir. Je ne comprenais pas ce qui se passait ni où j'étais. Tout autour de moi avait une couleur grisâtre, comme si j'étais au cœur d'une épaisse brume. Des sortes de nuages blancs presque transparents parsemaient le paysage, mais ils étaient immobiles.

… Est-ce… un rêve ? … Non… Ce n'est pas un rêve… Oui… Je me souviens… L'explosion de la météorite… elle a dû m'emporter… Et maintenant je dérive… Je suis un esprit… Que va-t-il se passer… ?

J'aperçus une ombre du coin de l'œil, et si je ne pus me retourner pour la voir clairement, je la reconnus malgré tout.

Cette ombre… Ectoplasma…

Il s'approcha tout près de moi et m'adressa un sourire moqueur, sournois.

- Ec, ec ! Matt ! Il en faut peu pour te battre ! Bien fait pour toi ! Ec, ec ! Maintenant, qu'est-ce que je vais faire de toi ? Hum… Oh, je sais ! Je vais t'entraîner dans le monde des ténèbres. Ça fera l'affaire.

Il m'attrapa par les pattes arrière et commença à me traîner lentement derrière lui. Je n'avais pas la force de lutter ni même de parler. C'était comme si mon corps ne réagissait plus, et seul mon esprit était encore intact.

Ectoplasma m'entraîne… Il a dit… qu'il m'emmenait vers le monde des ténèbres… Qu'est-ce que c'est ? Va-t-il m'abandonner dans un monde dont je ne sais rien ?

Je ne sus combien de temps il me traîna aussi, son immense sourire malfaisant affiché sur le visage. Puis tout à coup, il ralentit et s'arrêta. Il cessa de sourire et regarda tout autour de lui d'un air confus.

- Hein ? Mince… J'ai pris le mauvais chemin…

Quoi ? Qu'est-ce qu'il veut dire ? Où m'a-t-il emmené ?

- Ce n'est pas mon genre… Je ne peux pas trouver le bon chemin…

Il regarda encore une fois aux alentours, puis posa ses yeux rouges sur moi.

- Ec ! J'en ai assez. Je vais te laisser là… C'est ça. Adieu.

Il s'éloigna et me laissa seul dans ce monde étrange. Qu'allais-je devenir maintenant ? Allais-je rester ici pour l'éternité ? Est-ce qu'une sorte de gardien des morts allait venir me chercher pour m'emmener… je ne savais où ? Ou peut-être deviendrais-je un esprit, comme Gardevoir… Mon corps et mon esprit me paraissaient de plus en plus engourdis. Je me sentais partir…

[…]

- Hé… Tu m'entends ? Réveille-toi !

Je remuai faiblement. J'avais retrouvé la sensation de mes pattes. Mais mes yeux ne voulaient pas encore obéir.

- Allez, réveille-toi !

Lorsque j'eus retrouvé le contrôle de mes paupières, je leur ordonnai de se soulever pour regarder autour de moi. Je vis alors de nombreux visages familiers penchés au-dessus de moi.

- Laissez-les respirer enfin ! Ecartez-vous !

Je clignai plusieurs fois des yeux.

Hein ? Cet endroit…

Je me relevai doucement, et eus la surprise de constater que je me trouvai sur la Colline des Anciens. Carrie reprenait elle aussi lentement conscience à côté de moi. Et tous nos amis étaient là. Tous, sans exception.

- Que… Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment est-on arrivés jusqu'ici ?

Je réfléchis quelques instants pour tenter de me souvenir.

C'est sûr… là-bas… Ectoplasma m'a sauvé…

- Frimousse ! Tu vas bien ! Toi aussi, Ectoplasma t'a sauvé ?

- Quoi ?! Tu l'a vu aussi ?

- Oui… Je crois que c'est lui qui nous a secourus…

- Mais pourquoi ? Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Et comment a-t-il fait ?

Mais nos amis ne nous laissèrent pas plus longtemps l'occasion de nous interroger sur le pourquoi de son geste.

- Génial ! Vous êtes en vie ! Vous nous avez beaucoup inquiétés ! lâcha Lombre avec émotion.

- Vous avez été incroyables ! s'exclama Octillery.

- Sniff… Ça me soulage que vous n'ayez rien… C'est fantastique ! dit Chenipan en reniflant.

- Tout le monde… Merci… Mais… Et la météorite ? Que lui est-il arrivé ?

Un cri sonore retentit, nous faisant sursauter et nous arrachant un cri de surprise. Tout en tentant de calmer les battements affolés de mon cœur, je me tournai vers Xatu. Les ailes déployées, il fixait le soleil couchant, comme la première fois que nous l'avions rencontré.

- N'ayez crainte ! La météorite n'est plus. Même si cela ne se fait pas tout de suite… Les catastrophes s'apaiseront peu à peu.

Je regardai tout autour de moi et la panique me reprit.

- Attendez ! Et notre partenaire ? Où est Absol ?

- Calme-toi. Absol est en sécurité. Il s'est réveillé un peu avant vous.

La foule s'écarta pour le laisser passer. Il s'avança tranquillement vers nous. Il ne semblait pas blessé lui non plus.

- Je suis là. Je vais bien, tout comme vous.

Nous nous jetâmes à son cou, ce qui le surprit et sembla l'embarrasser un peu.

- Ouf… Pendant un instant j'ai cru que tu étais resté coincé au sommet de cette tour !

- On a réussi ! Tout a fonctionné !

- Oui, on a rétabli la paix !

Je sentis une immense joie m'envahir. Enfin ! Le monde était sauvé, et l'équilibre du monde restauré. Nous allions pouvoir reprendre le cours de…

- Youpi ! C'est trop génial ! s'écria Snubbull.

- Il faut fêter ça ! renchérit Chétiflor.

- Laissez-moi tirer un coup de mon Hydrocanon pour lancer la fête ! s'exclama Tortank, ravi.

- Houlà, du calme ! paniqua Lombre. Ne pointe pas ce truc vers moi ! Pointe-le dans une autre direction ! Allez !

- Non, non ! Envoie la sauce ! plaisanta Tengalice.

- Vous devez plaisanter ! s'exclama Lombre, pas tout à fait certain que c'était une farce.

Il recommença à reculer lentement, mais Octillery se glissa derrière lui et l'attrapa.

- Je vais le tenir pour qu'il ne puisse pas s'échapper !

- Arrosez-le !

Ils se jetèrent tous sur lui.

- Quoi ?! Vous êtes sérieux ? Nooooon ! Ne le faites pas !

Tous éclatèrent de rire. J'esquissai moi aussi un sourire amusé.

- Matt…

Je regardai autour de moi pour découvrir la personne qui m'avait interpelé. Gardevoir apparut alors, exactement comme dans la Forêt Givrée, immatérielle, transparente, comme un mirage, une illusion.

- Gardevoir…

- Nous te devons tout, Matt, ainsi qu'à tes amis. La paix est revenue sur notre monde. Merci pour tout. Et maintenant… Ta fonction ici est terminée. Tu vas devoir retourner dans ton monde…

Non ! Pas maintenant ! C'est trop tôt !

- Il est temps pour toi de dire au revoir… Je suis désolée mais… Il te faut dire adieu… à tous tes amis…

Elle disparut avec un petit air contrit. Je sentis la tristesse m'envahir. Comment allais-je pouvoir lui annoncer ça ? J'aurais tellement aimé pouvoir le faire plus tard, après une grande fête pour célébrer le succès de notre mission, et en privé… Mais il semblait que je n'avais pas le choix. Tout devait s'arrêter ici et maintenant.

Le moment fatidique est finalement arrivé…

J'avais beau avoir eu une vie auparavant, je n'en gardais aucun souvenir. Et depuis que j'avais ouvert les yeux dans cette forêt, Carrie avait toujours été là, avec moi. Dans toutes les épreuves, dans tous les bons moments… J'avais construit une nouvelle vie avec elle. Il y avait bien longtemps que nous n'avions plus parlé de trouver un moyen de me faire redevenir humain. A vrai dire, même si une part de moi avait toujours voulu depuis le début savoir ce qui m'était arrivé, et même si j'étais toujours curieux de découvrir qui j'étais avant et à quoi ressemblait ma vie d'avant, apprendre la nouvelle aussi brutalement ne me réjouit pas. Je m'étais habitué à être un Pokémon maintenant. Je m'étais fait à mon quotidien de secouriste, j'avais tissé de nouvelles amitiés… J'avais trouvé ma place dans ce monde après m'être durement battu pour l'obtenir. Et voilà que j'allais être une nouvelle fois arraché à tout ce que je connaissais…

Me souviendrais-je seulement de tout ce que j'ai fait en tant que Pokémon ? Ou reprendrai-je ma vie là où je l'ai laissé, comme si rien n'était jamais arrivé ? Vais-je oublier Carrie, Absol et tous mes amis ?

Mon cœur se serra. Au même instant, une petite lueur se mit à danser devant mes yeux. Je la contemplai, fasciné, sans comprendre d'où elle venait. Elle s'évapora dans les airs, et une autre vint prendre sa place. En baissant les yeux, je m'aperçus qu'elles sortaient de mon propre corps, qui me semblait plus léger tout à coup.

Je disparaîs…

Chenipan fut le premier à se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Il se tourna vers moi et m'interrogea du regard.

- Oh ? Matt ?

Tous se retournèrent pour voir ce qui se passait. Carrie ouvrit de grands yeux.

- Matt ! Ton corps… Que t'arrive-t-il ?

J'inspirai profondément. C'était le moment. Je ne pouvais plus le retarder maintenant… Je devais lui dire maintenant.

- Carrie…

Je balayai tout le groupe sur regard, m'arrêtant sur chacun d'entre eux pour mémoriser leur visage une dernière fois. Puis je plongeai à nouveau mes yeux dans ceux de Carrie.

- Les amis… Pardon. Mais je dois partir.

- Quoi ?

- Que… qu'est-ce que tu dis ?

- Mes amis… Merci pour tout ce que vous avez fait.

Carrie me regarda sans comprendre.

- Hein ? … Partir ? Comment ça, tu dois partir ?

- Ma fonction ici est terminée. Je dois retourner sans le monde des humains.

- Incroyable… murmura Alakazam.

- Retourner… dans le monde des humains ? répéta Tyranocif.

- Hein ? Mais pourquoi ? Pourquoi ? demanda Carrie, l'air de plus en plus perdue, et désespérée aussi. Je ne comprends pas ! Pourquoi dois-tu partir ? Nous… ne sommes-nous pas partenaires…?

Les lumières sortant de mon corps se firent plus nombreuses, plus rapides à s'élever dans les airs et à s'évaporer. Comme si elles s'impatientaient, ou me pressaient de finir au plus vite mes adieux. Je me sentais partir. Je savais que je n'en avais plus pour très longtemps.

- Si. Nous serons toujours partenaires, Carrie. Je ne t'oublierai jamais.

Les larmes remplirent les yeux de mon amie et commencèrent à couler sur ses joues. Elle s'approcha de moi, mais n'osa pas me toucher, comme si j'allais voler en éclat si elle tentait de le faire pour me retenir. Je pouvais sentir sa peine comme si c'était la mienne… car c'était aussi la mienne. Je m'efforçai cependant de retenir mes larmes. Je devais me montrer fort. Pour elle. Je ne voulais pas que la dernière image quelle garde de moi soit triste. Je devais garder le sourire jusqu'au départ.

- Ne pars pas, Matt…

- Je suis chanceux de t'avoir rencontré, Carrie.

- Je… Que vais-je faire quand tu ne seras plus là, Matt ?

- Tu vas continuer les missions de sauvetage. C'est ton rêve, ne l'abandonne pas… Tu ne seras pas seule. Absol, et tous nos amis seront là…

Je me sentais de plus en plus léger, et les lueurs s'affolèrent tout autour de moi, dansèrent devant mes yeux.

- Pardonne-moi. Au revoir…

Les lueurs s'intensifièrent de plus en plus, jusqu'à m'engloutir complètement. Je sentais la présence de mes amis tout autour de moi, mais je ne les voyais plus.